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SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE
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3.S.q,'o
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6 COUTUHES DU BAILLUGE DE TROTBS.
pendant longtemps l'exécution de la volonté de Charles VII,
prescrivant, en 1453, la rédaction et la publication des
diverses coutumes provinciales. Il fallait, en effet, avant
d'édicter la loi, savoir qui l'appliquerait.
Je crois que ce sujet n'a jamais été abordé dans notre
contrée ; jMgnore s'il l'a été dans d'autres.
Je désire ensuite vous entretenir de la discussion à
laquelle la rédaction des coutumes du bailliage de Troyes a
donné lieu. Certes, je ne passerai pas en revue et ne com-
menterai pas les 203 articles dont elles se composent. Je ne
vous parlerai que de la discussion elle-même et de quelques
points qui en ont été l'objet entre les doctes jurisconsultes
du bailliage et de la ville de Troyes et de Paris, à la fin du
XV* et au commencement du xvi* siècle. Cette discussion ne
dura pas moins de vingt-huit ans, depuis 1481 jusqu'en
1509. Les points principaux, sur lesquels le roi et ses offi-
ciers, le clergé, la noblesse, le Tiers-Etat et la commu-
nauté des habitants de Troyes se divisèrent, touchaient
notamment aux questions relatives à la qualité des per-
sonnes, de même qu'à la condition des immeubles, ou,
eonrnie on disait alors, des héritages ; ces questions étaient
surtout relatives à la noblesse utérine, et au droit de franc-
aleu.
On pourrait croire que ce double sujet n'a d'autre intérêt
que celui d'une étude rétrospective sans actualité et depuis
longtemps sans cause. Il ne m'a paru qu'il en fût ainsi. Ces
deux points m'ont paru au contraire devoir appeler une
attention toute particulière. A eux seuls, ils constituent la
base de notre imcienne législation provinciale; ils fixent
la condition des personnes et celle des terres; par consé-
quent, l'esprit, qui a dicté les principes appliqués pendant
de longs siècles, domine non-seulement les lois baillia-
gères, mais encore celles de la province, de même que les
relations sociales.
D'un autre côté, depuis quelques années, la noblesse
COUnnBS du BAHUAGE DB TROTBSé 7
utérine a occupé certains esprits sérieux. Des opinions non
Telles se sont fait jour dans le monde de la critique. Je
pense qu'il y a lieu de citer sur ce sujet quelques docu-
ments inédits qui viendront soutenir et la loi coutumière et
la jurisprudence établie, pendant de longs siècles, avant et
depuis la rédaction des coutumes , et alors qu'il y avait un
sérieux intérêt, pour le roi et ses officiers, pour les nobles
et le corps de la noblesse conune pour le Tiers-Etat, à faire
modifier ou affermir un principe qui n'aurait pas été recon-
nu coutume publique à Troyes et dans toute la Cham-
pagne.
SI.
De la Juridiction royale. — De la Juridiction
ecclésiastique ou épiscopale.
Je ne décrirai pas l'organisation judiciaire dans les siècles
passés. Les comtes de Champagne, — le roi après eux, —
eurent leurs officiers de justice, en Champagne : cour des
Grands-Jours^ baillis, prévôts et leurs lieutenants, chargés
de rendre la justice aux nobles, aux bourgeois et plus tard
à tous ceux qui relevèrent de la justice royale. Un fait hors
de doute, par suite de l'étude du document, objet de ces
recherches, c'est qu'au xv* siècle les officiers de la justice
royale avaient vu antérieurement réduire dans une propor-
tion considérable l'exercice de leurs droits et l'étendue de
leur juridiction, à ce point que les actes passés sous le
sceau de l'officialité emportaient hypothèque, que l'excom-
munication était prononcée pour dettes purement civiles ou
conunerciales, que l'official statuait sur des faits de com-
merce, des arts et métiers, de levée de deniers, etc.
Les ordonnances sur l'administration de la justice sont
8 conruMES du bàiluagb db trotbs.
nombreuses. Saint-Louis, Philippe-le-Bel, Charles V,
Charles VI y ont successivement apporté des améliorations.
L'ordonnance de 1 388 réglemente les fonctions de baillis,
et celle de 1414 passa avec les Cabochiens, leurs auteurs.
En 1437y Charles VII modifie les règlements antérieurs; il
se réserve la nomination des baillis; mais, à partir de 1453,
cette nomination dut avoir lieu sur la présentation de
deux ou de trois candidats, désignés par le grand Conseil.
Les baillis ne conservent plus, sauf de rares exceptions, que
des attributions militaires ; les lieutenants ne jugent plus
seuls, mais avec Fassistance d'avocats ou gens de pratique,
puis avec des conseillers en titre. Les faits de procédure et
de compétence sont réglés, les tribunaux d'exception
détruits et la rédaction des coutumes ordonnée.
De son côté, l'évèque avait son tribunal, son officialité,
son officiai, ses promoteurs, ses notaires et procureurs en
cour d'église. Ce personnel, composant la juridiction ecclé-
siastique diocésaine, avait, avec le temps et le concours des
doyens ruraux, envahi sur le domaine du comte, puis sur
celui du roi, et avait étendu sa juridiction, qui devait être
purement ecclésiastique, sur des personnes et sur des choses
qui auraient dû légalement rester en dehors de son auto-
rité. (( Mais, comme le dit M. Faustin Hélie, on regarda la
» justice ecclésiastique comme un asile contre les op-
» pressions des seigneurs ; on la soutint comme un asile
» contre l'ennemi commun. L'Eglise s'était fait peuple,
» elle avait embrassé les intérêts des classes pauvres; elle
i> avait ouvert sa juridiction, par un véritable privilège,
« aux veuves, aux orphelins, aux lépreux, aux étrangers ;
» elle s'était déclarée la patronne des faibles et des petits.
» Ce fut là l'un des secrets de sa puissance, tant qu'ils
» ne trouvèrent pas dans la société d'autre appui (1). »
Au xv"* siècle, la monarchie réglemente son autorité, affer-
(1) Tfiéorie du Code d'inêtruetian criminelle^ p. 352.
GOmUMES DU BAILLIAGE DE TR0TE8. 9
mit son pouvoir, organise son administration. Charles VII
demande la rédaction des diverses coutumes de France ; le
duc de Bourgogne, dont les domaines avoisinent la ville de
Troyes, suit son exemple.
Mais avant d'arriver à la rédaction des coutumes et
notamment de celles de Champagne et de Troyes, il s'écou-
lera un certain nomhre d'années employées, d'une part, à
limiter les juridictions et la compétence des tribunaux civils
et ecclésiastiques ; et, d'autre part, à batailler sur les confins
de la Bourgogne et de la Champagne.
Cette double période achevée, Louis XI reprendra l'idée
inscrite par son père dans Tarticle 1 25 de Tordonnance de
1453. Mais je m'arrête et je reviens à la discussion entre
le roi et l'évéque, ou plutôt entre leurs officiers . Celle-ci ne sera
pas entièrement mise à fin à cette époque. Les points prin-
cipaux seront fixés, mais d'autres ne seront réglés que par
la rédaction de la coutume en 1509 (1).
Après la publication du mémorable règlement de 1453,
il reste encore beaucoup à faire pour placer, sous l'auto-
rité royale, la connaissance de tous les faits qui tombent
sous la compétence des tribunaux jugeant au nom du roi.
D'une part, les officiers des justices seigneuriales perdent
de lenrs prérogatives; d'autre part, les juridictions ecclé-
siastiques , qui avaient accaparé , dans les officiaux des
diocèses et même dans les doyennés ruraux, une multitude
d'attributions du ressort de la justice civile, perdent, sous
Charles VII, leur influence, et leur compétence fut diminuée
considérablement et réduite ou à peu près, aux limites
imposées par les lois ecclésiastiques.
Les documents, sur cette matière, ne font pas défaut.
(1) La réglementation des juridictions se faisait dans tonte la
France. En 1455, Tévéque de Nantes allait jusqu'à nier la juridiction
royale. (Vallet de Viriville, Histoire de Charles Vil, t. III,
p. 921.
10 COCTUnS BU BAIUUa DE TR0TB8.
Nous en possédons un fort explicite sur cette question
curieuse et pleine d'intérêt. Il s'agit d'une réfonne intro-
duite au bailliage et au diocèse de Troyes, par suite d'une
longue discussion souleyée par les officiers de la justice royale
contre Tévèque et son officiai, ayant à leur suite les
notaires et les procureurs en cour d'église. La discussion
dura environ six ans, et la solution, donnée aux nombreux
points en discussion, est renfermée dans ce document,
intitulé : Les concordats d entre le roi et Févéçue (1).
Ces concordats règlent un grand nombre de questions
que le temps avait accumulées. Dès 1434, l'officialet le
bailliage étaient aux prises; Tofficial avait fait mettre en
prison pour faux témoignage, selon lui, un individu
coupable d'avoir déposé, devant la juridiction royale, qu'un
(1) Arch. iniin., n. f.; Q. Gartulaire. — N© !•'. Ce curieux document
est divisé en trois parties ou quatemes (cahiers). Le premier quateme
contenant trente articles ; le deuxième, quatorze, et le troisième,
quatre. Cette division est motivée par la manière dont le débat est
vidé. Ainsi le premier quateme comprend tous les griefs auxquels
révêque répond en donnant satisfaction aux officiers de la justice
royale. Ces réponses sont faites à des commissaires spéciaux qui
sont : M. Guillaume Blanchet, conseiller au parlement ; Raoul de
Refuge, maître de la Chambre des comptes; Pierre de Refuge*,
général sur le fait des finances; Jean le Roi, commissaire sur le fait
des partages des hommes et des femmes entre le roi et Vévêque de
Troyes; Robert des Moulins, receveur général des finances, de là
les rivières de Seine et Yonne. Cette partie est rédigée par M. An-
toine d'Isoine, notaire et secrétaire du roi, qui signe : c Isoine. > et
datée du 20 décembre 1458.
Le deuxième quateme comprend quatorze questions résolues par
le procureur du roi Jean Dauvet et Tavocat du roi Jean Simon, du
parlement de Paris, sous Tafârmation de M. Jean de Saint-Romain,
procureur général du roi ; de Guillaume de Gannay, avocats du roi
au même parlement de Paris, le neuf avril 1458, avant Pâques; en
présence de Jean de Longueil, lieutenant du prévôt de Paris ; Michel
Pied-de-Fer, avocat du roi au Châtelet ; Germain Rapine, conseiller,
et Henri de la Cloche, procureur du roi audit Châtelet , et sur la
requête de Michel Juvenel des Ursins, bailli de Troyes, et par la
bouche de Nicole de Mauroy, licencié-ès-lois, élu et conseiller du
Gounnas do bailuage de hoteb* 11
serf de Tévèque était bourgeois du roi. L'official excom-
munia; le procureur du roi au bailliage, de son côté,
avait détenu un clerc en prison, parce que ce justiciable
du tribunal ecclésiastique refusait de livrer les biens d'un
homme d'armes de la garnison de Montiéramey. Sur cette
double difficulté, le procureur du roi, suivi de trente i
quarante sergents et notaires royaux, se transporta dans
l'auditoire de l'officialité, où se trouvaient Tévéque et ses
officiers de justice. Sur la déclaration de l'évêque, qu'il ne
céderait pas, le procureur du roi fait arrêter Nicolas Huyard,
l'un des clercs de l'officialité, et le retient sous les verrous
pendant douze ou treize jours (1). D'autres difficultés de
même nature se renouvelleront encore.
roi à Troyes; en présence de Jean de Mesgrigny, receveur des aides,
que Ton trouve aussi qualifié de receveur général commis en la
Tille et élection de Troyes, à recevoir Taide mise par le roi et payée
par de çà des rivières de Seine et d* Yonne (1442).
Le troisième quateme comprend quatre points sur lesquels il est
statué, le 23 décembre 1465, à Saint-Pourçain, par J. Dauvet, procu-
reur général, et J. Simon, avocat du roi, qui signent leurs déci-
sions.
Le mémoire, rédigé dans Tintérét des juridictions royales, fut
présenté, à la commission chargée de son examen, par AGchel
Juvenel^ bailli de Troyes , frère du chancelier de France ; Jacques
de Roffey, son lieutenant; Antoine Guéry, prévôt royal; Jean de
Yitel, son lieutenant, et le procureur du roi au bailliage. Il fut dressé
contre Louis Raguier, évéque de Troyes; Jean Michelet, Guillaume
Piétrequin, Jean Larcerier, prêtres; Nicolas Huyart, Henrion Dorey
et autres formant le collège des tabellions en la cour ecclésiastique
de Troyes.
Enfin, dans un quatrième quateme, est comprise une décision
provisoire résolue par Jean de Courcelles, Jean Mortis, Barthélémy
Claustres, Joachim Juraelin ou Joudelin, conseillers au parlement;
Jean de Saint-Romain, procureur général ; Jean Simon et Guillaume
deGannay, avocats du roi; Jean de Grève, procureur du roi à Troyes,
et Jean de Mesgrigny, receveur des aides dans la même ville.
On peut voir aussi : Arch. départ. G. 134, 135, 136 et 137 de
révéché. — Bibl. nat., fonds de Champagne.
(1) Arch. dép., fonds de l'évêché. G. 296.
12 COUTUMES DU BAILLIA6B DE TE0TE8.
Examinons ce document dans ses parties principales.
Les officiers royaax se plaignent de la conservation des
causes royales, malgré les déclinatoires proposés sur la
compétence , de l'immixtion des officiers de cour d'église
dans Tadministratioti de la justice depuis yingt-cinq ou
trente ans, sous Tépiscopat de Jean Leguisé et de Texer-
cice des officiaux, Pierre Fèvre, Robert Deschamps, Lam-
bert Millon, et Etienne CoUn, qui, en élargissant le ressort
de leur juridiction, diminuèrent les droits du domaine et
Fautorité légitime du roi. — L'évêque, à cette observation
générale , répond q\/il est content que les limites des juri-
dictions soient maintenues et qu'à Tavenir il soit fait droit,
sur ce point, par les avocats et procureur du roi en parle-
ment, appelé avec eux. M* Ytaste (Eustache) Lhuillier, ou
autre homme d'église du conseil de l'évèque, les choses res-
tant en l'état.
La cour et les officiers de Tévêque font ressortir devant
eux a tous les clercs non mariés^ marchands et négociateurs
publics » pour raison de ventes et de faits de leur com-
merce ; — ils s'immiscent dans la connaissance des faits
relatifs aux statuts des métiers ; — ils connaissent des matières
réelles, du fait des aides ; — ils procèdent, publiquement
et en leur prétoire, à la vente des immeubles saisis. — Sur
cette plainte, Tévéque reconnaît c[ue ces matières sont et
doivent rester étrangères à sa juridiction.
Les officiers en cour d^église « baillent » aux clercs
mariés, monitions de biens contre les juges royaux, ser-
gents et officiers laïcs, tandis que ces actes ne doivent se
donner qu'à des clercs non mariés, contre les parties et
non contre les juges; — ils contraignent les officiers
royaux, sergents et juges laïcs, sous peine de prison, de
censure ecclésiastique et d'excommunication, à révoquer
leurs sentences, à réparer ou mettre à néant leurs exécu-
tions, en les condamnant à de grosses amendes. —
L'évèque s'engage à faise cesser ces abus.
CODTCHES DU BAILLU6E DE TR0TI8. 13
Les officiers en cour d'église s'ingèrent dans le règle-
ment des comptes des corporations, du guet de nuit, du
port d'armes^ de la vente des \ivres; interdisent ou per-
mettent Texercice de la médecine à qui bon leur semble ;
condamnent à de grosses amendes, pour de menus cas
d'injures, comme : jurer la mort-Dieu, ou le sang-Dieu,
sans blasphèmes, par des gens laïcs, pour avoir appelé pail-
lard ou ribaut, avoir vendu un peu de poudre de safran,
d'épices ou de menus vivres les jours de fête, ou des patins,
des souliers, aiguilles ou autres menues denrées. — A ces
griefs Tévêque répond que Ton ne doit pas vendre à fenêtre
ouverte, et qu'il n'y a lieu à poursuivre pour ventes
d'épices, souliers ou autres menues marchandises à usage
d'homme»
Les mêmes ofQciers tiennent et font tenir, sur la justice
du roi, aux carrefours pubUcs « plusieurs bouticles ou-
vertes jusqu'à 1 5 ou 1 6 ; » Ton reçoit toute espèce de contrats,
ce qui précédemment ne se faisait que dans la cour et clôture
de l'évêque entre clercs seulement, et notamment des actes
de vente, de rentes, d'héritages, de cheptel, de louage de
maisons. — L'évêque s'en rapporte aux gens du roi à Paris.
Les notaires et tabeUions en cour d'église sont au nombre
de 22, et tous les curés, qui sont au moins de cent à cent
vingt, citent, devant Tofficial, tous les sujets de vive voix et
sans mandement écrit. — L'évêque s'engage à faire cesser
cette coutume.
Les officiers royaux, surtout ceux qui exercent depuis
peu de temps, craignent d'instrumenter pour le roi ou per-
sonne laïque, contre l'évêque, son officiai ou la cour ecclé-
siastique; les avocats et procureurs n'osent proposer de
déclinatoire par suite de la crainte qu'ils ont d'être « vilenez,
menassez, injuriez et répulsez^ » ainsi qu'il est arrivé plu-
sieurs fois. — L'évêque déclare que ces faits ne sont pas à
sa connaissance, mais qu'il prendra à cet égard telle mesure
M que le roi et son peuple seront contents. »
14 Goifrums du baiixugi db nons.
D y a six promotairs au lieu de trois qui exerçaient
anciennement, et quelques-uns « sont gens de petit état et de
» poTre gouvernement ; quant aux mœurs, gens dissolus
» et désordonnés, qui est chose malséant et de piteuse
» {sic) exemple, ce qui est contre le droit et la raison. » —
L'érèque soutient qu'il n'a que trois promoteurs ; s'ils tra*
Taillent le peuple, il les fera punir, avisera, et il espère que
les gens du conseil du roi y trouveront bon remède.
Les procureurs et promoteurs ecclésiastiques se font
payer, à un très-haut prix, des transports qu'ils n'exé-
cutent pas ; leurs cédules sont remises par les curés on
doyens ruraux, à qui ils ne paient rien. — L'évèque promet
de (aire défense, en plein auditoire, de procéder ainsi à
l'avenir et de punir les coupables.
L'official et les promoteurs lèvent, sans droit et sans
raison, outre la principale amende, sur les parties condam-
nées, un ou deux écus. — L'évèque s'mformera de ce qui
se passe et punira les coupables.
L'évèque et ses officiers lèvent, sur les excommuniés de
l'évèché, « dont le nombre est infini, i» et pour chaque
semaine, douze d^ers, ce qui produit des sommes consi-
déraUeSy si l'on considère que certains restent sous le coup
de l'excommunication pendant deux, trois ou quatre ans et
plus, sans comprendre les dépens du procureur et les dettes
motivant la peine prononcée. — L'évèque dit qu^il ne veut
rien changer aux anciennes coutumes et qu'il sévira contre
les procureurs, s'il y a lieu, de manière à ce qu'on soit
content.
Bien que l'évèché soit de petite étendue, au moyen des
abus qui s'y commettent, du nombre des causes de toutes
sortes portées à Tofficialité et devant les sept doyens ruraux
du diocèse, chacun tenant cour et juridiction ecclésiastique
au moins deux ou trois fois par semaine, bien que l'évèché
ne comprenne que 360 paroisses, tandis que ceux de Sens,
de Châlons et de Langres en comptent près de 3,000, le
COOTVIIBS DU BAIUIA6E DE TR0YB8. 15
diocèse de Troyes renferme beaucoup plus d'excommuniés,
» qui est piteuse chose à rappeler. »
L*état des aSiedres a bien changé ; autrefois pour vingt*
quatre causes pendantes aux juridictions royales ou laïques,
il n'y en avait pas une à Tofficial, tandis qu'aujourd'hui
sur vingt-quatre causes pendantes en cour d'égUse, il n'y
en a pas deux en cour laïque.
La plupart des gens excommuniés ont encouru leur peine
« fonv sépultures indues et salaires de procureurs en cour
d'église qui sont au nombre de vingt-un, tous riches, puis-
sants, de grans facultez, chacun d'eux ayant cheval en l'es-
table et deux ou trois clercs. » — A ces articles, l'évéque
fait la même réponse que ci-dessus.
Aussitôt qu'un homme, clerc ou non, est prisonnier du
roi, pour cas privilégié ou autrement, les promoteurs, par
monition ou excommunication, contraignent à leur en faire
délivrance, puis le mettent hors de prison, moyennant
argent et le laissent impuni. — L'évéque promet de réfor-
mer ces abus.
L'évéque prétend avoir prise de corps contre toutes per-
sonnes, dans son prétoire, où ses officiers arrêtent chaque
jour hommes et femmes pour des cas non ecclésiastiques. **
L'évéque s'en rapporte à l'avis des gens du roi à Paris.
L'évéque, son officiai et les doyens ruraux font des règle-
ments prononçant, sans aucun droit, des peines et des
amendes, s'élevant jusqu'à vingt livres, qu'ils prononcent
contre des laïcs, clercs mariés ou non mariés. — L'évéque
s'en rapporte aux gens du roi à Paris, et quant aux amendes,
à ce qui sera décidé à Paris et à Sens (1).
Enfin, le premier quateme se termine en signalant que
l'évéque, ses officiaux et autres membres de la cour ecclé-
siastique, enfreignent, chaque jour, les ordonnances royales
sur la compétence que, par de frivoles appels en la cour,
(i) A Sens, il s'agit ici de la joridiction métropolitaine.
16 COUTUMES DU BAILLIAGE DE TROTES.
ils travaillent le roi, ses officiers et ses pauvres sujets ; que
ces appels ne sont point soumis o et sont penduz au clou, »
qu'ainsi <x ils diminuent Tautorité du roi, le produit de son
» domaine et de sa justice, à la très-grande charge et foule
0 de ses vassauk et subgects. »
Tous ces points sont réglés sur les réponses de l'évéque
par la commission choisie au sein du conseil royal.
Par le second quaterne il fut décidé notamment que :
l"". Les officiers en cour d'église n'ont juridiction, sur les
laïcs, qu^en cas de causes et de délits ecclésiastiques.
i!". Toute personne laïque peut décUner la compétence
des juges d'église.
3"". Ceux-ci ne peuvent connaître d'aucune action réelle
mixte (( ou sentant la réalité ; » s'ils s^efibrcent à en con-
naître, toute procédure est nulle de plein droit, et dans ce
cas, ils peuvent être condamnés à l'amende envers le
roi.
4^. Bien que l'ordonnance du bailli^ défendant toute
citation de laies en cour d'église, soit fondée en droit et en
justice, ce dont Tévêque se plaint « très-fort, )) le cité
pourra aller trouver son juge laïc ordinaire et produire
déclinatoire ; et, si le juge d'église n'obtempère à ce décli-
natoire, il sera procédé contre lui par saisie de son tempo-
rel, par amende et, au besoin, par un emprisonnement,
selon l'exigence des cas et des personnes.
5"". Les juges temporels, subalternes de l'évéque et ayant
haute justice, pourront ordonner à leurs sujets de ne point
faire donner assignation en cour d'église ; ils pourront
même faire cesser les poursuites commencées. — Il en sera
de même pour les étrangers qui sont autorisés à demander
leur renvoi en cour laïque.
6"*. Les clercs, mariés ou non mariés, « marchands et
négociateurs publics, n en raison de leurs professions
et de leurs affaires séculières, de la police des métiers, sont
GOCTUMES DU BAILLIAGE DE TROTES. 17
tenus de répondre pardevant le juge laïc ; par exemple, un
tanneur qui a vendu à un cordontuer, clerc, marié ou non
marié, un individu qui a vendu du vin à un tavernier, de la
chair à un boucher, de la laine, du drap ou autres denrées
à des clercs mariés ou non mariés, à des marchands publics,
pour travailler ou vendre ces marchandises, selon Télat de
chacun, tous ces individus, quoique clercs, sont de la justice
laïque.
7^. Mais alors que les clercs mariés ont acheté, pour
leur usage seulement, des chausses, des souUers, du vin,
de la viande et autres denrées, ces faits seraient de la com-
pétence de la cour ecclésiastique, si les officiers royaux ne
soutenaient que les juges dej'évêque ne connaissaient point
de ces faits. — Il y a lieu de s'en rapportera l'usage ancien.
S"". L'exercice de son métier et de sa profession sera
interdit à tout clerc non marié, marchand et négociateur
public, s'il ne veut ressortir de la juridiction laïque, ainsi
qu'il est procédé, à Paris, parle prévôt et ses lieutenants.
9**. Sous peine de prise de leur temporel, d'arrêt de leur
personne et de condamnations « en mulctes et amendes, »
selon la qualité des cas, il est interdit aux juges d'église
d'agir conure les officiers de la justice temporelle, par voie
de citations^ monitions et fulminations pour aucune de leurs
fonctions.
10''. Si les officiers ecclésiastiques ont à se plaindre des
officiers de la justice royale, qu'ils se plaignent au roi.
IV. A l'occasion des a boulicles » des notaires ecclé-
siastiques ouvertes sur la justice du roi, il sera informé.
12''. Les jurements : la mort, la sang, la chair-Dieu et
autres serments de celte sorte, par gens laïcs, ne sont
point de la compétence de Tofficialité.
Les quatre points compris dans le troisième quaterne
sont vidés de la manière suivante :
V\ A tous notaires royaux et à tous officiers de justice
T. XllYI. ^
18 COITTUHES DD BAnXIAGE DE TROTBS.
royale appartient la connaissance des personnes laïques, en
tous cas personnels, criminels et civils, non ecclésiastiques.
Les officiers du roi, dans chaque cas particulier, feront
leurs diligences, afin de faire cesser les abus qui peuvent
exister en cour d'église, au diocèse de Troyes. par la saisie
du temporel, selon la qualité des personnes et des cas.
2""'. Aucun juge d'église ne peut entreprendre sur la juri-
diction temporelle sous prétexte d'abus, de délits ou d*ex*
ces commis par les juges royaux dans leurs fonctions (1).
3**"'. Le roi a à Troyes un beau et notable tabellionnage,
composé de vingt-quatre notaires pour recevoir tous actes,
contrats et hypothèques entre toutes personnes et pour
toutes matières; Tévêque, de son côté, a aussi ses notaires,
tenant leurs sièges et écritoires, pour Texercice de leurs
fonctions, (c dans le pourprins et circuits de son hôtel ,
situé loin des portes, avenues, places et marchés publics, o
Depuis vingt ans, douze notaires ecclésiastiques ont placé
« leurs écritoires » dans des lieux publics et y reçoivent tous
actes sous le sceau de l'évêque, savoir : six ou sept depuis
Tépiscopat de Louis Raguier et les autres au temps de Jean
Léguisé (2). Ces notaires tiennent « leurs sièges, bouticlcs
et escriptoires à grant fenestres, treillis éminens et fort ap-
parens, » sur la justice du roi^ haute, moyenne et basse, y
reçoivent tous actes sous le sceau de Tévéque, ce qui porte
grand préjudice au roi, à son tabellionnage et à sa juridiction
temporelle, ainsi qu'à la justice de ses vassaux.
Comme les faits articulés sont graves, que le doute existe
encore, il est décidé que le procureur du roi au bailliage dé
Troyes, de son côté, et Tévèque du sien « feront informacion
» de la matière et de Tusance du temps passé et rapporte-
» ront le tout pardevant nous, à Paris, aux jours de Ckam-
(1) Cet article est reproduit dans les Preuves de V Eglise gallicane,
réunies par Pierre Pi thou, et publiées par Pierre Dupuy. — Cramoisi,
1661, in-f». t. II, p. 172.
(2) Jean Léguisé est décédé le 3 août 1450.
GOimiVSS DU BAHXUGE DE TROTSS. 19
^ pagn$ de ce présent parlement, pour, sur ce, sur ladv»
» de Messieurs des Comptes et Trésoriers^ pourvoir ce
0 qu'il appartiendra. »
4'**. L'évêque, à cause de son évêché de Troyes, se dit :
« Per a conte »> (Pair à Comte), c'est à savoir au roi^ comte
de Champagne, et, par conséquent, exempt de la juridic-
tion du bailli de Troyes et des autres officiers royaux, à
cause du comté de Champagne et être sujet, sans moyen,
du bailli de Sens. Le bailli de Troyes soutient le contraire.
11 semble, disent les commissaires royaux, que Tévêque et
ses officiers n'ont aucun droit pour faire des actes contre la
juridiction royale et qu'ils ne peuvent connaître d'actions
réelles, mixtes on personnelles, entre purs laïcs. Mais,
(f comme la matière est de grande conséquence et pour ad-
viser en quels cas ledit évêque et ses officiers seront tenuz
de respondre pardevant ledit bailly et, en quel cas non, les-
dits procureurs du roi et évesque nous informeront « plud
» à plain de cette matière ausdits jours de Champagne et
» lors, par l'advis de Messieurs des Comptes et Trésoriers,
» y sera pourvu ainsi qu'il appartiendra. »>
Cette dernière question ne paraît pas avoir été résolue au
XV* siècle, ni en ce qui concerne Tévêque, ni en ee qui
regarde le chapitre de Saint-Pierre, qui élevait les Bftémes
prétentions. Soulevée longtemps auparavant, la discussion
qui fait l'objet de ces observations n'aurait reçu de solution
que bien longtemps après, en 1580.
Enfin le 5 avril 1461 , avant Pâques, il fut arrêté, à titre
de provision et sans préjudice des droits des intéressés, que
l'official se dessaisira de toute poursuite contre les laïcs qui
déclineront sa compétence ; le déclinatoire pourra être pro-
posé par un sergent royal en vertu d'une simple cédule du
procureur du roi. Et si, après les défenses de cet officier
royal» les juges ecclésiastiques n'obtempèrent point à cette
signification, il sera procédé contre eux, par voie de saisie
et d'exploitation de leur temporel et par amendes, et, à
20 GOOTUMBS DU BAILUA6B DB TII0YB8.
l'égard des parties contrevenantes, par Toie d'emprisonne-
ment, par mulctes et amendes, selon la qualité et Fexigence
des cas et des personnes.
Le document qui fournit les observations qui précédent
jette une grande lumière sur Tincertitude des compétences
civile et ecclésiastique, vers le milieu du xv* siècle. La
royauté veut reprendre des droits qui lui ont été usurpés ou
dont elle n'a pas encore joui, peut-être, en raison de la
faveur accordée, au moyen-âge, à la justice ecclésiastique.
Bien que les gens du roi ne fassent remonter les griefs par
eux articulés qu'à vingt-cinq ou trente ans, on doit croire
qu^ils dépassaient cette date. Le roi et ses ofBciers, à cette
époque de réformes générales, s'efforcent de régler la com-
pétence en matière judiciaire en même temps que la rédac-
tion des coutumes provinciales est ordonnée. C'est dans ce
grand besoin de réglementation, qui se fait sentir, après une
guerre de cent ans, qu'il faut trouver les causes et l'origine
de ce grand procès entre le roi d'une part, et l'évêque d'au-
tre part.
Ce procès, qui conunence en 1455, n'est pas achevé
en 1 461 • L'évêque est soutenu par son clergé. Le 4 novembre
de cette dernière année, il assemble les chanoines de cette
église, ceux de Saint-Etienne et de Saint-Urbain, les abbés
de S -Martin-ès-Aires et de S -Loup, les prieurs de Notre-
Dame-en-l'lle et de Saint- Jean-en-Châtel, ainsi que les curés
de la ville, afin de les consulter a sur les moyens à prendre
» pour défendre la juridiction ecclésiastique qui est trou-
» blée par les gens du roi. d Tous les assistants opinent en
faveur de la résistance et contribuent sans doute aux frais du
procès, car, quelques jours après, le chapitre de Saint-Pierre
fait présent à l'évêque, et dans ce but, d'une certaine
sonmie d'argent (1).
(i) SÉMiLiARD. — - Les règlements contenus dans les c concordats :f
sont donnés, quelques-ans définitiTement, et d*aatres, à titre de
COUTCIIBS DU IIAILLIA6B DE TBOYBS. 2i
La justice criminelle de révèché ne chôme pas au xv* siè-
de, car elle a à ses gages un serrurier pour souder et
ressouder les chaînes des prisonniers enfermés dans les
prisons de Troyes et de Saint-Lyé , et lui paie , par an ,
soixante sous. — (^s prisons ne sont pas ^ides, car il est
consommé, en 1412, trois muids, trois septiers et quatre
bichets de seigle pour la nourriture des prisonniers. — Le
pain leur est donné sous la forme de a tranchours. » Une
partie de la prison est dite : « quarquassonne. » Une autre
partie est réservée aux femmes (1).
La justice ecclésiastique perd du terrain. Le duc d^Or-
léans est seigneur souverain et apanagiste de Sézanne, et le
duché-pairie de Nemours comprend les châtellenies de Pont
et de Nogentrsur-Seine. En 1441 , la lutte s'ouvre entre
Tofficial de Troyes et les officiers du duc d'Orléans, du siège
de Sézanne. En 1464, elle commence avec ceux de Nogent,
et, en 1486, elle se continue avec ces derniers. Il ne s'agit
pas seulement d'établir la compétence sur les personnes,
mais bien d'empêcher les sujets de ces deux belles sei-
gneuries de se faire citer entre eux devant la justice ecclésias-
tique (2), au grand préjudice de la justice laïque. Par tran-
saction, les justices seigneuriales obtiennent ce qu'elles dé-
provision, mais le plus grand nombre paraissent avoir acquis un
caractère définitif. Ce qoi le fait croire, c'est que ces concordats
furent enregistrés et copiés intégralement par les soins de Téchevi-
nage, dans un cartulaire spécial renfermant des documents réglant la
juridiction ecclésiastique, les règlements des métiers et c d'autres
> Chartres et édictz concernans le bien, proffict et utilité de la vUle
> de Troyes et du comté de Ghampaigne, coUationnez aux originaulx
> par notaires royaulx et bailliage et prévosté de Troyes. > Bibl.
mun. de Troyes, mémoires manuscrits.
Ce même document est aussi renfermé dans le fonds des archives
de révéché de Troyes. — Archives départementales et Bibliothèque
nationale; collection Dupuy,vol. 626.
(i) Arch. départementales, f. de Tévôché. G. 274, 278, 280, 282,
283, 290, de 1407 à 1429.
(2) Même fond, G. 134.
St COUTUMES DU BAILLUGB DE TEOTBS.
sjrent. Mais, em 1487, Tofficialité eut quelques idées de
retour yers le passé. L'évéque, Louis Raguier, envoie à Se-
zanue M* Jean Navarron, licencié ès-lois, entremetteur de
ses procès et affaires, afin d'obtenir la mise en liberté du
curé de Notre-Dame de cette ville, jeté en prison par les offi-
ciers du duc d'Orléans, pour avoir, malgré eux, donné deis
citations à comparaître devant Tofficial du diocèse (1).
§11.
De la dlsoiisaloii, de la rôdaotioii et de la pnbttoation
des coutumes de Troyea.
Avant d'aborder ce sujet, je rappellerai Texistence d'un
Tolunoe possédé par notre Bibliothèque municipale et qui a
pour titre : a Le Livre de droict, » signé enfin « P. Re-
fuge^ » et classé sous ie n"* 682 du catalogue des manuscrits.
Sous l'impression des idées de réforme et d'orgwisa-
4ion avant la rédaction des coutumes provinciales, il y eut un
iravail général, tendant à vulgariser la connaissance des
coutumes. C'est à celte idée, je crois, que l'on doit, dès
1^ fin du XIV* siècle, sous le règne de Charles YI, la rédac-
tion du Grand Coutumier de France. Ce recueil avait
pour but de répandre une certaine unité dans la jurispru-
dence française, tout au moins dans les cas non prévus par
]es coutumes particulières.
Le a Livre de droict » a été signalé à l'attention des sa-
vants, en 1857, par M. Beautemps-Beaupré, alors substitut
au Tribunal de Troyes. Il provient de la bibUothèque de
F. Pithou, d'où il passa dans celle des Oratoriens de Troyes,
ainsi que l'indique la mention : Est oratorii collegii Tre-
(1) Même fond. 6. 316.
COimjMES DU BAILLIAQB DB TROTES. 23
çeucts, ^t de celle-ci dans notre bibliothèque publique* Ce
Tolume en papier, in-folio, de 415 pages, appartient, par
son écriture, à la dernière moitié du xv^ siècle.
M. Beautemps-Beaupré donne la propriété de ce manus-
crit au signataire : P. Refuge.
Nous soumettons au lecteur les obserralions suivantes :
Ce manuscrit est un exemplaire du Grand Coustumier de
France^ rédigé par ordre de Charles VI, et pubHé, sous
ce titre, en 1598, par Charondas le Caron. Nous estimons
que ce livre a été dressé , pour les besoins du bailliage de
Troyes, avant la rédaction de la coutume. 11 peut dater de
1460 à 1480. S'il ne contient pas certaines parties qui se
trouvent dans Tédilion de Charondas le Caron, c'est que
ces parties étaient les moins utiles dans la pratique. 11 s'en
trouve d'autres que n'a point publié le savant éditeur de la
fin du XVI* siècle. Dans beaucoup (l'endroits elles rectifient,
selon M. Bcaulemps-Beiupré, des leçons évidemment fau-
tives données par ce dernier.
La signature : P. Refuge^ pourrait ne pas indiquer le
nom du propriétaire, mais bien celui qui a attesté la sincé-
rité et l'exactitude de la copie. Celle-ci a pu sortir du
Parlement avec d'autre^ sous la signature de l'un de ses
membres, pour le service de divers bailliages (1).
Cela dit, j'arrive aux.coutumes.
Tous ceux qui ont ouvert les coutumes éditées par
F. Pithou, par M. Allen, par M. Louis Legrand, connais-
sent un recueil factice, imprimé et intitulé : « Li Droict
<1) Pierre Refuge, le signataire, ^ans aucun doute, fut général des
finances, et en cette qualité Ggure dans les (oncordnts d'entre le roi
et révéque de Troyes ; docteur et licencié ès-lois, chanoine et archi-
diacre de réglise deTroyes, chanoine de Notre-Dame de Paris, etarchi-
diacre de Brie, conseiller au Parlement de Paris, roçii président aux
enquêtes le 5 septembre 1508. Il mourut le Hl mai 1515 et fut enterré
derrière le chœur de Notre-Dame de Paris. Il était ûls de Jean de
Refuge, seigneur de Courcelles, podestat et gouverneur du comté
24 COimiMES DU BAIUIAGB DB TR0YE8.
et li Coustumes de Champaigne que le roi Thiebaux a
établi. » La première édition de ce recueil date de l'an 1 600,
et a été donnée par F. Pithou, qui n'indique point Torigine
de ce document.
Il existe à la Bibliothèque nationale cinq exemplaires ma-
nuscrits de ce recueil, composés d'arrêts rendus par la cour
des Grands-Jours et par celle des Barons, et de mentions
ou indications de faits de coutume ou de jurisprudence pu-
blics et reconnus comme tels en Champagne. Le plus ancien
des articles remonte à 1224, le plus récent est daté de
1295(1).
Parmi ces exemplaires, l'un d'eux provient du couvent
des Jacobins ou frères prêcheurs de Troyes, et tous datent
du XIV* et du xv* siècle. L'un d'eux serait de 1474. Ces
exemplaires ne sont pas complètement semblables dans leur
texte ; des différences assez notables peuvent y être relevées ;
les articles n'y sont point rangés dans le même ordre.
Aucun d'eux n'a plus d'authenticité que l'autre, et nul ne
peut être admis comme authentique.
L'édition donnée par les soins de F. Pithou n'est point
conforme à aucun des cinq textes dont l'existence est au-
jourd'hui constatée. Pithou avait-i), sous les yeux, un autre
exemplaire 7 Le fait est possible, mais on ne saurait l'affir-
mer, et pourtant on ne peut croire que F. Pithou ait, de son
d'Ast pour le duc d'Orléans, et d*Anne Hennequin, fiUe de Jean,
seigneur de Dammartin et de Bonne Mole.
Charles de Refuge fut élu abbé de Montier-la-Gelle en 1488, et fit
édifier en grande partie la belle église de cette abbaye.
Etienne, que Ton dit neveu de Tévéque Louis Raguier, étudiait à
Troyes, en 1460, devint curé de Sencey, mourut en 1519 et fut en-
terré dans la cathédrale de Troyes, près de la porte du Trésor.
Raoul fut maître à la Chambre des comptes.
Cette famiUe était donc alliée à des famiUes troyennes. Elle existe
encore en Normandie.
(1) BoimoT, Nouvelles Recherches sur les Grands^aurs de
Troyesy 1870.
COUTUMES DU BAILUAOB DB TR0TS8. 25
chefy introduit une modiGcation conforme, il est wai, à la
lettre et à l'esprit de la coutume de 1509 (1).
On verra plus loin Timportance que les praticiens et ju-
risconsultes de la fin du xv* siècle et du commencement du
xvi'* siècle attachaient à ces recueils, et notamment à Tun
d'eux, peut-être alors le seul connu à Troyes.
Si Charles VII ordonna, en 1453, la rédaction des di-
verses coutumes de France, Louis XI prescrivit de nouveau
cette rédaction en 1481. Cette dernière ordonnance fut
exécutée dans la même année, et les coutumes du bailliage
de Troyes furent rédigées et de plus imprimées en plusieurs
et divers lieux, et vendues pubUquement tant à Paris qu'en
la ville de Troyes et autres bonnes villes de ce royaume,
comme il en fut justifié par certains cahiers de papier im-
primés, joints à la discussion écrite des mêmes coutumes de
1507 et de 1509 (2).
Mais examinons d'abord les faits relatifs à la forme. Nous
passerons ensuite en revue ceux qui intéressent le fond.
11 y a donc eu discussion, rédaction et impression des
coutumes de Troyes en 1481 .
La discussion fut reprise en mars 1493, sur les lettres-
patentes du 28 janvier précédent, sous la présidence de Jean
de Rofiey, lieutenant-général au bailliage. Elle se continua
jusqu'au 28 mai 1496, date donnée à la rédaction qui eut
lieu alors, et y prirent part Jacques Raguier, évêque de
Troyes, Guillaume de Dinteville, abbé de Montiéramey, frère
du bailli, Nicolas Forgeot, abbé de Saint-Loup, des chanoines
de la cathédrale et des collégiales de Saint -Etienne et de
(1) Ces cinq exemplaires de la Bibliothèque nationale sont au-
jourd'hui compris dans des recueils ou forment des volumes du fond
français portant les n»* 1,805, 5,256 et 5,257.
(2) Legrand. Coutumes du bailliage de Troyes^ procès-verbal de
compulsoire de la rédaction des coutumes en i494 et en 1507, S* édi-
tion, page xxui, 1r« colonne après la table.
CMimos DU iAiiLu«i ra norab
Saiot-Urbani de Troyes , et d'autres membres du clergé de
la ville ; le roi par son procureur, son ayocat et son rece*
yeur au bailliage; treize conseillers et avocats au bailliage;
quinze procureurs et notaires royaux ; la noblesse, par seixe
de ses membres ; la ville de Troyes, par son maire, ses
échevins et dix bourgeois ; les seigneuries de Joigny, d'Ards,
de Méry, de Pont, de Saint-Florentin, d'Ervy, de Dane-
moine, £usant partie de Tancien ressort du bailliage; les
cbâtellenies de Vendeuvre, de Jaucourt, de Cbaourcci de
Bligny, de TIsle-sous-Hontréal, d'Isle (Aumont), de Tratnel,
de ViUemaur, y sont représentés par des praticiens apparte-
nant à la justice de ces différents lieux.
L'intitulé du procès-verbal du 28 mai 1 496 n'est pas une
vaioe formule. On y lit : a Tous lesquels et chacun d'eux
» pour soy avons fait jurer solennellement, nous dire, at-
» tester et déposer la vérité et effet desdites coutumes adsi-
)> gnécs de tout temps et d'ancienneté, selon bonne raison
0 et équité, elles ont accoutumé ôtre gardées entretenues et
» observées en icelui bailliage et anciens ressorts ; et après
» ce, nous (Jean de lloffey) et les dessusdils, avons, en la-
n dite matière, vaqué et besogné par plusieurs et diverses
D journées, et vu ce qu'autrefois et dès Tan 1481, au mois
« de septembre, par ordonnance de feu très-noble mé-
« moire, le feu Roy Loys, dernier trépassé que Dieu
» absolve ; et fut fait et délibéré par les officiers gens de
» conseil, praticiens et autres honorables hommes de la
» cour du bailliage lors et par grand avis et meure délibé-
y> ration d'iceux assemblez, avons fuit mettre et rédiger par
» écrit les couetumes, usaiges et communes observanœs
» dont Ton use notoirement èsdits bailliage et anciens res-
)} sorts, ainsi et par la pianiçre qui s'ensuit. »
La lutte existait surtout entre Jacques Ragui^, évèqur de
Troyes, qui, par sa famille, appartenait à la noblesse du
bailÛage et la noblesse contre la bourgeoisie ou le Tiers-
Etat.
COUttmES DU BAILLIAGE DB TR0TE8. 2T
Des commissions spéciales furent convoquées à Arcis, à
Héry, à Pont, à Nogent et à Traînel. Elles s'enquérirent des
coutumes en usage dans ces contrées, arrosées par TAube et
par la Seine. Des cahiers, relatant les usages et les cou-
tumes de ces localités, furent dressés, après avoir recueilli
lés avis des ofBciers royaux et seigneuriaux, des gens
d'église, nobles, praticiens et coutumiers. AMéry, un cahier
de trente pages fut revêtu de 56 signatures (!)•
Le 28 mai 1496 fut mise à exécution la rédaction des
coutumes selon les avis formulés et approuvés par les com-
missaires. Cette rédaction fut publiée par le savant com-
mentateur, Louis Legrand, à la suite d'un compulsoire qui
eut lieu en 1693 (2). Au jour de la signature de cette
deuxième rédaction, le 28 mai 1496, les notaires de Baus-
sancourt, Naudin, de Saint- Aubin et de Corberon ne vou-
lurent pas signer, en raison a des apostilles » mises dans
rintérêt de la noblesse (3).
La rédaction des coutumes, en 1496, se fit donc sous
la réserve des articles i, ii, xvni^ xxxui et lxii, qui, sur les
prétentions des deux frères de Dinteville, furent l'objet
d'une plus ample information.
En novembre de la même année, M. Guyon Arbalestre,
conseiller au Parlement, vint à Troyes, en qualité de com-
■f"^
(i) Bib. nat. Collection de Champagne, vol. 671.
(1) Lboramd. Coutumes du bailliage de TroyeSj 8* édition. Pa-
ris, MBCCXV.
(3) Bib. nat. f. français ; n» 5,256, on lit : c Item et le samedi
f xxvm» Jour dudit mois de may (1496), en relissant ce présent cayer
1 lesdits Baussancourt, Naudin, de Saint-Aubin et de Corberon, no-
1 taires, ont déclaré quMls ne signeroient icellui cayer pour les apos-
1 tilles mises en testes et les responces mises à icelles sur les i, ii,
% XVIII, xxxiii et LXII articles pour ce qu'ils dient lesdits articles avoir
» esté passez et accordez en la première assemblée. > — Voir aussi :
Legrand. Coutumes du hailliaqe de Troyes. Le procès-verbal de
compulsoire, p. xii, 3« col., en tête.
GouRTALON. Topographie , t. m, p. i07 ; dans une note, on
28 COUTUMES DU BAILLIAGB DB TR0TI8.
missaire royal sur le fait des coutumes, alors que le gou*
vemeur de Champage, M. d'Orval, était à Troyes, ainsi
que Jean Spifame, secrétaire du roi. Les salaires de
M. Arbalestre furent à la charge de la yille de Troyes. Ce
commissaire royal dressa procès-verbal de la contestation
existant entre at//cun^ des nobles et les habitants de Troyes,
à Toccasion du franc-aleu (1).
La ville de Troyes continua ses diligences à Tégard de la
rédaction des coutumes. Nicolas de Gorberon, notaire royal
à Troyes, se rend à Paris et y passe 21 jours, à solliciter et
poursuivre le fait des coutumes. — L'année suivante,
Guillaume Thévenin, procureur en cour laïque, porte à
Paris a ung gros livre anciennement appelé le Viel Coustu-
mier de Champaigne, lequel fut apporté aux officiers du roy
par deux des frères prescheurs du couvent des Jacobins d'icelle
ville (de Troyes), en une assemblée tenue audit Troyes pour
le fait desdites coustumes cl pour eulx prins en leur cou-
vent. »
Le Parlement fut directement saisi de la contestation
soulevée entre a aulcuns des nobles » et les habitants de
Troyes. Le diflërend ne fut point tranché. En 1506-1507,
rinstance est encore pendante. Odard de Villemaur, pour
les habitants de Troyes, se rend aussi à Paris et y porte les
lit : c Gaucher de Dinteville, frère du bailli, étoit abbé de Montiéra-
mey. D/puis longtemps il sollicitoit son frère pour faire supprimer
le droit de Iranc-aleu. En 1496, le bailli, pour complaire à son frère,
convoqua de son autorité privée une assemblée à son choix. Cette
assemblée illégitime corrigea, changea et retrancha sur les cayers de
la coutume ce qui lui paraissoit contraire à ses vues, mais les déli-
bérations furent inutiles. Louis XII, par des lettres de 4507, fit faire
une nouvelle rédaction de la coutume qui fut exécutée en 4509,
comme Ton sait, et où tous les droits furent conservés. Cette anec'
dote est tirée d'un mémoire manuscrit qui nous a été commu"
nique. *•
(i) Arch. mun. n. f. Carton 60^, liasse Ira, Mandat de paiement
délivré par l'échevinage pour solder les dépenses faites à cette oe-
e€ision.
C0DTUIIB8 DU BAILLIAGE DB TROYBS. 29
réponses faites par ceux-ci « aux contradictions de l^évèque
» et d'aulcuns nobles aux coustumes de Champaigne (1). »
Le 20 septembre 1507, le conseil de ville décide que
Jean de Saint-Aubin, notaire, se rendra aussi à Paris <( pour
solliciter, aux dépens de la ville, et foire les remontrances
qu'il convient faire à Messieurs de la cour, qui recevront les
coustumes faites en ceste ville et rédigées par escript en ce pré-
sent mois et au mois d'aoust dernier passé par Tordonnance du
roy et envoyées à ladicte cour par M. le lieutenant-général,
afin de remonstrer le franc-aleuf qui est en cette ville au
comté de Champaigne^ qui a été desbattu en rédigeant les-
dites coustumes et non accordé et aussi autres articles qui
sont à remonstrer (2). »
Les habitants de Troyes ne négligent point de soutenir
les coutumes anciennes. En 1 507 et en 1 509 ils ont confié ce
soin à Odard de Yillemaur, leur avocat, et à Jean de Saint-
Aubin, leur procureur. Ce qui les intéresse le plus, dans la
rédaction de la coutume, c'est le droit de franc-aleu et les
articles concernant les nobles vivant noblement ou rotu-
rièrement. Ces deux commissaires, Michel Angenoust,
conseiller de ville, le lieutenant-général et le procureur du
roi au bailliage se rendent à Paris en 1507 et en 1509,
afin d'y soutenir, près du Parlement, leurs prétentions res-
pectives. Ils sont munis des déclarations des gentilshommes
domiciliés à Troyes et tenant seigneuries, attestant que la
coutume du franc-aleu est de notoriété en Champagne. A
Paris^ les mandataires de la ville de Troyes se font aider des
lumières de David Chamberlan, de Jacques Dijoine, de Jean
de Villemaur, de Guillaume Bienaimé et de Pierre Julien,
avocats au Chatelet (3).
L'échevinage de Troyes prit parti pour les nobles vivant
(i) Mêmes archives. B. 63.
(2] Ârch. mun. n. f. Série A., n* 3.
(3) Arch. mun. B. 63.65.
30 COOTUMBS DU BAILLIAGE D£ HOTES.
roturièrement ou marchandemerU. La \iUe fit des dé-
penses à cet effet. Par les soins de ses échevins, elle fit re-
chercher les documents prouvant Texistence de cette sorte
de noblesse. Elle produisit, dans ce but, des sentences cer-
tifiées authentiques par les notaires, instrumentant dans la
rédaction des coutumes (1).
Après une discussion qui ne dura pas moins de vingt-
neuf ans, après deux rédactions, l'une de 1481 et l'autre de
1496, le bon roi Louis XII autorisa la publication des cou-
tumes du bailliage de Troyes par des lettres-patentes du 1 8
septembre 1509. Le soin de Tapplication de ces lettres fut
confié à M* Thibaut Baillet, président au Parlement, (2) à
François de Morvilliers, conseiller, et à Roger Bar me,
avocat du roi près de la même cour. Ces commissaires
tinrent séance, à Troyes, au palais royal, du 23 au 28
octobre 1509.
En présence de la noblesse, d'un grand nombre d'ecclé-
siastiques, des officiers et praticiens de la justice royale et
des châtellenies du bailliage, des maires et échevins et des
bourgeois de Troyes, M. Thibaut Baillet procéda à la pu-
blication définitive de la coutume de Troyes.
Au fond :
Nous avons plus haut mentionné des sentences établis-
sant péremptoirement Texistence de la coutume de la no-
blesse utérine au bailliage de Troyes. Cette coutume et celle
du franc-aleu sont reconnues en 1481. Ces deux points
(1) Arch. mun. n. f. Carton 60. Ces sentences, an nombre de
vingt, rendues de 1436 à 1497, sont réunies dans un volume de do-
cuments manuscrits importants, appartenant à la bibliothèque de
Troyes. (Vol. no 1290 du Catalogue des manuscrits.)' Nous les avons
relevées dans le tableau ci-après : Document n* 2. Ce même recueil
renferme aussi le dire du procureur du roi, des habitants et com-
munautés des viUes et châtellenies pour le fait deis coutumes de
Troyes.
(2) U était allié à la famille Hennequin.
eootimss do baoliagb db trotbs. 31
font l'objet principal de la discussion en 1496, et néan-
moins ils sont inscrits, dans la rédaction qui eut lien à cette
date, et en ces termes :
(( Les aucuns sont nobles, les autres non nobles? Ceux
» sont nobles qui sont issus en mariage de père ou de mère
» nobles et soutGst que le père on la mère soient nobles,
» posé que l'autre desdits conjoints soit non noble ou de
D serve condition. »
» Tout héritage est franc et réputé de franc-aleuf qui ne
9 le montre serf et redevable d'aucune charge, posé qu'il
» soit assis en justice d'aultrui et qu'il n'en ait aucun
« liu^ (1). »
Après cette nouvelle discussion qui ne dura pas mmns
de deux ans, le 28 mai 1 496, les débats furent clos, sauf à
regard des articles i, ii, xviii, xxxiii et lxii, dont là dis-
cussion et la rédaction furent réservées.
La lutte existait surtout entre l'évêque deTroyes, Jacqueë
Raguier, qui, par sa famille, appartenait à la noblesse du
bailliage ; les nobles, représentés par le bailli de Troyes et
l'abbé de Montiéramey, son frère. Gaucher et Guillaume
de Dinteville, Claude de Savoisy, seigneur d'Auxon et de
Sâgnelay, Jean d'Ancienville, seigneur d'Avreuil, Philippe
de Courcelles, seigneur de Saint-Liébault, alors lieutenant
du gouverneur de Champagne, Louis d'Orval, Dreux Ra-
guier et autres nobles du bailliage.
Les nobles, mieux « aucuns nobles » repoussent toujours
l'article premier qui maintient la noblesse utérine, admise
en 1481 et que maintient le Tiers-Etat et Téchevinage de
Troyes. Les nobles disent qu'au moyen de cette coutume,
un écorchenr, un fils d'écorcheur peuvent se moquer des
privilèges de noblesse.
L'évêque et les nobles demandent la suppression du franc-
aleu, faisant l'objet de l'article ii, qui veut que tûut héri-
(1) LltaRâNl>. 'Prùûè9^vÈirbùl èe cômpuUùire, p. rv^ eol. in.
32 COUTUMES DU BAIIXIAGE DE TROYES.
tage soit franc et réputé franc, s'il n'est prouvé qu'il soit
serf et redevable d'aucune charge. Les nobles n'opposent
que des moyens vagues et concluent en disant que les sei-
gneurs hauts-justiciers n^auraient que leur titre et leur nom,
sans aucune prééminence sur leurs sujets et sur les terres
de ceux-ci ; a qu'ils seroient à comparer aux évéques de ce
» royaume qui, pour titre, ont évêchés en Arcadie ou autres
» lieux , où ils ne vont jamais et vauldroit autant estre roy
» de la febve que hauts-justiciers en Champagne (1). »
Le procureur du roi, la communauté des habitants de
Troyes et les châtellenies répondent que la coutume relative
au franc-aleu est la plus générale du bailliage ; qu'elle est
gardée inviolablement depuis si longtemps qu'il n'est mé-
moire du commencement ni du contraire, et ce n*est pas de
maintenant que l'on dit : u Les allodiaux et les francs^
aïeux de Champagne. » Sur l'opposition de Jacques
Raguier, le procureur du roi, Jean de Mergey, répond :
« qu'il connaît la notoriété de la coutume; qu'estant pas-
» teur du peuple, il (l'évêque) devrait s'efforcer à le garder
» en liberté ; qu'au contraire il fait des efforts pour abolir
» cette coutume et mettre le peuple en servitude. »
Quant aux bourgeoisies royales (art. ii), attaquées par
révêque et par la noblesse, elles sortent victorieuses du
combat, à l'aide du procureur du roi et des habitants de
Troyes, bien que « les nobles ou leurs procureurs aient écrit
» ce que bon leur a semblé et rempli trois feuillets de
» papier en dos et en ventre. »
Le procureur du roi se plaint des abus et vexations com-
mis par les seigneurs sur leurs sujets et qui, comme les sei-
gneurs écossais (2) veulent s'enrichir en travaillant et mo-
(1) Legrand. Coutumes du bailliage de Troyes, Procès-verbal de
compulsoire, p. ij, col. V*,
(2) n s'agit ici de quelques seigneurs établis dans le bailliage sous
les deux derniers règnes. On peut nommer les Zoni^/ian, les Cockbum^
les Despences, les de Berrey^ les Lokari, les de Mantcrify etc.
COUTIMES DU BAILLIAGE DK IHOYES. 33
lestant leurs sujets obligés d'abandonner leurs demeures
au grand préjudice de la chose publique.
L'évêque s'étant pourvu, — les termes étant, suivant
lui, trop généraux et à tort comprenant les clercs, — contre
Tarlicle relatif aux injures proférées dans la ville deTroyes,
depuis le vendredi à midi jusqu'au samedi au soir, en rai-
son de la tenue du marché et punies de 60 s. t. d'amende,
le procureur du roi soutint que cette rédaction était faite
pour protéger non-seulement les gens qui fréquentaient les
marchés^ mais encore les clercs ou les laïques contre ceux
qui voudraient les outrager.
L'article, réprimant le fait de dire « coupault » à un
homme, en présence de sa femme, et, à une femme, p....,
en présence de son mari, fut aussi critiqué par Tévêque^
contre le procureur du roi qui le fit maintenir.
A l'article relatif aux assemblées des communautés d'ha-
bitants, l'évèque l'ayant attaqué, le procureur du roi obtint
le maintien de la rédaction. 11 voulait éviter que, lors des
visites ecclésiastiques, le révérebd évéque ou ses officiers ne
pussent, par ce moyen, provoquer des dons aux églises pré-
judiciables à la communauté des habitants.
11 est établi, contrairement aux prétentions du clergé,
que les actes passés sous le sceau de la cour ecclésiastique
ne portent pas hypothèque. L'évèque prétendait qu^l n'y
avait, à Troyes, que deux sceaux authentiques : le sien
et celui de sa prévôté royale. Le procureur du roi réplique
qu^outre ces deux sceaux, il y a celui du bailliage et celui
des foires, et ce par privilège si ancien, qu'il n'est mémoire
ni du commencement ni du contraire.
Dans cette mémorable discussion, il est établi que le
roi, ni personne pour lui^ ne possède aucuns droits, cour
ni juridiction sur les habitants des seigneuries de Trainel,
de rislc-sous-Montréal, Vendeuvre, Spoy, Bligny, Briel,
MaroUes, Vauchonvilliers, Chacenay, Fontette, Saint-Usage
T. XIXTI. 3
34 COUTUMES DU BAILLIAGE DE TROYEfl.
et d'autres encore, et que le domaine royal ne jouit d'au-
cun revenu dans ces mêmes seigneuries; leur aliénation
avait été complète dès le temps des comtes de Troyes ou de
Champagne.
Après une discussion qui ne dura pas moins de vingt-
neuf ans, le bon roi Louis XII autorise la publication
des Coutumes du bailliage de Troyes, par ses lettres-pa-
tentes du 18 septembre 1509. Ce soin est confré à
M'' Thibaut Baillet, président au Parlement, à François de
Morvilliers, conseiller, et à Roger Barme, avocat du roi
près la même cour. Ces commissaires se rendent à Troyes,
où ils tiennent séance le vingt-trois octobre et jours sui-
vants, au Palais-Royal.
En présence de la noblesse, d'un grand nombre d'ecclé-
siastiques, les officiers de la justice royale et des chatelle-
nies, le maire, les éclievins et les bourgeois de Troyes, les
praticiens de la ville et des châtellenics du bailliage,
M"* Thibaut Baillet procéda à la publication définitive de la
coutume de Troyes.
A la lecture des articles, les anciennes prétentions, déjà
longuement examinées, sont de nouveau présentées.
A l'article premier, qui admet la noblesse du père et la
noblesse de la mère. M* Tliibaut Baillet dit que cet article
(ou DE MÈRE noble) (( cst de conséqucHcc et que raison écrite
n veut le contraire. Est qui plus est que la loy, par ex-
» près, résiste à ladite coutume, ainsi qu'il a été remontré
» en publiant d'autres coutumes, celle deMeaux et celle de
» Chaumont. » Les nobles ayant reproduit leurs griefs, les
commissaires royaux s'arrêtent à cette décision : a A ceste
cause, ordonasme que de présent cet article demeureroit en
telle usance et coutume, comme elle a été et qu'on en a
usé le temps passé. Et des remontrances faites par les nobles
avons ordonné qu'ib bailleront par écrit ce que bon leur
semblera, qui sera montré et communiqué au procureur
du roy et autres du Tiers-Etat pour y répondre et en faire
COUTUMES DU BAILUAGK DB TROYBS. 35
notre rapport à la cour, afin d*en ordonner ce que de
raison, n
L'article 2, relatif aux bourgeoisies, et les articles 9 et
10, qui se rapportent aussi à la qualité des personnes,
donnent lieu à un débat soulevé par Jean Milon, ofBcial, et
par « aucuns des nobles. » Les commissaires royaux dé-*
cident, sur ces articles, comme à Tégard du premier.
L'assemblée passe en revue chacun des 203 articles de la
Coutume. Malgré un long, vif et sérieux débat, la Coutume
de Troyes sort de cette nouvelle et rigoureuse épreuve en
conservant ses anciens principes de libéralité qui consti-
tuent son originalité. L'assemblée maintient : l"" La no-
blesse utérine ou de mère, en ces termes (art. 1**^) : « Les
» aucuns sont nobles, les autres non nobles. Ceux sont
» nobles qui sont issus en mariage de père ou de mère
» noble : et suffit que le père ou la mère soit noble^ posé
» que l'autre desdits conjoints soit non noble ou de serve
0 condition sous les réserves sus-exprimées. »
2''. Les boiu*geoisies royales sur simple aveu, à l'excep-
tion du comté de Joigny (art. 9 et 1 0), où ces bourgeoisies
doivent être prouvées par écrit.
3"^. La franchise de toutes personnes non nobles, s'il
n'est fait preuve du contraire (art. 2).
i"". L'option laissée aux enfants nés de franches per-
sonnes mariées à des personnes de condition servile, entre
la rivière de Seine et Aube et de Seine et Yonne, de choisir
celle des deux conditions qui leur plaît (art. 7).
5**. L'obUgation, a qu'ils veuillent ou non^ » par les
enfants nés dans la prévôté de Troyes, de suivre la condition
franche et d'abandonner la condition serve (art. 7).
6*. Qu'entre la rivière d'Âube et celle de Marne, Fenfant
suit la condition de la mère. Cependant si l'un des conjoints
est noble, l'enfant devient noble, s'il le veut (art. 8).
7*. L'existence de nobles vivant noblement et de nobles
vivant roturièrement (art. 11).
36 COUTUMES PU BAILLIAGE DE TBOYES.
8^ Les enfants nés d'homme ou de femme de la servitude
de révéché et de franche condition se partageaient par
moitié. — Si des enfants naissaient de mariages contrats
entre homme ou femme de serve condition d'autres sei--
gneurs avec femme ou homme de Tévêché , ces enfants
appartenaient à l'évéque. — Entre seigneurs , les enfants
se partageaient pour telle portion que les père et mère
étaient auxdits seigneurs (1) (art. 7).
Q"". Que tout héritage est franc et réputé de franc-aleuqui
ne le montre serf (art. 51).
10°. Qu'il y a deux sortes de franc-aleu : le franc-aleu
noble et le franc-aleu roturier. Le premier est celui qui a
seigneurie et haute justice, et dont le détenteur n'est pas
tenu de rendre foi et hommage. Le second est une terre
sans justice et pour laquelle le détenteur ne doit ni cens, ni
rentes, lods et ventes, ni autres redevances (art. 53 et
54) (2).
La publication de la Coutume du bailUage de Troyes fut
achevée le 28 octobre 1509. Elle mit fin aux enquêtes
c( par tourbes ou par témoins » sur les points coutumiers,
et, à partir de ce jour, il est fait défense d'admettre à l'a-
(i) En 1377, il y eut procès ontre lo roi el Tévêque. — Le roi
prétendait prendre un homme et le premier de la lignée. L'évoque
soutenait, au contraire, qu'il avait le même droit que le comte de
Champagne, avec lequel il était pair en tout et partout, le roi n'ayant
d'autres droits que ceux du comte. F. Pithou dit qu'il n'a pas vu le
jugement. Suivant lui, le roi faisait procéder à ces partages pour af-
ûranchir ses hommes, par argent.
(2) Comme francs-aleux nobles, nous citerons les seigneuries de
Montgueux, Laines-Bourreuses ou Rozières, Chevillelle, La Rivière-
de-Corps, Boulage (à Sainte-Savine), Chicherey, Mamay et Culoison
(de la paroisse de Sainte-Maure), Nozay, Saint-Remy et Saint-Martin-
80U8-Barbuise, Premier-Fait. Dans la viUe de Troyes, il existait plu-
sieurs maisons ou propriétés en franc-aleu, notamment la maison de
Saint-Adérald. Il y en avait à Âuxon, à Paisy-Cosdon, à Yen-
deuvre, à Chalette, à Rosnay, à Vemonvilliers, à Villiers-le-Bois,
à Eclanccy i Géraudot, etc.
J
COUTVIIES DU BAILLIAGE DB TR0T£8. 37
venir aucun fait de coutume dérogeant au texte publié (1).
Les commissaires ropux réservent en principe la dis*
cussion, en ce qui concerne : 1* la noblesse utérine ; 2* les
bourgeoisies royales; 3* les coutumes d'entre Seine et Aube
et celles d'entre Seine et Yonne, mais en déclarant que, sur
les points contestés, il en serait usé à l'avenir comme au-
paravant jusqu'à réformation.
Malgré les réserves expresses, faites en faveur de la nô-
blcœe, de se pourvoir sur ces trois points importants,
aucune diligence dans ce but n'a été faite ultérieurement
à la publication, et aucune décision, quelle que soit l'auto-
rité dont elle aurait pu émaner, n'est intervenue pour mo-
difier la rédaction de 1509. Aussi y a-t-il lieu de s'étonner
qu'on écrive depuis quelques années, que la question l'ek*
tive à la noblesse utérine en Champagne n'a pas été ap-
prouvée, ni improuvée officiellement : le point de droit
restant en suspens, et les diverses juridictions jugeant selon
leur caprice.
Sur les réserves, la noblesse garda le silence, et Tusance
et la coutume ancienne, formulées dans les articles préci-
tés, eurent l'autorité qu'elles avaient avant la rédaction
de 1509.
Les signes indélébiles de la noblesse en Champagne ne
sont donc pas faciles à déterminer, en dehors des anoblis-
sements par titre. La bourgeoisie la côtoyait de si près que
bien souvent elle y mêlait son sang, ses biens, sa fortune.
Sans s'arrêter à la distinction à faire et difficile à saisir,
entre les nobles vivant roturièrement et les bourgeois vivant
noblement, il faut compter encore avec les privilèges ac-
cordés, en 1178, à Gérard de Langres, à Humbert-
Sauquerel, à leurs femmes et à leurs lignées mâles et fe-
(i) Siu* la publicaiiou des Coutumes. — Arch. mun. — A. A.,
ciurton60, 1^ liasse, et toutes les éditions des Coutumes du baiUiage
de Troyes, surtout le Compuhoire de 1693 ; 3* édition de Legrand.
In finie. Bibl. de Troyes, manuscrit n* 12.
38 GOimTMES BU BAI1XIA6B DE TROTBS.
melles et à leurs alliés, qui, sous la dénomination de : Hoirs
Musnier, ou Musnière, étaient, au commencement du
XVI* siècle, répandus dans plus de cent vingt-cinq paroisses
des diocèses de Troyes, de Sens, de Châlons et deLangres;
puis, avec ceux des nombreux descendants des deux sexes
de Pierre et Bancelin de Vert, qui, à la veille de 1 789, ré-
clamaient encore contre le duc de la Vrillière, seigneur
d'Ervyetd'Auxon, la reconnaissance et l'application de leurs
privilèges qui équivalaient presque à noblesse.
Enfin la noblesse utérine ne pouvait pas non plus être
oubliée. En 1645, sur 301 ménages existant à Romilly-
sur-Seine, on en trouvait 224 nobles, 38 roturiers et
39 mixtes, ceux-ci étant ceux où le père était roturier et la
mère noble, ainsi que les enfants, suivant Tadage champe-
penois : le ventre anoblit (1). Si cet adage coutumier
n'avait été appliqué, Romilly certainement n'aurait pas
compté un aussi grand nombre de nobles, qui, sans aucun
doute, n'ont pas lait leurs preuves devant l'intendant
Caumartin.
Au XV* siècle, les preuves de noblesse paraissent bien
fugitives, j'allais dire bien fugaces. Voici comment les frères
Bureau, ces illustres Champenois, ces compagnons et alliés
de Jacques Cœur, firent leurs preuves de noblesse, vers 1 453 .
Cette famille, originaire de Semoine, habitait le village
de Thaas. Son dégagement des liens de la servitude était con-
testé par le prieur de Gaye, qui disait Jean Bureau, le chef
de la famille, homme de corps et de serve condition de son
église à cause de sa mère.
Pour établir que la famille n'était pas seulement franche,
mais noble, les frères Jean et Gaspard Bureau alléguèrent
deux motifs. Par le premier, ils disaient que Jean Bureau,
de Thaas, était communément vêtu de robes à lambeaux ou
en échiquier, et en habit de gentilhomme. Par le second,
(i) d'Arbois de JtBATNviLLE. toyage paléographique, p. 161.
COUTUMES OU BAILUAGE DE TE0TE8. 99
que Perette, leur sœur, mariée à Jean Legras, avait clé, a
son mariage, portée sur une civière et avec un fagot d'épines
et de genièvre au moutier (a l'église) comme gentille-femme;
qu'elle avait paru en voile et qu'elle fut épousée devant le
crucifix en Téglise de Semoine. Le lendemain, elle fut de
nouveau portée sur la civière, avec fagots d'épines et de
genièvre, comme on a coutume de le faire d'ancienneté
pour les gentilshommes et les gentilles-femmes du pays ;
les épousées non uobles, étant mariées sans voile à la porte
de l'église et n'étant point portées sur la civière (!]•
§1".
De la Noblesse maternelle.
Tel est le résumé sommaire, exact et concis de ces inté-
ressants débats, tant en la forme qu'au fonds, en ce qui
touche la noblesse utérine.
Je dois justifier mon opinion. Elle a déjà été l'objet
d'observations.
Un savant critique, M. A. de Barthélémy, repousse
l'existence de la noblesse utérine. Il s'appuie sur les textes
suivants contenus dans des copies non authentiques et cer-
tainement incomplètes de : Lidroict et H coustumes .
Le premier texte porte : « Il est coutume en Champaigne
» que se enfant demorent de père et de mère soient noble
» ou de poestej se il y a hoir aagie il doit avoir la voerie de
)> ces (ceux) qui seront dessouz ange et de tant come il se-
» ront en avoerie li avoe ne perdront ne gaaigneront (2) ; »
Le deuxième et le troisième : « Il est coustume en Cham-
(i) L\ Roque. Traité de la noblesse^ p. 165.
(2) Bib. nat., f. de Notre-Dame, n» 120, art. xvi.
40 COUTUMES DU BAILLIAGE DE TROTB&.
» paigne que se enfans demorent de père et de mère et
Y> soient noble ou de poeste (1 )• »
Le quatrième : a Coustumc est que se enffens demeurent
sans père et sans mère soient nobles ou non (2)- »
Le cinquième : <c 11 est accoustumé en Champaigne que
se enfans demeurent de père et de mère soient noble ou de
pe.....(3).
Un sixième texte est celui qui, pour la première fois, a été
publié par M. Allen (Edition des Coutumes m.dcix). Il
porte que : « se enfans noble demeure de père et de mère
» soient noble ou de père ou de mère » Faut-il suppo-
ser l'existence d'un sixième recueil manuscrit ? C'est pos-
sible.
Selon les déductions que nous avons produites, la re-
connaissance de la noblesse maternelle domine non-seule-
ment la Coutume du bailliage de Troyes, publiée fin d'oc-
tobre 1509, mais encore celle de Sens, rédigée et publiée
en 1506, puis réformée en 1555, sans contestation ni mo-
dification sur ce point important; celles de Meaux et de
Yitry, publiées dans le même mois d'octobre 1509 et
quelques jours avant celle de Troyes ; celle de Chaumont
dans la même année 1509, et alors qu'une rédaction avait
déjà été dressée en 1494 et sans aucune réclamation du
chef en question.
Les textes de ces différentes Coutumes sont écrits et
dressés dans le même esprit. U n'existe qu'une faible dif-
(i) Bibl. nat, nos 5256 et 98^22 du fonds français.
(2) Môme bibl., n«s 1805, f. franc.
(3) Codex Colb., 2032; Regnis 98i2io. Cet exemplaire provient
de la bibliothèque des Jacobins, ou frères prêcheurs de Troyes, d'où
il a passé dans la bibliothèque colbertine. — C'est celui sans doute
qui a été solennellement communiqué au Parlement de Paris, pen-
dant la discussion de la coutume, et si maltraité dans cette discussion
par la bourgeoisie. (Voir ci-dessuç).
COUTVlfBS DU BAILLIAGE DE TEOTES. 41
férenee, dans celle de Châlons ou les droits du roi sont
réservés.
Ainsi : Coutumes de Troyes, art. i. Les aulcuns sont
nobles, les autres non nobles. Ceux sont nobles qui sont
issuz en « mariage de père ou mère noble et suffit que le
» père ou la mère soit noble, posé que l'autre desdits
» conjoinets soit non noble ou de serve condition (1). »
Chalons, art. ii. « Le ventre affranchit et anoblit, pour
» jouir du bénéfice que la coustume octroyé aux nobles
» seulement, et non en ce qui concerne les droits du roy. »
Art. III. « Nobles issus de père noble, mère noble ou ro-
» turière, en loyal mariage, qui sont issus de père roturier
» et mère noble, sont exempts des droits de thonneux,
» grand et petit guet, du prévosl et forage et en ce qui est
» de leur creu, encores qu'ils vivent roturîèrement. »
Meaux^ art. iv. « Entre gens nobles, le fruict ensuit la
» condition du père ou de la mère : car il suffit que l'un
I) des conjoincls, par mariage, soit noble, à ce que les en-
» fans qui en ystront soient censez et reputez personnes
» nobles. »
Sens, art. 161 de la nouvelle coustume et 168 de l'an-
cienne. — a Les enfans nés de père ou de mère noble sont
î> réputés nobles, et posé que l'un d'iceulx, père ou mère,
» soit roturier. »
Chaumont, art. ii. « Et quant aux nobles, l'on tient cous-
» tume audit bailliage que ceulx sont dictz et réputez
i> nobles qui sont issus et naiz en mariage de père et de
» mère nobles, ou de père noble et de mère non noble ; ou
» de mère noble et de père non noble; et qu'il suffist l'un
» d'iceux, père ou mère, cstre noble à ce que le fruict soit
» noble. »
VïTRY, art. 69. a Quand sont deux conjoinets par ma-
(1) Edition de idOO. — Diverses sentences rendues, de 1510 à
1528, maintiennent la noblesse matenieUe.
42 COOTOIUS DD BAIU1A6B 0B TROTES.
» riage, le mari franche personne, et femme noble ; et la-
» dite femme va de vie à trépas délaissant enfans, le fils
» aîné aura son droit d^ainesse en la succession de ladite
» mère, ainsi que dessus est dit es successions des
» nobles. »
Le principe de la noblesse utérine est posé dans Tar-
ticle XX du recueil de Li Ih'oits , rapportant un arrêt
de i289, rendu par la cour des Barons, où siégeaient, avec
des jurisconsultes, plusieurs nobles dont les noms sont
conservés a et plusieurs autres à grand fouison. »
Une série de décisions données par des juridictions, sta-
tuant sur des intérêts divers et basées sur le principe qui
découle de cet article, conduit jusqu'à la veille du jour où
les Coutumes du bailliage de Troyes et autres de Cham-
pagne ont été publiées. Nous rapportons ci-après vingt dé-
cisions sur la matière et toutes conformes. Ces sentences ont
été réunies par les soins de Téchevinage de Troyes, qui les
a groupées pour justifier les prétentions des nobles de mère
et les a produites aux commissaires royaux, sous la cote H
de l'inventaire de production (1).
On pourra consulter le document ci-après, n"" 2, qui
résume ces sentences; nous nous bornons ici à en citer
une seule avec l'incident dont elle fut suivie.
En 1440, le bailli de Troyes, agissant en qualité de com-
missaire royal, après plusieurs enquêtes et l'audition de
plusieurs conseillers, avocats et praticiens, décide que a le
» fruit et les enfants issus d'homme non noble et de femme
n noble, ensuivent et doivent ensuivre le noble côté et
» jouissent et doivent jouir du privilège de noblesse, sup-
» posé que le père ne soit noble. »
(1) Cet inventaire existe en partie aux archives de Thôtel-de-ville
de Troyes, n. f. carton 00, liasse Ire; |es sentences font partie des
manuscrits de la bibliothèque de la même ville, n<* 1291, et faisaient
.partie de cette même cote H.
COCTUnSS DU BAILLIAGE DE TR0TE8. 43
Puis le bailli, allant au-delà de la contestation, décide, par
voie de règlement, « que dorénavant par le procureur du
» roi, ni \ysLr ses successeurs ne serait plus nyée icelle cou-
» tume, et ainsin le défendit-on audit procureur. »
Celte sentence de 1440 fut, en 1469, déposée par copie
authentique entre les mains du procureur de la ville, pour
y avoir recours au besoin. Cette copie fut payée des deniers
de la ville (1).
A ces seuls points s'arrête, pour nous, la discussion.
Nous ne pouvons anticiper sur Tavenir et appliquer aux
faits du xv"" siècle la législation de Louis XIY. Il y aurait,
du reste, anachronisme à le faire, car les habitudes et les
lois s'étaient profondément modifiées en cette matière
comme en tant d'autres. Nous ne définirons pas non plus
les privilèges de la noblesse qui sont différents suivant les
contrées et surtout suivant les temps. « Le Parlement, se-
lon M. A. de Barthélémy, garda le silence et laissa la
question sans solution. » Le Conseil d'Etat évita encore de
se prononcer. On ordonna à l'intendant de laisser la ques-
tion pendante. On imposa silence aux préposés à la re-
cherche des faux nobles, et on leur enjoignit de ne pas
s'occuper de ceux qui justifiaient de leur noblesse par les
femmes.
Quelle conséquence tirer de ces faits, sinon que tous les
intéressés, le roi en tète, ses officiers dont les intérêts ne
sont pas toujours unis au sien, les receveurs des jurées ou
du domaine, les avocats ou procureurs du roi devant les
diverses juridictions, les nobles, le clergé parties au procès,
le Tiers-Etat, demeurèrent, après 1509, inactifs devant la
rédaction admise ? Les nobles de père, ou la noblesse en gé-
néral, n'usèrent pas des résenes faîtes en leur faveur. Am-
(1) Arch. mnn. n. f. B. n'* 25, Mention de paiement où sont rap-
portés le passage et la mention ci-dessus.
44 COUTUMES DU BA1IXU€E »E TIOYBS.
cun iniéressé ne provoqua, devant qui de droit, de solu**
tien autre que celle de 1 509.
Quelle est la conclusion Cnale, si ce n'est la reconnais-
sance formelle par tous les intéressés que l'article i^' de la
Coutume de 1509, pour le bailliage de Troyes, était l'ex-
pression exacte et vraie des faits coutumiers ^uv la noblesse
maternelle dans le principal bailliage du comté de Cham«
pagne, comme dans ceux de la province ?
S IV.
Opinion sur Torlgine de la noblesse utérine et du
fi:*anc-aleu en Champagne.
J'ai déjà dit que la noblesse de Champagne n'a pas cons^
titué une aristocratie nobiliaire aussi qualifiée que celle de
beaucoup de provinces. On a cherché à expliquer cette in-
fériorité du nombre, et, dirai-je, de la qualité, en préten-
dant que la noblesse de Champagne avait été détruite com-
plètement ou à peu près, dans certaines batailles livrées, soit
à Fontenaille (Yonoe), soit à Janine (Seine-et-Marne), soit
même en Terre-Sainte. Il faut mettre ces récits au nombre
des légendes, car ni les uns ni les autres n'ont l'histoire
pour appui.
Uès l'origine des juridictions, dès 1289^ la coutume de
Champagne reconnaît comme noble celui dont Tun des
auteurs, le père ou la mère, appartient à la noblesse, quand
bien même Tun ou l'autre des auteurs serait issu de parents
encore retenus dans les liens de la servitude. Cette cou-r
tume, selon nous, fut une faveur accordée dans le seul but
d'augmenter en nombre le corps de la noblesse champe-
noise.
Comme les autres provinces, la Champagne devait payer
GOUTDHBB W BAILLIAGE DE TKOYES. 4S
son contingent de noblesse, soit au comte, soit au roi de
France. Il fallait donc mettre la population en état de four-
nir ce contingent. Et si celle-ci était moins ancienne, moins
titrée, elle n'était pas, dès les xu"^ et xiu* siècles, inférieure
en nombre à celle de beaucoup d'autres provinces.
Une cause naturelle, topographique, semble avoir, pen-
dant longtemps, éloigné de la contré^ la noblesse de race,
celle qui se prétend issue des envahisseurs du Nord, des
vainqueurs du v"* siècle. Dans nos plaines immenses, elle
ne trouvait ni les hauteurs escarpées, sur lesquelles elle ai-
mait à placer ses formidables châteaux, ni les matériaux
suffisamment résistants pour se loger en temps de paix ou se
réfugier en temps de guerre, ni un sol suffisamment géné-
reux pour faire vivre, et les nobles et ceux qui les entou-
raient, du produit dîi trava'd des gens attachés à la sei-
gneurie. Si la noblesse bourguignonne fut nombreuse, si
la plupart de ses membres eurent la prétention d'être issus
des vainqueurs de la Gaule, c'est qu'à toutes les époques ils
ont pu s'abriter derrière leurs donjons, couronnant la cime
des rochers et que le temps est impuissant à détruire. Si la
Champagne a conservé son nom de région naturelle, on
peut croire que, si elle a été vaincue, au v* siècle, les vain-
queurs ne Font pas dominée, n'ont point dressé leurs for-
teresses et ne lui ont pas imposé leur nom de confédéra-
tion comme les Burgondes sur les régions naturelles si
diverses qui constituaient l'ancienne province de Bourgogne.
Plus tard, et par cette cause dominante à toutes les
époques de son histoire, on peut dire, avec Grosley, dans
ses Recherches sur la noblesse utérine, l'une de ses meil-
leures dissertations, on peut dire que « les comtes de Cham-
pagne, voulant favoriser et encourager le commerce et
augmenter la prospérité de leurs Etats, excitèrent l'émulation
de leurs sujets, en permettant, sans dérogeance, le mariage
des filles nobles avec des commerçants, et en laissant aux
irmts de ces unions le privilège de noblesse. Cette faveur
46 CODTimVS BU iAlLUA6E BB TBOTI8.
avait pour résultat d^enrichir cette dernière classe et de ré-
compenser les commerçants de leur activité, « toujours
profitable à TEtat et à la chose publique. »
Quant au franc-aleu, lors de la discussion des Coutumes
de Troyes, les nobles se plaignaient vivement et longue-
ment de l'application d'une telle coutume. La réponse du
procureur du roi, celle des communautés de Troyes et des
villes et châtellenies furent a que le franc-aleu est la plus
générale coutume du bailliage ; qu'elle est gardée et obser-
vée inviolablement depuis si longtemps qu'il n'est mémoire
ni du commencement ni du contraire dans le bailliage de
Troyes, conune dans tout le comté de Champagne. » Ce fait
est aussi notoire que l'adage de la Coutume gardé par tout
le royaume, qui veut que le mort saisisse le vif, le plus
prochain à lui succéder. Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on
dit : <f Les allodiaux et les francs-aleux dj Champagne. »
Ce fait est établi sur la stériUté et l'infertilité du sol.
« Quand un homme a mille arpens de terre il ne saurait en
mettre, par an, plus de cent en culture. Il convient de lais*
ser reposer le sol pendant huit ou dix ans, et encore au bout
de ce temps la terre ne rapporte-t-^lle que bien peu, si elle
n^est amendée et engraissée. Près de Troyes et en plusieurs
lieux, on trouverait bien 10,000 arpents de terre à vendre à
deux sous l'arpent, le fond et le tréfond, et le roi en a bien
10,000 arpents dont on ne trouverait pas un sou par ar-
pent. »
C'est à ces causes, c'est à sa pauvreté que la Champagne
doit la libéralité de sa Coutume. La noblesse à l'origine est
peu nombreuse^ la Coutume favorise le développement de
cette classe; le sol est pauvre, il est déchargé des droits
féodaux trop onéreux et qui ne sauraient être utilement per-
çus par ceux qui auraient pu y avoir droit.
Il n'y a donc pas lieu de nier ni l'un ni l'autre des prin-
cipes dont je viens d'avoir l'honneur de vous entretenir :
l'un est la conséquence de l'autre. Si l'un n'eût pas existé,
Goerrais mj baiixiaoe de troyks. 47
l'autre n'aurait pas été appliqué ; et comme on Ta dit : En
Champagne, <i nul seioniur sans titre d contrairement à
Tadage général en France : nulle terre sans seigneur.
Les Hoirs Musnier. — Le Bancelinaffe ou les privi-
lèges de 'Pierre et de Bancelin de Vert.
Dans tous nos recueils ou commentaires des coutumes
du bailliage de Troyes sont nommés les Hoirs Musnier,
miau les Hom Musnières. On rapporte la légende, puis
l'acte d'affranchissement) et généralement à ces faits s'arrête
la mention qui intéresse cette a franche lignée » comme on
disait au xv"* ûècle. Quant aux privilèges accordés à Pierre
et Bancelin de Vert, il en est à peine question et, si les
Hoirs Musnier dirent s'éteindre leurs privilèges au xvii'' siècle,
les descendants de Pierre et de Bancelin de Vert persis-
tèrent jusqu'^a 1789 dans l'eiercice de leurs privilèges.
Occupons-nous d'abord des Hoirs Musnier. Henri-lc-
Libéral, en 1175, accorda à Girard de Langres, et à
Humbert Saquerel, à leurs femmes, à leurs héritiers mâles
et femelles et à leurs alliés par mariage, un affranchissement
qui prit un caractère légendaire et reçut la désignation de :
Privilèges des Hoirs ou Héritiers Musnier.
La légende, mais non les lettres du comte Henri, rap-
porte qu'Anne Musnier, femme de Girard de Langres, née
aux Noës, près Troyes, selon d'autres, à Provins ou à Noé,
près d'Ëssoyes, ce qui doit être une erreur, aurait décou-
vert un complot formé dans le but d'attenter aux jours du
comte Henri. D'où vient la légende? Nul ne lé sait aujour-
d'hui. Toujours est-il que l'afiïranchissement, mais non
l'anoblissement, eut lieu en 1175 et fut confirmé trois ans
48 COUTUMES DU BAILUAGK D£ TROYBS.
après. Par cet acte, le comte Henri déclare libres Girard de
Langres et Humbert Saquerel, tous leurs héritiers et con-
joints par mariage^ et les dispense, à perpétuité, de toute
taille, de toute exaction, ost et chevauchée^ en payant à son
aumônerie, par an et le vendredi-saint, la somme de vingt
sous. Ils ne devaient être, en justice, tenus de se présenter
qu'au comte lui-même.
En 1198, Thibault III approuve Tacte de son père, et,
nommant Girard de Langres et sa femme Musnière
[Mmneriœ)^ il réduit à cinq la redevance, d'abord fuée à
20 sous, et due^ à l'avenir, par leurs enfants et descen-
dants, ainsi que par leurs époux. Cette redevance devint
payable le jour du décès du père de Thibault, et le produit
en fut applicable aux cierges de l'église collégiale de Saint-
Etienne de Troyes.
Les termes de la charte d'affranchissement sont à peu près
identiques à ceux qui fixent les franchises concédées aux
habitants de Chaource, de Maraye et de la Villeneuvo-au-
Châtelot.
En 1397, le chapitre de Saint-Etienne obtint, par son
trésorier, Guillaume Jouvenel, de Charles VI, des lettres de
garde-gardienne ou de committimus, l'autorisant à appeler
et à faire citer, à l'avenir, tous les Hoirs Musnier, quel que
soit leur domicile, devant le bailli de Troyes, aûn de leur
faire acquitter, par chacun d'eux, la redevance due au cha-
pitre.
En 1470^ les Hoirs Musnier sont au nombre de 309 per-
sonnes, payant annuellement cinq sous de rente et exemptes
de toute sorte d'impôts (1).
En 1510, il intervint entre Martin Hennequin, trésorier
de Saint-Etienne, se portant fort « des venus et issus de la
lignée de Hoirs Musnier m d'une part, et le procureur des
(1) Arch. départementales. Inventaire de la fabrique de Sainte
Etienne.
COUTUMES DU BAILLIAGE DE TROTES. 49
habitants de Troyes d'autre part^ une transaction relative
aux droits de voirie, les Hoirs Musnière sont dispensés de
payer ces droits, lorsqu'ils transportent le produit de leur
culture, tandis que le droit est dû, lorsque les charrois ont
lieu pour d'autres causes.
Pour attester leur lignée, ils devaient produire preuve
par témoins, en présence du collecteur des jurées du roi,
du procureur des habitants de Troyes et de celui du tréso-
rier de Saint-Etienne. Ainsi fut fait en 1542, pour Ozanne,
d'Arcis, descendu des Hoirs Musnière par Guillelmine, sa
mère, afin d'être <c reçue en la confrérie et compagnie des
» Hoirs Musnière pour jouir des droits, franchises et privi-
)» léges et libertés en la manière accoustumée et en payant
» les droits en tels cas requis. »
Envers le roi, le privilège principal, au commencement
du xvi* siècle, était d'être dispensé de payer le droit de ju-
rée, ce signe de franchise et de bourgeoisie.
En 1526, le trésorier de Saint-Elienne est autorisé à ne
plus recevoir cinq sous, mais seulement deux sous six de-
niers par personne. Il tenait un rôle par paroisse de tous
les descendants de Girard de Langres et de Humbert
Saquorel (1).
A la fin du xv* siècle et dans la première moitié du xvi',
la descendance de Musnière peuple le diocèse de Troyes.
Elle habile Troyes et sa banlieue et quarante-cinq villages
du grand doyenné, puis dans soixante-quatre autres du dio-
cèse^ trois dans celui de Châlons, cinq dans celui de Langres
et neuf dans celui de Sens : ces derniers villages confinant
le diocèse de Troyes. Aux xv" et xvi* siècles, on trouve la
plus grande partie des Hoirs Musnière portant les noms des
familles qui vivent aujourd'hui dans notre banUeue.
(1) Le rôle de 1558 existe encore. Il rappelle celui de 1546,
qui n'existe plus aux archives de Saint-Etienne.
T. xxivi. 4
50 GODTUUES DU BAILLIAGE DE TB0TE8.
En 1547, le trésorier de Saint-Etienne reçoit 75 livres
de six cents personnes seulement , quoique le rôle des re-
cettes comprennent environ onze cents noms.
Déjà, à cette époque, les Hoirs Musnière ne tenaient
plus guère, sinon à leurs privilèges, au moins au paiement
des 2 sous de redevance» quoique, pour cela, ils eussent
droit, en assistant au service commémoratif du comte, à
une chandelle tortis. En 1609, le trésorier de Saint-Etienne
ne reçoit que 20 liv. en mentionnant que « le chapitre
retirait par le passé bonne somme de deniers pour aider à
la fourniture du luminaire, suivant leurs lettres de leur
exemption, et depuis 25 ans et plus ne se reçoit que peu de
choses. »
A partir de ce jour, il n'est plus traces de recettes faites
de ce chef par le trésorier de Saint-Etienne.
Les actes des comtes furent confirmés par Philippe-le-
Long, le roi Jean et même par Louis XIII.
Il y a donc lieu de croire que les Hoirs Musnière se con-
fondirent avec le surplus de la population non privilégiée.
Cette lignée n'atteignit jamais à la noblesse, aucun de ses
membres ne paraît Tavoir ambitionnée. La plupart d'en-
tre eux sont restés habitants de nos campagnes, où ils cul-
tivaient le sol, comme le font encore leurs arrière-petits-
fils, vivant au xix" siècle.
Alors que Thibaut IV donne, en 1225, à Erard de
Brienne, prétendant à la succession du comté de Cham-
pagne, la ville de Maraye, il retient entre ses mains Pierre
et Bancelin de Vert, ses ofGciers, avec leurs héritiers, leurs
terres et toutes les choses qui leur appartiennent. Pierre et
Bancelin de Vert restent au comte et à ses héritiers avec la
franchise dont ils ont coutume de jouir, et ni le comte, ni
ses héritiers ne les mettront hors de leur juridiction et ne
les céderont à qui que ce soit.
Les siècles passèrent, et on arrive au xviii*, sans que nos
COUTCIIES DU BAILLUGB DE TROTES. 51
archives aient gardé le souvenir des développements que
reçurent dans l'application leS lettres de Thibault.
Dans plusieurs instances qui eurent lieu au cours du
XVIII* siècle et notamment après 1780, on trouve les nom-
breux descendants de Pierre et de Bancelin de Vert, habi-
tant Maraye, Auxon et leurs environs, défendant leurs
droils contre les officiers du duc de La Vrillière, comte de
Saint-Florentin, baron d'Ervy et seigneur d'Auxon.
A cette époque, les ayant- droit étaient exempts : a de
» toutes impositions serviles, comme du droit de minot,
» minage de blé et de toutes sortes de grains, de bourgeoi*
» sie, jurée, parisis, gruerie^ grairie, droit de péage, guet
» et garde, travers, c'est-à-dire de toutes sortes de bar-
» rières, digues, chaînes et autres empêchements, chemins,
» levées, ponts, passages, rivières, écluses et pertuis ; de
o prise de loups, louves et louvetaux et autres pernicieux
» animaux ; ils étaient exempts de payer des amendes ad-
» jugées par justice, si hautes qu'elles puissent être ; ils
» étaient même quittes de l'amende de l'appel autant de
» fois qu'ilsy pourraient être condamnés, de trois livres, ces
') amendes étaient modérées à cinq sous ; de cinq sous à
» douze deniers et de douze deniers à quatre et de toutes
» sortes d'amende. »
Telle est en quelques h'gnes Thistoire de ces deux
« franches lignées, » Pour Tune, les privilèges s'étei-
gnirent dans la révolution du xvi* siècle, et, pour l'autre,
dans celle du xviii\
Troyea, le 19 janvier 1872.
52 COOTUMES DU BAILLIAGB DE TROTBS.
DOCUMENTS
I.
Les Gonoordaz dentre le Roy et Lenesciae.
PREMIER QUATERNE des doléances du procureur du Roy au bailliaîge de
Troyes, contre Mons' Leuesque de Troyes et ses ofHciers ecclésiastiques,
contenant trente articles a chascun desquels mond. S' Leuesque a respondn
en personne.
Hémoires pour nobles hommes Michel Javenel, Bailly de
Troyes, Jaques de Roffey, son lieutenant, Anthoine Guerin (I),
dudit Troyes, Jehan de Yitel, son lieutenant, adioumez et le
procureur du Roy nostre sire audit bailliaige, intimé, contre mons''
maistre Loys Raguier, évesque dudict Troyes, mestres Jehan
Michelet, Guillaume Piétrequin, Jehan Larcerier, prebtres, Nicolas
Huyard, Henryon Dorey et autres leurs consors, eulx disans et
reputans le collège des tabellions de la court ecclésiastique dudit
Troyes, appelans en parlement desd. bailly, prevost et leursd. lieu-
tenants par assignacion extraordinaire au lundi après la Saint-
Martin diver, l'an mil quatre cens soixante et huit (2).
•
I. Est a présuposer que depuis vingt-cinq ans a ou environ
ledit mons'. maistre Loys Raguier à présent évesque dudit Troyes,
maistre Pierre Fieure, son officiai, feux mons'. maistre Jehan
Lesguise, jadiz évesque et prédécesseur immédiat dudit mons'.
maistre Loys, maistre Robert Deschamps, Lembert Millon, Etienne
Colin, ses officiaulx se sont efTorcez contre et au préjudice du Roy,
de sa justice, seignorie et auctorité royal, de tous ses vassaulx et à
la très grant charge et foule de tous ses poures subgetz des bail-
liaige et diocèse de Troyes de vouloir contre droit et raison extan-
dre, eslargir et dilater outre leurs termes de leur juridicion
(1) Guéry, prévost.
(2) Je crois qu'il fout lire 1458 ; voir à la fin de ce quateme.
COUTDIIES DU BAILUAGB DE TROYES. 53
ecclésiasticqne et en diminuer les droiz, domaines et anctorité
royaulx et sarprandre et usurper sur ledit seigneur, sesdits vas-
sauk et sùbgectz, en plusieurs cas et moyens ilicites et très ouvers
et en ce ont faictz et mis à lencontre dudit sieur, sesdits vassaulx
et subgectz, plusieurs grans excès^ abuz, usurpacions et exactions
indeues, desquelz sensuit la déclaracion en général et brief, les
cas particuliers, desquelz seront plus amplement déclarées quant
et où mestier sera.
Les dessusdits évesques et officiaulx depuis ledit temps de ving
cinq ans et par espécial ledit mons''. maistre Loys et son officiai
se sont efforcez et efforcent chacun jour d'entreprendre et tenir
court et jurisdicion sur tous les laiz de son évesche utriusque sextu
et en tous cas et actions, ce que faire ne peult ne doit faire seule-
ment en cas de délictz ecclésiasticques.
Ledit mons'. levesque respond sur ceste article précédant qu'il
est contant que tous les subgectz du Roy layz, demeurans et
ressortissans ou bailliaige et prevoste de Troyes, ne soient traictez
ne convenuz en cause devant son officiai et sil advient quilz y
soient convenuz et silz veulent décliner, que ledit officiai le ren-
voyé incontinant devant leur ordinaire juge laiz et se aucuns
laiz de son diocèse, quilz ne soient desdits bailliaige et prevoste,
sont citez pardevant ledit officia^ combien que jusi|ues a présent
il se dit avoir use den retenir la congnoissance, toutevoyes il
est contant pour ce que les gens du Hoi à Troyes mainlienoeat
qu'il n'en doit retenir ladite congnoissance de s'en rapporter aux
advocats et procureur du Roy en parlement appelé avec eulx
maistre Ytasse Luillier, ou autre homme d'église du conseil
dudit mons'. Levesque, le Roy joissant et les deffendeurs tenant
telles quelles sont de présent et den tenir ce que par les dessus-
dits en sera ordonné.
IL Item et sil ne veult renvoyer lesdits laiz à leur déclinatoire
du moins ou le plus souvent les délaye de jour en jour à les
renvoyer ou leur donner appoinctement sur leurdit déclinatoire
et finablement très souvent les appoincte et contrainct à sortir
(ressortir) pardevant luy.
m. Item et se sont efforcez de juger et jugent que lesdits laiz,
par ung seul et premier deffault, sont descheuz de déclinatoire
pardevant ledit officiai et que les clers ni quœcunque parte litis
n
54 COUTUMES DU BAILLIAGB DE TROYES.
peullent délivrer usque ad deffinitiva pardevant lesdits bailli et
autres juges laiz.
Ledit monsieur leyesrpie respond aux deux articles prochains
précédcns qu'il est contant que se aucunes gens laiz sont convenu
devant son oflicial et ilz sont mis en deiïault, nonobstant icelluy
ils pourront décliner et demander leur renvoy se bon leur semble
silz n'ont faicte leur contestacion en personne ou par personne
souffisant fondée quant a ce.
lY. Item et s'elTorcent de tenir court et juridiction et font sortir
pardevant eulx tous clercs non mariez, marchans et négociateurs
publicques, pour raison des contratz de vendicion et autres dépen-
dances de leurs marchandises et négociations séculières^ mesme-
ment concernans le fait de la police, statuz et ordonnances de
leurs mestieis et autrement en plusieurs cas, esqpielz de droit ne
de raison faire ne se doit.
Sur ceste article précédant ledit mons'. levesque a déclaire que
ce n'est point son entencion de prandre congnoissance du fait
de la police, statuz et ordonnances faictes et à faire sur Testât et
gouvernement de la police, mestiers et marchandises de ladite
ville, mais, du surplus dudit article^ il en veult juger comme il a
de coustume.
V. Item et s'efforcent de congnoistre de matières réelles du fait
des aides, de subhaster (saisir) biens devant leur prétoire publicque-
ment en plusieurs cas particuliers.
Sur ceste article précédant, ledit mons''. levesque confesse que
luy ni ses oflSciers ne peuvent ni doivent congnoistre de matières
réelles, de fait d'aides, de criées et subhastations, en quelque
manière que ce soit.
YI. Item, sur ce quilz s'efforcent et de fait traient en caose^
ex officia, plusieurs hommes et femmes mariées^ super bapstu
carnis, sans quérimonie alternus quique et qaisquis, ex illo bapstu
nullum sit actum fraaiam in matrimonio et de ce lievent et
exigent plusieurs et griefves amendes contre droit et raison.
Sur l'article précédent il a este dit que la chose demorera à la
discrécion de mons^. levesque, lequel a dit qu'il y procédera par
manière que l'on devra estre contant.
COUTUMES DU BAILLIAGE DE TROTES. 55
yn. Item et s'efforcent de baillier et baillent chascan joar et
indiféremment aux clercs mariez monicions de biens contre les
juges royauk, sergens et officiers laiz et de toutes autres parties, ce
que faire ne peuvent ou doivent veu que de droit et raison telles
monicions de biens se doivent seulement donner à clercs non
mariez à lencontre des parties principales et non à lencontre des
juges ou exécuteurs.
Yin. Item et contraingnent chascun jour les officiers royaulx,
sergens et autres juges laiz, pardevant eulx et par leur sensure
ecclésiastique, par prison, excommunication à révocquer leurs
sentences et réparer ou mectre au néant leurs exécutions et, pour
ce, les condampnent en grosses amendes.
Sur les deux articles prochains précédons, ledit mons''. levesque
dit que de semblable et pareil est question pardevant mons^ le
bailly do Troyes et s'en rapporte a ce qui en sera fait en fin de
cause et se pendant fera cesser toutes telles monicions.
IX. Item et encor s'efforcent chascun jour de congnoistre indifé-
remment des cas et actions desquelz la congnoissance appartient
même aux juges laiz et non à autres, comme dufaict de la police,
des comptes des confrairies, des assemblées de communaulté par
l'auctorité royale du Roy, du guet de nuyt, du port d'armes, de
vendre vivres, de interdire ou permectre la praticque de médecine
à ceulx que bon leur semble et autres plusieurs cas.
Sur ceste article précédent, ledit mons'. levesque respond
pareillement que au commencement du cinquiesme article pré-
cédant.
X« Item et font causes d'office (d'official) et de ce liéveni et
exigent plusieurs grandes et griefves amendes en plusieurs menuz
cas particuliers ou faire ne se souloit ou doit, comme de jurer la
mort-Dieu ou le sang-Dieu, sans blasfémes par gens laiz ou de
appeler ung homme ou femme paliard ou ribault, ou vendre un
peu de pouldre ou de saffran, des espices ou quelzconques autres
menuz vivres, à jour de feste, tant soit petite, ungs patins, ungs
souliers, esguillettes ou autres menues denrées.
Sur ceste article précédant, ledit mons^. levesque respond qu'il
entend que on ne doit point vendre à fenestre ouverte, mais pour
bailler espices, souliers ou autre chose nécessaire à usage d'hom-
me, il n'entend point que on en soit mis en cause.
56 COUTUMES DU BAIUIA6B DE TROTES.
XI. Item tiengnent et font tenir par leurs notaires et tabellions
publicquement sur la justice et seignorie du Roy audict Troyes,
es lieus et carrefours publicques de ladite ville, plusieurs bouticles
ouvertes et jusques au nombre de quinze ou seize, passant 'et
stipulant par devant eulk et leursdits noraires, tous contracts
queizconques, ce que d'enciennele ne se faisoit, fors seulement
en la court et closture dudit monsi*. levesque et non ailleurs,
entre clercs seuUement et pour debtes, et, par lesdits contractz,
passent et stipullent toutes vendues de rentes, d'héritaiges de
moitié croit, accenssissement, loyaige de maisons et autres que
faire ne peuUent ou doivent au très grant préjudice et dommaige du
scel du Roy.
Sur ceste article précédent, ledit mons''. levesque respond qu'il
s'en raporte aux gens du Roy à Paris.
XII. Item, leurs notaires ou tabellions qui sont à présent au
nombre de vingt-doux et tous les prebtres et curez dudit evesque
qui sont cinq ou six-vingt au moins, travaillent et citent indiffé-
remment ex officio et autrement, en tous cas, les povres subgects
du Roy vivâ voce et sans mandement par escript^ ce que faire ne ce
doit.
Sur cest article précédent, ledit mons^. levesque respond qu'il
ne permactra que aulcun curé, prebtre, tabellion, notaire ou autre
cite aucun vivâ voce, mais par citacion, par escript, ainsi que de
droit il est permis et, s'ilz font le contraire, il veult qu'ils soient
pugniz.
Xin. Item et lesquelz notaires ou tabellions et plusieurs autres
qu'ils ont créez de nouvel et partout ledit evesque ne veulent ou
osent instrumenter pour le Roy ne autre partie queizconque, à
lenconlre dudit mons^. levesque^ son officiai et leur court ecclé-
siasticque et pareillement ne vouldroient et oseroient, les avocatz
et procureurs dlcelle court, proposer une déclinatoire pour double
destre, par ledit monsi*. levesque et son officiai et autre de ladite
court ecclésiastique, vilenez et menassez, injuriez et répuisez, ainsi
que eulx et plusieurs officiers du Roy par espécial le procureur^
advocat en la court de l'église, leurs subslituz et autres ont esté
par plusieurs et diverses foiz^ en exécutant leurs offices traictans
et combattans les droiz du Roy dont on fera apparoir deuement
des cas particuliers quant temps sera.
Sur ceste article précédent, ledit mons''. levesque respond et
COUTUMES DU BAILLIAGI DE TROTES. 57
dict qn'il n'east oncqaes congnoissance dadit contenu aadit article
et, (si) ainsi est, luy en desplaist et au plaisir de Dieu mectra telle
ordre entre ses ofBciers que le Roy et son peuple, par raison, en
devront estre contant.
XIV. Item et combien que de toute ancienneté ne feussent ou
ayent esté que deux promoteurs, en tout ledit évesché, ce néant-
moins lesdits mons^. levesque et son officiai, pour tousiours vexer
et travailler les povres subgetz du Roy et pour tirer amende et
argent en plus grant adluance et habondance, ont comiz et de
nouvel créez et mis sus jusques au nombre de six promoteurs, les
aucuns desquels, combien qu'ilz aient procuré la pugnicion et
correction des vices sur leurs subgetz, sont gens de petit et povre
gouvernement, quant aux meurs, dissoluz et désordonnez, qui est
chose malséant et de piteuse exemple; tous lesquelz promotteurs
prengnent et exigent, chascun jour, grans despens sur les povres
parties et n'en rendent nulz, qui est contre droit et raison et contre
ce que anciennement se faisait et doit faire.
Sur ceste article précédent, ledit mons''. levesque respond et dit
qu'il n'a acoustumô d'avoir que trois promotteurs et n'a pas
entention d'en créer aultres, outre ledit nombre et, à son povoir,
les gardera de opprimer et travailler le peuple. Et s'ilz le font les
en pugnira et, touchant les despens adjugez au proffit des promot-
teurs ou de leurs parties adverses, ledit mons*". levesque y pensera
et les gens du conseil du Roy aussi et y trouveront quelque bon
appoinct.
XY. Item et se font payer lesdits procureurs et promoteurs du
portage de leurs citai ions par les parties et pour chacune lieue à
la regard du taux, combien qu'ilz ne les ayent point portes et de ce
lievent et exigent ung merveilleux argent sur lesdits povres subgectz
et contre raison.
XYI. Item, mais ont acoustumé de faire porter icelles citacions
par les curez ou doyans rusaulx auquelz curez ou doyans rusaulx,
ilz ne paient aucune chose pour ledit portaige ou du moins n*en
paient pas le quart denier et se nonobstant ilz les font entièrement
payer aux povres subgetz et pour chascune lieue, sans en riens
quicter, en telle rigueur que se eulx mêmes les eussent portées ou
envoyées, partant dudit Troyes pour cette cause à rencontre d'un
chascun particulier.
I
58 GOUTUMES DU BAILLIAGE DE TROTES.
Sur les doux prochains précédons articles, ledit monsi*. leyesqae
respond qu'il en fera faire la deffence en plaine auditoire et, la
deffense faicte, y mectra si bonne ordre que on en devra estre
contant et des délinquans en fera bonne pugnicion.
XYII. Item lesdits officiai et prometteurs se dient avoir droit,
lievent et exigent de fait oultre la principalle amende qu'iiz disrent
estre leurz droiz et sépultures (sic) qui se taisent (1) et sur les
parties condamnées ung escu, deux escus, ou plus ou moins,
se devant marqués et mis en regard a lamende principale, qui est
contre droit et raison.
Sur l'article précédant, ledit mons'. levesque respond qu'il se
informera combien on a acoustumé de lever et ordonnera à son
officiai quil s'y gouverne en la forme et manière quil aura trouvée
et que ses prédécesseurs de toute ancienneté l'ont levé et, au cas
que ledit officiai le fei*a autrement, en fera pugnicion.
XVIII. Item que ledit mons^. levesque et ses officiers lievent
sur chascun excommunié de son evesché et dont le nombre est
infini et pour chascune sepmaino, tant quilz se tiennent en tout en
douze deniers, qui monte à grant argent, eu regard au grant
nombre des povres subgetz, estans par le moyen des abuz qui se y
commectent, excommuniez aucunes foys par deux ou trois ou
quatre ans et plus; en la plus grant partie et nombre pour les
despcns des procureurs que pour les deptes principalles de tous
ceulx dudit evesché.
Sur l'article précédent, ledit mons'. levesque respond qu'il n'a
vouloir ne entention de soy y gourerner fors seullement en la
forme et manière que ses prédécesseurs ont acoustumé de faire de
toute ancienneté et, au regard des despens des procureurs, il y
donnera telle commission que on devra estre content.
XIX. Item, combien que ledit evesché de Troyes soit de très
petite estendue toutes voyes, au moyen des abuz qui se commec-
tent et l'aQluance des causes qui se traictent indifféremment en
tous cas et articles que dict est, il sera trouvé quil y a ordinaire-
ment plus de causes pardevant ledit officiai et pardevant les sept
Doyans rusaulx dudit evesché chascun desquelz tient court et
(1) Verbe qui a rapport au sabtantif : Tayes, amende qu'encourait un igoorné
qui ne comparaissait pas.
COUTUMES DU BAIUIAGB DE TROTES. 59
jarisdicion eclésiastique chascan joar ordinairement da moins
deux ou trois jours la sepmaine. Combien que audit eyesché de
Troyes n'y ayt que trois-cens-soixante paroisse> habitées, que
pardevant les officiaulx de Sens, de Langres, de Chaalons, voisins
dudit eveschè, qui ont près de trois mil paroisses, et pareillement
autant ou plus d*excommuniez qui est piteuse chose à ramen-
tevoir.
XX. Item et par contraire sera trouvé et prouvé que obstant
ledit abbuz et pour les choses qui seront touchées cy-dessoubz
pardevant lesdits bailly et prévost de Troyes ou autres juges laiz
et subalternes, en tout ledit evesche, maxime istis diebus du moins
au temps de Tordonnance de laquelle cy-aprés sera parlé et para-
vaut pour une cause pendant pardevant eulx et aultres juges laiz
y en souloit avoir xxmi et è contra, pour xxmi, qui auparavant
ladite ordonnance y afOuoient d'encienneté n'y en avait pas deux
pendans pardevant ledit officiai. En quoy le Roy, nostredict sei-
gneur, l'auctorité de sa justice et seignorie, sesdits vassaulx et
subgetz et les domaines d'iceulx ont esté fors foulez, dyminuez et
comme anéantiz, et tout, pour les abuz, surprinse et usurpation cy-
dessus touchées.
XXI. Item et.se sera trouvé et monstre et prouvé que la plus-
part de tous lesdits exconmiuniez dudit evesché le sont plus et en
plus grant nombre pour lesdictes sépultures indeues et sallaires de
procureurs, qui sont vingt et ung procureurs seulement, tous
riches, puissans et de grans facultez chascun d'eulx ayant cheval
en lestable et deux ou trois clercs quil n'y a pour ne
a la requeste douze mil feuz ou mesnages estans oudit evesche.
Sur ces trois articles prochains précédent ledit mons''. levesque
respond à Item du quatriesme précédent article.
XXII. Item et incontinant que ung homme, clerc ou non clerc,
pour quelque cause, est mis et constitué prisonnier du Roy ou
autre juge, pour cas et déliz prévillegiez ou autrement^ lesdits
prometteurs les viennent incontinant requérir et, par monitions et
excommunicacions, contraingnent à leur délivrer, combien quil
ne soit ou se die clerc, ne adveu ou tonsuré, et sans avoir infor-
macion de sa cléricature, puis est par eulx délivré impugny et,
moyennant argent, est mis hors de prison, dont plusieurs incon-
veniens sont advenuz et adviennent chascun jour.
Sur cdste article ledit mons''. levesque respond quil na point
60 GOUTUMBS DU BAILLUGE DE TR0TE8.
scea qail ait esté fait, et, sil a esté faict, ledit mons^. levesque
veult que toutes citacions soient nulles.
XXIII. Item que lesdits procureurs de court ecclésiastique par
nng stille, de nouvel mis sus en la faveur des singuliers de leur
collège, contraire au droit et exorbitant à toute raison, se tauxent
et font tauxer les ungs aux autres les despens quilz disent avoir
oblenuz à l'encontre de leurs parties adverses povres subgectz du
Roy et, en ce cas, taxent en faveur des ordonnances Tun à Tautre
et par ce sont et se font juges en leurs propres causes, ce que de
raison faire ne se doit, mais se doivent taxer par les oiSciaulx ou
autres juges ecclésiastiques pardevant lesquelz les despens ont esté
condamnez et obtenuz.
Sur ceste article ledit mons"^. levesque respond et veult que
toutes telles citations faictes à loccasion dudict article soient
nulles et de nulle valeur.
XXIY. Kern que lesdits evesque, oIBcial et prometteurs ont esté
et sont reffeusans de payer aux officiers, sergens et ministres de la
court temporelle, les droiz et fretz de justice des sergens ou autre-
ment pour raison et à cause des prinses et exécutions qui se font à
lencontre des délinquans qui requières leur estre délivrez comme
clercs et desquelz ils veullent avoir et prandre les biens sans payer
les fretz de justice et nécessaires.
Sur ceste article ledit mons'. levesque respond qu'il est
contant du contenu dudit article, mais que ce soit aux despens
du prisonnier détenu aux despens du Roy.
XXV. Item et quant il est question se ung prisonnier du juge
laiz debeat gaudere immunitate ecciesie aut privillegio clericati et
non pas clericatura ilz, en tels cas contre droit et raison, se sont
efforcez et efforcent et prétendent de fait devoir avoir la détencion
pendente questione immunitatis aut privillegii clericati, ce que
faire ne se doit, mais en tel cas en appartient et doit appartenir la
détencion au juge lay.
Sur ceste article les unes parties et les autres s'en rapportent en
droit, quant le cas y aviendra.
XXVI. Item combien que mons^. levesque à Troyes prétende
avoir prins3 et exécucion en corps dedans son prétoire saper sub-
ditis, que ne confessent pas les officiers du Roy audit Troyes, ce
■^
COUTUMES DU BARLIAGE DE TROTES. 61
néantmoins il se emplit et eiïorce de prandre et de fait fait prandre
chascun jour sesdits officiers ecclésiasticques dedans son prétoire et
constituer ses prisonniers, plusieurs laiz, hommes et femmes^ oudit
evesché et iceulx en autres cas que déliz ecclésiastiques, Heve et
exige plusieurs grandes et grosses amendes.
Sur ceste article aux gens du Roy à Paris on se remect.
XXVTI. Item que ledit evesque, son officiai et autres ses doyens
russaulx ont, par plusieurs fois, faictes et ancor font, chascun jour,
ou très souvent tant en leurs prétoires que aux prosnes des églises
et à leurs saves (1) plusieurs statuz, ordonnances, commandemens
et défonces sur et à lencontre des subgectz dudit S', en indisant (2)
et statuant peynes et multes civiles et pécunielles (3) de m, de vi,
de X, de xx francs, plus ou moins, à lencontre des transgresseurs
et icelles sommes et multes (4) ont levées et exigées sur plusieurs
desdictz subgectz du Roy, laiz et clercs mariez et non mariez, ce
que de droit et raison faire ne peullent ou doiveat et fors seulement
soubz multes et peines de sensure ecclésiastiques comme dexcom-
munication ou autrement.
Sur ceste article mondit S*", levesque s*en rapporte aux gens du
Roy à Paris et quant aux multes il s'en rapporte à ce que on en
fera à Paris et à Sens.
XXVIII. Item et combien que par plusieurs et diverses foiz
pour le bien du Roy de la défense ou entretenement de sa justice
et auctorité royale et pour reliesvement (5) de sesdits subgectz
mesmement pour obvier aux abbuz et excès dessusdits ait esté
défendu auxdits evesques, leurs officiaulx et chascun d'eulx> tant
par vertu de certains arrestz émanez de la court de parlement
comme par plusieurs et divers mandemens royaulx et patens,
quilz ne congnoissent ou entreprinssent court et jurisdicion des
cas et causes dessusdits et autres, desquelz, la congnoissance
appartient néantmoins au Roy, ses officiers et autres juges laiz et
aussi leur ait esté défendu qu'ilz, par sensure ecclésiastique^ ne
procédassent par monicions, excommunications ou autrement à
lencontre des juges et officiers royaulx pour raison des sentences
(1) Su, sans doute du verbe : sater, savoir.
(2) Faisant une imposition.
(3) Pécuniaires.
(4) Amendes.
(5) Rachat..
62 GOUTUMES DU BAULIAGE DB TR0TB8.
et exécacions émanées desdits jages et officiers à grans et grosses
peines qui, par verta desdits arrestz et mandemens, leurs ont esté
fairtes et indictes. Ce néantmoins, ilz n'y ont voulu obéyr, mais de
ce et de plusieurs autres exploix, commendemens, défenccs qui,
pour ce que dit est, leurs ont esté faictz et de plusieurs publications
et ordonnances, touchant ces matières ont tousiours appelé frivol-
lement en la court de parlement, traveillé le Roy, ses officiers et
poyres subgectz, tant et si avant que sous umbre desdits appeauk,
ïesquelz ilz ont délayez et penduz au clou, ilz ont tousjours usurpé
à lenconlre dudit S^. Roy et use des abuz, surprinses et usurpa-
cions avant dictes, en diminucion de Tauctorité dudit S^*., de son
demaine et de sa justice et à la très grande charge et foule des tous
ses vassaulx et subgectz.
XXIX. Item en tant qu'il touche le prisonnier de Nogent, ledit
mons>^. levesque est contant que toutes monicions et réquisitoires
cessent et est contant que les gens du Roy facent touchant le procès
dudit prisonnier ce quil apartiendra et seront mis au néant tous
procès touchant ceste matière d'une part et d'autre et prandra
congié d'accorder ledit monsi*. levesque.
Le vingt"» jour de décembre lan mil quatre cens cinquante-huit
a esté par révérend père en Dieu mous'' levesque de Troyes fait
responce sur chascun des articles cy-dessus escriptes, telles que
sur chascun d'iceulx elle est contenue et oultre plus a accordé
larticle faisant mencion du prisonnier de Nogent. Présents à ce
mess^ maistres Guillaume Blanchet, conseiller du Roy en sa court
de Parlement; Raoul de Refuge, maistre de la chambre des Comp-
tes; Pierre du Refuge, général sur le fait des finances et Jehan le
Roy, commissaire sur le fait des partaiges des hommes et femmes,
etc. Robert des Molins, recepveur général sur le fait des finances de
là les rivières de Seine et Yonne et Moy,'Antoine Disoine, notaires
et secrétaires du Roy. Ainsi signé : Isoine.
SECOND QUATERNE des doléances du Procureur du Roy à Troyes, contre
mons' Leuesque de Troyes et ses officiers' ecclésiastiques, contenant qua-
torze articles èsquelz il a été respondu à Paris par mess" le Procureur gé-
néral, atocat du Roy en sa court de Parlement.
Le mercredi vingt-ungiesme jour de mars avant Pasques» l'an
mil quatre cent cinquante-huit, au Palais-Royal à Paris, au
COUTUMES DU BAILUAGE DE TROYES. 63
parquet da procarear général du Roy^ en la présence de
mess^ maistres Jehan Dauue (Dauvct), procureur général; Jehan
Simon, advocat du Roy; Jehan de Longueil, lieutenant civil de
mons"' le Prévost de Paris; Michel Pied-de-Fer, advocat dudict
sieur en Chastelet; Germain Rapine, conseiller, et de Henry de
La Cloche, procureur dudict sieur audict Chastelet, par noble
homme Michel Juvenel des Ursins, bailly de Troyes, et par la
bouche de maistre Nicole de Màuroy, licencié en loix, esleu et con-
seiller dudict sieur audict Troyes, présent Jehan de Mesgrigny, re-
cepveur des aydes audict lieu, furent mis en termes et délibéracion
aucunes diilicultez, questions et dilTérances qui estoient entre les
gens et oflSciers du Roy, nosire sire dudict bailliaige de Troyes et
mons^ levesque de Troyes et ses officiai et autres officiers en sa
court ecclésiastique, sur quoi fut délibéré par les dessusdicts ainsi
qu'il sensuit.
I. Sur Farticle faisant mention de la court, congnoissance et
jurisdicion des gens laiz a esté délibéré que ledict evesque, son
officiai et autres, ses juges ou commis ne peuvent deuement entre-
prandro jurisdicion ou congnoissances quelconques sur personnes
laiz cujuscumqîie sexus, en quelque cas ou action que se soit, et
undecunque ledict laiz sint oriendi vel morem traxerint^ soit desdicts
bailliaige, paroisse et evesché ou de quelque autre lieu tant du
Royaulme, comme dehors fors seulement en cas, causes et délitz
ecclésiastiques.
II. Item que si lesdictes personnes layes quelconques sont con-
venuz et traictez en cause par citacion ou autrement, à requeste de
quelque partie en autres causes et cas que dit est, ilz pourront et
pevent décliner là court ecclésiastique ea racione et pareillement
comme les clercs se maintiennent povoir décliner le juge lay et en
ce cas incontinant après leur déclinatoire lesdictes loiz doivent estre
renvoyez pardevant le juge lay par ledict officiai et autres juges
ecclésiastiques sans plus avant les délaier ne en retenir la congnois-
sance.
III. Item ne pevent, ne doivent lesdicts juges ecclésiastiques
congnoistre d'aucunes actions réelles, mixtes ou sentans réalité et,
s'ilz s'efforcent d'en congnoistre, on ne le doit souffrir, mais doit-on
faire les défenses aux parties et aux juges de contraindre à tout
révocquer et mectre au néant. C'est assavoir les parties par
prtnse de corps et de biens et par multes et peines et les gens
64 COUTUMES DU BAILLIAGE DE TROTES.
d'église par prinse de leur temporel, voire par arrestz de leurs
personnes, s'ilz estaient reffusans de faire lesdictes révocacions et
s'efforçaient de congnoistre desdictes actions après lesdictes dé-
fenses et encor pour l'abuz et entreprinse desdicts gens d*église
sur la juridicion du Roy, on les pourrait condamner en amendes
envers le Roy, selon la qualité et exigence des cas. '
IV. Item et combien que on pourrait dire que lesdicts pourraient
décliner lesdicts juges ecclésiastiques, jusques à la sentence esdictes
actions personnelles, toutes foiz veu que on ne trouve point que
depuis et après la litiscontestacion lesdicts declinatoires ayent esté
faictcs audict bailliaige, les dessusdicts sont d'oppinionpour le pré-
sent que icelles declinatoires se facent et puissent faire jusques à
ladicte litiscontestacion seullement, mais si les causes estaient
contestées du vray consentement des défendeurs et sans fraude ou
contraincte^ semble que pour le présent et jusques à ce que on y ait
plus amplement délibéré on se doit déporter desdicts declinatoires,
ne de, sur ce, contraindre les juges ecclésiastiques ne les parties.
V. Item et au regard de lordonnance dudict mons' le Bailly, par
laquelle a esté défendu que aucuns ne face citer gens layes en la
court de Téglise, laquelle a esté publiée^ dont ledict mons^ levesque
se plainct très-fort, il a semblé que combien qu'olle soit bien fon-
dée de droit et en justice toutesfois, quant à Texercition contre les
transgresseurs, a esté délibéré que quant aucune personne laye
sera citée et convenue à la requeste de partie pardevant Tofficial ou
autre juge ecclésiastique, en ce cas, la partie citée, se bon luy
semble, pourra aler, à la journée, soy advouez lay et décliner et
requérir son renvoy par-devant son ordinaire juge lay, lequel offi-
ciai est tenu et le doit renvoyer incontinant sans en retenir juris-
dicion ou congnoissance auquel officiai ou juge ecclésiastique, s'il
est reffusant ou délayant de renvoyer ledict laye et le recevoir à sa
déclinatoire et pareillement au prometteur et se me^tier est à la
partie demanderesse seront faictes à la requeste dudict procureur
du Roy et dudéfendeurdéfences de plus en avant traicter, convenir,
ou retenir congnoissance de ladicte cause à peine d'amende et
pugnicion et à rencontre desquelz après lesdictes défences, et se
par eux n'y est obtempéré, sera procédé de facto. C'est assavoir par
saisine et exploictation du temporel des officiers ecclésiastiques et
par amende et, au regard des parties^ on procédera contre eulx par
emprisonnement et par multes et amendes^ selon la qualité et exi*
gence des cas et des personnes.
COUTUMES DU BAILLUGB DE TROTES. 65
VI. Item et pareillement pourront tous juges temporels subal-
ternes dudicl evesque, ayant haulte justice, faire et faire faire les-
dictes desfences à chascun de leurs subjectz, clercs ou laiz, de-
mourans en leurs justices et seignories, quant aulcun desdicts
clercs ou laiz feront cité aucunes personnes layes par-devant le-
dict oflicial ou autre juge ecclésiastique, se les défendeurs citez
veullent déclinez la jurisdicion ecclésiastique, lesquelz juges subal-
ternes à la requeste des parties et des procureurs des lieux par
particulières défences pourront contraindre leurs dicts subjectz à
cesser à eulx désister desdictes citacions après lesquelles défences
iceulx juges en reffuz ou délay de» demandeurs demourans en leurs
justices pourront et devront pugnir réaniment et de faict iceulx
demandeurs par prison et amende arbitraire.
VII. Item et si aulcun demorant ou bailliaige ou en la prévosté
de Troyes faict citer ung estrange lay et qui ne soit dudict bailliaige
ou prévosté ne demorans en iceulx en ce cas ledict défendeur
pourra décliner et pourront lesdicts bailly, prévost ou leurs lieute-
nants, qui sont juges royaulx, faire lesdictes défenses à rencontre
desdicts officiai, prometteur et parties et les contraindre comme dit
est dessus, ce que ne pourroient pas faire les juges subalternes,
fors seulement sur leurs subgectz à la requeste desquelz lesdictes ci-
tacions seront faictes à lencontre desdicts laiz.
VIII. Item et au regard des clercs mariez et non mariez, mar-
chans et négociateurs publicqoes, se negociis secularibus immis-
cetUes sont d'oppinion que de droit à cause desdictes marchandises
et négociacions séculières et du fait de la police et mestiers pu-
blicques, ilz sont tenuz de sortir et respondre par-devant le juge lay
tU présenta ung tanneur qui a vendu du cuyr à ung cordonnier,
clerc marié ou non marié, ung qui aurait vendu du vin à ung ta-
vernier, de la chair à ung boucher, de la laine, du drap ou autres
denrées à clercs mariez et non mariez, marchans publicques, pour
icelles ouvrer ou revendre et y prandro leur estât et vie qui sont
corUrà decenciamprocessionis clericalis, ce qui leur est défendu de
droit et, pour ce, sont tenuz respondre devant le juge lay.
IX. Item et au regard des denrées et marchandises que lesdicts
clercs mariez ont achetées pour leurs usaiges seulement et pour
leurs nécessités et afTaires conmie de acheter unes chausses, ungs
souliers, vin, chair et autres denrées quelconques, veu et oy le
rapport des officiers audict bailliaige sur Tusaige ancien qu'ilz
T. XXXTI. 5
.^ x\ " ' :.**
66 GOUTDIIES DU BAILLIAGE DE TROYES.
dient qu'ilz n'ont point veu contraindre ne empcscher que Téglise
n'en ayt congneu, si par prévencion et par citacion, elle en a en-
treprins et prévenu la congnoissance et en ce cas semble {sic).
Ou demandeur des {sic) les traicter devant le juge laiz ou ecclé-
siastique, toutes voyes s'il se trouvoit ab antiquo usas fuit in
contrarium il s'en fault rapporter à l'usage ancien et selon iceluy se
régir.
X. Item et au regard des non mariez indiscrediter remiiendi sunt
coram judice ecclesiastiquo s'ilz ne sont marchans et négociateurs
publiques^ comme dit est, in quo casu, se ilz ne youloient sortir
(ressortir) par-devant le juge lay, leur mestier et l'usage d'icellui
leur doit estre défendu et interdit par le juge lay, ainsi qu'il se fait
en pareilz cas par le prévost de Paris et ses lieutenans.
XI. Item et au regard des citacions, monicions et fulminacions
dont l'oificial et autres juges ecclésiastiques s'efforcent de user
contre les officiers de la justice temporelle, ont esté d'oppinion
qu'elles ne se pevent ne doivent faire ne donner contre les juges
et autres officiers royaulx pour aucuns exploiclz de justice par
eulx faiz, mais y peut ledict mons^ le bailly ou son lieutenant à la
requesle du procureur du Roy pourveoir de contraindre les officiai,
prometteurs et autres officiers ecclésiastiques à les révocquer et
mectre à néant par prinse et arresl de leur temporel et se mestier
est de leurs personnes et en les condampnant néantmoins en multes
et amendes, selon la qualité des cas.
XII. Item, mais si les gens ou officiers ecclésiasticques veullent
dire ou prétendre que aucune entreprinsc ou grief leur ait esté
faicte par les officiers de la justice du Roy, ilz doivent avoir leur
recours au Roy et à sa justice pour en avoir et poursuivre la répa-
racion.
XIII. Item et quant aux bouticles et à ce que les notaires. passent
et stipulent par toute la ville et rues et carrefours publicques il a
esté délibéré qu'il ne se doit point souffrire, sinon que d'ancienneté
iceulx notaires aient accoustumé de ainsi demeurer, tenir bouticles
et stipuler comme dit est et que autrefois ainsi a esté délibéré et
pour ce super usa antiquo se doit faire informacion, tant d'une part
que d'autre, laquelle faite, rapportée et veue, y sera délibéré ainsi
qu'il appartiendra.
XIV. Item, quant à jurer la mort, le sang, la chair-Dieu et
COUTUMES bu BAILLIAGE DE TROYES. 67
autres tieux (tels) sennens, par gens laiz, dont les gens d'église
s'efforcent d'en faire causes d'office (d'official) a esté dit et délibéré
qu'il ne doil soîiffrir par les gens du Roy et que se n'est point cas
ne crime ecclésiastique et oultre a esté ordonné de advencer et
bouter oultre (presser) le procès qui en pend en la court du bail-
liaige pour le jugier; et audessoubz dudict article estoit escript :
Sic nobis videtur ainsi signé : J. Dauuet et J. Simon.
Le vendredi neufviesme jour du moys d'avril, avant Pasques,
mons' .... (l'évêque de Troyes) en la présence de maistre Jehan
de Saint-Romain, procureur du Roy, m^s Jehan Simon et Guillaume
de Gannay, advocatz du Roy, promist de n'en
baillier, plus faire, ne souffrir baillier par ses officiers aucunes
à aulcuns de ses subjectz de son diocèse tou-
chans les seremens par eulx faltz, dont y sont chargez de obtenir
dispense par lettres royaulx par eux obtenues, esquelles lettres de
dispense soit apposée cause par laquelle soient exceptez les contractz
et obligations passez soulbz le scel de son officialité ou aultres ses
féaulx, mais quant il baillera lesdictes dispenses, il les baillera pure-
ment et simplement, sans riens excepté fors seulement les debtes
deues à icelluy, mons' l'évesque. Et audessoubz est escript j'ay
esté présent à ce que dit est, et ont signé : G. de Ganay; J. Simon
et J. de Saint-Romain.
TIERS QUATERNE des doléances du Procureur au bailliaige de Troyes, contre
mons' Lévesque de Troyes et ses officiers ecclésiastiques, contenant quatre
articles ausquelz a été respondu à Saioct Pourrein par Mess" le Procureur
général du Roy et Advocat du Roy.
S'ensuyvent aucunes doléances que le procureur particulier du
Roy, nostre Sg', ou bailliaige de Troyes a baillié par escript à
mons' le procureur général et à mons*" l'advocat du Roy nostredict
Sgf , ses maistres, touchant aucunes surprises que révérend père eh
Dieu, mons*" l'évesque de Troyes et ses officiers de sa court ecclé-
siasticque dudict lieu de Troyes ont faicte et font chascun jour à ren-
contre et au préjudice et diminucion de la jurisdicion temporelle et
autres droitz et domainnes du Roy nostredict Sg*" et des autres
Sg" temporelz, ses vassaulx et subgeciz, à cause d'icelluy bailliaige
et autrement, afin d'avoir sur ce remède et provision de justice en
la cbancellerye d'icelluy Sg'^ ou au moins ordonnances, conseil et
68 COUTUMES DU BAILLIAGE DE TROTES.
instraction d'eulx commant et par quel manière monsi* le bailly de
Troyes ou son lieutenanl et ledict procureur du Roy audict bail-
liaige ou son substitut se doivent gouverner et conduire doresna-
vant contre ledict révérend père, scsdicts officiers et autres qu'il
appartiendra, tant sur la réparacion desdictes surprinses, comme
pour obvier à autres semblables du temps advenir.
I. Sur ce que, combien que de raison et par commune obser-
vance, tous notaires au Roy nostredict Sg^ ou à ses justiciers et aux
autres juges et justiciers de court laye seuk et pour le tout com-
pecte et appartienne la jurisdicion, court et congnoissance des per-
sonnes laies, en tous cas personnels, criminelz, civilz, si les crimes
ne sont ecclésiasticques, sans ce que ledict révérend père en Dieu ne
sesdicts officiers de sadicte court et jurisdicion ecclésiasticque de
Troyes s'en puissent ne doivent aucunement entremectre, ce no-
nobstant iceulx offioiers de ladicte court ecclésiasticque se sont effor-
cez et efforcent cbascun jour d'entreprandre avoir et retenir la
jurisdicion, court et congnoissance desdictes personnes layes, tant
dudict bailliage et du diocèse de Troyes, comme d'autre part, en
causes et actions pures personnelles et tant pour contractz et délictz
non ecclésiasticques à eulx imposez, comme autrement et d'icelles
personnes layes exigent et lievent, iceulx officiers, grans peines et
amendes pécuniaires et autres, à cause d'iceulx délictz non ecclé-
siasticques à elles imposez et se aucunes desdictes personnes layes
ainsi condamnées ou autrement grevées en ladicte court ecclésias-
ticque en appelant le ressort s'en pert, pour le Roy et les autres Sg"
chastellains, ses vassaulx et subgectz,quiestetredonde (faittort) en
grant préjudice et diminucion de la jurisdicion temporel, fiefz et
ressers du Roy et de sesdicts vassaulx et subgeclz, tant a cause du
bailliaige de Troyes comme autrement.
Semble que pour le présent ne doit baillier provision générale
pour faire deffences générales à l'évesque ou ses officiers de
congnoistre, et, de ce, entre personnes layes et en matières pures,
personnelles et de délictz non ecclésiasticques, mais doit, le bailly ou
son lieutenant, à la requeste du procureur du Roy dudict bail-
liaige pourveoir au cas particuliers, quant lesdicts cas adviendront
en faisant ou faisant faire inhibicion et défense à peines aux par-
ties qu'ils ne poursuyvent ne procèdent esdictes matières pures,
personnelles et de délictz non ecclésiasticques, par-devant ledict
évesque ou son officiai ou autres juges ou officiers de jurisdicion
ecclésiasticque et auxdicts évèque, officiai ou autres juges et offi-
COUTUMES DU BAILLIAGE DE TROYES. 69
ciers de jarisdicion ecclésiasticque, qu'ils n'en congnoissent et, si
lesdicts prebtres font le contraire, qu'ilz soient pugniz par empri-
sonnement et amendes et aussi ledict évesque, officiai et autres
juges et officiers en jurisdicion ecclésiastique, contrainctz à cesser
de congnoistre et à réparer et amender ce qu'ils auroient fait contre
et au préjudice des défenses qui leur seront faictes par la prinse de
leur temporel, selon la qualité des cas et des personnes, ainsi que
ledict bailli verra estre à faire.
n. Que combien que tant de raison et par ordonnances royaulx,
comme par plusieurs arrôtz de la court de Parlement, mess" les pré-
lactz et autres juges ecclésiasticques ne puissent ou doient entre-
prandre avoir ou retenir aucune jurisdicion, court ou congnois-
sance des officiers du Roy, nostre Sg'' ne aussi d'autres officiers de
court laye ne contre eulx procéder par censure ecclésiasticque,
pour raison des exploicts par euk faiz en usant de leurs offices, ne
aussi à l'occasion d'aucuns excès ou abuz de justice que lesdicts of-
ficiers de court laye auroient faiz ou feroient en officiant soubz
umbre ou couleur de justice, ce nonobstant, lesdicts officiers de
ladicte court ecclésiasticque dudict révérend se sont efforciez et
s'efforcent chascun jour de faire le contraire contre plusieurs juges,
sergens et officiers royaulx et autres de court laye, pour raison des
jugements et exploictz par eulx faix, en usant de leursdictes of-
fices, lesquieuh exploictz, iceulx officiers dudict révérend dient
estre délictz ou excès et abus de justice et lèvent sur lesdicts juges
et officiers de court laye, grans peines et amendes pécuniaires et
autres et avec ce les veulent contraindre à révocquer et réparer en
ladicte cour ecclésiasticque, leursdicts jugemens et exploitz de court
laye et temporelle, en voulant, par ce moyen, entreprandre, avoir
et usurper par lesdits officiers dudict révérend et de sadicte court
ecclésiasticque povoir et auctorité de corriger et réformer ladicte
jurisdicion temporelle et les ministres et exécuteurs d'icelle, la-
quelle chose, ils ne pevent ne doivent faire et ne leur doit mye estre
tolérée par les gens du Roy.
Semble que l'évesque, ne son officiai ou autres juges et officiers
de sa jurisdicion ecclésiasticque ne pevent ne doivent entreprandre
aucune court, jurisdicion ne congnoissance sur et à rencontre
d'aucuns officiers royaux de jurisdicion temporelle, pour délictz ou
abuz qu'ils avoient ou pourroient avoir faictz et commis en offi-
ciant et exerçant leurs offices, mais en doit appartenir la congnois-
sance et jurisdicion aux juges et officiers royauk et autres de la
70 COUTUMES DU BAILLIAGE DE TROYES.
jurîsdicion temporelle et se ledict évesque et ses officiers, en sa
jurisdicion ecclésiasticque s'efforcent d'en entreprandre et avoir la
congnoissance le bailly leur doit faire défence à peine qu'ilz ne
congnoissent et commandent de révocquer, réparer, amender et
mectre an néant tout ce qu'ilz auroient fait au contraire en les con-
traignant à ce faire par la prinse de leur temporel.
m. Sur ce que combien que le Roy nostre Sg', ait en sa ville et
cité de Troyes, ung bel et notable tabellionnaige et, en icelluy ta-
bellionnaige, vingt et quatre notaires royaulx, pour recevoir, pas-
ser et stipuler au lieu du tabellionnaige, toutes manières do lectres et
recongnoibsances, contracts, obligations et ypolhèques entre toutes
personnes et touchant toutes matières et besongnes que bon leur
semble, combien aussi que, de toute ancienneté, les notaires et ta-
bellions dudict révérend père en sa court ecclésiastique de Troyes
aient accoustumé d'avoir et tenir leurs sièges, bouticques ou escrip-
toir pour le fait et exercice de leurs offices dedans les pourprins et
circuits de l'hostel épiscopal d'icelluy révérend père audict lieu de
Troyes, lequel hostel est bien loing des portes, advenues, places et
marchiez publicques de ladicte ville et des marchans et marchan-
dises, estans et fréquentans en icelle, et que auparavant, devers
vingc ans en ça, lesdicts notaires et tabellions de ladicte court ec-
clésiastique dudict révérend père ne eussent accoustumé d'avoir ou
tenir leursdictes bouticles, sièges et escriptoires publicques ne ap-
parans en quelque autre lieu de ladicte ville de Troyes, fors audict
hostel épiscopal dudict révérend père, ne de y stipuler, passer ou
recepvoir, en usant de leursdicts offices, aucunes lectres, obligations
ne autres quelzconqucs, soubz le scel de ladicte court ecclésias-
ticque dudict révérend. Ce nonobstant, depuis ledict temps de vingt
ans en ça ou environ, douze desdicts notaires ou tabellions de la-
dicte court ecclésiasticque, c'est assavoir les six ou les sept d'iceulx,
depuis que ledict révérend a esté promu audict éveschéet les autres
du temps de son prédécesseur immédiat, jadis évesque dudict éves-
ché, ont tenues et encore tiennent chascun jour à hostelz de leur
demorance, sur les rues, places et marchés publicques de ladicte
ville, esquelz vient et afHue plus abondamment que ailleurs la grai-
gneur (plus grande) partie des marchans et marchandises venans
et fréquentans en icelle ville, leurs sièges, bouticques et escrip-
toires, à grant fenestres et treillis émynens et fort apparans, es-
quelz et partout ailleurs ou bon leur semble, en ladicte ville sur la
haulte justice basse et moyenne du Roy nostredict Sg' seul et pour
le tout et hors ledict hostel espiscopal dudict révérend père ilz ont
COUTUMES DU BAIUIAGE DE TROTES. 71
fait et font, chascun jour, lesdicts passemens, stipulacions desdictes
lectres obligatoires et autres soubs ledict scel de ladicte court ecclé-
siaslicque dudict révérend entre toutes personnes et en toutes ma-
tières indifféremment dont ilz sont requis, qui est en grant diminu-
cion de la valeur et ruine dudict tabellionnaige royal de Troyes et
aussi de ladicte jurisdicion temporelle du Roy et de sesdicts vas-
saulx; par la submission se perpétue en icelle court ecclésiasticque,
la jurisdicion et congnoissance du contenu esdictes lectres obliga-
toires dont au Roy noslredict Sg' ou à ses juges ou autres justiciers
de court laye eust appartenu et deu appartenir la congnoissance
se, par icelle obmissission, ne leur eust esté empesché ne tolue
(enlevée).
Semble que si les notaires de l'évesché ont accoustumé, le temps
passé, de tenir et avoir leurs bouticques et exercer leurs offices de
notaires au pourprins de la court ecclésiastique dudict évesché, ilz
ne pevent ne doivent tenir leurs bouticques, ne faire leurs passe-
ment ne autrement exercer leursdits offices sur les rues publicques
de ladicte. ville de Troyes, touttesfoiz, pour ce que ne sommes à pré-
sent bien informez de la vérité de ceste matière, le procureur du
Roy au bailliaige de Troyes, de sa part, et ledict évesque, de la
sienne, porront faire informacion de la matière et de Tusance du
temps passé et le tout rapporteront par-devant nous à Paris, aux
jours de Ckampaigne de ce présent parlement, pour, sur ce, par
Tadvis de mess" des comptes et trésoriers, pourveoir ainsi qu'il
appartiendra.
IV. Sur ce que ledict révérend père à cause dudict évesché de
Troyes se veult dire per à conte (pair à comte). Cest assavoir au Roy,
comte de Champaigne, et, par ce, exempt du bailly de Troyes et
des autres officiers du Roy à cause dudict conté de Champaigne et
estre subgect sans moyen, en toutes ses causes^ touchant audict
évesché en demandant et en dcffendant et sesdictes causes commises
au bailly de Sens ou son lieutenant, à son siège dudict lieu de Sens^
par certaines lectres de committimus réal, que luy et ses prédéces-
seurs évesques de Troyes auroient et ont accoustumé d'avoir dans
leurs causes commises par-devant ledict bailly de Sens ou son lieu-
tenant, à sondict siège de Sens et, combien que ledict bailly de
Troyeâ soit l'un des quatre bailliz dudict comte de Champaigne, et
que, depuis que ledict conté a esté jôinct et uny à la couronne de
France, tous et chascuns lesdicts quatre bailliz de Champaigne
soient véritablement juges royauk et que, à chascun d'eulx^
72 COUTUMES DU BAILLIAGE DE TROTES.
comme tels et fins et mectes (limites) de son territoire compecte et
appartienne ordinairement la jurisdicion court et congnoissance
des droiz et domaines royaulx de sondict bailliaige avecques la
tuition (garde) et défence de la jurisdicion temporelle de luy et de
sondict bailly. Et aussi en appai tienne la poursuicte au procureur
réal d'icelluy bailliaige. Ce nonobstant, ledict révérend veult dire
et maintenir que de ladicte exécution par luy prétendue il peult
user et usera contre ledict bailly et son lieutenant et aussi contre
ledict procureur du Roy et autres of&ciers royaulx dudict bailliaige
deTroyes ès-causes touchans sondict évesché esquelles ledict pro-
cureur du Roy, par la tuicion et défense de la jurisdicion tempo-
relle et autres droiz et domaines royaulx d*icelluy bailliaige de
Troyes, est et doit estre partie principale ou partie adjoincte par-
devant ledict bailly de Troyes ou son lieutenant contre ledict révé-
rend et ses officiers de sadicte court ecclésiasticque, tout en requé-
rant contre eulx la réparacion et cessation desdictes surprinses
comme autrement et que audict bailly de Sens ou son lieutenant
appartient la congnoissance et au procureur réal en sondict bail-
liaige la déduction et poursuites de telles matières et n'a, ledict
procureur réal à Troyes, autre povoir en ceste partie que de soy
informer et d'envoyer Tinformacion avec mémoires sur ce audict
procureur de Sens pour impétrer et poursuivre par iceluy procu-
reur de Sens, qui est de quatorze grosses lieues de distance dudict
lieu de Troyes. Ce quil n'est pas vray ne accoustumé de faire, saul ve
lonnenr dudict révérend, mais est vray le contraire et, de ce,
ont-ilz et sont en possession paisible, ledict bailly de Troyes ou
son lieutenant et procureur réal audict bailliaige, si comme, par
plusieurs actes, procès et exploictz judiciaires de la court dudict
bailliaige de Troyes et autrement deuement peut et pourra appa-
roir en temps et en lieu et aussi si ladicie exemption, telle que la
maintient et allègue ledict révérend avoir lieu contre les procureurs
du Roy, à Troyes, lesdictes poursuites seroient longues et difficilles à
faire et joyroient souvant et pendant icelluy révérend et sesdicts of-
ficiers, comme le Roy nostre Sg' de ce dont débat seroit entre les-
dictes parties, qui n'est et ne seroit mye chose raisonnable ne tollé-
rable aux gens et officiers du Roy.
Semble que ledict évesque ou ses officiers font aulcuns exploictz
contre et au préjudice de la jurisdicion et des droiz et domaines du
Roy audict bailliaige, comme entreprandre la congnoissance d'ac-
tions réelles, myxtes ou personnelles, entre purs laiz ou autres cas,
ledict bailly et autres officiers dudict bailliaige y pevent pourveoir
COUTUMES DU BAILLIAGE DE TROTES. 73
et en entreprandre la congnoissance et esdicts cas ne peut, ne doit
ledict évesque décliner la jurisdicion dudict bailly toutesfoiz, pour
y délibérer plus seurement pour ce que la matière est de grant
conséquence — et pour adviser en quelz cas ledict évesque et ses
officiers seront tenuz respondre par-devant ledict bailly et en quelz
cas, non, lesdicts procureur du Roy et évesque nous informeront
plus à plain de ceste matière auxdicts jours de Champaigne et lors
par Tadvis de mesdicts Sg'* des comptes et trésoriers y sera pour-
veu ainsi qu'il appartiendra.
Faict à Sainct-Pourrain (Saint-Pourçain (Allier?), le 23» jour de
décembre Tan mil cccc cinquante-cinq. Ainsi signé : J. Dauvet et
J. Simon. (Cette date doit être erronée.)
Le lundi cinquiesme jour d'avril Tan mil quatre cens soixante et
ung avant Pasques, en la présence de messeig*^ maistres Jehan de
Courcelles, Jehan Mortis, Berthelemy Claustres et Joachin Jouvellin,
conseillers du Roy en sa court de Parlement, Jehan de Saint-
Romain, procureur général, Jehan Simon et Guillaume de Gannay,
advocatz du Roy, maistre Jehan de Grève, procureur du Roy à
Troyes et Jehan de Mesgrigny, receveur des aydes audict lieu de
Troyes. Sur aucuns dilTérens et questions qui estoient entre les
gens et officiers du Roy ou bailliaige de Troyes, d'une part^ et
mons' l'évesque de Troyes et ses officiers en jurisdicion ecclésias-
ticque, d'autre part, fut et a esté délibéré ce qui s'ensuyt : C'est
assavoir que, quant aucune personne laye sera citée et convenue à
la requeste de partie par-devant l'official ou autre juge ecclésias-
ticque, en ce cas, la partie citée, si bon lui semble, pourra aller ou
envoyer procuracion, à la jornée, soy advouer lay et décliner et
requérir son renvoy par-devant son ordinaire juge lay, lequel of-
ficiai ou juge ecclésiasticque sera tenu obtempérer à ladicte décli-
natoire et se désister incontinant, sans en retenir jurisdicion on
congnoissance, fors seulement en -cas et délicts ecclésiasticques. Et
se l^icts officiai ou juge ecclésiastique est reflfusant ou délayant de
le retenir à ladicte déclinatoire, en cas, causes ou délictz qui ne
seroient pas ecclésiasticques, le procureur du Roy et le défendeur
et chacun d'eulx pourront faire faire défense à la partie deman-
deresse et au juge et promotteur ecclésiastique^ se mestier est, de
non plus avant traicter ou convenir ou retenir congnoissance de
ladicte cause à peine d'amende arbitraire et se pourra faire ladicte
défense sans ladicte déclinatoire proposée par ung sergent royal,
par vertu de la simple cédule du procureur du Roy, au lieu signé
74 COUTUMES DU BAILUA6E DE TROTES.
de son seing manuel, sans, sur ce, avoir aucun mandement ou
commission. Et se, après lesdictes défenses ainsi faictes, ledict juge
ou officiers ecclésiasticques B*y obtempèrent, sera procédé de faict
contre eulx et autres qu'il appartiendra. C'est assavoir, par saisine
et exploitation du temporel des officiers ecclésiasticques et par
amandes ; et, au regard des parties qui feront les poursuites après
lesdictes déclinatoires et défenses l'on procédera contre euk par
emprisonnement et par multes et amandes, selon la qualité et exi-
gences des cas et des personnes. Et afin que la partie citée puisse
mieulx congnoistre se la matière est telle qu'il puisse décliner la
partie demanderesse privée personne ou le prometteur d'office sera
tenu, à la première jornée, assigner à ladicte personne laye bailler
par forme de brèves de cédule ou la cause pour
laquelle est faicte ladicte citacion. C'est assavoir, pour sommes de
deniers pour une foiz, pour injures verbales, pour sacrilèges, pour
mariaige ou pour autre cause, qui sera déchirée audict brevet et
doresnavant les officiers de la jurisdicion temporelle à l'occasion de
la simple citacion faicte contre aucun laye en court ecclésiasticque,
cesseront de contraindre, par provision ou prinse de corps et de
biens, ceulx qui auront fait faire ladicte citacion à eulx désister
d'icelle simple citacion, parce que, par icelle simple citation, on ne
peust appartenir pour quelle cause ledict laye est cité, mais se
après ladicte citacion faicte il appert que ladicte personne laye soit
citée pour cas, causes et matières qui ne soient point ecclésias-
ticques et que ledict demandeur ait esté sommé de cesser ladicte
poursuite ou que la déclinatoire ait esté proposée, en ce cas, après
ladicte sommation ou déclinatoire, les officiers de ladicte jurisdi-
cion temporelle pourront procéder par emprisonnement contre les
parties demanderesses, qui feront lesdictes poursuites et autrement
par la manière cy-dessus déclarée.
Les choses dessusdictes ont esté advisées par les dessus nommez
par manière de provision et sans, préjudice des droicts du Roy et
dudict évesque et des procès pendant entre eulx pour raison des-
dictes jurisdicions et aussi sans préjudice des autres advis autres-
foyz faicts en ladicte matière, par maistre Jehan Dauvet lors pro-
cureur général du Roy et ledict maistre Jehan Simon. Et jusqu'à
ce que, par le ^oy ou sa court de parlement, parties ouies, autre-
ment en soy ordonné. Ainsi signé : J. de Courcelles, J. Mortis,
B. Claustre, J. Junelin (sic), J. Simon, J. de Sainct-Romain, J. de
Grève, 6. de Gannay et J. de Hesgrigny.
(Arch. muD. de Troyes. Q. L)
COUTUMES DU BAILLIAGE DE TROTES. 75
II.
SENTENCES
Rendues de i4S6 à i497, servant de preuves en faveur de la no-
blesse utérine et de la ^t franche lignée des hoirs ou héritiers
Musniery » et certifiées conformes, du ii novembre au i5 dé-
cembre 1509 y par Gossement, S, de ViUemor, Nico et Bareton,
notaires y et Jean de Saint-Aubiny notaire et greffier aubailliage^
rédacteurs de la coutume dudit bailliage en i509.
Ces sentences> portant la cote H, comme certains docaments
faisant partie des archives de THôtel-de-Ville, sont aujourd'hui
rangées parmi les manuscrits de la bibliothèque, sous le*n9 1290.
«
l^. 14 Mars 1436. — Le procureur de la terre de Beaufort,
pour le duc de Nemours, contre Thomas Gossement, qui se pré-
tend noble par sa mère, demandeur. — Reconnu noble par sa
mère.
t Et, pour icelui demandeur, avons, en présence desdits procu-
reur, receveur et autres officiers dudit seigneur, non contrtdisansy
déclaré et déclarons estre noble et gentilhomme né et actrait de
noble lignée et habille de pouvoir joir et user des droicts et pré-
villeiges de noblesse, tels que peullent et ont accoustume de joir
et user les autres nobles de Champaigne et de ladite terre de Beau-
fort, et icellui défendeur, non avoir aucun droit ou cause valable
au contraire, et, sur ce, lui avons imposé et imposons silence per-
pétuel. •
t^. 16 Septembre 1441. — Odart Griveau, lieutenant-
général au bailliage de Troyes. — Le procureur du Roi, pour le col-
lecteur des jurées du Roi contre Claudin Yoisié, demeurant à
Troyes, né et issu de Babelot, épouse de Félix Félix, qui eut pour
fille Jehannon, noble à cause de sa mère; ladite Jehannon, mariée
à Pierre Voisié, père de Claudin.
c Et, comme noble, l'avons absou et absolvons des impoticion et
demande dudit demandeur et si luy avons permis et permettons
de joyr et user des privilèges, franchises et libertez et prérogatives
de noblesse et telz que ont accoustume de joyr les autres nobles du
conté de Champaigne. •
76 COUTUMES DU BAIUU6E DE TROYES.
3«. S3 Novembre 1441 . — Odart Griveau. — Le même
pour le même collecteur des droits do jurée contre Collinet de
BuRT, demeurant à Troyes, en son nom et comme ayant pris fait
et cause pour sa femme, Agnelet, se disant noble par sa mère.
— Collinet de Bury, reconnu noble par sa mère et de la franche
lignée des hoirs Musnier et aussi monnoyère du serment de
France.
«... Avons déclaré et déclarons Colinet de Bury estre noble
gentilhomme, issu et venu, actraict et descendu de noble lignée
et ladite Agnelet, sa femme, estre venus de la franche lignée et
condition des hoirs Musnier, ordonnons qu'ils jouiront des privi-
lèges, libertés et franchises donnés ans hoirs Musnier, et que
Colinet pourra user et jouir des privilèges, franchises, libertés et
prérogatives de noblesse, pareillement que font et doivent faire les
autres nobles dudit comté de Champaigne et avons déclaré Colinet
comme gentilhomme et Agnelet, sa femme, comme estant des hoirs
Musnière et encore sondit mari, à cause d'elle et de sa qualité, estre
francs, quittes et exempts du droit de ladite jurée, i
40. 26 Août 1449. — Même juge. — Même poursuivant
contre Nicolas de Marist, fils de Colot de Marisy, de Brienne. —
Reconnu noble par sa mère.
t Disons et jugeons par nostre sentence deffinitive et par droit,
ledit Nicolas, opposant, avoir prouvé, pour obtenir son entencion
et, pour ce, l'avons déclaré et déclarons noble et gentilhomme, né
et attraict de noble lignée habille pour joir et user des privilléges
et franchises que jouissent et ont accoustumé de joir et user les
nobles et gentils personnes du conté de Champaigne nez et attraictz
de noble lignée. •
5^ 7 Novembre 146S. — Jacques de Roffey, lieutenant-
général au bailliage de Troyes, et Robert de Marbury, conseiller,
chambellan du Roi. — Le procureur du roi pour le collecteur des
jurées contre Guillemin Lb Maître, mercier, et Jacques Mebbssb,
l'aîné. — Reconnus nobles par leurs mères. — Môme sentence
qu'au no 4.
6» 11 Septembre 1468. — Michel Juvenel des Ursins,
bailli de Troyes. — Le môme poursuivant contre Guillaume
Bbllibr, marchand à Troyes, et sa femme Gilette.
... € Disons et jugeons que lesdits défendeurs, veu les Chartres,
sentences, titres et lettres par eulx produits, ont assez prouvé pour
obtenir leur entencion à rencontre dudit procureur du roi, avons,
COUTUMES DU BAILLIAGE DE TR0YE8. 77
ladite Gilette, déclarée et déclarons estre noble et gentilfemme, née
et actraite de noble lignée et aussi née, actraite et descendue de la-
dite lignée des hoirs Mosnière et habille de joir des privilèges,
libertés et franchises que ont accoustumé de joyr et user les autres
personnes nobles et aussi ceulx qui sont nez et actraiz d'icelle li-
gnée desdits hoirs Musnière au comté de Champaigne. Et, par ces
moyens, franche, quicte et exempte et ledit défendeur son mary à
cause d'elle^ durant sa vie, de payer au roy nostredit sieur, aucune
jurée. •
7o. 7 Janvier 1466. — Jacques de Roffey, lieutenant-
général au bailliage de Troyes. — Les mêmes poursuivants contre
Jean Chevht, orfèvre à Troyes, et sa femme Guillemette. —
Gbevry, reconnu noble et sa femme, issue des hoirs Musnier.
< Déclarons Chevry estre noble et de noble lignée et ladite
Guillemette, sa femme, desdits hoirs Musnière et comme telz, ledit
Chevry doit joir et user des prérogatives, franchises, privilèges
et libériez de noblesse et sadite femme et encor luy à cause d'elle
des privilèges, franchises et libertez desdits hoirs Musnière. ■
80. 27 Juillet 1482. — Le lieutenant-général au bailliage
de Troyes. — Affaire de succession. — Pierre Ronigue, dit Corrart,
sa femme Catherine, jadis femme de Jean Acarie, et Innocent
Corrard, marchands à Troyes.
• Considérant ce qui faisoit à veoir et considérer en ceste partie
et mesmement la coustume génèralle tenue et gardée au conté
de Champaigne, qui est telle que les enfants nez en mariage de
père noble et mère non noble vel è contra de mère noble ou père
non noble, sont nobles et ensuivent la noblesse et condicion de
leurdits père ou mère noble, lequel que ce soit. — Jugeons et dé-
clarons Pierre et Innocent Corrard estre hommes nobles actraitz,
nez et descenduz de noble lignée... •
90. 9 Août 1484. — Le bailliage de Troyes. — Le pro-
cureur du Roi près le bailliage de Troyes contre Pierre PEKREcm ,
marchand à Troyes, se prétendait noble et comme tel déclinait la
juridiction du prévôt et aussi se prétendait de la franche lignée des
hoirs Musnier.
c Jugeons qu'il a bien et suffisamment prouvé ses faiz et généalo*
gie et qu'il est descendu de noblesse et de ladite franche lignée des
hoirs Musnière. >
lOo. 15 Mars 1484. — Jacques de Roffey, lieutenant gé-
néral au bailliage de Troyes. — Le procureur du Roi pour le col-
78 COUTUMES DU BAILLIAGE DE TR0TB8.
lecteur des droits de jurée, en présence de l'avocat et du recevem*
du Roi, contre Jean Daoust, marchand à Troyes.
Noblesse utérine reconnue.
11°. 26 Avril 1 485. — Le bailliage de Troyes. — Le procu-
reur du Roi contre Jacquinot Perrscin, demeurant à Troyes. —
Reconnu noble par sa mère.
120. 5 Septembre 1486. — Le même tribunal. — Le
môme demandeur contre Nicolas Berthieb, marchand à Troyes,
qui prétend descendre par les femmes de Guillaume Drapperie,
écuyer, et de Guyot Vive.
Reconnu noble par sa mère.
13®. Sans date. — Le même tribunal. — Le même demandeur
contre Henri Besançon, marchand à Troyes, qui se prétend noble
et aussi de la franche lignée des hoirs Musnier.
La sentence reconnaît Besançon noble par les femmes, mais se
tait sur le fait de la lignée des hoirs Musnier.
Uo. 25 Octobre 1486. — Le même tribunal. — Le
même demandeur contre Etienne Morignt et Catherine, sa femme,
demeurant à Troyes. — Catherine reconnue noble par les femmes
et aussi de la lignée des hoirs Musnier.
15^. S6 Octobre 1486. — Comme ci-dessus. Nicolas le
Petop, orfèvre à Troyes. — Reconnu noble par sa mère.
16». 26 Octobre 1485. — Jean Morise, lieutenant-gé-
néral au bailliage de Troyes. — Le même demandeur contre
Nicolas Le PErrr et sa femme Gilbtte. L'aïeul de Le Petit anobli
par l'un des ducs de Bourgogne; Le Petit se prétend noble par sa
mère. — Reconnu noble par sa mère, Marguerite, et par sa femme,
issu des hoirs Musnier.
17*. 4 Décembre 1487. — Jacques de Roffey, lieutenant-
général au bailliage de Troyes. — Le procureur du Roi contre
Jean Pebbecin, marchand drapier, et Katherine^ sa femme^ aupa-
ravant femme de Perrin Bouillerot, en son vivant tanneur à
Troyes. Katherine reconnue noble par les femmes.
18^ 15 Décembre 1488. — Les mêmes. — Jacques
Ruban, orfèvre à Troyes. — Reconnu noble par son père et par sa
mère.
19o. 13 Juillet 1489. — Comme ci-dessus. ^ Nicolas
Chevet, orfèvre, et sa femme, auparavant femme de Jean Maret.
GOimiMES DD BAILLIAGE DE TROTBS. 79
— Reconnu noble par sa mère ; après sa mort, sa femme pourra
jouir des privilèges de noblesse.
20*. 3 Janvier 1497. - Jean de Roffey, lieutenant-gé-
néral au bailliage de Troyes. — Le procureur du Roi contre Pierre
LBScfflCAULT et Jean Lesghicault, tous deux dits de Bury, frères,
marchands à Troyes, originaires de Méry. — Prétendent des-
cendre par les femmes de Henri de Chanlemerle, écuyer, grande-
ment privilégié par Thibault, roi de Navare et comte de Champagne.
— Reconnus nobles par les femmes.
III.
BIBLIOGRAPHIE.
lo. Les coutumes du Bailliage de Troyes ont été imprimées et
publiées en 1481. c Item, et laquelle coutume fut articulée et
registrée es registres du Bailliage dudit Troyes, dès l'an 1481, en
rédigeant par écrit les coustumes dudit bailliage, par autre man-
dement du feu roi Louis, à qui Dieu pardonne.
t Item et dès lors furent icelles coutumes imprimées en plu-
sieurs et divers lieux par le royaume de France, et vendues publi-
quement tant en cette ville de Paris, en la ville de Troyes et
autres bonnes villes du Royaume, comme vous apperrera par
certains cahiers de papier imprimés, qui sont avec ces présentes. >
L'édition première des coutumes de Troyes date donc de 1481.
Nous ne la connaissons pas, de même que nos bibliophiles. Elle est
indiquée seulement dans les Réponses du Tiers-Etat aux moyens
des nobles et gens d'église. Louis Legrand; Coutumes du Bailliage
de Troyes, Procès-verbal de compulsoire, p. xxiij, 1'^ col», après la
Table des matières. 3« édition, in-f®.
Avis aux bibliophiles.
2^. Les coutumes du Bailliage de Troyes, en Champagne, in-18,
gothique, de 59 feuillets chiffrés, sur papier grossier et presque
gris. Au lieu du millésime se trouve le chiffre : vin, qui, selon toute
apparence, indique le nombre des cahiers ou signatures. — Im-
primé sans date par Jean Lecoq, 1*' du nom, qui travaillait de
1508 à 1524.
Ce petit volume contient le texte des coutumes, la publication,
puis le procès-verbal et enfin la table des titres.
80 COUTUMES DU BAIUIAGE DE TROTES.
c Ce volume offre d'autant plus d'intérêt qu'il ne doit pas ôtre
de beaucoup postérieur à Tan 1509, date de la dernière rédaction
de notre coutume, si môme il n'est pas de la même année, et
comme le procès-verbal de rédaction ne se trouve pas en original
aux archives judiciaires, comme ceux des autres provinces, il
s'ensuit qu'en cas de diversité dans le texte des nombreuses édi-
tions postérieures, c'est à celui de Lecoq que l'on doit s'en rappor-
ter, comme étant pour ainsi dire officiel et tenant la place de
l'original authentique qui nous manque. C'est ce qui a été décidé
par un arrêt de la cour royale de Paris, du 31 juillet 1839, rap-
porté dans la Gazette des Tribunaïuc du l^^ août. •
Cet exemplaire paraît unique. Il appartient à la bibliothèque
nationale.
Ces indications sont puisées dans : Corrard de Breban. Re-
cherches sur rétablissement et l'exercice de l'imprimerie à Troyes.
Troyes 1851, 2« édition, p. 46.
3<^. Les coustumes du Bailliage de Troyes en Champaigne, im-
primées à Troyes par Jehan Lecoq (l*' du nom).
Au bas du frontispice, on lit : < Imprimez à Troyes chez Jehan
Lecoq, viii. Sans date. — Ce chiffre vni, comme dans l'exemplaire
précédent, indique que ce petit volume ' contient huit cahiers.
Chacun de ces cahiers est formé de huit pages. — Haut. 0,136,
Larg. 0,097.
A la suite des coutumes se trouve une pièce de vers intitulée :
c S'ensuivent six espistes contenant les trois estatz faictes et tm/>rt-
mées à Paris à la louenge et honneur du très chrestien roy de
France,
L'exemplaire que nous avons eu sous les yeux porte une reliure
du temps, en parchemin, et sur les marges du frontispice la signa-
ture de Groslbt, avec le millésime 1741.
Cet exemplaire est passé aux mains de M. Gossin, qui, sur la
garde de tête, a apposé la mention suivante : < Jules Gossin, subs-
c titut du Procureur impérial du Tribunal de i^^ instance, séant
c à Troyes, 7 août 1813. » Puis des mains de H. l'abbé Lacouture,
il passa dans celles de M. Terrillon, commissaire-priseur^ et de
celles-ci, il arriva à H. Payen, gendre de M. Terrillion.
i^. Les Coustumes du Bailliage de Troyes en Champaigne, Imprù
mez à Troyes chez Jehan Lecoq, sans date^ in-16, gothique de 64
ff. chiffrés. — Marque de Jehan Lecoq. — sans permission d'im-
primer.
COUTUMES DU BAILLIAGE DE TBOTES. 81
Cet exemplaire ne peut être de la même édition que celui qui est
cité par H. Corrard de Breban ci-dessus n» 2. (Bbunet; JUantiel...,
{(• édition.
50. Les ùmstumes du Bailliage de Troyes, imprimez à Troyes
par Jehan Lecoq, sans date, in-l(>, gothique de 71 ff. — Marque
de Jehan Lecoq. — Sans permission d'imprimer.
Cet exemplaire, poss dé par M. Fortin^ juge à Troyes^ a été
donné à la bibliothèque de Trojes par M°*o Fortin^ après la mort
de son mari.
6^. Les Coustumes du Bailliage de Troyes, au dessous r^u titre,
la marque de Jehan Petit it au bas on lit : • Et sont les dictes
coustunws à vendre à Paris en la rite St-Jacques, à Venseiijne de 'a
fleur de Lys d'or en l'hostel Jehan Petit : ou à Troyes en l'hostei de
Jehan Gaultier, libraire, » 74 f^'*. gothique, papier blanc et fort^
petit in-8® (L. Pigeottb, Manuscrit authographe du commentaire de
Pierre Pithou sur la coutume de Troyes, 1872).
Cette édition a été donnée^ sur l'autorisai ion que le Parlement a
délivrée à Jehan Petit, imprimeur, le 27 juin 1516. M. Pigeotte
pense qu'elle est la première des coutumes de Troyrs. Nous ne
pouvons être de son avis, malgré la valeur des motifs, sur lesquels
il s'appuie; car, imprimée après 1516 et l'on ne sait dans quelle
année, on doit croire que, la coutume de 1481, ayant été imprimée
l'année même de sa rédaction, celle de 1509 a dû être imprimée,
comme la première, peu après sa publication. Un intervalle de
près de sept ans n'a pas dû s'écouler entre l'impression et la
derniers publication de la coutume de Troyes. Mas des exem-
plair!^ examinés sous les n<» 2, 3, 4, 5 et 6, nous laissons décider
les bibliophiles.
Un autre exemplaire de cette édition serait aux mains de M.
Deullin, à Epernay. (D*après M. L. Pigeotte.)
7^. Commentaires sur la Coustume du Bailliage de Troyes par
maistre Jean Rochette, conseiller en la prevosté dudict Troyes,
lOANNBS ROCHETTUS.
Srr iETERNus honos.
Au dessous on voit la marque de Griffard. — «A Troyes chez Iran
Griffard, enlarue delà Petite-Tannerie, au pont de la croix, avec
privUège du roi, M. D. XCVl. in-80.
Ces commentaires sont suivis de : Bref traité des contracts,
*
r. xxxTi. 6
82 COUTUMES DU BAILLIAGE DE TROTES.
colligé des esmpts mémoriaux de Haistre Jean Roghbttb, conseil'
1er en la prévosté de Troyes.
Apes colligunt flores.
Un fleuron : puis au dessous on lit : A Troyes chez Jean Griffard
demeurant en la Petite-Tannerie, tenant sa boutique en la rue
Nostre-Dame, près Vange Gabriel^ avec privilège du roy. Au dos de
ce titre se truve le portrait de Jean Hochette^ gravé en bois.
A la fin est la permission d'imprimer du 15 octobre 1596, pour
les deux parties de ce volume. — Ëxempl. de la Bibliothèque publi-
que de Troyes.
8®. Les Coustumes du Bailliage de Troyes en Champaigne, avec
quelques annotations sur icelles, par AI, Pierre Pithau, advocoi en
parlement. Sieur de Savoie,
Marque de Timprimeur. Au dessous de cette marque, on lit :
A Paris, chez Abel l'Angelier, au premier pillier de la grande salle
du Palais, M. DC. — Avec privilège du roy. Titre imprimé en
rouge et en noir.
Ce volume contient : 1^ La publication desdictes coustumes ;
2<> Le ProcèS'Verbal des coustumes de Troyes, baillé à Maistre
Jean Clément Lieutenant-général du Bailly de Troyes pour le veoir
tant par luy que par les advocats, procureur du roy et autres prati'
dens dudict Bailliage;
3<' Une table des principales remarques.
L'Exemplaire que nous avons entre les mains, appartient à
M* Victor Babeau, avocat à Troyes, qui Ta acquis de la succession
de M. Prévost-Paillot. Il a passé dans la bibliothèque de Sémillard.
Il a appartenu à François Pithou; il est interfolié et il est chargé
de notes de la main de ce dernier, et de quelques notes de Sémil-
lard, qui a écrit sur le dos : Coutume de Troyes. D'autres notes
existent encore, elles sont d'une main que je ne connais pas. Il
n'est pas douteux, pour moi, que le plus grand nombre des notes
sont de la main de F. Pithou, et ont servi à la confection de l'édi-
tion publiée par M. Allen en 1509.
Certes nous ne voulons pas rapporter toutes ces notes. Leur
conformité est exacte. Nous nous bornerons à en citer quelques-
unes.
Ainsi dans l'édition de 1609, p. le» (Coustumes), la note : Con»
suetudo approbata..,. est écrite par F. Pithou, en marge de l'exem-
plaire de l'édition de 1600.
COUTUMES DU BAIUIAGB DE TROTES. . 83
P. 3. Fn Î600, les ncms Qunrtien, Prurxlle, llillani et Gottier
sont rectifiés à la main par F. Pithoa et ces rectifications sont
reproduites en 16'J9.
P. 9. Une grande note de la même main. Comme indire le ban
des vendanges etc. est littéralement transcrite, aux p. 15 et 16 de
réJitionde 1609.
L 'art. 170 de Tédition de 1600, porte : charrue par erreur; ce
mot est rectifié à ia main par celui de charmes, et ce dernier est
reproduit en 1609.
Aux art. 176, 177, 181, 200 etc. se trouvent, sur l'édition de
1600, des corrections et additions manubcriies, reproduites dans
l'édition de 1609 de M. Allen.
Il n'est pas douteux que F. Pithou n'ait coopéré par ses notes à
l'édition de 1609. On peut lire sa lettre à M. Allen, du 10 janvier
1(>(9, placée en tête du volume, qui ne laisse aucun doute à cet
é^ard. Un y lit notamment^ après un éloge adressé à son frère,...
< N'ayant remarqué sur nostre coustume aulcune chose, sinon
quand les affaires se sont présentées. Car quant à la conférence
des aultres coustumes de France, recueillie en mon jeune âge, je
n'en fais pas estât. Toutefois puisque vous trouvez bon de faire
imprimer le tout, je m'en ra [K)rteray à vostre jugement, que
j'estime beaucoup Tellement que si ceste édition (à laquelle il
vous plait de tenir la main) sert au public, l'on vous en doibt
l'honneur et la peine; aultrement tout eust esté perdu, n'estant
a présent en aage et disposition d'y apporter ce que j'ai peu aul-
trefois, si je n'eusse esté employé ailleurs à ma grande perte. > etc.
9o. Les Coustumes du Bailliage de Troyes, en Champaigne,
Avec annotations sur icelles;
Un bref recueil des evesques de Troyes;
Le premier livre des mémoires des comtes héréditaires do Cham-
paigne et Brie;
La généalogie desdits comtes;
Par M. Pierre Pithou, advocaten Parlement, sieur de Savoye.
Le tout reveu et augmenté.
Sont ajoustez :
La conférence desdites coutumes de Troyes, avec les aultres
coustumes de France;
Li droict et lis coustumes anciennes de Champaigne et Brie;
Les ordonnances des roys, Philippe Lebel, Louys Hutin, et
84 COOTDMES DU BAIUUGB OB TR0TB8.
Philippe-Ie-LoDg, concernans les droictz des nobles et aultres,
dudict comté ;
Ecusson aux armes de France et de Navarre, au dessous : A
Troyes, par Pierre Chevillot, imprimeur du roy; M. DC. K. avec
privilège de Sa Majesté, Petit in-4o.
La môme édition porte aussi sur son titre :
A Troyes, et se vendent à Paris en la boutique de Nivelle.
Chez Sébastien Cramoisy, 7, rue S^-Jacques, aux Cicognes.
Nous renvoyons au n^ 8 pour des observations qui y sont conte-
nues, concernant la part que François Pithou a prise dans les
annotations et observations de cette nouvelle édition donnée par M.
Allen.
10. Les coustumes du bailliage de Troyes en Champaigne, A
Troyes, par Pierre Chevillot, imprimeur du roi, à Troyes, rue
Notre-Dame, en 1622.
(CoRRARD DE Brbban. Reckerches sur l'Imprimerie à Troyes,
1852, page 2i.)
H». Les coutumes du bailliage de Troyes, réimpression de
l'édition de 1609, faite à Troyes en 1628, par Pierre du Ruau,
demeurant à Troyes en la rue Notre-Dame, in4*.
12«. Les mômes, 1629, Paris. Gard. Besongne, in-4*, nouvelle
réimpression de Tédition de 1609, avec les différents documens qui
les accompagnent.
13^. Coutume du Bailliage de Troyes avec les commentaires de
M^ Louis Legrand, conseiller au Bailliage de Troyes, 1<^^ édition,
Paris, 1661, in-f°. (Brunbt, Manuel du libraire, 5* édition.)
li^. Le môme ouvrage, imprimé à Paris en 1681, nouvelle
édition, à Paris, chez Jean Guignard, à rentrée de la grande salle
du Palais, à l'image S*-Jean, in-f^.
15o. Coutume du Bailliage de Troyes avec les commentaires de
M^ Louis Le Grand, conseiller au Présidialde Troyes; dans les-
quels il a conréré le droit Romain avec le droit Coutumier, qui
s'observe dans toutes les provinces du Royaume; où il a marqué ce
qui est en usage, et a concilié les dispositions particulières des
coutumes, qui paraissent contraires. . 3* ÉomoN, augmentée du
COUTUMES DU BAILLIAGE DE TROYES. 85
cahier des Contâmes du bailliage de Trojes rédigé en 1 VJ4, et du
procès-verbal de 1496, et de plusieurs pièces des années 1507 et
1509, concernant les droits de bourgeoisies et de franc-aleu en la
province de Champagne, lesquels n'ont point encore été imprimées.
A Paris, quay des AugtisUns, chez MorUaian, entre la rue Pavée
et la me des Augustins^ à la ville de Montpellier. M. DCC. XV.
avec privilège du roy, in-f<». 3* édition.
16^. Les coutumes du Bailliage de Troyes avec les commentaires
ieM^ Louis Le Grand réimpression, en 1737, par Montalant
deTéditioade 1715, 4* édition. (Exempl. de M. A. Socard.)
17®. L'esprit de la coutume de TrojeSy comparée à celle de Paris ,
avec carte géographique du territoire qu'elle régit. A Troyes, chez
la veuve Le Febvre, imprimeur-libraire^ Grand' rue prés Saint-
Urbain. A Paris, chez la veuve Amaulry, libraire, Grand'Salle du
Palais, à l'Annonciation. M. DCCLXV. avec approbation et privi-
lège du roy. in-S®.
18o. Coutumes générales du Bailliage de Troyes, en Champaigne,
par M. Marcilly, conseiller du roi, lieutenant-général du Bailliage
de Troyes, en Champaigne. Paris, Hérissant fils, 1768, in-i2.
■ 1
i ■
LES
TABLEAUX DES INCONNUS
AU MUSÉE DE TROYES
FAE
M. LE BRUN-DALBANNE
Mtmbre résidant.
^<»r
Pourquoi les catalogues des Musées sont-ils aussi difficiles
à faire, et n*est-il pas trop de la bouoe volonté de plusieurs
pour les composer? N'est-ce pas parce que, sous leur appa-
rence modeste et leurs brèves nomenclatures , ils doivent
renfermer tontes les informations d'une science approfon-
die, et que^ pour résumer en quelques traits principaux de
nombreux ddcumenls, il faut non-seulement beaucoup de
savoir, mais encore un rare discernement? Ou ne saurait
donc être trop reconnaissant envers les auteurs des catalo-
gues de nos grandes collections, puisque c'est surtout grâce
à eux, comme dit Rabelais en son merveilleux langage, que
le public n'a plus à rompre tos, pour en sugcer la subs-
tantifique mouelle.
Le livret du Musée de Troyes, qui a pour auteurs nos ex-
88 LES TABLEAUX DES IRGOimUS.
cellents et savants collègues, MM. Julien Gréau, Goffinet,
Jules Ray, Truelle et notre regretté Schitz^ a été trop bien
apprécié par tous les hommes compétents pour que j'aie à
vous en faire l'éloge, J'aurab Tair de le louer avec exagé-
ration, si j'en faisais seulement ressortir les réelles et so-
lides qualités. Je vous demanderai seulement la permis-
sion de faire passer du chapitre des tableaux dont les auteurs
sont inconnus, au chapitre consacré aux tableaux dont
les auteurs sont connus, un portrait et deux toiles de
grand mérite et de retirer à TEcole italienne, qui est assez
riche de son propre fonds, un panneau de nos maîtres pri-
mitifs, afin de le restituer à l'Ecole française à laquelle il
appartient. Suum cuique.
L
Je suivrai Tordre chronologique.
Sous le n"* 126 de la peinture (1), est cal ' igué un
tableau qui est ainsi désigné : le Christ de^reml * de. la
croix. Notre Misée le doit à la générosité bien connue de
notre collègue M. Fléchey.
11 est caractérisé comme étant une peinture à Tœuf sur
enduit a la colle, et attribué à F Ecole italienne du xv*^ siècle.
Ecole italienne, c'est bientôt dit; m lis lapielle? Du
temps de Watelct qui publiait son Dictionnaire des arts de
peinture, sculpture et gravure^ en 1792, on distinguait
q ialre écoles : la Florentine^ la Romaine^ la Vénitienne
et ULoTiiarde. Depuis, on en a reconnu bien d*autres, et
le savant abbé Lanzi dans sa Storia pittorica délia Italia,
qui parut en 1809, afin de ne froisser aucune rivalité lo-
(1) Notice sur les eoUections du Musée de Trojes, p. 60.
LIS TABLBAUX DBS ING01f1«U8. 89
cale, y ajouta les écoles Génoise^ Ferraraise^ Bolonaise
Siennoise^ Napolitaine^ etc., en les subdivisant elles-
mêmes en autant d'écoles que de grandes villes, ce qui,
pour la seule école lombarde, donna les écoles de Modène^
de Parme^ de Mantoue^ de Crémone et de Milan. Et de
nos jours, il a encore été ajouté à une liste si nombreuse,
qu'il semblait qu'aucune école n'avait pu être oubliée, une
nouvelle école, Y Ecole ombrienne^ si modestement repré-
sentée dans notre Musée, par un couronnement de la Vierge,
provenant de la collection Campana. Or si le catalogue n'a
pas dit à quelle école d'Italie appartient notre tableau,
c'est que rien en lui ne décèle une manière, ou un style
propres à une école déterminée. Gela veut dire simplement
qu'il est italien, et italien du xv* siècle.
n faudrait cependant s'entendre là-dessus. Car où est la
marque de l'époque ? Elle n'est assurément pas dans le
tableau, puisqu'au xv^ siècle, tous les artistes en Italie
avaient abandonné la peinture au blanc d'œuT, et il y avait
longtemps que soil par Antonello de Messine, qui était allé
demander aux Van-Eyck leur secret, soit par le Giotto, ils
étaient en possession des procédés de la peinture à l'huile.
Giotto lavoro à olio, Giotto peignit à t huile, a dit le grand
Lorenzo Ghiberti. Il faut donc faire remonter notre tableau
à une époque antérieure à la peinture à Thuile.
En l'absence de signature ou de comptes rattachant ce
panneau à un auteur ou à un monument ayant date et ori-
gine certaines, nous serions très-embarrassés, si nous
n'avions rencontré quelques œuvres analogues; car sans
elles nous nous trouverions condamné à promener notre at-
tribution de l'Italie aux Flandres et même à l'Allemagne,
sans nous occuper de la France, qui pourtant, elle aussi,
cherchait sa voie à l'époque lointaine où ce tableau fut
exécuté.
Heureusement que la cathédrale de Bruges possède un
90 LES TABLEAUX DES INCONNUS.
crucifiement (1), avec des figures aux deux tiers de la
grandeur naturelle. Le Cluîst, déjà privé de vie, est long et
maigre, quoique assez bien dessiné. A droite se trouvent
saint Jean et la Vierge évanouie dans les bras de deux
saintes femmes. A gauche, dans des attitudes violentes et
tourmentées, le centurion en armure d'argent, un prêtre et
un moine. Le dessin de quelques personnages ne manque
pas de noblesse, l'expression des têtes est vivante, mais la
carnation est faible, le modelé médiocre et le fond doré sur
patron.
Il y a un second tableau, représentant aussi le crucifie-
ment, provenant de l'église Saint-Jean à Utrecht et qui orne
aujourd'hui le Musée d* Anvers (2). Il ne contient que les
figures de la Vierge et de Saint- Jean , avec le portrait de
l'archidiacre Henri Von Ryn, mort en 1316, sur le tom-
beau duquel était placé ce tableau. Le Christ ressemble à
celui du panneau précédent, seulement il est exécuté avec
moins de talent. Le fond est également doré sur patron.
Enfin la plus précieuse de ces reliques est conservée au
Musée de Dijon (3), elle provient de la Chartreuse de cette
ville et fut exécutée par les ordres de Philippe-le-Hardi.
Œuvre de Melchior Broëderlam, elle orne un retable sculpté
et représente t Annonciation, la Visitation, la Présenta-
tion et la Fuite en Egypte.
Or aucun de ces tableaux ne rappelle le nôtre. Le dessin
de ceux-ci est meilleur, le coloris plus vif, le jet des dra-
peries plus habile. Ils procèdent, sans doute encore, de l'é-
cole des miniaturistes, mais ce sont déjà des œuvres de
peintre et la couleur qui cherche à s'affirmer est d'une
vigueur que nous sommes loin de rencontrer dans notre
panneau.
(1) James Weale, Bruges et ses environs, p. 49.
(2) Gatalog. du Musée d'Anvers, p. 14.
(3) Notice des objets d'art du Musée de Dijon, p. 192.
LES TABLEAUX DES INCONNUS. 91
Quant aux Allemands, ils n'ont pa;s à le revendiquer.
Leurs artistes ont composé des tableaux étranges, même
pendant les xv* et xyi** siècles, et ce n'est que très-
tard, qu'ils ont manifesté dans leurs ouvrages le sen-
timent des lignes et de Tharmonie, le goût du vrai et du
beau. Encore leurs chefs d'école, leur Albrecht Durer, leur
Cranach, sont-ils restés à une immense distance des
Van Eyck, des Rogier Van der Weyden, et des Memlinc.
La disproportion, la singularité, un amour passionné du
bizarre .et des chimères, y voilent leurs qualités supérieures,
et leur art, quoiqu'ils veuillent, demeure barbare et comme
une réminiscence des sombres visions du moyen-âge.
Si notre tableau n'est ni Italien, ni Flamand, ni Alle-
mand, il n'y a plus qu'une école qui ait le droit de le récla-
mer : c'est l'Ecole française.
Après l'art de la peinture sur verre, cet art si français,
qui enfanta tant de merveilles aux xni" et xiv' siècles, vint
celui des miniatures. Seulement, les enlumineurs, les ima-
giers, après s'être consacrés de préférence aux évangiliaires,
aux missels, aux psautiers, aux grands antipbonaires, com-
mencèrent vers la fin du \uf siècle à trouver dignes de leurs
pinceaux les manuscrits profanes, les romans de chevalerie,
les bestiaires, les livres de fauconnerie, les chansons de
gestes, les traité-^ encyclopédiques comme ceux de Jean de
Beauvaisetile Glainville. Puis d^intime et de claustral qu'il
était, l'art de la miniature s^émancipa, se sécularisa ; il
grandit, se perfectionna et quitta les ieuilles de vélin, pour
orner les trésors des églises, les retables et les tabernacles
des autels, l'intérieur des palais et les châteaux, les salles
des riches bourgeois. Les meubles furent ornés de pein-
tures. La cathédrale de Bayeux, celle de Noyon, conservent
dans leurs trésors des armoires couvertes de peintures élé-
gantes et fines, représentant des traaslations de reliques,
des images de saints, des anges jouant de divers instruments
ou balançant des encensoirs. Ce fut bientôt le tour des dyp-
92 LES TABLEAUX DES IRCONNUS.
tiques ou des triptyques, des autels portatifs, des petits ora-
toires, enGn des représentations de jeux, de chasses, de
tournois, de nobles chevaliers à la promenade, de belles da-
moiselles en récréation.
La plate^peinture^ comme on disait alors, était trouvée
et le tableau, dans son acception moderne, créé. Il se déve-
loppa donc, sans s'arrêter^ jusqu'à ce qu'il fut devenu assez
grand pour être encadré séparément dans des bordures à
sculptures dorées et suspendu aux parois des sanctuaires ou
des riches habitations.
Mais un peu avant le xv^ siècle, le tableau n'était encore
qu'une miniature agrandie, destinée à être enchâssée dans
un retable, et le panneau qui le recevait était invariablement
à fond d'or gauffré, creusé pour lui faire un cadre, parfois
incrusté de verroteries et de pierres fines.
Nous voici arrivé à notre tableau, et en traçant la carac-
téristique des productions analogues , il se trouve que c'est
sa description que nous avons donnée. Sa hauteur n'est pas
tout-à-fait de 40 centimètres, sa largeur est de 26 centi-
mètres. Il représente le Christ mort, aux bras grêles^ an-
guleux, avec des mains d'une longueur exagérée. La cou-
leur est terreuse, elle est plate et les contours n'accusent
aucun relief.
Il est soutenu par la Vierge Marie, à la figure douce et
charmante, au manteau bleu, intense et vif; la tête est en-
cadrée dans une mousseline transparente , comme en por-
taient les femmes du xiv"* siècle. Les mains sont bien dessi-
nées. A côté d*elle se tient ra|)ôtre saint Jean, couvert d'un
manteau rouge, bordé d'une légende latine, ainsi qu'il se
pratiquait à cette époque.
Au dessous du groupe principal sont des anges au dia-
dème crucifère, celui de gauche avec légende en caractères
très-lisibles duxiv* siècle. La main de l'ange qui est à droite,
est bien mouvementée et très-artistement dessinée.
LBS TABLEAUX DBS INCONNUS. 93
Le fonds du panneau est doré et gauffré d'entrelacs de
feuillages et de fleurs.
Sur Ir. bordure formant cadre, on lit des caractères ma-
juscules du xiv' siècle.
La date de notre panneau nous semble donc hors de
doute et clairement écrite. Nous en voudrions douter, d'ail-
leurs, que le musée du Louvre nous fournirait une preuve
nouvelle qu'il appartient bien réellement au xiv* siècle.
Sous le titre : Ecole française^ fin du ws"" siècle , le
musée de Paris renferme un tableau de forme ronde, sur
panneau à fond d'or gaufré, avec cadre pris dans l'épaisseur.
Il représente le Christ mort, étendu sur les genoux de
son Père, orné d'une barbe vénérable et couvert d'un man-
teau bleu.
La Vierge, également en manteau bleu, soutient le bras
droit de son Fils. Saint Jean, derrière elle , appuie sa tête
sur sa main droite et pleure.
Six anges, de petites dimensions, se tiennent au-dessous
du groupe et par leurs attitudes et leurs physionomies at-
tristées, semblent prendre part à cette scène de désolation.
On aperçoit les ailes blanches, liserées d'or, de deux d'entre
eux.
La Vierge, comme dans notre tableau, a la figure enca-
drée dans un long voile ou guimpe de lin qui enveloppe
la tête, le menton, le cou, et descend sous la robe. C'était
une parure en usage chez les dames nobles, pendant le
XI v* siècle.
Elle commande que on face
Les tables mètre, et on les mist
Âssés fu qui s'en entremist,
De l'atomer se hastent molt;
Et la dame jus de son front
Dusc* au menton sa guimpe avale (baisse) (1).
(1) Li roi Guillaume d'Angleterre, Ghron. anglo-normandoi publié
par M. Francisque Michel, t. III, p. 133.
94 LES TABLEAUX DES INCONNUS.
Ce qui nous a paHicnlièrement frappé en étudiant le ta-
bleau du Louvre, c'est q'j'il paraît être, sauf quelques va-
riantes, le prototype du nôtre, et s'il n'est pas sorti du même
pinceau , il provient certainement de la même école. Et
puisque les conservateurs du Louvre donnent trcs-justement
leur tableau à l'école française de la fin du xiv* siècle (ils
auraient peut-êlre pu faire un |)as de plus, et dire l'école
française-bourguignonne), nous sommes assuré d'être dans
le vrai en attribuant le nô^rc à la même école, et en le fai-
sant remonter à la même époque.
Nous n'en dirons pas davantage sur le panneau du musée
de Troyes. Aussi bien, nous croyons avoir démontré qu'il
appartient à Técole française, qu'il est du xiv* siècle, et que
c'est sous ce double titre qu'il doit être désormais cata-
logué.
IL
J'arrive maintenant au n" 123 du catalogue de notre
musée , qui représente le sire de Vaudrey , seigneur de
Saint-Phal,
Il est de grandeur naturelle, en buste, tourné de trois-
quarts à droite; son pourpoint est en brocard d'argent,
brodé de dessins de diverses couleurs ; il porte une colle-
rette très-légèrement ouvrée (1).
Le plus ancien seigneur de Sainl-Phal, dont on ait con-
servé le nom, était Pierre de Montot qui \ivait en 1440. Sa
fille fit passer cette terre dans la maison de Vaudrey, par son
mariage avec Arthur de Vaudrey, qui fut successivement
chambellan et maitre-d' hôtel de Charles VII, de Louis XI
et de Charles VIII. La famille de Vaudrey était originaire
(1) Le portrait de Vaudiey est peint sur bois, sa hauteur est de
59 centimètres, sa largeur de 53. — Notice du Musée de Troyes,
p. 59.
LES TABLEAUX DES INCONNUS. 95
de Bourgogne, et c'ej^t de l*un des membres de celte fa-
mille, peut-être du fds de noire personnage, que Saint-
Simon parle ainsi : « Vaudrey était d'une naissance fort
» distinguée, du comté de Bourgogne, singulièrement bien
» fait, mais cadet pau\re. De chanoine de Besançon, il
» prit un mousquet, devint capitaine de grenadiers et reçut
» trente-deux blessures, dont plusieurs presque mortelles,
» à lailaque de la contrescarpe de Coni , sans vouloir quitter
M prise et y fut laissé pour mort. Cette action le fit con-
» naître et lui valut peu après le régiment de la Sarre.
» Officier général, extrêmement brave et capable, il fut tué
» en 1705, au combat de Cassano. »
En 1673, lors du dénombrement de la noblesse de Cham-
pagne, la châtellenie de Saint-Phal appartenait à Charles-
Louis- Anne de Vaudrey, marquis de Saint-Phal, y demeu-
rant. Ce Vaudrey est vraisemblablement celui que notre
portrait représente. 11 portail : emmanché de gueules et
dargent.
Nous nous sommes cru d'autant plus autorisé à repro-
duire cette notice du li>ret, que celui qui Ta faite (1), ne
nous reprochera pas cet emprunt, et que nous ne saurions
guères y ajouter.
Ce qui nous importe surtout en ce moment, c'est moins
le personnage que la peinture elle-même, afin d'en déter-
miner l'auteur qui avait un talent trop particulier et trop fin,
pour demeurer relégué dans ces limbes de la peinture ano-
nyme qui cachent les inhabiles et plus souvent encore les
copistes, qui ne savent prêter à leurs modèles que les pau-
vretés et les faiblesses de leur pinceau, sans leur conserver,
même en effigie, le style et les qualités maîtresses qui les
distinguent.
Mais ici, bâton&-nous de le proclamer, nous avons affaire
(i) L'auteur du présent mémoire. (Note de la Commission de pu-
blication.)
96 LES TABLEAUX DES INCOMIIUS.
à une œuTre de maître, originale entre toutes, noblement
dessinée, vivement peinte, et digne de figurer dans n'im*
porte quel musée, fût-ce même le premier de tous, celui da
Louvre.
Il faut dire que les portraits de ce peintre sont si rares,
qu'on n'en connaît que quelques-uns et deux seulement qui
portent son nom.
Le premier d'entre eux représente Cinq-Mars (1), en
grand habit de gala, debout dans son cabinet, frisé, pom-
madé, la figure jeune, sans caractère^ n'annonçant que trop
qu'il était plutôt propre aux intrigues de cour qu'aux entre-
prises énergiques, dans lesquelles si une tète tombe, il faut
du moins afironter des dangers et la payer son prix. Ce n^est
donc pas le Cinq-Mars d'Alfred de Vigny, mais un gentil-
homme dameret, incapable de porter la cuirasse et le casque
dorés qui reposent à ses pieds. 11 a la main gauche appuyée
sur la hanche et la droite sur une longue canne. Cette main
est dégantée pour montrer sa gracilité et sa blancheur effé-
minée. Le costume est très-riche , ses broderies innom-
brables se dérobent sous deé flots de rubans et de dentelles.
On pense en le regardant aux mignons de Henri III, et tou-
tefois la peinture sobre, sévère, contraste avec les mignar-
dises du costume, au milieu desquelles le pinceau s'e4 re-
tourné lentement, sérieusement, sans jamais sourire, ni s'é-
gayer, comme il arrivera plus tard chez nos petits maîtres
des fêtes galantes.
Ce beau portrait faisait l'ornement de la galerie assez
médiocre du Palais-Royal. La révolution de 1848, qui Ty
rencontra, se vengea sur lui de la résistance de M. Guizot,
à la réforme électorale, et d'intelligents citoyens mutilèrent
à coups de baïonnette le beau Ciuq-Mars, qu'ils soupçon-
naient d'avoir été plus ou moins comphce de la royauté
(1) Ce portrait est gravé dam le Musée de Versailles, d'après une
copie.
LES TABLEAUX DES INCONNUS. 97
proscrite. Disons, pour n'y plus revenir, que le portrait de
Cinq-Mars, après avoir émigré en Angleterre et y avoir été
habilement restauré, fait aujourd'hui partie de la collection
du haron de Seillière.
Le même maître avait aussi exécuté un portrait du car-
dinal de Mazarin. Scudéry le possédait dans sa galerie et
Tavait orné, en 1646, de vers courtisanesques de sa façon.
Il n'était qu'en huste, suivant la description de Guérin, se-
crétaire perpétuel de rAcad('*mie, en ce temps-là. Ses di-
mensions étaient de deux pieds et demi de haut sur deux
pieds de large.
Dom Leleu, dont nous allons bientôt parler, cite égale-
ment un portrait de la reine Anne d'Autriche, que le
mélancolique Louis XIII, qui ne pensait pas encore à
M"* d'Hautefort ou à M"* de Lafayelte, daigna louer en di-
sant que : la Reine n'avait jamais été peinte dans un si
beau jour.
Enfin, le musée d'Avignon renferme un portrait en buste
de la marquise de Forbin^ abbesse d'un couvent de Pro-
vence, signé et daté de 1644.
Et ce serait tout, s'il n'y avait lieu de supposer que deux
portraits, également en buste, qui accompagnaient à la vente
de M. Craufurd, à Londres, le Cinq-Mars du Palais-Royal :
le maréchal d'EfGat et le marquis de Puysieulx étaient du
même maître, ainsi que le portrait du duc de Bellegnrde
(mort en 1646), gravé dans le musée de Vcnsailles,
diaprés l'original qui est au château de Beauregard (1).
On peut voir, par les portraits que nous venons de citer,
que notre artiste était bien venu à la cour et qu'il y pei-
gnait des personnages assez marquants.
Arrivons donc à dire son nom, qui se trouve, ainsi que
nous l'avons indiqué, au bas des portraits de Cinq-Mars et
de la marquise de Forbin. Voici ce que nous lisons dans les
(1) Ead. Soulié, le Musée de VersaiUes, t. lU, p. 123.
f.xnn. 7
98 LES TABLEAUX DES INCONNUS.
Mémoires manuscrits de Dom Leleu^ sur la TÎlIe de Lacm :
« En 1632 fleurirent trois habiles peintres natifs de
» Laon, qui étaient frères et vivaient dans tme parfaite
» union, savoir : Antoine, Louis et Mathieu Le Nain. Ds
» suivirent le goût et l'inclination qu'ils avaient pour la
D peinture ; ils furent formés dans cet art par un peintre
» étranger qui les instruisit et leur montra les règles de cet
» art, à Laon, pendant Tespace d'un an ; de là ils pas-
» sèrent à Paris, où ils se perfectionnèrent et s'établirent
)) tous trois dans une même maison.
» Leurs caractères étaient différents. Antoine, qui était
» l'aîné et qui avait été reçu peintre à Saint-Germain-des-
» Prés par le sieur Plantin, avocat en la cour et bailly dudit
» Saint-Germain, le 16 août 1629^ excellait pour les mi-
u niatures et les portraits en raccourci.
» Louis, le cadet, réussissait dans les portraits qui sont
)> à demi-corps et en forme de buste.
)) Mathieu, qui était le dernier, était pour les grands ta-
» bleaux, comme ceux qui représentent les mystères, les
» martyres de saints, les batailles, etc.
» Tous les trois étaient mattres-peintres du Roi et furent
» reçus en même temps à l'Académie royale de peinture et
» sculpture. Leurs lettres de féception sont datées du
» 1" mars 1648 et contre-signées par le sieur Le Brun,
» fameux peintre, Tun des anciens de ladite Académie. »
D Antoine et Louis moururent l'un et l'autre en trois
w jours de temps sans avoir été mariés (1). »
Une première remarque suggérée par la notice de
Dom Leleu, c'est que Louis Le Nain avait un grand talent
pour les portraits, et qu'il réussissait dans les portraits
qm sont à demi-corps et en forme de buste. En effet,
c'était dans des dimensions restreintes qu'il représentait le
(1) Gazette des Beaux-Arts^ tom. VIII, p. 267. — Recherches sur
la vie et Fœuvre des Frères Le Nain, par Gbampfleury.
LES TABLEAUX DES INCONNUS. 99
plus souvent ses personnages, témoins les portraits de
Mazarin, de la marquise de Forbin, du miw^ chnl d'Effiat,
du marquis de Puysieulx, du duc de Bellcgarde, de Vaudrey
et celui du Louvre dont nous allons bientôt parler ; le grand
portrait de Cinq-Mars, qui est authentique, puisqu'il est si-
gné, fait donc seul exceptioUi jusqu'à ce qu'on ait décou-
vert d'autres grands portraits historiés de Louis Le Nain.
Maintenant, si nous comparons le portrait de Vaudrey à
ceux de Saint-Mars et du duc de liclK garde et à un portrait
du Musée du Louvre qui est placé à l'extrémité gauche de la
galerie française consacrée aux peintres du xvu* siècle, nous
y voyons et dans le dessin, et dans le coloris, dans les lu-
mières et dans les ombres, les cheveux, les vêtements, les
dentelles, dans le faire et le style surtout, de telles ressem-
blances que nous n'hésitons pas à dire qu'ils sont tous sortis
de la même main.
Essayons donc de les caractériser et nous déûnirons cette
façon de peindre le portrait, restée elle-même et ne ressem-
blant à aucune autre. Ce qui nous frappe d'abord, c'ef^t que
c'est une manière large et sobre. Le maniement du pinceau,
chez Louis Le Nain, ne trahit pas la fougue, tout en mon-
trant une mâle liberté. Chaque objet est écrit nettement et
les figures sont caractérisées par des touches fières et d'une
grande décision. Les tons ne sont pas cherchés, ils ne sont
pas rompus, ni finement dégradés pour ménager les transi-
tions et passer d'un plan à un autre. Ils sont francs, précis
et par des ombres habilement posées, ils accusent jusqu'aux
moindres détails des physionomies qui paraissent vivantes
et vraies. L'œil est vif, transparent, le regard limpide. Une
lumière accentuée enveloppe les personnages et répand sur
toute leur personne ce jour frisé, ces rayons obliques, qui
leur donne un relief étonnant et les fait sortir du cadre. Et
les étoffes, les accessoires, et les rubans et les dentelles,
c'est la réalité même, avec son mouvement, ses jeux de lu-
100 LES TABLEAUX DES INCONNUS.
mière, ses accidents reproduits sans recherche et sans mi-
nutie.
Louis Le Nain semblerait donc être un peintre flamandi
s'il n'avait dans le pinceau Téclat et la gaieté de la palette
espagnole ; c'est un Vélasquez, un Murillo (1), qui a gardé
l'accent français, sa clarté, sa sincérité, sa sobriété.
Quant à son dessin^ il est irréprochable. Chaque trait est
à sa place, et n'est jamais heurté ni contrarié par la pour-
suite des raccourcis ou du clair-obscur. On devine, dans. ses
portraits^ la charpente osseuse et les muscles, et cette fleur
de santé qui com*t et s'épanouit à leur surface, n'est que la
manifestation de la vie, saisie au vol et fixée par un grand
maître .
Toutefois on demeure surpris au premier aspect de cette
couleur claire, un peu crayeuse, si vivement enlevée sur des
fonds monochromes. Mais en s'y arrêtant, on finit par être
frappé de l'harmonie particulière qui s'en dégage et on se
souvient toujours de cette peinture un peu âpre, très-habile
sous des semblants de naïveté (2).
Louis Le Nain ressemble à ces écrivains sans prétention
dont le style a le privilège de soulever le mépris des pé-
dants et les colères des chercheurs de phrase. Il possède le
grand secret de tout art, qui consiste à modeler rigoureuse-
(1) M. Frédéric Villot a dit des Le Nain : qu'ils offrent une espèce
de reflet de TEcole espa^ole. Voir la Notice des tableaux du Louvre,
Ecole française, p. 23<6.
(2) M. Paul Mantz dit, à propos du portrait de la marquise de
Forbin : € C'est une œuvre grave, austère, un peu triste. Les chairs
> sont blanches, les vêtements noirs, et Le Nain a tiré tout le parti
> possible de ce contraste. Peinture très-ferme d'ailleurs, très-
9 soignée, très-préoccupée du caractère individuel du modèle. Au
1 milieu de cette face pâle, les yeux ont beaucoup de vie et d'accent.
> Et puis ce portrait est admirablement simple ; pas de composition,
» pas de système, pas de manière. Le Nain croyait que la vérité est
» une poésie. »
Voir Gazette des Beaux- Arts, t. VIII, p. 325.
LES TABLEAUX DES INCONNUS. 101
ment Texpressioa sur la pensée. Sa simplicité est donc plus
apparente que réelle et obtenue à force d'art, elle trompe
les juges superficiels, en leur laissant croire qu'elle est na-
tive et qu'elle n'a rien à démêler avec Tétude.
Je m'arrête, croyant en avoir assez dit pour caractériser
les portraits de Louis Le Nain et ses procédés de peinture.
J^aime à espérer que le portrait du Musée de Troyes en sera
plus apprécié, surtout lorsqu'il portera le nom de son au--
teur.
III.
Je passe maintenant aux deux tableaux de fleurs et fruits
désignés sous les numéros 131 et 132 du Livret (1 ), comme
appartenant à un peintre inconnu de l'Ecole française.
En voici la description : Au milieu d'un vaste paysage,
des tulipes, des pavots aux couleurs éclatantes, des boules
de neige, des jacinthes bleues, des anémones, sont négli-
gemment jetées dans une vasque qui reçoit l'eau d'une fon-
taine. A droite, un grand bassin d'or à godrons, contient
un raisin rosé et quelques fruits ; au-dessus, une aiguière
d'argent au galbe capricieux, dans laquelle se dresse un
bouquet d'oeillets et de roses, mêlées de liserons bleus à
demi-retombant ; un bassin d'argent renversé et nu groupe
de pêches, de raisins d'Italie couverts de leur fleur bleutée,
deux melons entr' ouverts, des grenades et une pastèque. A
gauche, une corbeille contenant des pavots et des roses
trémières.
Le groupe qui orne la fontaine se compose d'un dauphin
en pierre sur lequel jouent deux amours.
Le second tableau représente aussi dans un paysage ime
fontaine à double vasque, surmontée d'un satyre, d'une
(1) Pages 61 et 62.
102 LBS TABLEAUX DBS INCOIlTfUS.
sirène et de deux amours, sur Tun desquels est Tenue se
poser une colombe.
Au milieu du tableau et le pied baigné dans Teau, est on
vase d'or, rempli d'anémones, de pavots, de boules de
neige, de narcisses, de jacinthes, et à droite, une coupe de
cristal contenant des fruits et quelques fleurs. Sur le de-*
yant est couché un gros chien noir, à longs poils, avec un
collier garni de grelots, après lequel est suspendu un tron*'
çon de chaîne. A droite des fleurs et des fruits^ à gauche
des grenades ouvertes.
Un paon qui becqueté les fleurs est perché sur une des
vasques de la fontaiue.
Ces deux tableaux, peints sur toile, sont de la plus grande
dimeiision, puisqu'ils mesurent 2 mètres 04 centimètres
de hauteur, sur 2 mètres 56 centimètres de largeur. Les
fleurs et les fruits sont plus grands que nature.
11 eut été bon, peut-être, de dire Tépoque de ces ta-
bleaux, l'attribution eut été sinon plus facile, toutefois moins
incertaine. Puisque notre livret ne l'a pas osé, disons (|u ils
sont du xvii* siècle.
A cette époque, je ne vois guères que deux peintres de
l'école française qui s'adonnèrent à la peinture des fleurs.
L'un fut le maître et l'autre le disciple, mais qui se tint si
près du maître, que leur manière demeure confondue et que
les tableaux de l'un peuvent alternativement passer pour
ceux de l'autre. Le maître était Jean-Baptiste Monnoyer,
plus connu sous le nom de Baptiste ; l'élève, Bhn de Fon-
ienay, qui concourut amplement, sous l'œil de Charles Le
Brun, aux décorations de Versailles. FA puis, en fait de
peintres de fleurs au xvii' siècle, c'est tout. Car, je ne puis
guères compter Catherine Duchemin, qui fut un instant
élève de Blin de Fontenay et devint l'épouse de notre vail-
lant et illustre François Girardon ; ni Verbruggen , né à
Anvers en 1668, qui approcha beaucoup du mode d'exé-
cution adopté par Baptiste, mais dont le travail plus froid
LIS TABLBAUX DES INCOmiUS. 103
est resté flamand ; ni Hardimé, également né à Anvers en
1678, dont le coloris était brillant, le faire trop libre et
trop léché. Quant à Douai de Lyon, qui reçut les leçons de
Baptiste, sa couleur était moins vigoureuse, sa touche plus
recherchée (1).
Si de cette vue générale, nous descendons aux détails,*
pour comparer nos tableaux à ceux de Baptiste , nous leur
trouvons des qualités bien différentes de celles du maître
français, comme ordonnance et comme coloris, comme
entente du clair-obscur et comme ampleur, comme acces->
soires et comme paysage. C'est un peintre de race qui les
a exécutés, un artiste vraiment supérieur, rompu aux exi-
gences de la grande peinture, et qui savait aborder de front
et sans effroi, toutes les difficultés d*une composition sa-
vante et compliquée. Nos deux tableaux n'en sont-ils pas la
preuve? Il y a là des stitues, des fleurs, des fruits, des ani*
maux, des vases d'or, des coupes de cristal, de l'eau, un
grand paysage, un vaste horizon , dont Tauteur avec son
facile pinceau a su tirer un admirable parti. Non pas qu'il
ait été plus amoureux de ses fruits et de ses fleurs, que de
l'art, et qu'il se soit passionné pour eux au point d'oublier
l'effet rêvé par lui. Il ne s'est pas amusé à polir les feuilles,
à dessiner finement les tiges, à velouter les pêches, à fleurir
les raisins, plus que de raison. Non, cor il n'a pas cherché à
les peindre pour l'amour d'eux-mêmes, il les a peints pour
l'amour de la peinture. 11 a rencontré des fleurs aux tons
éclatants, des fruits savoureux et dorés, il a voulu entrer en
lutte avec eux et voir à qui resterait la victoire. C'était pour
lui une occasion de chanter cette chanson de la nature si
charmante toujours et si variée, quelques fleurs lui ont
donné la note élevée, d'autres la note médiane, les fruits lui
ont apporté la note grave de la gamme des couleurs, il en
(1) Thëod. Lejeune, Guide de Tamat. de tableaux, t. I, p. 190 et
suiv.
104 LES TABLEAUX DES Ilf CONFUS.
a SU tirer une merveilleuse harmonie, le concert existe pour
les yeux, et le spectateur charmé ne l'oubliera plus.
Cet artiste, que nous venons de caractériser par ses
œuvres, serait-il donc Jean- Baptiste Monnoyer? Assuré-
ment non. Il y a chez ce dernier de la vérité dans ses va-
ses et ses corbeilles de fleurs; mais cette vérité, il la pré-
sente d'une manière prosaïque et parfois assez crue :
Les fleurs sont comme les femmes, il leur faut un peu de
mystère; aussi quelques voiles, pas trop jaloux, pour-
tant, ne leur messiéent pas. E\Ls n en sont alors que plus
séduisantes et leur charme s'augmente de tout ce qu'on
ne voit pas, par ce qu'elles veulent bien laisser paraître,
(^cst là cette science du clair-obscur qu'Abraham Mignon,
le jésuite d'Anvers, Breughel de Velours, et plus tard Van
Huysum, ont eue au suprême degré. Sans contredit, Mon-
noyer est un habile artiste, un grand décorateur; mais il
n'aurait pas pu pei idre no^^ tableaux, aussi est-ce à uoe
autre (école que nous devons nous adresser pour découvrir
leur auteur.
Seraient-ils Flamands? Pas davantage. Les artistes fla-
mands avec leur prodigieuse dextérité sont, pour ainsi dire,
autant naturalistes que peintres. Ch que espèce les attire et
les séduit. Il faut qti'ils traduisent jusqtrà l'intimité de leurs
gracieux modèles, ils ne négligent ni la contexture^ ni Kac-
cideiit de Tattitude, ni un rétro jssis de feuille, ni une pous-
sière d'étamine. Amoureux de chacune de leurs flenrs, ils
veulent l^'s faire toutes valoir, le sacrifice est au dtssus de
leurs forces, et, à force de détails, ils amoindrissent l'en-
semble.
Mais alors s'ils ne sont ni français, ni flamands, est-ce que
nos tableaux seraient itiUens? Peut-être. — Seulement, de
quel maître? En eOet, beaucoup d'ItaUens ont su peindre les
fleurs. Ils avaient l'onmi-science ces grands Italiens ; non,
il est vrai, à la manière finie et précieuse dts Hollandais,
attentive et patiente des Flamands, car ils ont eu l'entrain.
LB8 TABLBAUX DIS IlfGOlfllUS. i05
ils ont en la verve , ils ont eu la fougue , et quand ils ont
voulu représenter des fleurs, ils les ont attaquées en pleine
pâte, graniiemeot, par les effets. Cette manière robuste et
fîère d'exprimer leur éclat, leur chatoiement, leurs nuances
contrastées, les a rapprochés davantage de Tidéal et leur a
permis de nous montrer toutes les fleurs dans quelques-unes.
Or , ce sont justement là les qualités qui distinguent nos
tableaux.
Ils sont donc certainement d'un peintre italien. Lequel
alors? Nous allons être singulièrement aidé dans la recher-
che du nom, puisque j'aperçois un monogramme, un G et
un G entrelacés.
Je cours aux recueih de monogrammes et je trouve que
le G et le G entreL'cés ont élé la marque d'un peintre in-
connu, qui faisait de beaux portraits dans le goût de Gtl-
dorp (i).
Puis dun peintre flamand, qui peignait dans la manière
de Gaspard Netscher, et a dû être son contemporain (2).
Encore un peintre de portraits celui-là.
C'était au^si la marque de Conrad Grahl ou Grahlam ,
graveur médiocre du conunenctment du xvu* siècle (3) ; de
Corneille Galle, graveur né à Anvers (4) ; de Conrad Golt-
zius, autre graveur dont la vie est restée inconnue (5) ; du
comte Christian Clam-Gallas, né en 1771, graveur quoique
chambellan de l'empereur d'Autriche (6) ; de Jean Casa-
nova, peintre né à Venise en 1730, et qui mourut à la fin
du siècle dernier, directeur de l'Académie de Dresde (7);
de Christian-Geoffroy Geyser, dessinateur et graveur à la
(1) Bnilliot, Dict. des Monogram., 1. 1, n» 1155.
(2) Ibid.,nol256.
(3) Ibid., nol257.
(4) Ibid., n' 1259.
(5) Ibid., n* 1260.
(6) Ibîd., n» 1261.
(7) Ibid., no li62.
100 U» TABLEAUX DIS I1IC01INU8.
pointe et au burin, et qui travailla presque exclusivement
pour les graveurs de Leipsîg où il s'était fixé (1) ; de Jules
CurpioQÎ, peinlre d'histoire et graveur, né à Venise en 161 1
et mort à Vérone en 1674 (2); de notre Jacques Courtois,
dit le Bourguignon, peintre de batailles (3); (cela signifiait
pour les amateurs italiens Giacomo Gortese) ; de Guido Ca-
gnacci, peintre d^hisloire , né à Castel**Durante et qui fut
rélève du Guide (4); enfin, de Jules Glovio, élève do Jules
Romain , mais peinlre en miniature, à la gouache seule-
ment (5).
Hélas ! elle n'est pas grande la lumière que donne le
monogramme, car s'il a été adopté par les peintres et gra-
veurs que nous venons de citer, il faut bien convenir qu'il
ne s'adapte à aucun auteur possible de nos peintures. Lais-
sons-le donc de côté et parcourons les musées, pour voir si
nous ne rencontrerons aucun table.m analogue aux nôtres.
La peinture est un meilleur guide qu^ la signature, elle style
des matlres, moins trompeur qu'une marque changeante,
capricieuse, qui n'émane pas toujours d'eux, et qui peut si
facilement se modifier, s'ajouter.
J entre dans les galeries italiennes du Louvre, car à tout
seigneur tout honneur, et je ne trouve aucun tableau de
fleurs ressemblant aux nôtres. Toutefois, en continuant mes
recherches , voici que j'aperçois assez haut dans le musée
dû à la munificence de M. Louis Lacaze, un tableau de fruits
représentant des grappes de raisins blancs et noirs, à gros
grains, dos figues, des ponunes se détachant sur un fond
sombre, et je demeure frappé de leur air de famille avec les
(1) BrulUot,noi2e3.
(2) Ibid., t. n, no950.
(3) Ibid., no 951.
(4) Ibid., n* 955.
(5) Ibid.. n« 957. — Théod. Lejeune, Guide de Tâmat. de tableaux,
t. m. Dict. des signatures, monogrammes et marques des peintres
de toutes les écoles, passim.
LB8 TABLEAUX DES llf€01lllU8. i07
raisins et les pommes des tableaux du musée de Troyes.
Puis, nouveau sujet de réflexion, un autre tableau accom-
pagne le premier et j y rencontre un melon ouvert, des rai-
sins, des pommes, des pêches du même panier que les
nôtres^ et j'apprends que Michel-Angelo Cerquoszi , dit
Michel-Ange des bat^^illes, né en 1600 ou 1602, mort en
1660, e^t fauteur Je ces deux lableaux (1). Je retourne en
arrière et je trouve une charmante mascarade italienne (2)
de sa façon, dans la galerie des peintres italiens, puis je dé-
couvre que d'abord élève de Pietro Paolo Corionese, peintre
de fleurs et de fruits, il l'avait quitté pour s*attacher à la
manière de Peter Van Laar, dit Bamboche , qui jouissait
alors à Rome d'une grande réputation, et que ses fuites, ses
marchés, ses batailles, qui lui avaient valu stm surnom, ne
l'avaient pas empêché de peiniire des tableaux de fleurs et
de fruits, très-estimés ; que sa facilité était extrême et qu*il
peignait presque toujours sans faire de dessins.
Voilà le premier indice.
A Grenoble, je le trouve représenté par un combat de
cavalerie très-mouvementé. C'est bien du Mtchel-Ange des
batailles. Ce tableau a été donné au musée de Grenoble, ea
1839, par les fils de Casimir Perier, au nom de leur
père (3). Cest ui^ souvenir que je note en passant.
Au musée du Havre, je retrouve G'rquozzi dans un ad-
mirtble bouquet de fleurs, nous donnant toutes celles de
nos tableaux, tulipes, pavots, boides de neig^, œillets, ja*
cinthes, avec leur désiuvoliure, leur éclat, leur coloris (4).
A celui de Rennes, les fleurs et les fruits sont groupés
sur un riche tapis.
A Rouen, Gerquozzi a deux tableaux : dans Tun des pêches,
(1) Notice des tableaux de M. Lacaze, p. 6.
(2) Musée du Louf ro, École d'Italie, p. 97.
(3) Musée de Grenoble, p. 14.
(4) Musée du Havre, p. 18.
108 LES TABLEAUX DES INCONNUS.
du raisin, des pergoles, une pastèque; dans Taulre des ce-*
drats, des grenades ouvertes avec leurs chapelets de grains
rouges, amoncelées dans un désordre savant au pied d*un
arbre. Je croyais revoir nos tableaux; et Court, le peintre de
rassemblée des Etats-généraux, l'auteur du livret de Rouen,
ajoute en note : n tous ces différents fruits de Michel-Ange
p des Batailles sont supérieurement nndus et d'une tI*
» gueur de ton qui décèle le grand coloriste » (1).
Enfin, au musée de Gaen, je trouve de Cerquozzi : d'a-
bord un admirable tableau de fleurs habilement groupées et
retombant autour d'un bas-relief antique. Il est de la plus
grande dimension, puisqu'il mesure 1 mètre 42 cent, sur
1 mètre 98 centimètres; puis un tableau de fruits d*une di-
mension à peu |>rès égale, quelques lys s*y trouvent mêlés;
à droite on aperçoit, comme chez nous, une échappée de
paysage (2). Ici encore Tillnsion est complète , je ne suis
plus à Caen, je me trouva, tout-à-coup revenu à Troyes, de-
vant nos tableaux.
Je ne voudrais pas citer les collections particulières qui
renferment des tableaux de fleurs et de fruits de ce maître,
par exemple celle de M. de Chasseloup-Laubat, qui a deux
pendants : dans l'un des accessoires, dans l'autre des fruits;
ni celle du peintre Hersent , qui avait deux pendants de
fruits et d'oiseaux morts, pas plus que la collection vendue
en 1 844 dans laquelle se trouvait, sous le nom de Cerquozzi,
un beau bouquet de fleurs. Il ne m'a pas été donné de voir
ces tableaux, par conséquent de les apprécier ; et, si j'en
touche un mot au passage, c'est afin de montrer que Cer-
quozzi, dont la facilité était extrême, a produit presque un
aussi grand nombre de tubleaux de fleurs et de fruits que de
batailles ou de bambochaJes.
Mais le monogramme alors, comment l'expliquer? Ici, il
(i) Musée de Rouen, p. 122.
(2) Musée de Caen, p. 17 et 18.
LES TABLEAUX DES INCONNUS. 109
faut l'aTOuer, nous en sommes réduit à des conjectures.
Nous avons tu que les tableaux de fleurs avaient occupé les
premières années de Cerquozzi. Avait-il un autre prénom
que celui de Michel-Ange? S'appelaitil en même temps:
Jacques , Giacomo , Jules , Giulio^ ou Jean, Griovarmi?
Avait-il hésité d'abord à mettre un prénom aussi illustre
que celui de Michel-Ange sur de simples tableaux de nature
morte? Ecrivait-il son nom Cergozzi^ et le G et le G entre-
lacés en seraient-ils Tabrégé ? Qui pourrait le dire aujour-
d'hui ?
Ce que nous savons, c'est qu'à moins de rares exceptions,
les artistes des xv!*" et xvii'' siècles n'étaient guèrcs lettrés,
et que la plupart du temps ils ne savaient pas même écrire
leur nom, témoin notre grand Claude Le Lorrain; que
Cerquozzi a gravé quinze pièces à Teau forle, dont deux
seulement sont signées par lui. Or, a-t-il mis au bas Cer-
quozzi? — un C et un G entrelacés? Pas le moins du monde.
Il a écrit Mie. A. B. Ce qui sigmû^ Michel-Angelo délie
Battaglie^ ce qui correspond à l'époque de sa vie où il avait
abandonné les tableaux de fleurs pour les batailles. Or, nos
tableaux sont de sa jeunesse et appartiennent à la première
phase de son talent. Peut-être, dans sa modestie, Cerquozzi
a-t-il voulu, ainsi qu'on en rencontre de fréquents exemples,
rappeler qu'il était disciple de Pierre de Curtonc qu'on avait
surnommé Gobbo dei frutti^ parce qu'il était contrefait;
dans ce cas, le C serait son initiale et le G voudrait dire
élève du Gobbo ? Je pose la question, que de plus autorisés
y répondent.
Les preuves, d'ailleurs, pourquoi les chercher autre part
que dans la comparaison de nos merveilleux tableaux avec
tous ceux que j'ai cités, que j'ai attentivement étudiés et qui
m'ont toujours invinciblement ramené à eux. Oui, c'est un
Italien qui seul a pu peindre ces fleurs, ces raisins de l'Ita-
lie, ces grenades, ces pastèques qui ne mûrissent qu'aux
rayons de son soleil ; oui, c'est ainsi que Cerquozzi peignait
ilÔ LES TABLEAUX DES INCONNUS.
les fleurs et les fruils ; c'est aioM qiiMI représetilait les slalues,
les bas^^reliefs , les cristaux, les Tases d'or. C'est de cette
large et puissante manière qu'il interprétait le paysage ita-
lien et qu'il exprimait le beau ciel de sa patrie.
Les tableaux du musée de Troyes sont donc de Cer-
quozzi, et c'est justice de lui restituer deux de ses plus belles
(Btt^reS) sans crainte de jamais recevoir un démenti.
Troyes, le 17 mai 1872.
LE PROBLÈME DÉMOCRATIQUE
ou
LA POLITIQUE DU SMS COMMUN
Par Th. MANNEQUIN - BruxeUes, 1870
PAR
M. ASSOIjIjANT
Hembrt résidant.
Messieobs,
Ce n'est pas une tâche exempte de difiScultés qae celle
de vous rendre compte du livre de M. Manâequm. Les
questions qui y sont traitées nous intéressent au plus haut
point; mais en même temps elles nous divisent, et elles
comptent parmi celles que vous vous faites une loi d'éviter
ici, ce qui est un mal peut-être, puisque souvent c'est mettre
de c6té les problèmes les plus dignes de notr e étude, au profit
de sujets qui nous laissent à peu près tous indifférents. Sur
ces derniers l'accord est facile ; il est impossible , au con-
traire, sur ceux dont M. Mannequin s'est occupé. Aussi,
B'ai*je pas l'inlenlion de vous exposer toutes ses idées, ni
d'en discuter la valeur : sans compter qu'il s'agit d'un vo-
lume de cinq à six cents grandes pages, mon peu de compé-
tence suffit pour m*impo8er beaucoup de réserve.
''^- '".-.•..
m LE PROBLÈME DÉMOCRATIQOB.
Je me regarderais, je l'avoue, comme coupable d'égoïste
iasouciance, si j*étais complèlemeut étranger aux questions
d'orgaoïsation politique , si importantes en tout temps et
particulièrement de nos jours ; mais, n'ayant jamais eu à ea
faire une étude spéciale , je ne puis m'appuyer, pour en
juger, que sur les données du sens commun et les leçons
de l'histoire. Ce sont, au reste , les seules autorités que
M. Mannequin invoque, puisqu*il donne à sa solution du
problème démocratique le titre de Politique du sens com-
mun, et que près de la moitié de son ouvrage est une revue
historique faite en vue de confirmer, par Texaroen du passé,
ce qu'on peut appeler sa théorie.
Son livre, imprimé à Bruxelles, en 1870, la même année
où paraissaient en France Les Principes de la science
politique, par M. de Parieu, et plusieurs études du même
genre, est venu, on le voit, à propos : depuis une année
entière, au lieu de nous gouverner, ne sommes-nous pas
encore en quête d'un gouvernement ? Je doute fort, cepen-
dant, que Touvrage de M. Mannequin ait une grande in-
fluence sur la situation actuelle, malgré le soin qu'il a pris
d'fu faire une sorte d'abrégé, en 1871, dans une brochure
de 75 pages quMl a intitulée : Question du Jour ; position et
solution du problème politique. S'il ne fallait, pour attirer
l'attention du public^ que des intentions droites et des
preuves multipliées d'une application, qui date de loin, aux
études politiques, économiques et sociales, certainemei.t il
serait récompensé de ses efforts. Mais, lui-même n'espère
pas que ses idées soient acceptées de beaucoup de monde.
Pour ma part, quelque disposé que je sois à lui rendre
toute justice, je ne puis pas ne pas voir en lui un honnête
homme qui se trompe, et ne pas le lui dire sans douter un
instant de sabonne foi. Excellent citoyen, il se méprenJ sur
les conditions essentielles de la vie sociale, et je n'ai pas le
moindre doute que l'organisation poUtique qu'il propose
serait funeste, quand elle ne serait pas impraticable. Ennemi
PROBLÈME DÉMOCRATIQUE. 113
déclaré de TinjusUce, il ne sait pas être juste dans ses ap-
préciations sur les institutions et les hommes, étant de ces
esprits prévenus et systématiques, qui, parce qu*i!s sont
honnêtes et hien intentionnés, sont injustes en sûreté de
conscience. Gomment en serait-il autrement, quand à pre-
mière vue et sans peser suffisamment le pour et le contre
il émet mi nomhre si énorme de jugements de parti-pris?
Presque tout ce qui existe dans le monde politique lui sem-
blant mauvais, il en fait tahle rase par la pensée, et il se
met sur-le-champ à l'œuvre pour reconstruire l'édifice qu'il
a démoli. De cette façon il échappe à ce qu*il appelle les
nécessités transitoires de la pratique : c'est de la science
pure qu'il prétend faire ; or, la science, dit-il, n'est cer-
taine qu'à condition d'être universelle, universelle qu'à
condition d'être l'expression du sens commun. La science
politique qu'il veut créer de toutes pièces, sans rappliquer
i aucune nation en particulier, les transformations sociales
qu'il croit la justice même constituent , il nous l'assure ,
« la révolution la plus radicale, la plus complète que les
» hommes aient jamais rêvée. » C'est par cette déclara-
tion (p. 18) qu'il termine son Prologue.
Il me serait impossible d'analyser les deux longs chapi-
tres qui viennent ensuite (p. 19-85), et qui forment la pre-
mière partie de son 1" livre. Déblayer le terrain et poser
le problème démocratique, tel est l'objet de ces disserta-
tions diffuses, où souvent la critique tourne à la satire, et
où, avec une verve qui ne sait pas se modérer, l'auteur se
prend à tous les sujets qu'il rencontre sur sa route, encom-
brant sa discussion d'innombrables accessoires. Je ne puis
omettre cependant les vingt pages qu'il a consacrées à
« rimportantissime question du sens commun, » ce sont
ses propres termes. Là se trouve cette assertion, bizarre
aux yeux de quiconque a lu un traité de psychologie, que,
selon certaines écoles philosophiques, l'homme aurait quatre
sortes de raison : d'abord la foi, puis la raison pure , la
T. XlXfl. 8
m PROBLÉMB DÉ1I0€RATIQUB.
raison dÉtat, enfin la raison commune. Naturellement,
M. Mannequin ne reconnaît que cette dernière, « dont les
trois autres sont des égarements. » S'affranchir de ces
états particuliers, voilà en quoi consiste le sens commun,
duquel tout progrès émane: Copernic, Colomb, Newton
n'ont ol)éi qu'à ses inspirations. Comme toutes les sciences,
la science poliiique doit uniquement s'inspirer de lui, n'é-
couter que lui, par conséquent repousser toutes les idées
m^%K\(\}ït% à% souveraineté ^ A' autorité, A' intérêt général^
du Dieu-Patrie j de ÏÉtat tuteur et maître^ de XÈtat un
et indivisible. Guerre au mysticisme sous toutes ses formes,
c'est le cri que l'auteur ne cessera de répéter d'un bout à
Tautre de son livre.
Le problème étant posé, l'instrument à l'aide duquel se
fera la construction de la société idéale étant connu, il s'agit
d^y procéder : c'est Tobjet de la seconde partie du l*' livre
(p. 87-275), et si les préliminaires de l'œuvre ont été pé«
nibles , l'œuvre elle-même s'accomplit avec une merveil-
leuse facilité. « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais
pas que l'on te fit, » tel est le précepte fondamental , la
base de la justice, et «c ce n'est pas la raison qui fait la
» justice, c'est la nature des choses sociales ; la raison ne
» fait que la concevoir et la formuler, et toujoprs eUe la
» coi.çoit de la même manière, quand elle la conçoit
1) bien (p. 89). » Ces derniers mots pourraient donner lieu
à plus d'une observation, mais je crains les longueurs, et,
sans m'arrèter aux trois chapitres qui traitent de f individu,
de la famille, de la société privée, je me bornerai à vous
donner une idée des cinq suivants, qui ont pour titres : la
commune, le canton, la nation, t armée, la Justice. Voilà
cinq sociétés politiques distinctes , et le nombre en sera
augmenté, si entre la conmiune et la nation on organise,
outre le canton , soit le département, soit la province. Ces
diverses sociétés répondent à des besoins divers de notre
condition sociale ; la nation, l'armédi la justice répondent à
PROBLÉMB DÉMOCRATIQUE. 115
ceux de ces besoins qui sont généraux ; cbaque sorte d'as--
sociaiion doit a^oir sa constitution particulière.
La plus importante et la première dont M. Mannequin
s* occupe est la constitution communale. Le type qu*il nous
en offre ressemble fort à ces communautés grecques qui
ont conservé leur vie propre et singulièrement indépeur
dante sous la domination turque, réglant elles-mêmes, et
souvent dans des assemblées générales, tout ce qui con-
cerne la levée des impôts, le culte, renseignement, les tra-
vaux pnblics, la police même. Mais ces communautés n'ont
avec les communautés voisines nulle relation politique ;
isolées en réalilé, elles n'ont entre elles de lien que celui
d'une sujétion commune dont elles sentent peu le poids.
Grâce à une liberté communale largement pratiquée, l'au-
torité la plus despotique n'est pas insupportable aux sujets ;
c'est ce qu'on voit en Turquie comme en Russie, et
ailleurs, tandis qu'en France le pouvoir central, par suite
de Texcès même de ses attributions, se fait sentir partout à
tout le monde, et responsable de tout, attaqué de toutes
parts, manque de stabilité. On trouvera néanmoins que la
commune, premier degré de l'association politique, dit
M. Mannequin, est par lui constitué dans une indépendance
excessive. La liberté communale est celle qui peut le moins
s'improviser, la loi ne pouvant faire revivre, une fois
qu*elles ont péri, les traditions et les habitudes sur les-
quelles cette liberté a besoin d'être fondée pour être efficace
et salutaire.
Le canton, le département ou, si l'on veut, la province,
enfin la nation, associations non pas supérieures à la com-
mune, remarquons-le bien, mais seulement plus étendues^
sont ensuite constituées d'après les mêmes principes qu'elle :
toujours élection des fonctionnaires; toujours mandat à
court terme et responsabilité des mandataires, afin de ne
pas tomber dans le mysticisme gouvernemental.
Nous avons donc, de bon compte, au moins quatre mé-
il6 PROBLÈME DÉMOCRATIQUE.
canismes politiques, tous simples et peu coûteux, si Ton en
croit notre auteur, et tous marchant à merveille. Pour ré-
pondre au besoin de la défense générale et du maintien de
l'ordre^ une cinquième association, d'un caractère purement
accidentel, chose encore à remarquer, reçoit à son tour sa
constitution. La société militaire sera régie par les règles
que nous connaissons déjà : élection de tous les chefs et
administrateurs, fonctions temporaires, responsabilité ri-
goureuse. Ajoutons qu'en cas de danger on devra commen-
cer par ces élections, et que chaque catégorie de citoyens,
vieillards, femmes, enfants mémes^ aura sa place marquée
et son office dans Tarmée démocratiquement organisée. On
demandera peut-être quand les citoyens soldats ^ déjà occu-
pés de tant de soins conuue membres de leur commune, de
leur département, de la nation, pourront encore avoir le
temps d'apprendre à manier les armes. Comment surtout
aura-t-on des cavaliers, des artilleurs, des marins? A peine
M. Mannequin mentionne-t-il ces diverses armes. On voit
bien que c'est à regret qu'il constitue une armée. Les gardes
nationales de 89, les milices des États-Unis lui paraissent
d'excellents modèles, et une armée permanente lui semble-
rait trop dangereuse pour la liberté des citoyens. Dans son
système ils n'ont rien à craindre, et il n'est pas à croire qu'ils
donnent à leurs chefs le mandat de leur imposer des ser-
"vices pénibles et une discipline sévère.
Une sixième et dernière association politique reste à cons-
tituer, et, en voyant M. Mannequin défendre à l'armée d'a-
gir sans l'autorisation de la justice, j'ai cru un moment que
la justice, telle qu'il allait Torganiser, exercerait sur le corps
social une sorte de souveraineté : j'oubliais que toute idée
de supériorité est mystique, et partant absurde. Conséquent
jusqu'au bout, notre auteur continue donc à appliquer ici,
conuue ailleurs , de la même façon les mêmes principes :
des arbitres ou des juges élus pour peu de temps et respon-
sables, voilà sa constitution judiciaire établie : son idée fixe
PROBLÈME DÉMOCRATIQUE. 117
est de préyenir les usurpations de pouvoir par les manda-
taires au détriment de la liberté et du droit des mandants,
actes de mysticisme qu'il poursuit sans cesse de son indi-
gnation. Ce n'est pas qu'il parle jamais de mandat impéra-
tif^ encore moins de mandat contractuel ; mais il veut tou-
jours un mandat aussi limité quant à la durée et au pouvoir,
que la responsabilité en est étendue. « La tyrannie, i> dit-il,
« entre toujours dans les institutions d'un pays par les brè-
» ches que la politique fait à la justice (p. 498). » Pour-
tant il est aisé, dit-il ailleurs (brochure p. 54), a de con-
» cevoir un système d'institutions politiques qui fasse
1» reposer la société sur le droit des associés. » Ce système
est le sien, et vous pouvez en juger.
Je crams, Messieurs, le reproche de m'ètre trop long-
temps arrêté sur de telles rêveries. Il est bien évident, en
effet, que ces six mécanismes superposés, ou plutôt enche-
vêtrés, auraient pour résultat une confusion anarchique au
suprême degré. M. Mannequin, toutefois , satisfait de ses
conceptions et persuadé c que tous les gouvernements que
» nous connaissons sont organisés pour manquer le but
» auquel ils doivent tendre, et tous, en effet, le manquent
(p. 76), » leur offre avec confiance son utopie. Car, dit-il,
a tous les progrès accomplis ont nécessairemen passé par
» la voie théorique qui précède toute application , et par
» cette même forme devront passer tous les progrès à
» venir (p. 50). » L'idéal social qu'il formule, bien loin
d'être contraire aux transactions, lui paraît indispensable
pour diriger la pratique dans les réformes à faire. Mais,
affirmer ce n'est pas prouver que cet idéal soit praticable
dans la réalité comme sous sa plume. Disposant sur le pa-
pier ses cadres constitutionnels , il n'éprouve pas de diffi-
culté à faire passer de l'un dans l'autre le^ individus qu'il a
commencé par ranger tous dans le cadre communal , et,
comme il ne trouve pas de résistance dans ses dociles com-
parses, il ne prévoit sans doute que peu d'obstacles dans la
118 PKOBlAm DtlIOCBATIQUB.
mise en pratique de ses idées et dans le fonctionnement de
sa machine politique. Gomment pourraient s'élever des
conflits, dit-il quelque part, puisque dans les six associations
figurent les mêmes individus? Us seront toujours d'accord
avec eux-mêmes. Par la même raison, on ne peut craindre
qne Is diverses administrations ne s'entendent pas entre
elles, étant « toutes et au même titre mandataires des
mêmes mandants (p. 205). » Je doute que ces raisons
vous paraissent péremptoires. Quant à la transition de l'état
politique actuel à l'état rationnel, que^ion capitale cepen-
dant, ce n^est pas la traiter que de montrer seulement le
modèle à suivre, en s'épargnant la rechercho difficile des
moyens d'exécution.
M. Hippolyte Passy a passé, dit-on, trente ans à écrire
son ouvrage Des formes du gouvernement et des lois qtn
les régissent. Si laborieux que soit M. Mannequin, il ne
s'est pas donné tant de peine. Le sens conunun qu'il invo-
que et dont il est l'interprète est un juge expéditif, et le
nombre des arrêts qu'il lui fait rendre est tellement consi-
dérable (pie le temps lui a manqué, on le conçoit, pour les
motiver .solidement. Le sens commun n'est certes pas une
autorité à dédaigner ; mais en poussant à outrance ses con-
clu!«ions, on arriverait à d'étranges résultats, je veux dire à
réduire la vie humaine aux conditions étroites du plus plat
positivisme. Après avoir condamna la religion, comme le
fait notre auteur, sans hésiter et dune manière absolue,
honni la métaphysique pour laquelle il n'a que du mépris,
on tiendrait en mince estime la science pure, la poésie, les
beaux«arts, dont je crois que, dans le fait, il se soucie très-
médiocrement. Son conseiller intime, le sens commun, l'a
donc mis dans une voie mauvaise, celle des procédés som*
maires qui dispensent d'un long examen. Un regard super-
ficiel , une information rapide lui suffisent pour constater
dans toutes les œuvres de la politique un vice originel, irré-
missible, le mysticisme, et pour les condamner aussitôt. Du
PKOBUfan HtBOCftATIQini* ii9
myslieisiiie et de la poGtiqnef puissances funestes, mises en
cause dans tout son livre, et auxquelles dans sa brochure il
joint le charlatanisme, est née et se perpétue l'injustice
dans le monde. « Tous les maux durables et profonds dont
» rhumanité a souffert et souffre encore lui sont venus de
» rinjustfce, mais principalement de Finjustice politiquet
9 qui est mcomparablonent plus malfaisante que l'injustice
» privée (p, 15). »
A ces maux Tunique remède est de faire régner la justice ;
non la justice conçue, nous dit-il, a selon la métaphysique
» politique et religieuse » mais sous (t la forme expéri-
D mentale et scientifir|ue d qu*il lui a donnée , d^abord
dans ses chapitres préliminaires, puis dans sa construction
rationnelle de la société démocratique. 11 ne faut pas non
plus oublier ce précepte qu^il déclare magnifique : Fais cê
que dois, advienne que pourra^ précepte qui cependant ne
serait pas sans danger» s'il devait lever tous les scrupules
relativement nux suites des applications plus logiques que
prudentes de sa justice idéale. L'enthousiasme avec lequel
il parle de la justice, ce besoin universel, « la loi suprême,
la loi des lois sociales (p. 89), » est tel qu'évidemment cette
conception abstraite doit être considérée comme une entité
mystique, au même titre que celles qni excitent ses sar-
casmes et ses invectives les plus amères. Est-ce donc qoe
nous aurions pris M. Mannequin lui-même en flagrant délit
de mysticisme ?
N'insistons pas sur ce pmnt : nous avons à raaminer son
second livre , et d^abord la première partie de ce livre
(p. 277-471) : Le problème démocratique devant fkis'*
taire. Nous y verrons comment il entend la méthode expé^
rimentale, et conmient il consulte l'expérience ; c'est une
longue revue, qui commence par l'Egypte^ l'Inde, la Gh^èce,
et se continue par Rome, le moyen^ge et les temps nM>-
dernes, pour s'arrêter à l'année 1870.
S'il s'y trouve quelque chose de neuf, c'est peut-être
120 PBOBLÈMB DÉMOCRATIQUB.
cette observation que la féodalité s'enrichissait à mesure
qu'elle perdait de son importance politique, et qu'elle était
plus haïe alors, malgré ses concessions, qu'au temps où son
autorité , tout en étant plus absolue, était plus patriarcale ;
c'est ensuite ce que Fauteur nous dit du gouvernement de
Buenos-Ayres, d'après ce qu'il a vu et appris lui-même
dans ses voyages. Du reste, il n'a guère fait que prendre à
la hâte dans l'histoire les faits favorables à sa thèse, on
pourrait dire à sa cause. Car il fait un plaidoyer et pas du
tout une étude impartiale du passé. En parlant d'impar-
tialité, je ne veux nullement dire quin Tbistorien doive être
indifférent, mais seulement qu'il doit être équitable.
J.-J. Rousseau, condamnant l'ordre social tout entier,
remontait, pour trouver la justice absente de la terre* à ce
qu'il appelait Tétat de nature. M. M^nneqiiin ne remonte
pas tout à fait si haut. A l'en croire, les races Touranienne,
Égyptieti.ie, Pilasgique, Phénicienne, libres, laborieuses,
fécondes, jouissaient, avant les temps historiques, d'une
grau le prospérité; hypothèse appuyée, il faut le dire, sur
de bien faibles présomptions. La décadence commence pour
elles du moment où une organisation politiqtie fondée sur le
mysticisme, les avilit, les corrompt, et, ce malgré les réac-
tions généreuses d'une nature instinctive, qui se refuse à
mourir finalement les conduit au néant (p. 29\). » La
justice, dans les sociétés humaines, serait lonc un fait pré-
historique. Dès l'origine de l'histoire, partout dépopulation,
misère, esclavage, tristes fruits de civilisations trop vantées,
ou plutôt du mysticisme^ bouc émissaire, mau lit continuel^
lement comme auteur, complice, soutien de l'injustice so-
ciale.
Quoique ce lugubre tableau remplisse près de deux cents
pages, il s'y trouve des lacunes. Il n'y est pas parlé de la
Chine, ni de l'objection qu'on peut tirer contre les asser-
tions de l'auteur de la population énorme de cet empire. A
cette même objection contre ce qu'il dit de l'Inde, il fait
PBOBLÈm DÈMOGIATIQUB. 121
une faible réponse. Du peuple juif, pas un mot; et pourtant
il dure encore, après tant de siècles d*atroces persécutions,
d'injustices impitoyables, grâce à ce que ses croyances,
comme celles de Tlnde, ont des livres sacrés pour appui.
Que le Parsisme, le Bouddhisme, Tlslamisme, qui ont
également leurs livres saints , aient été oubliés, on le con-
çoit. Mais on doit s'étonner que l'établissement du Chris-
tianisme n'ait pas paru à M. Mannequin mériter au moins
une page. C'est sans doute qu'à ses yeux toute religion est
une exploitation habile du genre humain par des impos-
teurs : il croirait perdre son temps s'il recherchait pour-
quoi et comment de telles institutions se sont établies et
perpétuées. Mais, au lieu de n'y voir qu'un tissu de vaines
superstitions, il serait mieux, quand on se pique de justice,
d'en étudier les origmes, les progrès, les transformations,
les effets heureux ou funestes. Est-ce qu'aucune religion a
pu sciemment être immorale a son origine? Et si elle trouve
beaucoup de prosélytes, n'est-ce pas qu'elle est tout au
moins au niveau de la moraliié de ses fidèles, quand elle
n'est pas au-dessus? C'est plus tard, lorsque le progrès des
idées moralt^s l'aura fait déchoir aux yeux des hommes les
plus éclairés, qu'elle pourra être justement accusée d'im-
moralité. Ce reproche doit toujours s'a tresser, cela va sans
dire, à l'abus que sont trop portés à faire d'une religion
établie des hommes, qui ne cessent pas d'être des croyants
sincères parce qu'ils obéissent à leurs passions et qu'ils
veulent mettre la divinité même au service de leurs intérêts.
Ces actes sont immoraux sans impliquer nécessairement en
leurs auteurs préméditation d'imposture. Quelque nom-
breuses que puissent d*ailleurs être des impostures réelles,
des fourberies avérées, par cela même qu'elles sont la per-
version de la religion, elles n'en sont pas l'essence.
Les préventions de M. Mannequin, sur ce point, sont
tellement absolues que je n'ai pu m'empêcher de tendre
l'arc en sens contraire, suivant une de ses expressions.
132 PHOitil» DÉVOGlATIQfIB.
Ëicore 8*3 arail dit du Ghristiani^me :
U a fait trop de bien pour en dire du mal ,
n a fait trop de mal pour en dire du bien?
Mais non : il ne parle que de TÉglise, et il n'eu parle que
quand il peut l'accuser d'ambition, de corruption, d^îaju»-
tice. Aussi ne manque-Ml pas de signaler Tallianoe des
papes et des princes franks au viii* siècle, la compétition
horrible dont la puissance papale est l'objet de la Gn du
ix^ siècle au commencement duxi% les infamies et les cru^iu-
tés dont Rome est alors le théâtre. Les croisades, mention-
nées en passant, sont maudites, comme Test plus justement
la guerre contre les Albigeois. Si le grand schisme d'Occi^
dent est oublié, si la Réforme est nommie à peine , c'est
que notre auteur n'attache, en général, aux événements
religieux qu'une médiocre importance.
En reyanche, il consacre un chapitre entier de 38 pagea
à Rome, le principal, sinon l'unique objet de son ressen-
timent. Car c'est d'elle que nous viennent les idées, mysti-
ques au premier chef, d'ordre , de hiérarchie , d'autorité.
Partout il signale son influence, qu'il appelle le mal ro-
main, comme odieuse et funeste. Puisque de Romulus jus-
qu'à Angustule Rome devait être condamnée, mieux vau-
drait qu'elle le fût sans tant de phrases et sans un réquisitoire
qui, malgré sa longueur, n^apprend rien.
M. Mannequin dit modestement qu'il se propose d'ins^
Indre ceux qui savent moins que lui ; mais ce que j'appel-
lerais sa philosophie de Thisloire, s'il ne témoignait pour
toutes les tentatives faites en ce genre le plus grand dé-
dain, ne peut qu'inspirer une haine aveugle et inique du
passé, puisque jamais il ne conclut qu'à sa condamnation.
« Mysticisme ! mysticisme partout et toujours ! » dit-il lui-
même. Cette corde, déjà touchée tant de fois dans son pre-
mier Uvre , l'est sans ménagement dans le second ; c'est
aussi peu instructif que monotone.
PMBlÈnB DÉIIOClATIQinB. i23
La seconde partie de ce dernier livre penrrait donner
Ben aux mêmes remarques. Un chapitre de 36 pages (471-
506) : le Progrès dans t histoire, est une démonstration
insuffisante autant que pénible, malgré son appareil seien-*
tifique. Qu'est-ce qu*un progrè;) q'ii est dû à des causes
toutes fortuites^ très-faible par conséquent, et ayant les ca-
ractères d'une Sf'lection naturelle? L'auteur ajoute, il est
vrai : a D ne faut pas confondre ce phénomène avec ce
» qu'on appelle le hasard ; il a ses lois naturelles circons-
» crites dans la nature des è(res qu'il modifie (p. 493). »
Je ne m'arrêterai pas à chercher si ces idées sont formu-
lées d'une manière bien nette. Ce que je vois de plus clair
et de plus juste dans ce chapitre, c'est ce que dit M. Man-«
nequin de rinfluence du Moyen-âge au point de vne du
progrès; ce sont aussi quelques-uns des reproches qu^il
fait à la Renaissance ; elle ne pouvait avoir ses sympathies
Est«il besoin d'ajouter qu'il se défie au pins haut point de
ceux qu*il appelle les travailleurs savants^? Il les exhorte à
•e dépouiller des préjugés dont l'Université les a nourris
tous, et à devenir simplement des travailleurs, s'ils veulent
faire quelque chose de bon. C'est pir ceux qui ne sont pas
des savants, mnis de sim »les travailleurs qu'un progrès
considérable s'est ac«^ompli en Amériqu*^, aux États-Unis;
aux autres, aux politiques surtout, il faut imputer ce qui
empêche les Etats-Unis e'ix-m^mes d'être pour la démo-
cratie un modèle parfait. Le dévnloppement le plus com-
plet de la liberté individuelle, voiL^ le but : a Proclamons
» la justice comme la règle supérieure et nécessaire de
» toat les actes publics et privés. Cela fait, laissons l'é-
» quilibre de toutes les forces humaines se faire en vertu
i> de ses lois naturelles que la politique a toujours contra-
» riées (p. 506). »
Cette courte citation me dispensera de parler des 1 6 pages
(507-522) qui forment la Conclusion. C'est, comme on
peut s*y attendre, un dernier coup porté au mysticisme,
S- '
'W ■•
124 PROBLÈME DÉMOCRATIQUE.
dont la ruine est proche. Le mouvement d'affranchissement
commencé au Moyen4ge est cependant loin d'être à son
terme; mais Forganisation rationnelle dont Tauteur a tracé
le plan nous ferait faire, si elle était adoptée, un pas im-
mense.
Cette confiance ne doit pas nous surprendre de sa part.
Une conviction profonde respire dans son livre, du com-
mencement jusqu'à la fin. Elle ne l'a pas préservé d'é-
normes et innombrables erreurs ; un volume aussi gros que
le sien ne suffirait pas pour les relever et y répondre. Au
lieu d*en constater encore quelques-unes , j'aime mieux
louer M. Mannequin de la devise qui pour lui résume une
politique fondée sur la justice : Liberté^ propriété, respon-
sabilité; seulement, je ne Tentends pas absolument comme
lui. Son insistance à combattre la distinction des deux mo-
rales, est aussi digne d'éloges ; mais cette doctrine sophis-
tique ne comporte guère d'adhérents, et il semble se battre
contre un fantôme. Il a bien raison de repousser le fata-
lisme dans l'histoire ; mais n'a-t-il pas parfois exagéré les
erreurs de ce détestable système? Plus d'une fois il s'efforce
de se montrer impartial pour les choses et les hommes qu'il
attaque avec le plus de virulence ; mais ces efforts sont bien
faibles ; et, s'il a assez d'équité naturelle pour avoir de ces
bons mouvements, ils sont trop rares et trop passagers pour
influer sur le ton général de son ouvrage, qui est celui d'une
passion sincère , d'une in(ime persuasion nourrie de pré-
ventions et d'erreurs depuis longtemps passées en son es-
prit à l'état de vérités incontestables ; c'est, pour tout dire
d'un mot^ que je prie M. Mannequin de ne pas prendre en
mauvaise part, la probité dans le fanatisme.
I*; Troyes, 15 Mars 1872.
1
RECIACUS
LES RICEYS
(aube)
suivi d'un
sua
PAULIACUS
(côte-d'or)
Par M. l'Abbé GHARUSS LALORE
ProfiBiMar de Théologie w Grand-Sémlniire de Trcyyes
AVANT-PROPOS
Jusqu^à présent on a écrit peu de chose sur l'histoire
ancienne de Ricey, et ce qui a été écrit est fort incomplet,
plein de confusion et d'erreurs. U nous a semblé utile de
jeter quelque lumière dans ce chaos ; cependant nous n'avons
pas la prétention de faire l'histoire ancienne de Ricey, nous
voulons seulement signaler des documents qui se rapportent
à quelques points de cette histoire :
l*" Nous indiquerons les deux chartes de Léothérie et
d'ingora, yii"-yiii* siècles, concernant Ricey ; 2^ nous trace-
126 un RIGET8.
roDS ensuite à grands traits Tbistorique de l'ancienne pa-
roisse de Ricey ; 3* celle du prieuré de Notre-Dame-du-
Faux, à Ricey-Bas; 4"" nous fournirons quelques rensei-
gnements sur le fief de Ttle Saint-Louis, de Ricey-Haut;
5"* sur le fief de Saint- Vincent, également à Ricey-Haut ;
6"" nous dirons à quelles circonscriptions territoriales ap-
partenait Ricey au moyen-âge ; T" nous donnerons la liste
de ses seigneurs, dressée en 1646 par Charles Vignier,
écuyer, demeurant à Bar-sur-Seine ; 8^ nous dirons un mot
des trois églises paroissiales des Riceys, dont rarckilecture
appartient au xvi* siècle ; 9"" enfin nous terminerons par une
dissertation géographique sur l'emplacement de l'ancien
PauliacuSy village voisin de Ricey, car l'histoire ancienne
de Pauliacus est étroitement liée à celle de Ricey et repose
sur les mêmes documents jusqu'au commencement du
xn* siècle.
Dans notre travail, nous avons analysé environ 1 00 chartes
concernant Ricey ; quelques-unes complètent ou réforment
la généalogie de notre grand saint Bernard, dont les an-
cêtres ont possédé Ricey, où est née Humberge, sa grand'
mère maternelle.
TroyeSy 15 mars 1872.
LBS RIGBTS. 127
CHAPITRE P'.
Les chartes de Léothérie et d'Ingora.
Léothérie et Ingora étaient sœurs de saint Ebbon, comte
de Tonnerre, qui se fit religieux et devint ensuite arche-
vêque de Sens. Les deux sœurs ayant quitté le siècle pour
se consacrer à Dieu, à l'exemple de leur frère, donnent à
Tabbaye de Saint-Pierre-Ie-Vif tous leurs biens de quelque
nature qu'ils soient et à quelque titre qu'elles les possèdent,
au village de JReciacus (Ricey-sur-LaigneSt Aube) et au
village de Pauliacus, tous deux situés dans le pagtts Lati'
cencis (le Laçois) ; Léothérie donne l'église de Ricey (c'est-
à-dire ses revenus) dédiée à saint Pierre, et le mansus qui
s'y rattache. La donation d'Ingora qui s'étend aussi à tout
ce qu'elle possède à Ricey et à PauKacus^ comprend de
plus : l"" ce qu'elle possède à^a7}7}(;/ti^(Bagneux-la-Fosse,
Aube, canton de Ricey), situé également «dans le Laçois;
V sa part dans le village de Fontana^ situé dans le pagw
Tomodorensis (le Tonnerrois).
Les chartes de Léothérie et d'Ingora sent deux pièces
fort importantes et les plus anciennes que nous connaissions
sur Ricey. Elles smit le point de départ de l'histoire de ce
village et constituent le fonds le plus ancien de ses archives;
c'est pourquoi nous les rapporterons m extenso à la fin de
notre travail.
La charte de Léothérie a été imprimée par Mabillon (I)
et par M, Quantin (2) : plusieurs historiens la datent de
Tan 695, et d'autres de l'an 7 1 9. La charte d'Ingora est datée
(1) Acta SS. Ord. S. BmedicH 99cui. Ul^parU H, p. 615.
(2) Cartul. génàr. dk VYwme^ 1 1, p. 24.
128 LBS RICETS.
du 21 octobre 711 ; elle a été imprimée par Mabillon (1),
par M. Quantin (2), et enfin par M. Fabbé Du ru (3), avec
des variantes importantes ; nous reproduirons ce dernier
texte. Clarius, religieux de Saint-Kerre-le-Vif, rapporte
la donation des deux sœurs dans sa chronique (4).
CHAPITRE IL
L'église Saint-Pierre de Ricey (Aube).
L'église Saint-Pierre de Ricey, donnée par Léothérie et Ingora à Tabbaye de
Saint-Pierre-le-Yif, qui la possède jusqu'en 1116. —Procès entre les abbayei
de Saint-Pierre-le-Yif et de Moutier-Saint-Jean, de 1116 à 1125. — Le pa-
tronage de l'église de Ricey est donné à Tabbaye de Moutier-Saint^ean. —
Autres possessions de Moutier-Saint^ean, à Ricey.
§ 1. — L'église Saint- Pierre de Ricey donnée par Léothérie et
Ingora à Tabbaye de Saint- Pierre-le- Vif, .qui la possède
jusqu'en iii6.
Parmi les hîens qu'elle concède à Fabbaye de Saint-
Pierre-le-Vif, de Sens, Léothérie spécifie clairenient l'église
de Ricey dédiée à saint Pierre [ecclesia... in honore sancH
Pétri) et le mansus qui s'y rattache. U faut se rappeler
qu^autrefois les Riceys ne formaient qu'une seule paroisse,
comme ils ne forment actuellement qu'une seule commune,
bien qu'ils soient divisés en trois paroisses. A l'époque où
Léothérie donna sa charte, l'église de Saint-Pierre était
dans la partie des Riceys qui porte maintenant le nom de
Ricey-Bas, et dont l'église est encore dédiée à saint Pierre.
Plus tard, deux chapelles vicariales ou églises succursales
(1) Op. citat.j ibid., p. 616.
(2) Op. citaty p. 22.
(3) Biblioth. de l'Yonne, t. II, p. 573.
(4) Chronic. S. Pelri Vivi, ad ann. 715 et 1113.
LES RIGKYS. 129
furent éleTées à Ricey-Haute-Rive et à Ricey-Haut, mais les
deux églises demeurèrent jusqu'à la Révolution membres et
annexes de Téglise Saint-Pierre, et ne constituaient avec elle
qu'une même paroisse.
Le mansus désigné dans la charte de Léothérie n'est
autre que le mansus ecclesiœ dont partent tant de Conciles,
les Capitulaires des rois de France et les Décrétâtes : c'était
un fonds de terre qui comprenait : 1 "" le terrain sur lequel
était bâtie l'église; 2'' le terrain environnant Téglise, appelé
terra sanctuarii^ ou le cimetière, et Vatrium^ qui était la
partie du cimetière sise devant l'église et où se trouvaient
les portes et le péristyle ; 3* le mansus presbyteralis^ fonds
de terre appartenant au curé (1). Postérieurement à la
donation de Léotérie et d'ingora, les Capitulaires fixent la
mesure du mansus ecclesiœ ; il devra comprendre au moins
douze buonnaria ; M. Guérard évalue le bonnier environ
1 28 ares (2). Le mansus ecclesiœ^ ainsi que toutes ses dé-
pendances, l'église, l'autel, les dîmes, les offrandes des fi-
dèles, les maisons construites à V atrium^ ou les jardins éta-
blis sur le cimetière, étaient entièrement libres de tout
service /oif^.
Vers le commencement du vui'' siècle, les comtes de Ton-
nerre possédaient-ils l'église de Ricey et le mansus eccle-
siœ comme fondateurs, ou seulement à titre de bénéfice ?...
On sait conmient les laïques se sont rendus maîtres peu à
peu des biens ecclésiastiques, sous le titre de précaires^ béné-
fices militaires^ commendes laiqueSy avoueries, églises et
dîmes inféodées. Ce mal conunença sous la première race de
nos rois, et le 3* concile de Paris en 557 le fait remonter
(1) Capitulare^ an 816, c. 10. — Capitular. Car. Galvi, tit. 37,
c. 11. — Condl. Vormat., c. 50. — Concil. Trosl., c. 6. — Régine,
lib. i, c. 24. — Burchard, lib. 3, c. 52. — Ivo, part. 3, c. 55, 174,
part. 16, c. 262. — Gratian., 23, 9, 8, c. 23, aecundum^ et c. 24,
saneitum.
(2) Polypt. Irminon. Proleg.
f.xtifi. 9
130 LES filCETS.
jusqu'à GloYÎs lui-même (i); ce mal alla en augmentant
progressivement sous la seconde race. Pendant cinq siècles
rÉglise réclama, mais sa voix devint plus forte et plus me-
naçante au XI* siècle, dans les conciles de Bourges, en 103i ,
de Reims, en 1049, de Toulouse, en 1056; enfin en 1078,
le pape saint Grégoire VII^ dans le Concile de Rome, obli-
gea, sous peine d'excommunication, les laïques à restituer
les biens ecclésiastiques usurpés (2). Le pape Urbain II pro-
clama le même décret au concile de Glermonten 1095, et
au concile de Nîmes en 1096. Toutefois, on trouvait encore
au xii* siècle beaucoup de dîmes inféodées, et cet abus ne
cessa jamais complètement (3).
Léothérie et Ingora, suivant l'usage en vigueur au
moyen-âge, en donnant leurs biens de Ricey (y compris
Téglise et sa terre, comme nous le verrons plus tard), en re-
tinrent l'usufruit, au moins en partie, à titre àeprécaire (4) ;
car nous lisons, dans l'acte de donation, qu'elles aban-
donnent à Tabbaye de Saint-Pierre-le-Vif, avec leurs biens,
les améliorations qt/ elles pourront y apporter dans la suite
des temps. Les deux sœurs, à partir de cette époque, tinrent
donc leurs biens, à la charge de payer un cens annuel à
Saint-Pierre4e-Yif ; puis elles transmirent cet usufruit avec
ses charges à leurs successeurs.
£n eCTety après avoir perdu de vue la paroisse de Ricey
pendant plus de trois siècles, nous voyons les successeurs
de Léothérie et d'Ingora renouveler en 1065 Tactede pré-
caire concernant Téglise et le village de Ricey, ainsi que le
village de Pauliacus. Bernard , chevalier, seigneur de
(1) Can. i.
(2) Can. 10.
(3) TH0MA8SIN. Discipline de VEglise^ part, iv, liv. II, c. xlv. —
Ibid., 1. III, c. IV. — Pour le comté de Champagne, cfr. Longnom,
le Livre des Vassaux j introd., p. 129.
(4) Cfr. DucANGE, Glossar. v« Precaria.
LES RICET8. 131
Monibar (G6te-d'0r), etHumberge, deRicey (1), sa femme,
obtiennent de Tabbé Gerbert et de l'abbaye de Saint-Pierre*
le-Vif cette concession pour eux et pour leurs successeurs,
à charge de payer un cens annuel (2). De cet acte de pré-
caire, le P. ChifHet conclut que les seigneurs de Montbar
étaient de la maison des comtes de Tonnerre (3). Le béné-
fice concédé à Bernard et à Humberge passa aux mains de
leurs enfants : Rainard eut en partage Ricey, et Milon
Pauliacus. Mais au détriment de Tabbaye de Saint-Pierre-
le-Vif, dès 1105, Rainard cessait de payer le cens de Ricey
et de Pauliacus^ et Milon, au commencement de Tan-
née 1113 (y. st.), vendait à Gui, abbé de Moléme (Gôte-
d'Or), le village de Pauliacus, moyennant 150 1. de de-
niers (4). L'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif fit plusieurs
démarches infructueuses pour rentrer dans ses droits. Enfin
Jocerand, évêque de Langres, étant venu à Sens au mois de
juillet de la même année 1114, pour les affaires du roi de
France, Arnaud, abbé de Saint-Pierre-le-Vif, lui demanda
audience, et se plaignit de Tabbé de Moléme, qui retenait ce
village de Pauliacus, et de Rainard de Montbar, qui ne
payait pas depuis plus de huit ans le cens de Ricey et de
Pauliacus (5). L'évèque promit justice, mais l'affaire tralnd
(1) Gallia christ, t. IV, col. 729. — D.
(2) CiAHlus, Chronic, ad annum i065 : c Anno MLXV. Hoc anno
Bernardos, miles, et dominus castri Barri Montis, in capitulo sancti
Pétri Vivi, et uxor ejus Hombcrga competienint et recepenint ab ab-
bate Gerberto et a monachis ejusdem loci, cartam de villa quas dici-
tur Rictiacus, et de ecclesia ejusdem viUae, similiter et de villa quae
irocatur Pauliacus. »
(3) Genus iîlus. S. Bemardi, p. 411-412.
(4) Clarius, Chronic, ad an. 1113 : « Hoc anno émit abbas Molis-
mensis viUam quae vocatur Pauliacus , de Milone , filio Bernardi de
Monte Barro. » — Ibid., âd an. 1114 : c ... de Rainardo de Monte-
barro qui censum de Rictiaco , simui et de Pauliaco, plusquatn per
oeto annos abstulerat, conquestus est. »
(5) CLàRius, Chronic,, ad an. 1114yut supra.
132 LES RICBTS.
en longueur pendant un an ; enfin Jocerand assigna Rainard
à comparaître à Ricey le 25 août 1116(1). L'abbé de Saint-
Pierre, malgré ses infirmités, se fil transporter à Ricey en
litière, et arriva au jour marqué, mais il ne trouva ni le
juge, ni Taccusé. Cependant Tévêque s'était occupé de cette
affaire, et à Tinsu des religieux de Saint-Pierre-le-Vif, il
avait dépossédé Rainard de l'église de Ricey et en avait attri-
bué le patronage et les revenus à l'abbaye de Moutier-Saint-
Jean. Soit à tort, soit à raison, l'évéque de I^angres révo-
quait en doute les droits de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif
sur l'église de Ricey, parce que les chartes de Léothérie et
d*Ingora n'étaient pas scellées. Ce défaut de forme est la
seule raison qui sera alléguée, dans le cours du procès,
contre les droits de SaintrPierre-le-Vif.
§ II, — Procès entre les abbayes de Saint- Pierre-le- Vif et de
Moutier-Saint-Jean, de iii6 à ii25.
L'abbé de Saint-Pierre-le-Yif, informé de tout ce qui se
passait, dépécha sans retard Ters Févêque de Langres le
moine Valbert. Il arriva pendant le synode de sep-
tembre 1 116 aTec une lettre dans laquelle Arnaud se plai-
gnait d'avoir été joué à Ricey ; il laissait aussi entrevoir
qu'il avait appris par la rumeur publique que l'église de
Ricey avait été enlevée à son monastère ; enfin il terminait
en demandant justice a l'évéque et au synode (2). A
Langres, le moine Valbert apprit à n'en plus pouvoir douter
que par jugement ecclésiastique l'église de Ricey avait été
(i) Ibid., ad an. 1116. De Rainardo denominavit diem, apud Re-
tiacum post primum diem festi S. Bartholomei in Augusto.
(2] Ibtd.y ad an. 1116. De Rvinardo apud Retiacum diem posuis-
tis. Quamvis autem debilitati corporis succumberem, tamen quasi
in lectira me eo devehi feci... de Retiacensi ecclesia quam Rainar-
dum adhuc de nobis tenere nec amisisse sperabamus.
LES RIGEYS. 133
eoleTée à Rainard de Montbar et donnée à Bernardi abbé
de Moutier-Saint-Jean (i).
A quelque temps de là, des religieux de Moutier-Saint-
Jean se trouvant à Troyes, adressèrent des paroles un peu
vives à des religieux de Saint-Pierre-le-Vif : ils préten-
daient qu'au synode de Langres Tabbé de Saint-Pierre avait
accusé personnellement Tabbé de Moutier-Saint-Jean.
Arnaud, pour se disculper, envoya (vers le commencement
de Tannée 1117) à Bernard, abbé de Moutier-Saint-Jcan,
une copie de la lettre qu*il avait adressée au synode de
Lingres ; il y joignait une autre lettre par laquelle il con-
jurait Tabbé d'abandonner ses prétentions sur l'église de
Ricey (2). Le moine Vàlbert, qui portait ces lettres, ne
trouvant pas Tabbé de Moutier-Saint-Jean, les remit au
prieur. Mais vers le même temps, une réunion des sei-
gneurs de la Bourgogne ayant eu lieu à Chastellux (Yonne),
au sujet de différends mus entre le comte de Montbar et
Clérembaud de Ghappes (3), le moine Valbert se rendit à
cette assemblée et demanda de nouveau justice devant
l'évêque de Langres et Hugues II, duc de Bourgogne.
L'évèque se décida enfin à assigner les parties à comparaître
à Ricey, le dimanche Misericordia Domini^ qui tombait
le 8 avril en 1 1 17. Mainard, archiprêtre de Bar-sur-Seine,
qui était présent à rassemblée de Chastellux, ÎmX chargé
d'entendre les parties. Arnaud, abbé de Saint-Pierre-le-
Vif, arriva au jour désigné, mais les abbés de Moutier-
(i) Ibid,^ ad an. 1116. In ipsa quoque synodo comperit prœfatos
monachus Walbertus quod Rainardus, miles de Barro , ecclesiam de
Rictiaco, quam de abbate Sancti-Petri tenebat, ecclesiatica auctori-
tate judicante, perdilerat, et Bernardus, abbas Sancti-Johannis-de-
Prato eam ab episcopo expetierat et super nos invaserat.
(2) I6/(i., adan 1116.
(3) Le comte de Montbar et Clérembaud de Ghappes, ûls de Gau-
thier de Ghappes, appartenaient tous deux à la maison de Tonnerre-
Bar-sur-Seine.
134 ' LES BICET8.
Saint-Jean et de Molème firent encore défaut. Alors Rainard
de Montbar s'écria quMl n'y avait plus de bonne foi, que
lui et ses ancêtres avaient tenu de la main de Tabbé de
Saint-Pierre-le-Vif, à titre de cens, pendant plus de cent
an$^ l'église de Ricey ; que cette église, enlevée par Tauto-
rité épiscopale, avait été, à l'insu de l'abbé de Saint-Pierre-
le-Vif, donnée à l'abbé de Moulier-Saint^ean (1). Le pro-
cès resta pendant jusqu'en 1119.
Cette année, le célèbre cardinal Conon, légat du Saint-
Siège, vint à Sens. Conon était avec le pape Calixte dans le
diocèse de Sens, au commencement du mois d'octobre ; en
sa qualité de légat, il allait tenir, du 18 au 29 de ce mois,
un concile à Beauvais, pour les trois provinces de Rouen,
Reims et Sens. Arnaud lui porta plainte au sujet de l'église
de Ricey. En conséquence, le légat écrivit à Tévéque de
Langres, lui mandant de faire promptenn^nt justice à l'ab-
baye de Saint-Pierre-le-Vif; autrement il porterait ce
procès au tribunal du pape lui-même (2). L'affaire en vint
bientôt là. Calixte II, après le concile de Reims, qui se tint
du 20 au 30, arriva à Sens au mois de décembre; l'abbé
Arnaud osa lui demander justice, et le pape écrivit à ce sujet
le 5 de décembre, à Jocerand. Il se plaint de l'usurpation
de Téglise de Ricey, il espère que prompte justice sera faite,
enfin il arrive à l'objection capitale, et demande à l'évéque
de ne point permettre que les intérêts de l'abbaye de Saint-
Pierre -le-Vif soient lésés, sous prétexte que les chartes de
Léothérie et d'Ingora ne sont pas scellées, puisque tel n'était
pas I usage ancien de la contrée (3).
(i) Clarius, Chronic. ad an. 1116 : Rainardus de Monte Barro ..
nusquam religionem esse acclama vit... ecclesiam Reciacensem se et
antt'cessores suos plas centum annis censoalern de manu abbatnm
Sancti-Petri-Vivi tenuisse, et eam vi episcopali extortam, abbatem
monasterii Sancti-Johannis occupasse, abbate Arnaudo monasterii
Sancti-Petri-Vivi hoc ignorante.
(2) Ibid., ad an. 1119.
(3) Ibid.f ad an. 1119 : ... Nec monasterio eidem obMse permit^
LIS BIGEY8. 135
La question étant portée sur ce point de diplomatique ^
les abbayes de Saint-Pierre-le-Vîf et de Moutier-Saint-
Jean pouvaient facilement soutenir leurs droits contradic-
toires (1).
L'évêque se rendit-il aux injonctions du Pontife ro-
main 7 Peut-êlre que la contestation n'était pas encore ter-
minée en 1122. Cette conjecture repose sur une lettre de
Louis VI adressée à Jocerand (2) : le roi commande à
révoque de Langres dentaire restituer à Tabbaye de Saint-
Pierre-le-Vif les Liens ecclésiastiques qu*elle a tenus paisi-
blement pendant la vie de Daimbert, archevêque de Sens.
Cettre lettre est donc postérieure à la mort de Daimbert,
qui eut lieu le 28 novembre 1122; d'ailleurs les collec-
teurs des Historiens de France supposent qu'elle est rela-
tive à la paroisse de Ricey (3). Quoi qu'il en soit, il est
certain qu'avant son abdication, qui eut lieu le 10 oc-
tobre 1125, Jocerand termina ces démêlés par un juge-
ment qui attribuait à l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif la
moitié des droits castes de l'église de Ricey (medietatem
ecclesiœ de Riciaco)^ et Taulre moitié à Fabbaye de Mou-
tier-Saint-Jean, qui conservait en outre le droit de patro-
nage. Le jugement de Jocerand est conservé dans une
tas, qnod secundum antiquam terra» consQdtndinera, instromeiita
sine impressione sigilli composita declarantar.
(1) Baluze. Capitularia, t. I, col. 947 G. cxLvm, et col. 1005
c. CCGCXVI : quale debeant scripturx valere. Voir sur l'emploi des
sceaux, Nouveau Traité de Diplomate t. IV, p. 422. — Natalis
DE WAaLY, Eléments de Paléographie^ t. II, p. 43. — Le P. Rou-
viÊRE, ReomauSf p. 589.
(2) Recueil des Histor. de France, t. XV, p. 341.
(3) Ibid., t. XIV, p. 207 B. Si cette leUre est relative à la paroisse
de Ricey, comment le roi peat-il dire qae Tabbaye de Saint-Pierre-
le-Vif a joui paisiblement de cette paroisse pendant Vépiscopat de
Daimbert? ce débat entre deux abbés et un évéque n*a-t-il pas fait
assez d'éclat, de 1114 à 1119?
136 LES BICBT8.
charte de Guilencus, son successeur (1) ; les deux abbayes
parurent salisfaites.
§ III. — Le patronage de Téglise de Ricey est donné à Tabbaye
de Moutier-Saint-Jean.
Aussi, Tannée suivante 1126, pendant le grand synode,
Guilencus, sur les instances de Bernard, abbé de Moutier-
Saint-Jean, accorda à cette abbaye une charte de confir-
mation de toutes les églises dont le patronage lui apparte-
nait : or, nous trouvons «Téglise de Ricey donnée à l'abbaye
par révêqne Jocerand, prwilegium Joceranni episcopi de
ecdesiis Birrei, Riceii (2) . .» D'un autre côté, Guilencus, à
la demande d'Herbert, abbé de Saint- Pierre-le-Vif, conGr-
mait cette même année (3), à l'abbaye de Saint-Pierre-le-
Vif, la moitié de l'église de Ricey {medietatem ecclesiœ de
Riciaco) (4).
(1) Nous donnons ici cette charte, qui peut se rapporter à Tan
1<26 : c Ck>nvenit nostro moderamini onmibus tam sancta religione
pollentibus benevola compassione in qa mtum possumus suceurrere,
et eonim justis et rationabilibus petitionibus tota animi devotione
impartiri assensum. Petiit ifritur a nobis, frater Herberte, tua R<>ve-
rentia quateuus nostra authoritate judicium quod in presentia pre-
deces^oiis nost. i bone memotie domini Joss^ranni factum esse evî-
dentihusjudiciisagnoscitur, de medietate scilicet ecclesie de Rifieiaco
que tui juris et ecclesie Beati Pétri yivi cui nu ne preesse dis:no8ct»ri<,
coroprobata est, in perpetuum conÛrmaremus; cujus nos justam et
rationabilem postulationera bénigne suscipientes , hoc qujd pie ro-
gasti, Gapituli nostri concilie, ad effectum perducere satagimus, lau-
dantes, et per nostre authoritatis pnvilegium confirmantes, illam
videlicet predicte ecclesie medietatem ad justum et ecclesie tue in
perpetuum e^se recipiendum. Hujus rei testes sunt Guilencus cpis*
copus, qui higus petitionis author et confirmator exstîtit, Airardut
decanus, Guido cantor, Gocerannus archidiaconus , Fulco cancella*
rius, Durandus, Arnulphus, canonici. » Bibliot. Nation. F. Franc.
5995, fol 43 ro. — Archiv. Yonne. Cartul. N.-D.-du-Faux.
(2) Reomaua^ p. 187.
(3) La charte n'est pas datée, mais sa nature et le nom des témoins
qui la signent nous ont porté à la mettre à cette date.
(4) Voir cette charte ci-dessus.
Mcm. 137
Quelques années plus fard, soit que Tabbaye de Moutier*
Saint-Jean refusât la moitié des revenus de Téglise de Ricey
à Tabbaye de Saint-Pierre-le-Vif, soit que cette dernière
crût avoir été lésée par le jugement de l'évéque Jocerand^
le procès recommença, sous le pontificat d*Innocent II.
Nous trouvons des lettres de ce pontife adressées à G* (1),
abbé de Saint-Jeandu-Pré (ou Moutier-Saint-Jean) ; Inno-
cent II le prévient que la contestation entre lui et l'abbé de
Saint-Pierre-le-Vif est renvoyée aux juges apostoliques,
Etienne, évêque d'Aulun, Hugues, évéque d'Auxerre, et
Hugues, abbé de Pontigny. Ces lettres étant datées de Cluny
le 4 des ides de février (le 10), nous les rapportons à
Tan 1132, parce que cette année-là le pape Innocent II
passa les douze premiers jours de février à Tabbaye de
Cluny (2). L affaire traîna en longueur pendant deux ans;
enfin le pape adressa de Pise, le 12 juiu 1134 (3), des
lettres à Hugues, é^èque d'Aïuerre, et à Hugues, abbé de
Ponligny, pour les pres-er de terminer ce débat. L*abbé
de Moutier-Saint-Jean refusa de s'arranger. Alors Innocent II
lui ordonne de restituer à Tabbaye de Sainl-Pierre-le-Vif
Ecclesiam cum villa Riciaci^ et jmrce qu'il a résisté aux
injonctions du souverain-ponlife, il est dt'posé du siège
abbatial jusqu'à ce qu'il ait fait une réparation conve-
nable (4).
(1) G. ne figure pas dans le catalogue des abb^s de Moutier-Saint-
Jean, donné dans le Gallia Christ^ t. IV, col. 602.
(2) Cfr. Ph. Jaffé. Regesta PP. RR. n. 567.
(3) Dom GoTRON. Chronie Ms, ad an. 1134.
(4) c Innocentius episcopus, servus senrorum Dei , dilecio filio G.
abbati Sancti-Jobannis de Pratis, salutetn et apostoltcain benedictto-
nem. Débet proprie ruine dolore prosterni quisquis apostoltcis con-
temnît parère preceptU. Nos siquidem per aposto ica ttbi scripta
mandavimus ut cum dilecio filio nostro Herberto, abbate Sancti-
Petri-Vivi, in preseniia venerabilium fratruro nostrorum Altissiodo-
rensis episcopi et H. Pontiniacensis abbatis, de ecclesia et villa Riciaci
oonvenires; quod minime est effectui mancipatum. Ideoque per apos-
138 LE» lltCEfS.
N0U8 croyons que cette sentence mit fin aux démêlés et
que les parties en revinrent aux conclusions du jugement
prononcé par Tévéque Jocerand. En effet, désormais la
moitié des revenus de Féglise de Ricey appartiendra à l'ab-
baye de Saint-Pierre-le-Vif ; mais le patronage de cette
église est dévolu à Tabbaye de Moutier-Saint-Jean. Notre
assertion repose sur les documents suivants : en 1147,
entre Pâques et la Pentecôte, Geoffroi, évéqne de Langres,
confirme, en faveur de Fabbaye de Moutier-Saint-Jean la
concession de l'église de Ricey faite par Jocerand (1); le
13 octobre de la même année, le Pape Eugène 111 lui-
même confirmait à Moutier-Saint-Jean la possession de
l'église de Riciaco (2); ce privilège fut de nouveau con-
firmé le 30 octobre par le pape Alexandre III (3), et le
22 mai 1211 parle pape Innocent III (4). Quand les cha-
pelles vicariales ou les églises succursales dédiées à Saint-
Vincent et à Saint-Jean-Baptiste seront établies sur la
même paroisse, elles relèveront, comme l'église-mëre, du
patronage de Moutier-Saint-Jean.
Enfin, à deux siècles de distance, nous lisons dans les
pouillés de Lan grès de 1435 et de 1492 : Decanatus
Barri super Seqtmnam : Biceyum. Abbas Reomensk
présentât. Dans les pouillés du xvi* siècle au xviii* ou les
saints patrons et les succursales sont désignés, on lit :
Riceyym Bassum : Patronus, Sanctus Petrus. Abbas
tolica tibi scripta mandamus atqpie predpimus quatenus eamdem
ecclesiam cum villa predicto abbati restituas; et qpiia rebellis et ino-
bediens tiobis exstitisti, quousque congrue no)>is satisfacias, interdi-
cimus tibi sedem abbatis » Apud Goiron, p. 590.
(1) Archiv. Côte-d'Or. Origin, Moutier-Saint'Jean , cart. 314. —
Privilegium Joceranni episcopi de ecclesiis... Riceii... ^ ReomcMêy
p. 197.
(2) Ibid,, p. 200.
(3) Archiv. Côte-d'Or. Origin. Moutter-Saint-Jean^ cart. 314. —
Dans le Reomaus «< eccleâiam de Bidaeo » a été omis p. 208.
(4) Reomaus, p. 240.
LIS R1CBT8. 139
Reomenm prœsentat, puis viennent les denx succur-
sales : Rkeyum Altwn : Patronm Sanctus Vincentius;
Rkeyum Médium : Patronus, Sanctus Joannes Bapiista ;
sunt succursus Ricdi Bassi. Le pouillé de 1779 présente
encore le même état de choses (1 ).
§ rv. — Autres possessions de Moutîer-Saint-Jean
à Ricey.
Nous allons faire connaître succinctement les propriétés
de Tabbaye de Moutier-Saint-Jean, à Ricey.
La paroisse de Ricey apporta à l'abbaye de Moutier-
Saint-Jean les revenus qui sont attachés au droit de patro-
nage ; ces revenus, quoique partagés avec Tabbaye de
Sain t-Pierre-le- Vif, étaient encore très-considérables.
L'abbaye avait aussi à Ricey une maison appdée le Petit-
Motétier-Saint-Jean. C'est là que descendaient l'abbé et
les religieux lorsqu'ils venaient à Ricey. Dans le petit Moutier
se trouvait une chapelle desservie par un chapelain.
(1) Dans les documents relatifs à Fahbaye de Moutier-Saint-Jean ,
bulles et chartes épiscopales , il ne faut pas confondre Riceium Ri-
cey (Aube) et iUeum, Riel-les-Eaux (Gôte-d*Or, canton de Montigny).
Psû* inadvertan«^e« on a quelquefois écrit Rfceium pour Rieum ; mais
il est facile de recon aître ces deux paroisses, car Ricey, comme
nous Tavons vu , a été donné à Tabbaye do Moutier-Saint-Jëan par
révoque Joceraud, en sorte que, dans les bulles et chartes épiscopales,
on lit toujours avant Riceium c**Ue désignation : prioitegium ou
donum Jocerannx; Riel fut dotmé à la même abbaye par Tévéque
Achard et confirmé par Brunon. Aussi, dans les mêmes bulles, ou
chartes épiscopales, on lit toijgours avant Rieum cette désignation :
pritnlegium ou dnnum Achardi^ ou Brunonis {Reomaus^ p. 138,
196). En 1151, révéque GeofTroi (Reomaus^ p. 206) réunit cette église,
qui ne porte plus que le titre de CapeUa Reii ou Cnpella-de^Rpu, à
régisse de Belauriy Belan-sur-Ource (canton de Montigny, Côle-d*Or).
A parUr de cette époque, Téglise de Reu^ Riers, Riel^ est succursale
de Belan ; les pouillés du xvi« siècle au xvin« la nomment en latin :
Rileium in AUis; et en français : Riel^les-Aulx, Rtêl^les-Hauts ;
enfin, Riel-les-Eaux.
140 LIS RtGSYS.
1 196. — Eudes III, duc de Bourgogne, reconnaît et ra-
tifie la donation faite autrefois à Tabbaye de Moutier-Saint-
Jean par André de Montbar qui avait abandonné tout le
cens qu'il percevait, à Texceplion de 7 sous, qui devront ap-
partenir à Tabbaye de Sainl-Pierre-le-Vif; Mabile, veuve
d'André, et Barthélémy, seigneur de Polisy, à qui elle était
remariée, ratifièrent cette donation moyennant 15 livres (1).
1235. Juin. Après de longs débats, Robert de Torote,
évêque de Langres, scelle un accord entre Gui, abbé de
Mou(ier-Saint-Jean et Itier de la Brosse, chevalier, seigneur
de Villiers-le-Bois . En verlu de cet accord, les droits et
revenus désignés sous le nom d'échoites, tailles, justice,
plaid général et corvées à Ricey, seront partagés par moitié.
La maison de Ricey appartenant à Moutier-Saint-Jean aura
droit de plein usage dans les trois bois de Lauzenet, des
Anvers et de la Forêt sur le finage de Ricey (2). Si Tabbé
de Moutier-Saint-Jean vient à Ricey, pendant son séjour il
aura d oit, dans toute la rivière de Ricey, à la pêche au
filet et au lorra, cum lorra (3). La maison du curé de Ricey,
avec toutes ses dépendances, appartiendra intégralement à
Moulier-Saint-Jean ; Itier de la Brosse ni ses héritiers ne
pourront aliéner les biens de Ricey qui sont en commun
avec Moutier-Saint-Jean. Itier de la Brosse paiera à Mou-
tier-Saint-Jean la dime des vignes et des terres qui lui
(i) Arcbiv. Côte-d'Or. Origin, Moutier-Saint-Jean, Cette charte
doit nécessairement modifier la généalogie de saint Bernard, établie
par le P. GhifHet; car il donne pour femme à André de Montbar,
Elvide, dame d*Epoisses, qui aurait épousé en secondes noces Hugues,
seigneur de TOrme {Genus illust. S, Bemardi^ p. 635-636). André
de Montbar était fils do Bernard , petit-ûls de Rainard , dont nous
avons parlé, et arrière-petit-ûls de Bernard de Montbar, grand-père
maternel de saint Bernard. (Genus illustr,^ Pf "^1 i? "^13, 549.)
(2) In tribus nemoribus de Lausannay^ des Anvers^ de la Forest,
Archiv. Côle-d'Or. Origin, Moutier-Saint-Jean, — Reomaus, p. 258.
(3) Voir notre article sur la pèche au lorra ou loerre dans l'Àn^
nuaire de l'Aube 1872.
LES RICBTS. 141
appartiennent en propre. Quant au moulin du Chêne (de
Quereu) à Ricey, les parties acquerront et paieront en com-
mun la part qu'elles ne possèdent pas (1).
1238 (v. st.). Janvier. Jean de Ricey, chapelain, neveu
de feu Etienne, autrefois curé de Ricey, donne à Moutier-
Saint-Jean sa maison et les dépendances sises à Ricey, à côté
de la maison dite le Petit-Moutier-Saint-Jean^ appartenant
à Tabbaye, sous le sceau de Robert, évêque de Langres (2).
1245 (v. st.). Le jeudi 4 janvier, Rainard, abbé de
Moutier-Saint-Jean, écrit à Thibaut IV, comte de Cham-
pagne, pour le prier de déclarer au besoin, par lettres-
patentes, qu^l maintiendra les conventions conclues entre
ledit abbé et Jacques Philippe, citoyen et changeur de
Troyes, au sujet du village de Ricey. Rainard reconnaît que
ce village est sous la garde des comtes de Champagne (3).
1267. « Le dimenche devant la septembrèche à Bar-seur-
Seigne, » Thibaut, comte de Champagne, notifie et confirme
la charte d'accord donnée, en 1235, par Itier de la Brosse,
à l'abbaye de Moutier-Saint-Jean et relative aux bois de « Lo-
senei, les Anvers et la Forest x> ainsi que « la pescherie de
la rivière à rez, à loerre et à touz engins tant comme Tabbé
sera an la vile. La note Jeufroi de Montleheri (4). »
12t)7 (v. st.). Février. L'abbaye et Hier de la Brosse,
seigneur de Villiers-le-Bois, de nouveau divisés au sujet du
partage des droits sur Ricey, de T usage dans les bois de
(i) Archiv. Côte-d'Or. Origin, MoutierSaint'Jean
(2) Ibid. — Reomausj^. 261.
(3) IlluBtri viro Theobaldo Dei gracia régi Navarre, Gampanie et
Brie... Frater R. humiiis abbas Reomensis salutem.. Excelientiam
vestram rogamus et requirirous in Domino quatinns conventiones
quas habemus erga Jacobum Philippi civem et cambitorem Trecen«
sem in villa de Riceyo quam de custodia vestra recognoscimus...
manuteneatis et defendatis... Datumdie Jovis ante Apparitionem Do«
mini anno gratie M» GG'^XLo quinto (Bibiiot. Nation. 5l)0 de Golbert
61, foi. 39 ro.
(4) Reomatts, p. 278.
142 LES BICETS.
Lauzenet, des Anvers et de la Forêt, et enfin de la pêciie aa
filet et au loerre dans la rivière de Ricey, renouvellent sous
le sceau de Gui de Genève, évéque de Langres, Taccord
passé en 1235. Itier promet de payer tous les ans à Tab-
baye 25 1. t. (1).
1275. Novembre. Raudin de Muixe (Mussy), etGîle, sa
femme, vendent à Moutier-Saint-Jean i9 journées de terre
sur le finage de Ricey, — 2 pièces de pré o ès-Lannes, » une
pièce de pré « es Landes rcondes, » et plusieurs autres
soitures {secturœ^ parcelles) de pré, moyennant 40 1. de la
nouvelle monnaie de Dijon (2).
1286. Août. Accord passé entre a Gautiers de la Brouce,
chevalier, sires de Vilers-lou-Bois » et Tabbé de Moutier-
Saint-Jean « et Gaulthiers dit Flammerioz prestre » au sujet
<( dou molin dou Chaigne ouquel molin li di religiaus
avoient lou tiers et seoir li diz malins en la terre des dix re-
ligions et i dévoient morre li diz religions sanz paier moture
por tans qui demorraient en lor maison de Ricy et i avaient
li diz religions lou tiers francs sanz paier nulles missions. .. »
Le chevalier fera établir un foulon dans le moulin, mais ce
foulon, qui lui appartiendra à lui seul, ne pourra rien fouler
tant que le moulin aura à moudre, à moins qu'il n'y ait
assez d'eau pour que le moulin et le foulon puissent tourner
ensemble*
« Fut donné en l'an de Grâce mil deux cenz quatre-vini
et sis ou mois de aoust (3). d C'est le moulin de Quercu dont
il est question dans la charte de 1235.
1301. Septembre. Lettres de a Pierre li Jumiaus, bailli
de Chaumont ; il rapporte : 1"^ la charte de Thibaut, comte
de Champagoe,' de l'an 1 267 en confirmation de l'accord
passé au nuÂs de juin 1235, entre Itier de la Brosse, sei-
<1) Archîv. C6te*-d'0r. Origin. Montier^Saini^ean.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
LES mCEYS. 143
gneur de VUliers-le-Bois et l'abbaye de Moutier-Saint-
Jean ; 2*" un acte passé par devant Jacques, chanoine de la
chappelle du roi, au château de Bar-sur-Seine. Par ce der-
nier acte, Gauthier de la Brosse, seigneur de Villiers, re-
connaît devoir à Moutier-Sai.nt-Jean une rente annuelle de
25 1. tournois à cause de Taccord signé en 1235 par son
père André de la Brosse (1).
1314. 29 mai. Apud Oratorium. Le roi Philippe confir-
me à Tabbaye de Moutier-Saint-Jean la redevance de
25 livres tournois, promise par Itier en 1267 (2).
1315. Amortissement de la maison provenant de Jean,
chapelain de Ricey. <k Nous Jehanz de Chalon caens Dau-
cuerre et de Tomuerre. o II reconnaît que « frère Raimons
de Cunmiines » abbé de Moutier-Saint-Jean et le monastère
ont possédé et possèdent a une maison, ensemble le porpris
séant en la ville de Ricy ou leu que l'on dit desous le che-
min, dessus la maison au religions de Moutier-Saint-Jehan
entre la maison de la femme Marion, veuve de Brunot, le
tonnelier, et la maison Perrot le marichaut.
» Donné à Lévigni le Chastiaus le lundi vigile de la Mag-
deleine l'an de Grâce mil trois cenz et quinze (3). »
En 1713, nous trouvons l'abbaye de Moutier-Saint-Jean
en procès avec Jean-Baptiste de Pommereux^ seigheur de
Ricey. Ce dernier attaque en justice le locataire de la maison
donnée par le chapelain Jean. Voici la désignation de
la maison et l'objet du procès : a un petit logis situé à
Ricey-Bas, près de la chapelle du Petit^Moutier-Saint-
Jean, dans lequel logis il y a un jardin et un vivier d'eau de
fontaine, le tout tenant aux murailles de la ville, éloignée
d'environ 40 ou 50 pas de la rivière de Laignes, laquelle
estant desbordée, s'étend jusqu'auxdites murailles et entre
(1) Archiv. Côle-d'Or. Origin. Moutier^Saint'-Jean.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
144 LES BIGEY8.
quelquefois dans le vivier par un petit trou voûté que Ton
prétend avoir été fait il y a environ 40 ou 50 ans par le dé-
funt sieur Gautherol, prestre-chapelain de ladite chapelle. »
Le locataire de cette maison est assigné par Jean-Baptiste de
Pommereux, parce que le conduit nuit à son moulin et at-
tire les poissons de la rivière (i).
D'après le pouillé de 1435, Téglise de Ricey était im-
posée pour les décimes à 4 livres (2). Le pouillé de 1648
cote le revenu à 815 livres. Selon Nicolas de la Brosse^
en 1 654, « la cure était de 1 500 livres, et le clergé consis-
tait en 12 prêtres establis à Tayde du curé de ces trois
bourgs (3). » Le revenu porté au pouillé de 1732 est de
1400 livres.
On trouve aux archives de la Côte-d'Oi^ Tétat des dîmes
perçues par l'abbaye de Moutier-Saint-Jean sur les trois
Riceys, du xvi* au xvui* siècle (4).
CHAPITRE IIL
Prieuré de Notre-Dame-du-Fanx, dans 111e
de Rioey-Bas.
Soureet dei doeumeoU. — Lei noms da Prieuré. » Son empUeemcot. —
Sa fondation. — Ses propriétés.
§ I. ~ Source des documents.
La plupart des pièces originales concernant le prieuré de
Notre-Dame-du-Faux, sont aux Archives de T Yonne ; elles
(1) Archiv. Côte-d'Or. Origin. Moutier-Saint^ean.
(2) Voir notre travail : Les anciens Pouillés des paroisses tneor-
porées au diocèse de Troyes en iSOij p. 57.
(3) Description de la terre et baronnie de Ricey ^ située en Bour^
gognCf p. 83.
(4) Archiv. Gdte-d'Or. Origin. Moutier-Saint-^eanj lias. 325.
LES RICBTS. i45
forment une liasse appartenant au fonds de Tabbaye de
Saint-Pierre-le-Vif. On trouve dans la même liasse une es-
pèce de cartulaire du prieuré de Rioey, volume in-folio,
XV* siècle, papier, 1 5 feuillets contenant vingt-deux actes
de il 73 à 1492. Cette liasse a été anciennement notée
a Notre-Dame-du-Faux de Ricey-Bas. »
S II. — Les noms du Prieuré.
Dans les différents documents que nous allons rapporter,
notre prieuré est appelé : Beata Maria de Retiaco^ —
Domus B. M. deFisco, — Nostra Domina de Fisco, —
Sancta Maria de Fisco, — Cellula de Fosco, — Fas-
chuniy — Prioratus de Fisco, Faux, — N.-D. duFauch
de Bicej/y N.-D. du Faulc; dans les pouillés du xvi* au
xviii* siècle : Prioratus B. M. de Insula in Riceyo^ ou le
prieuré de tlsle en Ricei^ ou le prieuré de Faux lez Ricei,
ou N.'D. en risle^ proche les Hérisser/. Le prieuré de
N.-D.-du-Faux ayant été transféré, vers 1635, au lieu dit
Saint-Antoine, à partir de cette époque on lit dans plu-
sieurs pièces relatives à notre prieuré : « Le prieuré du
Faux, dit Saint-Antoine ; » et encore : « le prieuré de
Saint-Antoine ou de Notre-Dame-du-Faux. »
§ III. — Emplacement du Prieuré.
L'emplacement du prieuré de Notre-Dame-du-Faux, à
Ricey-Bas, est nettement désigné dans une réponse des
religieux de Saint-Pierre-le-Vif au sieur Le Noble, procu-
reiu* général à Metz, en 1681 : « Il n'y a point de diffé-
rence entre les noms de Fisco, Fosco, Falcho^ de Insula
de Riciaco; c'est le même prieuré de Ricey, appelé de
Fisco ^ parce qu'il était dans le fisc et parc du château, et
de Insula^ parce que ledit lieu est nommé Tlsle et la rue
contiguë audit parc est encore appelée la rue de Tlsle. Il n'y
T. IZlfl. 10
146 LES RICITS.
a que ce prieuré dans les trois Riceys, qui sont contigus et
ont chacun une église ; Téglise matrice est à Ricey-Bas, et
les deux autres sont succursales. — L'abbé de Moutier-
Saint-Jean a la disposition de la cure des Riceys et d'une
chapelle qui se trouve à Ricey-Bas (au petit Moutier-Saint-
Jean). — Le prieuré de Nolre-Dame-du-Faux est à Ricey-
Bas, et la chapelle dudit prieuré a été transférée, il y a 40 ou
50 ans, par M. Vignier, baron des Riceys, du parc dudit
château au lieu dit Saint-Antoine, un peu au-delà de la rue
de risle, et il n'y a pas plus de 20 pas de distance entre la
muraille du parc qui est contiguë à la rue, et la cha-
pelle (1). » Le sieur Le Noble, dans son rapport sur le
prieuré de N.-D.-du-Faux, en 1681, dit qu'il fut trans-
féré c( il y a environ 40 ans, » qu'il a été rebâti aux dépens
des habitants de Ricey, et qu'on voyait h la voûte les armes
de Tabbé de Moulier-Saint-Jean (2). C'est après la transla-
tion du prieuré que Nicolas de la Brosse écrivait : « Â une
portée de mousquet du château de Ricey-Bas se voit le
prieuré du Faux dit Notre-Dame^ bien basti et fort lo-
geable, il est de 400 1. de revenu et n'est qu'à simple ton-
sure (3). » Actuellement les restes du prieuré de Faux, lieu
dit Saint-Antoine, à Ricey-Bas, proche les murs du château,
à Test, appartiennent à M. de Taisne, qui a établi là son pi-
queur et sa meute.
§ IV. — Fondation du Prieuré.
Les premières origines de N.-D.-du-Faux, à Ricey-Bas, se
rattachent à la donation de Léothérie et d'Ingora, qui doivent
être regardées comme les fondatrices de ce prieuré. L'ab-
(1) Archiv. Yonne. N.-D.'^urFaux de Ricey-Bas.
(2) Archiv. Gôte-d'Or. Moutier-Saint-Jearij lias. 193.
(3) Description de la terre et baronnie de Ricey ^ située en Bour^
gogne^ p. 85.
LES RICETS. 147
baye de Saînt-Pierre-le-Vif, qui devait connaître mieux que
personne, non-seulement le lieu, mais l'origine de ses prin-
cipales propriétés, a toujours cru que le prieuré de N.-D.-
du-Faux, dans Ftle de Ricey-Bas, était construit sur le
fonds donné par Léothérie et Ingora. Dans « l'état du tem-
porel du prieuré de N. D.-du-Faux, à Ricey-Bas, présenté
au bureau du clei^é du diocèse de Langres en 1751, »
nous lisons : « Ce prieuré a été fondé au vu* siècle par
sainte Léothérie, sdeur de saint Ebbon, archéyéque de
Sens (1). » Dom Cotron, religieux de Saint-Pierre le-Vif,
rapportant la donation de Léothérie, dans scn Chronicon
5anc/î\P^/y^'Virt;2 (2), fait cette remarque sur jRmacw^ : Ubi
erectus fuit prioratus sub titulo B> M. deJReciaco^ alias de
Fisco. Mais le nom même du prieuré de Fisco montre
que ses origines se rattachent à la donation de Léothérie et
d'Ingora. En effet, les chartes des deux sœurs déclarent que
tout violateur de la donation susdite est passible de cette
amende : Inférât cum socio fisco auri libras II (3).
C'est de là, croyons-nous, que dérive le nom du prieuré
Beata Maria de Fisco, Quant à l'époque précise de l'éta-
blissement du prieuré avec les exercices de la vie claustrale,
selon la règle de saint Benoit, nous ne saurions la déter-
miner.
§ V. — Propriétés du Prieuré.
La première dotation du prieuré de N.-D.--du-Faux,
provenant de la générosité des sœurs de saint Ebbon, formâ-
t-elle un revenu considérable? Nous l'ignorons. Â la vérité,
rénumération des biens donnés est pompeuse, mais elle
reste vague, car elle ne spécifie que la nature des biens,
sans désignation spéciale qui puisse servir de base à une
(1) Arcbiv. Yonne. N.-D.-dU'Faux.
00 Bibliot. d'Auxerre, n. 157.
(3) Sur cette ancienne formule, de. Ducange, Gloisar. to Fiêcus.
14S LES BICBT8.
évaluation : les deux chartes désignent en général des mai*
sonsy terres, prés, vignes, bois, eaux, moulins {farinarta,
nous ferons remarquer en passant Torigine ancienne des
moulins de Ricey), cens et pécule de toute sorte... Nous ne
savons pas si cette première dotation de notre prieuré prit
de grands accroissements avant le xii* siècle ; pendant de
longues années les documents font défaut.
Nous avons remarqué plus haut (p. 130) qu'en 1065^ Ber-
nard de Montbar et Humberge de Ricey, sa femme, avaient
reçu en précaire, moyennant un cens annuel, les revenus de
Tabbaye de Saint-Pierre-le-Vif dans l'église et sur le village
de Ricey, et que vers 1105, Rainard de Montbar, un des
enfants de Bernard, avait refusé de payer le cens annuel
qu'il devait à Tabbaye.
Les biens de N.-D.-du-Faux vont s'accroître dans la se-
conde moitié du xii* siècle. Nous retrouvons en faveur de
notre prieuré quelques chartes de donations que nous ana-
lysons.
1173. Bar-sur-Seine. Hugues, comte de Bar-sur-Seine,
donne à Saint-Pierre-le-Vif de Sens, et domui Sancte
Marie de Fosco^ du consentement de Pétronille, sa femme,
la vigne de digno cane (dîne-chien) au finage de Ricey; il
retient sur cette vigne un denier de cens et la justice. Parmi
les témoins : «Henricus de Puteolo, llegnardus de Dampna-
Petra, tune prepositus Barri super Seqnanam, Petrus ca-
pellanus de Baleno. -» Datum per manus Guneberti de
Riccio, » Cunibert de Ricey était notaire du comte de Bar-
sur-Seine (1).
1176. Gauthier de Bourgogne, évêque de Langres, fait
connaître que 1* quedam cellula, Sancti Pétri Vivi
propria^ juxta scilicet Riceium siia et Sancta Maria de
Fisco cognominata^ était grevée de dettes ; — 2^ Eudes,
(1) Archiv. Yonne. Carlul, N.-Drdu-FauXé — Bibliot. nation.,
F, Franc. 5995, fol. 72 r».
LES RICETS. 149
abbé de Saint-Pierre-le-Vîf, accorde ce prieuré avec toutes
ses dépendances en vignes, prés, terres, et ce qui lui appar-
tient dans les revenus de Téglise de Ricey, à Hugues de
Bar, clerc, pour sa vie durant ; après sa mort, Tabbaye de
Saint-Pierre rentrera dans ses biens; — 3* Tabbaye n'aban-
donne pas : 1 ^ cinq sous de rentes payés par Tabbaye de
Molême ; 2* cinq sous perçus à Bar-sur-Seine. — Parmi
les témoins : « Manasses de Pugeio, Petrus decanus de
Biirro, Hugo decanus de Calma (1). » On voit que les af-
faires temporelles du prieuré étaient en mauvais état.
Avant 1196, André de Montbar avait donné à Tabbaye
de Saint-Pierre-le-Vif sept sous de cens à Ricey, comme
nous Tavons vu plus baut (p. 140).
1208. Milon, comte de Bar-sur-5eine, déclare : T qu'An-
dré, seigneur de Montbar, lui a fait bommage du Casamen*
ivm qu'il tenait à Ricey, de Hélie, abbé de Saint-Pierre-le-
Vif ; V qu'il prend sous sa protection [sine aligna exactioné)
tous les biens que possède et possédera Domina de
Fisco (2). André de Montbar est fils de Bernard, petit-fils
de Rainard et arrière-petit-fiis de Bernard, comte de Mont-
bar (3), qui a tenu dès l'an 1065 le Casamentum dont il
s'agit, comme nous l'avons dit plus baut. Ce casement^ tenu
à hommage, ne diffère pas du fief (4).
1216. Juillet. Milon, comte de Bar-sur-Seine, fait con-
naître l'accord arrêté entre Durand, prieur Sancte Mane
de Fosco^ et Itier, chevalier de la Brosse, au sujet de la
quatrième part de la dime de Ricey et la moitié du charroi
[dequartapart*idecimedeRiceioetdemedietatetractnsilltus
décime). Itier de la Brosse, du consentement et avec la ra-
(1) Archiv. Yonne. Origin. N.'D.^u-Faux. — Cartul. W.-D.-
du-Faux.
(2) Cartul. N.-D.-du-Faux,
(3) Genu9 UlusLj p. 641-642.
(4) Brussel, t. II, p. 832.
150 tBS RICETS.
tiBcaiion d*Agaè$, sa femme, et d'André, son fils, aban-
donne ses droits^ retenta /idelitate, au i^vieuré Béate Marie
de Fosco et monachis ibidem servientibus. Robert de Berti-
gnoUes donne aussi Talleu qu'il avail à Ricey. Anséric
donne un moulin, un pré, et le droit d* usage dans ses boi^
à Ricey (1).
1244. Avril. Hugues, archidiacre du Laçois, constate
que Thomassin de Ricey, Ayeline, sa femme, Silvestre et
Jean, leurs enfants, et Agnès, veuve de Colin de Ricey, ont
vendu à Adam, prieur de Fascho^ une pièce de terre sise
entre le Faux et le moulin du Chêne {inter Faschum et mo-
lendinum dou Chasne) (2).
Au commencement du xiv^ siècle, nous trouvons un état
des recettes et des dépenses du prieuré ; les recettes montent
à 122 livres tournois, dont 100 sous tournois sont perçus
par le prieur pour sa part, sur Valielaghim ou revenus de
l'autel paroissial de Ricey, le reste des revenus appartentût
à Tabbaye de Moutier-Saint-Jean, qui avait le patronage de
la paroisse, et au curé. Les dépenses du prieuré, qui sont
plus détaillées que les recettes, montent à 64 1. 6 s. (3).
En 1435, les revenus de notre prieuré sont indiqués par
le Fouillé de Langres, qui règle la quotité des décimes
(1) Cartul N.'D.'dU'Faux. — BibUot. nation., F. Franc. 5095,
fol. I >7 v. (Dans ce manuscrit, la charte est datée par erreur de
l'an Mocc«xoino.)
(2) Afchiv. Youne. Origin. N.'D.-du-Faux. — Cariai, N.-D,-
dU'Faux.
(3) Arch. Yonne. Origin, N.-D.'du-Faux :
« Uii sunt redditus et proventus prioratus de Riciaco spectanti ad
monasteriutn S. Pi^tri Vivi Senonensis. Primo tam pro altelagio
parrochie dicti loci in quo Prior pro parte sua percipit centum soli-
dos Turon. quam ratione reddituum terrarum dicti prioratus, deci-
roarum coustumarum, moliture, vinearum, pratorum et rerum
omnium aliarEm. — Summarum cxxn 1. tur.
> Hec sunt misaie dicti Prioratus. — Primo pro expensis bladi dicti
Prions et ejus familie vi sextaria frumenti, vi ordei et m cum i mina
bladi, tertia parte frumenti et duabus partibus ordei et 4 solid. pro
LES RICSTS. 151
à payer : « Prior de Fisco, Fmx : abbas Sancti Pétri Vivi
Senonum. — xxx 1. 52 g. (1). »
Vers le milieu du xv* siècle , a extraict faict de la fon-
dation de la chapelle N.-D. du Fauic^ membre dépendant
de Tabbaye de Saint-Pierre-le-Vif-Iez-Sens, icelle cha-
pelle fondée en la paroisse de Ricey. — Et premièrement
la chapelle ensemble Tostel ainsi qu'il se comporte tout en
carrure et tout cloz de fossez ainsi que les diz fossez se
comportent est tout en cymelière et franchise. — Item
toutes les oblacions que on faict en ladite chapelle^ tant en
argent, chandelles, pain^ ^in, ou autres laiz sont neuement
à ladite chapelle et n'y peut rien le curé de Moustier-Saint-
Jehan. — Item doit prandre ladite chapelle du Foule en
l'église Saint-Pierre de Ricey, à Saint-Vincent et en toutes
les chapelles de ladite paroisse le quart des oblacions tant
en argent, pain, vin, chandelles, excepté les gissans (obla-
tions des relevailles) que le curé praut et les chanderes
paintes et pareillement l'oblacion de Tespous et espousée et
le denier et chandelle du pain bénit qui est au curé... »
— Suit la désignation du territoire sur lequel le prieur lève
les d'mes de différentes natures. On trouve aussi cette dési-
gnation : (( Item devant ladite chapelle environ trois quar-
tiers de pré tous fossoiez et tous liges. Item alentour de la-
mercede dicte familie. — Item pro equo Prions dicti loci xn sext.
avene. — Item pro hospitibus ad domum dicti Prions proYeuienti-
bus G sol. — Item pro pitancia Prions dicti loci, socii sui, et ejus fa-
milie XII 1. — Item pro vino viu caudas. — Item pro lignis un 1. —
Item prodedma Episcopi G. s. — Item pro denima Archiepiscopi 4 s.
—Item pro décima Archidiaconi xxx s. — Item pro Decano xv s. —
Iteç) pro décima Régis lx s. — Item pro reparatione domorum dicti
Prions XL s. — Item pro ferraria equorum dicti Prions et quadriga-
min XL s. — Item pro calceamentis Prions , socii sui et ejus fami-
lie LX s. — Summa omnium missiarum Lxnii, 1. vi s. et demi. >
(i) Bibliot. nation., lat. 10031. —Voir notre travail : Les anciens
PoulUés des paroisses insorporées au diocèse de Troyes en i80i^
p. 51 , n. 76.
152 LES RICETS.
dite chapelle environ trois arpents et demi de prey... (1).
Dans la seconde moitié du xv* siècle, beaucoup d'anni-
versaires sont fondés dans la chapelle de N.-D.-du-Faux (2),
sous Tadministration des prieurs Nicole Charles, et Mathieu
Guiard.
Du temps de Nicole Charles, le 23 décembre 1464, <i de-
vant le portai de la chapelle de N.-D. du Faulch Felisot
Palry demeurant à Ricey » se présente au prieur, et fait
amende honorable, un cierge à la main, et devant notaires,
pour s'être battu dans une grange voisine « jusques à
abattre Tun Tautre (3). » Nicole Charles était encore prieur
le 2 décembre 1465. Rappelons ici le souvenir de Mathieu
Guiard^ né à Âuxon (Aube) : en 1482, le 2 juin, Mathieu
Guiard, reUgieux, prieur du Faulch^ signe un accord au
sujet d*un terrain sis à Ricey, rue du Faulch^ aboutissant
au chemin du Faulch (4). Le même Mathieu Guiard, qui
était déjà prieur en 1480, et qu'on retrouve encore le
18 jnnvier 1492 (v. st.), reçoit plusieurs fondations faites
le 13 septembre 1481 prioratui Nostre Domine de
Fauco^ et le 9 juin 1482, une autre <x au prioré de
N.-D.-du-Fauc. )> Le 29 octobre 1 488, sentence en faveur
de Mathieu Guiard a prebtre prieur du prioré du Faidch,
membre dépendant de labbaye de Saint-Père-le-Vif-lez-
Sens contre Arthur de Vauldrey, seigneur de Sainct Falc, à
cause de M""* Claude de Moutot, sa femme, touchant sept
journaux de lerre lieu dit Pré-Malin à Ricey (5), » On
voyait encore au siècle dernier, dans l'église de Saint-
Pierre-le-Vif, un aigle de cuivre servant de pupitre, avec
cette inscription « Frère Mathieu Guiard, prestre natif
(1) CartuX. N.'D.'dU'Faux .
(2) Ibid.
(3) Cartul. N.-D.^du-Faux.
(4) Archiv. Yonne. Origin, N^^D.'du'Faux.
(5) Cartul. N.-D.-du-Faux,
LES BICBTS. 153
d'Anxon, religieux de cette abbaye, prieur de Ricey, a
donné cet aigle (1). »
Au xYi* siècle, le prieuré du Faux tomba en commende
et les bulles de provisions étaient accc^rdées en cour de
Rome. Nous trouvons dans les Délibérations An Chapitre de
la cathédrale de Troyes qu'en 1563 Sébastien Canuy, prieur
B. M. V. de Falco vulgo de Faux, in parroc/ua de
Riceyo Ordinis S. Benedicti Lingonensis Diocesis, a m(h
nasterioB. Petri-Viviprope Senonas^ dependens^ permute
avec François Coiffart, chanoine de la cathédrale de
Troyes (2).
A paiiir de cette même époque, les revenus de N.-D.-du-
Faux allèrent en diminuant. lis s'élevaient, en 1654, d'après
Nicolas de la Brosse, à 400 1. ; le pouillé de Langres
de 1732 les porte à 500 I. — Le 2 niai 1 746, ces revenus
sont affermés aux sieurs Claude Petit et Etienne Colleau,
moyennant 300 1. et un muid de vin évalué 30 1. « tout le
revenu de N.-D.-du-Faux à Ricey-Bas consistant en un bâ-
timent composé de deux chambres basses, deux chambres
hautes, et grenier dessus, grange, étable, cour devant, où
est la chapelle dudit prieuré, accint derrière, le tout fermé
de murailles (c'est la maison dite Saint-Antoine apparte-
nant à M. de Taisne)... item les dîmes de grain, chanvre,
navette... — item les dîmes de vin — item 27 faites de
vigne en 2 pièces lieu dit les Prieuses — 43 faites et demi
— 55 cordes de pré en 7 pièces — 26 faites de terres la-
bourables en 3 pièces (3). »
Le 19 février 1751, le prieur de N.-D.-du-Faux re-
mettait ce bail au bureau du clergé, alléguant en dépenses
30 L de réparations annuelles. 11 fut taxé à 153 1. 4 s. ^ il
(1) Archiv. Tonne. Bèponsê aux raisons du procureur Le Noble,
F. N.'D.'du-Faux.
(2) Archiv. Aube. G. 1385, fol. 210 vo.
(3) Archiv. Yonne. N.-D.-du-Fatio?.
i54 LES RICET8.
lui restait donc en revenu net 146 1. 16 sous (1). Ce revenu
alla encore en diminuant, parce que les constructions du
prieuré étaient en fort mauvais état.
Le 25 juillet 1770, le célérier de Saint-Pierre-le-Vîf
approuva un devis des réparations importantes à faire à la
chapelle, à la maison, à la grange et aux murs de clôture
du prieuré « N.-D.-du-Faux, ou de Saint-Antoine (2). »
Lorsque la Révolution éclata, les propriétés dé N.-D.-
du-Faux comprenaient « une maison et ses dépendances à
Ricey-Bas, lieu dit Saint-Antoine-du-Faux ; 26 fettes
de vignes ; 29 fettes de terre ; 3 fettes de prés contre la
fontaine de Saint-Antoine ; et 6 autres fettes lieu dît le
Pré du Tendon. » Le tout fut adjugé le 26 février 1791 à
Nicolas Houet de Ricey-Bas au prix de 44,060 s. (3).
CHAPITRE IV.
Le fief de rile Saint-Louis & Ricey-Haut.
L'île de Saint-Louis est située entre Ricey-Haute-Rive et
Ricey-Haut, à l'entrée de ce dernier village, sur la
Laignes.
L'île Saint-Louis appartint à l'abbaye de Molême dès
l'an 1245. Une maison avec chapelle, des celliers et autres
dépendances furent construits dans cette île et portèrent le
nom de Petit-Molesmc de Rkey^ ou Petit-Couvent de
Bicey. L'île de Ricey-Haut, dite Ïlle-Saint-Louis^ vers
la On du xui* siècle, était, dès le milieu du même siècle, le
(i) Archiv. Yonne. N.-B.-du^Faux.
(2) Ibid.
(3) Archiv. Aube. Vente des biens nation,^ n« 18, 63, 278.
LES BICET8. 155
siège d^une seigneurie, appelée le Fief de file-Saint^
Loms ; tous les biens de l'abbaye de Molême sur le terri-
toire de Ricey, furent rattachés à cette seigneurie. Une
assez belle maison bourgeoise remplace, depuis ringt-
cinq ans environ, les anciennes conslructions monastiques,
dont il ne reste guère que les caves et un corps de bâtiment.
Au-dessus de la porte de ce bâtiment destiné à la justice, on
lit encore : Forum 1752.
On trouve aux Archives de la Côte-d'Or, le cartulaire du
fief de flle-Sawt-Louis^ 1 volume in-4% 16 feuillets,
XV* siècle, contenant 24 actes de 1 184 à 1246 (<)• U com-
mence ainsi : « S'ensuivent d'aucunes charlres dos terres et
seignorie que les religieux, abbé et couvent de Molesmes
ont au lieu de Ricey, et c^est à savoir : Lannes, la Couche,
l'Ile Entre-Deux-Eaux, le Mesgnil et les appartenanz, es quelz
lieux, ils ont toute haute justice, moyenne et basse, é» Ce
cartulaire renferme les principaux titres concernant le fiel de
Saint-Louis, on les retrouve aussi, dans les mêmes Archi-
ves^ soit en originaux, soit dans les cartulaires de Molème.
Le fief de l'Ile Saint-Louis fut complètement formé
en 1245 et il comprenait tous les biens que l'abbaye de
Molème possédait à Ricey, notamment à Lannes, à la
Couche, au Magny, et les vignes du Tronchois. Le rédacteur
du cartulaire ajoute cette note sur le fief de la Couche,
{Coliingia) : « La Couche, autrefois hameau séparé de
iUcey. » Ne serait-ce pas le hameau de la Couche dont les
substructions furent découvertes en 1854 par M. M. Royer,
dans la contrée de Paulin (2) 7
Fès les premières années de sa fondation, Tabbaye de
Molème ])osséda ces biens, au moins en partie. Nous allons
donner Tanalyse exacte des chartes concernant le domaine
de Saint-Louis à Ricey :
(\) Cartulaire$i n» 149.
(2) Mém. de la Société Aeadém. de l'Aube, 1854.
156 LES RICETS.
HOl. Guillaume II, comte de NeTcrs et de Tonnerre,
fait remise aux religieux de Moléme^ d'une coutume dite
vulgairement Herban qu'ils lui payaient sur les vignes du
Tronchois [de Truncheio) à Ricey. Celte faveur sera étendue
aux vignes que les religieux pourront acquérir dans la
suite ; de plus, ils pourront faire garder ces mêmes vignes
par qui et quand il leur plaira. EnGn le comte donne à
Tabbaye droit d*usage dans ses pâturages de Channay [de
Caunaio) et de Laignes [de Lannia) (1).
En 1108, le comte Guillaume étant à Molème avec
Hugues II le Pacifique, duc de Bourgogne, confirma cette
donation (2).
1 1 59. Guillaume III, comte de Nevers, donne à l'abbaye
de Molême tout ce qu'il possédait dans les vignes du Tron-
chois [de Truncheto). Il promet de faire ratifier cette dona-
tion par Renaud-Bernard, comte de Tonnerre, s'il revenait
de la Terre sainte. Ida, sa femme, et Guillaume, son fils,
donnent leur consentement (3).
1184. Gauthier et Thibaut, chapelains de Balneolis
(Bagneux), renoncent au droit de dime qu'ils prétendaient
sur les vignes du Tronchois. Cette charte est sous le sceau
de Manassès, de Bar-sur-Seine, évéque de Langres; parmi
les témoins figure Maubert, doyen de Vendeuvre (4).
1218, le il octobre. Apud Noerium (Noë-les-Mal-
lets. Aube). Erard de Brienne, et Philippine, sa femme,
accordent à l'abbaye de Moième la liberté de vendanger leurs
propres vignes du Tronchois quand il leur plaira (5).
(1) Archiv. Côte-d'Or. 2* CartuL Molême^ fol. 10 vo.
(2) Cartulaire général de VYonne^ t. I, p. 217.
(3) 1er CartuL Molème^ fol. 9 ro. « Quod si Dominas Rainaldus,
olim cornes Tomodori... sJi> Jérusalem revertetur, spopondi quod ab
ipso laudaretur. »
(4) Archiv. Côle-d*Or. Origin. Molème. — CarluL S. LouiSy p. 1.
^ 2* Cartul. Molème^ fol. 6 v».
(5) CarluL 5. Louis, p. 2.
LES RICETS. 157
1219 (y. st.). Février, à Bar-sur-Seine. Milon, comte de
Bar-sur-Seine, fait connaître l'accdrd consenti entre Hier de
la Brosse et Tabbaye de Molême au sujet de la justice des
terres, prés et vignes entre le finage de Ricey et Molême ;
et au sujet des cens que Tabbaye percevait dans le fief
d'André de Lannes. Iticr abandonne toutes ses prétentions
sur le susdit finage, il ne retient que le fief de Robert de
Ricey, dont il abandonne la justice à Tabbaye. Agnès, fenune
d'Itier, et ses deux fils, André et Barthélemi, ratifient cet
accord (1).
1225 (v. st.). Le lendemain de Saint-Mathias^ 25 fé-
vrier, à La Ferté-sur-Aube. Hugues de Montréal, évêque
de Langres, commande au chapelain de Molême et à tous
les chapelains de Tarchidiaconé de Tonnerre d'excommu-
nier tous les dimanches, les hommes de Fabbaye de Molême
qui se transporteront sur les terres d'Erard de Brienne, pour
y acquérir domicile, contrairement aux conventions signées
par Erard (2).
1226. Juin. André, chevalier de la Brosse, dominnsde
Villeri in Bosco (Villiers-le-Bois, Aube), consent à un ac-
cord avec Tabbaye de Molême, au sujet de Teschoite ou de
la main morte des hommes de Ricey (3).
1227. Décembre. Erard de Brienne, seignenr deRame-
rupt, donne à Tabbaye de Molême : 1*" droit de travers ou
de parcom*s d'hommes à Lannes [Lundis) pour tous les
hommes et les femmes du village de Molême ; V le fief de
la Couche [de Colungia)^ dont il se réserve seulement la
justice (4).
1227. Décembre. Erard de Brienne, donne une charte
(i) CarUd. S, LouiSj p. 2... — 2« Cartul. Molême^ fol. 7 v».
(2) CartuL S. Louis, p. 3.
(3) Ihid,, p. 4.
(4) Ibid,, p. 5.
158 LES RICE^'S.
générale de toutes les donations qu'il a faites à l'abbaye de
Molême depuis 1218 (1):
1227. Décembre. Philippine, femme d'Erard de
Brienne, confirme à l'abbaye de Molême les donations :
l"" du droit de travers ou de parcours d'hommes à Lannes ;
2'' du fief de la Couche (2).
1229. Erard de Brienne^ abandonne à l'abbaye de Mo-
lême, sans réserve, la justice avec le fief de la Couche (3).
1229. Mai. Erard de Brienne. rappelle les chartes qu'il
a données depuis cinq ans à l'abbaye de Molême, et de-
mande à Hugues de Montréal, évéque de Langres, de les
confirmer et d'y apposer son sceau (4).
1229. Hugues de Montréal, notifie et confirme toutes
les donations fuites par Erard de Brienne, à l'abbaye de
Molême depuis cinq ans (5).
1230. Avril (Pâques, le 7). Nouvelle confirroatioo par
Hugues de Montréal (6).
1232. Avril (Pâques, le 11). Charte de Thibaut, comte
de Champagne, notifiant qu'Itier de la Brosse^ entre autres
donations, a accordé aux religieui de Molême. pour leurs
bestiaux, droit de pâture sur tout le finage de Ricey. Le
comte ayant changé de sceau, fit apposer à cette charte,
en 1233, son nouveau sceau (7).
1234 (v. st.). Mars. F., doyen de Molême, notifie
qu'Olivier de Ricey, chevalier, a donné à l'abbaye de Mo-
lême quatre jugera de terre dans la vallée de Vilievrm/n.
(i) CariuL S. Louis j p. 5.
(2) Ibid,, p. 7.
(?) Ibid., p. 8.
(4) Ibid., p. 7.
(5) Ihid., p. 9.
(6) Ibid.j p. 9.
(7) jrfeirf./p. 14. — 2e Cartul. Molême^ fol. 31 r».
LES RICETS. 159
Milon et Guillaume^ les enfants d*01iyier, approuTcnt cette
donation (1).
1234 (v. st.). Mars/ Robert de Torote, évoque de
Langres, notifie que Milon et GuiUaume, enfants d'Olivier,
chevalier de Ricey, ont reconnu que leur père avait donné
à l'abbaye de Moléme, avec leur consentement, trois setiers
de grain, moitié orge, moitié froment, à la mesure de Bar-
sur-Seine; deux setiers à percevoir sur les coutumes de
Lannes et un setier sur les tierces de Ricey (2).
1234 (v. st.). Mars. Robert, évéquedeLangres, notifie que
Guillaume de Ricey, écuyer, et Marguerite, sa femme, dé-
clarent qu'ils ne pourront retenir à Ricey aucun des hommes
appartenant à l'abbaye de Molème (3).
1244 (v. st.). Janvier. Erard de Brienne, seigneur de
Ramerupt, et Philippine, sa femme, en récompense ded
torts qu'ils ont fait à l'abbaye de MoIéme, lui abandonnent
entr'autres biens : T Tout ce qu'ils possèdent dans leur
village de Lamiis (Lannes) et à ManilHum jnxta Lannas
(le Magny), et sur les finages de ces villages ; 2"" tous leurs
revenus sur la paroisse de Ricey en hommes, femmes,
dîmes, parcours 9 terrages, et tous leurs droits sur les
bois, prés, pâturages et eaux des finages qui s'étendent entre
Ricey et Molême, d'une part, et Bagneux et Mussy de
l'autre ; 3"* les fiefs et hommages qui leur appartenaient
sur les territoires désignés plus haut, et spécialement l'hom-
mage des chevaliers André de la Brosse, et Thomas de
Ricey, et des écuyers Guillaume et Guillaume ainsi que de
leurs successeurs ; 4** leurs vignes de Truncheto (le Tron-
cbois); 5*" Robelin, bailli d'Ërard, abandonne à Molême
tout ce qu'il possédait in campo terre arabilis juxta
(1) C7ar^^/. 5. jLouw, p. 11. — 2* Cartel. Molême, fol. 52 Y».
(2) Archiv. Côte-d'Or. Origin. Molême. — Cartul. S. Louis, p. 12.
— 2« Cartul. Molême, loi. 8 x*.
(3) Cartid. S. Louis, p. 12. — 2^ Cartul. Molême, fol. 8 r*.
160 LES R1CET8.
Lannas qui campus Insula appellatur c'est précisément
rtle appelée plus tard Saint-Louis et qui devint le siège de
la seigneurie dont nous nous occupons (1).
1244 (v. st.). 23 janvier. Erard de Brienne promet à
l'abbaye de Molême une garantie pour la donation précé-
dente (2).
1244 (v. st.). Mars. Henri de Brienne, chevalier, fils
d'Erard et de Philippine, ratifie la même donation dé^-
gnant en particulier le village de Lannes, le village du
Magny et le Tronchois (3).
1244 (v. st.). Mars. Erard de Brienne et Henri, son fils,
se constituent solidairement cautions pour l'abbaye de Mo-
lême envers Bernard de Montcuq qui doit verser pour Tab-
baye, avant les Rameaux, à Erard de Brienne 1 ,10(1 livres,
prix de la cession des biens ci-dessus désignés (4).
1244 (v. st.). Erard de Brienne donne à Tabbaye de
Molême quittance de 1 ,100 livres de Provins qu'il a reçues
par les mains de Bernard de Montcuq, pour la vente de
Lannes et de ses appartenances (5).
1245. Août. Mathilde, comtesse de Nevers, notifie et ra-
tifie la vejite de Lannes et de ses appartenances faites à
Fabbaye de Molême par Erard de Brienne, seigneur de Ba-
merupt, et Philippine, sa femme (6).
1247. Hilduin, curé de Balneolis (Bagneux), donne à
l'abbaye de Molême, pour la pitancerie, une vigne à Ricey
au Tronchois [in alto Trunchetï). Hilduin appose son sceau
à cette charte après Félix, doyen de Saint-Yinnemer (7).
(1) Cartul. S. Louis, p. 44. — 2e CarttU. Molême, fol. 14 vo.
(2) Cartul. S. Louis, p. 14.
(3) Archiv. Côte-d'Or. Origin. Molême. — Cartul. S. Louis, p. 15.
— 2<» Cartul Molême, fol. 15 vo.
(4) Cartul. S. Louis, p. 16.
(5) 2« Cartul. Molême, fol. 45 r».
(6) Cartul. S. Louis, p. 47. — 2» Cartul. Molême, fol. 15 r>.
(!) ^ Cartul. Molême, fol. 49 n».
LES RICBTS. 161
1252. A Bar-sur-Seine, Milon de Ricey, clerc, donne à
l'abbaye de Molême, pour le repos de 1 âme de sa sœur
Mathilde, un setier de grain, moitié froment, moitié seigle
à prendrç tous les ans sur les tierces de Ricey (1 ).
1268. Le lundi avant la Pentecôte, Girard, ciiré de Ba-
gneux, renonce en faveur de Tabbaye de Molème aux pré-
tentions qu'il élevait : 1** sur la quatrième partie de la
dime des grains et sur deux parties de la dime des laines
^ à Bagneux ; V sur les vignes de Ricey m costa Troncheti
(à la côte du Tronchois); in vaîle petrosa (en Valpreuse);
m averso Troncheti (à Tanvers du Tronchois) (2).
1282. « Le mercredi, devant sainct Lorant. Lambert,
arcediacres de Laçois et Guiz, doiens de Chatoillon... Le
moulin de Lannes donné ez bail à Lambert, dit Hodin, de
Ricey, et à Marguerite, sa femme, par Tabbaye de Mo-
lème (3). »
1286. Novembre. Lambert Bodin (a/ Hodin] et Margue-
rite, sa femme, donnent à l'abbaye de Molême trois mai-
sons et granges, sept pièces de vignes et de terres à
Ricey (4).
i286. Le samedi après la Toussaint. Dreux, abbé de Mo-
lème, accepte la donation précédente (5).
1294 (v. st.). Janvier. Phiiippe-le-Bel accorde des
lettres d'amortissement : 1** pour deux setiers de froment
donnés à l'abbaye de Molême par Marguerite, veuve de
Guillaume de Ricey, chevalier, sur le moulin Craboce et
sur le moulin de Ruâ dans le fief de Guiot de Ricey; 2"" pour
un setier de froment donné par Thomassin, fils de
Marguerite ; 3^ enfin pour un setier de froment et un setier
(i) Cartul. S. Louis p. 20.
(2) Archiv. Gdte-d*Or. Origin. Molême,
(3) Ibid., Origin.
(4) Ibid., Origin.
(5) Ibid., Origin.
T. xxivi. 11
162 LES RICETS.
d'orge donnés par Hugues, frère de Guillaume de Rieey^
et qui doivent être pris tous les ans à Lannes (1).
On trouve, aux Archives de la Côte-d'Or^ les censiers du
fief Saint-Louis à partir de 1498.
1520. 4 Novembre. Transaction au sujet de la justice
de Saint-Louis entre l'abbaye de Moléme et Anne de Sar-
rebruche, comte de Braine et de Roucy, seigneur de
Ricey, Bagneui^, Beauvoir, héritier de Marie d'Amboise,
9a mère* dette transaction fut homologuée en parlement le
14 juin 1522, et à la suite eut lieu le bornage de la sei-
gneurie; le procès avait commencé en 1464. Les princi-
ptdes propriétés désignées sont : 1^ la maison seigneuriale
fermée de fossés et appelée de toute macienneté la maison
de Saint-Louis, assise audit Ricey, au lieu dit Entre-les**
Deux-Eau:(, avec les vergers et jardins étant à Tenviroa
d'icelle, proche la rue dite vulgairement la rue d'Eatre-les-
Deux-Eaux, comme elle se comporte jusqu'à la planche du
bief inclusivement, prochaine à la halle dudit lieu de Ricey;
2*" une autre maison et pourpris d'icelle, dite la Maison^
Rouge ^ étant sur la rivière où soûlait être un moulin à blé,
appartenant à l'office du sacristain de ladite abbaye; 3*" un
moulin appelé le Moulin de Lannes ; 4"" plusieurs pièces
de vignes situées en diverses contrées dudit Ricey et en
particulier aux Tronchois ; 5*" plusieurs maisons situées en
la rue de la Couche, en la rue de la Croix, en la rue de
Lannes, en la rue du Magnil; 6*" vingt arpents au bois de
Lozenay. — Les religieux auront droit de justice haute,
moyenne et basse dans leur terre de Saint-Louis et pour-
ront (aire ériger : signe patibulaire, carcan, pillory, cqpes,
et tenir grands jours. Suit l'emplacement des bornes à
poser pour limiter la seigneurie (2).
1606. Â cette date on trouve le a manuel au vray de la
(i) Archiv. Gôte-d'Or. Ort^. Moléme.
^) Ibid., Origin. Moléme.
LES RIGETS. 163
recepte des cens provenant de la terre et seigneurie de
Sainct-Loys de Ricey appartenant à MM. de Molesme re-
ceuz par Claude Gautherot, curé de Ricey (1 ).
163 1 . Nouveau procès relatif aux bornes de la seigneurie
de Saint-Louis, entre l'abbaye de Molème et Jacques
Vignier, seigneur de Ricey (2).
1747. 25 Mars. Transaction entre l'abbaye de Molême
et les habitants de Ricey-Haut. Ces derniers cèdent à Tab-
baye les fossés et les murs de la ville auprès de Saint-
Louis (3).
A la Révolution, le 4 avril 1791, la maison seigneu-
riale du fief de Saint*Louis fut vendue 13,372 fr. à Jean-
Jacques Houet de Ricey-Bas; le moulin 16,700 fr. ; les
autres biens consistant principalement en vignes, environ
70,000 fr. (4).
CHAPITRE V.
Le flef Saint-Vincent à Hicey-Haut.
Le fief Saint-Vincent comprenait : 1** les villages de
Ricey, Lannes, Bagneux-la-Fosse, Beauvoir, Bragelogne;
2** le percursus ou parcours^ dit de Saint-Vincent (5) ;
3° le grand terrage de Molême et de Channes.
Nous ignorons à quelle époque et par quelle voie les
évoques de Chalon-sur-Saône possédèrent de ce fief. Ils
lui donnèrent le nom de Saint-Vincent qui est le patron de
la cathédrale de Ghâlon depuis Tan 541 ; c'est sous le vo-
(4) Archiv. Côte-d'Or, Origin, Molême,
(2) Ihid., Ongin.
(3) Ibid., Origin.
(4> Archiv. Aube. Vente des biens nationaux, no 81.
(5) DuGANGE, Glossar.^ édit. Henschel v» Percursus, — Brussel,
De l'usage des fiefs, p. 1007.
164 LES RICEYS.
cable de ce saint qu'une chapelle d'abord, puis une église
furent construites à Ricey-Haut, près de la maison qui était
sans doute le cbef-lieu du fief Saint- Vincent et dont l'em-
placement, sur la rivière, au nord de Téglise, s'appelle
encore maintenant le Vieux- Château. Nous allons rappor-
ter, d'après le Cartulaire de Tévêché de Châlon (1), les
hommages rendus aux évéques de Châlon par les comtes
de Tonnerre, Auxerre, Nevers et Bar-sur-Seine pour le fief
Saint- Vincent. Les hommages du xii* siècle sont perdus.
1216 (v. st.). Janvier. A Saint-Brix (Yonne), Pierre de
Courtenay, comte de Tonnerre, Auxerre et Nevers, et plus
tard empereur de Constantinople , rendit hommage à
Durand , évêque de Chalon-sur-Saône , pour les terres de
son domaine qui relevaient de cette église; savoir jBû-
gniacus (Bagniaus, Bagneux-la-Fosse), Bellum videre
(Bauvoir, Beauvoir), Vitrez^ Brachenoille (Bragelogne),
Landes (Lannes), Rici (Ricey) et en outre pour tout ce qui
était renfermé dans ce qu'on appelait le parcours de Saint-
Vincent et pour le grand terrage de Molême et de Channes.
Le comte promet encore que s'il pouvait apprendre quelque
chose de plus touchant ce fief qui relève de l'évéché de
Châlon, il en ferait, de bonne foi, la reconnaissance à l'é-
vêque (1). Pierre fit cet hommage, sicut predecessores ejus.
1218. 14 septembre. Le comte Milon IV de Bar-sur-
Seine fit hommage des mêmes terres entre les mains de
l'évêque Durand, pendant le chapitre général de Citeaux,
(i) Bibliot. nat. latin 17089, p. 414.
(2) CartuL n. 8, 9. — Perry. Hi$t. de Chalon-sur-Saône. Preuv,^
p. 57. « Ego Petrus Cornes Altissidiorensis et Tomodorensis, notum
facio unWersis, quod ego feci hommagium Venerabili Patri Durando
Episcopo Gabilonensi de feodo quod est in terra Tomodori. Inquisivi
autem per bonos viros, quod hec sunt de feodo suo : Bagniacus, Bel-
lum-videre, Vitres, Brachenoille, Landes, Rici; et ultra, quicquid
continetur in percursu sancti Vincentii et magnum terragium apad
Molesmes et Chaones. Promisi etiam quod si quid de dicto feodo po-
tero inquirere, bona Me recognoscam. Actum anno Domini 1216
mense Januario apudS.Priscum.— Ga//ta c/imf.,t.IV, col. 898.— E.
LES BIGETS. 165
auquel il assistait. Le comte reconnut devant les abbés de
Fontenay, Mores et Bussières, tenir en fief relevant de l'évo-
que deChâlon, les terres mentionnées dans l'acte d'hommage
rendu par Pierre de Courtenay; il reconnut aussi que pour
les redevances de ce fief il était obligé de payer tous les ans
25 sols de Provins à Tévêque (1), Le comte Milon était
encore à Bar-sur- Seine au commencement de Tannée
1219, se disposant au voyage de la Terre sainte; c'est donc
à tort que VArt de vérifier les dates le fait mourir le 17
août 1218.
1227. Avril. Gui, comte de Nevers, fait hommage entre
les mains de l'évêque Durand pour le fief de Saint-Vincent
de Ricey; la comtesse Mathilde, sa femme, avait aupara-
vant rendu un pareil hommage à l'évêque. Durand et Ma-
thilde reconnurent qu'ils devaient payer tous les ans aux
évêques de Châlon 50 sols de Provins (2).
1232. Le jour de la Pentecôte, Gui, comte de Nevers,
rend hommage à Guillaume, évéquc de Châlon, pour le fief
de Ricey : Il déclare par ses lettres que « n'ayant pu avoir
de sûreté pour venir à Châlon à cause de ses ennemis , il
avait prié l'évêque de cette ville de vouloir prendre la peine
de venir à Moulins-Engilbert : que l'évêque y étant arrivé,
il lui fit l'hommage qu'il lui devait pour les terres et les
seigneuries qu'il possédait en fief de Févêché de Châlon :
qu'il fit hommage en ce lieu-là sans pourtant en vouloir
tirer conséquence pour préjudicier aux droits de l'église de
Châlon : enfin il donna reconnaissance de cinquante sols
payables tous les ans à la fête de Saint-Vincent (3). »
1247. Juin. Coulanges-sur-Yonne. Mahaut, comtesse de
Nevers, femme d'Eudes de Bourgogne, rend hommage à
(1) CartuL n. 10. — Perry. Op, ciL, p. 157,
(2) Cartul. n. 11, 23. — Perry. Op. ciL^ p. 164. — Gallia chnat^
t. IV, col. 901. — B.
(3) Cartul, n. 12, 13. — Perry. Op. dt., p. 168. — Gallia christ^
t. IV, col. 902. — D.
166 LBS RIGETS.
Alexandre de Montaigu, évéque de Châlon, pour la teire
de Saint-Vincent dé Ricey (1).
12G5. Samedi avant saint Laurent. Eudes, comte de Ne-
vers, déclare qu'il a rendu hommage à Gui II de Senecey,
évêque de Châlon, pour le flef de Ricey (2).
1267. (v. st.). Mardi, après la Purification. Jean Tristan,
fîls de Saint-Louis et sa femme Yolande, fille d'Eudes de
Bourgogne et de Mahaut II, comtesse de Tonnerre et de
Nevers, font hommage de la terre des Riceys à Gui de
Senecey, évêque de Châlon. Cet hommage « fut rendu à
Saint-Denis en France, mais par une pure gratification du
prélat, à Tavenir Tristan et ses successeurs seront obligés de
rendre hommage à la façon qu'il fut toujours rendu aux évo-
ques de Châlon, par les seigneurs feudataires de Ricey (3). »
Yolande avait été pourvue par forme de dot du comté de
Nevers et des baronnies de Donzi et des Riceys en épousant
Jean Tristan, par traité du mois de juin 1265.
1269. Veille de Saint-Jacques. Jean Tristan fait hom-
mage pour la terre de R»cey à Ponce de Syssey, élu évéque
de Châlon. Apvd Tronarium, diocèse de Bayeux (4).
1272. Beaune. Vendredi, après l'octave des glorieux
apôtns saint Perre et saint Paul. Yolande de Bourgogne,
comtesse de Nevers, fait hommage à Ponce de Sissey pour
la terre de Ricey, et déclare que l'évêque lui a fait une fa-
veur en consentant qu'elle lui rendit cet hommage à Beaune
et non pas à Châlon : n'ayant point de sceau elle aurait prié
le très-illustre duc de Bourgogne, son père, d'y apposer le
sien (5).
1276 (v. st ). Le mardi avant les Rameaux, à Paris. Les
chargés de procuration de Charles I", roi de Sicile, frère
(1) Cariul. n. 14. — Perry. Op, ctY., p. 180. — G(Ulia christ,
t. IV, col. 905. — A.
(2) Gailia christ., col. 907. — E.
(3) Cariul. n. 16. — Perry. Op. cit., p. 193, 194.
(4) CavtiU. n. 17.
(5) Cartul. n. 18. — Perry. Op. cit., p. 198.
tBS RICBTS. 167
de teint Louie ; et de Marguerite de Bourgogne^ comiesse
de Tonnerre, sa femtnei font hommage à Guillaume
Dublé, évêque de Chftlon, pour le fief de Ricey et ses
dépendances (1).
12^. Marguerite, reine de Sicile, jure fidélité au
même évêque pour le fief de Ricey. « Nos Marguerite, par
la grâce de Dieu Royne de Jherusalem et de Sicile, Com-
tesse de Tornorre, façons savoir à tous ceaus qui verront
ces présentes lettres^ que nous avons fait hommage man*^
nuaul à honoré Père Guillaume par la grâce de Dieu,
éuesque de Chalon, dou fyé que nous tenons de luy, qui est
céans, c'est assauoir : Baigniaux, Beauuoir, Vitres, ftnBdche-
genoiile, Landes, Rici; et outre, ce qui est contenu ou par-
cours Saint-Vincent, et le grand terraige de Molesmes et de
Chaones, et pour ce fyé nous douons rendre en reconnois-
sance au douant dit évesque et à ses successeurs perdurable-
ment chascun an cinquante sols de prouenoisiens à la feste
de Saint- Vincent ; et sûmes tenue nous, et nos hoirs faire U
homaige de mains pour ledit fyé, et à ceux qui après li vin-
dront; auons promis audit éuesque que se nous trouvons
plus de son fyé, que nous li reconostrons ; vuillans et oc-*
troyans, que se li dis éuesque a receu de nous honmiaige
dou deuans dis fiez à Saint-llarcel près de Paris, c'est de
grâce especial, que nuns préjudice l'en puisse venir, ne i
ses successeurs, ains cognoissons que nous sumes tekiue de
faire ledit fyé es lieux iadis accoustumez. On tesmoin^ de
laquelle chose nous li auons données ces lettres scellés de
nostre seel. Données à Saint-Marcel près de Paris Tan de
grâce 1285, le jeudy deuant la Natiuité de N.-S. (2)« d
1 297 . Guillaume de GhâlM^ comte d^Auxerre et de Ton^*-
nerre, faisant hommage a Tévéque de Langres pour le
comte de Tonnerre, réserve en cet honunage les fiefs qu'il
(1) Cartul. n. 19, 20, 21. — Perrt, p. ^. — Gatlia chrUtt
t. IV, col. 911. — E.
(2) Cariul. n. 22. — Perrt. Preuv., p. t5.
168 LES BIGST8.
tenait du duc de Bourgogne et de Tévêque de Châlon,
c'est-à-dire les fiefs de Ricey, Lannes, Bagneux, etc., qui
faisaient partie du comté de Tonnerre (i).
(Guillaume de Châlon devint comte de Tonnerre par la
donation que lui en fit la comtesse-reine Marguerite, sa
tante maternelle, le 2 janvier 1293.)
1306. Vendredi après la Conception de N.-D. ce Dreux
de Mcllot, sire de Sainte-Hermine, garde dou conte d*Au-
cuerre 1 1 de Tounerre pour raison de bail » fait hommage,
à Paris en la maison du Temple, à Robert de Decize, évèque
de Châlon (2).
1324. Robert de Bourgogne, comte de Tonnerre, rend
hommage à Bertaud de la Chapelle, évèque de Chftlon, à
cause de la terre de Ricey, et ordonne de lui payer tous les
ans 50 sols pour ce fief (3).
(Robert, cinquième fils do Robert II, duc de Bourgogne,
était marié à Jeanne, fille de Guillaume de Châlon, par
contrat du 8 juin 1321.)
1327. (v. st.). 23 mars. Marguerite, comtesse de Nevers,
rend hommage au même évèque pour les terres de Beauvoir
[Bellivideré)^ Bragelogne (Branchenouille)^ Ricey (4).
(Marguerite de France, fille de Philippe-le-Long, fut
mariée à Louis 1*% comte de Nevers, par contrat du 22 juil-
let 1320.)
1502. André de Poupet, évèque de Cbâlon, obtient un
arrêt du Parlement de Paris contre Louis P' de Husson,
comte de Tonnerre, pour les terres de Ricey et autres dé-
pendant de Téglise Saint-Vincent de Châlon (5).
1 652. « Le sieur Vignier, gentilhomme de la chambre du
roi, neveu et cousin germain des sieurs Vignier père et fils,
(1) Perry. Op. cii.f p. 210.
(2) Cartul. n. 24.
(3) Cartul. n. 25. — Gallia christ.^ t. IV, coL 918. — A.
(4) Gallia christ^ col. 918, — C.
(5)/&id., col. 935.^.6.
LES BICBT8. 169
vint à Ghftlon. Il y rendit hommage le 26 octobre pour
le fief de Saint* Vincent de Ricey et ses dépendances,
au nom des héritiers de feu sieur Nicolas Vignier, à Mon-
seigneur Jacques de Nuchezes, évêque de Châlon. Ce fief
est un des plus beaux fleurons de son évêcbé (1). »
Cet hommage rendu pour Louis Vignier regardait les
terres de la baronnie de Ricey, de Bagneux et de Beau-
Toir (2).
CHAPITRE VI.
Divisions territoriales auxquelles appartenait
Rioey.
Identité do Reeiaeus des chartes de Léothérie et d*Ingort avec Rieey-sur-
Laignes (Aube). — Au moyen-âge, Ricey appartenait au pagus Laticensls
et à l*archidiaconé du Laçois, diocèse de Langres.
I I. — Identité du Reeiaeus des chartes de Léothérie et d'Ingora
avec Ricey-sur-Laienes (Aube).
Le Reeiaeus des chartes de Léothérie et dlngora, a été
diversement interprété par les anciens et par les modernes.
Les premiers, c'est-à-dire les Bénédictins d'Âchery (3),
Mabiîlon, Gotron, Bouquet (4), traduisent Reeiaeus^ Re-
tiacus, Rieiaeus par Ricey ; Pardessus (5) et quelques mo-
dernes à sa suite prétendent que le Reeiaeus en question
est Recey-sur-Ource (Côte- d'Or), arrondissement de Châtil-
lon. Mais si on se reporte à ce que nous avons dit sm:
Téglise de Saint- Pierre de Ricey et sur le prieuré de
(i) Pbrry. Op, cit., p. 456.
(2) CSaumartin, Recherches de la noblesse de Champagne^ art.
YlONlER.
(3) Spicileg., t. II. Chronic, S. Pétri Vm, ad ann. 1113.
(4) Historiens de France, t. XIV, p. 204. — E.
(5) Diplom.j t. II, p. 231.
170 U» BtCETS.
Notre^Dame^U-Failx, la question paraît é^iàttMièût trtuoh*
cbée en faveur des Bénédictins. Les preuves surabondent :
1** D*après les pouiUés, terriers et censiers rédi^ à
patiir du xv* siècle, les abbayes de Saint-Pierre-le~Vif et dt
Moutier-*Saint-Jean ne possédaient rien à Ricey-sur-Oiurce ;
2*" A partir du xiv* siècle, les archives de Saint-Pierre^le-
Vif et de Moutier-Saint-Jean sont pleines de documents
concernant les propriétés de ces deux abbayes à Ricey-sur-
Laignes ;
3° Nous avons cité une foule de documents du commen-
cement du xii'* siècle à la fin du xiii'*, se rapportant au vil-
lage de Riciaciis, Riceias^ et qui établissent péremptoire-
ment l'identité de ce Riciacus avec le Reciacus des chartes
de Léothérie et d'Ingora. Or, le Riciacus désigné dans les
documents du \\f siècle et du xm"* est incontestablement
Ricey-sur-Laignes, proche Molême. Ainsi nous avons vu
que du village de Riciacus Riceius dépendaient, dès le
xii*" siècle, les écarts de Lannes, du Magny et de la Couche.
Or, à Texception de ce dernier qui est détruit, ces écarts ap-
partiennent encore maintenant à la commune de Ricey-sur-
Laignes.
En 1244, dans la charte d'Erardde Brienne, seigneur de
Ramerupt (1), les finages de Lannes et du Magny sont
déterminés d'une manière précise : wter Riceium et Mo^
lismum ex unâ parte, et inter Balneolum et Mmseium
ex altéra. C'est Ricey-sur-Laignes entre Molême, Mussy et
Bagneux-la-Fosse .
C'est ce même village qui est désigné dans la vie du
bienheureux Pierre. Ce religieux mort en 1136, allant de
la Ferté-Gaucher (Seine-et-Marne) à Molême (Côte-d'Or),
pour recevoir de l'abbé, la mission de diriger les religieuses
de JulIy-les-Nonnains (2), arriva un soir à Riceius. (Sdon
(1) Cfr. chap. IV ci-dessus.
(2) Il ne reste plus maintenant du priraré de Jully-lee-Nomains
LBS RIGSTS. 171
toute probabilité, il suivit le chemin direct pâmant par
Esternay, Anglure, Méry-sur-Seine, Troyes, Bar-sur-
Seioe.) Pour gagner Molême , il faut passer la rivière ,
Pierre, au lieu de prendre le gué, entra avec son suivant dans
une fosse sans fond, d'où ils ne sortirent que par miracle-
Robert, seigneur de Ricey, qui rencontra le Bienheureux,
lui oCTrit une hospitalité généreuse. Or, on lit dans le texte
que nous citons : VadamRiceuqui locus a Molismis duobus
miiliariis distat (1). Il s'agit donc évidemment de Ricey-
sur-Laignes.
4* Enfin, l'église de Saint^Pierre désignée dans la
charte de Léoihérie, église qui devint Tobjet d'un long
procès entre les abbayes de Saint-Pierre-le-Vif et de Mou-
tier-Saint-Jean, et qui fut enfin donnée à Moutier-Saint-
Jean, est certainement l'église Saint -Pierre de Rîcey-Bas,
comme nous l'avons démontré : d'ailleurs elle ne peut être
l'église de Recey-sur-Ource ; car d'un côté cette église,
d'après les pouillés de Langres anciens et modernes,
était dédiée à Saint-Remy, et d'im autre côté Tévéque
de Langres en fut toujours le collateur et non l'abbé
de Moutier-Saint-Jean. Quant au prieuré de Notre-Dame^
du-Faux qui se rattache indissolublement à la donation
de Léothérie et d'Ingora, il était incontestablement sur
le territoire de la paroisse de Saint-Pierre de Ricey-Bas et
ne peut aucunement, comme nous l'avons vu, se rapporter à
la paroisse de Recey-sur-Ource.
qae là ferme de JoUy, sur remplacement du diâteau dn comte Mi-
Ion II de Bar-sur-Seine. Cette ferme est située dans le triangle formé
1^ Sennevoy, Stigny et Fontaine-les-Sèches (Yonne). Voir notre tra-
vail : Nouvelles recherches sur Jully-les^Nonnains et JtUly-sur'
Sarce,
(1) Ghifflbt, Genus illust. S. Bemardi^ p. 145-146. Les deux
milliaires, ici, répondent à deux lieues gauloises anciennes, distance
de Ricey-Bas à Moléme.
172 LB8 RIGET8.
S II* — Au moyen-âge, Ricey appartenait au pagus Laticensis
et à rarchidiaconé du La; ois, diocèse de Langres.
Aux termes des chartes de Léothérie et d'Ingora, Ricey
appartenait au Pagus Laticensis^ le Laçois; il dépendit
constamment de rarchidiaconé du Laçois et formait limite à
Test. Dans un autre trayail nous avons rappelé les limites du
Pagus Laticensis, qm furent conservées dans les limites
de l'ancien archidiaconé du Laçois (1). M. Guérard a pré-
tendu que la création des plus anciens archidiaconés ruraux
ne remontait qu'au ix* siècle et conséquemment qu'ils ne
pouvaient donner les vraies limites des pagi (2). Mais
M. Desnoyers a prouvé que pour beaucoup de diocèses, la
division en archidiaconés ruraux était bien antérieure au
IX* siècle (3), et le diocèse de Langres est du nombre,
comme nous l'avons dit ailleurs (4). Le pagus et l'archidia-
coné du Laçois s'étendaient du midi au nord dans les dé-
partements actuels de la Côte-d'Or et de TAube. Au midi,
entre la rivière d'Aube et la Laignes, leurs limites étaient :
Bure-les-Templiers et la vallée des Avents, au sud-^st (di-
plôme de l'an 887) (5); et Laignes (charte de Tan 632) (6),
puis de Griselles (7) au sud-ouest. En entrant dans le dépar-
lement actuel de l'Aube, le pagus et Tarchidiaconé du côté
(1) Les anciens pouillès des paroisses incorporées au diocèse de
Troyes en iSOi^ p. 18.
(2) Essai,., divisions territor. de la Gaule^ p. 87.
(3) Anniiaire historique^ 1859, p. 145 eipassim.
(4) Les anciens pouillès,.., p. 5.
(5) C'est ainsi que nous interprétons un diplôme de Charies-le-
Gros, 15 février 887 : c Pagi Laticensis... quae in Anavancis et in
Buris consistunt. » (Archiv. Hte-Mame. Origin. F. Langres. G. 1,
no 13, publié par Th. Sickel, Diplôme, p. 423, no xv.)
(6) Perard, Recueil, p. 7. — Pardessus, Diplomata, t. II, p. 14.
(7) In archidiaconatu Laiicensi : Prior de Grisoliis (GriseUes-
sur-Laignes), Prioratus Vendoperx et prioratus Sanctœ Eulaliœ
quos tenet episcopus. {Historiens de France, t. XXI, p. 536.)
LES RIGETS. 173
de Touest, traversaient la Laignes, ensuite la Sarce, et
comprenaient Bagneux-la-Fosse et Avirey, puis atteignaient
jusqu'à THozain et comprenaient Lantages, Vougrey et le
prieuré d'Oze. A Test, le point le plus extrême était, après
Vitry-le-Croisé, le prieuré de Sainte-Eulalie (1) (dont l'em-
placement est sur le territoire actuel de la paroisse d'Ur-
Tille, canton de Bar sur- Aube) . Au nord, la paroisse de
Yendeuvre-sur-Barse formait la limite. Les actes du con-
cile de Troyes en 878 nous apprennent que Vendeuvre
appartenait déjà au diocèse de Langres (2). Le prieuré de
Vendeuvre est désigné dans un rôle de la collecte des dé-
cimes en 1247, comme appartenant à Tarchidiaconé du
Laçois (3).
Ricey appartint jusqu*à la Révolution à Tarchidiaconé du
Laçois.
Pendant le cours du moyen-âge, Tarchidiaconé du
Laçois ne subit qu'une légère modification dans toute l'éten-
due qui appartient maintenant au département de l'Aube, le
prieuré de Sainte-Eulalie, dès le commencement du xv' siècle
appartenait à l'archidiaconé et au doyen de Bar-sur-
Aube (4). Le vaste archidiaconé du L)çois ayant été divisé
en doyennés, dans la seconde moitié du xii* siècle, on voit
dans le siècle suivant que Ricry appartenait au doyenné de
Bar-sur-Seine et qu'il formait au>si la limite de ce doyenné.
A la même époque, Molême, proche Ricey, passait du pagus
et de l'archidiaconé du Laçois dans l'archidiaconé du Ton-
nerrois et était érigé en chef-lieu de doyenné comme nous le
rappelons dans le chapitre ix.
(4) Cfr. (7).
(2) Labbe, Conc.j t. IX, col. 308. — E.
(3) Cfr. (7).
(4) Les anciens pouilléSy p. 17 et 46, n* 6.
174 LB8 RIGET8.
CHAPITRE VIL
Les seigneurs de Rloey.
Le ehâteao de Ricey-Bas. — Catologue des Seigneun. — Adminlstratioa
eÎYile à Tépoque moderne.
§ I. — Le château de Ricey.
Le chftteau proprement dit de Ricey, servant de rési-
dence aux seigneurs, était à Ricey Bas. U ne paraît pas avoir
été habité pendant une grande partie du xiv^ siècle et le
commencement du xv*. A cette époque, il se composait de
deux grands corps de logis avec une cour fermée de mu-
railles et défendue par une tour. En 1450, Marie d'Amboise
fit bâtir deux tours et un grand escalier, à la porte duqud
on voyait, au siècle dernier , les armes de la maison
d'Amboise. En 1506, Anne de Laval, femme de Georges
de Créqui II, baron de Riçey, fit faire une galerie au château
et la grosse tour. Les autres bâtiments furent édifiés par les
autres seigneurs de la maison de Créqui. Le château de
Ricey était entouré de fossés murés de 1 4 toises, avec trois
ponts en pierre et des ponts-levis au corps-de-logis, à la
basse-cour et au jardin. Sept tours défendaient le château :
la grosse tour ou tour Laval qui avait 6 toises de diamètre
et la muraille sept pieds et demi d'épaisseur; la tour Robert;
la 3* et la 4'' qu'on nommait les tours d'Amboise; la
5*" qu'on nommait la tour de Créqui ; les deux dernières qiM
n'avaient que deux pieds et demi d'épaisseur, étaient sans
nom. La famille Vignier avait fait embellir ce château :
trois salles et neuf chambres portaient le nom et les annes
des alliances de la* famille Vignier (1).
(1) Nicolas DE LA Brossb, Description de la terre et harannie de
BÙey^ 1654, p. 8 et suiv.
LES MGET8. 175
n ne reste plus aujourd'hui des anciennes constructicms
qa*un angle avec retour d*équerre et une tour ; le comble en
est fort élevé et les murs sont très épais. Les ouvertures des
fenêtres sont coupées par des croix et chargées de profils qui
indiquent un édifice du xvi* siècle. Nous ne parlons pas des
constructions ajoutées depuis la Révolution.
§ II» — Catalogue des seigneurs de Ricey.
Nous ayons trouvé un catalogue des seigneurs de Ricey
portant ce titre : « Généalogie des Seigneurs de Ricey de-
puis Tan 1086 jusqu'à Tan 1646, tirée de plusieurs chartes,
titres et papiers^ qui sont es abbayes de Molesme, de Saint-
Pierre-le-Vif de Sens, de Mores; et de divers contrats, tant
d'acquisitions qu'autres concernant ladite terre : Par Charles
Vignier, escuyer demeurant à Bar sur-Seine (1). » Ce cata-
logue rédigé en 1 646 comme le dit plusieurs fois Vignier,
Ait imprimé textuellement en 1652 par Nicolas de la Brosse,
dans sa description de Ricey ; nous ne savons pas si ce fut
a^ec l'agrément de l'auteur. Nous complétons ce catalogue
avec les chartes et documents que nous avons cités dans
notre travail auquel il suffira d'avoir recours pour vérifier
les dates indiquées.
Pendant presque toute la durée du xi* siècle, les docu-
ments nous manquent. Toutefois, le catalogue suivant
prouve d'une manière certaine que, dès le milieu du xi' siè-
cle, il existait des seigneurs de Ricey résidant dans cette
localité.
1. En 1065^ HuMBERGB DE RiCET, la grand-mère mater-
nelle de Saint-Bernard de Clairvaux, mariée à Bernard,
seigneur de Montbar. Bumberge était certainement la fille
du seigneur de Ricey, puisque Bernard, seigneur de Mont-
bar, que Jean-TËrmite appelle Viri poientis et magni
^r
(i) Biblioth. nation. F. FranCy 5995, fol. 242 et «ttiv.
176 LES BIGIT8.
secundum seculam, l'avait épousée. Peut-être que le sei*
gneur de Ricey, que nous plaçons vers Tan 1 050, n'est autre
que celui qui suit :
II. Haton de Ricet et sa femme Boveline. Us eurent
pour enfants : Robert (qui suit), Gauthier et Othon, qui,
tous à l'exception de Robert, étaient morts avant 1110.
III. Robert de Ricet. 1086. Agnès ^ sa femme, morte
avant 1110.
IV. Robert de Ricet. 1129. (Peut-être le même que le
précédent) et Othon, son fils. Avant 1136, Robert reçoit
dans son château le B. Pierre, dit de Juilly, qui allait à
Jully-Ies-Nonnains en passant par Moléme.
V. Ulric de Ricet. 1173.
VI. Robbrt-ue-Petit de Ricet. 1 190. Ses frères Thomas
de Lannes, chevalier, et Milon, écuyer; c'est avec leur
consentement qu'il donne à l'abbaye de Molême trois setiers
de grain à prendre tous les ans sur les dîmes de Vertaut.
(2* Carhd. Molême, fol. 149, v*.)
YII. Olivier de Ricet. 1214-1234. Marguerite, sa
femme; Gui, Milon et Guillaume, ses enfants. — A la même
époque, nous trouvons seigneurs en partie de Ricey : —
Thomas de Lannes, 1213; — • Itier de la Brosse, seigneur
de VilIiers-le-Bois (1216-1219), marié à Agnès, qui
eurent pour enfants : Hier de la Brosse, André, chevalier
de la Brosse, seigneur de Villiers-le-Bois, et Barthélemi,
seigneur de Polisy.
VIII. Guillaume de Ricet, encore écuyer en 1244, mort
avant 1295 ; il était fils d'Olivier de Ricey et de Marguerite.
Guillaume fut marié à Marguerite; ils eurent pour fils
Thomassin. — A la même époque, seigneurs en partie :
Thomas de Lannes et ses enfants, Guillaume et Eudes de
Gyé, 1238; Jacques de Ricey, écuyer, 1251 ; Itier de la
Brosse et Alix, sa femme, et Geofiroi de Polisy, leur
oncle, 1259 ; Gauthier de la Brosse, 1286.
IX. Thomassin de Ricet. 1295. Fils de Guillaume et de
LES RIGBTS. 177
Marguerite. Cette dernière vivait encore au mois de jan-
vier 1295.
X. Guillaume de Ricey. 1303. Ecuyer, fils de Tho-
massin; il fut marié à Marguerite. — « En 1331, Mar-
guerite de Grancey-le-Cbâteau, dame de Bosjehan, fille
d'Eudes de Grancey, vendait sur Ricey quelques héritages
aux chartreux de Luigny » (Vignier).
XI. Jean d'ANxiCNY, dit de Sainte-Croix, 1364-1391, et
Mahcmlt de Chdlon, sa femme, seigneurs de Ricey-Bas et
de Ricey-Haute-Rive, donnèrent plusieurs franchises aux
habitants desdits lieux et particulièrement la franchise des
marchés et foires et l'exemption du droit de minage.
— Mahaut, fille de Jean III de Châlon, comte d'Auxerre et
de Tonnerre, avait porté la terre de Ricey à Jean d'Antigny,
seigneur de Savigny et de Revermont auquel elle fut mariée
en 1364. — A la même époque, Othes de Roeux, seigneur
de Trasignies et de Silly, était en 1381 seigneur de Ricey en
partie; il avait épousé Isabelle de Châtillon, fille de Gaucher
de Châtillon IV, comte de Porcean et de Jeanne de Conflans.
En 1389, Isabelle, dame de Trasignies et de \idrues, était
dame de Ricey en partie. — Louis de Vaucelles et sa
femme Jeanne de Menessaire (Côte-d'Or), avaient part à la
terre de Ricey avant 1397. Cette année même, Jean de
Clamiéres, à cause d'Yolande, sa femme, fille de feu
Louis de Vaucelles et de Jeanne de Menessaire, avait part à
la terre de Ricey. Jeanne de Menessaire se remaria à Guil-
laume deVigniau.
XII. Nicolas Rolin. En Tan 1440, noble et puissant sei-
gneur Nicolas Rolin, chancelier de Bourgogne, était sei-
gneur d'Autume, d'Ougné (où il fit bâtir un château) et de
Ricey. II mourut au lieu d'Autume en Bourgogne, le
28 janvier 1441. Il fut enterré à Autun, dans Téglise col-
légiale de Notre-Dame qu'il avait fondée. Il avait épousé
Guionne de Salins, inhumée à l'hôpital de Beaune, fondé
par son mari. Entre autres enfants, ils eurent Guillaume et
f. XXXTI. 12
178 LES RICEYS.
Louise, épouse de Jean, seigneur de Chateauvillain et de
Grancey. Ses armes sont de gueule à trois clefs d'or en
pal.
(En Tan i 457, Jean de Moustiers, écuyer, se qualifie sei-
gneur de Chesley et de Ricey en partie.)
XIII. Guillaume RoLiN. En Tan 1464, noble et puissant
seigneur messire Guillaume Rolin, chevalier, fils de Nicolas
Rolin , était seigneur d'Auricourl, de Vauvrin , de Beau-
champ, de Ricey et do Gyé.
(En Tan 1473, ledit Guillaume est seulement quaUfié
seigneur de Ricey-le-Bas.)
XIV. François Rolin. En Tan 1488, haut et puissant sei-
gneur messire François Rolin, chevalier, fils de Guillaume,
conseiller et chambellan du roi, était seigneur de Ricey et de
Beauchamp. 11 épousa Jeanne de Bourbon,
XV. Robert de Sarrebrughe. En Tan 1491, noble et
puissant seigneur messire Robert de Sarrebruche, chevalier,
comte de Braine, seigneur de Commercy et d'Arnicourt,
acquit la terre de Ricey. Il avait épousé Marie dAmboise^
le 5 février 1487 (v. st.). En 1492, ils cédèrent la terre de
Polisot qu'ils avaient acquise de messire François Rolin,
à noble seigneur GuyotBonnot, dit de Lantages, seigneur
de Belan et de Buxeuil, qui leur donna en échange la terre
de Prissey-les-Lonjeau, proche de Langres. En 1 497, Robert
de Sarrebruche succéda à Jean de Sarrebruche, son oncle,
dans le comté de Roucy. Il confirma, en Tan 1502, les li-
bertés et franchises données aux habitants de Ricey-Bas et
Ricey-Haute-Rive, par Jean de Sainte-Croix el Mahaut de
Châlon.
XVI. Marie d'Ahroise et Ame de Sarrebruche. En Tan
1504, Marie d*Amboise, comtesse de Braine et de Roucy,
dame de Commercy, Ricey, Montmirel, Pontarey, Bagneux
et Beauvoir, avait la garde noble d*Amé de Sarrebruche,
son fils, comte de Roucy et de Braine; en l'an 1506, eUe
est qualifiée seule dame de Ricey et des terres d-dessus.
LES RIGETS. 179
En 1520, Amé de Sarrebniche, comte de Braine et de
Roucy, héritier de Marie d'Amboise, est ea procès avec
Molème au sujet du fief de Saint-Louis. En l'an 1525,
messire Amé de Sarrebniche se qualifiait encore comte de
Braine, de Roucy, et seigneur de Ricey.
XVII. Jean VI de Crèqui. En l'an 1507, Jean VI de
Créqui, de Pontdormy et de Fressin, chambellan ordinaire
du roi, avait épousé Marie dAmboise^ veuve de Robert de
Sarrebruche, et était seigneur de Ricey, Bagneux et Beau-
voir par sa femme qui mourut en 1519.
XVIII. Georges I" de Créqui. En Fan 1562, vivait
Georges T' de Créqui, fils de Jean VI et de Marie d'Amboise,
seigneur de Ricey, Bagneux et Beauvoir, qui avait épousé,
le 21 avril 1535, Jeanne deHumières^ dame de Magnans,
fille de Jean III, seigneur de Humières, Monchi... et de
Françoise, dame de Contay, Forêt, Nointes. Un siècle
auparavant, la famille de Créqui s'était déjà alliée à celle
de Humières.
XIX. Georges II de Créqui. Le susdit Georges de Créqui
eut pour fils Georges II de Créqui, chevalier de l'Ordre du
roi, seigneur et baron des mêmes terres, qui avait épousé,
en 1570, AnnedeLaval^ fille de René II de Laval, seigneur
de Bois-Daupiiin et vicomte de Brcsteau, et de Marguerite
de Broyés, dame de Nanteuil-le-Haudoin ; laquelle, en
1586, a fait faire la galerie du château de Ricey et la grosse
tour. En 1588, elle obtint de Henri III des lettres-patentes
pour les fortifications des trois bourgs (Archiv. de la mairie
de Ricey).
XX. Anne de CrAqui. Georges II eut pour fils Anne de
Créqui, chevalier, seigneur et baron des mêmes terres. Il
avait épousé Catherine Le Roy^ fille de Jacques Le Roy,
seigneur de la Grange, gouverneur de Melun. Le 25 janvier
1603, transaction entre Anne de Créqui et les habitants
des Riceys au sujet des fortifications de Ricey-Bas, proche le
diàteau, la rivière et la rue de Tlle (Archiv. de la mairie
180 LES RIGEYS.
de Ricey). Anne de Créqui mourut en 1616. Catherine Le
Roy, sa veuve, devint et est en cette présente annnée 1646,
supérieure du monastère des filles de Saint-Bernard, proche
Paris,
XX. Urbain de Créqui. Anne de Créqui et Catherine
Le Roy ont eu pour fils Urbain de Créqui, chevalier, sei-
gneur et baron desdites terres, lequel avait épousé Marie
Vignier, fille de messire Jacques Vignier, conseiller ordi-
naire du roi en son conseil d^Etat, seigneur et baron de
Villemaur, Saint-Liébault, JuUy, et la Chapelle-Gauthier,
en Brie; et de Marie de Mesgrigny. Marie Vignier devint
veuve en 1621 ; puis épousa, en 1623, messire François,
comte de Clermont et de Tonnerre; ils sont à présent vivants.
XXII. Jacques Vignier et Marie de Mesgrignv. Après la
mort d*Urbain de Créqui, ledit sieur Jacques Vignier, son
beau-père, traita avec les héritiers et créanciers dudit sieur
de Créqui, et fut seigneur desdites terres en Tan 1622,
dont il a joui jusqu'en Tan 1631, qu'il est décédé en son
château de Ricey.
En 1630, arrêt du parlement relatif aux anciennes fran-
chises réclamées par les habilants de Ricey et refusées par
Jacques Vignier (Archiv. de la mairie de Ricey).
XXIII. Nicolas ViQNiER. Messire Nicolas Vignier, cheva-
lier, baron de Saint-Liébault, conseiller au grand conseil,
maître des requêtes, conseiller ordinaire du roi en son
conseil d'Etat, intendant de la justice, police, finances,
marié à Anne de Flécelles, fils aîné de Jacques Vignier, a
été seigneur et baron desdites terres de Ricey, Bagneux et
Beauvoir, par le partage fait avec le sieur Vignier, son
frère, baron de Barbezieux, Villemaur... conseiller d'Etat,
intendant des armées royales et de la cour du roi ; et ladite
dame Marie Vignier, comtesse de Tonnerre, sa sœur, en
Tan 1633. Il vit encore en la présente année 1646.
[Ici finit le catalogue de Charles Vignier.]
Les enfants de Nicolas Vignier sont : Marie Vignier, re-
LBS RICETS. 181
ligieuse annonciade, Catherine Vignier, religieuse carmé-
lite, Louis Vignier, et Abel-Jean Vignier,
XXIV. Louis Vignier. Fils de Nicolas Vignier et d'Anne
de Flécelles , marquis de Ricey , épousa Marie Petau.
Abel-Jean, frère de Louis, marquis de Haute-Rive, sei-
gneur de Bagneux et de Beauvoir, fut marié à Françoise de
Neuville. Le 24 mars 1646, acte de garde-noble à Louis,
Catherine et Abel-Jean, ci-dessus nommés. En 1652, aveu
et dénombrement de la terre de Ricey à Févêque de Chalon-
sur-Saône par Louis Vignier, baron de Ricey.
Lettres patentes du mois de juillet 1659, portant érec-
tion de la baronnie de Ricey en marquisat, en faveur de
Louis Vignier. Le 2 octobre 1659, partage de la succession
de Nicolas Vignier entre Louis Vignier, marquis de Ricey,
Bagneux, Beauvoir, et Abel-Jean Vignier, marquis de Haute-
Rive.
XXV. Auguste-Robert de Pomereu, ûls de François de
Pomereu et de Marie Baron, fille de Pierre Baron, fut che-
valier, seigneur de la Brelesche, Saint-Nom, Valinarlin,
marquis de Riceys, conseiller au Grand-Conseil le 18 jan-
vier 1651, maître des requêtes le 31 juillet 1656, inten-
dant de Bourbonnais en 1661, président au Grand-Conseil
en mars 1662, intendant en Auvergne en 1663, à Bourges
et à Moulins en 1664, conseiller d'Etat, prévôt des mar-
chands de Paris en 1676, intendant en Bretagne en 1689,
président en la Chambre royale de l'Arsenal^ conseiller au
Conseil royal des finances en 1697, premier commissaire du
roi aux Assemblées du clergé. Il mourut le 7 octobre 1702,
âgé de 75 ans, et fut inhumé en sa chapelle, au charnier
des Innocents. 11 avait épousé, par contrat du 19 décembre
1634, Agnès Lesné, morte le 14 juin 1727, âgée de 97
ans, fille d'Aubin Lesné, maître des comptes, et d'Agnès
de la Barre. 11 eut pour successeur son fils.
XXVI. Jean-Baptiste de Pomereu, chevalier, seigneur de
la Bretesche, marquis de Ricey, fut successivement conseil-
182 LES RICBTS.
1er au p»*lenient de Paris le 30 décembre 1678, maître des
requêtes le 15 mars 1685, intendant d'Âlençon en 1697,
de Champagne en 1701, maître des requêtes honoraire le
8 janvier 1713, et mourut le 13 février 1732, âgé de 76
ans. Il avait épousé, le 1 8 décembre 1682, Marie^Michelk
Bernard, morte le 20 mars 1 747, (ille de Jacques Bernard,
maître des comptes à Dijon, et de Louise Aimeray. Ses deux
fils aines lui succédèrent.
XXVIL Michel-Gervais-Robert da Pomerbu, mirquis de
Riceys, né le 25 octobre 1685, conseiller au parlement de
Paris le 17 mars 1706, maître des requêtes le 8 janvier
1713, sur la démission de son père, intendant d'Alençon
en janvier 1720, de Tours en août 1726, de Pau en mars
1731, mort à Âuch le 27 décembre 1734> avait épousé, le
1" mars 1723, Catherine Oursin, morte en couches à
Âlençon en juillet 1724, fille de Jean Oursin, secrétaire du
roi et receveur général des finances de Caen, et de Catherine
Allen. De ce mariage, il a eu Auguste Michel, mort
en 1726. En lui a fini la branche aiuée. Son fière cadet lai
succéda.
XXVIII. Jean-André db Pomereu, marquis de Ricey, se-
cond fils de Jean-Baptiste, conseiller au parlement le 1*' fé-
vrier 1713, mort à Soissons en 1753, avait épousé, par
contrat du 1 3 mai 1 732 , Elisabeth de Gourgue, fille de
Jean-François, marqnis d*Auln ly, comte A^ Vaires, maître
des re(|uétes, et de G itherine-le-Marchand-de-Bardouville.
Il eut pour successeur son fils.
XXIX. Armand-Michel de Pomereu, marquis de Ricey,
né le 1 9 juin 1 734, chevalier de M.ilte de minorité, a quitté
la Croix, a été conseiller au parlement de Paris le 26 jan-
vier 1759, puis reçu président à mortier au parlement de
Rouen en 1 762. Il épousa Anne-Marie-Françoise le Roux
dEsneval, fille de Pierre-Robert le Roux d'Esneval, baron
d*Acquigny, président à mortier au parlement de Rouen, et
LES RICBTS. 183
de Fraoçoise-Catherine Clerel de Rampen, b^roniiQ du
Bois-Normand, mort à Paris ^npoisoooé en 1782,
XXX. Armand-Michel de Pombebu, enfont en bas-âge^
lui succéda. En 1801, il vendit le château et la terre de
Ricey à la famille Houët. M""^ de Zeddes^Houët et M. Charles
de Taisne possèdent encore aujourd'hui ces biens,
S III. — Administration civile de Ricej à Pépoque moderne.
Les Riceys commencèrent à la fin du xiv* siècle à former
trois bourgs distincts connus sous les noms de Ricey-Bas,
Ricey-Haute^Rive et Ricey-Uaut, en remontant le cours
de la Laignes. Au mois d'octobre 1588, le roi Henri III ac-
corda à Anne de Laval, dame des Riceys, la permission de
faire clore de munilles les trois bourgs (1). Au commen-
cement du xviii^ siècle, chacun des trois bourgs était encore
fermé et entouré de murailles, de fossés avec des ponts en
pierre et des ponts-levis.
Les trois bourgs de Ricey avec les villages de Bagneux
et Beauvoir dépendaient de la même justice haute, moyenne
et basse. Cette justice appartenait entièrement au seigneur
de Ricey, et elle était administrée par un bailli avec trente
officiers : un lieutenant, un procureur fiscal, 6 notaires,
4 sergents, 12 procureurs, 4 greffiers, un greffier à Ba<
gneux et un maire à Beauvoir (2).
Le roi Louis XV, au mois de juillet 1740, accorda à
André de Pomereu , marquis de Ricey, de fixer à Ricey-
Bas le siège de la justice pour les trois bourgs (3).
Ricey relevait des rois pour une partie, et de l'évèché
de Chalon-sur-Saône pour Tautre partie. Il appartenait
(1) Ârchiv. de la mairie da Ricey. Goûtant, Recueil de noteSf p. 50.
(2) Gfir. Nicolas de La Brosse, Descriptionf p. 95
(3) Coûtant, Recueil de notes^ p. 143.
184 LES BICET8.
aux généralités de Paris et de Dijon et était situé sur les
confins de ces deux généralités. Les trois bourgs étaient di*
visés entre les deux provinces de Bourgogne et de Cham-
pagne, et rntre les deux intendances de Paris et de Dijon ;
de l'élection de Tonnerre pour Paris, et de la recette de
Bar-s'ir-Seine pour Dijon. Ils étaient aussi divisés par
moitié entre les bailliages de Sens et de Bar-sur-Seine.
Les appellations du juge ressortissaient, les unes au bail-
liage de Bar-sur-Seine, les autres au bailliage de Sens, ce
qui occasion tait souvent des frais immenses à ceux qui
avaient des procès.
On comptait, dans la seconde moitié du xvui* siècle :
A Ricey-Bas. . . . i ^J^^^^^ < «^ ^'^-
( Champagne, 90 —
ABU* ( Bourgogne, 127 —
A Ricey-Haut. . . J ^, ' ^^
'* \ Champagne, 102 —
A Ricey-Haute-Rive. l^'^"^''' f, -
'' ( Champagne, 97 —
619 feux.
Il y avait à Ricey un bureau de traites-foraines sous la
justice et la direction de celui de Langres (1).
(1) Gfir. GouRTEÉPÉE, Histoire de Bourgogne^ t. lY, p. 433,
d> édition.
LB8 RICBT8. 185
CHAPITRE VIII.
Les églises paroissiales des Rlceys.
L*égUie Saiat-Pierr&-èt-Liens dt Ricey-Bas. — L'église Saint-Jean-Baptitte de
Eieey-Haote-Rive. — L'égliie Saint-Vincent de Ricey-Hant.
§ I. — Uéglise Saint-Pierre de Ricey-Bas.
Cette église est la plus ancienne des Irois églises des
Riceys. Le dernier arc-doubleau du collatéral sud du chœur
et ses pied-droits appartiennent au xii* siècle. Les cha{ i-
teaux des deux demii rs piliers du chœur sont du xv* siècle.
Le reste de l'édifice appartient au xvi'' siècle.
L*abside est à trois pans ; le chœur a trois travées avec
des collatéraux et six chapelles, trois de chaque côté. Le
transept est d'une travée, sans chapelle, ne comprenant
que la largeur de la nef et des bus-côtés et étant dépassé par
les chapelles, il forme une sorte de retrait assez désa-
gréable. La nef est accompagnée de collatéraux et de
quatre chaprlles de chaque côté. Cet édifice mesure
48 mètres 40 de longueur, la largeur est de 6 mètres 80 à
l'abside; de 24 mètres 70 au chœur et à la nef, de
18 mètres 50 au transept. La hauteur est de 12 mètres aux
maîtresses voûtes, à l'abside, au chœur et au transept; de
17 mètres à la nef, et de 7 métrés 50 aux collatéraux. Une
galerie obscure règne au-dessous des fenêtres de la grande
nef.
Le grand portail occidental est la partie la plus moderne
de l'église, il ne manque pas de caractère dans son ensemble,
ni de beauté dans ses détails ; c'est la dernière expression
delà renaissance. Sous la voussure sont ouvertes trois portes
IM LIS EICBT9.
qui correspondent à la grande nef. Les portes des basses
nefs, de chaque côté du grand portail, appartiennent à une
architecture plus ancienne; celle du côté droit est go-
thique, et celle du côté gauche est dans le goût de la re-
naissance.
On voit, au transept méridional^ une porte ayec tympan
coqronné d'une archivolte ogivale. Au-dessus du tympan,
une fenêtre ogivale longue et étroite.
Au transept septentrional, la porte est partagée en deux
baies par un trumeau et surmontée d*un tympan ogival dont
le champ est nu; au-dessus, grande fenêtre ogivale à deux
meneaux légers et découpée en compartiments irréguliers.
Une tour rectangulaire est construite sur la voûte cen-
trale du transept; elle est surmontée d'une flèche un peu
grêle dont le sommet est élevé à 7 3 métrés au-dessus du
sol ; les angles sont couronnés de quatre clochetons.
Dans l'église de Ricey-Bas, plusieurs détails d'architec-
ture, de sculpture en bois, de peinture sur verre attirent
les regards du connaisseur (1).
§ II. — Uéglise Saint- Jean- Baptiste de Ricey- Haute -Rive.
L'édise de Ricey-Haute-Rive est la mieux assise, la plus
légère et la pins élégante. Elle affecte la forme de la croix
latine et sa construction est du xvi* siècle. L'abside qui a
6 mètres de longueur et 7 métrés 70 de largeur est à
cinq pans avec cinq fenêtres à légers meneaux et à com-
partiments variés; les voûtes sont ornées de nervures
croisées formant des doubles pendentifs. Le chœur n'a que
deux travées en profondeur, il est ainsi que le transept et la
nef accompagné de collatéraux ; il mesure 1 0 métrés 60 de
(i) Cfr. Arnaud : Foyage archéologique dans le département de
TAube, p. 219 et suiv. — D'Arbois de Jubmnville, Répertoire ar-
chéologique du département de l'Aube^ p. 80 et suiv.
uv iMSTO. i87
longueur et 18 mètres 20 de largeur. Le transept a vm»
tracée 4c 7 nètrea de longueur. La nef a quatrd traréei
«t 21 mètres de longueur ; la hauteur de» rnaitreases YO^tes
est de 16 mètres environ, et celle des collatéraux de
8 mètres. Partout, les profils anguleux des arcades s'épa-
nouissent sur le fut des piliers et des colonnettes sans chapi-
teaux groupées autour des piliers.
Le chœur, le transept et les nefs n'ont pas de chapelles.
La principale porte, richement décorée dans le goût de
la reiia.ssance, est divisée en deux vantaux par un pilastre.
Une colonnette destinée à recevoir une statue est appliquée
à ce pilastre qui est surmonté d'un dôme. De chaque côté de
la baie, on voit deux autres colonnettes surmontét'S de
niches à clochetons sur lesquels prend nai>sance un grand
arc plein cintre qui dessine le tympan de la p«)rte; au-
d ssus, une large frise avec trois niches ; elle est dominée
par une corniche et une large fenêtre cintrée faite au
ivii^ siècle. Dti chaque côté de la porte, ime fenêtre ogivale
éclaire les bas côtés.
Les portes des transepts au nord et au midi sont en arc
suribaissé avec pilastres; elles sont ornées de niches avec
culs-(le-lampe et clochetons et surmontées d'un fronton
soutenant un arc en contre-courbe qui dessine le tympan.
Les transepts sont termiués par des pignons aigus.
Au-dessus du transept s'élève une tour. Son étage supé-
rieur est décoré d*tin oi dre dorique-pilastre avec deux ou-
vertures sur chaque face. Cette tour est couronnée par une
flèche octogone dont le sommet s'élève à 75 mètres au-
^ssus du sol (1).
§ III. — U^lise de Saint- Vincent de Ricey-Haut.
L'église de Rlcey-Haut se compose de deux églises qui se
coupent à angle droit. La plus ancienne est régulièrement
"^ -
(1) Foyage archéoL et Répertoire furehéçL Ihid.
188 LES RICETS.
orientée ; la seconde est tournée au nord et sa nef n'est
qu'un prolongement du transept nord de la première, à la-
quelle elle est soudée perpendiculairement. Ces deux
égiises ont été construites au xvi*' siècle.
L'ancienne église a 31 mètres de longueur, 21 mètres de
largeur, en hauteur 14 mètres aux maîtresses voûtes et
7 mètres aux collatéraux et aux chapelles. L'abside à cinq
pans est fort belle. Elle est éclairée par cinq fenêtres ogi-
Tales à deux meneaux avec des compartiments variés. Ces
fenêtres ornées de beaux vitraux sont partagées dans leur
hauteur par des frises à jour. Cest dans Tangle rentrant, à
droite du sanctuaire, qu'on voit la riche piscine dessinée par
M.Fichot(l).
Le chœur n'a qu'une travée et la nef deux. Cette nef
a un collatéral et des chapelles au midi ; et un collatéral
seulement au nord. Sur les gros piliers qui soutiennent la
voûte centrale s'élève une tour carrée terminée par une cor-
niche denliculée, percée sur ses faces de deux ouvertures
ogivales ; sur cette tour repose, flanquée de quatre cloche-
tons, une grosse (lèche octogone qui s'élève à 66 mètres
au-dessus du pavé de l'église.
La nouvelle église fut construite pour agrandir la pre-
mière qui ne pouvait être prolongée qu'au nord, étant bor-
née à Torient par la grande rue et à l'occident par la
rivière. Cette seconde église a 46 mètres de longueur dont
21 fournis par la largeur du transept de la première
église. La nouvelle nef ajoutée se compose de trois travées
avec collatéraux et chapelles. Elle est couronnée par une
abside à cinq pans, éclairée de cinq belles fenêtres en plein
cintre et élevées. Les bas côtés sont terminés par des murs
droits et éclairés, comme la nef, de fenêtres cintrées, à lar-
ges bases et à deux meneaux. La largeur de cet édifice est de
(1) Fùyage archéoLy p. 216.
LES RICEYS. 189
6 mètres 50 à Tabside et de 26 mètres 10 à la nef; les
maîtresses voûtes ont 14 mètres de hauteur; les collaté-
raux et les éhapelles 7 mètres (1).
CHAPITRE IX.
Eclaircissement géographique sur Panllacus
(Côte-d'Or).
Dans le cours de notre travail, nous avons parlé si sou-
vent de Pauliacus que nous croyons devoir faire connaître
ce village dont le territoire est encore adjacent à celui de
Ricey. Cette question de géographie ancienne intéresse les
antiquités de la Côle-d'Or. Où était situé le village de Pau-
liacus désigné dans les chartes de Léothérie et d*Ingora?
Les Bénédictins d'Âchery, Mabillon, Cotrou, Bouquet
traduisent Pauliacus par Pouilli; parmi les modernes, les
uns ont vu dans Pauliacus, Pouilly-en-Auxois (Côte-d'Or),
canton de Beaune, d'autres se demandent si Pauliacus ne
serait pas Prusly-sur-Ource (Côte-d'Or), canton de Châ-
tillon.
Il faut d'abord, selon les termes dos chartes de Léothérie
et d'Ingora, chercher Pauliacus dans le Pagus Laticensis,
le Laçois; or il est évident que Pouilty-en-Âuxois n'a jamais
pu entrer dans les limites du Pagus Laticensis^ que nous
avons én(»ncées plus haut; écarlons-donc cette première
supposition. A la vérité, Prus!y-sur-Ource appartenait cer-
tainement au Pagus Laticensis^ toutefois il est impossible
de voir dans Prusly l'ancien Pauliacus) car Pauliacus
n'est autre que Pouilli, conformément à Tinterprétation
(1) Voyage arehéoL et Répertoire archéoL Ibid.
190 LES BfCBYS.
des Bénédictins qui ont encore raison sur ce point. Mah où
trouve-l-on, dans le Laçois, le village désigné dans les do-
cuments appartenant à Tabbaye de Saint-Pîerre-le-Vîf,
sous le nom de Pauliactis et appelé dans les documents
de Tabbaye de Molème Poliacus^ Poeliacus, Poleiacus^
Poilliaats et que les Bénédictins nomment Pomllil Ce vil-
lage de Pouilli, en partie détruit, était adjacent à Molème
et jusques en 11 59, Molème fut un écart du village et de la
paroisse de Pauliacus. Nous le prouvons.
Comme nous l'avons vu plus haut, le village de Pau-
liacus Pouilli (avec les villages voisins , Beciacus Ricey et
Bagnolus Bagneux-la-Fosse) fut donné par Léotbérie et
Ingora à Tabbaye de Saint-Pierre-le-Vif, puis repris à titre
de cens (1).
En 1065, cet acte de précaire est renouvelé en faveur de
Bernard de Montbar et d'Humberge de Ricey sa femme.
A leur mort, Milon, le cadet de leurs enfants, obtenait le
village de Pauliactis, tandis que ftainard, son frère atoê,
avïût en partage Ricey (2); mais Riûnard conserva aussi
quelque droit sur Pauliacas^ ainsi qu'Aleth, leur sœur,
mère de saint Bernard.
Vers 1075, Hugues de Maligny, surnommé Fortunùj
donnait sa part dans Taleu de Molème pour la fondation de
l'abbaye, « frairibus in loco servituris » mais il réserve sa
part dans la dîme de l'église paroissiale de Poliacus dont
Molème dépendait. Tcc«4in, mari d'Aletb, figure parmi les
témoins de cette donation (3). Dans une charte de GeoCfroi,
évèque de Langres, à la date de 1114 et relative à cette
(1) Voir plus haut, chap. IL
(2) Ibid.
(3) iw Cari%d. Molème, p. 1. — Gallia ehrisL, t. IV, col. 147.
tIeUe charte ûit donnée au temps de PhHippe, roi de France, i06^
iiûB; de Rohert, duc de Boui^gogne, 1032-1075; de Rainard, éTê<pi0
de Liangres, 1065-1Q85; on peut donc la fixer à Tan 1075, l'année
mécbe de la fondation dé l'fll^ye, sdon la lAus gninde prohiO^ilitt.
LB8 RICETS. 191
même donation de Hugues de Maligny, Poliacus est appelé
Poilli (1), et dans les nombreuses pièces des cartulaires de
Molême où il est question de Poliacus^ on lit toujours en
marge : « Pouilly proche Moléme. »
En 1101, Robert de Bourgogne, évèque deLangres, con-
firme à Tabbaye de Moléme toutes ses possession», parmi les-
quelles on trouve « tout d'abord le \\e\x même de Molême,
qui est le siège et le chef-lieu de Tabbaye avec l'église de
Pouilli qui est le chef lieu de la paroisse à laquelle appar*
tient Moléme (2). b Au commencement de Tannée 1114
(1 113 y. st.) Milon de Montbar, oncle de saint Bernard, se
fit religieux : il possédait, comme nous l'avons vu ^ le village
de Paulachts (3); or, en quittant le monde, il donna
litterali testamento et du consentement de son frère Râinard,
seigneur de Montbar, à Tabbaye de Moléme, cet alen
{alodhtm de Poilliaco) avec toutes ses dépendances, usa-
ges, coutume?, serfs, terres, bois, prés, eam et pâturages.
Hugues^ comte de Troyes, et Milon, comte de Bar-sur-
Seine, sont témoins de cette charte (4), qui renfermait une
vente déguisée ; car la chronique de Saint-Pierre-le^ Vif
dit formellement que a Tabbé de Molême acheta de Milon,
fils de Bernard de Montbar, le village de Pauliacus, moyen-
nant 150 1. de deniers. » Et afin qu'il n'y eut pas de doute
possible sur l'identité du Poilliacus^ voisin de Molême,
avec le Pauliacus donné par les sœurs c*e Saint-Ebbon,
la chronique ajoute : a Ce vill ige, ainsi que Ricey, provient
de donations faites à Tabbaye de Saint-Pierre-le-Vif pur
.»-^-^i«|l I > M II I . >
(1) 2« Cariul. de Moléme^ fol. 5 r*.
(3) c In primis locum ipsius Molismi fitadaraenlmn et eaptit fp^us
abbatie , ecclesiam Polliad capat ejusdem parochie. » -^ Archiv.
Côte-d'Or, origin, Moléme. 2* Curtul. Molême^ p. 3. — Elle 86 trouve
aussi p. 1 ; mais on lit en tête, par erreur, Raynaidus au lieu de Ao-
bertus. ^ GalUa christ.^ t. IV, col. 150.
(3) Voir phis haut, ehap. H.
(4) 1er Carttd. Moléme, p. 116.
192 LES RICETS.
Ingora et Léothérie (1). Arnaud, abbé de Saînt-Kerre-le-
Vif, apprenant que le village de Pouilli était vendu, arriva
à Moléme le 9 mars 1114, et demanda justice à Tabbé,
représentant que Pauliacus était Taleu de Saint -Pierre-le-
Vif; Tabbé de Moléme demanda jusqu'aux Rogations pour
répondre (2). Alors commence un procès qui est poursuivi
par Tabbé de Saint-Pierre^ conjointement avec le procès re-
latif à Téglise de Ricey, contre Tabbé de Moutier-Saint-
Jean, comme nous Tavons vu plus haut (3). Enfin en i 120,
Arnaud^ abbé de Sainl-Pierre-le-Vif, ratifia la vente de
Pouilli en Chapitre, auquel se trouvaient l'archevêque
Daimbert, le doyen Haton, et Tarchidiacre Thibaut. L'abbé
expose que Gui, abbé de Moléme, s'est présenté à l'abbaye
de S iint-Pierre-le-Vif , et qu*il a demandé à titre de cens
le village de Pouilli adjacent à Moléme {villam sibi conâ-
guam notnhie Poleiacum a nobis competiit) sa demande fut
d*abord octroyée dans l'assemblée des évéques à Ponte-
mois (4)^ en présence de Jocerand, évoque de Langres, de
Guillaume, évéque de Châlons, de Burchard, évéque de
Meaux, et de Hugues, évéque d'Anxerre, ainsi que des
comtes Guillaune de Nrvers, et Milon de Bar-sur-Seine.
Pour cette concession, l'abbuye de Moléme paiera tous les
ans à l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif, cinq sous de cens, le
jour de la Saint-Pierre, 29 juin (5).
En 1129, les héritiers de Milon de Montbar, religieux,
ratifient la cession du village de Poeliacus à Tabbaye de
(i) GLàRros, Chronic. S. Pétri Vivi^ adann. 1113.
(2) Ibid.
^) Gfr. chap. II. Chronic. S. Pétri Vivi, ad ann. 1114, 1116, 1119.
(4) Hameau , cm de Joux-la-Ville (Yonne), c'est le premier siéfe
de Fabbaye de Reigny, procbe Vermenton.
(6) 1*^ Cartul. Moléme^ p. 124. Cette cbarte vient sous le titre de
concestio monachorum Sancti Pétri Vivi^ de Poeliaeo, Avec l'abbé
de Saint-Pierre, 23 religieux, parmi lesquels on remarque Clariu$t
apposent leur seing à cette charte.
LES RICBTS. 193
Moléme. Par une charte scellée au château de Montbar,
Bernard, seigneur de Montbar, fils de Rainard, Comtesse,
sœur de Bernard de Montbar, Renier, mari de Comtesse, et
André, oncle de Bernard de Montbar^ par Tintervention de
Bernard, abbé dé Clairvaux, amsi que de Girard et de
Nivard , ses frères , confirment la cession du village de
Poiliiacus^ faite aux religieux de Moléme par Milon, frère
de Rainard de Montbar. Saint-Bernard et ses frères sous-
crivent la charte avec leurs cousins germains (1). — La
même année, Etienne, qui était clerc, fils de Rainard, sei-
gneur de Montbar {filius Rainardi domini de Montebarro)
et neveu de Milon [Milopatruus Stepham)^ ratifie et con-
firme la cession du village de Pouilli qui est la paroisse dont
Moléme dépend [de villa Poeliaco que est parochia Mo-
iùmi). Parmi les témoins figurent Robert de Ricey et Olhon
son fils (2). La même année 1129, Guillaume, évêque de
Langres, dans une confu'mation des possessions de Tabbaye
de Moléme, affirme^ ainsi que son prédécesseur Robert de
Bourgogne en 1101, que l'abbaye de Moléme est sur la pa-
roisse de Pouilli (3). Dans un privilège du pape Eugène III,
concédé le 18 novembre 1145, on trouve d'abord le mo-
nastère lui-même avec la chapelle de Sainte-Cioix et le
faubourg de Moléme, puis Féglise de la paroisse qui est
Saint-Pierre de Pouilli (4). A cette époque, Moléme n'était
donc qu'un burgus dont le chef-lieu était Pouilli. L'an 1 1 54,
(1) \w Cartul, Moléme^ p. 123 : cr Bemardus, dominus Montis-
barri. filius domini Rainardi, et Comitissa soror ipsius, Rainerius ,
Comitisse maritus, Andréas avunculus Bemardi, interventu Bemardi
abbatis Clarevallis, Girardi et Nivardi fratrum ipsius... >
(2) Ibid. Cette charte et la précédente sont importantes au point
de vue de la généalogie de S. Bernard.
(3) Gallia christ, t. IV, col. 162. — C.
(4) Archiv. Côte-d'Or. Origin. AfoWmc. — Mabtllon, Annal, ord.
S. Bened.y t. VI, p. 362 : c Ipsum Molismense monasterium, cum
capella Sancte Grucis et burgo in quo consistit, et ecciesiam Sancti
Pétri de Poliaco cum altare et oblationibus... >
T. XZXTl. 13
194 LES RICBTS.
Geoffroy, évéque de Langres, nous apprend, dans ine
charte, qu'à la prière d'Etienne, abbé de Molème, il éri^
en titre paroissial la chapelle de Sainte-Croix qui était dans
Fenceinte de Tabbaye, mais les morts devaient être portés
comme par le passé à Téglise principale {admajorem ecch-
siam) (1 )• Pouilli continuait donc à être chef-lieu de paroisse,
conmie le prouve une autre charte octroyée par Geoffroi
en 1159, car il renouvelle dans les mêmes termes que ses
prédécesseurs Robert de Bourgogne et Geoffroi, la confir-
mation des biens de Fabbaye (2). Le pape Alexandre 111, de
8on côté, renouvelait aussi dans les mêmes termes en 1 1 70,
le privilège accordé par Eugène III (3).
Mais, à partir de 1 170, les chartes et les cartulaires se
taisent sur Pouilli. L'église et une partie de la paroisse
furent-elles détruites sur la fin du xu* siècle? L'érection
en titre paroissial de la chapelle de Sainte-Croix dans l'en-
ceinte de Tabbaye et surtout les aumônes des religieux attî-
rèrent*elles peu à peu les paroissiens de Pouilli au point que
le faubourg de Molême devint tout à la fois chef-fieu de vil-
lage et de paroisse ?
Ce que nous savons, c'est qu'en 1 240 le village de Pouilli
n'existait plus, ou avait perdu son nom ; car au mois de
janvier (1239 v. st.) Robert deTorote, évêque de Langres,
permettant à l'abbé de Molême, Christophe, frère de Pierre
d'Essoyes, de mettre sous la garde du roi de France les
villages appartenant à son abbaye, ne mentionne pas Pouilli,
mais seulement : Molême, VilKers, Channay, Nicey, Gignj,
(4) Archiv. Gôte-cFOr. Origin. Molême. — 2« Cartid. Molême^
p. 5 : c Ego Godefridus ad preces Stepbani... consecravi alttre
illius capelle parochialis constructe infra cymeterium ejusdem mo-
nasteriL »
(2) Archiv. Gôte-d'Or. Origin. Molême. — 2« Cartul. Molême ^
UÀ. 5 vo. — GaUia chriet , t. IV, col. 177.
(3) Archiv. Gôte-d'Or. Origin. Molême.
LES RIGETS. 195
Nitry et Lichères (1). — Ajoutons qu'aucun pouillé du
diocèse de Langres à partir du w* siècle, ne parle de la
paroisse de Pouilli.
Au moment où la paroisse de Pouilli disparaît, nous
soyons apparaître la paroisse de Moléme avec son curé :
en 1 23 1 , sous le sceau de Félix presbiter Molismensis^
Pierre de Moléme donna à Fabbaye une maison, le jour où
il prit Fbabit religieux in domo leprosorvm de Suvri (2);
nous avons vu, à la date de 1234 : F. Decanus Molismen-'
sis; Félix, dans une charte de 1 236, prend le titre de Cura-
tus Molismensis (3). Moléme, en devenant chef-lieu de
doyenné, passa dans Tarchidiaconé de Tonnerre. Jus-
qu'alors il avait appartenu (ainsi que Pauliaciis dont il dé-
pendait), au Pagus Laticensis et à Tarcbidiaconé du La-
çois.
Enfin, d'après quelques pièces qui existent aux archives
de la Côte-d'Or, il résulte : qu'en 1636 une des portes de
Moléme s'appelait porte de Pouilli; qu'en 1742, Templa*
cernent de Pouilli était traversé par le chemin qui, de Mo-
léme, mène à Gyé et à Mussy (4) ; et le dernier pouillé de
l'abbaye de Moléme écrit en 1782, s'exprime ainsi : o La
cure de Moléme autrefois appelée Ecclesia Sancti Pétri de
Poliaco était située hors de Moléme ; on en voit encore
quelques vestiges en allant à l'étang de Sury. Cette paroisse
a été donnée en 1 120 par l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vif...
Le litre de la paroisse a été depuis transféré auprès de l'ab-
baye, dans la chapelle des domestiques, sous le titre de
Sainte-Croix. » Il existe encore maintenant au bas du village
(i) 2« Cartul. Moléme, fol. 8 ro.
(2) 2* Cariul, Moléme, fol. 52 ro. Il s'agit d'une léproserie qui
existait proche de l'étang de Sury. Cet étang, à 2 kilomètres au nord-
est de Moléme, est maintenant à sec.
(3) 2* CariuL Moléme, fol. 53 ro.
(4) ArchiT. Gôte-d'Or. — F. Moléme.
196 LES RIGETS.
de Molème, dans sa partie nord-est, une petite me qui
porte le nom dé Rue de Pouilly (1).
Donation par Léothérle
au monastère de Saint-Pierre-le-Vif de Sens
— 695 —
Dominae semper ac venerabilis basilicae Sancti- Pétri apostoli,
quae est constructa sub opidum Senonis civitate, nbi domna
Theodechildis regina requiescit in corpore, ubi venerabilis Virai-
boldus abba vel monachi sub sancta régula desenrire yidentnr,
Leotheria sive Mummia timens Deum, cogitans de stema retribn-
tjone^ ut mihi Dominus Deus in futurum aliquid de peccatis meb
minuere dignetur; vel pro loco sepulturio corpusculum meum, ut
in ipso sacre loco monasterio Sancti-Petri sepelire mereretnr.
Propterea dono ipsi monasterio superius memorato illum mansum
indominicatum et ipsam ecclesiam ad ipsum mansum pertinentem,
quae ecclesia est in houore Sancti Pétri, et illas res tam de patemo
quam de materne, vel de quolibet atracto mihi obvenit, qui conjacet
ipse mansus et illa ecclesia et illae res in page Lastcense, in villas
nuncupantas Reciaco sive Pauliaco, cum omnes adjacentiis sive
mancipiis meis vel omnes portiones meas sive ingrediciis, tam in
raansis quam in farinariis seu et silvis, necnon et in pratis^ pascuis,
aquis aquarumve decursibus, omnium praesidium et omne genus
peculium utriusque sexus generis, quod dici aut nominari potest,
seu et in antea augere et meliorare potuero, ad ipsum monasterium
perennis temporibus ibidem proficiat in augmentis. Si quis vero
quod futurum esse non credo, si ego ipsa aut aliquis de haeredibus
meis vel ulla quaelibet obposita persona qui contra banc epistolam
donationis venire conaverit, et insuper inférât partibus ipsius mo-
nasterii una cum fisco auri libras duas argenti pondus Y esse mnl*
(1) Nous remercions sincèrement M. Gamier, archiviste de la
Côte-d'Or, du concours bieuTeillant qu'il nous a prêté dans nos
cherches pour cette question.
LES RICETS. -197
tandam; et praesens donatio ista firma omni tempore permaneat
siib stipulatione sabnexa. Actum basilica Sancti Pétri.
Leotlieria sive Mammia banc epistolam donationis fieri et fir-
mare riigavi.
Ragnoaldus diaconas rogitus scripsit.
Teutleoterius, Lupus, Donnus, Babo, Norbertus, Magwinus^
Tbeoderindus, Leutbertas.
Quintodecimo Kal. jun. anao quinto regni nostri Chlodovei régis,
Gandolandus prassbiter, ordinante domna Leotberia^ hanc^ episto-
lam scripsi et confinnavi.
Donation par Ingora
au monastère de Saint-Plerre-le-Vif
— 21 octobre 711 —
In nomine Patris, et Filii, et Spiritus-Sancti.
Cum omne donum optimum sit dcscendens a pâtre luminum^
oportet UQÎcuique de aeterna salute cogitare et tractare^ atque de ca-
duca bujus seculi facultate aeternam sibi parare, ut, cum dies extre-
mus advenerit, noa invéniit unumquemque imparatum, sed diii-
genter bonis operibus precinotum. Quia Daminus noster, Jesus-
Ghristus, ac redemptor omnium, per sanctum evangelium clara
voce intonal, dicens; Thesaurizate thesaurosin cœlo, ubi fures non
effodiunt, nec furantur et facite vobis amicos de mammona iniqui-
tatis qui vos recipiant in aeterna tabernacula.
Haec ego^ Ingoara, Di3o sacrata meam tractans et mente conside-
rans aeternam retributionem pro minuendis meis meorumque an-
tecessorum peccatis, dedi de rébus propriis meis monasterio Sancti-
Petri quod est constructum sub oppedo civitatis Senonum, ubi yir
venerabilis Cbrodolinus, abbas, cum monachis suis, ibi Deo deser-
yientibus, preesse regulariter vldetur ; et, a die presenti, per banc
cartulam, banc donationem confirme et donatam in perpetuum esse
décerne. Hoc est : Porcionem meam in villa quas dicitur Fontanas,
quae est sita in page Ternodorense, et quicquid in eadem posses-
sione, tam de paterne quam de materne jure obvenit, una cum ad-
jacenciis vel appendiciis ad ipsas Fontanas pertinentes; sed et in
page Latcinsse^ Pauliacum et Bannolum et Reciacum, vel reliqua
locelia quae ad ipsas Fontanas aspicere videntur, tam terris, demi-
198 LBS RICETS.
bus, aedificiis, liberis, opéra acolaram, vineis, silyis, pratis, pascnis,
terris caltis et incultis, aquis aquaramve decursibus, omne presi-
dium et omne genus peculiom utriusque generis aut sexos qaod diei
aut nominari potest.
Concedo etiam ut quicquid in antea in bis donationîbus aogere
yel meliorare potero^ ut proficiat in augmentis ser^orum Dei in
ipso monasterio, ipsi Deo et sanctis ibi quiescenttbus, atque omnibus
sanctis, omnibus temporibus.
Si quis vero, quod fieri non credo, aut ego ipsa, aut aliquis de
heredibus meis, aut quaelibet ulla opposita persona, contra praesea-
tem donationem quam ego plenissima voluntate mea fieri et firmare
rogavi, quolibet ingenio venire, aut infringere conatus fuerit» in
primis )ram Dei coclestis inciJat, et a Iminibus omnium aecclesia-
rum vel bonorum hominum Christianorum, seu ipsius sancti loci
extraneus et excommunis appareat, et insuper inférât partibus ip-
sius monasterii una cum socio fisco auri libras II, argenti pondéra
quinque. El praesens donatio omni tempore ferma stabilitate debeal
perdurare stipulatione subnexa. Actum Senonas.
t Ingoara, banc donacionem a me factam confirmo.
In Domlni nomine, Ibbo, peccator, episcopos subscripsit.
f Andegangus, peccator, arcbidiaconus.
f Filex, lector.
f Leodechinus.
f Et Boso, indignus peccator, abbas.
f Austinp'us, lector.
f Leotharius, peccator, abbas.
t Agobaudus.
t Ermenaudus.
f Ermembertus rogante Deo sacrata Ingoara, banc donationem
subscripsi et notari sub die XII Kal. novembris, anno primo regni
donni nostri Dagoberti, régis.
On trouve, parmi les manuscrits de la Bibliothèque na-
tionale , des pouillés de l'abbaye de Saint-Pierre-le-Vîf
{Latin 11814, ft)l. 229), de Moutier-Saint-Jean [ibid.,
fol. 93), et de iMolême {Latin 11813, fol. 405).
DU PROJET
D'UNE
RÉFORME DE L'ENSEIGNEMENT
Par M. BAUDRIMONT
Par M. ASSOLLMT, membre résidant.
Messieurs,
S'il est une question dont on puisse dire qu^elle est à
Tordre du jour, c'est c^lle que M. Baudrimont, professeur
de chimie à la Faculté d^s Sciences de Bordeaux, a traitée
dans son Projet et une réforme de renseignement. Ce Mé-
moire remplit 133 pages des Actes de f Académie des
Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux^ année 1 870 ;
mais c'est en 1872 seulement que vous ayez reçu ce vo-
lume, c'est à notre séance du 17 mai dernier que notre
Président me Fa remis, en me chargeant de tous en rendre
compte. Une absence prolongée m'a empêché de le faire sur-
le-champ, et au moment où je venais de lire, sur le même
sujet, une publication récente de M. Michel Bréal : Quelques
mots sur r instruction publique.
Sous ce titre modeste» M. Bréal signale, lui aussi, les vicei
et les lacunes de notre enseignement, en allant de la base an
200 RÉFORME DE l'eNSEIGNEMENT.
sommet. Mais sa vive et intéressante critique des méthodes
et des exercices en u<age dans nos Ecoles primaires, nos
Lycées et nos Facultés, n'aboutit pas à un système de ré-
formes positivement formulé ; il iudique lu direction à suivre
plutôt que les moyens à employer, et, ne parlant en détail
que de ce qu'il connaît par expérience, c'est à peine s'il
fait mention de la partie scientifi<|ue de renseignement,
s^occupant spécialt^ment des résultats intellectuels et moraux
de sa partie littéraire.
Le titre que M. Baudrimont a donné à son travail té-
moigne d'une ambition plus haute, et il n'a reculé devant
aucune de^ difficultés du problème. Pour le résoudre tout
ent er, il a tracé un plan d'exécution auquel on peut repto-
cher d*èlre si complet, si détaillé, qu'à force de vouloir être
pratique, il arrive à ne plus Tètre du tout; son projet n'est
qu'uue utopie. Et ce n'est pas là une fin de non-recevoir
que je lui oppose. Rien de plus légitime que l'utopie,
pourvu qu'elle se donne pour ce qu'elle est, et qu'elle ne
prétende pas s'imposer par la violence. Produit naturel de la
théorie qui aspire à se réaliser, elle doit, si elle veut être
acceptée, ne pas se montrer trop impérieuse, et tenir
compte des obstacles, en se contentant de modifier plus ou
moins profondément ce qui est, sans vouloir le détruire de
fond en comble pour refaire d'un seul coup tout Tédifice.
La perfection est le but, et il faut savoir gré aux hommes de
cœur et de conviction sincère que l'impossibilité d'y at-
teindre ne décourage pas, qui pensant avec raison que le
mieux n'est pas Tennemi du bien, quand il cherche à rem-
placer le m^l, travaillent selon leurs forces à l'améliora-
tion indispensable de notre enseignement actuel. Qu'ils
aient trop de foi en leurs idées, que les difficultés qu*ils
rencontreraient dans le monde réel, et qu'ils aperçoivent,
soient trop aisément levées par une imagination complai-
sante dans l'état idéal qu'ils rêvent, il faut excuser en eux
cette sorte d'enivrement. En montrant tout ce qui manque
KÉFOIIMB DB t'ENSIIGNElIElfT. 201
à notre enseignement public, en cherchant obstinément ce
qu'il faudrait faire pour remédier à son insuffisance, ils ob-
tiendront, eepérons-le, des amélorations sérieuses. L'im-
portant est qu'on commence , et qu'après avoir fait un pas
on se prépare à en faire un autre. Mais aussi rien ne serait
plus nuisible que de trop entreprendre à la fois : hommes
et ressources matérielles manqueraient égal ment.
M. Baudrimont me semble ayoir oublié, dans son projet,
les limites du possible. Pour vous en convaincre, je n'ai be-
soin que de vous l'exposer sommairement. La première
partie de son ouvrage se compose iV Observations générales^
d'un ton parfois un peu emphatique, mais où respire avec
l'amour du bien, de la liberté, delà justice, celui de la patrie à
relever de son déplorable abaissement. L'enseignement libre,
mais avec des conditions de grades et de diplômes pour les
maîtres, d'examens pour les élevés; l'instruction obliga-
toire, sans être absolument gratuite, laïque, tout en laissant
à la religion sa place, étendue enfin^ parce qu'il fautéclaiier
le suffrage universel; voilà ce qu'il veut et espère. 11 recon-
naît les progrès accomplis sous les précédents gouverne-
meni<:, mais il se plaint de nombreuses lacunes qui restent
à combler encore, particulièrement de Tab^ence d'un en-
seignement moral propre à détruire l'ignorance générale
des d«*voirs sociaux et l'idée fausse des droits de l'homme en
société, que les doctrines erronées du communisme ré-
pandent.
Daus ces observations, p. 380-409, il expose tout son
plan : 1^ d'Instruction, tant littéraire que scientifique;
V d'Education, morale et sociale, physique et artistique.
Voici conmient il répartirait l'enseignement à ses trois de-
grés : — Enseignement primaire, de 8 à 12 ans; —
Enseignement secondaire, de 12 à 16; — Enseignement
préparatoire aux écoles spéciales, de 16 à 18 ans; —
Ecoles spéciales de 18 à 20. — L'Enseignement supérieur
serait donné dans les Facultés, et de plus, à Paris, au Col-
202 RÉFORIIB PB l'oISBIGNBIIBNT.
1^6 de France et au Muséum d'histoire naturelle. — Il
n'est question, on le voit, en tout cela, que des garçons ;
Tauteur réserve pour un autre ouvrage ce qui regarde
rÎQStruction et Téducation des fiUes.
TeUe est la première partie du travail qu'il a publié.
Elle est longuement développée dans une seconde partie, où
Fauteur s'occupe successivement de rEn<ieignement pri-
maire, p. 410-454, de TEnseignement secondaire, p. 455-
483, de l'Enseignement stipérieiir, p. 484-510. Les incon-
vénients de la marche qu'il a adoptée sont évidents : en
revenant une seconde fois sur ce qu'il a déjà dit, il ne peut
manquer, on le conçoit, de se répéter beaucoup. Dans les
amples et nombreux programmes qu'il dresse soigneuse-
ment, il n'a, d'ailleurs, qu'un seul argument pour justifier
l'une après l'autre chacune des adjonctions qu'il y fait ; sa
conclusion est toujours la même : ce genre de conuaissaiice
est indispensable, tout au moins éminemment utile. Aux
difficultés d'exécution qu'il ne se dissimule pas, sa réponse
est aussi invariable : Je suis intimement convaincu qu'elles
peuvent être aisément surmontées.
Dans une telle disposition d*esprit, il grossit outre mesure
le programme de renseignement primaire ; qu'on en juge
par ces simples indications :
Instruction littéraire : Lecture, Ecriture, et même la
Sténographie « que tout le monde devrait connaître »
(p. 414) — Grammiire — Littérature — Langues étran-
gères : Allemand, Anglais, Espagnol et au besoin l'Arabe. —
I)istoire traitée simplement, et où pourtant «les diverses es-
» pèces de gouvernements seraient comparées et exposées
» de la manière la plus exacte et . la plus précise en se
» fondant sur les faits accomphs » (p. 421) — Géogra^
phie.
Instruction scientifique : Mathf^matiques , y compris
l'algèbre — Mécanique usuelle — Physique — Chimie —
Cosmographie — Botanique — Zoologie.
EtFORMB DB L*ENSE16NB1IINT. 203
Education morale : Hiforale, que doivent enseigner sur-
tout h^ es^emples paternels, connaissance des droits et des
devoirs — Sociologie, examen des conditbns de l'existence
des hommes réunis en société (p. 396).
Education physique : Hygiène — Gymnastique, surtout
(c exercices d'escrime à l'aide de la canne et du bâton »
(p. 395).
Education artistique : Musique, bornée à l'exposé « des
principes de cet art, à la lecture et au chant (p. 397)» » —
Dessin, principes des .trois principales sortes de dessin^ et
notions d^Esthétique propres à faire naître et à développer
(I le sentiment du beau et du vrai dans l'art (p. 398.) »
Applications : C'est-à-dire notions sur le Copimefce,
l'Agriculture, la Construction des b&timents et celle des
machines.
C'est beaucoup pour quatre ans d'études, quand même
la lecture et récriture auraient été enseignées aux enfants
par leurs mères ou dans les salles d'asile. Que sur les divers
points passés ainsi en revue par M. Baudrimont, il y ait
d'utiles et solides remarques, cela ne doit pas surprendre
de la part d*un homme préoccupé, depuis plus de dix ans,
des défauts de notre enseignement public et des moyens d'y
remédier. Ce qui étonne, en revanche, c'est que l'expé-
rience lui.ait laissé tant d'illusions sur la capacité humaine,
d'ime part pour apprendre, de l'autre pour enseigner,
même ça supposant les disciples animés, aussi bien que les
maîtres, d'une énergie de volonté incapable de défail-
lance.
Remarquons pourtant que l'auteur lui-même a conçu
quelques doutes sur la possibilité d'adopter et de suivre le
programme aux branches multiples qu'il nous propose. 11 a
un article à part (p. 442-448) sur V Enseignement pri^
maire considéré au point de vue pratique, puis un autre
(p. 448454) qu'il intitule : Y Enseignement primaire ré-
204 RÉFORME DB l' ENSEIGNEMENT.
duit; mais il le réduit le moins qu'il peut, seulement pour
les villages d une faible population, et la liste des connais-
sances qu'il exige est encore bien longue. C'est là qu'au
sujet du maître qui aurait à enseigner les langues étrangères
se trouve cette assertion hardie : a il serait inutile qu'il les
connût; il suffirait simplement qu'il sût les lire (p. 451). »
Mais si les professeurs en savent si peu, que sera-ce des
élèves? Comment des langues ainsi apprises seraient-elles
éminemment utiles? Que résulterait-il de leur mélange
avec le français plus ou moins grossier de nos campagnes?
Sans être habile chimiste, on peut assurer que des éléments
aussi mal préparés et associés par des mains ignorantes ne
produiraient qu'un chaos informe .
En tout genre on n'enseigne bien que ce qu'on sait bien
soi-même, je ne dis pas d'une science approfondie, mais
d'une science nette et précise. Un esprit juste, ami de la
clarté, dégagé de l'appareil encombrant d'une granmiaire
pédantesque, voilà la première qualité à demander d'un
maître pour l'enseignement élémentaire ; mais un tel esprit
repoussera les procédés imaginés par M. Baudrimont. Sa
méthode expliquée minutieusement consisterait d'abord en
une étude comparative des alphabets copiés et recopiés.
Des phrases très-simples et très-courtes copiées aussi, avec
le français en regard, seraient retenues sans peine par les
enfants qui les emploieraient entre eux. La prononciation
allemande et la prononciation espagnole étant réguUères,
n'offriraient, suivant lui, aucune difficulté. Pour l'anglais, il
compte donner bientôt a les éléments d'une écriture fondée
» sur la phonograpliie (p. 414), » à peu près universelle,
et au moyen de laquelle on lira parfaitement l'anglais fans
recourir à un maître. Quant à ce qu'il appelle les accents
propres à chaque langue, « si l'instituteur les ignore, on
» peut y renoncer complètement. Ces accents, étant inutiles
» pour la traduction des langues écrites, n'offrent aucun
» inconvénient pour les langues parlées : les étrangers
RÉFOBMB DE l'eNSBIGNBMBIIT. 205
i> comprendront toujours ceux qui parlent leur langue sans
)) faire usage d'aucun accent (p. 419). » M. Baudrimont
est conynincu que, par les moyens qu'il indique, les enfants
apprendront les langues étrangères pour ainsi dire en se
jouant. Cette coniriction ne sera pas partagée de quiconque
s'est essayé à parler Tanglais ou l'allemand.
De ses erreurs sur ces questions, je ne veux plus relever
qu'une seule : il croit que savoir une langue, c'est « com-
» prendre nettement et facilement toute phrase outoutepartie
» de phrase (p. 465) » écrite en cette langue. A ce compte
nous ne saurions pas même la nôtre. Est-ce que, par
exemple, dans son Mémoire, à en juger seulement par le
passage que je citais tout à l'heure, il n'y a pas des parties
de phrase qui ne se comprennent pas nettement? C'est,
il est vrai, la faute de l'auteur : son style n'a pas toujours
les qualités propres à rendre facile et agréable la lecture
de son ouvrage ; il lui suffit , sans doute , qu'elle puisse
être utile.
J'ai peu à vous dire des programmes de l'enseignement
secondaire : ils ofiTrent les mêmes divisions que ceux de
l'enseignement primaire ; mais chaque partie y est, naturel-
lement, beaucoup plus approfondie, beaucoup plus étendue.
A la partie littéraire de l'instruction s'ajoutent le latin et le
grec enseignés comme les langues vivantes et par les
mêmes exercices, auxquels on joindrait des comédies ou des
tragédies jouées par les élèves entre eux, et même des «odes
}» de Pindare et d'Horace mises en musique et chantées
D avec accompagnement (p. 467). » La partie scientifique
serait accrue de la Biologie, science générale des êtres vi-
vants, de la Somatologie, science générale des corps non or-
ganisés, de la Philosophie, science générale de l'intelligence
humaine « exposée comme elle doit l'être, » ce qui veut
dire positiviste, et ayant des rapports étroits avec la physio-
logie. Dans la partie morale de l'Education, la Sociologie
comprendrait tout ce qu'on appelle économie sociale ou
206 BÉPORHE DE L'sNSBIGlCBttBKf .
économie politique, a Un programmé bien cotiça, édmptet
» et vraiment général, » avait dit plus haut M. Baddrimont
(p. 455^456), « doH satisfaire à tous les besoiàis primitifs,
» et il n'y a aucune raison à donner pour démontrer qu'un
f) individu qui se destine à une carrière quelconque doive
» ignorer ce qu'il aurait pu apprendre. » Aussi extge-t-il
ici des jeunes gens beaucoup de preuves de capacité, et pour
le droit notamment les deux baccalauréats comme condKtioB!
préalable.
Sans parler de la création d'un enseignement intermé-
diaiite entre le secondaire et le supérieur, je me borne à
remarquer qu'il réclame, pour compléter ce dernier, d'es
chaires d'archéologie et de linguistique dans les Facultés
des Lettres, des chaires de Sciences appliquées dans les
Facultés des Sciences. A ce sujet, je ne comprends pas
qu'il dise (p. 492), qu'avant 1838 la France n'avait pas de
Facultés en province, mais une seule à Paris, et cela depuis
des siècles. En quelque sens qu'on l'entende, c'est ime
très-grave erreur.
En résumé, ce que l'auteur demande d'établissements
pour l'enseignement à ses trois degrés, de cours et de con-
férences, d'examens et de diplômes est, on peut le dire, in-
nombrable. 11 entre dans des détails infinis, calculant le
chiffre des dépenses et le nombre des heures de travail, in-
diquant jusqu'aux procédés d'enseignement pour la lecture
et récriture, n'oubliant pas la discipline, partie capitale de
l'éducation, dont il voudrait voir le soin confié dans les Ly-
cées à des maîtres d'études âgés de 40 ans au moins,
mariés, et rétribués en raison de l'importance de leurs
fonctions.
Un enseignement qui soit « le plus promptement et le
» plus radicalement possible, mis en harmonie avec la
)) constitution, le fonctionnement et les relations de notre
» ordre social (p. 384), » tel est le problème que M, Bau«
BÉPOBHB DE l'eN8EI«NBMENT. 207
drimont s'était posé ; la solution qu'il en donne et Tappli-
cation de ses idées lui paraissent le moyen le plus sûr d'ac-
complir « une révolution pacifique, lente mais profonde, n
grâce à laquelle « les liens sociaux seront raffermis, les
» rapports généraux mieux compris, d'où il résultera que
» notre puissance et notre influence nationales recevront
» un accroissement considérable (p. 409). » A ceux qui
craindraient que le gouvernement chargé d'opérer cette
réforme n'abusât de son pouvoir, il répond que le peuple,
une fois son éducation faite, nommera ses représenkmts en
connaissance de cause, et qu'alors, le gouvernement étant
réellement démocratique, les droits de tous seront respec-
tés (p. 404). Ce raisonnement ressemble beaucoup à un
cercle vicieux, mais je ne m^y arrêterai pas ; ce compte-
rendu est déjà bien long. Je laisse aussi de côté bien des
points sur lesquels je m'avoue incompétent, ne voulant pas
d'ailleurs vous ôter l'envie de lire en son entier un ou^
vrage traitant d'intérêts si hauts, qui doivent nous être si
chers.
Il ne s'agit pas, en effet, de dire : il y a quelque chose à
faire, et d'accepter par cet aveu, les réformes en théorie
pour se dispenser d'en venir à la pratique. Il y a, au con-»
traire, à faire beaucoup, et il faut écouler ceux qui s'oc-
cupent sérieusement de déterminer les réformes indispen-
sables Mais M. Baudrimont, je le crois, se flatte d'un es-
poir chimérique, quand il pense que l'enseignement tel
qu'il le souhaite « puisse être instaUé très-prochainement. »
A défaut d'un personnel assez nombreux, il voudrait, pour
chaque branche de l'enseignement primaire, qu'on eût des
livres que le maître devrait étudier tout le premier^ des ta^-
bleaux représentant pour l'instruction scientifique les êtres
naturels avec leurs parties élémentaires, les machines, ap-
pareils, instruments de toute sorte avec leur mode de fonc-
tionnement (p. 432) ; conune si l'instituteur pouvait don-
ner des expUcations claires sur des objets md connus de
208 RÉFORME DE l'eNSEIGNEMENT.
lui, comme si Ton ne saTait pas ce que valent les figures,
même les moins imparfaites. Outre cela, dans quelque
genre de connaissance que ce soit, en réduire l'enseigne-
ment à ce qu'il y a d'abordable pour des enfants et d utile
pour tous est une œuvre des plus difficiles. Commander à
la fois tant de livres de cette espèce, ne serait-ce pas le moyen
de les avoir mauvais? Mettre ces instruments défectueux
dans les mains de maîtres improvisés serait-il bien raison-
nable? Certes on ne remédierait pas ainsi aux défauts trop
eonununs dans nos écoles, le culte du texte imprimé qui
produit la routine, la prédominance de la lettre aux dépens
de l'esprit.
Pourquoi donc vouloir faire tout et partout à la fois ? Que
les grandes villes, par exemple, et non pas toutes les com-
munes de deux mille habitants, comme le voudrait dire
M. Baudrimont, organisent l'enseignement primaire d'une
manière analogue à celle qu'il propose ; qu'elles aient asseï
d'écoles et de maîtres pour répartir les élèves, selon leur
ftge, en quatre ou cinq cours dififérents ; que les enfants ne
puissent passer de l'un dans l'autre qu'après examen ; le bon
résultat de ces innovations amènerait la création d'établis-
sements semblables dans d'autres villes ; après les villes ce
serait le tour des bourgs, après les bourgs le tour des vil-
lages. Pendant ce temps, des maîtres se formeraient, on
n'introduirait dans les écoles que des méthodes éprouvées,
et le progrès s'accélérerait d'autant plus sûrement qu'on
éviterait de procéder par mesures générales.
Il en devrait être de même, ce semble, pour l'instruc-
tion secondaire. Chaque province, chaque département n'a
pas les mêmes besoins intellectuels. Pourquoi tous nos col-
lèges et tous les jeunes gens qui y sont élevés seraient-ils
jetés dans le même moule ? Ne paraitrait-il pas également
bon que la variété fût admise dans l'enseignement de nos
Facultés, qu'on y eût égard au pays où chacune d'elles est
établie, aux études préférées de ceux qui doivent en suivie
mÉFORXB DB L*BNBB16NSMBirr. 209
les cours ? L'uniformité n'est pas une loi de la nature,
mais une prétention des politiques égalitaires à outrance.
C'est par cette réflexion que je termine sans chercher à en
tirer les conséquences. Je ne crois pas qu'on m'accuse, eu-
vers M. Baudrimont, de trop de sévérité. Lui, qui pro-
nonce tant de jugements en termes si rigoureux, ne saurait
trouver mauvais qu'on le juge à son tour avec une liberté
exempte, comme celle dont il a usé lui-même, de tout
sentiment de malveillance.
Tr«yai, 16 août 1879.
r.xxBfb U
MÉTÉOROLOGIE
SUR LES TEMPÉRATURES
OBSERVÉES A TROYES
En 1871
Par M. Alphonse MEUGY
Membre résidant.
J*ai l'honneur de présenter à la Société académique le
relevé des observations thermométriques que j'ai faites à
Troyes depuis le 4 décembre 1870.
Le thermomètre placé dans Tembrasure d'une fenêtre,
au rez-de-chaussée de la maison que j'occupe, faubourg
Saint-Jacques, et dont la façade est exposée au S.-S.-O.,
a été consulté tous les jours, à huit heures du matin, en
même temps qu'on notait l'état du ciel et la direction du
vent. Ces indications ont été portées sur un tableau que je
mets sous les yeux de la Société (Voir la figure à la fin
de la note). Les jours sont comptés horizontalement et
les températures verticalement au-dessus ou au-dessous
d'une ligne prise pour zéro. En joignant Tun à l'autre
les points obtenus chaque jour, on a formé une ligne bri-
sée qui exprime en quelque sorte la loi des températuries
212 TEMPiRATUBBS OBSERVÉES A TROTIS.
à huit heures du matin pendant toute l'année. Pour rendre
celte loi plus facilement saisissable , j*ai imaginé de relier
entre eux les points les plus hauts comme les plus bas,
par deux courbes continues qui figurent une sorte de bande
ou de zone dans laquelle sont comprises toutes les tempé-
ratures de Tannée à la même heure.
Cette zone présente , comme on le voit , une série de
maximum et de minimum que j*ai cru devoir faire res-
sortir et dont j'indique ici les principaux :
Maximum.
16 décembre 1870. . . . 11» 1/2
8 et 9 janvier 1871 ... 2» 1/2
18 janvier 1871 6o
8 février 1871 lO»
26 mars 1871 13*
29 avril 1871 15» 1/2
29, 30 et 31 mai 1871. 17»
16 juin 1871 24*
8 juillet 1871 21ol/2
19}aUletl871 28»
13 août 1871 250
1 septembre 1871 24»
Htniaiim.
11 décembre 1870.
— 12»
2S décembre 1870.
— 13»
IK janvier 1871. ..
— 10»
31 janvier 1871 . . .
— 4»
12 février 1871...
— 2»
28 février 1871 . . .
— 1»
17 mars 1871
1»
30 mars 1871
30 1/2
6 et 6 mai 1871...
10»
18 mai 1871
9»
9 juin 1871
8>l/2
26 juin 1871
«•
12 jailletl871....
16*
25 juillet 1871....
13*
18 et 19 août 1871.
18*
29 août 1871
16»
28 septembre 1871 .
10*
»
TEMPÈtATUlIS OBSERVÉES A TROTBS. 213
MaxiaraB. Miniavm.
8octobrel871 Ifio 1/2
14 octobre 1871. . . ?• 1/2
21 octobre 1871 12»
27 octobre 1871 ... 0
8 novembre 1871 8<»
22 novembre 1871. — 8o 1/2
23, 24 et 25 nov. 1871. 0
9 décembre 1871 . . — 17«
21 décembre 1871 .... 4«
24 décembre 1871 . -* 5»
Tai marqué sur le diagramme les solstices d*hiver et
d'été, ainsi que les équinoxes^de printemps et. d'automne,
afin d'appeler l'attention sur les degrés de chaleur ou de
froid au commencement de chaque saison.
Mon travail se réduit donc à un simple enregistrement de
faits présentés sous une forme qui permet d'en saisir aisé-
ment l'ensemble , et en le poursuivant encore pendant les
années suivantes, il pourrait conduire à des rapprochements
dignes d'intérêt. Dans les sciences naturelles, en effet, les
faits ont une grande importance, puisqu'ils servent à vérifier
les conséquences des théories qu'ils ont servi aussi à
établir.
Ici, des causes multiples dont une partie nous échappe,
tendent à influer sur les variations de température dans un
sens ou dans l'autre. Indépendamment de la situation de la
terre sur l'écliptique, qui détermine la hauteur du soleil
au-dessus de l'horizon ou la durée des jours et des nuits,
il y a Tétat du ciel, les vents et les pluies qui concourent à
imprimer à la zone des températures les ondulations qu'elle
présente. Mais on reconnaît néanmoins que son allure gé-
nérale est étroitement liée au mouvement de la terre dans
son orbite. C'est ainsi qu'en partant du solstice d'hiver, la
série des minimum ofiGre une gradation continue très-re-
marquable jusque vers le 15 avril. Puis, pendant un mois
environ, du 1 5 avril au 1 5 nàai, le thermomètre letUfi pour
tu TEtfPÉBATUlBS OBSERVÉES A TBOTES.
ainsi dire stationnaire autour de 10 à 15 degrés, ce qui
peut tenir aux effets de refroidissement causés par Té^apo^
ration, qui contrebalancent ceux qu'occasionnerait dans un
sens contraire le seul accroissement des jours.
En approchant du solstice d'été, les courbes deviennent
très-tourmentées. Elles présentent des ondulations pronon-
cées à de courts intervalles, parce que la chaleur solaire
augmentant sensiblement, développe des sources d'électri-
cité et provoque la formation de nuages orageux qui en se
résolvant en pluie viennent refroidir subitement Tatmos-
phëre. Cet état de choses se prolonge jusqu'au 1 8 août,
époque à laquelle les courbes s'infléchissent peu à peu et
d'une manière continue, sauf le maximum du 1 "^ septem-
bre, jusqu'à l'équinoxe d'autonme. Puis la ohaleiir continoe
à décrottre avec d'assez brusques variations ; et, à partir du
20 octobre, survient une baisse rapide. La température, à
part le minimum (0) du 27 octobre, varie de 2 à 8 degrés
jusqu'au 20 novembre où elle commence à s'abaisser au-
dessous de zéro, pour continuer son mouvement descendaoi
jusqu'au 9 décembre ( — l?""). Elle se relève alors pour
présenter, vers le solstice d'hiver, un maximum qui dqà
s'est produit l'année dernière à la même époque, quoique
dans des limites un peu différentes (voir le diagramme).
Cette hausse qui paraît anormale à ce moment de Tannée,
semble être déterminée par des vents de sud-ouest.
La bande comprise entre la courbe des maximum et
celle des minimum n'est pas d'une largeur uniforme; tan-
tôt elle s'épanouit quand se produisent de brusques varia-*
tiens, tantôt elle se resserre. Elle présente quelquefois des
contoumements prononcés correspondant à des variations
miccessives en hausse et en baisse, comme elle suit aussi
une direction rectiligne plus ou moins inclinée , quand k
température s'accroît ou diminue d'une màni^ plus ra
m<ms continue. Son horizontalité annonce des températures
a peu près stotionnaires comme au mois de mai^
HEMPÉRATURE8 OBSBRYÉES A TROTKS. 21.5,
Le tableau fait voir que le beau temps ne se maintient
qu'avec des variations lentes et continues de la température.
On en voit des exemples du 2 au 1 8 mai, du 6 au 1 7 août,
du 13 au 20 septembre, et surtout du 10 au 25 octobre.
Cette dernière époque se distingue par une succession non
interrompue de 15 jours de beau temps, ce qui est extrême*
ment rare et ne s*est vu à aucune autre époque de l'année,
même en mai, comme on peut s'en convaincre en jetant les
yeux sur le tableau.
On remarque aussi que, généralement, ce sont les vents
du nord qui coïncident avec le beau temps. Si c^est Tin-
verse pour une partie de la période de beaux jours du mois
d'octobre, cela tient sans doute à ce que les vents soufflaq^
du sud ont empêché la température de décroître trop rapi-
dement et l'ont maintenue dans des conditions de continuité
favosables à la persistance des beaux jours.
Les années se suivent sans se ressembler. Cepen4ant il
doit y avoir entre elles certains rapporta ei^ ce qui concerne
le3 lois qui régissent les températures. Ainsi on a cru re-
marquer qu'il survenait des minimum à certaines époques
dites les Saints déglace. En 1871 , nous ne voyons que le
i 2 février qui ait satisfait à cette loi. Le minimum atteadu
le 12 mai, ne s*est produit que le 18. Quant au moisd^aoùt,
c'est un maximum de 25 degrés qu'on remarque te 13 ; et,
le 12 novembre, la bandei thermométrique présente une
légère dépression correspondante à un minimum.de 3* 1/2,
compris entre les maximum de 8 et de 6 degrés iqd|iqqé3
le 8 et le 16 de ce mois.
Nous nous abstiendrons de signaler aucune datq coqpes-
pondante à des fait^ thermométriques devant sç reprpdujre
plus ou moins hypothétiquement chaque aqné^, La :|ône
des températures peut présenter d'une année i une autre
des analogies dans la forme générale de ses eontours ausc
mêmes époques. Ainsi nous avons déjà fait remarquer, par
216 TEll?iRATimBS OBSKRTtES A TROTBS.
exemple, qu'en décembre 1870 comme en décembre 1871,
un minimum prononcé a précédé le maximum du 2 ! . Mais
ces rapports que nous avons déjà pu saisir pour le dernier
mois de Tannée sur lequel ont porté nos observations en
1870 comme en 1871, sont susceptibles d'être troublés par
des accidents météorologiques de toute nature ; de sorte
que les diagrammes de deux années consécutives peuvent
présenter entre eux de notables dissemblances.
Je ferai remarquer néanmoins certains faits qui paraissent
se reproduire chaque année d'une manière à peu près cons-
tante. Ainsi, tous les ans, vers le 20 août, la chaleur après
avoir atteint un degré très-élevé, baisse d'une manière sen-
sible, et cela dans le midi comme dans le nord de la
France.
Je ferai remarquer aussi que c'est vers le 20 de chaque
mois qu'on observe des changements notables dans le ré-^
gime de la température, qui baisse 8 fois sur 12 à cette
date. Il n'y a que le 20 mars et le 20 mai qu'on remarque
une hausse, des variations brusques s^étant produites le 20
juin et le 20 septembre.
Si^ maintenant, on considère les oscillations du thermo-
mètre aux diverses époques de l'année, on obtient les ré-
sultats suivants :
Du 15 au 31 déc. 1870. Entre -
-13et-hll 1/2.
DiB^24o|/J
Du 1 au 15 janv. 1871. Entre -
-12et-h 2 1/2.
Diff» 14* 1/2
Da 15 an 31 janvier >
• Entre -
-10 et 4- 6.
DiflP*l&>
Da 1 an 15 février i
» Enu-e -
- 2et + 10.
DifiP» 12*
Da 15 an 28 février i
» Entre -
- 1 et 4- 10.
Diff» tl«
Da 1 aa 15 mars i
» Entre
2 et 11.
DiK^ 9«
Da 15 au 31 mars i
» Entre
1 et 13 1/2.
Diff» 1* 1/2
Da 1 aa 15 avril >
» Entre
5 et 14.
DifiP» 9*
Da 15 aa 30 avril i
i EùXre
10 et 15 1/2.
DiiP» 60 1/2
Da 1 au 15 mai i
i Entre
10 et 13.
DifP" 3*
Da 15 aa 31 mai i
» Entre
9 et 18.
Diff» 9*
Da laal5juin i
» Entre
81/2 et 20.
Diff» 11* 1/2
imPiKATUBBS OBSntTÉIS A TK0TX8.
217
Da iS am 30 juin i
» Entre
11 et
24.
Diff»13o
Da i au 15 juillet i
» Entre
15 et
23.
Difl^ 8»
Da iS aa 31 jaillet >
1 Entre
13 et
25.
Difl^ 120
Da 1 aa 15 août i
1 Entre
15 et
25.
Difl^ 10>
Da 15 aa 31 août i
» Entre
16 et
25.
DifP» 90
Da 1 aa 15 sept, i
» Entre
14 et
24.
DifP»10>
Da 15 aa 30 sept. >
» Entre
10 et
17.
Diff«» 70
Du 1 au 15 octobre i
» Entre
7 1/2 et 15 1/2
DifF* 8»
Da 15 au 31 octobre i
> Entre
Oet
12.
Diffc* 120
Da 1 aa 15 nov. i
> Entre
2 1/2
et 8.
Diff«« 50 1/2
Da 15 aa 30 nov. i
» Entre -
-51/2
et 6.
Diff^ 11<» 1/2
Da 1 aa 15 décem. i
> Entre -
-17
etl.
Diffc* 18<»
Da 15 au 31 décem. i
► Entre -
- 5
et 4.
Difl^ 9*
Ainsi, c'est dans les mois d'hiver, en décembre 70 et
janvier 1871^ que le thermomètre a affecté les oscillations
les plus étendues. Elles sont au contraire restreintes dans
les plus étroites limites du 1 5 avril au 1 5 mai, du 1 5 au 30
septembre et du l*'au 15 mai, où Ton ne remarque qu'une
différence de 3 degrés entre le minimum (10) et le maxi-
mum (13). Or, une température à peu près constante de 10
à 1 2'', comme celle qu'on remarque à ce moment de Tan-
née, est éminemment propre à favoriser les fermentations
et les décompositions qui activent le développement des vé-
gétaux. — Et c'est ainsi qu'on peut se rendre compte de
l'effet funeste produit par la baisse du 18 mai, qui est sur-
venue lorsque les phénomènes résultant de la mise en mou-
vement de la sève avaient déjà conmiencé à se manifester
depuis plus d'un mois. Il n'en fallait pas davantage pour
détruire de jeunes pousses encore très-délicates comme
celles de la vigne , et c'est ce qui est arrivé en beaucoup
d'endroits. — Du reste, les effets pernicieux produits sur les
jeunes plantes par la baisse du thermomètre se sont fait
sentir en 1871^ jusqu'au 9 juin ; car on a encore constaté à
ce moment la perte de quelques plants de haricots.
L'inspection attentive de notre diagramme et les rensei-
gnements qui s'y trouvent portés, pourraient donner lieu à
2t8 TBXtilUTUBES OBSUVÉES A 1«0n&*
d'autres observations plus ou moins intéressant^ que nous
laissons à Tiniliative du lecteur.
Je ferai seulement une remarque, et c'est par là que je
terminerai. On sait que les variations brusques de tempéra-
ture ont une grande influence sur l'économie, et que c'est
souvent à elles qu'on doit attribuer les maladies les plus
graves. Il peut donc être utile de consulter Tallure des
courbes thermométriques en vue des précautions hygiéni-
ques dont on doit s'entourer, comme pour les époques les
plus propres aux voyages.
Troyes, 19 janvier 1872.
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ESCHYLE, XÉNOPHON ET VIRGILE
ÉTUDES PHILOSOPHIQES & LITTÉRAIRES
Par V. GOURD AVSAUX (0
Par M. ASSOLLANT, membre résidant
MSSSIBOIS,
Parmi les grandes œuvres poétiques que le passé a lé-
guées à notre admiration, il en est qui, par leur puissante
originalité, semblent offrir à la critique un sujet inépuisable.
Td est, chez les anciens, le théâtre d'Eschyle, chez les
modernes celui de Shakspeare. J'ai eu occasion de vous
dire quelques mots des travaux récents dont le dernier a été
l'objet, en vous rendant compte d'un volume d^Etudcs lit-
téraires, CavQctèr es et talents^ publié par M. Courdaveaux,
ancien professeur de Rhétorique au Lycée de Troyes, au-
jourd'hui professeur à la Faculté des lettres de Douai. Une
publication nouvelle du même écrivain, dont vous avez pu
apprécier la critique piquante et spirituelle, renferme comme
partie principale une analyse étendue et un examen détaillé
des sept pièces qui sont tout ce qui reste de trente trilogies
tragiques qu'Eschyle avait composées. De ces trilogies nous
(1) Paris, Didier et Gi«, 1872, 1 vol. in-8», x-368 pages.
220 ÉTUDES PHaOSOPHIQUBS ET LITTÉRAIRBS.
n^avons entière que celle qu'on appelle YOrestie; elle est
formée de trois drames : Agamemnon, les Ckoéphores^ les
Euminides.
Analyser une analyse, c'est à quoi je ne puis songer ;
TOUS dire qu'elle est toujours intéressante autant qu'exacte,
qu'elle pénètre au fond de la pensée du poète en même
temps qu'elle présente une vive image de la forme dont il
l'a revêtue, c'est en conseiller la lecture à tous ceux qui
voudraient arriver, sans beaucoup de temps et de peine, à
connaître le génie et les œuvres d'un poète que notre siècle
a relevé, je ne dirai pas de Toubli, mais de l'espèce de mé-
connaissance qu'on pouvait reprocher à nos prédécesseurs.
Eschyle a été de ceux qu*on a le plus étudiés de nos jours.
Dès 1809, Guillaume Schlegel lui consacrait une de ses
Leçons sur la littérature dramatique^ qu'on a traduites en
français il y a plus de cinquante ans ; il y marquait rapide-
ment les traits caractéristiques de cette grande figure. Après
lui, M. Patin, dans ses Eludes sur les tragiques grecx^ con-
nues par plusieurs fragments, longtemps avant d'être pu-
bliées en 1841, a rendu au vieil Athénien l'hommage dû à
sa valeur conune guerrier de Marathon, à sa science conmie
disciple des anciens sages, à son génie comme créateur,
on peut le dire, de la tragédie , qtfil a dégagée mais non
séparée du chœur lyrique où s'en étaient développés les
germes.
Ce livre, si consciencieux et si savant qu'il ffit, n*était
pas, sur un tel sujet, le dernier mot de l'érudition et de h
critique. M. Patin avait ouvert la voie l d'autres y sont allés
plus loin que lui. Le texte, plein de difGcultés et d'alté-
rations de toute sorte, a été, de la part de M. Weil, l'objet
d'une révisison aussi laborieuse que hardie ; des traductions
nouvelles des sept drames que nous avons d*Eschyle en ont
répandu la connaissance ; des ouvrages importants en ont
montré, non-seulement la valeur littéraire, mais encore h
portée philosophique. Tant de travaux, rien qu'en France,
ÉTUDES PHIL080PHIQUBS ET LITTÉRAIRES. 221
prouvent l'intérêt qu'ont, à nos yeux, les questions qui se
rapportent à l'origine et au développement dés idées reli-
gieuses et morales ; ils attestent en même temps la supério-
rité poétique d'Eschyle.
Cette supériorité de génie, qui le place au premier rang
des penseurs et des poètes, M. Courdaveaux la démontre
avec autant d'habileté que de force dans les appréciations
soigneusement développées qu'il a jointes à ses analyses :
appréciations littéraires, quand, faisant remarquer l'art rude
encore mais puissant, les moyens simples mais favorables à
la forte unité de l'œuvre, qui caractérisent ces créations
d'un seul jet, il leur compare ce que plus tard les poètes
dramatiques ont imaginé en traitant les mêmes sujets : ap-
préciations philosophiques, quand il fait voir de quelle
haute moraUté les drames d'Eschyle sont l'expression, quel
esprit profondément religieux les anime; la liberté humaine,
quoi qu'on ait dit, s'y manifeste avec éclat, tantôt par la
conscience de la justice et du droit bravant la force brutale
qui l'opprime, tantôt par le sentiment de la responsabilité
qui pèse sur l'âme des coupables, car ce n'est pas la fatalité
de la faute qu'ils subissent, mais la fatalité du châtiment.
On peut, vous le voyez, Messieurs, en parlant des an-
ciens, rajeunir des sujets que des esprits superficiels décla-
rent usés : grave erreur I car l'objet à étudier a beau rester
le même d'âge en âge, l'aspect sous lequel on l'aperçoit
varie d'une époque à l'autre, ainsi que le point d'où on
l'observe, le milieu à travers lequel on l'observe . Par suite,
toute grande renommée parmi les hommes a^ pour ainsi
dire, des hauts et des bas ; il n'est pas d'oeuvre importante
qui n'ait été tantôt exaltée au-dessus, tantôt rabaissée au-
dessous de sa valeur. De ces mouvements en sens inverse
que subit le goût public, &ut-il conclure qu'en fait d'art et
de beauté, il n'y ait pas de principe fixe et que tout soit
variable comme nos idées et nos besoins? Non; mais, sans
aboutir à ce scepticisme absolu, on doit, en considérant les
222 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES ET LITTÉRAmBS.
oscillations toutes naturelles et très-explicables de la
tique, se garder avec soin de tout excès, soit de dédain,
soit d^enthousiasme, peser le pour et le contre, et surtout
lorsqu'on a raison, n'avoir raison qu'avec sobriété.
Voilà ce que M. Courdaveaux a eu certainement rinteo-
tion de faire, puisqu'il commence par combattre deux as-
sertions excessives et tranchantes de Victor Hugo, et qu'il
parle en si bons termes de ceux qui, avant lui, se sont oc-
cupés d'Eschyle. Mais il ne se contente pas de le proda-
mer le « génie dramatique le plus franc, le plus élevé et le
» plus puissant que l'antiquité classique ait prodiBt
» (p. 106) ; » il yeut nous faire avouer qu'on est mainte-
nant encore loin de lui rendre pleine et entière justice.
M. Jules Girard cependant, dans son beau livre Le senti-
ment religieux en Grèce^ s'il n'a pas dit tout, en a «fit
assez pour ne pas mériter un tel reproche. Qu'il se soit
trompé sur quelques points, même importants, en résulte-
t-il que la noble et imposante image qu'il a tracée d'Eschyk
fasse tort à son modèle? Dans des questions assurément
difficiles et obscures, puisqu'elles sont si controversées,
l'erreur est facile, et la vérité n'est pas toujours éclatante.
Un poète d*ailleurs, si philosophe qu'il soit, n'est pas t^a
dans ses drames à la rigueur systématique qu'on est en
droit de chercher dans un traité de morale : il peut fort
bien, sans qu'on s'en étonne, avoir associé des idées phis
ou moins contradictoires. Que sera-ce si l'on conudère^'à
l'époque où Eschyle a vécu, il se produisait dans la poésie
comme dans la politique, dans Tart comme dans la science,
un de ces mouvements féconds qui ébranlent toutes ks
âmes ? La sienne en est émue prof ond^ent, et lui qui t
recueilli du passé un riche héritage : échos lointains de
l'Orient, souvenirs des Aryens et de leurs mytties gran-
dioses, vieilles légendes helléniques, doctrine des mystères,
pressent en même temps un avenir meiUeur : lutte contre
les puissances fatales; victoires de l'intelligence; les bioB-
ftTDDBS PHILOSOPHIQUES ET LITTÉRAIRES. 223
faiteurs de rhumanité, quelque cher qu'ils paient leurs
succès, élevés au-dessus des dieux ; ces dieux mêmes ces-
sant d*étre capricieux, jaloux, vindicatifs et, pour tout dire
d'un mot, connaissant le progrés dans la justice.
Si Ton trouve tant de choses dans Eschyle, il ne faut
s'étonner ni de l'atfarait que ce génie mystérieux a pour la
critique ni de la diversité des interprétations qu'on a données
de ses (Buvres. Plus on est disposé à accepter les vues de
M. Courdaveaux, plus on souhaiterait qu'il n'eût pas si sou-
vent usé, pour les exprimer, de formules trop absolues,
tt M. Girard, » dit-il, « a faussé YOrestie^ comme il avait
» faussé le Prométhée : suivant lui, de même que Prométhée
»> était le r^résentant de l'humanité orgueilleuse, Oreste
n est le représentant de l'humanité criminelle (p. 198). »
Certes Tarrêt est sévère, et M. Courdaveaux, j'en suis sûr,
regrette de n'en avoir pas beaucoup adouci les termes. Cela
n'aurait en rien diminué la solidité des preuves sur les-
quelles il appuie ses principales assertions : <i C'est chez
» Prométhée qu'est le droit, et non chez Jupiter (p. 1 58). »
-— « Jopiter, en face du Titan, n'est, dans la pensée du
» poète^ qu'un despote odieux et cruel (p. 159). » -^
Il Oreste n'a pas de repentir et n'a pas lieu d'en avoir. Ses
» purifications expiatoires n'ont aucune analogie avec la
» pénitence. Les Furies ne sont pas les déesses du re-
» mords (p. 199). » — Ce qu'elles représentent, c'est le
grossier principe de la solidarité des familles, l'aveugle loi
du talion, et « l'acquittement d'Oreste inaugure pour l'hu-
9 manité, l'ère d'une justice meilleure dont les dieux ont
» Tinitiative (p. 207). »
Vous pouvez, par ces citations, juger du sérieux intérêt
qu'offre l'étude sur Eschyle. Je ne saurais indiquer toutes
tes pages où il y a beaucoup à apprendre sur cette anti-
quité qu'on connatt moins qu'on ne pense, beaucoup à ré-
fléebir sur le progrès évident de h conscience et de la
moralité humaines* On pourrait reprocher à l'auteur de
224 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES ET LITTÉRAIEBS.
n'avoir fait qu'un panégyrique et de s'être complu es rap-
prochements parfois bien longs entre Eschyle et ceux de
ses successeurs qu'il sacrifie à sa gloire. Ces longueurs n'ooi
pas du moins l'inconvénient d'ennuyer ; c'est, comnie sur k
théâtre d'Athènes, la comédie satirique succédant à des
compositions plus graves. Mais il n'en est pas moiitf ym
qu'il est dangereux de trop insister sur les idées qu'on sou-
tient et de s'abandonner au plaisir de combattre les idées
d'autrui, surtout quand elles sont de celles que presque per-
sonne ne défend plus : bien des lecteurs ont les nerfs ann
irritables que les poètes.
Etait-il, par exemple, nécessaire, pour prouver que le
idées religieuses de Sophocle ne sont pas en progrès sor
celles d'Eschyle, de poursuivre le parallèle entre les deox
poètes jusque dans des pièces dont les sujets différent abso-
lument? Qu'Eschyle l'emporte conrnie penseur, soit; mais
M. Courdaveaux trouvera plus de contradicteurs lorsqu'il
dit que, comme artiste, il est aussi au-dessus de Sophock,
l'art ayant perdu de sa grandeur quand un drame unique a
remplacé le triple drame de la trilogie, sans compta que,
dans cette unique tragédie, l'action divine, la passion ho-
maine, la marche des événements sont devenues moins ra-
pides. « Quelque légitime que pût être cette évolutioo de
» l'art dramatique (p. 274) » , et quelque ressemblance que
le théâtre de Sophocle gagne par là avec le nfttre,
M. Coyrdaveaux n'en est pas plus disposé à rapproaTa>.
Or, en cela, il me semble ne pas être parfaitement d'accord
avec ses propres principes.
Qu^on se reporte à la préface où il les a exposés, s'atii-
quant à des puissances déchues, « nos vieilles idées das-
» siques, » dYprès lesquelles « chaque genre s'incruste es
» quelque sorte dans une forme type (p. 274). » ffy
professe-t-il pas, à l'égard des formes littéraires en général,
une complète indifférence ? D'où vient donc sa prédilediod
pour la forme dramatique d'Eschyle? C'est que, siofk
ÊTCDBS PHILOSOPHIQUES ET LITTÉRAIRES. 225
malgré la hauteur où se tient la pensée et malgré la tension
habituelle du style, cette forme a servi admirablement à
élever les esprits, à fortifier les cœurs (p. 275). Mais ce mé-
rite ne lui est pas inhérent ; Thonneur en revient à la grande
âm9 du poète. Après dVclf^tants succès, la forme que la
tragédie avait reçue de lui ne lui a pas survécu, tandis que
celte dont Sophocle a donné les premiers modèles a duré
des siècles, tout en se modifiant sans cesse, et par là est
devenue un type qu'il a été plus facile de critiquer que de
remplacer.
De ces observations, une partie peut s'appliquer aux
pages intitulées : Virgile, son vrai géme. Mais d'abord,
aucun de ceux qui ont lu Virgile avec le soin qu'il mérite
n'acceptera le reproche qu'implique le titre donné par
M. Courdaveaux, je ne dirai pas à l'étude, mais à la cau-
serie littéraire dont ce poète fait les frais. Est-ce qu'on en
est encore à ignorer en quoi son génie consiste ? Qui donc
l'admire sans réserve ? Depuis longtemps on a reconnu Us
défauts que M. Courdaveaux relève dms l'Enéide, et sa verve
satirique, qui emprunte plus d'un trait à la muse irrévé-
rencieuse de Scarron, rappelle aussi, et je le regrette, des
parodies plus modernes.
Dans son étude sur Eschyle (p. 106-107), il s'étonnait,
et avec raison, que Macaulay ait osé traiter Prométhée de
pleurard. Mais il adresse sans hésitation à Enée le méuie
reproche, quoiqu'il sache bien qu'avant le stoïcisme les an-
ciens n'étaient pas choqués de voir un héros être homme :
gémir, se plaindre et pleurer. 11 se montre moins juste en-
core, quand ayant attribué à son poète favori « un caractère
» à part, qui ne |)ermet de le juger d'après aucun autre, ni
» de le placer au-dessous d'aucun autre (p*. 120), x> il
juge Virgile d'après une foule d'autres, et que le mettant
au-dessous d'Homère dans l'épopée, de Lucrèce dans le
genre didactique, de Théocrite dans Téglogue, il réduit son
génie à un pur talent d'imitation. Virgile, modèle idéal des
f. SXSfl. iâ
226 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES ET LITTKRAIRBS.
a œuvres de seconde main (p. 279), » ne travaillant goèrs
que sur comnfian<le, agençant avec plus ou moins d'habileté
des pièces de toute provenance, n'aurait laissé, suivant lui,
que des ouvrages défectueux et manques dans rensemUe,
mais où il y a des morceaux admirablement réussis, com-
positions restreintes qu'il déclare néanmoins des chcb-
d'œuvre. Avant de rendre ce jugement, où les circoos-
tances atténuantes sont à peu près oubliées, Tauteur avait
dit en propres termes : « Au lieu d'ébranler à notre tour h
» gloire de Virgile, nous Tondrions contribuer à la rafier-
M mir, en précisant mieux ses titres (p. 279-280). » Pro-
messe étrangement tenue I procédé rappelant trop la loi fi-
nancière qui enlevait aux rentiers les deux tiers de leur
capital pour leur en mieux assurer le reste I
D*où vient l'excessive rigueur, l'espèce d'acbarnement
que montre ici M. Courdtveaux? Ce n'est pas un parti-pm
d'approcher du paradoxe en s'écartant des idées reçues,
puisqu'il n'est pas le premier qui ait ainsi parlé de Virgile.
Mais il croit, à ce qu'il semble, que la liberté dans Tait
n'est pas encore cause gagnée. De là son ardeur à la dé-
fendre, ses discussions souvent agressives, ses assertions aa
ton décisif, son ironie qui recourt aux mots les plus fami-
liers. Tout ce qui est type idéal> modèle imposé ou seok-
meut proposé au poète lui parait une entrave pour le génie,
et toute imitation, même de nation à nation, un procédé
fatalement stérile. Or, non-seulement Virgile a beaucoup
imité, mais il a été encore plus imité lui-même : M. Cour-
daveaux ne lui pardonne pas d'avoir donné à l'épopée uoa
forme devenue comme typique ; il lui en veut de tous bi
poèmes qu'ont produits ses faibles imitateurs, parnii lesqueb
il raqge dédaigneusement le Tasse en compagnie de Valédos
Flaccus et de Claudien ; ainsi Racine a été déprécié outre
mesure en haine des mauvaises tjragédies de ses soi-^iîfiaAt
disciples.
Il y a là passion et excès. Proscrire rîioitotîon e^t wé;
ATDDBS PBILOSOPBIOUES et LfTTÉftAIRES. 227
s'en abstenir fie Test pas autant. Croit-on, par hasard,
qirHoinère et Eschyle n*aienl imité personne? Parce qu'ils
sont pour nous les premiers, nous nous exagérons naturel-
lement leur puissance créatrice. Mais ils eurent des précur-
seurs ; leur art, plus instinctif que réfléchi, n'en avait pas
moins ses règles; ils ont eu, eux aussi, a foi en certains
procédés, » tout comme les classiques leurs successeurs.
Effet de la loi uniTerselle de développement progressif, qui
fait sortir le présent du passé sans improvisation brusque,
sans lacune profonde, alors même que Tagent de ce pro-
grès incessant est l'être moral et libre, Tesprit humain.
C'est donc un peu se payer de mots que d'appeler primi-
tives des œuvres qui sont seulement lés plus anciennes que
nous connaissions. Car si, avant Hélène, il y eut des guerres
causées par l'enlèvement d'une femme, avant Homère il y
eut des chants épiques. Pour trouver quelque chose de réel-
lement primitif, ce ne serait même pas assez de remonter à
ces chants dont l'Iliade et l'Odyssée sont les échos magni-
fiquement amplifiés par Theureux génie de quelques poètes,
et conservés pieusement par une nation qui y trouvait ses
héroïques annales. Relativemeni primitives, et plus près de
la nature que celles qui iurent faites sur leur modèle, les
épopées homériques ne peuvent être opposées d'une ma-
nière absolue aux épopées que M. Fauriel, dans ses leçons
de 1831, nommait épopées artificielles, et parfois, avec
plus de justesse, épopées de cabinet.
A ce genre appartient l'Enéide, conune aussi la Divine
Comédie, que M. Courda veaux ne manque pas de mettre
bien au-dessus d'elle. Et pourtant, si la première a peu d'in-
térêt pour nous qui ne sommes pas Romains, la seconde
n'en a guère, sinon pour l'étude du moyen-âge et de sa
philosophie, dont peu de gens tiennent à juger en connais-
sance de cause. Mise en français, l'Enéide doit certaine-
ment paraître insipide. Msùs, soumise à la même épreuve,
que devient l'cravre de Dante? Un récit d'une monotonie
1
228 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES ET LITTÉRAIRES.
didactique dans sa marche, des tableaux succédant à des ta-
bleaux et classés suivant le plan d'un traité des vices et des
yerlu9, un tissu laborieux de science scolastique, d'allégo-
ries subtiles, de visions apocalyptiques, sans parler de nom-
breuses allusions à l'histoire contemporaine. Tout cela
rebute bien vite, dépouillé de sa forme native, et Dante
cesse d'être Dante, quand il n^a plus sa langue d'une allure
franche, d'une force incomparable, d'une harmonie tou-
jours en rapport avec les objets qu'elle peint et les idées
qu'elle exprime. Si la perfection du style et des scènes ad-
mirables par la discrétion des traits et leur rapide énergie
ont élevé à un si haut rang le poète qui résume dans une
œuvre animée de ses sublimes colères la théologie de son
temps ; des épisodes largement traités et une langue d'une
beauté achevée, d'une souplesse merveilleuse, ne donnent
pas moins de prix à l'œuvre où son mattre vénéré, Virgile,
recueillait les légendes nationales de Rome et de ses grandes
familles, les traditions locales de l'Italie, la mythologie em-
pruntée aux Grecs avec leur science, et faisait de tout cela,
à force d'art, quelque chose qui ressemblait aux épopées
où chacun voyait alors des types presque divins.
Mais, dit M. Courdaveaux, le caractère timide de Virgile
lui interdisait de peindre des héros; il lui manquait une
puissante passion comme celle que ressentait Dante, pa-
triote méconnu, banni irréconciliable, défenseur convaincs
de l'unité catholique et impériale. Je ne m'arrêterai pas aa
rapport presque fatal qu'il y aurait, on le répète trop, entre
le caractère qu'un auteur montre dans sa vie et celui des
personnages qui parlent ou agissent dans ses ouvrages. Ce
point de vue ingénieux, mais faussé par l'abus qu*on en fait,
a fini par devenir une formule plus commode qu'exacte.
Est-ce que Corneille ressemblait beaucoup aux Castillans et
aux Romains de ses tragédies ? Pour ce qui regarde la pas-
sion, Virgile n'eut pas, il est vrai, les haines vigoureuses, les
convictions ardentes qui font moins de grand» poètes que de
ÉTUDES PHILOSOPHIQUES ET LITTÉBAIRES. 229
fanatiques ; mais son cœur était ouvert aux sentiments les
plus forts comme aux plus délicats ; son Ame n'était pas hé-
roïque, soit ; mois elle s'était émue au contact des misères
humaines, à l'horreur des guerres civiles, aux charmes de
la paix, à Torgueilleuse pensée de Télernité romaine, à la
grandeur naissante et jusqu'alors bienfaisante de l'Empire,
à la reconnaissance et non pas à un mesquin calcul de flat-
terie envers Auguste, enfin à une mélancolie moins âpre et
plus juste que les plaintes de Lucrèce sur notre condition
mortelle.
Dire qu'il a ignoré toute inspiration franche, comme s'il
n'y avait pas eu dans l'artiste une âme^ sous le poète un
homme, n'est-il pas bien hardi? Homme par le cœur le
plus sensible à tout ce qui est humain, homme par l'esprit
le plus éclairé des lumières de la science, certes Virgile
sentait et pensait avec une conviction assez sincère pour
a amener les autres à penser et à sentir conune lui. » Je
me sers à dessein des expressions employées par M. Cour-
daveaux lorsqu'il détermine, dans sa préface, quel est le but
de l'art et à quelles conditions on l'atteint. « Il faut être soi*
» même, » dit-il, cela est obligatoire ; il faut être de son
D époque, cela est inévitable ; mais il faut appartenir tout en-
x> semble à son époque et à l'humanité... Les œuvres éter-
n nelles sont à ce prix (p. ix). »
De ces conditions, en est-il une que Virgile n'ait pas
remplie 7 On voit ce qu'il faut penser du défaut de person-
nalité reproché à son œuvre par son sévère critique. Le dé-
faut d'intérêt de l'Enéide s'explique parce qu'elle était de
son temps, où l'imitation des Grecs était la loi suprême,
Rome n'ayant jamais eu une littérature à elle : or, l'imita-*
tion est surtout difficile et périlleuse quand il s'agit de ra-
jeunhr des croyances qui ne sont pas d'accord avec les idées
de ceux auxquels on veut les faire accepter, ce qui ne peut
avoir lieu qu'au moyen de compromis qui en altèrent le ca-
ractère et leur ôtent le peu de foi qu'ellçs pouvaient trouver
230 ÉTUDES PHILOSOPHIQUES ET LITTÉRAIBES.
eDcore« Cette tâche que les circonstances ont imposée i
Virgile^ il Ta accomplie de telle sorte qu'il a été admiré non-
seulement à Rome et par ses contemporains, mais chez toutes
les nations européennes et dans tous les siècles. Pourquoi
M. Courdaveaux, qui sait fort bien tout cela, proclame-t-il
donc, à Texclusion de TEnéide, aTIliade etrodyssée... des
» œuvres humaines (p. 298)7 »> Est-ce que ces poëines nooi
intéressent au même point et au même titre qu*ik intéres-
saient les Grecs? Nous touchent-ils, nous aussi, en nouspa^
lant de nos dieux, de nos ancêtres? Non; notre curiosité j
cherche la naïve peinture d'un des premiers âges du monde;
la poésie supplée 1 histoire pour Tétude de cette époipie ;
mais ces précieux témoignages d'un passé lointain per-
draient singulièrement de leur valeur s'ib n'en étaient les
seuls monuments. Supposons que le siècle d'Auguste ne
nous fût conim que par l'Enéide, quel prix n'aurait-elle pas
à nos yeux? Car, malgré l'abondance des documents, elle
nous apprend pourtant quelque chose du temps où elle a
paru, et des temps anciens mêmes ; mais ce quMl faut rema^
quer surtout, grâce à elle un grand nombre de pensées et de
sentiments admirablement rendus ont grossi le patrimoine
moral de Thumanité.
Telle est l'œuvre oîi Virgile n\iurait, suivant M. Cour-
daveaux, travaillé que pour les Romains sans cependant y
avoir mis rien de sa personne et de son époque, de ses pas-
sions et de sa vie (p. 298). Pour démentir ces assertions, il
sufGt du livre où elles se trouvent, et je ne me les explique
point. Je suis moins étonné que l'auteur n'ait pas marqué
expressément, comme condition de durée pour les oeuvres
poétiques, la perfection du style. A elle seule certainement,
si elle pouvait exister seule sans un fond d'une valeur sé-
rieuse, elle ne ferait pas un grand poète; mais sans elle un
poète ne peut vivre. Son absence est la cause principale
de l'oubli où sont restées si longtemps les épopées françaises
du moyen-âge tant de fois remaniées sans être arrivées ja-
ÈrOMS' PHILOSePHfQUfiS ET LtncRAfns. 231
mais à noe ferme qui les ait en quelque sorte censacrées.
Virgile est un éclatant exemple de la puissance du style
pour rendre une ŒU?re immortelle. Bien peu partagent arec
lui cette gloire.
Si je voulais m'arréter à tous les points contestables ou
tout au moins discutaUes de Touvrage de M. Courdaveaux,
j'en ferais un plus long que le sien, et qui n*en aurait pas
l'agrément. Je me bornerai donc à faire mention des
60 dernières pages de son livre : les Héroines de Virgile^
galerie de portraits trop nombreux peut- être pour être assez
variés, mais où les observalicms ingénieuses et déficates ne
manquent pas. J'y voudrais seulement reirancher certains
traits d'un goût qui n'est pas, à mon gré, irréprochable,
abréger certains rapprochements qui ne sont qu'amusants
et curieux. La supériorité de Virgile dans ses portraits de
femme<^, <i la délicatesse toute moderne déjà de ses senti-
ments et de ses pensées (p. 367), )> semblent au critique un
résultat naturel du caractère du poète.
« Chercher l'homme sous les œuvres, » telle est l'idée
dominante des études qu'il a publiées en 1867; elle repa-
raît dans les trois études qui forment son nouveau volume,
particulièrement dans la première : Xénophon^ sa vie et ses
œuvres. Rien de mieux composé et de plus instructif d'un
bout à l'autre, que les cent pages de ce morceau d'histoire
littéraire et philosophique à la fois. C'est le portrait habile-
mont tracé d'un Condottiere athénien, dont l'Italie de la
Renaissance aurait pu seule reproduire le type. Pliilosophie,
politique, morale, économie domestique, dévotion envers
les dieux, Xéno|>hon ramenait tout, même les leçons de
Socrute, son maître, au principe de l'intérêt bien entendu,
à l'utile, par conséquent, règle de sa vie entière. Heureuse-
ment doué, au physique aussi bien qu'au moral, pour l'ac-
tion et le succès, il n'a été cependant ni un grand citoyen,
ni un grand homme, ni un grand écrivain. Le principe qui
le dirigeait à son insu et malgré les beaux mots de sagesse^
232 ÉTUDBS PHILOSOPHIQUES BT LITTiRAIEBS.
de yertii, de justice, de piété, qu'il avait sans cesse a h
bouche, naïvement et pas du tout par calcul d'hypocrisie,
lui interdisait de s'élever à la hauteur morale de Thucydide
et de Platon. Suivre dans la longue durée de sa vie et dans
ses nombreux ouvrages le développement de ce caractère
serait s'exposer à faire mal ce que M. Courdaveaux a hiea
fait. Le petit nombre d'observations que je pourrais loi
adresser porteraient sur des drtaiU d'une si faible impor-
tance, que mieux vaut, au lieu d'une discussion sans intérêt,
terminer par un éloge sans n striction d'un travail où s'as-
socie, aux allures d'une critique qui veut plaire, l'élévatioD
d'une pensée qui est sérieusement morale.
Troyes, 16 août 1872.
M. CHARLES DELAUNAY
MBHBRB DB L INSTITUT
NOTICE NÉCROLOGIQUE
PAR
M. EMILE SOGARD, membre résidant.
La journée du 5 août 1 872 a été pour TEurope scienti-
fique, pour la France tout entière, pour le département de
l'Aube, en particulier, une journée de deuil public. On
venait d*apprendr3^ par une dépèche télégraphique, que
M. Delaunay, directeur de TObservatoire et membre de
l'Institut, avait péri victime d'un accident en mer, à la suite
d'une simple promenade pour visiter la digue de Cher-
bourg. Voici les détails qui arrivèrent le lendemain de
l'affnuse catastrophe :
Dans la journée du lundi 5 août, vers trois heures de
Taprès-midi, la péniche la Caroline, patron Saffray, ra-
menait à terre deux voyageurs parisiens, qui, malgré les
menaces du temps, s'étaient risqués à aller visiter la digue.
Très-pluvieuse avait été la matinée, et dans l'après-midi,
une véritable tempête de 0. S. 0. avait succédé à la pluie du
matin. Malheureusement le sieur Saffray et Josse, son ma-
telot, avaient négligé l'avis d'un vieux marin qui leur avait
234 M. CHARLES DELAUNAT.
conseillé depretidre des ris (l) par précaution, vu le mao-
rm ten^s et leur âge avancé.
Comme la tempête augmentait de minute en minute, oœ
saute de vent fit chavirer Tembarcation, et les quatre per-
sonnes, qui étaient à bord, périrent, sans qu*il fût possiUe
d'aller leur porter secours. L'un des deux promeneurs,
s'aidant d'un aviron, qu'il tenait encore, dit-on, à la main,
lorsqu'on l'a retrouvé plus tard, avait dû lutter contre It
mort et faire tous ses efforts pow* atteindre Tile Pelée, voi-
sine du lieu du sinistre et à cinq kilomètres de Cherbourg;
mais à bout de forces, il avait fini par être submergé; soo
corps était venu échouer au milieu des rochers de cette ile.
Le mardi, au matin, le cadavre fut retiré de ces éoieiis,
et examen fait du portefeuille qu'il portait sur lui et des pa-
piers qu'il renfermait, on reconnut le corps de M. Charles
Delaunay, membre de l'Institut, directeur de* l'Obsenratmre
de Paris. Un de ses cousins, M. Millot, l'avait accompagné
dans sa fatale promenade : le corps de celui-ci ne fut pas re-
trouvé.
La dépotnlle mortelle de M. Delaunay fut imnoédiatenMat
ramenée à Paris, où la cérémonie des obsèques eut ti«a le
vendredi 9 août. Elles ont été des plus simples, « trop
simples mêmes >> , a dit un journal.
Le corps (ut exposé à rObservatoire, dans la grande en-
trée du Bureau des Longitudes, et de là fut trafi^porcé i
l'église Saint- Jacques-dn- Haut-Pas. Les cordons du poâe
étaient tenus par MM. Liouville, Yven-ViUarceau, DaiArée
et Milne-Edwards.
Après la cérémonie religieuse, le corbillard se éirifn
vers le chemin de fer de l'Est. Là, le cercueil fut deecefiAi
(i) On appelle prendre des ris raccoarcir la 7oile, quand le ««t
est trop fort, au moyen d*œillets faits à cette voile, au-desaou^ de la
vergue, et dans lesquels on passe de petites cordes qu'on nomme
gareettes.
M. C9ARL98 DUAimAT. 23S
pour être dirigé par la voie ferrée vers Troyes, et de là à
Raroernpt, où le défunt devait être enseveli.
Le lendemain samedi, tout le village de Ramerup était
en deuil. Ramerupt n*était-il pas, en effet, le pays de son
enfance, de sa jeunesse? N'est ce pas là que s'élevait la
maison paternelle? N'est*ce pas là qu'était semée de tous
côtés la multitude de ses bîenlaits 7 Tout n'y était-il pas
rempli de son souvenir aimé ? Aussi chaque habitant vint
verser sur son cercueil les larmes de la reconnaissance et du
regret. Les homieurs lui furent rendus par la compagnie de
sapeurs'pompiers qui escortait le char funèbre. Une foule
de personnes accoururent de tous les points du déparlement
pour lui rendre les derniers devoirs.
Avant l'absoute, M. l'abbé Rémion, curé de Ramerupt,
prononça l'éloge funèbre du défunt en des termes où l'élo-
quence du cœur le disputait aux charmes de la diction»
D'autres, M. Lesoure, par exemple, un des élèves de
M. Delaunay, ont fait ressortir les gloires que l'illustre sa^
vant avait moissonnées dans le champ de la science.
M. Rémion, lui, s'est attaché à peindre cette belle âme, si
aimante et si dévouée, où toutes les vertus s'étaieut donné,
pour ainsi dire, rendez-vous, et qui donnait à sa personne
ce rayonnement de bonté qui lui gagnait tous les cœurs.
Essayons à notre tour de payer à la mémoire de notre
illustre et regretté compatriote un juste tribut d'éloges et d#
regrets, en rappelant en quelques mots les phases de sa glo-
rieuse carrière,
Chiirles-Eugène Delaunay est néàLusigny,le9 avril 1816;
mais il avait à peine deux ans, lorsque son père vint se fixer
à Ramerupt. Après avoir terminé de brillantes études au
collège de Troyes, il partit pour Paris en 1 833. L'année sui-
vante, il était reçu dans les premiers à l'Ecale polytechnique,
d'où il sortit, en 1836, avec le numéro 1. Nommé ingé-
nieur des mines, il se sentit entraîné par une vocation irré*
sislible vers la science pure, et surtout vers les hautes
236 M. CHAILES DELAONAT.
études mathématiques appliquées au calcul des mouTcmoits
des corps célestes.
De 1841 à 1848, lié d'amitié avec M. Biot, il le su{^Iéa
dans la chaire d'astronomie physique au Collège de France,
tout en remplissant les fonctions de répétiteur de Géodéâe
à TEcoIe polytechni(|ue ; — de 1844 à 1851, il fut chargé
du cours de mécanique physique et de géoméb*je descrq>-
tive de TEcole des Mines; — en 1848, il fut membre da
Conseil central des Ecoles des Mines; — en 1849, ingé-
nieur des mines de première classe; — en avril 1851,
professeur en titre de mécanique physique à la Faculté (ks
Sciences, sur la présentation à l'unanimité de la Faculté et
du Conseil académique ; — le 27 novembre de la mètat
année, professeur de mécanique à l'Ecole polytechnique;
— membre de l'Institut (Académie des Sciences, section
d'astronomie) en 1855 ; — enfin, directeur de l'Observa-
toire de Paris, en 1870, après avoir été, depuis plusieun
années, membre du Bureau des Longitudes.
La carrière scientifique de M. Delaunay fut donc une des
plus brillantes. Dès son début, il se fit remarquer par des
travaux solides, qui le placèrent de primesaut au rang des
sommités du monde savant, surtout comme mécanicien.
Aussi sa thèse de mécanique, intitulée : Distinction des
maxima et des minima dans les questions qui dépendent
de la méthode des variations^ qu'il présenta à la Faculté
des Sciences, le 19 avril 1841, lui valut une distinction
inusitée : le ministre dé l'instruction publique lui fit remise
des droits universitaires, en raison de la manière supérieore
avec laquelle il avait soutenu cette thèse.
Mais ce n'était que le prélude des nombreux et savanb
travaux dont il devait enrichir les journaux et les revues
scientifiques, tels que le Journal des Mathématiques^ le
Journal de F Ecole polytechnique^ La Connaissance des
temps, etc. Nous ne citerons que quelques-uns de ses
travaux : Note sur la ligne de longueur donnée qui ren-
M. CHARLES DELAUNAY. 237
ferme une aire maximum sur une surface^ en i 843 ; —
Mémoire sur la théorie des marées^ en 1844 ; — Mémoire
sur le calcul des variations^ travail qui a obtenu une men-
tion honorable, le 16 février 1844, dans la séance publique
de rAcadémie des Sciences ; — Calcul de deux inégalités
dUranus, en 1 845 ; — Mémoire sur une nouvelle théorie
de la lune^ lequel a été l'objet d'un rapport à TAcadémie
des Sciences, le 4 janvier 1847. Celle-ci a décidé en outre
qu'il serait inséré dans le Recueil des savants étrangers :
c'était le commencement d'un travail immense dont
M. Delaunay s'est occupé de|.uis.
Parlons maintenant des livres qu'il a composés comme
professeur à la Faculté des sciences rt à l'Ecole poly-
technique. Son Cours élémentaire de mécanique théorique
et appliquée (Paris 1851), est un ouvrage complet et bien
conçu, rempli de figures exactement gravées dans le texte.
Cette première édition fut épuisée en moins de six mois et
fut suivie d'un grund nombre d'autres.
Plus tard, en 1854, il publia son Cours élémentaire
d'astronomie^ avec figures dans le texte, qui eut également
beaucoup d'éditions. — Ces deux ouvrages eurent les hon-
neurs de plusieurs traductions étrangères.
Comme nous l'avons dit, c'est en 1855 que M. Delaunay
fut élu membre de l'Institut, en remphtccment de M. Mau-
vais. Personne que lui n'avait plus de titres à se présenter
à Tilhistre assemblée ; aussi y fut-il admis presque à l'una-
nimité des votants, les Comptes-rendus de F Académie des
Sciences sont remplis de ses travaux et de ses communica-
tions. Nous nous bornerons à citer les plus importants. La
plupart ont rapport à l'étude de la lune dans ses mouve-
ments. — Mais auparavant n'oublions pas de mentionner
par ordre de date le Traité de mécanique rationnelle qu'il
fit paraître en 1 858, pour être le complément de son Cours j
et qui eut le même succès, quoique s'adressant à un plus
petit nombre d'amateurs.
238 If. CHARLBd DELAUNAT.
Noa9 trouvons dam les Compies^rendus de TAcadbritt
deÈ Sciences^ entre autres travaux de M. Deiaunaj, les
suivants : Nouvelle théorie du mouvement de la hme{ 1 858) ;
c'est un rapport fait par Tautcur sur son grand travail dosA
nous allons parler tout à l'heure ; il fit une profonde sensa-
tion à r Académie et dans le monde savant; -— Calculée
f accélération séculaire du moyen mouvement de k
lune (1859), autre point de vue de son grand travail; —
Calcul des variations séculaires des moyens mouvement
du périgée et du nœud de f orbite de la lune (29 août 1 859).
Nous voici arrivé à Tœuvre immortelle de M. Ddaooaj,
celle qui lui coûta pins de dix ans de travail et de calcok,
nous voulons dire sa Théorie du mouvement de la Am,
dont il a paru en 1860 et en 1867 deux énormes Tohmsi
grand in*4*, le premier de 883 pages et le deuxième de 731.
Le troisième et dernier volume n'est pas encore impriné.
Ce travail gigantesque, qui a eu tant de retentissement dais
le monde savant, en Europe, sert à refaire avec plus d'exac-
timde les Tables de la lune, dont se serv^'nt joumellement
les marins pour se diriger sur mer, et à calculer, d'une ma-
nière précise, les éclipses de soleil. A la vérité Tonvrigede
M. Deiaiinay ne sera jamais populaire. Qui oserait en eBtt
s'aventurer dans une forêt de chiffres et de formules algé-
briques, en caractères minuscules, qui s'étendent le long
de 814 pages in-4'', presque sans aucune clairière d'expi-
eations? Mais il restera comme un monument de la scieoee
abordable à ct^ux qui s'occupent de la question du momrt-
ment de la lune.
a On sait, dit M. Leseuredans le discours nécroIogn|iie
consacré à la mémoire de M. Dekunay, quel est riotérit
qui s^attache à la connaissance exacte du mouvement de b
voûte céleste. Les marins qui veulent reconnaître leur po-
sition en pleine mer et guiiier la route de leur nawe, sari
obligés de comparer leurs observations avec les résultats
que la Connaissance des Temps leur indique dans k uUe
M. CHARLES DELAINAY. 230
des distances lunaires. Pour calculer cette table, il faut con«
naître le mouvement de la lune, l'exactitude de la recon-*
naissance des positions et longitudes en pleine mer dépen-
dant essentiellement de la précision avec laquelle on con-
naît les lois de ce mouvement.
)/ La question à étudier était une des plus difficiles de
Tastronomie à cause des variations et des perturbations aux-
quelltsest assujetti le mouvement de la lune. Les efforts de
plusieurs savants s*y sont successivement appliqués; les
d'Alembert, les Clairaut, les Laplace, les Damoiseau, Its
Plana, les Lubback, les Paissol et les Hausen. Il était donné à
Charles Delaunay de porter Tœuvre à un point de perfection
qui ne laisse plus guère à chercher dans cette partie du do-
maine céleste. La Théorie du mouvement de la lune était
complète, et sa publication annoncée en 1 860, continuée
en 1 867, a excité dans le monde savant un retentissement
universel. De toutes parts« il reçut les éloges les plus flat-
teurs des savants de la Russie, de l'Amérique, de TÂlle-*
magne et de TAngleterre, et la Société royale asrono-
mique de Londres lui décerna la grande médaille d'or
pour ses beaux travaux. »
La gloire scientifique de M. Delaunay était trop grande
pour ne pas exciter Tenvie. Une sonmiité jalouse de l'Insti-
tut, M. Le Verrier, attaqua la Théorie de M. Delaunay et
essaya de la faire sombrer par des arguments en apparence
assez solides. Il est regrettable seulement que ce ne fut pas
toujours en termes très-parlementaires. L'auteur fit plu-
sieurs réponses aux attaques des 12, 19 et 26 mars 1860.
Il faut ajouter que les rieurs ne furent pas du c6té de
l'agresseur, et que M. Delaunay sortit victorieux de la
lotte. Deux ans après, en 1862, sous le titre de Nouvelle
théorie du mouvement de la lune, il donne la Comparai-
son des expressions trouvées par les coordonnées de cet
astre avec celles qui ont été observées antérieurement.
L'année suivante, en 1863, il fit insérer dans la Connais-
240 M. GHAHLES DELArNAT.
sance des temps un nouveau travail intitulé : Mémoire sur
Féquation séculaire de la lune.
Tant de travaux si utiles, si savants, si consciencieux mé-
ritèrent à M. Delaunay d'être choisi par TAcadémie des
Sciences pour son président, et depuis d'être nommé direc-
teur de rObservatoire de Paris^ à la place de M. Lie Verrier,
son illustre antagoniste.
Dès le 21 décembre 1838, la Société Académique de
TAube s'était empressée d'offrir à M. Delaunay le titre de
membre correspondant, pressentant déjà la gloire que de-
vait faire rejaillir sur elle son illustre compatriote.
Malgré les grands et nombreux travaux qui absorbaimit
tous ses instants, il voulut en détacher quelques-uns en
faveur de la Société à laquelle il se faisait honneur d'ap-
partenir. C'est ainsi qu'il donna pour Y Annuaire de
y Aube ^ 1853, une Note sur le cadran solaire de V Hôtel-
de- Ville de Troyes, travail sérieux dans lequel est compris
un tableau donnant la différence entre le temps moyen et le
temps vrai pour tous les jours de l'année 1 853*
Il semblerait qu'avec des mérites aussi apparents que
ceux de M. Delaunay, il dut recevoir de bonne heure la
croix de la Lcgion-d'Honneur. M. Delaunay fut peut-être,
parmi les savants de France, le dernier qui fût décoré. Âo
ministère, lorsqu'enfin il en fut question, on croyait qa'H
Pétait. Aussi, ceux qui s*en occupèrent pour lui — car il
était trop modeste pour y songer — firent-ils remarquer
qu'on était tout étonné de voir près de lui son préparateur
décoré, lorsque le maître ne l'était pas.
Que dire maintenant de M. Delaunay conune homme
privé? Nous venons de toucher une de ses grandes qualités:
la modestie. Outre la modestie qu'il portait à l'excès, il anit
une douce amabilité, des mœurs simples et charmantes, nue
bonhomie pleine de séduction, en un mot un extérieur qoi
attiraient à lui tous ceux qui avaient le bonheur de l'appro-
cher. Chaque année, à l'époque des vacances, lorsque
j
H. CHARLES DELAUNAT. 241
pour se délasser de ses travaux, il n'allait pas en Suisse, ou
en Italie, ou ailleurs, seul, son petit paquet sous le bras et à
pied, il aimait à venir se reposer dans sa petite maison de
Ramerupt, où il ne s'occupait que de faire du bien aux ha-
bitants, consacrant aussi aux charmes de Tamitié les quel-
ques heures que la science lui laissait libres ; car il travail-
lait toujours, même à Ramerupt. Son cœur avait besoin
d'expansion, et de son vivant même il voulut gratifier la
commune^ qu'il regardait comme son pays d'adoption,
d'une maison de sœurs pour Téducation des jeunes filles,
maison qu'il fit bâtir et qu'il dota à perpétuité, après l'avoir
placée sous le touchant patronage de sa digne et adorée
compagne qu'il avait perdue trop tôt, et avec laquelle il avait
passé les plus heureuses années de sa >ie. Aussi, comme
nous l'avons dit^ élait-il profondément aimé et estimé des
habitants de Ramerupt, qui le nommèrent membre du con-
seil municipal, quoiqu'il ne pût séjourner que quelques se-
maines près d'eux. Ils auraient bien désiré l'avoir pour
maire ; mais il refusa, ne voulant pas que les intérêts de la
commune eussent à souffrir de son absence obligée.
Il semble, en vérité, qu'une falaUté pèse sur nos grands
hommes de l'Aube : Simart, mort d'une chute d'omnibus ;
M. Delaunay^ noyé à la suite d'une promenade dans un
canot!...
La mort prématurée de M. Delaunay, car il n'avait que
56 ans, est donc un deuil pour la science, pour le départe-
ment de l'Aube et pour tous ses nombreux amis; mais son
souvenir vivra toujours parmi nous environné de la double
auréole du génie et de la vertu.
Troyes, le 16 août 1872.
? . ixzfi. 16
ÉTUDE
SUR
CLOTILDE DE SURVILLE
PAR
M. CHARLES DES GUERROIS
If embre résidant
Messieurs,
Vous avez bien voulu me renvoyer, à Teffet de vous en
rendre compte, deux volumes du Bulletin de P Académie
Delphinale^ le tome V de la 3* série (1869), et le tome
Vr (1870), publiés, Tun en 1870, l'autre en 1871. Je
trouve à noter dans ces volumes deux articles, Tun sur
Lamartine, notre grand poèt^ contemporain (vol. de 1870),
l'autre sur Glotilde de Surville, poète ou prétendu poète du
XV* siècle (vol. de 1869). Je ne vous entretiendrai pas
de Lamartine, sur lequel Fauteur de l'article — un discours
de réception — (1) ne nous apporte rien de nouveau ,
quoiqu'il parle du poète avec talent, avec abondance.
Je voudrais vous dire quelques mots d'un autre poète,
d'une femme jeune sous un vieux visage, la prétendue Clo-
tilde de Surville — car je ne crois pas plus aujourd'hui que
(1) L'auteur est M. Gabriel Monavon.
244 ÉTUDE SUR CLOTILDE DB SURVILLE.
je n'y croyais hier, à l'authenticité des Poésies de Clotilde
de Surville, gui yient de trouver un nouveau défenseur
dans M. Macé, membre de l'Académie Delphinale.
En deux mots voici Télat de la question. En 1803 parais-
sait un volume de poésies attribué par l'homme de lettres,
éditeur du livre, à un poète du xv' siècle, Clotilde de Sor-
ville. Ces poésies, était-il dit, avaient été transcrites par un
de ses descendants, M. de Surville, émigré rentré et fusillé
à la fin de 1798 pour conspiration royaliste (1). Le volume
était publié par M. Charles Vanderbourg, qui déjà l'aimée
précédente avait mis au jour une traduction française da
Laocoon de Lessing, qui depuis a donné une traduction
en vers des Odes d'Horace (1812-13, 2 vol. in-8*), traduc-
tion qui jouit de quelque estime parmi les innombrables
traductions du poète ami de Virgile et d'Auguste. Dès h
publication du volume de 1803, des doutes surgirent. Clo-
tilde avait- elle existé? Etait-elle un masque ou un visage?
Les critiques du moment ne s'y trompèrent pas ; ils s'ac-
cordèrent généralement à croire que ces poésies, quel que
fût leur mérite, n'avaient rien d'original, rien qui pût faire
reporter leur date au xv* siècle. Il parut admis que Tauteur
était le marquis de Surville, ou tout au moins que Clotilde
était un simple prête-nom. Millin, dans le Magasin Ency^
clopédique (1803, tome II*), déclare la supercherie. Car-
rion-Nisas, sous le nom A Indagator^ dans le Journal Jk
Paris ^ nomme le marquis de Surville; Ginguené probable-
ment, dans la Décade philosophique^ se prononce dans le
même sens; le comte de Ségur, dans la Bibliothèque franr
çaise^ ne croit pas un moment à Clotilde, mais il incliniit à
regarder Vanderbourg comme l'auteur; même ceux qû
voulaient bien se montrer un peu plus convaincus — on
(1) L*arrét, inique arrêt, rendu au Puy en Vélay, portail pomtd
de diligences. — Quérard a mentionné cet arrêt, mais sans rdefer
l'iniquité. Brunet se contente de dire, avec peu d'exactitude es pif*
lant de Sui*ville : c Supplicié à Montpellier en 1793. >
ÉTCDB SUR CLOTILDB DB SURVILLB. 245
plus complaisants — comme le critique du Journal des Dé-
bats, et Laya dans le Moniteur^ maintiennent leur honneur
de critiques en exprimant de sages réserves ; Raynouard
(Journal des savants^ 1824) croit fortement à la supposi-
tion et appuie son opinion sur les arguments les plus so*-
lides; ViÛemaîn {Littérature au moyen-âge^ tome 11% p.
204-208) y croit également, ainsi qu'au moderne archi-
tecte Surtilie. Depuis, un académicien des Inscriptions et
Belles-Lettres, esprit investigateur et sévère, Daunou, s'est
cru autorisé à attribuer la composition des poésies de Clo-
lilde de Surville à l'éditeur lui-même, à Vanderbourg
{Elêge, août 1839). Sainte-Beuve, en 1841 [Revue des
Deux-Mondes^ et Tableau de la Poésie au XVP siècle)^
Sainte-Beuve, renouvelant la question, avec son tact si sûr
et comme infaillible, alla droit au marquis de Surviile, et
dit : Adestl Voilà le coupable. Et tout aussitôt il l'absolvait
avec bonne grâce.
Aujourd'hui l'académicien de Grenoble, à l'aide de do-
cuments nouveaux, remet la question sur le tapis ; il croit
pouvoir admettre l'authenticité et s'en déclare le partisan
convaincu. Ses documents, j'ai hâte de le dire, sont très-
intéressants, et prouvent quelque chose ; mais non pas ce
que l'auteur suppose. J'avais toujours cru, et en ouvrant le
volume de l'Académie Delphinale, je croyais encore Vander-
bourg l'auteur, ou si l'on veut, le coupable — felia: culpa.
L'académicien, M. Macé» est venu me convaincre que le
vrai coupable était M. de Snrville. Ce n'est pas précisé-
ment son but^ car il se mettait à l'œuvre avec la conviction
préconçue de l'authencité et avec l'intention de faire par-
tager cette conviction aux autres. Or, il ne vaut jamais rien
de se faire avocat au lieu de rester critique dans les ques-
tions douteuses. J'attendais des preuves et on nous donne
des raisonnements. Devant des preuves, devant le moindre
petit bout de manuscrit du xv* siècle, je m'inclinerais ; à
des raisonnements, je résiste et crois devoir rester de l'avis
246 ÉTUDE SUR GLOTILDB DB 8UBVIIXB.
de Millin, à'Indagator^ de Rapouard et de Vnieinain.
J'ajoute Charles Nodier, car c'est ici le plus curieux : ffo-
dier gui , en 1827, doit publier un nouveau Tolume de
Clotilde^ eu 1809 ne croit nullement à Clotilde, mais an
marquis de Surrille (1). La chose en Yérité est piquante.
La question aujourd'hui raYivée ou plutôt galvanisée, t
été beaucoup débattue au commencement de ce siècle, et 3
faut dire que l'authenticité a trouvé peu de partisans sérieox,
si même elle n'a trouvé du tout. Ceux même qui parais-
saient y croire mettaient dans Texpression de leur peieée
tout au moins un demi-sourire qui ne permettait gnkede
croire à leur conviction profonde, souvent même ik la di-
saient avec des restrictions qui lui étaient toute portée.
Les documents nouveaux qu'apporte M. Macé consistent
en des fragments de Clotilde publiés par Surville dans k
Journal de Lausanne en 1797, au temps de son émigra-
tion en Suisse, à une époque où Yanderbourg est tout à
fait hors de cause, et surtout dans la correspondance de
Yanderbourg lui-même, où nous le voyons en Tannée 1802,
se mettre avec un désintéressement parfait à la dispoatioD
de M'"'' de Surville pour la publication des œuvres retroo-
vées, dit-on, par Surville, et certainement copiées pariai
— copiées, c'est sa prétention — car de manuscrit p<Hat.
Comme le Journal de Lausanne existe, conmne la coms-
pondance échangée entre M** de Surville et Yanderbourg
est authentique (les originaux sont représentés), que ooes y
voyons reparaître les transcriptions de Surville , atteadoes
avec impatience et une sorte d'anxiété par l'édileor béné-
vole (2), que diverses personnes, et notamment le mvqois
(1) Voir ses Questions de Littérature légale,
(2) On sera curieux peut-être de savoir ce qu'a rapporté la polii-
cation des Œuvres de Clotilde. Un trôs-honnôte libraire, Heiiûieht,
se chargea des frais de la publication , en promettant de parUger
avec Mdm de Surville le bénéfice net. Les frais montèrent à 4,000 fr.
(chiffre rond); le produit des deux éditions simultanées (în-3» ^
ÉTUBE SUR CLOXara BE SURYILLE. 247
de Biuais, l'ami d'André Ghépier (Qui? moi? moi de
Phébus te dicter les leçons? Epitre YI, p. 328, édition
Becq de Fouquiàres, in-12), avaient vued durant Fémigra-
tion^ il deyient certain que Vanderbourg n'en est pas l'au-
teur; du reste, cet amateur de l'Antiquité, ce traducteur
d'Horace a dû, on peut l'affirmer sans Tider les règles
d'une sage critique, retoucher à certains endroits les vers
qui lui étaient confiés; U ne passait point eâ cela ses droits
d'éditeur. Car à quels textes avait-il affaire? à des textes
inviolables et sacrés, comme ceux d^une Sapho, d'une
Télésîlla et d'un 3 Corinne (1)? Pas du tout, il avatt affaire
à des textes sur lesquels on s'était tout permis. C'est ici que
les documents sont bons à consulter. Qu'y voyone-nous en
effet? Oh ! des choses fort curieuses. Nous y voyons le mar*
quis de Brazais, dans une lettre à M"* de Surville, raconter
comment le marquis travaillait sur les poésies de son aïeule;
il les traitait véritablement en conquérant et en maître^
vieillissant, rajeunissant, embellissant. Et à cette oeuvre^ i
cette manipulation, dirai-je, il convie ses amis^ il invite le
marquis de Brazais à se charger, dit^il, u de k partie des
vers » car il y avait aussi de la prose. Celui-ci y répugne,
n'ayant point de goût aux procédés de son ami. Rajeunir,
passe encore, il s'y résignerait sans scrupule, mais vieillir^
mais ajouter une couche de barbarie à ce qui est déjà bar-
bare ! N'estil pas singulier d'entendre Brazais se jp4aiadre
amèrement que SurviUe ajoute de vieux mots à la poésie de
son aïeule 7 Un poète du quinzième siècle, ua poète go^
in-i8] devait être de 9,0Û0 tt. à peu près. DédncUoû fàit6 des exèm*
plaires donnés, remises aux libraires, etc., il resta un bénéfice sel
de 3,800 fr. C'était 1,800 fr. pour Mmt de Surville. Heinrichs, à raison
des risques à courir, proposa de régler immédiatement en payant
1,500 fr., cp qui fut accepté. Vanderiiourg, loi, ne demanda que quel-
ques exemplaires de luxe.
(1) Carmina Novem illustriom Femkumm.
248 ÉTUDE SUR GLOTILDB DB SUtTlLLB.
thîque^ mais il en a déjà assez de ces Tieux mots à effaroa*
cher les gens.
n est clair que Surville, peu content de la couleur itof
peu archaïque de ses premiers essais, ajoutait, dans le pro-
grès de son travail, une couche de couleur eniieillie.
Et Yanderbourg, qu'en pense-t il 7 car son opinion est
bonne à savoir. Vanderbourg, quand il reçoit les poéâes
longtemps attendues, et recouvrées au Puy, dans la maison
même d'où Sorville est sorti pour aller à la mort, Vander-
bourg éprouve un sentiment visible de désappointement; 3
n'est nullement persuadé de Tauthenticité. Les formes de la
politesse seules retiennent un aveu formel prêt à s'échapper.
Je ne citerai en preuve que ce passage d'une lettre de lui i
M""' de SurviUe, en date de.Paris, 22 juillet 1802 :
H Je m'empresse de vous annoncer, Madame, la récq>-
tion du paquet que vous m'avez fait Thcmneur de m'en-
voyer. 11 n'est entre mes mains que depuis hier, mais 3
était arrivé à Paris la veille. J'y ai trouvé les trois vohimei
manuscrits dont vous me parlez, et dont le plus complet
m'était déjà connu. Je me suis déjà occupé à les parcourir,
et je vous avouerai franchement que ce que j'en ai vu n'a
encore servi qu'à redoubler mes doutes. U est bien singu*
lier que le poème le plus considérable de la collection sent
les Trois Plaids (for dans un volume, et soit devenu les
Cinj Plaids d'or dans un autre plus récent. Comment
M. de Surville n'a-t-il pas au moins conservé le manuscrit
de Jeanne Vallon (1), si les originaux même n'existaient
plus 7 J'aurais mille autres questions à vous faire, auxquelles
peut-être vous ne seriez pas plus en état de répondre que
moi, .et qui toutes révoquent en doute d'une manière presque
irréfutable l'authenticité des manuscrits. »
On le voit, ce bon critique Vauderbourg n'est pas dupe
(1) Antre aïeule du xvii* siècle, qui ayait déjà retravaiUé à cette
époque les poèmes de Clotilde.
ÉTUDE SUR CLOTILDE DE SCETOLE. 249
du tout. Dit-il assez clairement sa pensée? Après tout il ne
prend pas trop souci, j'ima^ne, de son incrédulité ; il sait
bien qu'au fond M""* de SurviUe ne sera pas trop fâchée
qu'on croie son mari, un mari qu^elIe a aimé, Fauteur de
ces poésies et poète ingénieux, plutôt que simple copiste de
Tieux manuscrits; son amour-propre de femme trouvera
plutôt son compte à ce que la vérité ne soit pas dissimulée
trop habilement.
Devant le public, je le sais, Vunderbourg tiendra un
autre langage. Mais que faire ? Il est éditeur, il a accepté
une charge, une responsabilité ; il veut le succès dans Tin-
térèt de la famille de Surville, car pour lui, je le répète, il
ne réclamera rien, il n'acceptera rien, et venir dire au pu-
blic : Nous avons Thonneur de vous présenter des œuvres
apocryphes, avec étiquette du quinzième siècle, mais en
réalité fiibriquées hier, venir dire cela, ce ne serait pas, on
en conviendra, un très-bon moyen de préparer le succès.
Il faut que M. Macé, notre académicien, ait beaucoup de
foi dans sa thèse pour publier de tels documents et con^r-
ver sa ferme croyance, pour Tappuyer même sur des pièces
de ce genre.
n y a plus, c'est que Vanderbourg, devant le public
même, tenant à sauvegarder son renom de critique, laisse
parfaitement entrevoir son scepticisme. Avec beaucoup de
finesse, il vous donne dans sa Préface de i 803 tous les ar«
guments qui vous autorisent à révoquer en doute Tauthen-
ticité des poésies qu'il met au jour, tout en vous affirmant
pourtant qu'elle est réelle. La langue de Clotilde, dit-il, est
plus parfaite que celle de Marot lui-même (p. VIII) ; «cette
même femme, dit-il [ibidem)^ dicta des règles de goût et
de versification française qui n'ont été en vigueur que deux
siècles après elle, et qu'elle-même observa constamment. »
Quel langage que celui de Vanderbourg s'il était con-
vaincu foncièrement que celui-ci : c Que vous importe et
250 ÉTUDB SUR OLOTILDB DE 8UIIVILLE.
le siècle de Clotilde et les corrections que ses oeuvres ont pv
subir (p. X)? »
Siirville de son côté, lors même qu'il parle en son noaii
qu'il aYOue son travail poétique, est tellement possédé de !•
manie du pastiche et de l'imitation, qu'il éprouve encore k
besoin de mettre Tombre de C3otildc entre le public et Im.
C'est ainsi qu'il adresse au nom de cette aïeule imaginaire
deux Epttres, l'uue à Tinipératrice Catherine If, l'autre ani
femmes poètes depuis l'origine du Parnasse Français. Ce
serait fort maladroit si ce n'était très*adroit, car un auteur,
en se cachant, est toujours bien aise d être découvert ; m
poète a quelque peine à se dépouiller absolument de soo
amour-prc^re d'inventeur.
Tout est malheur et contre-*temps dans la découverte de
M. de Surville. Sans parler des manuscrits de l'aieule livrés
aux flammes par les survivants qui craignent les échafiiods
révolutionnaires (cette allégation du moins n'est que trop
vraisemblable), Surville en 1783, bien avant la Révolution,
ayant trouvé des manuscrits des poèmes de Clotilde, et
ayant de la peine à les déchiffrer, appelle à son aide un feu*
diste ; et plus tard, quand il faudrait écarter le soupçon de
fabrication, ce feudiste ne se retrouve pas; le frère de Sur-
ville ne peut pas même se rappeler son nom. (Préface de
Yanderbourg, p. XIV).
Pour moi il résulte de tout cela que Sur ville, Brazais peu
et avec répugnance, Yanderbourg volontiers et dans son
rôle d'éditeur, enfin Nodier plus Lard, pour le volume de
Poésies inédites de Clotilde publié par lui et le baron de
Roujoux en 1827, ont été les collaborateurs de cette œmre
complexe, avec des parts, bien inégales, Surville ayant été
le poète, le créateur, les autres n'ayant été que les édi-
teurs, correcteurs et arrangeurs.
« Mais, dit Yanderbourg, qui, en vrai et bon critique
examine les deux faces de la question, on ne saurait com-
prendre conmient au bout de trois cents ans un homme
irUDE SUR CLOTILDB DB SORYILLE. 251
aurait pu si bien saisir et peindre les sentiments, les inté-
rêts d'une femme, d'une mère, d'une française du temps
de Charles VII ; comment il se serait amusé à faire des
rondeaux c6ntre Alain Chartier, et à imaginer tous les per-
sonnages dont parle Clotilde. Je m'y perds en vérité. » (Let-
tre citée du 22 juiUet 1802).
Ici se place l'aYeu importftnt qui nous est révélé par
Sainte-Beuve, l'aveu fait par Surville lui-même de sa qua-
lité d'auteur des Poésies^ aveu transmis au critique par
M. Lavialle de Masmorel, président du tribunal de Brives et
ancien député de la Corrèze, qui l'avait recueilli de la bou-
che de son père ; M. Lavialle père ayant pressé son ami de
questions, avait fini par arracher cette confession. Cet aveu
corroboré par la publication en octobre 1797 dans le Jour-
nal de Lausanne^ de divers fragments des Poésies de Clo-
tilde^ publication due à Surville lui-même, est corroboré
surtout par ce que les critiques anglais appelltint le témoi-
gnage interne {internai évidence)', il suffit d'examiner un peu
attentivement ces poésies prétendues de plus de trois siècles,
pour se convaincre qu'elles n^ont rien d'ancien, ni la coupe
des vers, ni la nature des idées, ni la physionomie générale,
après qu'on les a dépouillées de ce costume léger, car c'est
une expérience à faire; à la place de ces mots anciens semés
on dirait parfois comme par cet helléniste qui avait oublié
les accents dans son grec de copie et qui saupoudrait au ha-
sard son manuscrit d'aigus, de graves et de circonflexes, d'es-
prits doux et d'esprits rudes, mettez des nfK)ts de nos jours,
faites cela, et vous avez des poèmes parfaitement modernes
de ton. Or, essayez le même travail sur le poète Villon, un
poète original celui-là et un vrai poète du xv* siècle, vous
éprouverez une bien autre ré^stance, vous arriverez à un
résultait bien différent; le poète sera toujours ancien sous son
déguisement moderne, car cette fois ce sera vraiment un dé-
guisementque de revêtir ces idées franches et de source, d'un
langage de nos jours. Essayez le même travail sur tout autre
252 ÉTCDB SUR CLOnLDB BB SOBTItXB.
poète, sur Martial d'Auvergne, sur Marie de France, sur le
Roman de JRenart^ sur Hegnart le contrefait^ vous éprou-
verez um résistauce pareille, ou du moins vous n*aurex pas
créé un poète moderne, le poète ancien continuera de se
reconnaître sous le langage de notre temps.
Examipons-les donc d'un peu plus près en effet, ces Poé-
sies de Clotilde de Surville ; aussi bien elles ne sont pas
sans mérite et elles pourront nous offrir un dédommage-
ment de la peine que nous aurons prise. Je les ouvre, et je
trouve, dans la Préface de 1803, la traduction d'une Ode
de Sapho, copiée par Vanderbourg, au récit de cet éditeur,
en 1794, pendant l'émigration^ sur les manuscrits de Sur-
ville; la voici :
Qu'à mon gré C68te-là va primant sur les dieux,
Qa'enyvre ton sonbris, sur qui ton œil repose,
"^ Qu*encharraent, résonnant de ta bouche de rose,
Les sons mélodieux f
Je t'ay vu... daus mpn seyn, Vénus qu'ay toute en Tàme,
Qui, sur ièvre embrasée, estoulfoit mes accents,
Vénus i feux subtils, mais jusqu*ôs os perçants,
Court en fleuves de flame...
S'ennuaigent mes yeulx, n'oy plus qu*emmy rumeurs ;
Je brusle, je languis ; chauds frissons dans ma vafne
Circulent : je paslis, je palpite, Thaleine
Me manque, je me meurs...
Qu'en dites-vous? Pour moi, il me semble que je la con-
nais depuis longtemps, cette Ode célèbre, non pas seule-
ment dans le grec, mais sous une forme française appro*
chaste : l'Ode de 1 803 n*est, un examen attentif m'en a
convaincu, que la traduction de Boileau (dans le Sublime
de Longin), vieillie, et vieillie sans beaucoup d'art, sans
beaucoup d'efibrt pour déguiser l'emprunt audacieux.
Ce n'est tout de créer, il faut encore polir, dit Clotilde
(p. 299, volume de Vanderbourg).
Boileau n'eût pas mieux dit.
iTDDl Sra CLOniOB M WKfUIM. 253
Elle ajoutée
Point d'ouvrage parfkici n^Mclot du plus habile ;
Guydes qu*en parle A fond. Quand loyzir m'est donnai
Reprends de n\on jeune âge un fruict abandonna :
Le revoy, le polys : 8*est gei tils le caresse ;
Ains^ voy-je qu'est manqué, la flamme le redresse.
Surville a trop étudié Boîleau ; c'est Boileau que je re-
connais quand Clotilde s*adre8sant à Rocca, son amie, 8*ex-
prime ainsi (p. 37) :
Tu sais, Rocca, quels sévères liens
M'ont asservie en nos doulz entretiens ;
Ton goust, mien guide enceste foUe escrimOi
M'a faict au sens sacrifier la rime ;
Et toutesfois ne se contente pas
D'un vers desnû de ce frivole appas ;
Mesme la rime, i chustes si diverses,
Combien .nous fait essuyer de traverses,
Quant veulz, après deux carmes pucellins,
Sans nul effort coupler deux nuulcalms.
{Epistre à ta douce amie Roeea).
Quand Surrille écrit (même Epltre, p. 29) :
Or il advint qu'un beau jour de fortune,
Lorsque n'avoy soulcy ne peine aulcune.
Qu'un ventelet entre mes crins soufBoit,
Et sur mon seyn, qui, ja tendre, s'enfloH
Au nom d'Amour, ainsi que bandelettes
Faisoit voler leurs claires onde lettes,
n se trompe de date, il fait du Rémi Belleau ou du Jac-
ques Tahareau, il ne fait pas de 1* Alain Chartier ou du
Martial d'Auvergne, pas même du Charles d'Orléans;
Et de quelle date maintenant est cette jpoétiqtie que Qo-
tilde se fait dicter par sa mère (p. 103) :
Voires qu'est beau cela seul qui sait plaire
A tout chascung ?
Oh! cette fois c'est du dix-buitième siècle tout pur :
Plaire y est la règle suprême.
2^4 ÉTUDE SDR CLOTILDE DE SURVILLE.
Ainsi en quelques pages Surville mêle tous les poètes et
toutes les dates. Mais l'imitateur a beau faire et s'ingénier;
il est siirtout dé son temp». Lises les Verseiets au Premier
Né^ qui ont été tant célébrés et répétés :
Bel ami, cher petiot, que ta pupille tendre
Gouste un sommeil qui plus n'est plus fait pour moy !
Je veille pour te veoir, te nourrir, te défeudre...
Est-ce assez moderne de ton, de fermeté, de progres-
sion?
... n s'endort
N'estoit ce teint fleuri des couleurs de la pomme,
Mêle dirm dans les bras de bi mort ?
Ce yers, l'ayant-denner, est tout-à-fa^ dans le goût
d'André Ghénier, éloge non médiocre pour Qotilde, de
faire quelquefois penser à cet admirable contemporain, le
maître aimé de notre poésie moderne !
Voici d'autres vers de Clotilde, dans une pièce intitulée :
Chant d amour du Printemps {^. 45) :
Oui, tout renaist, s'anime ou se réveille:
Arbustelets qu*ont ployés les aultans,
Redressez- TOUS de perles éclatants.
Bordez (1) tapys que nature appareille.
Pour y poser \ s t^o^^ne8 du printemps;
Gentil matin de Tan qui vient d'esclore.
Type riant du matin de nos jours,
Rien que ton œil ne verdysse et coulore :
Seyson desjeulz, empeyre des amours,
Cil resjouis qui leur perte desplore I
k
Ils siont très-jolis ces vers, mais quel tour moderne ! Que
tout cela est bien de la philosophie voluptueuse du diiD-hui-
tième siècle, surtout ce type riant \
Clotilde dit en s'adressant à elle-même à la fin des Trois
Plaids dor, (iNne sont autres que le conte des Trois mor
nières de Voltaire :
(1) Vanderbourg doit avoir mal lu ; ce serait plutôt brodez.
ÉTUDE SUR CLOTILDE DE SURVILLB. 255
Clotilde, ainsi chantois en ta seyzon première,
Quand jouvette, en soulcy, n'a que jeux enfantins,
Caquets ou balletons sous verdoyante olmière;
Lors, an triple tnon des filles de lumière,
Jà laissois embellir tes gracieux matins*
Par doulx besoin d'aimer, dès raubeérigilée.
Dans leur noble entretien sitost allois calmant
Ge feu qui du plaisir tient plus que du tourment,
Ains qu'est aux vrais plaisirs dont ta courte est filée
Gomme ondins emperlés sont au vray diamant. (P. 225).
Voilà, dirai-je encore, un passage fort joli, mais (et
cette observation a mille applications pour le lecteur de ces
Poésies), mais beaucoup trop littéraire ; ce n'est pas au
quinzième siècle qu'on envisage ainsi la littérature, mais au
dix-huitième, alors qu'elle donne tout, conduit à tout.
Clotilde cite perpétuellement Homère, Virgile, Horace,
Ovide, Théocrite, Pétrarque, Dante et bien d'autres ; elle
cite tout, elle connaît tout. C'est d'une rare înTraisemblance
ou plutôt impossibilité, à laquelle n'a pas songé Surville.
Qui a parlé ainsi (p. 273, Epitre à Marguerite dE^
cosse j il s'agit d'Alain Cbartier) :
Luy, de qui d'or on diroit les parolles.
Ne scait-il donc qu'en ces bluguettes folles,
Quelque tyzon qu'on voye s'esbouffer,
S'estainct sans luire et meurt sans eschauffer 7
Du grand Alain telle seroit la chance,
S'orgouillouzet d'une sesche abondance.
De style pur plus n'est embesoghé ;
Car que luy fault, que d'estre mieux soigné ?
C'est quazi tout, en cet âge barbare,
Non d'escrivains, mais de génie avare,
Où de la rime esclaves morfondus
Tant d'estoumeaux riment... et rien de plus.
Qui a parlé ainsi? Est-ce M. de la Harpe, amateur de
beau style 7 Si ce n'est lui, cVst donc son frère, je veux dire
quelque critique de son école.
Dans le Tolume de Poésies inédites {ÎS21)^ publié par
Nodier et le baron de Roujoux^ Tauteur de la délicieuse
pièce :
256 ÉTUDE 80R CLOTILDE DE 8URT1LLB.
Elle était bien jolie au matin aana atours
et des aimables vers en réponse à Alfred de Musset senAk
bien avoir mis sa marque gracieuse. Lisez le Rondelswt
Olympe de Roche for t\}^. 27) :
Eùndel wr Olympe de Rocheforty accusée d'insengibUiU p»
$es nombreux adorateurs :
Olympe s'ouTre à de vagues dézirs,
Avec son cœur, tout bas, soubrit et jase ;
Jeulx laisse au loin, qui charmoient ses loyiirs.
Sa bouscbe enfin frétille à bord du vaze.
Où doit 8*yvrer, à longs traits, de playzirs.
Quand souffle, estrange au souffle des zéphyrs,
De son beau seyn fait onduler la gaze,
Diroit-on pas qu'à ses yeulz de sapbyrs
Olympe s'ouvre ?
Laissez, amants, dont les brusiants soupirs
N'ont triompbé d'un froid qui vous écrase,
Mieulx fermenter ces tendres soubvenirs,
Fault bien que cède aux feulx dont elle embrase,
Fault b en, pour ung, que sur tant de martyrs.
Olympe s'ouvre.
Ce Rondel indique un art plus consommé, plus lalGoé
que tout ce qu*il y a dans le volume de 1803. Si Sunifie
en est Tauteur, je ne puis m^empécher de croire que No-
dier y a mis la main pour y introduire je ne saisqœl
charme et douceur amollissante.
J*en dirai autant de ce joli couplet où, dans le Cksiti
d Amour ^ Ro>alyre, sous la plume de Clotilde (p. 82), ex-
primait sa douleur d*être séparée de son amant :
Quant je vois ses beaulx yeulx s'ouvrir.
Tout rit aux miens dans la nature.
De feulx d'amour me sens mourir.
Quant je vois ses beaulx yeulx s'ouvrir,
Par doulx bayzers vouldrois couvrir
Chacun des lys de sa figure!
Quant je vois ses beaulx yeubc s'ouvrir,
Tout rit aux miens dans la nature.
ÉTUDS SUR GLOTILDB DS SORVIULB. 257
Mais si je soupçonne quelque peu Nodier pour certains
Hondels et couplets, je rends sans partage à Surville les
belles pages de ce grand noorceau intitulé : Quatrième
chant du Poème de la Nature et de t Univers. Voici des
passages fort beaux :
Que sçavent les humains, que m'ont appris les saiges.
Un moment apparus sur locéan des aiges,
Des lois par qui se meult l'œubvre des six grands jours?
Sommes-nous donc réduits à Tignorer toujours?
8çay trop que maints dMceulx lèvent un coin du Toyle,
Mais quel, de Tunivers oza scindre la toyle ?
Quoy qu'en pense l'erreur, je l'advance à regret,
Jusqu'icy la Nature a gardé son secret.
Vainement Archytas, Thaïes, Apollodore,
Tant d'autres plus récents, du maistre que j'implore
Tentèrent pénétrer les adorables fins ;
De leur demeure, hélas ! ont-ils sçu les confins?
Ore, à peine en croit-on la route consommée.
Et page 91 :
Sur les aisles des tanz pourquoy n'anticiper?
Et d'où vient n'oseroye à mes yeulx dissiper
Nuaiges espandus sur la foule vulgaire ?
C'est l'instant de mieux voir : jour ne tardera guère
Où le ciel, aux Grégeois clos ainsi qu'aux Romains,
François, ira s'ouvrant sous vos savantes mains.
Il naistra parmi vous, l'intrépide génie
Qui des mondes créés démonti-ant rharmonie.
Aux mobiles accorrj s doit tout assujetir.
Digne organe des lois que j'ozai pressentir,
Qu'affranchi des liens du séjour léthifère,
Son esprit glorieux, volant de sphère en sphère,
Treuve, au seyn du Très- Haut, qu'aura tant honoré.
Ce repos absolu dans l'espace ignoré!
Sans frayer à ses pas telle immense carrière.
Prou sera-ce pour moy, qu'entr'ouvrant la barrière,
Je luy monstre la voye, et que mes jeulx d'enfants
L'œil presparent à suyr des coui-siers triomphants.
En Térité, pour qui a lu ces vers d*un tour si moderne,
si facile, d'un tour si fermement accentué, pour qui a par-
couru Texposition savante, et aussi claire que savante, du
T. XIXTI. 17
258 iferCBE €UB CLOTUBS de MlHriLtSé
moderne système de Tastronomie, faite par le poète, il n'y
a plus lieu de douter. Je croirais assez volontiers qu'André
Chénier qui, en ce temps-la, s'essapit à la création d'ui
poème sur le même sujet, a passé par là. Sur^iHe, par Bra-
zais, a pu connaître l'auteur à'Hermèi et lui entendre tire
des fragments, des études de son œuvre, ou du moins Tcd
entendre causer, et il aura fait aon profit de ces confidences.
Voulons-nous descendre sur ces poésies au détail plus
technique? Il me semble que l'orthographe de Qatilde est
encore une dénonciation du pbgiat. Un détail seulement.
Ce n'est pas au hasard que nos auteurs du moyen-ige met-
taient aux mots des consonnes que l'avenir a retranchées; ib
se conformaient à l'étymolo^e latine. L'auteur des poésies
de Clotilde, au contraire, semble avoir procédé au hazard
et avec la seule intention de ne pas écrire les mots conune
on les écrit dans le langage moderne. Quelle raison y a-t-il
d'écrire avec une / les moU prix, jeux (pretium, Jeci],
comme le fait peipétuellemeat Clotilde? Surville a vu daulx,
yeulx chez nos vieux auteurs, et, sans se dire que doux est
duicis, yeux oculij il a adopté la même orthographe pour
prix, pour Jeux^ ce qui est absurde.
Même ob^rvaiion sur le mot vingt {veinf), dans les
Verselets à mon Premier-né :
Quoy I tes blancs doigtelets abandonnent la Mâmflie
Où vingt puyxer ta beuschétte à pluair?
Je ne veux pas miiltîpHer les exemples.
Autre observation du même genre : dans le Itandei VI
(p. 135 du volume de Vamterboui^, éd. de IfiftS), ron-
deau assez joli, Surville fait entrer le mot ocùndrcfis, qu'il
a trouvé dans Lacombe:, maiB qui semble bien y ëlre à tort;
car Roquefort, plus tard, a reconnu l'erreur et remis le
vrai mot, qui edt orendroit. Mais Surritte ne pouvait fas
deviner Roquefort et il « suivi Laconibe, ^son guidé *ef^
naire, se trahisisant misi.
tfUDB SUR CLOTUDI DB SimYILLI. 269
Je crois qu'il est acquis que ces poésies sont du xyiu* ûè-
cle et ne peuTcnt être du xt*.
On insiste pourtant et on dit : Il est peu croyable que
M. de Surville ait pu ainsi s'approprier la langue, entrer
dans les sentiments et jusque dans les passions d'une épo-
que reculée. Messieurs, si ce phénomène vous étonne, j'ai
un bien autre prodige à vous présenter. En 1771, mourait,
à Londres, dans un taudis et de sa main, un poète qui, lui
aussi, avait feint de retrouva d'anciens poèmes créés, disait-
il, par un moine du quinzième siècle : et ce qu'il apportait,
ce n'étaient pas des ballades et des verselets, des pièces
agréables et ingénieuses : c'étaient de grands et vrais poè-
noies, pleins de feu et de mouvement, créations de génie, qui
rempUssent trois gros volumes. Ce jeune homme avait trompé
Horace Walpole, il avait étonné Gray, épouvanté Thomas
Warton, émerveillé Robert Southey, qui, à cette heure de
1802, au moment où Vanderbourg recevait les manuscrits de
Surville, était occupé au &itish Muséum à transcrire, pour
les éditer, les poèmes de son jeune compatriote : ce jeune
homme sans appui, sans secours, sans auxiliaires pour re-
toucher et manipuler avec lui les poèmes qu'il tirait de sa
pensée féconde, de son génie incomparable, était mort avant
dix-huit ans. Il s'a; pelait Thomas Chatterton. Et, remar-
quez-le bien, il n'était pas venu disant : Je ne sais ce que
sont devenus les manuscrits de mon moine Rovtrley, je les
ai copiés^ puis ils se sont perdus. Il avait apporté les ma-
nuscrits mêmes, sur leur vieux parchemin, avec leur trace
de vétusté, leur écriture gothique. Il a\ait dit : Les voilà, je
les ai trouvés dans un vieux coffre de pierre de l'église
Sainte-Marie-de-Reddiffe. Bt il avait fait illusion aux ha-
biles de Bristol ; il avait trompé, je l'ai dit, Horace Wal-
pôle, l'honmie du monde, l'antiquaire, le savant connais-
seur, l'auteur des Anecdotes on PmUing, le personnage
de l'Angleterre qui avait le plus peur d'être dope; il avait
trompé l'Angleterre en U charmant.
260 ÉTUDE 80R CLOTILDB DE SURYILLI.
Si on s'étonne de quelqu'un, c'est de Chatterton qa'fl
faut s'étonner, et non pas de Surville ; si l'on s'étonne de
quelque chose, c'est de la Tragédie à'jElla et de la Ba-
taille ctHastings qu'il faut s'étonner, et non pas des Yer"
selets à mon Premier-né. Sans parler du g^^nie, du pouYcir
de création, qui est incomparablement plus grand chez le
poète de la . Tragédie de Bristol^ le talent d'imitation et
d'archaïsme est mi :1e fois plus remarquable dans Chatterton
que chez Surville, car j'écarte résolument ce nom de Cio-
tilde, qui n'a pu qu'amuser et faire sourire les vrais criti-
ques.
Puisque j'ai rappelé le nom de Chatterton, je dirai que
Surville semble s'être modelé en beaucoup de choses sur le
poète de Bristol, dont la destinée avait dû le frapper et dont
on parlait beaucoup au temps de sa jeunesse. Chatterton
est mort en 1771 ; Surville avait seize ans, étant né &k
1755. Chatterton invente son histoire des vieux peintres
anglais, mais il invente des peintres imaginaires ; puis, avec
l'inexpérience de son âge, il va offrir sa décctuverte à Horace
Walpole, auteur des Anecdotes sur la peinture : il réussit
à lui faire illusion tout d'abord, mais pour le payer cher,
trop cher : Walpole, détrompé, conserva contre le jeune
faussaire une rancune hors de toute proportion avec le délit
et le traita comme un coupable chargé des crimes les plus
noirs. Surville fait mieux : plus habile, il invente son his-
toire des femmes poètes et la met sur le compte de Clotilde;
mais, pour ne pas faire naître au premier coup-d'cBÎl la
penséer de la fraude, il lui fait faire l'histoire de femmes
poètes qui ont véritablement existé, Agnès de Bragelonne,
Doëte de Troyes, etc. Surville avait l'expérience qui man-
quait à Chatterton ; il est mort à 43 ans.
Quoi donc ! cependant, dit le défenseur de l'authenticité,
faites-vous bon marché de la lettre que le marquis de Sur-
ville, quelques heures avant d'être fusillé, écrivait à sa
fenune pour lui recommander les poésies de Clotilde, o le
ÉTUDE 8UB CLOTILDE DE SURVILLE. 261
fruit de ses recherches. » Je ne m'arrête pas à cette expres-
sion ambiguë à dessein, ce me semble, le fruit de ses re^
cherches^ mais je dis : C'est là un argument bien faible, si
Ton se rappelle l'obstination violente avec laquelle Chatter-
ton soutint toujours l'existence de Rowley et la réalité des
poèmes de ce vieux moine. Et méme^ remarquez celte
circonstance bien digne d'attention : Surville demeurait
incertain du succès ; était-ce l'applaudissement, était-ce la
raillerie qui accueillerait ses poésies? Raison sérieuse de
maintenir un demi-doute que, Theure venue, il était tou-
jours possible d'écarter. Chatterton, lui, repoussait, et il
repoussa jusqu'au bout un succès cerfciin, éclatant. « Ce
griffonnage (dit Surville dans sa lettre finale à sa femme et
en parlant de cette lettre même. Bulletin de l'Académie
Delphinate^ p. 250) ne vaut pas les beaux essais de ma
main. » Quels essais? Ne sentez-vous pas là l'amour-propre
d'auteur ?
On objecte encore : Mais Surville a publié des poésies
sous son propre nom, et elles sont très-faibles. D'abord
ces poésies sont d'une telle rareté que Sainte-Beuve lui-
même^ l'infatigable et presque toujours heureux chercheur,
que servaient si bien ses amis les conservateurs de la Biblio-
tiièque nationale, n'a pas pu se les procurer, et, naturelle-
ment, M. Macé, qui avait sa thèse et qui cite un très-petit
nombre de ces vers, a choisi les plus faibles, qui, après
tout, n'ont rien de ridicule, et qui, vieillis, sous le masque,
pourraient se soutenir. Mais cet argument même n'a rien
de solide. On a vu des auteurs ne faire que du médiocre
sous leur nom, et réussir dans le pastiche. Chatterton lui-
même — j'en reviens toujours à ce grand, à cet incompa-
rable Chatterton — Chatterton, l'auteur de la Tragédie de
Bristol (ce n'est pas un poème dramatique, makré son
titre) a publié sous son nom des essais qui sont fort médio-
creSy et cependant ils datent des derniers mois de sa vie et
de son séjour à Londres, où il les composait pour les jour-
262 iruBB sur clotildb de surtilus.
naux : les poèmes de Rowley avaient été composés par bi
de sa quinzième à sa dix-septième année. Il faut Tobr, à ce
sujet, l'édition donnée, en 1803, par Southey, parce qu'dk
est la plus complète, ou l'édition de Cambridge (1842, 2
vol.), si intéressante par les notes qu'elles contient.
Faut-il vous rapporter encore plusieurs arguments de
détail présentés par M. Macé? Faut-il vous dire que le mar-
quis de Brazais a vu le portrait de Glotilde? Quel portrait?
De quelle date? Voilà ce qu'il serait bien essentiel de sa-
voir et dont il n^est pas dit un mot. Silence prudent. Faat-3
vous entretenir d'une lettre de Glotilde (p. 1 45 du Bultetin)!
Dans cette lettre, nous voyons le vieux Froissart^ auteur des
Chroniques^ incrédule à l'existence des poésies originales
d'Abailard : il est convaincu par un vieux chevalier, qui en
tire fort à point un exemplaire de sa pochette ^ dit Glotilde.
En£suitillage, amusement d'un Français spirituel. Qui ne
voit que cette histoire a été arrangée pour la cireonslance
par Surville lui-même, qui se doute bien que son inventioD
de ces vieilles poésies ne passera pas sans contradiction et
qui se hâte de prendre les devants en apportant une anec-
dote propre à persuader les incrédules? Dirai-je enfin qu'il
se chantait en Vivarais des Verselets à F Enfant et des
stances à Alain Ghartier? Voilà un fait qui prouverait l'exis-
tence de Glotilde. Mauvaise critique. Quel est le pays oà
les mères ne chantent pas des verselets à l'enfant? Quelle
province autrefois n'avait ses chants et stances populairaT
Oh I non vraiment, cela ne prouve pas l'existence de Qo-
tilde. Mais il se pourrait fort bien ^ue ces vers, si réellemeat
ils ont été chantés, ce dont je ne doute nullement, eussent
inspiré à Surville l'idée de cette aïeule imaginaire sur k
compte de laquelle il les a mis, arrangés, travaillés, embel-
lis, donnant ainsi un fondement réel à une fiction longue-
ment et savamment ourdie. Surville, en ce cas, se serait
inspiré de Texemple de Mac Pherson, recueillant dans les
ÉTUDB SUR GLOTILDB DE SURVILLB. 263
montagnes de l'Ecosse quelques fragments de chants gaéli-
ques et, à force de développements, finissant par composer
tout son ensemble de poèmes ossianiques.
Je conclus en disant qu'il n'y a pas de Clotilde de Sur-
irille, après comme avant la dissertation de M. Macé. L'aca-
démicien de Grenoble a du moins déplacé la question, et
reporté, sans le voidoir, à l'aide des documents qu'il a ap-
portés, le titre d'auteur de ces poésies, de Vanderbourg à
Surville : du visage de l'académicien traducteur d'Horace,
il a reporté le masque sur le visage de l'émigré Surville. Il
a levé mes doutes, il a éclairci un chapitre d'histoire litté-
raire. Je l'en remercie pour ma part.
Troyes, 15 mars 1S72.
SOUVENIRS ET IMPRESSIONS
1870-1871
Par le 1> Arsène VAUTHIER
Il embre résidaiit.
•••«i
Suiu iaerxnttf rerum.
J'entreprends d'esquisser à grands traits Thistoire des
douloureux moments qu'a eu à passer la ville de Troyes
pendant l'invasion et l'occupation étrangères, en 1870
et 1871. Je n'ai pas la prétention de raconter tout ce que
j'ai vu. D'ailleurs, une Commission spéciale nommée par la
Société Académique, a pour mission de colliger les élé-
ments d'un travail complet. Je ne puis faire son œuvre;
mon projet se borne à exposer quelques impressions per-
sonnelles, et à établir la situation de la ville, principalement
au point de vue médical pendant cette triste période. Ainsi
limitée, cette étude offre encore un champ assez étendu.
J'insisterai donc surtout sur les faits relatifs à l'état de la
santé publique, notamment sur les décès considérés en
Tille, à l'Hôpital et dans les ambulances, et sur leurs
causes. J'avais disposé une série de tableaux indiquant le
266 SOUTBlflRS BT I1IFRB88I01I8.
chiffre des décès en 1869-1870 et 1871 et leurs
Pour que ce travail eût de l'intérêt, il faudrait Féteoèe
en prenant quelques années avant et q>rfes 1870. Je me
propose de le faire ultérieurement. Aujourd'hui, je
bornerai a indiquer les faits.
IVoyes, le 21 juin 1872.
souTRiiHS BT mPBSssiovrs.
467
1
L'année 1 870 at^dt commencé, àTroyes, pour ce qni re-
garde le point de vue médical, sous de malheureux aus-
pices. Dans on rapport que j'adressai au Conseil d'Hygiène,
dans le courant de mars, j'avais constaté une Tingtaine de
décès de Tarioleux en ville et à l'Hôpital, ce qui suppose au
moins de 60 à 80 malades très-gravement atteints (je ne
parle pas des cas très-légers ni des varioloîdes). Depuis
le mois de mars, l'épidémie s'était un instant apaisée, et
pendant qu'à Paris on comptait en moyenne plus de deux
cents décès varioliques par chaque période hebdomadaire,
à Troyes l'on ne relevait, — en mars que 7 décès, — ea
avril 6, — en mai 12, -^ en juin 5. Cependant l'épidémie
n'avait point cessé, puisqu'en juillet on trouve encore S dé-
cès. Nous verrons plus loin qu'à partir de ce mois jusqu'à la
fin de l'année, elle prend des proportions plus considérables.
Comme il arrive à un certain moment des grandes épidé-
mies, le nombre des autres malades diminue notablement.
Un grand nombre de personnes quittèrent la ville, soit vo-
lontairement, soit qu'elles fussent appelées sous les drapeaux,
et c'est au milieu de ce calme relatif qu'éclatèrent tout à
coup comme un coup de tonnerre ces effrayantes nouvelles
annonçant que, malgré l'héroïsme de ses soldats, la France
était perdue, envahie ! Je n'essaierai pas de vous retracer
avec quelle anxiété, depuis le désastre de Wissembourg, on
attendait ces dimanches, dont chacun en ce temps funeste
ne manquait pas de nous apporter, par le télégraphe, les
plus pénibles surprises. Qui pourrait peindre l'agitation des
esprits à la lecture de la dépêche annonçant la défaite de
Biac-Mahon, et Tindignaticn générale lorsqu'on apprit
qu'un chef d'armée, qui s'appelait Napoléon, avait livré, à
Sedan, 40,000 hommes et 400 pièces de canon I Et encore.
268 souTEims et impibbskmis.
cette dépêche était un mensonge officiel, puisque c'élât
83*000 hommes et non 40,000 qu'une fatale capitolatm
envoyait prisonniers au fond de la Prusse I Cette honte ne
devait pas être la dernière. La reddition, à la fin d'octobre,
de la première place forte de France, de Metz TiaviolaUe,
devint la cause directe de l'invasion de TAube. Les km
mois de juillet, août et septembre furent remarquables pr
la diminution du nombre des malades. Ainsi on trotve,
pour le mois de juillet, 4 décès de pneumonie, — 5 de m-
riole, — 4 de fièvre typhoïde, — 1 1 de phthisie pala»-
naire. £n août, nous trouvons 2 décès de pneumonie, ~
19 de variole^ — 3 de fièvre typhoïde, — 15 de phtUâe
pulmonaire. La phthisie seule atteint un cbifDre relitiro-
ment élevé; mais, en temps ordinaire, cette maladie ^ à
Troyes l'une des principales sources de décès; la variole
se maintient ; les autres maladies sont rares et peu graves.
J'ai noté plus haut que la population avait sensiblement £-
minué par le départ de la garnison, des gendarmes, àa
soldais en congé, des mobiles et des mobilisés, et aussi per
la fuite de beaucoup de personnes affolées par la peur, qa
allèrent demander, au prix de mille embarras, à la Tourûe,
à la Normandie, à la Bretagne, une séciuité que la plupart
n'y trouvèrent point. Il en est qui passèrent la Manche sa
les frontières suisses, italiennes ou espagnoles, laissant à
leurs concitoyens le soin de supporter les charges de h
guerre dont elles trouvaient bon de s'affranchir. Ce fé
bien le reste quand un vendredi du mois d'août, le 26, oo
annonça que les Prussiens étaient à Payns, à 3 lieUës de k
ville. De tous les points du département situés aa-ddi de
la rive droite de la Seine, accoururent à Troyes une fode
de fugitifs emportant leurs objets les plus précieux. De
longues files de voitures encombraient jour et nuit nos mes
et nos faubourgs, fuyant les Prussiens que peu de iemfê
après, beaucoup dans nos campagnes devaient prodaniff
moins terribles. Dans quelques villages, on se réfugia peu-
SOUVBlffRS BT I1IPRBS8I0IIS. 269
dant deux ou trois jours dans les bois ; on se rappelait 1814.
\ous avez tous été témoins de ces faits que je ne veux que
mentionner. Pendant ce temps-là, Tautorité préfectorale
recommandait le dépaisselage des vignes, et l'un de ses
moyens d'organiser la résistance était d'annoncer aux
paysans qu'on les indemniserait des pertes qu'ils pourraient
faire, et de les prier d'en prendre soigneusement note!
Mais on ne coupait ni Ton ne labourait les routes, et cédant
à la menace, on ne faisait pas exécuter l'ordre de suppri-
mer les ponts de l'Aube, sacrifice qui, en retardant la
marche des Prussiens, eut pu sauver la France peut-être;
en tout cas, il était dicté impérieusement par le devoir, et
le premier Napoléon Kavait formellement reconunandé. En
revanche, on préparait à Troyes, à grands frais, des ou-
vrages de défense inutiles, puisqu'ils ne pouvaient être gar-
dés, et Ton nous exposait, avec ces amusettes, à la risée de
l'ennemi I
Pendant les trois mois dont je parle, le temps étant de-
ttieiiré beau et sec, les affections catarrhales furent rares^ et
si la variole continua à sévir, ce n'est que plus tard qu'elle
prit, ainsi que la fièvre typhoïde, la gravité que je constate
plus loin. Cette remarque est applicable à l'ambulance de
l'Hôtel-Dieu qui, de juillet a la fin de septembre, présente
surtout de nombreux cas de fatigue, d*anémie et de nos-
talgie, mais peu de fièvres graves. Sur 830 soldats reçus de
juillet au commencement de novembre, on compte 400 cas
au moins de fatigue et d'anémie.
n
Un peu avant la fin d'octobre, Metz continuant à résister,
les Prussiens n'arrivaient pas, et plus d'un citoyen se délec-
tait à la pensée que peut-être le département 6t4a viHe
270 souvmms kt iifPiJu»ioii8«
n'auraient point à su))ir riovasion. On racontait que des al-
ficiers prussiens avaient dit : Nous n'irons pas dans TAobe,
il y a trop de bois et de rivières dans ce départefflait.
D'autre part, des gens fort honnêtes, mais quelque pes
naïfis, disaient : saint Loup mange les Prussiens; ceux-ci
sont déjà partout dans l'Est, mais ils ne viennent pas i
Troyes. Hélas I saint Remy n'avait pas préservé R^ms da-
vantage. Tout à coup l'on apprit avec stupeur que Metz aiiit
succombé ; la consternation fut générale, l'invasion parai
imminente. Pour résister, pas d'armes, pas de munitioiii,
pas de canons. Je me souviens qu'à la fin de l'Empire, kxs
de l'arrivée des Prussiens à Payns, une foule nomlnwisi
demandait le soir au préfet d'alors des armes et des tv-
touches, — que préfet et maire en promettaient en vain, —
puisqu'il n'y en avait pas. Le faible détachement de gardei
nationaux, qui s'était dirigé vers Payns, avait trois cartoudm
par homme I A la fin d'octobre, c'était moins miséraUe,
quoique encore très-insuffisant. Les mobiles parceoniiot
nos rues assez bien équipés, et quoique leur inexpérieMS
fût inquiétante, leur tenue commençait à laisser conoevoir
quelque espérance. Les barricades s'élevaient rapidement :
quelques-unes, d'une importance apparente, comme ao
faubourg Saint-Martiu, au Pont-Hubert, au pont de Saint-
Parres ; d'autres, véritables jouets, comme à FenUée da
canal, au mail de Saint-Jacques, an bout du bassin da
Préau; — le tout^ en face du canon prussien, absurde et lî-
dicule !
A ce moment déjà, la variole et la fièvre typhoïde pre-
naient une véritable intensité. Elles sévissaient en ville et à
rhôpital sur les malheureux mobiles, de la manière la pte
violente. Ainsi, en consultant les tableaux, on voit que h
mois d'octobre fournit à lui seul 21 décès de varioleiiz
et 42 de fièvre typhoïde, plus 4i décès par (p|id«icîté et dé-
bilité înEantile^ Ceci suppose w ai^ia^tm cons^énUa de
voàkàf», et en eC^t, dès Ip s»aïm d'o^tobr», k #oiptiQ^
Boominis BT nminsioifs. 2T1
dical peut à peine suffire au labeur. Beaucoup de malades
furent pour ainsi dire foudroyés, tant, soit dans la Tariole,
soit dans la fièvre typhoïde, la marche de la maladie était
rapide et sa terminaison prompte. Chez les mobiles, s'ajou-*
talent comme aggravation, la nostalgie et le découragement
profond qui se remarquent chez les soldats d*une armée en
déroute. Chez presque tous les varioleux, Péruption deve-
nait très-promptement aplatie^ noire^ et de ces cadavres vi-
vants, hideux à voir, s'exhalait une odeur des plus fétides.
La plupart avaient la conscience de leur état, et ne se fai*
saient aucune illusion sur leur sort. Devant ces malades,
tine médecine dévouée mais désespérément impuissante I
La fièvre typhoïde, et les fièvres de la famille de cette
pyrexie, se montraient en non^re menaçant. Ce sera bien
pis en novembre et en décembre ! Tout le monde, adminis*
trateurs, médecins, religieuses, particuliers, rivalisait d^ar^
deur pour porter secom^ aux pauvres malades. Des ambu*
lances étaient organisées sous la direction de IIM. flerthier-
Rcftyiot, Boutiot, JacqtiiHt Saussier, etc., des aifaninistra-
teurs des hospices, et de plusieurs autres citoyens. De toutes
celles qu^on avait projetées, cinq seulement purent être
établies et pourvues du matériel indispensable. Fatalitél i
part deux, ceUes de THôtel-Dieu et du Goître-Sainl-
Etienne, elles servirent aux Prussiens I Nous verrons, dans
le paragraphe suivant, ce qui concerne leur histoire.
Pendant les naoisde septembre et d'octiAre, les souffirances
résultant de la privation du travail et de ses bénéfices furent
adoucies par 4a solUcitude de radministratioo municipiâe,
du Clonsdi municipal, et de beaucoop de citoyens chari-
tables. Les vivres alors >étaîent abondants >6t d'<un boB mar-
dié exceptionnel. Les paysans donnaient à bas prix leur ▼o-
lâilie, leurs œu£$, leur beurre, etc., pour éviter 4e risque 'de
ae les voir enlever j>ar Teimemi.
BèB Jes ptemien jouis 4e iiafeMèrt, 4a liQe 4tatt éësm
HBA oéniUeiatleflie*
272 SOOVENIRS BT IXPRISSIOIIS.
m
Je ne veux point décrire au long Pentrée dçs PnissiâB i
Troyes. Ce fait douloureux est trop présent à toutes lésiné-
moires. Je me bornerai à rappeler que c'est le 8 noTemhre,
vers deux heures après midi, qu'un détachement de ufalms,
lancé au grand trot, arriva à l'Hôtel-de-Ville après afoir
préalablement blessé sur la place Saint-Remy, un viefliaid
inoffensif. A l'Hôtel-de-Ville, un coup de feu tiré far k
poste atteignit légèrement un Prussien à la tête et brin a
lance. L'égratignure et les morceaux de la lance furent pap
cher ! cela ne coûta que 1 0^000 francs, sous menace, ^
le cas de non-paiement immédiat, de la corde pour llioBO-
rable M. Parigot, maire, et pour les membres de la Com-
mission municipale qui s'étaient portés au-devant de l'eo-
nemi au faubourg Saint-Jacques. Nos magistrats montrèfcot,
devant une attitude brutale, un courage et une intrépîAi
dont la ville leur conservera toujours un souvenir recot^
naissant.
Ce n'était que le prélude de Tinvasion. Je me soutîcb-
drai toute ma vie de l'aspect morne et lugubre de la iffle
de Troyes dans la nuit du 8 au 9 novembre : THôtel-dfr-
Yille, la Gendarmerie, la Préfecture, sans postes, sansb-
mières; les rues silencieuses et tristes, éclairées par la pik
lueur d'une lune voilée de nuages. Je rentrai en proie tox
plus amères pensées. Peu dormirent cette nuit-là. Cepco-
dant les Teutons s'avançaient par les routes de Brienoe d
de Vendeuvre, comme un nuage de sauterelles, dévonat
font sur leur passige, et le 9 novembre, à sept heures da
matin, je pus voir la Préfecture envahie, et les ponts da
canal, les angles des rues et des places gardés par les ho»-
sarib de la mortî aux funèbres banderolles noires et Uu*
ches. Puis ce fut un flot, un déluge. Dans le quartie^ba5,—
SOUVENIRS ET IMPRESSIONS. 273
dans File, — comme ils disaient, chaque maison eut à re-
cevoir 8, 10, 12, 20 hommes, et quelques-unes, en plus,
des chevaux. Quand une écurie était occupée par les che-
vaux du propriétaire, on mettait tout simplement ceux-ci
dehors. Combien de pauvres ménages durent livrer leur in-
suffisante demeure, et coucher, pour ainsi dire, pêle-mêle
avec ces barbares disciplinés ! Et pourtant, pas plus ce jour
que les jours suivants, les fenêtres ne se fermèrent sur leur
passage, et la foule ne diminua devant leur défilé ! Y avait-
il donc dans notre population de la sympathie pour les en-
vahisseurs ? Non certainement ; mais on peut regretter une
curiosité inopportune.
A dater des premiers jours de novembre et surtout de-
puis le moment de Tinvasion^ les épidémies typhique et \a-
riolique redoublent d'intensité. C^est presque par centaines
que les médecins comptent les malades qu'ils ont à soigner
chaque jour. Pour plusieurs même (les médecins de THô-
pital et des ambulances), ce nombre est dépassé. Deux de
nos confrères sont pris de la maladie à laquelle ils finissent
par échapper, avec le regret de n'avoir pu prendre qu^me
part tardive aux peines du corps médical. Pendant ce temps-
là, un médecin instruit et un excellent homme, le docteur
Crépinel, s'acheminait lentement vers la tombe et ne pou-
vait nous prêter aucun concours. 11 succomba le 7 dé-
cembre. Partout, dans les établissements publics, notam-
ment au Grand-Séminaire et à l'Ecole normale, l'épidémie
sévit cruellement. La fièvre typhoïde fait au Grand-Sémi-r
naire 13 victimes (personnel 70), et à l'Ecole normale 4
(personnel 38). 11 faut dire qu'aucun malade n'a succombé
dans ces établissements. Au début de la maladie, j'avais re-
commandé de les envoyer dans leur famille. C'est là qu'ils
sont morts. — A THôpital, toutes les salles sont pleines.
Souvent le matin, à la visite, deux ou trois mobiles
manquent à l'appel. Un jour les lits ne suffisent plus. 11 faut
mettre des matelas, des paillasses sur les dalles et sur le
?. xzxvi« IB
274 SOUYENIBS ET IMPBBSSIOIfS.
parquet. On est obligé de coucher deux ou trois soldab
dans le même lit. Pour se rendre à leur senrice, les méde-
cins passent dans une cour remplie de casques prussiens et
de fusils à aiguille en faisceaux. La sale d'attente pourks
consultauts externes est envahie ; les malades attendent dus
la cour. . . Ah ! je voudrais perdre la mémoire, mais ce
triste tableau s'est gravé d'une manière ineffaçable dus
mes souvenirs.
C'est ici le lieu de parler des ambulances éLiblies en pié-
vision de Tenvoi de blessés français. Klles devaient être en
assez grand nombre. Plusieurs citoyens même avaient <rf-
fert de recevoir chez eux, deux, trois, quatre blessés à
plus. Aucun engagement n'ayant eu lieu dans le dépade-
ment (excepté à Nogent-sur-Seine qui résista bravemeot),
et les communications étant devenues, de difficiles qu*eUes
étaient, tout-à-fait impossibles, trois ambulances seulement
furent installées : une chez M. Quinquarlet, à la Croix-
des-Fourches ; — une autre chez M. Berthier-Roblot, i
la Trinité - Saint - Jacques ; — enfin une troi^èrae cba
M"''' Deheurle, rue Saint-Jacques. Le nombre des lits fi»
primitivement à 70 pour la Croix-des-Fourches, — i 60
pour la Trinité-Saint- Jacques, — et à 30 pour la me Saist-
Jacques, fut définitivement de 64, 54 et 26. Si les besoÎDS
Ttussent exigé, les mesures étaient prises pour en di^Mwr
un plus grand nombre. (C'est de notre honorable colique
M. Boutiot que je tiens c< s renseignements.) Une première
fois, cinq à six blessés français furent reçus, à la fin de sep*
tembre, à Tambulance de la rue Saint Jacques. C'ert k
1 1 novembre seulement, à six heures du soir, que Tambi*
lance de la Trinité-Saint-Jacques dont j'étais charge (M. le
docteur Guichard étant a celle de la Croix-des-Fourches, et
M. le docteur Bacquias à celle de la rue Saint- Jacques), i«-
çut des malades et des blessés prussiens qui furent râités fe
premier jour par trois médecins de Tannée aUemaiide» De-
puis ce moment jusqu'à la fin de novembre, les
SOUYBlflItS ET IMPRESSIONS. 275
civils français désignés firent le service de ces ambulances^
qui ne reçurent guère que des gens fatigués. Quelques-uns
cependant furent pris de fièvre typhoïde et évacués sur la
cast me de TOratoire, servie complètement par Tadministra-
tion prussienne. Le nombre des malades qui passèrent dans
les trois ambulances jusqu'à leur évacuation, fut de 182;
-^ sortis, 177; — décédés, 5. — 11 faut ajouter que
38 malades y furent reçus postérieurement à Tinstallation.
L'ambulance de la Trinité-Saint-Jacques ne compta aucun
décès. A la fin de décembre et au commencement de jan-
vier 1871, tous les malades furent évacués sur l'Oratoire,
où l'on compta de 1 ,000 à 1 ,200 Prussiens. Si Ton s'en
rapporte au témoignage des habitants des rues de Croncels
et du Dauphin, les convois funèbres sortant du Lazareth
furent nombreux. Nos ennemis, qui semblaient faire peu de
cas des médecins français, avaient encore moins de succès
que ceux-ci.
Les ressources des ambulances s'élevèrent à environ
16^000 fr. (compte rond); les dépenses à près de 13.000
fr. Mais, comme à la fin on put revendre le matériel, il y
eut un excédant d( près de 5,000 fr. de recettes sur les dé-
penses.
.N'ayant que des renseignements ins iffisants sur les ma-
lades des ambulances de la Croix-des-Fourches et de la rue
Snint-Jacques, je ne puis parler que de ceux de la Trinité-
Saint-Jacques, dont j'étais chargé. En moyenne, pendant
trois semaines, il y eut 38 à 40 malades présents chaque
jour, la plupart Gsitigués, d'autres ayant des écorchures, des
entorses^ des arthrites, des orchites, etc. Jai vu quelques
plithisiques. Absence complète de maladie des yeux, et
pourtant ces gens-là fument immodérément. Il est vrai
qu'on rencontrait dans les rues plusieurs Aile nands por-
tant des lunettes.
La grande (najorité avait un fort bon appétit. Quand on
\^ ÎBttrrQgeait sur ce point, le mot de leur langue qui ex-
276 sorvENiRS et impressions.
prime raflirmation était prononcé nettement et sans hésita-
tion. En général, ils étaient dociles et polis pour tous ceiii
que leurs fonctions appelaient près d'eux. C'étaient poorb
plupart des hommes de forte et solide constitution. Je n'a
vu que deux ou trois exceptions.
U faut espérer que notre pays ne reyerra pas ces hôlfê
incommodes et dévastateurs^ et qu'on n^aura plus à disposer
des ambulances pour leurs malades. Mais on peut faire re-
marquer, en passant, que, dans le cas où une violente épi-
démie viendrait à éclater à Troyes, l'installation faite po-
dant la dernière guerre pourrait être reprise, et qa*il y au-
rait avantage à évacuer dans des établissements exint-
muros^ les personnes atteintes de l'intérieur de la ville, «i
lieu de les entasser à l'Hôtel-Dieu comme cela avait été fait
lors du choléra de 1832. On arriverait par-là à procurer
plus facilement aux malades les soins nécessaires, et à éditer
le danger d'un foyer central. Cette idée ne devra point être
perdue.
A l'Hôtel-Dieu, où se trouvaient les mobiles, c'était ter-
rible, désespérant. Pendant ce temps-là, en ville, les portes
se tendaient de noir. Le nombre des décès était si grand
que les cloches avaient dû cesser de lancer dans les airs
leur glas funèbre. Plus d'un Prussien, envoyé dans uœ
maison avec un billet de logement, recula devant un cer-
cueil ! Typhus, typhus, variole, voilà ce qu'on voyait écrit
sur un grand nombre de maisons... et les lourds caDOOs
ébranlaient le pavé, et les fourgons s'étendaient en files in-
terminables jour et nuit. Puis c'étaient les équipages, les
ponts, les voitures d'ambulances, que sais-je ! Dans ces voi-
tures d'ambulances remisées près l'église Saint-Nicolas, et
portant la croix de Genève, on vit des piles de boulets ! Les
dimanches arrivaient toujours sinistres, apportant quelque
lamentable nouvelle. — Le succès de Coulmiers fut im
éclair dans cette nuit, un rayon d'espoir bientôt éteint.
A ce moment, les décès montaient quelquefois à 20 par
SOUVENIRS ET IMPRBSSIQlfS. 277
jour. Le mois de novembre compta 28 décès de variole et
1 59 de fièvre typhoïde. Le chiffre baissa pour les phthisiques :
on n'en nota que 7 ; il n'en restait plus guère, presque tout
avait été enlevé.
Décembre survint avec le froid vif et la neige, an bruit
du canon du siège de Paris > que Ton entendit si distincte-
ment aux alentours de la ville, devant le théâtre et jusque
sur le trottoir de THôlel-Dieu. Pendant que nos soldats
mouraient de faim et de froid, nous voyions passer dans
la neige, officiers et soldats prussiens bien bottés, —
cuxyri/ii^c;, — couverts de longs et chauds manteaux, -—
pingues et nitidi. Ils se gorgeaient de vins et de viandes
et allumaient des feux d'enfer dans nos foyers. Malheur à
celui qui, par mégarde, coudoyait un officier dans la rue !
Un coup de cravache, un coup de sabre sur l'oreille comme
il est arrivé à un officier de mobiles, M. Forestier, ou sur
la main comme à un autre ; — des coups de crosse ou une
balle dans la poitrine ou dans les reins, comme à M. Couard,
brasseur, — suivaient bien vite. Un malheureux, soupçonné
d'avoir volé du charbon à la gare, fut fusillé rue du Temple,
parce qu*il menaçait de résister. Il est bien entendu que ces
assassinats furent impunis. — Les Prussiens laissèrent
mourir de faim des troupeaux de moutons qu'ils avaient en-
levés aux paysans sur leur passage. Pas d'attentats contre les
femmes cependant ; il faut rendre cette justice à nos enne-
mis. Ce n'est pus qu'ils soient en droit, du fond de leur Alle-
magne, de vanter l'austérité de leurs mœurs. Jamais la
prostitution ne fut plus étendue ni plus florissante à Troyes
que pendant ces temps de malheur ; jamais les exigences
d'un ennemi ne furent plus rigoureuses et plus ridicules re-
lativement au service de la police des mœurs. Je ne veux
pas m*appesantir sur ce point scabreux. Un grand nombre,
d'ailleurs, ont été punis et ont remporté dans leur famille un
vivant et dangereux souvenir. . . Il me suffira d'ajouter que,
la paix faite, l'honorable M. Emanuel Buxtorf, remplissant les
278 SOÇYENIRS BT IMPRESSIONS.
fonctions de maire, fut conduit en Allemagne, en pmiîtioB
d*une courageuse résistance à des exigences déraisonnables.
Vers la fin de novembre, on put se convaincre combien fl
avait été heureux que le Lycée n'eût pas été converti en
ambulance, comme quelques citoyens imprudents Tavaient
proposé. Nous évitâmes ainsi l'installation d'une grande
quantité de malades prussiens dont le séjour eut duré jnt-
qu'à l'évacuation, comme à Chaumont.
Toutes les ambulances furent vidées fin novembre, dé-
cembre et au commencement de janvier : la Trinité Saint-
Jacques, le n décembre; la maison de M""* Deheuiie,
le 28 novembre; la maison Quinquarlet, le 13 j'invier 1871.
L'hôpital fut débaiTassé principalement par la mort, et h
succursale du CIoitre-Saint-Etienne, confiée aux soins de
M. le docteur Bacquias, recueillit les quelques convales-
cents échappés au désastre.
Noël arriva. Un blanc linceul couvrait le sol. Sous ce
suaire, combien de valeureux enfants de la France ense-
velis ! Il me fallut voir de mes fenêtres une brillante illu-
mination à la caserne de gendarmerie. Je tremblais d'ap-
prendre la nouvelle d'un nouveau malheur pour nous. Mais
non, nos ennemis fêtaient Noël, la grande et touchante fête
de tous les pays chrétiens. Parmi eux, il s'en trouvait cct-
tainement plus d'un détestant la politique impitoyable qû
les condamnait à célébrer Noël loin de leur pays, loin de
leurs femmes et de leurs enfants.
Le canon du siège grondait toujours ; l'épidémie conti-
nuait à moissonner.
Les décès, bien qu'ayant diminué, sont encore nom-
breux en décembre. Ainsi on en compte 26 de variole et
61 de fièvre typhoïde^ — *plus 54 reconnaissant pour caœc
la caducité, la misère, et la débilité native. Le nombre total
des décès militaires à l'Hôtel-Dieu, de juillet à décembre,
s'élève à 64* Si l'on y comprend trois soldats qui ont suc-
combé en janvier, on arrive au chiffre de 67 sur 830 en*
SOUVENIRS ET IMPRESSIONS. 279
trées. Cest presque un douzième. Il faudrait ajouter à ce
chiffre celui de quelques ^lécès de mobiles qui eurent lieu
en ville, dans des maisons particulières où ils avaient été re-
cueillis.
IV
Janvier 1871. — Pas de visites, pas de relations de famille,
pas d*étrennes. Ah ! triste jour dont les enfants se souvien-
dront. — Ce mois devait voir la (in de la lutte héroïque de
Paris et notre défaite définitive.
Depuis la déclaration de guerre en juillet, plus de com-
merce, pas de travail pour les ouvriers, pas d'argent; — la
ville obligée de créer du papier-monnaie, précieuse res-
source qui prévint bien des sinistres ; — les ouvriers occu-
pés dans les chantiers municipaux aux frais de la cité , ne
travaillant guère, hélas ! et ayant occasionné une dépense
d'environ 800,000 francs ; — dans la banlieue, le pillage
organisé, les bois ravagés, nos promenades mutilées; — au
Conseil municipal, des citoyens dévoués, remplissant une
tâche des plus pénibles, à chaque instant menacés par les
Prussiens; — un maire et une Commission municipale acca-
blés de réqm'sifions toutes onéreuses , quelques-unes in-
croyables, grote>qiies même (par exemple, la réquisition de
pétrole et de torches po ar incendier la ville en cas de be-
soin); — les impôts exigés au quadruple; — des menaces
d'exécution qu*une trop faible minorité conseille en vain de
braver; — pour comble, un redoublemi^nt de nouvelles dé-
sespérantes; — la fortune de la France sombrant dans un
immense effondrement ; — la douleur dans nos cœurs, la
joie sur le visage de nos ennemis. — Tels sont les princi-
paux traits qui caractérisent l'invasion et l'occupation pen-
dant l'hiver de 1870-1871.
280 SOUVENIRS ET IHPRESSIOlfS.
Le 28 janvier, nouvelle de la capitulation de Paris. Per-
sonne ne voulait le croire.
Quand d'erreur on nous tira,
La douleur fut bien amère.
Fut bien amère...
Pendant ce fatal mois, le chiffre des décès typhiques des-
cend à 30, celui des varioleux à 10. Les phthisiques repa-
raissent. On compte 18 décès causés par cette maladie, pins
une trentaine de décès par cause de débilité native ou àt
caducité. La pneumonie donne 10 décès. Si l'on ajoute
vingt autres causés par le catarrhe pulmonaire, on a une
trentaine de cas de décès pour les maladies de poitrine.
En février, on ne trouve plus que 9 décès de fièvre ty-
phoïde, 7 de variole, 15 de phthisie, 7 de pneumonie;
— en mars, 9 de fièvre typhoïde, 7 de variole, H de
phthisie, 40 de misère, débilité native et caducité, 7 de-
pneumonie. (Je ne note que les maladies principales.)
En avril, les chiffres ne varient guère ; je ne m'y arrête
pas.
En mai et juin, la variole et la fièvre typhoïde déclinent,
les phthisiques sont toujours nombreux ; les décès par épui-
sement ne diminuent pas. La variole continue jusqu'à la fin
de Tannée 1871 , mais dans de moindres proportions.
Je n'ai pas décrit d'une manière spéciale les afiG^ctiom
chirurgicales observées en 1 870-1871 , qui ont été le résul-
tat d'un fait de guerre. Elles ont été peu nombreuses. Ud
mobile reçut une balle dans la cuisse sur le trottoir de la nie
Passerat, par la maladresse d'un de ses camarades. La balle
avait contourné le fémur gauche, sans léser l'artère cru-
rale ; le blessé guérit. Plusieurs coups de feu venant des
Prussiens furent observés (j'en ai parlé plus haut). Un mal-
heureux citoyen, ayant à peine dépassé 30 ans, père de fo-
mille^ doux et inoffensif, fut atteint un soir, à onze heures,
d'une balle prussienne qui fit une plaie pénétrant à la fois
SOUVENIRS. ST IMPREjSSIQNS. 281
dans la cavité thoracique et dans la cavité abdominale. Cette
plaie était béante et hideuse à voir. On apporta le malheu-
reux à THôpital, dans la salle de consultation de chirurgie.
Aux deux coups de feu que j'entendis, j'accourus immédia-
tement, et je trouvai le blessé environné de 8 à 10 Prus-
siens... Monté dans la salle, il expira en pleine connais-
sance trois quarts d'heure après. — J'ai parlé de plu-
sieurs coups de sabre et d'autres violences; je n'y reviens
pas.
Les Prussiens eurent un suicide par submersion, et une
fracture de cuisse traitée à THôpitalpar leurs médecins, qui
appliquèrent immédiatement un appareil plâtré. Le blessé
quitta r hôpital avant sa guérison, lors du départ de ses ca-
marades, le 12 août.
Les suicides furent très-rares. De juillet à décembre 1 870,
on n'en compte que deux. Je ne note pas les décès dus à
des affections organiques : il n'y a rien de spécial à cet
égard.
Un fait digne de remarque, c'est que l'hospice des vieil-
lards et des orphelins dont je suis chargé, et l'hospice des
orphelines dont M. le docteur Bacquias est le médecin, tra-
versèrent cette crise presque sans malades. L'état sanitaire
y fut même meilleur que pendant les hivers précédents.
Ceci témoigne éloquemment en faveur des soins dont sont
l'objet les pensionnaires de ces établissements. Et pourtant
que de choses à dire sur l'hospice Saint-Nicolas, sur i'étroi-
tesse de ses dortoirs, l'infection de ses lieux d'aisances. Tin-
suffisance de ses cours, etc.! L'hospice des orphelines est
dans des conditions infiniment meilleures.
282 SOmTERIBS it ivpibssioiis.
Si nous Toulons résamer par des chiffres le nombre da
décès obsenrés en 1870 avec comparaison de ceux des an-
nées 1869, 1871, et de la moyenne par année de 1821 1
1 870, nous trouvons les chiffres suivants :
Moyenne par année 809
Décès en 1869 1,046
— en 1870 1,659
Décès en 1871 (y compris les eoCeints
morts-nés) 1,189
Ces chiffres sont aussi exacts qu'il m*a été possible de me
les procurer.
Si nous prenons les deux maladies épîdémiques, la fiene
typhoïde et la variole, nous trouvons pour la variole, en
1870, 133 décès, dont 111 sont fournis par les mois d*o^
tobre, novembre et décembre ; — pour la fièvre typhoïde,
299 décès, dont 274 sont fournis par les mêmes mois.
On voit donc que le grand nombre de décès, en 1870, a
été fourni surtout par les trois derniers mois. D'après ks
renseignements que m'a donnés avec une grande obligeance
M. Cousin, chef de bureau de l'état civil, même dans les
épidémies de choléra, on n'avait point observé une si forte
mortalité.
11 est évident que cette grande quantité de décès indique
un nombre considérable de malades. En supposant im
chiffre exagéré, — que la fièvre typhoïde ait enlevé 20
pour 100 des malades, et la variole 30 pour 100, on arrive
au total de près de 500 malades rien que pour ces deux ma-
ladies. Si l'on y ajoute toute la série des autres, il est cer-
tain qu'il y a eu à Troyes, au moment indiqué^ enviroo
Ce chiffre est plulAt au-deflioiif qu'au-des-
n y aurait à faire le eompte des indisposi-
^ ou'on observe dans toute épidémie.
VI
Pour compléter les documents qui précèdent, il est né-
cessaire de dire deux mots des naissances et des mariages,
pendant la période de temps dont je m'occupe.
La moyenne des naissances, de 1821 à 1870 inclusiye-
ment, est de 7 95, dont 47 enfants naturels.
Je n'ai pu savoir exactement celle des mariages.
En 1869, on compte 277 mariages
En 1870, — 164 »
En 1871, — 264 »
De 23 mariages en juillet 1870, on tombe à 8 ra août,
2 en septembre, 1 1 en octobre, 0 en novembre, 1 en dé-
cembre. Après février 1871, le chiffre ordinaire reparaît.
On voit, par ces détails, quelle a été la funeste influence de
la guerre sur le mouvement de la population. Pour que celle-
ci augmente, il faudra bien des années.
...Vitio parênium
Rarajuventui.
Aussitôt rinvasion commencée, c'est-À-dire à partir des
premiers jours de novembre, plus de mariages. A peine la
paix est elle signée que les choses reprennent leur cours or-
dinaire, et Ton a pu remarquer que les mariages ont été
très-nombreux en 1871 et 1872.
284 souyEi<fiR8 et oipressions..
VII
C'est le 4 mars qu'on reçut à Troyes la nouvelle de la si-
gnature des préliminaires d'une paix désastreuse, mais de-
venue indispensable. Il était temps ! Les exigences du préfet
prusjsien, baron de Stein, étaient plus vexatoires que ja-
mais. Au moment où la nouvelle nous parvenait, celiB-d
s'empressait de réclamer des impôts dont le nouvel état et
choses nous dispensait forcément. Le calme revint dam U
ville encore occupée, et si les regards étaient attristés par k
spectacle des étrangers se livrant aux exercices militaires,
sur nos places et dans nos rues, au moins on commençait à
entrevoir la fin d'épreuves que nos pères avaient connue
peut-étrQ moins dures, cinquante ans auparavant. Letravaii
commença à reprendre, les malades devinrent moins nom-
breux. On respirait un peu. . . lorsque, le i 8 mars, la guerre
civile vint mettre le comble à nos malheurs. Enfin, noe
abominable insurrection fut écrasée et l'occupation prus-
sienne à Troyes, prolongée par l'émeute de Paris, put enfis
cesser à notre grande joie. C'était par une belle matinée,
le samedi 12 août. En voyant défiler, entre deux rangs de
drapeaux tricolores arborés aux fenêtres, ces casqoes à
pointe luisant au soleil , j'étais tenté de m'écrier , Gomioe
Henri IV s'adressant aux Espagnols : Bon voyage, Mes-
sieurs, mais n'y revenez plus !
LE CHEVAL
ESQUISSE DE SON HISTOIRE
TX9,
M. LE BRUN-DâLBANNE
Membre résidant.
Le cheyal a été de tout temps le compagnon de Tbomme.
Son histoire est donc un appendice de celle de son maître.
Le foyer de sa création semble être le même, ce haut pla-
teau de l'Asie, d'où les races humaines se sont répandues
sur la terre. Mais il n'a pas suivi l'homme dans ses pre-
mières migrations. La civilisalion de TEgypte est anté-
rieure à son usage en cette contrée, et l'on sait qu'il n'exis-
ta, ni dans l'Afrique méridionale , ni dans l'Amérique, ni
dans l'Australie, avant leur colonisation par des Euro-
péens (!)•
Les témoignages les plus anciens de l'histoire du cheval
sont ceux de l'Assyrie. C'est de la guerre de Thoutmès P'
(1) L*é(Dnnement et la frayeur que marquèrent les habitants du
Mexique et du Pérou, à Faspect des chevaux et des cavaliers, 'firent
assez voir aux Espag;nols que ces animaux étaient absolument incon-
nus dans ces climats. Buffon, le Cheval^ totne III, {>. 52i , édit. Fume,
286 LB CHBVAL.
en Mésopotamie (i ) que les Egyptiens rapportèrost pour b
première fois le cheval ; ils le propagèrent rapidennent ifaoi
les pâturages de la Basse-Egypte.
Aussi, lorsque trois siècles plus tard, Pharaon pounoî-
vit les Hébreux, les flots de la mer Rouge, en se rejoignsnt,
engloutirent le cheval et le cavalier^ selon le cantique àt
Moïse (2).
Les poètes nous apprennent qu'en Grèce les coarsiers de
la Thrace, de la Thessalie, de TEpire, étaient les plus re-
cherchés pour la cavalerie ou pour les courses d'Olympie.
C'étaient des chevaux de montagne, par conséquent stci et
nerveux. Les frises du Parthénon et les admirables bai-
reliefs du temple de Phigalie (3) nous les présentent ainsL
Toutefois ils n'étaient pas grands et le sommet de leur tMe
ne dépassait pas la hauteur d'un homme.
Chez les Romains on estimait les chevaux de l'Apulie.
C'étaient toujours des chevaux de montagne. Plus tard,
Columelle décrit un cheval de prairies marécageuses^ plus
grand, plus charnu, plus osseux, ayant plus de masse et
moins d'énergie. Dans la pensée de l'agronome, il valaR
mieux, pour la culture, que le cheval grêle aux piedi
serrés.
ba translation du siège de l'empire à ConstantiDopk
détermina surtout la vogue du cheval Je Cappadoce. L'Es*
pagne et la Thessalie fournirent également, à partir di
V* siècle, les haras impériaux.
Comment se fait-il que le cheval arabe ait été incomn
des anciens? Xénophon, le célèbre hippologue , racoide
(i) BâTiron dix-sept siècles avant Jésus-Christ.
(S) Cantemas Domino : gloriose euim magniûcatns est, iqmm d
mtemuarem dcgedt in mare. £xod., cap. xv, v. 1.
^) IMsor àê nnmisiiistiqna et Je gixpiiqiBe.
LB GHIVAL. 2ft7
qti'il a trayersé le Dord de l'Arabie dans Tarmëe des dix
mille Grecs appelés au secours de Cyrus; il a observé le
désert avec des yeux attentifs, il y a reconnu des
chameaux , des onagres , des gazelles , des autruches ,
mais il n'y a pas vu de chevaux. Pomponius-Méla énu-
mère les productions de l'Arabie et se tait sur les che-
naux. Strabon est plus explicite, il les exclut, en disant
qu'on ne trouve en Arabie ni chevaux, ni mulets, ni
porcs. Le prophète Ezéchiel, enfin, fait connaître les
richesses (jue TArabie fournissait au commerce de Tyr,
et il les détaille minutieusement ; ma^s il omet les che-
naux.
Est-ce à dire que le cheval arabe n'existât pas? Non,
niais élevé au centre du désert, dans des tribus dont il était
l'amour et le compagnon fidèle sur les champs de bataille
et sous la tente, il ne fut révélé qu'au va' siècle par Maho-
met, avec le Coran. Après Mahomet, ses successeurs, mus
par un enthousiasme qui semblait embrasser l'homme et
le cheval, se précipitèrent sur le monde avec une cavalerie
prodigieuse, et soumirent en soixante-dix ans autant de
pays que les Romains, avec leur tactique et leur persévé-
rance, en avaient conquis pendant sept siècles* Le cheval
arabe fit donc triompher le Coran et triompha ensuite avec
lui.
Cepi^ndant le chenal espagnol a été éminemment le che-
val du uioyeu-àge, et Guiilaume-le-Conquérant le montait k
la bataille d'Haslings. C'était le destrier par excellence des
joutes, des tournois et des grandes batailles. François 1*',
Heturi IV, Louis Xlll n'en voulaient pas d'autres.
Tous les chevaux de Louis XIY peinte par Van der
Heulen, sont espaguols. Et qu'on me permette ce souvenir,
lorsque le grand roi demanda à notre Pierre Mignard le
beau portrait équestre qui one le salon d'UcfCule k V^*
il lui FcmuuBBanda amrlwt de m pa» négUgif lar#i-
288 LE CHEVAL.
semblance de son magnifique cheval Isabelle. Il nous a âé
donné d'entrer, pour ainsi dire, dans Tatelier de Mignard
et de voir avec quel soin et par quelles préparations le
grand artiste avait préludé à son portrait, en feuilletant ks
portefeuilles renfermant les 324 dessins de Migoard que
M. Frédéric Reiset, conservateur des peintures et d^ des-
sins du Louvre, avait gracieusement mis à notre disposition,
n y a dans Fun d'eux plus de vingt études différente dn
cheval de Louis XIV. Il est représenté de face, de côté, ^
repos, au trot, au galop ; en un mot, dans toutes les allores
et les attitudes variées qu^un cavalier ordinaire et à plus forte
rai>on le vainqueur et le héros des batailles du grand siècle
pouvait imprimer au noble et généreux compagnon de ses
victoires. C'est ce même cheval que Girardon avait admki-
blement reproduit en bronze, dans son incomparable statue
équestre de Louis XIV de la place Vendôme. On en peut
encore voir le modèle de la main de Girardon lui-mêoie
dans le musée des sculptures modernes du Louvre.
Nous ne parlerons pas des chevaux allemands. Noos
sommes très-décidé à ne les admirer pas plus que leurs maî-
tres. Et ce n est pas nous qui vanterons jamais cesgnmà
et gros chevaux aux jambes peines, aux pieds Ainnidesd
gras. 11 s'en trouve bien peu dit Menou de Chirnizay,
auteur du Cavalier et de tÉcuyer français, qui soient
hardis et courageux, ni qui aient de la gentillesse, ils «e
sont bons que pour le gros travail. Ce sont bien là les ch^
vaux de ces lourds Allemands que nous avons vus, et leiff
courage est bien comme celui de ceux qui les montent, et
raison inverse de leur nombre. U faut aussi qu'ils soient lé-
gion pour se montrer.
A la bonne heure les limousins^ voilà de bons petits che-
vaux, vifs, énergiques et bien français. Seulement les che-
vaux de Normandie les dépassent aujourd'hui. Us ont^ par
* des croisements habiles, acquis la taille et la force et cob-
LE CHEVAL. 289
serve la vitesse qui les distinguait. C'est aujourd'hui la race
française par excellence.
Le cheval anglais est fort ancien. César Tavait rencontré
en abordant dans la Grande-Bretagne. Les rois d'Angle-
terre, par une police sévère des étalons, l'avaient amélioré;
mais il était destiné à ne produire qu'une race ordinaire,
lorsqu'un hasard heureux détacha de la voiture d'un simple
porteur d'eau, à Paris, et conduisit vers 1730, en An-
gleterre, le fameux Godolphin-Arabian. Lord Godolphin
l'ayant remarqué, l'acheta quelques guinées, et Tattacha
comme suppléant à son haras de Gog-Magog. C'est là que
par Lath, Régulus et Eclipse, ses trois fils (que cette expres-
sion me soit permise pour un si noble animal), il devint
Fauteur fameux de cette race merveilleuse, qui s'appelle
aujourd'hui le pur-sang anglais. Elle a sa généalogie com-
plète et ses parchemins en règle. Je ne la redirai pas. C'est
le cheval de pur-sang anglais qui est devenu, sur les hippo-
dromes du monde entier, le roi et le triomphateur des
courses. Mais outre ses emplois comme cheval de courses
et comme n^producteur, il remplace au manège les anciens
chevaux espagnols, barbes ou limousins; il est plus fort et
plus puissant qu'ils ne le furent jamais.
Allongé par Tentraînem* nt, ou jeté sur les épaules par la
course^ le cheval anglais change instantanément son contre
de gravité et son allure sous la main de l'écuyer; il cède à
toutes les flexions, il est cheval de chasse ou de guerre, et
brille d^un éclat incomparable attelé au léger phaéton, qu'il
conduit à de grandes distances avec une merveilleuse
rapidité.
Par lui toutes les autres races ont été améliorées. Il a
aup;menté la puissance et la légèreté des chevaux de trait, et
offert aux races légères des éléments pour les faire grandir
et les fortifier. Ce cheval est donc une conquête dont les
temps modernes doivent se glorifier, et c'est le cas, pour finir,
T. SXXTI. 19
290 LE CHEVAL.
de répéter la phrase célèbre : « La plus noble conquête ^
» l'homme ait jamais faite, est celle de ce fier et fouguem
» animal qui partage avec lui les fatigues de la guerre d
» la gloire des combats. » Nul cheval plus que le piu^
sang anglais n'est digne de Tinscrire en face de son blason.
Chennegy (Aube), lô 8 septembre 1871.
POÈMES DE L'INVASION
»▲■
M. CHARLES DES 6UERR0IS
Membre résidant.
•*0^
I.
L'Invasion.
Ils sont venas jadis, Cosaques et Prassions,
Les Russes de l'Oural et les Autrichiens.
Nous avions entendu raconter cette histoire;
Nos pères en gardaient, pesante, la mémoire,
Nous, nous disions tout bas : Hidtoire du passé,
Episode dernier du poème insensé.
Nous ne reverrons plus en nos temps ce poème.
Nous n'en reverrons plus l'épisode suprême.
— Nous avons eu le dénouement.
Si nous n'avons eu le po^me ;
N'ayant connu, moindre anathème,
Le héros plein d'emportement^
Nous avons eu l'héritier blême.
Sans avoir eu Wagram, léna ni Moscou,
Nous avons Waterloo; l'étranger sur le cou
Nous a mis son pied lourd dans sa boite écrasante.
Voilà que nous savons la conquête pesante,
Amer et lourd savoir. Ce mot : Ikvasion,
292 POÈMES DE l'invasion.
NoQS en savons le sens et la dérision ;
Noas le savons, non plus par histoire contée
Au coin du fea les soirs, et tout bas contestée.
Ce récit, nous l'avons refait
D'heure en heure^ de page en page;
Sans commentaire à tout passage,
La douleur morne nous Ta fait;
Toute histoire a pris son visage.
Les hulans nous venant dire : Vous rendez-vons ?
Levez-vous le drapeau, le fusil contre nous ?
Vous êtes- contre nous cinq cents bourgeois sans poudre,
Sans armes, voulez-vous résister à la foudre ?
Nous sommes quatre- vingt mille hommes^ cent canons.
Pour réfléchir, une heure est ce que nous donnons :
Nous avons vu cela. Premier acte. A cette heure,
Commence le second, le cœur au dedans pleure,
L'œil est sec, le visage impassible s'il peut.
Ils sont là, point de bruit^ du drame c'est le nœud.
On dirait une armée enchantée, une terre
De mort, et qui n'a plus qu'une loi. le mystère,
Terre de France, hélas ! à peine de Français.
Et les cœurs battent-ils au-dedans ? Je ne sais.
Ils attendent massés sur les places publiques.
Prussiens au regard haut, Hessois mélancoliques.
Pas un mot^ pas un cri; s'ils parlent, c'est tout bas.
Ils ne font point sonner la terre sous leurs pas.
Mais bientôt ? Oh ! bientôt ne se fait guère attendre.
Vingt hommes par maison, chacun y peut prétendre.
Vingt fusils sur le seuil, vingt hôtes au foyer;
Sous le fardeau, sans dire un mot, il faut ployer,
Vingt hommes ! puis il faut leur faire accueil encore,
Et, soigneux, leur cacher le cœur qui se dévore.
L'Invasion !... Cela s'appelle invasion.
Plus de patrie et plus de chez soi; la maison
Nous disant bas : Ami, je ne suis plus le home.
Je ne suis plus la joie et le petit royaume.
L'ilivasion ! Voici, des matins jusqu'aux soirs,
Les hommes débordant jusque sur les trottoirs.
Les canons reluisant d'un feu terrible et sombre,
POÈMES DE l'invasion. 293
Les Yoitnres cachant les placer sons leur ombre,
Des régiments en marche interminable train,
Le fer faisant escorte et cortège à l'airain,
Et tout cela pressant sa marche sur les routes^
Pour nous porter, chez nous^ défaites et déroutes.
Oh ! c'est rinvasion t Abîme où Ton descend,
Lorsque le front penché, Toeil est noyé de sang.
IL
Déclaration.
Je yeux leur déclarer haine, haine à jamais.
Haine, blessure au cœur, vivante désormais,
Saignante, douloureuse ainsi qu'une brûlure,
Du sauvage scalpeur mordante ciselure ;
Haine lourde à porter dans un si long sentier.
Car la haine vraiment ce n'est pas mon métier.
Et je l'aimais, ô Dieu t cette Allemagne sombre.
Dont allait nous venir la flamme ainsi que l'ombre,
Qui rêvait, qui pensait, généreuse, pour tous;
Kant raisonnait pour nous, Uhland chantait pour nous.
Nous croyions qu'ils versaient, comme une eau, comme un fleuve,
La féconde pensée où toute âme s'abreuve.
Haine à ces abuseurs de nos religions,
Haine pure à transmettre aux générations.
Et qu'elles recevront comme unique héritage,
Ils ne nous ont laissé que cela pour partage.
Ces guerriers moissonneurs nous ayant pris notre or
Et notre foi, plus vrai, plus piéôioux trésor;
Car notre esprit en trouble et que le doute gagne.
Ne croyant plus en Dieu, croyait à l'Allemagne.
Haine à jamais à vous, meurtriers de la foi,
Qui venez annoncer la force comme loi.
Après la paix.
294 POÈMES DB L'iNYASIOlf.
m.
Historien 7 — Poète 7
La plnme se refase à tracer cette histoire.
L'encre se 6ge et reste au fond de l*écritoire.
Les revoir jour par jour ces combats accablants^
Etape par étape en ces débris sanglants
Replonger chaque fois sa main tiède ou glacée.
Qui le pourrait ? Déjà l'âme s'enfuit lassée.
Et recule en disant : Sentir eoeor ce fer,
Visiter cercle à cercle encore cet enfer ?
Historien jamais, mais poète peut*ètre.
Triste, se souvenir, plutôt que reconnaître.
Descendre en ces vallons, le cœur ne le peut pas ;
Mais voler au-dessus de ces champs de combats.
Mêler à Fadieu cher le puissant anatbème.
Maudire les grands coups brefs que la fortune
Emerger en désir de Tabime sanglant, *
Puis au malheur eneor roffrir bientôt le flâne»
Ecouter cependant par delà notre abîme,
Quelque accent faible encor venu d'un lieu sublime»
Et puis, d'un vol plus haut, voler vers l'avenir,
Le poète le peut, dans l'amer souvenir.
Le poète, c'est l'espérance.
Le poète c'est la vengeance.
IV.
Retardement.
Tant que je les ai vus, longtemps encore après,
Je n'ai pas pu d'un cri, d'un geste, les mauôire;
L'âme habitait du moins les abîmes secrets
Où ne résonne point l'écho joyeux du rire.
Dès l'heure la première et le premier instant.
Dès ce cri, le premier, un matin éclatant :
Défaite à Wiuembourg I quelque chose en mon âme
POÈMBS DB L'iNYASlOlf. 295
S'est brisée d^ris mort que couronne une flamme.
Les débris au dedans, la flamme par dessus,
Jets qu'on étouffe en soi, par moments aperçus,
Gomme arant, ou peut-être après un incendie^
Une étrange lueur vague, parfois grandie.
Hais l'heure de maudire est venue à la fin,
De pousser un grand cri, satanique ou divin.
Pour riambe dressé, relève-toi, poète !
Fais pleurer l'élégie en sa douleur secrète.
Eclatante à présent; en montant jusqu'au ciel
Qu'elle fasse au vengeur sa plainte, son appel t
V.
li'Escopette de Gil Blas,
Vous savez, dans Gil Blas, le conte qu'on répète,
Le mendiant qui vient armé de l'escopette :
Seigneur, prenez pitié, de grâce, d'un soldat.
Un pauvre estropié qui se sent du combat.
Ils étaient huit cent mille armés de l'escopette.
Mais ils ne disaient pas la phrase si complète :
Seigneur — le mot manquait. — Ils saluaient pourtant.
Et le refrain, du reste, jjlait se répétant :
Veuillez être assez bons pour nous fournir des bottes,
Vingt mille de bon cuir, du drap pour nos capotas,
La marche a tout gâté, les bataiUes aidant,
Et se tenir en point est d'un bon commandant.
Il nous faudrait aussi vingt mille couvertures.
Le soldat ne dort guère et court lant d'aventures,
Et puis nous avons faim, on travaille si fort.
Et vous nous obligez à tant de rude effort.
Il convient qu'à nos maux vous portiez allégeance ;
Aussi, nous y comptons, vous aurez l'obligeance,
Tantôt de nous compter cent mille rations,
Il en faut tout autant pour trente nations
Et douze régiments. Pensez à l'eau-de-vie,
La ration de pain du boeuf toujours suivie.
Et l'escopette allait son train. — C'est le canon,
296 POËMBS DE L^NVAStON.
Quant du pauvre soldat l'Allemagne est le nom.
Mes amis, voyez-vous, ici sur la colline.
Quatre heures pour Tobus, votre ville est mine.
Une heure pour pointer, trois heures pour le hu.
Nos artilleurs sont bons^ ils en feront un jeu.
Vous vous sauvez pour rien de bien des aventures»
Cent mille rations, vingt mille couvertures.
VI.
Les Morts.
Ils sont morts à temps, grandes âmes,
Lamartine et Montalembert,
Cœurs que n'ont point touchés les blâmes,
Où brûlèrent les nobles flammes.
0 France, ils auraient bien souffert !
Hautes âmes de la patrie.
Réfugiés dans Tinconnu,
Loin du flot de la barbarie,
Au Germain en joie et frairie
Vous n'avez [loint dit : Bienvenu
Soyez, ô maître, en ma demeure;
Quand tout bas vous maudit le seuil
Au nom de nos frères qu'on pleure,
(La jeunesse, il faut qu'elle meure),
Tout haut le foyer fait accueil.
Napoléon rendant Tépée
De la France avec son honneur,
Le fer de la France usurpée
Et de grands rets enveloppée,
Vous n'avez pas versé ce pleur.
Vous n'avez vu ces choses sombres,
Lamartine, Montalembert,
Vous n'avez pas, sous les décombres
De Paris mis vos cœurs pleins d'ombres.
Oh t non, vous n'avez pas souffert !
POÈMES DE l'inyasion. 297
Chàtillon^ qui fait fléchir Tàme,
Metz, rendu comme un simple fort, '
Avron qui renfonce la lame,
Saint-Cloud qui tombe dans la flamme,
Vous n'avez pas eu cette mort.
Grands cœurs éteints, Tàme saignante
De la France en déchirement.
Pour TOUS n'eût pas l'heure poignante
Où la mort deux fois menaçante
Fit voir l'enfer prussien clément.
Rigault prenant Paris en gage,
Lamartine, Montalembert,
Vous n'avez pas vu cette page,
Darboy captif, le Christ ôtage^
Oh f non, vous n'avez pas souffert.
(Après la Commune).
VII.
Vent d'Est.
0 vent de l'Est, dur vent prussien,
Ne souffle plus sur notre France.
Ne viens pas — si peu de distance t -
Dans les cœurs, glacer l'espérance, »
Des âmes briser le soutien.
0 vent piquant de l'Allemagne,
Ne chante pas ce sombre chant
Qui fait frissonner la campagne,
Et du pâtre de la montagne
Ride, chagrin, le front penchant.
0 vent mortel de la froidure.
Vent de Spandau, vent de Berlin,
Ne perce pas, ô bise dure.
Les morts froids dans la sépulture.
Les vieillards froids à leur déclin.
Vent de la Prusse conquérante,
2^ POÈIIBS DB l'iNYASION,
Ne dessèche pas nos moissons;
Vent de la Prusse délirante,
A la sombre élégie errante
Ne remMe plus tes chansons.
VUI.
Carte de France.
Regarder, sans pleurer, une carte de France^
Oh Dieu t qui le pourrait ? Avec indifférence
Qui pourrait voir Strasbourg aux serres du Prussien,
Bitcbe, nid d'aigle français, Phalsbourg qu'il a fait den?
Metz qai vit Charles-Quint, la ville inviolée,
En son linceul germain brutalement roulée,
La Moselle, beau nom qui sonne si français,
Disant à l'Allemand : Passez, je donne accès
Au plein cœur de la France, à la Meuse voisine,
A Bar, dont sur l'Ornain le contour se dessine,
A Chàlons, à Verdun, à Reims comme à Nancy,
Oh t qui ne pleurerait à voir, ouir ceci ?
Yauban se dresse et dit : Rendez-moi ma frontière,
Ma frontière de fer, ma ceinture de pierre.
Kléber aussi s'indigne et s'écrie au tombeau :
Mon pays plus français t l'Alsace, ce lambeau
Est arraché du cœur de la France sacrée,
La France de Carnot, solide et bien murée !
0 roi Louis quatorze, ô ministre Carnot,
Bonaparte à l'histoire ainsi fait son écot.
0 bons ingénieurs, une carte à refaire :
Sur cette page, histoire, écrire est votre affaire,
Les siècles sont à vous, prenez note tantôt.
Le livre est grand ouvert, et jamûs ne se clôt.
Nous avons eu l'Anglais jalis dans noU*e Guienne,
Par Calais, dur collier^ nous fûmes à la gêne ;
Nous avons dans l'histoire un siège d'Orléans,
Et nos pères ont dit : La Guerre de Cfnt ans.
Mais il vient quelque jour un Guise, un capitaine.
Et l'Anglais... le Prussien, c'est la p^e lointaine.
POiMES DB l'invasion. fM
IX.
Exode.
Pleurant sons le ciel bas de Tantomne Toilé,
Hs vont par les chemins de Texil désolé.
Chère patrie, hélas 1 n'es-ta plus la patrie,
Morte au bras qui se tend, à la voix qui 9'écrie I
Pour nous ne germe plus le grain dans les sillons,
Ni dans les champs joyeux la gaité des houblons.
Pour nous ne chantent plus les rivières amies,
Jamais se reposant et jamais endormies.
Dévidant nuit et jour le lin des vallons frais,
Ou laminant le fer souple des minerais.
Ces chansons, bondissant, descendaient les montagnes,
Et dans Tapaisement parcouraient les campagnes.
Invitant le travail et la fécondité ;
Appel austère et doux, à toute heure écouté.
Alsace, avec bonheur nous te donnions nos âmes,
0 mère de nos fils, ô mère de nos femmes !
Terre de tout amour et de tout souvenir,
Où les pères devaient après l'aïeul finir.
Quand l'orfraie au long cri te couvre de son aile.
N'es-tu plus à tes fils la terre maternelle ?
0 terre, vous avez cependant nos tombeaux,
De nos cœurs déchirés vous avez les lambeaux.
Que nous aimions à voir, calme dans Tair sonore.
Eclater le Munster sous les feux de l'aurore.
Le glorieux Munster, notre orgueil devant tous.
Et qu'enviaient là-bas nos ennemis jaloux 1
Le Munster est debout encor sous ses blessures,
Saintes contusions, généreuses fissures.
Nous ne le verrons plus, le glorieux Munster,
Empourpré du matin monter dans le ciel clair.
De Metz, grand cœur français, de Strasbourg, une reine.
Ils nous ont fait ce monstre, une Alsace-Lorraine t
300 poÈm» DB l'iicyasioii.
Noos sommes les déshérités,
Nous sommes les cœurs irrités,
0 terre qui n'es plus la terre maternelle,
Que l'orfraie au long cri fait gémir sous son aile.
— Entre mes fils et moi l'étranger met son bras.
Son geste menaçant, Tempreinte de ses pas.
Allez en vos chemins de deuil et d espérance.
Enfants, je suis toujours votre terre de France I
Troyes, octobre 1872.
(Im à la séamee du iB nowembrm i87Sj.
LISTE
DONS FAITS AU MUSÉE DE TROYES
AVEC LES NOMS DES DONATEURS
Pendant l'année 1872 (0
-»«-
Article S& du règlement de la Société Académique de
l'Aube :
c Cbacan des Membres de la Société doll eontrlbaer* autaal
• qu'il esl en iiii, ft i'aiigmentalioo da Musée.
• Les dons faits ft la Société par ses Membres, ou par des per-
f sonnes étrangères, soni Inscrits sur un registre spécial, el
f publiés en outre dans les Joomaui de Troyes el dans rAiavAiaa
f du Département, avec les noms des donateurs. •
DouuoT, principal du collège, à CMlillon-sur- Seine : — Une collec-
tion d'objets de l'époque antéhistorique, comprenant des
fi-agments d'os de renne, vingt-deux silex tailMs et divers
débris de Tindustrie humaine, extraits des grottes de la
Durdogne.
Lapatre (Eugf^ne). élève scilpteur, à Boulages : — Un petit buste
en plaire représentant un soldat prussien; — un autre petit
buste en plâtre représentant un marin.
Baltbt (Charles], pépiniériste, à Troyes : — Cinq épreuves typogra-
phiques des bons municipaux créés par la ville de Troyes
pendant la guerre de 1870; — un bon municipal de
cinq francs de la commune de Villeneuve - l'Arche-
vêque.
(i) Pour les publications précédentes, voir les Hémoires de la
Société des années 1849 à 1871.
302 LISTE DES DONS FAITS AU MUSil DE TROTIS.
Anonyme, par l'entremise de M. Jules Rat : — Une petite siatoetle
ancienne en plomb, représentant saint Roch.
Chautriot, négociant, à Troyes : — Deux petites images ddoosa,
découpées et collées sur des feuilles d arbres.
GitBERT-CouDBR, propriétaire, à Troyes : — Une coquille bssàt
trouvée près de Chaumoot.
Cbbrtier ^, docteur en médecine, à Nogent-sur-Seine : — Dn
échantillons d'une espèce de poisson prise dans b Saae,
le Nase (Chondrostoma Naius).
Gerbe j)f^, membre correspondant de la Société Académique de l'Aih.
à Paris : — Des oiseaux de France, une hirondelle de aer,
un macareux, un ganga cata, un guillemet; — des poisMS
des côtes de l'Océan ; — une suite de crustacés parais
des côtes du Finistère; -^ ua bon nombre d'irachnidei et
d'insectes récoltés dans le Var; — des animaux rajeoah,
recueillis à Concameau.
Simon (Eugène), membre de la Société Ea^emologique, à Paris : —
Un oiseau mante de Maticca ; — des orusiaoés reoucSsa
Corse; -^ quatre^ngts annélides marins de Piorto-Veedii
(Corse) ; — six reptiles de Corse ; — quelques moUosqoes
terrestres et marins ; — des insectes de divers ordres ; —
une collection de formicides de Corse ; — un grand noahe
d'espèces d'arachnides, déterminées et classées, eonservéa
dans Talcool; — des nids et des travaux d'insectes; —
une espèce fort rare dé scorpion; ^ des orthoptères di
Guatemala.
Huot (Gustave) ^ , propriétaire, à Saint-Julien : — Un fer de jiie-
lot antique, trouvé dans les grèves de la Seine ; ^ desx
espèces d'helminthes : le cœnure du cerveau des moatoMct
une autre espèce des poumons de la vache.
Fairmaire, naturaliste, à Paris : — Un oiseau échassier» le eontat-
tant en plumage de noces.
Lbscotbr, membre correspondant de la Société Académiqve de
l'Aube, à Saint-Dizior : — Deux très-jeunes héroos pis
dans le nid et recouverts de duvet ; — deux chouettes ha-
lottes, aussi recouvertes de duvet.
Mbnvellb, pharmacien, à ChâtiUoo-sur-Seine : — Des coqiûUes fa-
siles du terrain jurassique de Chitilloo.
LI8TB 0ES BONS FAITS AU MUSifi DE TBOVBS^. 303
Lb Musiuii d'histoire naturelle» à Paris : -- Vingt-et-une espèces
de mammifères indigènes et exotiques.
Meunier, régisseur de l'usine de Plaines, à Plaines t — Un grand
' polypier fossile, trouvé dans le gravier de la Seine«
Thévenot (Arsène), négociant, à Troyes : — Un sceau en cuivre de
la baronnie de Dampiorre, provenant de Tancienne justice
féodale de Lbuître, portant les armes de la famille Picot de
Dampierre ; — Quatorze pièces de monnaies, romaines et
françaises, en cuivre et en argent.
HiGNOT, ancien boulanger, à Troyes : — Un petit eanon et un ancien
fusil, trouvés dans les fouilles d'une maison.
Brotel, propriétaire, à Autricourt : — Un jeton en cuivre de
Louis XIII.
Tenaolon, horloger, à Dottleveiii'le*Château : — Une clef en bronze,
trouvée à Doùletent.
Martel, professeur d'allemand, à Troyes : — Une petite statuette en
bron2e, trouvée dans le canal des Pharaons.
MoREL , propriétaire et maire, à Baroville : — Deux pièces de mon-
naies gauloises, en argent, trouvées à la Villeneuve-aa-Roi
(Haute-Marne).
KnfNB, propriétaire, à Troyes : — Des œufs de colin de Califorme,
pondus en domesticité ; — une poule de Lille dite de Nan-
gazaki.
Prou, artiste peintre, à troyes : — Des fragments de vases antiques,
en verre, découverts dans la rue des Cinq-Cheminées ; — un
petit ornement en bronze, indéterminé.
BouRDiER, soldat, en garnison à Troyes : — Un jeton en cuivre,
représentsmt un guerrier, avec cette légende : Aui Cœsar^
aut nihil,
DEseiSBY, propriétaire, à Saint-Parres-lès-Tertres : -^ Trois «neiens
fers de chevaux; — un éclat d'obus; -* une amulette russe,
en cuivre, découverte sur le territoire de Sainl-Parres; —
une ammonite et cinq coquilles fossiles de la craie; — une
branche de frône fasciée.
La Direction des Beaux-Arts, ï Paris : — Une gravure représentant
la prise de la Siiaala, d'après le tableau d'Horace Vernet;
304 L18TB DIS DORS FAITS AU MUSÉE DE TROTBS.
— quinze tableaux provenaol du dépôt des moaéei 4b
Louvre :
1*. Antoine Dieu : Départ de Jaeob.
2*. P. Hignard : Le grand Dauphin (copie d aprèi).
3*. Pietro de Cortone : Défaite de Dariut (capt
d*après).
A: Paul Delaroche : Joa$ trouvé par JoiobeA.
5®. Van Loo (Louis-Michel) : Leduc de PrasUM((i9fê
d'après).
6*. Brune (Adolphe) : Caîn tuant ion frère Ahel.
1: Ecole d'Italie : Paytage,
8*. Paillot de Montabert : Diane et Enipnûm.
9*. Tiepolo : Dn $aint en prièree.
10^. P. Mignard : Sainte martyre.
M^. P. Mignard : Portrait d'homme.
12*. Attribué à Rachel Ruysch : Pleurs.
iZ: Ecole d'Italie : xn« siècle : DanU et Béatriee.
14*. Ecole d'Italie, xvu* siècle : Paysage.
15*. Van Loo (Charles-Amédée- Philippe) : Aurm i
Céphale.
L'abbé Laour. curé, à Pont Sainte-Marie : — Six fragments de ev-
reaux en terre émaillée, portant des traces de légendes, (h
XVI* siècle.
H** GouARO, propriétaire, à Troyes : — Deux meules de morii
gallo-romain en granit, découvertes sur l'emplacemeot de
l'ancien prieuré de Saint-Quentin de Ti-oyes.
Blerzy, inspecteur des lignes télégrafihiques, à Troyes : — Deux piècei
de monnaies et un billet (faux) de 500 francs, des EtiH-
Unis d'Amérique.
HOPPKNOT (Auguste), filateur, à Troyes : — Le moulage en pMt
d'un antétixe en terre cuite représentant un masque k
thédtre antique, trouvé dans sa propriété de la place de b
Tour.
Droubt (Henri), sous-préfet, à Joigny : — Une série d'échandbii
de bois fossiles, provenant de la forêt enfouie daoslettf*
rain tertiaire de Dixmont (Yonne).
USTB DBS DORS FAITS AU MUSÉE DE TBOTBS. 305
Nbtbu (Arsënf), receveur-buraliste, à Chesley : — Une, pièce de
monnaie ancienne, en argent, trouvée à Chesley.
GuiLLiER, membre de la Société Académique de TAube, au Havre :
— Une belle suite de coquilles marines de diverses prove-
nances ; — dix espèces de cirriftèdes ; — diverses espèces
d'animaux rayonnes ; -- une carapace de tortue exotique;
— des objets de toilette et d'industrie de Chine et d'autres
pays; — des objets usuels français du moyen âge et de
Tépoque moderne, parmi lesquels une bonbonnière peinte
sur émail avec garniture en argent, une botte en ivoire
sculpté, un ancien briquet de poche, è silex, de facture ita-
lienne, un couteau de poche du siècle dernier; — douze
médailles modernes.
L*abbé Cbaumonnot. professeur au Petit-Séminaire, à Troyes : —
Un objet antique, en bronze, à trois branches, d'un usage
inconnu, découvert à Troyes, dans les remblais de l'ancien
chemin de fer ; — un morceau de sculpture en marbre,
provenant de Laines-aux-Bois.
Laperouse (Gustave) 2)f(^, propriétaire, à Troyes : —Un grand bronze
portant d'un côté l'effigie d' Antonio, et de l'autre celle
de Marc-Aurèle, trouvé dans les fouilles du grand hospice,
à Troyes,
BuxTORF (Emanuel), ingénieur-mécanicien, è Troyes : — Des échan-
tillons de scoiies et de cendres de la dernière éruption du
Vésuve (mai 187:2).
Maréchaux, maire, I Créney : — Un fragment de vase en terre
rouge, dite de Samos, trouvé à Créney.
Bretagne, entrepreneur, à Troyes : — Une def ancienne, en fer,
trouvée à Messon.
Le comte Franck de Mesgrignt, propriétaire, au château de Ville-
bertin-Moussey : — Un tableau h l'huile représentant une
vue des gorges de l'Allier (Haute-Loire), exposé en 1872,
sous le n* 10i95.
DouiNE (Ernest), manufacturier, à Troyes : — Une petite cuillère an-
cienne, en bronze, et une petite clef en bronze, trouvées près
de l'usine des Moulins -Brûlés.
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306 LISTE DES DONS FAITS AU MUSÉE DE TEOTES.
Blasson, concierge, à Troyes : — Six monnaies françaises en Mho,
une nlionnaie allemande, un jeton.
Ddmont, élève du Séminaire, à Troyes : — Un peii( vase de l'époque
gallo-iomaine, en terre rougeâtre; — une clef ancienne ea
fer, trouvés dans des fouilles de h rue Saint- Aventio, ï
Troyes.
BouncuiGNAT (Léopold), propriétaire, à Troyes : — Un double Uwr-
nois, à l'effigie du roi Henri III, daté de 1587; — n
double tournois, à l'effigie de Bourbon, prince de Coodé; —
une clef ancienne, en fer, trouvée à Chaource; — un olie
d oiseau, préparé.
La Commission des Hospices, à Troyes : — Un petit pavé d'une forae
particulière; — quatre carreaux émaillés, du xvi« siède;^
un fût de colonne en pierre; — divers débris de |ibfem
gallo romaines ; — six grands bronzes et un petit broue
romain ; — un jeton en cuivre; — une pierre sculptée figa-
ralit un ange soutenant un écusson ; -7- une pierre sculptée
portant les armes dé Jehan Pineau, chanoine de la cathé-
drale en 1620; — six pieds de vases en verre datant de
l'époque gallo-romaine; — l'encadrement en pierre sculp^
d'une fenêtre de la Renaissance, de la fip du x\f siècle,
avec la grille en fer et les volets en bois sculpté. Le
tout provenant de travaux effectués au grand hospice de
Troyes.
JoFFnbv, propriétaire, ^ Chaource : — Une coquille fossile do genre
o$treay trouvée à la Chapelle*d'Oze.
HEniÉ (Gustave), propriétaire, à Troyes : — Un jelon en cuivre di
Louis XIII et d'Anne d'Autriche; — un autre jeton à l'efi-
gie de Louis XIV; — un échantillon de minéralogie.
PiARDON, entrepreneur de déménagements, à Troyes : — Un étrier,
un mors et un fer de cheval d'une époque ancienne.
CAitt\Ë (Elie), propriétaire, à fttachy : — Un œuf de poule apnt ose
forme anormale.
QuiNQUARLET (Félix), manufacturier, à Troyes : — Un oiseau paliu-
pède (le grèbe oreillard) ; — trois espèces de possons de h
Manche; — trois espèces de mollusques mous conserfâ
dans l'alcool; — qiiati*e espèces d'annélides marins; —
LISTE DES DONS FAITS AU MUSÉE DE TR0TB8. 307
quatorze espèces d'échinodennes, méduses et autres rayon-
nés; — douze espèces de crustacés marins et d'eau douce ;
— un grand nombre d'arachnides el d'autres insectes de
divers ordres; — quelques oursins fossiles.
Valtat père, scu1ptt>ur, à Paris; — Les moulages en plâtre d'un bas-
relief de Phidias, le grand sculpteur de la Grèce, représen-
tant une bataille; — un moulage du Christ en bronze de
Girardon.
•
G0U88IER, jardinier, à Troyes : — Deux médailles en bronze, trouvées
à la Vacherie.
Mathieu, propriétaire, à Troyes : — Une loupe de prunelier; — un
nid de frelon.
Dblarocbette (Emile), propriétaire, à Troyes: — Une ammonite pro-
venant de la carrière de Créney.
Remono-Mabin, cultivateur, i Villiers-Piney : — Un fer de cheval
ancien; — une pièce en argent de Louis XIV; — six mon-
naies en bronze de Henri III.
Latruffe (Hilaire), cultivateur, I Bergères : — Une coquille fossile
trouvée à Bergères.
Huguier, pharmacien, à Troyes : — Une stalactite provenant d'une
grotte des Eaux-Bonnes (Basses-Pyrénées) ; — un échan-
tillon d'ardoises pot tant des cristaux, provenant également
des Basses-Pyrénees.
PiANAZZi, plâtrier, à Troyes : — Un échantillon de nickel de la vallée
de la Scsia, et trois échantillons de locbes du nord de
l'Italie.
Argence 0. ^ , avocat, à Troyes : — Une pyrite de fer d'une forme
curieuse, provenant de la craie d'Âilibaudières.
Bralê (Louis), employé chez M. Journé, I Troyes : — Une hache
polie en pieiTO de serpentine, trouvée près du Pont-Hubn t,
par M. Meunier; — une médaille et une muunaied'Henri IV.
Lasne (Armand), bonnetier, à Troyes : — Un camau en terre
émaillée, aux armes de la famille de Vienne, de Gérodot.
Chanoine (Anatole), propriétaire, à Gérodot : — Un égagropile pro-
venant de l'ebtomac d'une vache.
308 USTB DBS DORS FAITS AD MQSÉB DB TROTBS.
Db ViLLEMEREinL (Arlhur) 0. ^. capitaine de frt^te, à Cberbow;:
— Onze oiseaux exotiques, paimi lesquels on remarqi»
trois espèces d'albatros, de l'Océan-lndien et de l'Ooéis-
Pacifique, remarquables par leur taille, un fou de FOcéafi-
Atlantique, cinq oiseaux delà Nouvelle-Calédonie :~Deta
cidnes d'albatios; — un poisson de mer, préparé.
Pour copie conjorme au regisire éestimé à imam
les Dons faits am Musée de TYofes.
Troyci, !• 14 dëoembre 187S.
Jules RAY,
L'uo dtt
MERCURIALES
DU DEPARTEMENT DE L'AUBE
Pendant Tannée 1871
La Société Académique de l'Aube publie, tons les ans, depuis rannée 1838»
les Mercuriales du département de l*Aube, dressées par M. le Préfet, eonfor-
mémeot aux circulaires miaistérielles du 21 octobre 182 i, et du 5 mai 1859.
Pour les Mercuriales de l'année 1818, qui D*ont pas paru dans le Tolume de
cette année-là, elles ont été imprimées séparément sur des feuillets qui doiTont
être ajoutés à la fin du Tolume de 1818. — Les personnes qui désirent se pro-
eorer ces Mercuriales, penrent les demander k TArchiviste de la Société.
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SOMMAIRE
SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ PENDANT L'ANNÉE 1872
Séance du 49 Janvier 4872.
Présidciice de M. BOUTIOT.
Lecture du procès-verbal de la séance réglementaire du 29
décembre 4874. — Discours de M. Boutiot, président annuel.
— Découverte h Méry-sur-Seine d'un pot de terre revêtu d'un
émail bleu et fermé par une simple brique, contenant 3,000
médailles romaines du troisième siècle, de 237 à 270, trës-oxi-
dées, et pour la plupart de mince valeur, communiquée par
M. Hariot, pharmacien à iMéry-sur-Seine, membre associé. —
Dons faits au Musée. — Dons faits à la bibliothèque de la So-
ciété. — Mort de M. de Noël de Bùchères, membre associé» et
de M. de Laquerrière, membre correspondant. -^ Invitation aux
sections de dresser un programme de prix. — Observations
thermométri {ues, par M. Meugy, membre résidant. — Etudes
sur la Coutume de Troyes, par M. Boutiot, président. — Nomi-
nation de M. Paul Rousselot, ancien professeur de Philosophie
au Lycée de Troyes, actuellement inspecteur d'Académie, à
Besançon, comme membre correspondant. — Proposition de
M. Gréau et de M. Vignes, membres résidants, ayant pour but
d'augmenter le nombre des membres de la Société Académique
de l'Aube. — Renvoi de la proposition à l'examen d'une Com-
mission. — Scrutin renvoyant à la Commission de publication :
io le mémoire de M. Meugy, Sur 1rs températures observées à
trot/es y en 4870; et de l'étude de M. Boutiot, sur la Coutume
de Troyes.
320 SOniAllB DBS 8&ARCB8 DB LA SOCftli
Séance du 46 Février i87i.
Préaideoce de M. BOUTIOT.
Lecture du procèf-verbal de la séance précédente. — N.Piid
Rousselot remercie la Socîélé qui Ta oommé membre cornu-
ponclant. — Dons faits au Musée. — M. Charles Ballet, mnsàn
résidant, oflre à la Société : 4* une épreuve des bons créés par
la ville pendant la guerre de 4870-4874 (bons de 4 franc, àt%
de ?, de 40, de 20 et de 50 francs); 2'» un bon de 5 francs de h
commune de Villencuve-rArcbevéque (Yonne). — Dons Msà
la bibliothèque de la Société. -» A propos de l'aurore borrak
du 4 février, M. Blerzy^ membre résidant, rappelle en qad.oci
mots la théorie de M. Larive sur les aurores boréales. — M. k
docteur Vauthier, membre résidant, est nommé cbe\alierdeli
Légion-d'Honneur. — Rapport sur la linguistlqoe indo-eoro-
péenne, par M. d'Arbois de Jubainville, membre résidant —
Rapport de M. Boùtiot, président, sur un Règlement depolict
à Bar-sur 'Seine ^ publié dans l'Annuaire de Bar^sur-Seime^ ptf
M. Tabbé Garnler, membre associé.
Séance du 45 Mars 4872.
Prëtidcoce de M. BOUTIOT.
Lecture du procès-verbal de la dernière séance. — Annonce de
la réunion des déli^gués des Sociétés savantes des départements i
la Sorbonne pour le 4^ avril suivant. — Avis de l'ouverture de
rtxposilion de Lyon. — Dons faits au Musée. — Dons fiùts à la
bibliothèque particulière de la Société. -» Annonce de la réaoiea
du Congrèt scientifique de France^ à Saint Brleuc. — Rapportsar
la proposition Gréau et Vignes , relative à l'augmentatioo des
membres de la Société, par M. Le Brun-Dalbanne — Demande
d'une séance spéciale pour eiaminer la proposition. — La séance
suivante est désignée. — Rapport de M. Assollant, membre rési-
dant, sur le livre de M. Mannequin, membre correspondant, ia-
titulé : Le problème démocratique^ ou la politique du sens corn-
mnn. — Compte-rendu par M. Charles DesGuerrois, inembif
résidant, de deux volumes du Bulletin de la Société delphtwde,
dans lesquels il note des articles, l'un sur Lamartine, et l'antre sar
PBHBANT l'année 1872. 321
Clotilde de Survflle. — Rapport de M. le docteur Yauthfer, sur
une brochure du docteur Jules Chéron, traitant de l'utilité des
courants continus dans rinflammation , rengorgenient et l'hy-
pertrophie de la prostate. — Autre rapport du nrjême M. Vau-
tbit'r sur un article du docteur Michel, intitulé : Observation$
relatives à l'étude sur la truffe. — Rapport de M. d'ArLois de
Jubainville, membre résidant, sur un peintre de Savoie, nommé
Joseph Chabord, élève de Regnault, auteur d'une Transfigura^
tiatif commandée par le ministre de l'Intérieur po»r la cathé-
drale de Troyes (toile de 4m 70 de haut sur 3°* 85 de large), vers
1830, et enioyée parle roi Louis-Philippe.— Travail de M. l'abbé
Lalore, professeur de théologie au Grand-Séminaire de Troyrs,
flur les Riceys, intitulé : lieciacus. — Renvoi è la Commission
de publication des rapports de MM. Assollant, Des Guerrois, et
du travail de H. l'abbé Lalore.
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Séance spéciale du 49 Avril i87%
Présidenoe de M. BOUTIOT.
Lecture du procès-verbal de la dernière si^ance. — Eiamen
de la proposition Vignes et Gréau pour morlitlcations au règle-
ment — Second rappo t de M. Le Trun Dali annesnr cette pro-
position. — Discussion cénérale de la question. — Ohservations
de M. Charles Des Guerrois sur ce sujit. — Rejet de la proposi-
tioot Vignes et Gréau.
Séance ordinaire du 19 Avril 4873.
Présidence de M. LE PRtFET DE L'AUBE.
Allocution de M. Cambon, préfet de l'Aube, assistant pour
la première fois à une séance de la Société, comme Pré.^^ident
d'honneur. — Annonce d'un envoi en province de plusieurs
tableaux du Louvre mis en dépôt. — Renouvellement des
membres de la Commission de surveillance du musée de Troyes.
— Demande, par M. le Maire, de deux tableaux pour son cabi-
net, en remplacement des deux qui avaient été prêtés par la
ville, lors de l'exposition de 48C0, à Troyes, et qui ont été
T. XlXfl, 21
314 HKRCURULES DO DÈPIRTEIIEIIT DE L'iSK.
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^niDÀlfT t*AHlfftB 1871. ^25
CofDnet sar un vase étrusque découvert en BeT^tpie , et identi-
quement semblable à celui de Pouan, dont il a fait don au Mu*
sée de Troyes. — Communication verbale de M. Araédée Gayot
sur les cavernes de Vertus (Marne). — Découvertes faites dans
les déblais du chemin de fer d'Orléans à Gh&lons, si^rnalées par
M. Blerzy. — Proposition de demander à M. Bouteiller, ingé-
nieur en chef de la Compagnie, les objets trouvés dans la cir-
conscription de l'Aube.
Séance du 15 Novembre é87i.
Préstâence de M. BODTIOT.
Lecture du procès-verbal de la dernière séance — Promesse
^VLT M. Slrodot, doyen de la Faculté des Sciences de Rennes,
d'envoyer Tannée prochaine, au Musée de Troyes, des objets
nritéhistoriques, recueillis par lui au Mont-Dol (lUe-et-Vilatne).
— Transport dans la cour du Musée d'une fenfttre en pierre de
l'époque de la Renaissance, qui se trouvait dans le mur de VH(^
tel'Dieu, sur la rue Boucherai, donnée par la Commission des
Hospices de Troyes. — Dons faits au Musée de Troyes. — DépOt
sar le bureau du Diciionnaire topographique du département
de la Meuse. — Découverte de plusieurs petits caveaux d'une
destination inconnue, à la suite des fouilles faites pour les ré-
centes constructions de l'Hôtel-Dieu. — Lecture par M. Le Brun-
Dalbanne d'un nr>émaire composé par lui sur les tableaux du
Louvre récemment altribués au Musée de Troyes. — Don par
M. Valtat père au Musée de sculpture, du groupe Faune et
Dry^de^ exécuté par son malheureux fils, mort pendant la
guerre de 1870-4871. — Don par le même M. Valtat de l'unique
moulage eiistant du be&ulîhri^ de Uirardon, appartenant à l'é-
glise Saint-Remi. — Lecture par M. Charles Des Guerrois de
plusieurs petits poèmes ^ sA composition, intitulés : Pofsies
patriotiques. —Compte-rendu par M. Blerzy de lu souscription
pour le voyage de Gustave Lambert au Pôle nord , et annonce
d'une réunion des membres du Comité pour donner aux fonds
recueillis une destination en rapport avec le but primitif de la
souscription. — Note généalogique sut* la maison de Vaudrey
de Saint-Phal, trouvée dans un livre d'Heures ayant appartenu
ftlafamHle, et communiquée par M. d'Arbois de Jubainville.
326 SOVMAflB DBS SÉANCES DB LA SOCIÉTÉ
— Détails dODné^ par M. Quilliard sur la nouvelle carte da dé-
partement de TAube en projet d'exécution et édifiée par le Coa-
seil général. — Renvoi à la Commission de publication des
Poésies de M. Charles Des Guerrois,
Séance du iO Décembre i872.
Piéddenoe de M. BOUTIOT.
Lecture du procès-verbal de la dernière séance. — Dons foiis
au Musée de Troyes. — Dons à la bibliothèque particulière de
la Société. — Hommage d'un manuscrit ayant pour titre : Mé-
moire sur la Topographie médicale de Iropes^ par M Picaid,
docteur-médecin à Troyes, hommage fait à la Société AcaHé-
mique par M. le docteur Chéreau, natif de Itar-sur-Seim», et
résidant à Paris. — Renvoi de ce travail à M. le di>cteur Vao-
thier pour en rendre compte à une prochaine séance. — Mo-
tion honorifique acconlée à M. Thévenot, membre associé, imt
sa Slalistiqup agricole du canton de Ram^rvpt^ par l'Acadéinii
des Sciences de Paris. — Envoi, par M. Charles Fichot, membre
correspondant, 4o d'nne reproduction photographique du calqm
de la verrière représentant le sacre de Louis-le-B^gue, placé
dans un ancien vitrail de Téglise Saint- Jean de Troyes; 2* d'une
description détaillée de l'antienne verrière. — Subvention de
200 francs accordée par la Société au Concours d'animaux gras,
sur la demande (le M. Dosseur, — Lecture par le même H. Bos-
seur d'un travail intitulé : les laboureurs au XIX^ sièeU.
Séance réglementaire du i7 Décembre i87i.
Préaidenoe de M. BOUTIOT.
Lecture du procès-verbal de la dernière séance. — Composi-
tion du bureau de la Société. — M. Le Brun-Dalbanne nonmé
vice-président pour l'année 4873 — Renouvellement des bu-
reaux des quatre sections pour 4873. — Nomination d^^s mea-
bres de la Commission de publication pour 4873 : MM. Gusta^
Huot, Vauthler» Vaudé et Jully. — Apurement et approbatkia
PENDANT l'àNNÊB iSTS. 327
des comptes de M. Emile Socard, trésorier, pour l'apnée 4872.
— Fîiation du budget pour 4873. — Invitation aui sections de
réviser le plus promptement possible le programme des Con-
cours. — Allocution de M. Boutiot quittant le fauteuil de la pré-
sidence.
Pour txtnit conlbniie
Le Trésorier de la Société faisant fonctions
de Secrétaire,
Imilb Socaed.
TABLE DES MATIÈRES
OONTENUES
Dans le Tome XXXVI* de la collection des Mémoires
de la Société Académique de l'Aube.
ANNÉE 1873.
Pages.
Recherches sur la Juridiction du roi, sur celle de l'évêque
dans le bailliage de Troyes, et sur les Coutumes de ce
bailliage, — par M. Théophile Boutiot, vice- président. . . 6
Les Tableaux des inconnus au Musée de Troyes, — par
M. Le Brun-Dalbanne, membre résidant 87
Le Problème démocratique, ou la Politique du sens commun,
par Tb. Mannequin, Bruxelles, 1870, — par M. Assol-
LANT, membre résidant IH
Reciacus, Les Riceys (Aube), suivi d'un éclaircissement géo-
graphique sur PauHactts (Côte-d'Or), — par M. Tabbé
Charles Lalore, professeur de théologie au Grand-Sémi-
naire de Troyes 125
Du projet d'une Réforme de l'enseignement, par M. Bau-
drimont, — par M. Assollant, membre résidant 199
Météorologie. — Sur les Températures observées à Troyes
en 1871 , — par M. Alphonse Meugt, membre résidant ... 21 1
Eschyle, Xénophon et Virgile, éludes philosophiques et litté-
raires, par M. Courdaveaux, — par M. Assollant, mem-
bre résidant 219
M. Charles Delaunay, membre de l'Institut. — Notice né-
crologique, — par M. Emile Sogard. membre résidant. . 233
Etude sur Clotilde de Surville, — par M. Charles Des Guer-
Rois, membre résidant 243
T. IIXTI. ^
330 TABLB.
Souvenirs et Impressions — 1870-1871 — par îe D' Arsène
Vauthier, membre résidant ffi
Le Cheval, esquisse de son histoire, — par M. Le Bboic-
Dalbanne, membFe résidant « i85
Poèmes de l'invasion, — par M. Charles Des Gusbrois,
membre résidant 291
Liste des dons faits au Musée de Troyes, avec les noms des
donateur^, pendant Tannée I87i 301
Mercuriales du département de l'Aube pendant Tannée 1871 . 309
Quantités de grains vendus, et prix moyen par quin-
zaine 3i041î
Comestibles divers, fourrages et combustibles îU
. Etat des récoltes en grains et autres farineux, faites en
1871, dans le département de TAube 316
Sommaire des séances de la Société pendant Tannée 1873,
— par M. Emile Sogard, trésorier de la Société 319
Table des matières du tome trente-sixième des Mémoires de
la Société 39
AVIS AU RELIEUR
Pour le placement des Planches dans le 36* volume des Mémoires
de la Société Académique de TAube.
Pftges.
Températures observées àTroyes, en 1871, — par M. Meugy,
— planches 1 à 9 218
Delaunay de l'Institut, — par M. Royer, d'après une photo-
graphie de Reutlinger 233
Gaillaorne Pavée, baron de Yendenvre, — gravé par M. Re-
gnault,
à placer dans le 38« volume, année 1871 207
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1874
SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE
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SOCIÉTÉ ACADÉMIQUE
D'AGRICULTURE
DES SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES
DU DÉPtRTEIEIT DE L'kUlE
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TOHB X. — TROISIÈME SÉRIE
ANNÉE
1873
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L'ABBAYE DE MORES
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M. L*ABBË CHARLES LALORE
ProliBsseiir de Théologie au Grand-Séminaire de Troyea.
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INTRODUCTION
§1"-
Les Cihartes de Tabbaye de Mores.
Les dMirtes originales de l'abbaye de Mores sont perdnet.
A Tépoque où fut ordonné le transport des archives bm«
nastiques au che{*lîeu de département, les chartes de Mores
ont été soustraites et ne sont pas arrivées jusqu'à Troyes.
Mais providentiellement, au xvn* siècle, le P. Vignier avait
tiré une copie de la plupart de ces chartes; recueil préeieui
qui se trouve à la Bibliothèque nationale, fonds français^
manuscrit 5995« Nous publions ces pièces au nonlire de
cent trente-neuf (1). La plus ancienne est la charte-notice
de fondation de Tan 1 1 52 ; quarante-cinq pièces {^ppar-
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(1) Dana oa nombre figurent f{aelq«ts i^àftes queaeaaaioiM i^oii*-
tées pour «ompléter le recueil du P. Vignier.
6 CHARTES DE l' ABBAYE DE MORES.
tiennent à la seconde moitié du xii^ siècle ; quatre-Tingt-^x
au xiii^ jusqu'à Tan 1279; deux au xiv* siècle ; enfin nota
donnons l'indication de quelques autres documents.
Ainsi nous restituerons en partie les archives de Tabbaye
de Mores ; nous comblerons une lacune importante dans les
documents monastiques des Archives de l'Aube ; et doqs
ouvrirons à Thistoire une source de rcnseignemeats authen-
tiques.
§n.
Emplacement de l'abbaye de Mores.
L'abbaye de Mores fut connue primitivement sous k
nom de Domm de Moris^ — de Mooris^ — Morarum,
— More, — Mor. Il est facile de comprendre rorigine de
ce nom : Mor a, — Morus^ — Fons morosus^ en latin;
Moore en anglais ; Moor en allemand ; Moer en flamand,
signifient en français marais, lieu marécageux (1). Le mm
de Mores s'imposait donc comme naturellement à cette ab-
baye, qui était construite près des fontaines et du marais où
la More prend sa source; les trois têtes de Maures qui
forment les armes de Tabbaye ne sont donc qu'un jen
de mots (2); et il n'y a qu'une interprétation mysliqœ
dans rinscription qu'on lisait au-dessus de la porte du cha-
pitre : a Hic locus est morum. » On voit encore entre
Celles et Landreville, sur la route, deux maisons qui ont
conservé le nom de Mores : ce soût les restes de notre
abbaye.
(1) Cfr. DncANQE. Glossar, v* Mora, — Eist angl, script., t H.
Glosa, Londres, 1652, — et notre charte n» 47, de pratis, terris et
moiîs.
(2) On trouve en France, au moyen-âge, les armoiries parlantes,
et dès le xvi' siècle les jeux de mots dans les enseignes : TaUtaye de
Pontigny avait un pont dans son blason; l'abbaye de Gorbie, un cor-
deau...
CHARTES DE l' ABBAYE DE MORES. 7
Rouget écrivait en 1772 : « Le monastère de Mores est
situé dans un vallon riant et agréable qui produit de bons
grains ; les coteaux garnis de vignes offrent un aspect gra-
cieux. Les deux villages de Mores et des G ranges- de-Mores
(à ce dernier se rattachaient les Granges de Presle et du
Fragne) forment une communauté de la recette de Bar-sur-
Seine. La justice appartient à Tabbaye et ressortit au bail-
liage de Bar. En tout onze feux, sur TOurce. »
Au commencement du xii" siècle, Mores était une petite
paroisse, avec une église paroissiale dépendant des cha-
noines de Saint-Denis de Reims (1). Près de Mores se trou-
vait la paroisse de Vilenesse (détruite maintenant), avec une
église paroissiale qui, dès l'an iiOl et en 1145, apparte-
nait à Tabbaye de Molême (2) ; à Test existait Landreville,
annexe de la paroisse de Loches (Geoffroi, évéque de
Langres, étant à Clairvaux, donna Loches et Landreville à
Tabbaye de Montiéramey (3), sur la demande faite par
saint Bernard); à Touest de Mores était le village de Celles
{Sela^ Seles)^ annexé à la paroisse de Merrey [Mairiacus^
Jtferriacns) : dès Fan 1101 , Celles et Merrey dépendaient de
l'abbaye de Moléme, conmie il ressort d'une charte de Robert,
évéque de Langres (4) ; un pont sur TOurce mettait l'an-
(i) Chartes de Mores, no i,
(2) Villa-nissa, Ven^losa, Velonissa, Yilenessa, Velenessa (Archiv.
Côte-d'Or, charte de Tévéque Robert en 1101, origin. Moléme;
Gallia Christ, t. IV, Instr. col. 150. — Bulle d'Eugène III, xini
kalend. decemb. 1145, origin. Molême^ carton 17.) — On a retrouvé
des substructions de ce village au nord de l'abbaye de Mores sur le
versant de la colline et dans le vaUon qui, maintenant, sont plantés
de vignes.
(3) Archiv. Aube. Origin, Montiéramey et Cartul. Montiéramey,
fol. 83 ro.
(4) Archiv. Côte-d'Or. Origin. Moléme, — Nous croyons que le
manuscrit dont nous nous sommes servi pour les Anciens Pouillés,
p. 60, n. 130, était fautif. Celles n'a pu être succursale de Polisot
que momentanément.
8 CHAftTIS DB l'aBBATS DB IfOBBB.
Bexe et l'église mère en commuoicatioQ. Uiloii, eoaite de
BaT'-sur-Seine, Hélissende, sa femme, et Gaudier, kor
fils, affranchirent en 1210 les religieux de Molêoie de tiHit
drmt de péage au pont de TOurce et sur le chemin, le jonr
de la foire de Merrey (1).
An commencement du xii* siècle, Robert, seigneur it
Ricey, tenait en fief d'Anséric de Chacenay la quatrième
part de la lerre de Mores ; vers Tan 1 1 1 0, du coBBentemenl
d'Apféric, il U donna à Tabbaye de Slolême, ainsi ^'un
mansm à Yilenesse (2). Plus tard, l'abbaye de Molè-ne ce*
dera à celle de Mores tout ce qu'elle possédait sur le teni-
toire de Mores*
L'abbaye de Itères était de TOrdre de Giteao^ et de U
filiation de Clairvaux, Elle faisait partie du diocèse de
L^gres, de Tarchidiaconé du Laçois, et du doyenné de
9ar-^ur^ine (3).
§111.
Pondat^on de l'abbaye de Mores*
(l'ioitiatiye de la fondation de Tabbaye de Mores est due
à saint Bernard, Il choisit pour la nouyelle colonie qu'il
voulait détacher de Clairvaux la vallée tranquille de l'Ouroe ;
dans ces parages, assez loin de toute autre abbaye, mie fii-
mille monastique pouvait vivre et se développer libr^nent.
(i) ArchiY. G6te-d'0r. Origin. Molëme.
Çl) l«c Cartul. MoUme, fol. 54 ro.
^) Dans la seconde moitié du xii« siède, la chef-lieu an dajwd
de Bar-sur Seine fut transporté à Vendeuvre, tandis qu'un autre chef*
Uea de doyenné eràtait à Chfttilion, ou 4 la Chaume, c'est^-dire anx
deux extrémités de Tarchidiaconé du Laçois. — En 1124, Mnnaré
^tait doyen de Bar-sur-Seine, comme il résulte d*une charte ds
Quifues de Briel en faveur de i'ahbaye de BeauUeu, du diocèse de
Tr^ya* (Bibliot. Nation. F. Frimc. 5995, fol. 42 ^)i Mainard portait
le titre d'archiprétre en 1116. (Chr<mic. S. Pétri Vûnu>
CHARTES DE l'aBIATE DE MORES. 0
Des Tan 1151, saint Bernard obtenait des chanoines de
Saint-Denis de Reims, par Tentremise de l'archevêque
Sanson, la petite église paroissiale de Mores, sise près de la
More ; il y installa cette année même des religieux de Clair-
Taux. En même temps, il faisait appel à la charité des
seigneurs de la contrée qui prodiguèrent leurs biens à Tab-
baye naissante. Lorsque notre saint mourut, le 20 août 1 1 53 ,
il put voir sa nouTelle maison assise et prospère ; déjà ses
propriétés s'étendaient dans les vallées de TOurce et de
TArce, du levant au couchant ; entre Vendeuvre-sur-»Barse
et Mussy-sur-Seine, du noi^d au midi. Nous allons analyser
la charte-notice de fondation dont la rédaction paraît se
rapporter à l'an 1 152, elle nous fait connaître et les fonda-
teurs de l'abbaye et ses propriétés primitives :
Anséric de Chacenay, avec l'approbation d'Humbeline,
sa femme, et de Jacques, son fils, donne à l'abbaye tout ce
qu'il possédait au finage de Mores.
Jacques de Chacenay, avec l'approbation d'Agnès, sa
femme, donne sa part dans la Terrefranche de Chervey.
Gui, comte de Bar-sur-Seine, du consentement de ses
enfants, Milon et Guillaume, donne ce qu'il avait au finage
de Mores. Petronille, épouse du comte, confirme cette do-
nation et accorde de plus, à l'abbaye^ la rivière d'Ource sur
le finage de Mores. La même comtesse donne, pour le re-
pos de Tâme de son mari Gui, et de ses enfants Milon et
Guillaume, tout ce qui leur appartenait dans la Terrefranche
de Chervey.
Agnès, comtesse de Bar-sur-Seine, donne, pour le re-
pos de l'âme du comte Milon, son mari, sa part dans la
Terrefranche de Chervey.
Thomas de Bar, avec l'approbation de sa fenmie Uduarde,
de ses enfants Richard, Baudouin, Thomas, Herbert,
Hugues, de sa fille Adeline, et de son frère Herbert-le-Gros,
donne la forêt Bréhard.
10 CHARTES DE l'aBBATB DE HORBS.
Hildier de Vilenesse, avec TapprobatioD de sa femme
Florette, et de son fils Milon, donne tout ce qu'il possédait,
depuis Tabbaye de Mores jusqu'au pont de Celles.
Gui, abbé de Montiéramey, du consentement de son dâ-
pitre, donne par la main de Bernard, abbé de Claimux,
la terre appelée Montmoyen, sur le finage de Qierrey,
aux confins des finages de BertignoUes et d'Eguilly.
Milon de Chervey, avec l'approbation de sa femme
Elisabeth, de sa fille Laurette, et de son frère Eyrard, doime
ses terres de Montmoyen.
Herbert-le-Gros, avec l'approbation de sa femme Aimette,
donne tout ce qu'il possède à Montmoyen.
Mahaut de Chervey, avec l'approbation de ses enCa^
Evrard et Thibaut, donne tout ce qu'elle possède à Hoot-
Moyen.
Glérembaud de Ghappes, avec l'approbation de sa femme
Hermengarde, abandonne tout ce qu'il tenait sur la gnioge
de Montmoyen, et sur le territoire de Ghervey.
Haimon de Briel, avec l'approbation de sa femme
Saracène, et de ses enfants, donne ses prés de LandreviUe.
Arnaud, abbé de Pothières, du consentement de soo
chapitre, donne toute la terre que possédait Fabbaye de
Pothières sur le finage de Mores et au-delà de TOurce, jus-
qu'au pont de Celles.
Hugues de Magnan, avec Tapprobation de sa fenmae
Reine, et de Philippe de Bar, donne sa terre de Montabout
et de Valroux, et ses prés sur Ghervey.
Payen de Juvancourt, avec l'approbation de Thomas,
son fils, donne ce qu'il possédait à Bligny.
Jobert de Verpillières et Etienne Lechat, avec Tappro-
bation de leurs femmes Adehne et Riais, et de leurs e&-
fants, donnent leur bois de Fouchères.
Etienne de Villeneuve et Gui, prévôt de Bar, domient
CHARTES DE l' ABBAYE DE MORES. il
toutes leurs terres m valle Hildieri^ jusqu'au finage de
Landre ville.
Herbert de Vilenesse, avec Tapprobation de ses enfants
Razon et Hugues, et de sa fille Mabaut, donne toute la terre
qu'il possédait au finage de Mores, depuis Landreville jus-
qu'au pont de Celles.
Beuve de Magnan et Gilbert de Chacenay donnent les
prés qu'ils tenaient de Milon de Cbervey.
Hugues de Magnan donne toute la terre qu'il possédait,
depuis la vigne Josepb jusqu'au finage de Celles, à Teicep-
tion des prés.
L'abbé de Molême, du consentement de son chapitre,
abandonne la part de la dîme qu'il revendiquait.
Cette charte nous fait connaître les fondateurs de l'ab-
baye de Mores ; les autres bienfaiteurs et leurs donations
sont désignés dans les chartes suivantes ; endn, Tobiluaire
rappelle principalement le souvenir des bienfaiteurs mo-
dernes.
Les constructions de l'abbaye, suivant Tobituaire (1),
auraient été achevées au mois de septembre 1153, et le
huit de ce mois, jour de la Nativité de la Sainte-Vierge,
aurait eu lieu la bépédiction du monastère, sous le vocable
de la Nativité. 11 est probable que Tancienne église de la
paroisse de Mores servit pendant quelque temps à Tabbaye
naissante. Dans la suite, les religieux construisirent une
vaste et belle église qui répondait mieux aux besoins de la
commimauté. C'est au 19 novembre, d'après le martyrologe
de 1408, que se faisait l'anniversaire de la Dédicace de cette
église (2).
(i) Ch. XI, n. 23.
(2) Gh. vu, n. 8.
12 caiins db l'amatb m mobu.
§IV.
Les granges de Tabbaye de Mores & partir
de sa fondation.
Selon les usages de Citeaux^ toutes les propriétés dont
nous venons de parler plus haut furent bientôt divisées en
plusieurs groupes qui avaient pour centre un établissecneoi
agricole nommé Grange. L'abbaye de Mores avait db
granges dans la première moitié du xiii* siècle.
1 . La Grange de F Abbaye était située près du monas-
tère, au sud-ouest.
2. La Grange de Montmoyen (Monsmedius), dite
plus tard la Grange-au-Bois, sur le finage (|e Qiervey et
sur les confins des finages de BertignoUes et d^Egdliy,
existait dès Tan 1165.
3. La Grange de F Epine (Spina), près de la chapdle
de Sainte-Beline, sur les finages de Loches et de Landre-
viUe, existait en 1182.
4. La Grange de Fragne (Frascina), sur le finage de
Landrevilie, existait en 1182.
5. La Grange de Vilteneiwe-au-Chêne (Grangia de
Ouercu), existait avant l'an 1200 (1) ; en 1210, les reli-
gieux de Mores réunirent à cette grange Tancienne BfaisoiH
Dieu de la Villeneuve qui leur fut vendue par Tabbaje de
Morment (diocèse de Langres); ils possédaient aussi, à li
Villeneuve, le Moulin du Chêne, sis près de la Beccacière.
6. La Grange de Belle/leur (Billeforia, Billefuer), sur
les finages de Longpré, Bligny et Meurville, dépendait , aa
(i) La Charte de commune fut donnée au village de ViUeoeoie-
au-Gh6ne en 4255 , par Jean de Durnay, seigneur de Veodeafre.
(Vallet de ViriyiUe. Archives hi8tor. de l'Aube, p. 302).
GHAftTBS DE L AlBAYB DE MORES. 13
>
moins en partie de Fabbaye de Mores avant 1200 ; les reli-
gieux en achetèrent la jouissance totale en 1210.
7. La Grange du Moulin- GatTiier (Molendinum Gar-
nerii), avec un moulin, fondée en 1205, entre Buxières
et Chervey, lieu dit Entre-les-Deux-Chemins (inter duos
caminos).
8. La Grange de Montchevretnl (Montchevrel), sur le
fijaage des Loges-Margueron, avec un étang et une tuilerie,
existait dès Pan 1206.
7. La Grange de Mores (Grangia de Moris), près du
moulin Huon à Montsuzain (canton d'Arcis-sur-Aube),
existait ayant Tan 1225.
10. I^a Grange de Brué (de Brueriis), sur le finage
de Longpré, existait aussi dans la première moitié du
Xiii* siècle.
11. En 1197, Milon, comte de Bar-sur-Seine, permit
aux religieux de construire un moulin sur TOurce, où plus
tard ils édifièrent un pont et la ferme dite de Mores.
D*autre9 oentres d'exploitation, formés à une époque
ph» moderne, sont désignés plus bas dans les cbartes de
Mores, n*" 139. A l'exception de quelques propriétés épanes
au loin, les biens de Tabbaye étaient concentrés dans les
riches vallons bornés au nord par Yendentre, au midi par
Mussy-^ur-Seme^ à Test par la forôt de Clairraux^ et à
Touest par la Laigne et la Seine.
Dans l'introduction au Cartulaire de Boulancaurt^ nous
avons parlé de la nature des biens des abbayes dstel*-
ciennes et de l'exploitation des granges (f).
(1) Qi. ni.
14 CHARTES DE l' ABBAYE DE MORES.
§v.
La propriété de Mores, du XIY« siècle
ao XVIII*.
Nous ayons rappelé dans le Cartulaire de Boukh
court (l) les causes générales du dépérissement de la pro-
priété foncière dans les abbayes cisterciennes dès la fin du
xui* siècle. Ce furent : Taugroentation de la valeur nomi-
minale des monnaies et la diminution du pouvoir commer-
cial de l'argent ; Texploitation des granges et autres Liefli
confiée à des fermiers séculiers, les frères convers venant i
manquer; Tabolition du servage; et enfin les guerre.
L'abbaye de Mores vit ses revenus diminuer considérable:
ment sous l'influence de ces causes générales et ioéri-
tables.
A la vérité, les monastères de l'ordre de Cîteaux joas-
saient de nombreux privilèges qui leur assuraient rioH
munité de certaines charges extraordinaires. Le Pape
Innocent II les avait exemptés de payer les dîmes ecclé-
siastiques (2), et ils avaient obtenu la même exemptioQ
pour la dime Saladine. Cependant, à part cette dernière ex-
ception, l'ordre de Ctteaux contribua généreusement aux
taxes pour la délivrance de la Terre -Sainte et ses religieux,
en qualité d'aumôniers, accompagnèrent les années (les
Croisés (3). En 1296, l'ordre de Qteaux, seul, osait résis-
ter à l'avidité et aux exactions de Philippe-le-Bel et refusa de
payer la maltote; mais il finit, en 1297, par êtreécra»
dans cette lutte inégale. En 1298, il payait une Douvelle
dtme et une lettre écrite de Compiègne, le 23 février \î^
(1) P. 65.
(2) Lenain, Histoire de CiteauXy 1. 1, p. 254.
(3) StaU Ord. Cisterc. an 1212, 1316.
CHARTES DE l'aBBATB DE MODES. 15
(v. st.)^ par Jean de Sancy, abbé de Clairvaux^ annonce la
levée de deux autres dîmes; ce n'est qu'au mois de sep-
tembre 1312 que le roi exempta les monastères cister-
ciens de toutes les dîmes qui pourraient être levées à l'ave-
Djr (1). Toutefois, les impôts ordinaires ne furent pas dimi-
nués ; par exemple, nous lisons encore dans un document
du xiv* siècle (2), parmi les noms des abbayes qui doivent
« charroy au Roy »> toutes les fois qu'il va en guerre, en
quelque lieu que ce soit : a L'abbaye de Mores : un char-
» riot tout atelé de chevaux. » En 1527, nous trouvons
Anatole de Courcelles, procureur de l'abbé de Mores au
concile de Lyon, pour régler les impositions relatives à la
délivrance des enfants du roi François P' (3); c^est pour suf-
fire à cette imposition que l'abbaye de Mores aliéna les fiefs
du Grand et du Petit-Montchevreuil, les revenus de Fou-
chères et une partie 'du bourg d'Essoyes (4). — Enfin,
chaque monastère cistercien payait une contribution an-
nuelle proportionnée à ses revenus, pour les besoins com-
muns de tout rOrdre. D'après le tableau de la taxe renou-
velé en 1683, l'abbaye de Mores devait payer 5 livres (5).
En outre, les monastères cisterciens étaient, de temps en
temps, imposés extraordinai rement pour venir en aide à
quelques maisons de l'Ordre, dont l'état financier menaçait
faillite.
Telles sont les causes principales qui ont contribué à la
diminution progressive des revenus de l'abbaye de Mores et
nécessité la vente de plusieurs biens, la grange de Mont-
suzain, celle de la Villeneuve-au-Chéne, les maisons de
Troyes... D'un autre côté, les pouillés prouvent cette dimi-
(1) MiGNB. Patrol. lat. CLXXXV, col. 1844, 1851 et 1918, note.
(2) Bibliot. Troyes, manuscrit 321, p. 59.
(3) Martème. Thea. nov. Anecd.j col. 414 — G.
(4) CouRTÉPÉE, t. IV, p. 432, 2» édit.
(5) Traité hUtor, du Chapitre génér. de Citeauœ^ p. 200.
16 CBABTfiS DE l'aBBATB DB MOUS.
Bution progressive : dans le pouillé de 149S, Tabba^ed
taxée à 300 1. (1); le pouillé de 1648 porte le nm
à 10,000 1.; celui de 1672 à 6,000 h; celui de 113!
à 4,300 1. On ne comptait alors que six religieui. noya
atait plus que trois et le prieur nommé Bourlioux , locsfK
la Rétolution éclata.
§ VI.
Etat de Tabbaye et de ses constroettoss
aa XYII« siècle.
Trois documents suffisent pour nous Êiire connaître FéU
matériel de Tabbaye et de ses constructions ; nous les 0^
toBS sans commentaire sous les yeux du lecteur.
I* — « Enchères en 1633 pour la réparation de fali-
baye de Mores (2) :
1* Refaire deux pilliers des chapellés-à dextrcelà»-
nestre du cœur, ensemble deux fenêtres de Téglise ;
2" Refaire à neuf les quatre arcs-boutants de régGsefc
côté du chemin ;
3" Démolir la plupart de la muraille et corniche Je i
gallerie de devant le grand portail, ensemble deuxarcafe
qui sont au dedans de ladite gallerie, et refaire le tout a
neuf;
4* Jeter à bas le coin de la muraille du dortoir da h^
en bas et la refaire à neuf, et ce du côté du jardin de h ni»'
son abbatiale ;
5* Réparer plusieurs endroits des murailles etpilli^^^
clottre et refaire à neuf une arcade ;
■ •-- - — ■ — - — -^ ' ' '
(i) Gh. Lalore. LetimdeHspoMléêdmpaimsteiiMif^^
diocèse de Troyes en iSOi, p. 54.
(3) Arddv. Aube. — Moreé.
CHARTES DE l'aBBATE DB MORES. 17
6^ Réparer tout à neuf quarante toises de murailles qui
séparent le cimetière de la maison abbatiale, d
IL — Nous lisons dans un dénombrement du duché de
Bourgogne en 1665(1) : «Mores. M. François-Charles Cossé
de Brissac, abbé, ordre de Citaux, six religieux, deux novi-
ces, l'église et les bâtiments en ruine, collation royale. La
métairie de Presie et Fraigne relève de la terre et juridic-
tion de Mores. Cette abbaye n'a plus que l'enclos et deux
fermiers; pont ruiné par les guerres. Il n'y a plus que cinq
remises, tant dans l'enclos que dans la métairie ; les fermiers
assistent aux offices de l'église. Les religieux tiennent la
ferme du Fraigne, les terres, bois, et le franc-alleu, la
haute-justice; les terres dites les LanJes de Mores, les ma-
rais, et jusqu'au moulin Bruyartoù ils ont un garde-justice.
L^arpent de terre vaut 30 livres dans le vallon, et l'ouvrée
de vignes 25 livres. »
III. — Extrait d'un procès-verbal de l'état de l'abbaye
dressé le 16 mars 1686(2):
« La cuisine et le réfectoire viennent d'être reconstruits.
Le réfectoire se compose de deux grandes croisées prenant
jour au midi, au bout duquel il y a une chambre pour les
hostes avec une cheminée. Au-dessus, cinq chambres pour
les hostes et un grenier au-drssus, le tout au midi. Un jardin
nouvellement construit contenant douze carrés^ avec un ca-
nal qui règne dans toute la longueur dudit jardin avec un
pont pour communiquer à un enclos et verger où se trouve
une allée en quinconce, où le prieur a fait planter plus de
six cents pieds d'arbres. Les deux basses voûtes de l'église
qui aboutissent au cloître ont été recouvertes, mais les deux
autres du côté du couchant sont en très-mau\ais état et
menacent ruine ainsi que leurs arcs-boutants ; Téglise qui
(i) Archiv. Côte-d'Or.
(2) Archiv. Aube. — Mores.
T. xzzvii. 2
16 CHARTES DE l'aBBATE DE MOBBS.
est un très-beau vaisseau, est en mauvais état^ ainsi qoe k
cloître et les chambres. Le revenu n'est que de 1,600 L
pour la mense des religieux selon leur déclaration. La a-
crisUe est très-pauvre et en mauvais état.
§V1I.
à
Visite de l'abbaye de Mores en 1744.
Nous extrayons le récit suivant du joiiroal de (km
Guiton, visiteur des abbayes cistercien ues de la fiiittioo
de Clairvaux :
« Le lundi matin treizième juillet, nous partîmes de
Tabbaye de La Rivour, accompagnes de dom Housset, soi0>
prieur de Tabbaye de Mores, qui avait été envoyé au-devuit
de nous dès le samedy, et de dom Gabriel Georgeon, reli-
gieux de communauté à Boullancour, et arrivâmes audit
Mores sur les onze heures. On voit sur la porte d'entrée,
faite du temps de dom Foyot, prieur cy-devant, les armes
de la maison, qui sont trois testes de Maures. On les voit
aussy en d autres endroits ; entre autres sur le Iiaat de
quelques pilliers de Téglise, au septentrion, crosse et mitre
au-dessus.
La cour, les jardins, les murailles à hauteur d'appuy, les
claires voix, le petit bâtiment voisin, le pignon du doricHt
au midy sont du temps et par les soins dudit dom Foyot,
aussy bien qu'un fameux pillier du dedans de Téglise, et b
charpente et couverture rétablie en entier de ladite église.
Les caves voAtées, les greniers dessus qui sont au cou-
chant, les écuries, la ménagerie, le cabaret, sont de Tatleo-
tion et du temps de dom Jacques Mol.
Le portail de Téglise est l'ancien, bien voûté^ de la lar-
geur de l'église. 11 parait que sous iodui, dans Tépêsseur de
CHARTES DE l' ABBAYE DE MORES. 19
la muraille de Téglise sous ledit portail, il y a eu uu tom-
beau, par l'arcade qui y est. L'église est grande, belle et
élevée. Au-dessus de la grande porte d'entrée est une gal«
lerie dans Tépaisseur du mur, qui communique aux deux
côtés de l'cglise. Elle est très-malpropre, occupée dans la
nef par de vieux bois en poutres et autres, des tonneaux
neufs, et aussy au-dessus de la barrière de bois, par des
tonneaux neufs. 11 y a dans la nef trois tombes, au pied d'un
degré de pierre qui est de la largeur du milieu de l'église;
il parait qu'elles ne disent par leur inscription rien qui soit
considérable. Derrière les places de M. l'Abbé et de
dom Prieur il n'y a ni autel ni chapelle, mais deux vieux
tableaux en pièces. On distingue sur Tun le Baptême de
Notre Seigneur par saint Jean, au-dessus duquel est écrit sur
un cœur rougi :
Omnia vincit amor.
Filiushic pompas dignatur temnere secli,
Diligit hic Pater. Hic omnia vincit Amor,
Le chœur est antique et malpropre ; il y a quatorze sièges
de chaque côté, non compris les quatre du dossier. On y
voit deux bons psaultiers, avec le supplément qui est rare
depuis une trentaine d^annces. La place de l'abbé à vêpres
est distinguée de celle du prieur, comme partout ailleurs,
même à Clairvaux avant le renouvellement du chœur, de-
puis environ douze ans, dans lequel la simmétrie et le coup-
d'œil ont décidé contre le bon usage et la raison. Il y a
quatre cloches dans l'église. Dessous et au pied du presby-
tère trois tombes de front, sur l'une desquelles on lit :
Monseigneur de Chacenay ; une autre plus bas, tirant au
chœur, où les religieux assistent en coulies blanches à la
messe, et en scapulaires et chaperons noirs aux autres of-
fices. Ils ne se trouvent pas beaucoup fatigués de se lever à
six heures pour aller à l'église réciter matines, même en
toute saison. Sur le second degré du presbytère est un aigle
en cuivre, sur la banJe qui soutient le livre est gravé : In
20 CHiUtTBS DE l'abbaye DE MORES.
Principio erat Verbvm^ et Verbum erat cqmd Deum, Ai
bas, dans le tour du pied : Ânno Domini i 506/1^ Jomim
Cossart sacrista.
Dans le sanctuaire à droite, ouvrages vieux de mâud-
serie, qui sont comme à Clainraux, quatre sièges : pour k
célébrant, le second qui ordinairement n'est pas occupé pir
respect pour le célébrant, le siège du diacre, et celuy de
sous-diacre. Les accoudoirs ainsy que les sièges desceodeni
par degrés; celuy du prêtre est le plus éleyé, le second m
peu plus bas, le troisième plus bas, le quatrième plus bas.
Ces quatre sièges sont des coffres, dont la couverture qui se
lève et baisse fait le siège.
Vis-à-vis, tout près la parois est une tombe sur quatre
piltiers. Au-dessus on a peint sur le mur Jésus-Cbrist es
croix, qui d*une main embrasse saint Bernard qui &X am
pieds de la croix. Ce miracle est arrivé dans cette abbaye et
HoreSy aussy est-il encore représenté sur toile dans on fort
grand tableau qui fait le rétable du grand autel, qui eâ le
seul sur lequel on célèbre les messes. La pierre n'en est pis
consacrée ; il y a seulement un marbre assez long, mus
point assez large, élevé au-dessus de la grande pierre de
Tépaisseur de deux pouces, ce qui est incommode et fort
dangereux. Aux bases des deux hautes colonnes dudit graid
autel on voit, à celle du côté de l'évangile les armes de
saint Bernard, sculptées, surmontées de la crosse; à l'autre,
un écusson sans crosse, des armes avec les lettres F. N. D.
Derrière le grand autel est la sacristie, fort malpropre et
mal assortie. De Tancienne sacristie qui est belle et bonne,
on a fait un des beaux fruictiers qui se voye, qui n'a pas
d'autre entrée, que par Tancienne porte au dedans de
Téglise, car j'en ai vu tirer et porter par l'église des fruits
et des bouteilles de vin qu'on y met dans le sable. Dans k
nouvelle, on voit une belle ancienne croix d'argent proœf»
fionale, négligée, car elle est conune noire ;
CHARTES DE l'aBBATB DE MORES. 21
Un petit reliquaire d'argent , crasseux. II y a : D^ Sca
Vinceniiaj tma de XI millium virginum.
Un petit buste de plomb, coloré, que Ton dit contenir le
chef de Sainte Béline. Je fus curieux de le voir; et pour cela
le mardy quatorzième juillet mil sept cent quarante-quatre,
fête de Saint Bonaventure, docteur de l'église, environ les
deux heures après midy, se sont transportés derrière le
grand autel de l'abbaye de Mores, dom Sylvain Thomas ,
prieur, dom Nicolas Housset, sous-prieur et sacristain-curé;
dom Madroux, procureur, et dom Grasset , .dépensier, tous
quatre qui composent la communauté de Mores, aussi le
R. P. abbé régulier de Marcilly, et dom Gabriel Georgeon,
avec celuy qui écrit cecy, qui est religieux de communauté
à Glairvaux ; et ayant décloué la planche de bois qui ferme
ledit buste, nous y avons trouvé un sac de toile renfermant
différents ossements de tête et autres, avec cette inscription
sur parchemin : Caput Beline virginis. On a remis le tout,
et recloué la planche au même état, sans faire de procès-
verbal.
Dans la première chapelle qui du sanctuaire tourne à la
sacristie ancienne, devenue cave et fruictier, on voit sur
Tautel une figure en pierre de saint Bernard, tenant sur sa
main droite un livre, et sur le livre une église, le chaperon
attaché à la coulle. Au côté de l'évangile, on voit dans la
muraille un monument en pierre qui porte en haut : Pus
mambus Joannis Bapt. Largentier de Chapelaines,
Abbatis hujus Morensii cœnobii, cujus hoc lapide cor te-
gitur^ cadaver gentili conditam sepulchro est. Andréas
Stegler^ amico et decessori sua mœrens pomit. Au-dessns
de cet écrit un cœur rougi ; au-dessous : Ohiit anno 1617,
tertio idus AugusH: œtatis suœ 33 . — Au bas, écusson entre
deux lauriers qui porte trois chandeliers, surmonté au mi-
lieu d'une crosse en dehors. C'est apparemment un parent
de nos Messieurs Largentier, Denys et Claude, oncle et ne-
veu, abbés l'un après l'autre inunédiatement de notre
22 CBARfBS DB l'ABBATB DB IfOEBS.
maison de Clairvaux. On Yoit encore ses armes à la ve6ttèi
cloître près de l'église, et à un pillier boutant de Téglise»
septentrion et au couchant. Au pied de cette chapdk,
deux tombes Tune au-dessus de Tautre.
De l'autre côté, au septentrion, on Toit de grtnfe
Tieiltes armoires ferrées, dans lesquelles sont pluseon
boëtes longues, fermées d'une plancbe-conlisse, qoî coih
tiennent les tiltres de Tabbaye ; deux tombes, une pierve
élevée sur quatre petites pierres, c'est une danoe dont la
tèle sur un coussin, un ange de chaque côté, aux pids
lyon et chien ; une tombe qui (ait le perron d'un tbrs de
l'escalier, bien grossier, de l'église au dortoir.
Le dortoir est passable, mais les cellules sont mal meu-
blées, et il n'y a pas de lieux nécessaires. Le prieur est asseï
commodément, ayant jours au letaot, et au midy par ose
fenestre qui descend a fleur de terre et a une aTance ea
saillie au dehors, ornée d'un grillage de fer i hauteur d'ip-
puy. 11 communique par un escalier de bois aux chambres
d'hôtes^ qui sont peu de choses, d'un simple plancher sur h
cuisine, la dépense, la salle, et une autre salle, où Ton Toit
une petite armoire qui renferme : quantité de vieux linge àmà
on fait grand usage ; deux volumes in-folio du dictionnaire
de la Bible par le R. P. Calmet^ abbé de Sénones, bénédic-
tin, Congrégation de Saint- Vanne ; deux autres supplénmits
in-folio audit dictionnaire par le même autheur; trois vo-
lumes in-quarto qui sont des dissertations ou prolegomcm
sur l'Ecriture Sainte par ledit R. abbé de Sénones ; autn
in-quarto, style criminel.
Les degrés du dortoir au cloître sont partie noiiTeaux et
partie anciens. On voit au bas sur la gauche, sous la petite
école^ une longue et large tombe sur laquelle une longoe
crosse, y est écrit : Dominus Johannes Morel de CeUm^
Aàbas de Morts ^ anno M"" D" XXX". Dans le même en-
droit il y a encore quatre tombes, dont deux en long, deux
en travers. On lit sur Tune qui porte une figure de moine :
CHABTB8 DB l'aBBATB DB MOBBS. 23
Sistet.f. Bertrandus in isio sepulc, (Icy la tombe est ro-
gnée par le bas)... Prions anno 1534. JReçmescat in
pace. Sur Tautre : Cy gist frère Jehan Rouz en son vivant
prieur et moine de f abbaye de céans, et fut mort^ etc..
sans figure.
Les cloîtres sont jolis, voûtés hors-d'œuvre, et soutenus
par de bons pilliers; un puits au milieu du preybaut où il
y a plusieurs amandiers. Le chapitre est joli, voûté| à deux
pilliers ; on en a fait une vignée, il est plein de cuves et de
tonneaux. Dans le cloître de collation est une tombe vers la
place du milieu, qui a une figure de moine qui joint les
mains. On lit autour : Ci gist vénérable persorinedom Jehan
Joban^ religieux et procureur de céans, lequel trespassa
Pan MDxxvii.
Au sortir de l'église, dans le clottre, au conmiencement
de lallée de la collation, est un tombeau sous arcade dans
la muraille. Au bout de ladite allée, autre tombeau sous ar-
cade dans la muraille, au-devant et sur lequel est sculpté
une figure de moine en buste ; le reste du tombeau n'a pu
être vu à cause d'une pille de planches qui le bouche à
moitié. Au sortir de Téglise, dans l'allée du clottre au cha-
pitre, sur la gauche, &utre tombeau sous arcade, dans
l'ép^iisseur de la muraille. Tous sans inscription.
L'armoire où anciennement les religieux conservaient
leurs livres pour leur lecture qui se faisait en commun dans
te cloître, est un endroit voûté dont on a fait une dépense,
d'où on entre dans un cabinet bien obscur qui a une petite
lucarne sur le cloilre.
Les religieux de Mores conservent encore plus de six cents
pièces de vin dans différentes caves de M. le Commenda-
taire, toutes belles et bien voûtées, dans lesquelles on voit
les armes d'un abbé en 1618. Au haut d'une grande porte
d'une des cours de M. le Conmiendataire, on lit : Non
mihi sed posteris ; avec des ^trmohries surmontées d'ua^
crosse.
24 CHARTES DB l'aBBATE DB MORES.
Dans leur jardin ils ont un colombier, un grand et no
petit réservoir. A l'entrée de la maison, près le cabaret (1),
est une belle eau de fontaine où on puise pour les religieux.
Plus bas et près de leur moulin on construit un pont de
pierre qui leur reviendra, dit-on, à plus de mille écus.
La communauté de Mores a droit et est dans Tusage et
députer un d'entre eux, c'est ordinairement le prieur, aox
Etats de la province de Bourgogne, qui se tiennent tous \es
trois ans dans la ville capitale, Dijon.
11 y a du linge fort propre, même damassé, pour la taUe
des hôtes, trois services complets. Mais le grand et le sed
autel de l'église en manque, même du commun, aussi bien
que de propreté.
Le prieur, dom Sylvain Thomas, parait homme de bien,
zélé pour rétablir cette maison, où il y a trois religieux. Les
femmes de ménage entrent aussy dans Tintérieur de b
maison.
Le mercredy quinzième juillet 1774, fête de nos saints
martyrs Eutrope, Zozime, Bonoze^ et un quatrième dontoi
n'a jamais sçû le nom, nous partîmes sur les cinq heures
du matin, M. l'abbé de Marcilly et moy suivis de son do-
mestique, de l'abbaye de Mores, et nous rendismes en cdk
de Clairvaux sur les dix heures et demie ; en sorte quen
étans partys le onzième may, nous avons employé dans
notre tournée deux mois et quatre joiurs (2). »
(1) Dès l'an 1 182, un statut cistercien permet de vendre en gm
du vin à un séculier qui le vendra au broc dans un bâtiment dé^eù-
dant du monastère, mais situé à l'extérieur. Presque toutes les m^
sons cisterciennes, dès la fin du xiii* siècle, avaient de ces débits de
vin ou tavernes {tabemœ). Un statut de 1270 règle que les religieux ae
pourront mettre en vente dans leurs cabarets que du vin de leur cH,
et il défend de recevoir des femmes et des joueurs. (D. llirtène.
Thés. nov. anecd.^ t. IV, col. 1254 et 1433.)
(2) BibUot. Nation. F. Franc. 23,474, fol. 52 vo.
CHARTES DB l'aBBATE DB M0BB8. 25
§ vin.
La bibliothèqoe de l'abbaye de Mores en 1746.
Nous croyons utile d'extraire de la relation de dom Guiton
ce qui regarde la bibliothèque de Tabbaye de Mores. La me-
sure de conservation^ prise par le visiteur en faveur de cette
bibliothèque, montre la coupable incurie des religieux
au xviii* siècle, et fait pressentir quels forts les moines ont
pu causer à la science après lui avoir rendu tant de services
signalés. Car il faut Tavouer, l'état déplorable dans lequel
se trouvait la bibliothèque de Mores en 1746 était l'état de
l'immense majorité des bibliothèques et des archives des
établissements religieux à la même époque ; et on peut dire
en général que la Révolution a fait moins de tort à ces pré-
cieuses collections de manuscrits antiques que la négligence
barbare des moines oublieux de Tesprit de leur vocation.
Dom Guiton, visiteur des maisons de la filiation de Clair-
vaux, parti de Clairvaux le jeudi 1*' septembre 1746, après
avoir visité plusieurs abbayes du diocèse de Sens, arriva à
Troyes le 22 septembre, où il resta un jour et demi. Pen-
dant son séjour dans notre ville, il alla aux Antonins (1), et le
supérieur commandeur lui fit voir leur pauvre bibliothèque.
u Comme je lui parus surpris, dit le même visiteur» que je
» ne remarquasse pas dans sa bibliothèque des livres rares,
» il me répondit que l'usage parmi eux, de leurs petites
i> communautés^ était que celles où il se trouvait de ces
» livres rares et importants, les envoyaient à l'xVbbaye,
» c'esl-à-dire à la maison du chef de leur ordre^, Saint-
» Antoine à Vienne. »
Dom Guiton partit de Troyes pour se rendre à l'abbaye
(1) Le Petit-Séminaire actuel. Voir notre notice sur les Antonins.
26 CHARTES DE l' ABBAYE DE MORES.
de Mores, avec rintention de mettre en pratique l'usage da
Anlonins. <i Dans l'abbaye de Mores, dit-il, il y a qnelqno
» manuscrits en vélin et des imprimés assez bons. Je
» conseillai au prieur et religieux d'en user pour Qar-
» vaux, corpme je viens de marquer qu^en usent les Aokh
» ni'stes pour leur chef d'ordre, plutôt que de laisser perèc
» ces livres par la poussière et la pourriture, qui à la fa
» seraient condamnés au feu. Il ne m'a pas paru eloigié
D de faire ce quu je lui inspirais. »
Quelque temps après, les religieux de Mores suivireit
cette bonne inspiration, et remi ent à Tabbaye de Clairam
leurs manuscrits et leurs imprimés qui avaient le p\m et
valeur et qu'ils ne jugeaient pas nécessaires à la comou-
nauté.
c Les prieur, religieux et communauté de Mores, étHt
convenus que leurs livres manuscrits et imprimés éUiot
dans la situation où je les ay trouvés, comme je leurs ay&,
et marqué cy-dessus, plutôt à leur déshonneur qu'à aucone
utilité, m*ont cédé et donné pour Clairvaux, en imitant h
Pères Antonistes, et suivant la bonne et éqtiilable raisot,
les livres cy après, scavoir :
i . Un manuscrit en vélin, qui comprend d'abord la vie
de notre Père Saint Bernard, laquelle commence : « Hx
cumin ordine filiorum tertium Bernard umhaberet in utero^i
elle est entière. — c Miracula ejus. ») — « Sermo de eoden
in anniversario depositionis ejus. ^ — a Sermo novos ex
veteri, S. Hyjario Arelatensi episcopo de B. Honorato, oiia
editus ; et dttractis versibus aliquantis, ad. B. Patris ntfln
memoriam assumptus, cùm offerre se ipse videretur » com-
mence : « In memoria aeternâ justus Domini constitutus. >
— « Alia miracula ejusdem in Germania. » — « LittffC
de canonisatione ejusdem.» — « Passio B. marlyris Seb«5-
tiani et martyrum qui cum eo passi sunt Rome<| die xuj ji-
nuarii » en dix-huit feuillets ; cette Vie ou Passion n'est pii
entière.
CHARTES DB l'aBBATB DE MORES. 27
2« Un autre manuscrit en vélin qui n'a pas de ceuyer-
ture. — Au commencement : « Sunt Epistole Beati
Bernard!, satis et plusquam satis et relique. » — « Epis-
tola cccxvu ad S. Malachiam, » pour la dernière ; puis une
autrç commencée d'une colonne et demie.
3 • Autre manuscrit en vélin . Ce sont les quatre Homélies
entières de saint Bernard a super Missus est. » La préface
a De libero arbilrio. » — « De diligendo Deo. » — De
laude nove militie. » — « De precepto et dispensatione. d
— a Liber apologeticus. » — « Super humilitatis gradibus. »
— « De consideratione. » — « Vila S. Malacbie et sermo
totus de eodem.»
4. Autre manuscrit en vélin, sans couverture, les pre-
miers feuillets manquent. Sur la première colonne du
douzième feuillet on lit : « Explicit liber secundus de
claustro materiali, n les troisième et quatrième livres
suivent, à la fin desquels pn lit : a Explicit liber magistri
Hugonis de claustro materiali et de claustro anime. »
5. a Sermo B. Bernardi, abbatis Clarevallis, super sex
circunstaniiis adventus Domini; et les suivants : u de
Tempore ; de Sanclis usque ad Assumptionem » inclusive-
ment.
6. Autre beau manuscrit sur vélin, les premiers feuil-
lets manquent. On voit à la fin du sixième : « Sermon sur le
Cantique des Cantiques » et les autres jusqu'au quatre-
vingt-sixième inclusivement.
7. Autre beau manuscrit sur vélin : « Sermones Gille-
berti super Cantico Canticorum.
8. Autre manuscrit sur vélin. C'est un Martyrologe
avec la Règle de notre Père saint Benoist et plusieurs autres
choses à la fin. Dans ce Martyrologe, il est marqué qu^il a
été fait en 1408 : « Anno Domini m^'ccgg'' et octo hoc fuit
factum et completum, » il commence par la Vigile de la
Nativité de Notre Seignem* Jésus-Christ, mais le feuillet en
est déchiré. Le second commence : « xv"" Galendas januarii,
28 CHARTES DB L^ ABBAYE DE MORES.
apud Bethléem, natalis Sanctorum Innocentium. « A b
leçon suivante il marque sur la marge, d'une autre écritoïc
que du corps : « In Britaoiis, civitate Cantoaria, Sandi
Thome, Episcopi, qui ob defensionem justitie, inbaab
sedis sue gladio percussus, migravit ad Dominum. «Od]
Yoii la dédicace de Téglise de Mores annoncée et pkcéeao
19 de novembre : « Eodem die, dedicatio basilicede
Moris; » — « XV* Idus Novembris, depositio donnni
Godefridi, Langonensis Episcopi, » c'était le cousin de Dobt
Père saint Bernard , il avait été premier abbé de FiHh
tenet, puis prieur de Clairvaux, enfin évêque de Laogm.
Ce même Martyrologe marque à la marge : « xi* Cakod»
Martii^ Béate BeL'ne, virginis et martyris. » Ik en ont le
chef renfermé avec d'autres reliques dans un buste et ckf
plomb. La mort de plusieurs abbés y est marquée à h
marge.
9. Autre manuscrit sans couverture, en mauvab ordre,
ce sont : « Usus Ordinis veteres. »
10. Autre imprimé sur papier à Dijon Tan 1491, p
magisfrum Petrum Meclingier alemannum. Ce senties iFri-
viiéges de TOrdre de Ciieaux. »
1 1 . Autre manuscrit sur vélin : « Incipit liber Scnw-
num B. Leonis Pape : primus, de Ordinatione sua. » D^
le corps du volume il manque des feuillets, comme à 1^
fin.
12. Autre manuscrit sur vélin, bien écrit, entier, relie,
couvert : o Incipit prologus libri PastoralisCureB.Gregpn
Pape. »
13. Autre manuscrit sur vélin, entier, bien relié et cou-
vert : « Incipit Dialogus B. Gregorii Pape : liber primus»
et la suite.
14. Autre manuscrit sur vélin, bien écrit, bienrefcê«*
couvert, ce sont plusieurs sermons des difiëreuts Pères»
l'Eglise, qui n'ont pas le commencement, quoyqu'ily>^
CHARTES DB l'aBBATE DE MORES. 29
une table auparayant en deux feuillets^ les premiers
manquent aussy.
15. Autre manuscrit sur vélin, entier^ relié, couvert,
ce sont des homélies : « Erunt signa in celo. Ce volume
finit par le sermon entier : « De mortalitate, ad populum,
in basilica S. Johannis que appellatur Conslantiniana. »
16. Autre manuscrit sur vélin, bien écrit^ relié, cou-
vert et entier, ce sont les Homélies de Bede-le- Vénérable,
lesquelles commencent : « Yespere aulem Sabbati, » avec
table entière au-devant.
17. Autre manuscrit sur vélin, entier, relié, couvert :
<c Liber Etymologiarum. »
18. Autre manuscrit sur vélin, entier, bien écrit, relié,
couvert : u Incipit Prologus Ysidori, Hispalensis Episcopi,
in quinque librisMoysi et ceteris Yeteris Testamenti breviter
explanatis. » Ce volume finit par une courte homélie sur les
Béatitudes.
19. Autre manuscrit sur vélin, entier et couvert :
« Incipit Prologus Paterii in libris Veleris ac Novi Testa-
menti. )) Après le prologue il y a une table à laquelle
il manque un feuillet.
2(h Un in-folio imprimé, sous carton : a Divi Cœcilii
Cypriani Episcopi Carthaginensis et martyris opéra. Pari-
siis 1541 . Per Desiderium Erasmum Roterodanum. »
21. Grand in-folio, entier, sous mauvaise couverture
de parchemin, a Martyrologium Baronii. Parisiis, 1613. »
22. Imprimé in-4'' : « Biblia Sacra, a capite V Jeremie
ad finem Novi Testamenti. d Adcalcem : « Hebrea, Chaldea^
greca et latina nomina virorum, muliernm, mensium, etc. »
Ensuite : « Index rerum et sententiarum Veteris et Novi
Testamenti, jusqu'à la dernière ligne de la dernière colonne,
où on lit : Justus videns penam proficit. » Couvert en par-
chemin.
30 CHARTES DK L^ABBATB DK MOBES.
23. Imprimé in-folio, entier, relié, sous Teaa : « Hc-
tionarium Greeum. Lutetie, 1524. »
24. Imprimé in-4*, entier, relié, couYcrt : Yenelis,
1550, Bartfaolomei fumi, Summa quse Aurea AnrnDa ias-
eribitur.
25. Autre imprimé, petit : « Breviarii theologidp»
prima. ») Commence : « Etymologice Theologia, n les pre^
roiers (euillets mancpient.
26. Imprimé in-4'', entier, relié, couvert en Tea
blanc, c^est : « Christiani hominis Institutio adversùs hojos
temporis bereses, antore Stephano Paris, Aurelianeos,
Kpiscopo Abellonen. Ex Ordine Predicatorum. Fariâii,
1552. »)
27. Grand in-folio, imprimé à Lyon, « apud Seba»-
tianum Gryphum, » relié, entier, couvert en parcbenaa :
« Adagionum, — opusDesid. Erasmi Roterdami. w
28. Gros in-S"", entier, relié, couvert en parcheiniii,
imprimé, entier, avec table, partie au commenceinait,
partie à la Gn, c'est : « Fortalicium fidei; » ce traité a^esi
pas entier. Il finit au feuillet 368.
29. Imprimé in-8**, entier, relié, couvert en pardx-
min. C'est : « Nicolai Mercerii Pisciaci, proprimarii et pro-
fessons Navarrici , de conscribendo Epigrammate. PahsJi,
1653. »
Dans le mois d'avril suivant, 1747, les prieur et refi-
gieux de Mores ont encore donné, conmie à eux inutiles,
les livres suivants, scavoir :
30. Un manuscrit sur parchemin in-folio : a Spéculum
Virginum, )> à la Gn duquel traité se trouve Pexplicalioii de
la préface de S. Jérôme, prestrc, sur le Pentateuqoe in
Moyse, laquelle explication, ainsi que lailite préface, com-
mence : (( Desiderii mei, desiderii proprium nomen. » Ot^
explication est suivie de trenle-une autres qui regardent b
autres livres tant du Vieil que du Nouveau Testament, et
finissent par celle sur TApocalypse.
CHARTES DB l' ABBAYE DE MORES. 31
31. Autre manuscrit en parchemin, moyen in-folio,
bien rel'é, entier, couvert, et bien garni de coins et fer-
tnoirs de cuivre^ il conmience : « Dominica prima in
Adventu Domini, secundum quod canit ecclesia Cister-
ciensis. » Le tiltre en lettres rouges pour rofQce du jour de
la Purification de la Sainte Vierge, porte : a In Purifica-
tione Sancte Marie. Cantor postquam candelam accensam
obtulerit, incipiat antiphonam istam , que diim cantatur,
candele distribuuntur. )> Par là on voit que le chantre est
réputé le dgnior chori^ quoiqu'il exerçât son ministère
dans sa place et sans habit de chœur, au lieu qu'aujourd'hui
il est revêtu d'amict, d*aube ou surplis, et de belle chape,
en certains monastères, le bâton d'argent à la main, sans
qu'il soit regardé comme le digmor chori, pour avoir l'hon-
neur de présenter un ciei^e ou un rameau, ou d'imposeir
les cendres à Fabbé ou au célébrant; ce que le chantre ne (ait
plus aujourd'hui. A la marge on y a écrit, «récriture autre
que celle du corps du livre : « In Vigilia Purificationis, ce-
lebratur missa de B. Maria, si in sabbalo. » Ce qui indique
que ceti^ Vigile avait un jeusne. Les six premiers feuillets
donnent l'explication de l'embolisme, nombre d'or. Au haut
du second feuillet, on lit : « Liber Sancte Marie de Moris,
ad usum Sancli Bernardi Clarevallis. >; Ce manuscrit est un
Graduel.
32. Autre livre imprimé, moyen in-folio, qui est en-
tier, bien lelié et couvert, c'est : a Vocabularius familiaris
et compt>ndiosus. )>
Dans le mois d'avril 1 747 , nous avons rendu à dom prieur
de Mores le Martyrologe (n* 8 dans le catalogue donné ci-
dessus) comme livre local, duquel cette abbaye peut avoir
besoin, pour les obits des abbés, prieurs, pour les anniver-
saires di s bienfaiteurs, pour les bienfaits eh provenant,
pour Tassociation et la coinmémoraison ès-prières;.. (!)• )^
^*^— '■^^'*^^^^^^— ^'^'^■^^^■— ^■'^■^■^■*^»^— ^^■^■^■^^■^^■■^■^•■^— ^— ^■^^^— ^ — I— ^M— — ^— 1— — — ■»
(1) Bibliot. NaUon. F. Franc. 23,474, fol. 88 x^.
32 CHARTES DE l'aBBATB DE MORES.
§ix.
Catalogue des abbés de Mores.
Ce catalogue est dressé d'après les documents que doqi
publions ; d*après les actes cités par le Grullia ChristiaM(\l
et enfin d'après VAlmanach royal (2). Les trois premies
abbés furent disciples de saint Bernard.
I. Girard, 1152.
n. Le Bienheureureux Ménard I", 1165-1168 (l^
nolog. Cisterc. 8 junii).
III. Herbert, avant 1178 (il composa les deux Erre
Miraculorum S. Bemardï).
IV. Hugues, 1178-1187.
V. Ménard II, 1187. En 1190, l'abbé de Morcsesl
député par le chapitre général à la célèbre»-
semblée de l'Ordre afiud Chaleyian (Chaillej),
grange dépendant de Tabbayè de Pontigny (3j'
VI. Barthélemi I", li9M 196. {Obit. 8 juin.)
VII. Barthélemi II, 1 198-1206. {Obii. 6 août.)
VIII. G., 1206.
IX. Galo, 1212-1215. Le chapitre général de I21Î
déclare que Tabbé de Clairvaux qui a proam
(i) T. IV, col. 842.
(2) Années 1731-1790.
(3) Martêne. Thés. nov. anecd., t. IV, col. 1269 — D.-CW*
ley, canton de Brienon (Yonne). La terre de Chailley fut doon^*
1126 à Tabbaye de Pontigny, par Manassès de Villemaor et Erstf-
sende, sa femme (Charte de Uatton, évéque de Troyes. Cart»d.fà.
de l'Yonne, t, I, p. 260).
CHARTES DE l'aBBATB DB MORES. 33
Tabbé de Mores sans observer les formalités
prescrites, sera soumis à une pénitence qui
est relâchée à cause des infirmités et de l'âge
avancé de cet abbé (1).
X. Raoul, 1216-1220. Au chapitre de 1219, Tabbé
de Mores est accusé de paroles imprudentes et
calomnieuses. Il aurait reproché à Tabbé de
CIteaux d'être venu à Mores avec quinze che-
vaux, tandis qu'il n'en avait que six; que ses
frères convers passaient la nuit à boire, ce qui
n'était pas. L'abbé est condamné à faire trois
jours' de pénitence à Citeaux, trois à Clair-
vaux, et à passer quarante jours hors de la stalle
abbatiale (2).
XI. Michel, 1223-1226.
XII. Nicolas I", 1232-1238.
XIII. Pierre de Bar, 1245.
XIV. Thibault, 1247. {Obit. 30 octobre.)
XV. Amoul, 1 236. {Obit. 1 7 juiUet.)
XVI. Nicolas II, 1262.
XVII. Jean I" Bioleau de Bar, 1272. {Obit. 7 août.)
XVIII. Guillaume r, 1279.
XIX. Gilbert. ( Obit. 1 6 juillet.)
XX. Martin, 1302.
XXI. Milon. {Obit. 16 septembre.)
XXII. Jean II, 1346.
XXIII. Guillaume II, 1369.
XXIV. Jean III, 1389 et 139\.— {Charte de Lanivour.
— Obit. 13 novembre.)
XXV. Simon de Merey.
(i) Martèns. Thés, nov, anecd.^ t. IV, col. 1311 — D.
(2) Ibid., col.ld2i-£.
T. l&XVU. S
34
XXVI.
xxvu.
XXVIII.
XXIX.
XXX.
XXXI.
XXXII.
XXXIII.
XXXIV.
XXXV.
XXXVI
XXXVII.
XXXVIII.
XXXIX.
XL.
CHARTES DE LABSATB DE MOUS,
Jean IVBaquelet, 1 483 — mort le 1 8 jain 1 501 .
Jean V Morel de Celles, mort le 25 mai 1530.
Jean VI Raguier, mortà Paris le 21 avril 1537.
Jean VII Bochetel, 1568.
Gabriel de Bligny-le-Genevois, évêque de Noyai,
mort en 1592.
Jean-Baptiste Largcnlier de Chapelaines, 160S
— mort en 1617, après avoir fait cession.
André Stegler, dès l'an 1614.
François de Servien, 1 640-1 645, mort en 1661
évéque de Bayeux.
Charles de Cossé de Brissac, mort le 6 s^
tembre 1693.
Louis - Guillaume de Qiavaudon, i" no-
vembre 1693-1731.
Langlois, 1731-1749.
De Martillat, 1749-1755.
D'Hélyot, 1755-1786.
iDe Juge-Brassac, 1786-1788.
Le Pappe de Trévern, 1788-1 790.
§X.
Obituaire de l'abbaye de Mores (4).
D'après les règlemeDts primitifs de CUeaux, on n'aecer-
dait qu'aux fondateurs exclusivement, la s^ulture dans kf
maisons de TOrdre (2); les rois, les reiaes, les arche-
(1) Au commencement da Martyrologe qui ùdsait partie deslimt
trausportés â Glairvaux* cfr. plus haut, § vin, n* 8.
(2) Stat. an. 1157, D. Martène. Thés. nov. (mecd.j t. lY, oA. 191,
n.63.
CHARTB8 ni l'aIBATB DB MORES. 35
véques, les évêques pouvaient seuls être enterrés dans
l'église (1) ou dans le chapitre; cette faveur était refusée à
tout simple laïque (2) et les abbés eux-mêmes ne pouvaient
pas être enterrés dans Téglise mais dans le chapitre (3).
— L'estime dont jouissait TOrdre de Citeaux dans le cours
du xii* siècle était telle qu'un très-grand nombre de fidèles
voulaient avoir un ou plusieurs anniversaires dans quelque
maison de l'Ordre, au point que les anniversaires se mul-
tiplièrent outre mesure et devinrent une charge pour les
religieux de chœur. C'est pourquoi dès Tan 1201 il fut
établi par un statut qu^'aucune maison ne pourrait accepter
à l'avenir d'anniversaire sans la permission du Chapitre gé-
néral (4). En 1225, afin de restreindre encore sur ce point
les pieuses sollicitations des fidèles, le Chapitre général
régla que les étab issements cisterciens n'octroieraient plus
désormais si facilemi;nt des anniversaires et que dans le cai
où on ne pourrait refuser, on accorderait seulement une
messe basse par an (5). Enfin d'après un statut de 1273,
les quatre anniversaires solennels prescrits par la règle
furent conservé*», en y ajoutant douze anniversaires collée^
tîfs, un chaque mois, pour remplacer tons les anniversaires
particuliers (6). Ce statut fut confirmé en 1276 et en
1277 (7).
Tous h s règlements précédents rrlatifs aux sépultures et
aux anniversaires furent en vigueur jusqu'à la fin du
xiii* siècle comme on le voit par le Libellas definif'O^
num (8), mais dans le cours du xrv* siècle ils tombèrent es
désuétude.
I I ■ ■ ■! I I II II ■!■ ■■ I I I I i<| I ■
(i) Stat. an. ii52, col. 1245, n. 8, — col. 125S^ n. 5.
(2) Stat. an. 1219, col. 1^25, n. 15.
(3) Stat. an. 1180, col. 1252, n. 5.
(4) /6/d., col. 129a, Q. 3.
(r>) i/>id., col. 1340, n. 5.
(6) Ihid., col. 1438, n. 2.
<7) Ibid., roi. 14S4, A. 16, et eol. U57, tt. %.
^) NowmHo9nciMrû., p. 481.
36 CHABTBS DB L ABBATB DB MORBS.
L^Obituaire que nous publions nous fait connaître les
bienfaiteurs les plus récents de Tabbaye de Mores.
1. Pridie Idus Februarii. Obiit Guido cornes Bai^
rensis.
2. IlIP Calendas Martii. Obiit dominus GmOenso^
miles, dominus de Chacenayo.
3. III'' Calendas Martii. Auniversarium Henrid T^srt
et Johannetc, ejns uxoris, de Barro super Sequanam, cde-
brandum singulis annis die veneris quatuor temporom po«t
Bordas, qui mulla bona contulerunt ecclesie nostre, ri
patet per litteras super hoc datas.
4. XVI* Calendas Âprilis. Comes Henricus Treceosb.
5. III l"" Nonas Aprilis. Obiit dominus Pontius, qni-
copus Ahernensis. — Obiit domnus Guillermus, quondam
abbas de Moris.
6. Ilir Idus Aprilis. Obiit dominus R. de Chacoiap.
7. XII* Calendas Maii. Obiit domnus Raynaldos, quot-
dam prior de Moris.
8. Ilir Calendas Maii. Obiit domnus GuiOarmai,
abbàs de Moris.
9. XI II* Calendas Junii. Anniyersarium monadionm
célébrant omnes.
10. Vllir Calendas Junii. Obiit domnus Johannes Hih
rel, abbas de Moris, cujus corpus quiescit in ckustro aato
capitulum (1530).
1 1 . m* Calendas Junii. Obiit pie memorie donmRS
Stephanus, Eduensis episcopus^ qui inter plurima pietatîs
sue opéra instituil ut in anniversaria depositionis soe &
plenariam conventus pitanciam habeat.
1 2 . Calendis Junii. Obiit domnus Johannes XX^ aUis
Moris.
13. Iir Nonas Junii. ÂnniYersarium duarmn prinli-
rum missarum pro Nicolino Bomibert et uxore ejis, fâ
C&ARTE8 DE l'aBBATE DE MOBES. 37
Dobis concessil quinqne solidos turonenses annuatim super
duas pecias terre in finagio de Buxeriis, quarum missarum
una dicitur in hebdoma la ante Nativitatem Dotnini^ alia in
septimma octayarum Pentecostes.
14. VP Idus Junii. Obat domnus Barlholomeus, sextus
abbas de Moris.
15. XV* Calendas Julii. Obiit Jacobus de Cacennaio.
16. X* Calendas Julii. AnnÎTersarium domine de
Boriiibus que bac die migravit a seculo, anno Domini
1439.
17. ITIP Calendas Julii, anuo Domini 1501. Obiit pie
memorie domnus Johannes, abbas de Moris, cujus corpus
quiescit in capitule ante locum abbatls et lectoris. Re-
quiescat in pace.
18. IIIP Nonas Julii. In bac die fiât commemoratio
Symonis, domini Clarimoiitis, et Beatricis, uxoris ejus, et
Benrici de Fuscineis. Commemoratio Odonis majoris Lan-
dreville, et Marie uxoris sue, semper ûat in bac die et pro
ipsis quedam pitancia usque ad valorem sex librarum, et
cotidie celebretur pro ipsis una missa,
19. Nonis Julii. Obiit pie memorie donmus Gille-
b^us, abbas de Moris.
20. XVr Calendas Augusti. Obiit domnus Arnulpbus,
decimus quintus abbas de Moris. Requiescat in pace.
Amen.
21. Vlir Idus Augusti. Obiit pie memorie domnus
Bartbolomeus, septimus abbas de Moris.
22. VIP Idus A ugusti . Obiit donmus Martinus, decimus
abbas de Moris.
23. Anno ab Incarnatione Domini M*C* LMIP, VI* Idus
Septembris, constructa est abbatia de Moris.
24. V* Idus Septembris. Anuiversarium Jacobi Proste
cam Maria, uxore sua, et eorum liberorum, qui dederunt
38 CHAETI8 DB L ABIATB PB VOUS.
^uamdam pedam vioee in vinea nosira dê9 Gmém,
anno Domini 1462, secunda die Marlii.
25. IIP Id'is Septembris, anno Domini VCC?
LXXX"" IIIP, obiii pie memorie nobilis domina dooik
Natalis de Arceriis, quondam domina de Sucejo et k
CusseyOf ...et ipsa die liât solempntter amÛTemriani
couventu ad magnum aitare . . • pro se suisque heredk
preteritis, presentibus et iutoris, cum ▼igilii8...etpla)in
pilanoîa in conventu.
26. XVr Calendas Octobris. Obiit pie memoriedoBBi
llilio, d)ba8 de Moris. Requiescat in pace. Amea.
27. Secundo Nonas Octobris. Pire quadamdoiDOi
'villaNavillesubtusGye... sita...
28. UIP Calendas Novembris. AnniversariamJoiNOD
le Galmojs de Muxeio.
29. lU'' Calendas Novembris. Obiit domnusTlieobiUs,
decimns quartus abbas de Moris. Requiescat in fft
Amen.
30. V Idus Novembris. Obiit Girardus de Bonefe^et
anniversaritim solempne in conventu pro ipso. Pitaocii''
XV... assignatis super proventibus de dicto Burrejo.
31 . Idus Novembris. Obiit pie memorie domousJd)»
nés, quondam abbas noster, cujus anima requiescat iafict^
Amen.
32. XVIllI* Calendas Januarii. Anniversarium lobs-
nete Thomasset, quondam relicte defuncti GuiUenniCkà
de Barro supra Sequanam, celebrabitur quotamiisdieiDrt'
curii post festum Sancte Lucie, et dicentur yigilie d^^
lectionum cum una missa de Requiem cum nota, et po^
dictam missam recommendationes defunctoram. El p^
dicto anniTersario dicta Johaïuieta legavit ecelesie Be^
Marie de Moris emplistium ad domiBcandom sitan'
magw ^ico dicli. Barri, ut in litteris super hoc codIbc^
contineimr.
CHAKTE8 OB l'aBBATB M HOBBS. 3d
33. VXIU Galendas Janoarii. Obiit nonnus Adam,
prior de Moris.
34. Pro domino Jacobo de Muxeio, quondam cano-
nîco Lingonensi, etc. — anniversaria cum pitancia XV* Ga-
lendas Marlii; VP Nonas Martii; Xlir Galendas Augusti;
IllP Nonas Seplembris (1).
§XI.
Vente des propriétés de Tabbaye de Mores
en 1791.
Les principaux biens qui restaient à Tabbaye de Mores
étaient groupés sur le territoire des dix communes environ-
nantes; ils furent vendus p.trtieliement par ajudication en
1791. Le prix total des ventes s'éleva à 569,601 francs.
On sait que la Révolution vendait à un bon marché ex--
ceptionnel les biens qu'elle appelait nationaux. La dé-
signation des biens vendus, le nom dis adjudicataires et
le montant de chaque vente se trouvent aux Archives de
l'Aube (2).
Nous avons réuni sous un même chef toutes les ventes
paHiblled &ites sur le territoire d'une même commune.
Celles.
Eglise et Maison conventuelle de Mores. ... 15. lOO'
Maison du garde 4.325
Bâtiments du pressoir et de la cuve 3 . 475
Autres bâtiments et dépendances (grange,
écurie, etc.) 7 .050
(i) Bibliot. nat., F. Franc., 23,474, foU 90-91.
(^ Ventes des biens nationaux.
40 CHABIW M l'aBBATI Df MOm*
Ferme de Tabbé (finage de Mores), compre-
nant 99 arpents 4 denrées de terres, et
1 1 arpents 3 denrées de prés. Il .6^'
Un endos de 25 cordes O.500
Terres labourables : 181 arpents 2 denrées. 110.120
Terres à cheneviëres : 8 arpents 2 cordes . . • 54 . 373
Prés : 48 arpe its et demi 48.695
Vignes : 12 arpents 5 faites 27.030
Pftinrages : 18 arpents 2.923
Bois : 25 arpents 4 denrées 15 . 200
Une fricbe O.510
301.01ff
lAndrerllle.
Ferme du Fragne, comprenant 181 arpents
2 denrées de terres, 4 arpents 4 denrées de
friches, 1 arpent de bois, 1 ar|>ent de prés,
et une pièce de prés dont la valeur n*est pas
indiquée 33.300'
Terres labourables : 11 arpents 1 denrée. 3.770
Terres à cbeneirières : 5 arpents 1 journel. • 1 1 .040
Prés : 3 arpents 6 cordes • 0.330
Terres et prés : 36 arpents 3 denrées 13. 500
61.94ff
Loches.
Terres : 30 arpents 7 denrées 13 .720^
Prés : 10 arpents 13.400
27.12y
Benrey.
Prés : 4 arpents 2 denrées 2.850
Bnxenil.
Vignes : 2 arpents 1 latte 1 .400
CHAET» DB L^ABBATB DB VOUS. 41
Biudères.
Moitié du moulin de Buxières et ses dépen-
dances, une pièce de pré» et un jardin • • • 5 . 675'
Terres labourables : 7 1 arpents 7 denrées,
1 pougissée ^ 34.100
Prés : 9 arpents 6 denrées
Terres et prés : 5 denrées
39,775'
Lonfpré.
Ferme de Brué, comprenant H 2 arpents
4 denrées de terres et 5 arpents 6 denrées
de prés 13.300^
Ferme de Bellefleur (finage de Longpré, BU-
gny et Meurville), comprenant 187 arpents
4 denrées de terre et 3 arpents 2 denrées de
prés 15. 600
28.90ff
NeaTllle.
Vignes : 8 arpents 1 faite 11 .225'
VlUe-
Une maison, 6 journaux de terres et un faite de
vignes 3 .200
CSharrey
(Appartenint à la même abbatiale.)
Terres : 326 arpents 1 pougissée 90. 100
Prés : 1 arpent 6 denrées et un demi-arpent
d'enclos. 2 .075
92.175
Total général des ventes partielles 569.601'
¥É cHAVtti 6t l'xÉiai M àoKs.
§X1I.
Ancien plan de Tabbaye. — Raines.
L Nous donnons ci-joint le plan des constroctinDS ei
bâtiments de dépendance qui au XYin* siècle coostituaië
l'abbaye de Mores. Ce plan fait à main-leTée (i), qu^
qû*itnpât^it qu'il soit, a son mérite , et les mesures qui
indique, ayant été exactement relevées, on poorrait as
moyen de ces cotes, lui donner plus de perfection. Si m
rapprochons de ce plan les § V et VI relatifs à Tabbayt
au xv!!** et au xvui* siècles, nous aurons une idée exadede
la disposition dt s constructions.
D'après le plan et le relevé fait sur les ruines, l'êglis
était orientée ; elle avait 56 mètres de longueur, sa lar-
geur était de 10 mètres au sanctuaire, 26 mètres au tran-
sept, 20 mètres dans la nef; la nef avait deux collatéraoi;
le sanctuaire qui était irr/'gulier et affeciait à peuprèsii
forme rectangulaire était dépourvu de collatéral. Au côte
mtéridional de Téglise se trouvait le cloître carré, eiff(sd
une cour avec un puits au milieu (il existe encore). Aumii
du cloître, parallèlement àTéglise, s'élevait ua grand bâti-
ment allant du couchant à l'orient avec un perron èmd
au< itlidi sur de beaux jardina Ils s'étendaient entre l'abtaf
et la rivière d'Ource et étaient traversés du Ivant au cou-
chant par un canal dont le coui*s est parallèle à celui «
rOurce. Au delà de cette rivière Thorison est borné pw»*
gracieux coteaux de vignes de Celles et de Landrtvillc. N
les siècles modernes, l'abbatiale avec toutes ses dépendants
fut construite au levant du monastère et de l'église. I^^
lombier de l'abbatiale a laissé son nom à une pièce de f
(1)11 noOH a été communiqué par M. Alexis Sôctrd, libni^*'
Troyes.
'63 de la SocÂcad.de lkvà\
Tome XXXiril- 1873
1
\i Lalora del
Troyaa J.iUiI)iifour Bou^uol
CHARTES DE l'aBBATB DE ÉOREâ. 43
qui s'étend du côté de la rivière. Au nord de l'abbaye l'œil
86 repose encore sur des coteaux de vignes (|ui forment les
contours du riche vallon de VOurce. Au pied de ces co-
teaux, passait naguère encore, avant la construction de la
route actuelle, Tancien chemin de Celle à Landreville (1).
Les constructions de l'abbaye s'étendaient au nord-est jus-
qu'à ce chemin. L'entrée du monastère était au couchant.
Une avenue d'arbres avec des haies conduisait à une cour,
et un perron introduisait dans la grande aile de bâtiments
sur les jardins.
II. Aujourd'hui l'abbaye de Mores se compose de
quelques ruines peu importantes et qui dis|)arattron4 bien-
tôt. Une partie des murs de Téglise existaient encore
en 1856 (2). La nouvelle route de Celles à Lmdreville
pasf^e sur l'emplacement de la nef et du sanctuaire à la partie
septentrionale. Le corps de bâtiment formant le côté occi-
dental de labbaye subsiste encore : il comprend d abord
l'ancien cellier ; on voit ensuite à Tangle méridional, une
belle construction du xviii" siècle avec Tancienne cour
d'entrée, un perron et la porte inlérieure du monasière, au
premier ébge un balcon. C'est tout ce qui reste du bâti-
ment principal qui s'étendait au midi sur les jardins. A la
partie orientale de ces constructions se voient encore, ados-
sés au mur, les restes d'une partie du cloître avec les ogi-
ves , les colonnes , leurs chapiteaux et plusieurs culs-de-
lampe. Ces ruines mesurent 33 mètres 20 centimètres de
longueur et comprennent huit travées.
A l'ouest de l'abbaye près de la route et sur le cours de la
More est une maison qui faisait partie de la métairie dite de
la Fontaine.
(i) Le chemin prin^îtif de Celles à Landreville passant dans le
jardin fruitier de Tabbaye fut détourné au nord en 1174, et placé
au pied du cotedu de vignes où il existe encore. (Cfir. charte n. 19.)
(2) Annuaire de l'Aube, 1856, p. 17.
44 CBA1TI8 DI l'aBBATB DB MOMES.
ÂTanl de quitter les ruines de Mores^ nons signalcron
dans une chambre, à gauche du perron occidental, au rei-
de-chau8sée, une vieille plaque de cheminée assez corieoK :
elle représente le fait apocalyptique connu sous le nom de
l'Adoration de la bête à sept tètes, à dix cornes et couroonée
d*un diadème (1).
IVojeSi le 21 juin 187S.
(i) Àpoe,^ zm, i-4.
CHARTES DE L'ABBAYE DE MORES
Sans date. 1151.
1. — Samson, Dei gratia, Remonim archiepiscopos carissimo
ac precordiali amico suo Bernardo, Clarevalleiists monasterii vene-
rabili abbati, salutem, et in sancte religionis proposito beat^m per-
severantiam. — Sanctitatis yestre petitionibns débita sollicitudine
anoueateBi apud abbatem et eanonicos B. DyoBtsii muttum dtaqiie^
laborayimuây ut ecclesiam que est apud Moras nobis donarent^ cum
omnibus appendiciis suis ad faciendam ibi abbatiam ordinis Clare-
vallensis : quod quidem vix impetrare potuimus, ceterum Domino
propitiante tandem ipsam ecclesiam cum omnibus appendiciis suis
nobis donaverunt ea conditione yidelicet ut ibidem abbatia Clare-
vallensis ordinis fieret. Nos itaque ecclesiam illam cum omnibus
appendiciis suis vobis et sancte congregationi Clarevallensi conce-
dimus et donamus, ita yidelicet ut ibidem abbatiam Clareyallonsb
oïdinis absque longioris more obstaculo, faciatis. Valeat Sanctitas
vestra in Domino, et pro Nobis, et pro ecclesiis Nobis commissis
jogiter Dominum exoret.
(Trésor des chartes de Tabbaye de Mores. — Opéra S. Ber-
nardi, 1. 1, ep. 435. — Gallia Christ., t. IV, col. 842-B.)
Bibl. nation., fonda franc., 5995, fol. 59 r*.
«
OEABTA FUKDATIOMIS ABBATDL
Sans date. 1152.
2. — Notificetur posteritati nostre quod :
Ansericus de Chacennaico, laudante uxore sua Hubelina et filio
suo Jacobo, dédit in eleemosinam Deo et domui de Moris quicquid
habebat in finagio de Moris, et usuarium totius terre sue in pascuis
omnium animalium, et in silyis, et in aquis, et quicquid eadem
domus posset acquirere de casamantis ejus ab bis qui tenebant ab
eo, libère recipien ium concessît. Testes sunt : Guntherus de Buxe-
ria, Gauffridus frater ejus, Henricus de Chacennaio.
Idem Jacobus, de Chacennaio laudante uxore sua Agnete, dédit
46 CHABTI8 DB l'aBBATB DB MOBEB.
predicte domui de Moris partem snam Terrefrancbe de
conRrmavit etiam donnm quod Ansericas pater sans , eidein àmsà
fecerat, et eo modo quo saperias scripsimas, libère tenauhiB
concessit. Testes sunt : Hilo de Cberrevi, Wiricos de ChacftBnifa,
Richardus do Chacennaio.
Item Guido, cornes Barri super Secanam, filiis snis landanûos
Milone et Willielmo, dédit eidem domai qaicquid habebat in fisap»
de Horis, et qaicquid sui homines ab eo tenebant, si fratres qns-
dem loci ab eis possent acquirere. Petronilia comitissa, qosdea
comitis uxor, laudarit et conGrmayit donum saum, sicat virs
dtsposuit, nam ad dotem ejus ûnaginm iilud pertinebat;
et eidem domai aquam que Ussa dicitoTy qaantam ad fioagioB
illad pertinebat. Utriusque rei testes sunt : Tbomas de Km,
Richardus de Chacennaio, Hugo de Briel, Ganfridus, Craier qia,
Witerios de Merri.
Petronillay Barri comitissa, dédit eidem domai pro mnima m
sui Widonis, et filiorum suorum Miionis et Willielmi, qnicqnii »1
eos pertinebat Terrefrancbe de Cherrevi, sine alia r^entioBe.
Testes sunt : Hugo, capellanus Barri, Tbomas de Barro, ksbm
miles.
Item Agnes, Barri comitissa, eidem domui pro anima Tîri m
com'tis Hilonis, partem quam habebat in Terrafrancha deOier-
revi, sine alla reteatione vel exactione, dédit. Testes sunt : Tfaofltti
de Barro, Richardus dapifer, Hilo de Hort.
Item Thomas de Barro, laudante uxore sua Huduarde, et SSs
Richarde, Balduino, Thoma, Herberto, Hugone, et filia Adelina, el
f ratre suo Heberto Crasso, dédit in eleemosinam predieie dtmà
silvam suam, que vocatur Foresta Beroardi, libère posâdendim
sine ulla retentione vel exact!one. Testes sunt : Mile de Presbyteri-
yilla, Richardus de Chacennaio, Henricus prepositos.
Item Hildierus de Villenesse, laudante uxore sua Flor^a, ecfifii
Milone, dédit eidom domui quicquid habebat in fimgio de Ihns
in bosco et in piano, terras et prata, sme ulla retentione, ab ec*
clesia de Moris usque ad poatem Selarum, et census qnos ati
tenebant ab eo. Testes sunt : Thomas de Barro, Milo de Cbeirefi,
Witerius de Herri.
Wido, abbas Arremarensis, assentiente capitule soo» dédit fm
manvM^ reverendissimi Bernard!, (Uarevallbabb«àtis, prelaiedMë
de Jtoris, terram quandam in finagio de CherroTi, que vcyatar
Honsmedius, a vaile Aymonis Taurini usque ad viam anûquaf
in laaguju ex ui&a parto, ex alia yero parte in latom sic^i vib Taib
CHABTES DE l'a33AYE DE ^fORES. 47
de Teriolo vadit Gherrevi, ex alia vero parte sicat via de valle
Sull na vadit Cberrevi. Ipse autem Monsmedias vadit usque ad
fina^ium Bretignole et Âguleii, et sic dédit domui de Moris quio
qul'l moaasteriura Ârremarense infra hos termines habebat, vel
bomines ejusdem monasterii. Porro de labore et caltura terrarum
§uarum non dabunt fratres de Moris monacbis Ârremarcndibus de^
cimas in omni parrochia de Cberrevi. Domus etiam de Moris ha-
bebit usagium suum in finagio de Cberrevi in hoc quod ibi habent
monachi Ârremarenses. Testes sunt : Odo de Ruliaco, Walterios de
Ciareio, Walterius de Montablen.
Item Milo de Cberrevi, laudante uxore sua Helisabeth, et filia
Lorrete, et fratre suo Evrardo dante cum eodem Milone quidqaid
ad eum de eadem possessione pertinebat, dédit eidem domui de
Moris terram suam de Montemedio, sine ula retentione. Testes
sunt : Thomas de Barro, Werricus de Aiguilleio.
Item Herbertus Crassus,' laudante uxore sua Amyete, dédit
eidem domui quicquid habebat in Montemedio , et quicquid aliud
ab eo ibidem tenebat. Testes sunt : Thomas de Barro^ Wiardus
Morchiers, Werricus de Aiguilleio.
Item Maawis de Cberrevi, laudantibns liliis suis Evrardo et
Theobaido, dédit eidem domui quicquid habebat in Montemedio
usque ad fînagium Aiguilleii, et usque ad vallem Lamberti de
Britanniola; condonavit etiam consuetudinem quam ei debebat
campus quem tenebat Constancius de ConBn. Testes sunt : Jacobus
Chacenaio, Milo de Cberrevi, Gaufridus de Briel.
Glarembaudus de Capis, laudante uxore sua Hermengarde, con-
cessit predicte domui de Moris quicquid ipse tenebat apud gran-
giam de Montemedio et in terriîorio de Cberrevi. Testes suut :
Hilduinus de Vendopera, Petrus Villanus, Herbertus Crassus.
Item Haimo de Bria, laudante uxore sua Saracena et filiis
Hugone et , dédit predicte domui omnia prata sua de Landri-
villa, sub censu G solidorum, reddendo ad festum Sancti Johannis,
et prata que Tigerius tenebat ab eo. Testes sunt : Thomas de.
Barro, Richardus dapifer, Wiardus de Lochis.
Item Arnaldus, abbas Pultariensis, assensu fratrum suorum^
dédit eidem domui omnem terram quam ecclesia Pultariensis hs^
h^bat in suo do^inio in finagio de Moris, et quicquid aliud ab ea ;
teo^t uiura Us^am, et bpscum et planum sine ulla retentione; ab :
hffâtA Hugonis (^ VilluU i^^^que ad pontem SeiarqjQi mh annuQ ,
censu trium sextariorum frumenii, et trium grossi b\34i, domui ^
LandriviMe reddendo a4 fegtum Sancti Remigii. Testes 9uat : Pe-
48 CHAtns DE l'abbati db moub.
trns de Viveriis, Thomas de Barro, Nevelo Ville saper Araaa
Item Hugo de Maignans, laudante nxore saa Regina, et
de Barro, a quo ipse tenebat , dédit eidem domai temm snaai
tam de Montaban et valle Rooth, et nemns, et plannm, el quiequl
habebat apnd Cherrevi in censu et in pratis, snb censa dnodns
denariorum, reddendo ad festum Sancti Johannis. Testes ssat :
Witeros de Merri, Henricos prepositns, Stephanus Cattns.
Item Philippos, frater Stephani Catti, dédit eidon domoi totta
saam terram de Montaban et de valle Rooth, et prau de Cherm
que partiuntar corn Hugone de Maignant, sab annuo eensn dai*
decim denarionim, et hic requirendas est apad Moras ad festn
Sancti Remigii. Testes sont : Richardus dapifer, Ganfridns è
Bria, Guntherios de Boxeriis, Petrus de Cherrevi.
Item Paganos de Javencoart, laudante Thoma, filio sno, défi
predicte domai omnia prata qae habebat apad Blagneiom, eieqiB
prato de Bergeriis sab annao censu qainqae solidomm ad feitsi
Sancti Johannis, ita qaod eamdem censam nalli poterit dare m
domai de Mûris, neqoe vendere cuiqaam nisi prias obtolerit eiiB
domai eodem mercato. Testes sant : Thomas de Barro, Hertierta
CrassuSy Rainaldas de Rice, A]rmo de Bria. Laadayît et hoc n»
ipsias Pagani, Flandrina, et fîlia saa Agnes. Testes sont : Petns
de Cherrevi, Raignerias capellanus de Maresco.
Item Josbertan de Werpilieriis et Stephanas Cattas, laddaBÛe
oxoribas suis, Adelina et Ryaiz, et filiis Josberti , Genaeia et Ho-
gone, dederunt domai de Moris boscum qui vocatar de Fulchm^
et usagiam suum in omnibus, excepte quod fratres de Moris iefnm
ibi non rumpent, nec ipsi qui dederunt boscum, illam posseotalib
dare nec vendere. Testes sunt : Ambertus, filius Hildieri, Wi^nte
de Lochis, Chrystophorus presbyter de Essoya.
Item Stephanus de Villanova et Wido, propositus Barri, dede-
runt eidem domui omnem terram quam habebant in vaib Hildieri
sursum usque ad finagium Landriville« exceptis pratis. Tetts
suni : Thomas de Barro, Herbertus Crassus, Gaufridus de Bria.
Donum Stephani laudavit uxor ejus Ermengardis. Testas suit:
Thomas de Barro, Maugerius Villenove. Laudavit et hoc Gilbertas,
frater Stephani. Testes sunt : Hugo cementarius, Symon de (>
cennaio. Donum Widonis laudavit Maugerius, filius ejus. Tesi»
sant : Herbertus Crassus, Stephanus et Maagerios Villenove. Uo-
davit quoque donum Widonis Sarina, filiaejus. Testes : Stepha»B
camifex, Wiardus de Landis.
Item Herbertus de Villenesse dédit eidem domai, laodantihBS
CHARTES DE l'aBBATB DB MORES. 49
fiHis suis Rasone et Hugone, et filîa Haawis, omnem terram quam
habebat in fînagio de Moris, a Landrivilla usque ad pontem Sella-
ruro, et mediam hastam prati sub molendino, et unam hastam
saper pratum Ricbardi, et onum andennm jaxta pratom de Moris.
Testes sunt : Witalis presbyter, Gaudricas de Merri, Petras de
Poleseto.
Item BoTo de Maignant et Gillebertus de Chacennaio dedenint
eidem domai omnia prata que tenebant a Hilone de Cherreyi in do-
minio suo, in casamentis que partiuntur cum pratis Guerrici de
Aiguilleio, sub censu unusquisque duodecim denariorum ad festum
Sancti Johannis, quem tamen censum de Moris querere reniant.
Laudavit hoc donum Helisabeth, uxor Bovonis de Maignant, ad
quam prata pertinebant, et censum ipsum duodecim denariorum
condonavit eidem domui post obitum suum. Laudavit hoc quoque
Milo, fîlius ejus, et filie Adelina et Agnes. Donum etiam Gilberti
laudavit Wiricus, filius ejus, ad quem prata pertinebant. Testes
sont : Wjllielmus capellanus de Merri, Werricus de Chacennaio,
Hunaldus de Noeriis.
Hugo Maignens dédit eidem domui omnem terram quam habe-
l)at a vinea Joseph usque ad finagium Sellarum, exceptis pratis.
Condonavit etiam censum duorum solidorum quem pro eadem terra
et pro terra de Cherrevi eadem domus ei debebat. Hoc donum lau-
davit Pontius de Berguinuns, ad cujus feodum pars terre perti-
nebat. Hoc donum f^cit laudante uxore sua Regina. Testes sunt :
Thomas de Barro, Wido presbyter, Petrus de Poleseto.
Item Abbas de Molismo, laudantibus monachis suis, prioi'e
Willenc^, camerario Galterio, sacrista Haymone, liberara dimisit
partem illam décime quam calumniavit eidem domui in manu epis-
copi liberam. Testes sunt : Humbortus, decanus Lingonen^is,
Pontius archidiaconus, Wido presbyler, Thomas miles.
Ego Goiefridus, Dei gratia Lingonensts episcopus, totam pre-
sentis acripti paginam laudo et confirmo, et proprii sigilii authoritate
munio.
(Avec quatre sceaux pendans.)
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 55 r*.
1152.
3. — Petro Dei gratia venerabili abbati Sancti Pétri de Cella (1)
(rater Bernardus Clarevallis vocatus abbas salutem, et quas potest
(I) Lecélèbrt Pierre de Celle, abbé de Montier-la-Celle, près Troyet.
T. XIXVII. 4
50 CHAITES DE l'aBBATE DE MORES.
orationes in Domino. Concedimus et confirmamos Tobb et M
yestre farnnm apad Trecas positam qai erat domas nœtre à
Moris, qniaenim fratres nostri ejusd'm modi redditustenefeii»
possunt, permannm nostram qui eumdem locum edificantxt^
XLIII libris qnas in edificationem loci ipsios expenderant, fobisd
domui vestre libère obtinendaro tradiderunt. Qnod nosntoib
beri volumos et sigilii nostri impressione firmamos. Testes sot
fratres domus vestre : Petrus prier; Joceliinus, snbprior; Siefb-
nus, prepositus; Vaalcberus quoque et Rainaldos cellerarii naâii
et Fromondus qui locum ipsum edificabat. Actum anno abkir-
natione Domini M. C. L. IL
Montier-la-Celle. Vieux Cartul, fol. 26 y* et 79 1«, -
Arcb. Aube. Invent, Montier-la-Celle, fol. 50, n. 92.
— Op. S. Bemardi, t. I, ep. 4i9.
1154.
4. — Ego Henrious, Trecensium cornes palatinos, senis De
in Claravalie et in abbatiis pertinentibus ad illam degenûbas^
anima mea et patris mci, clementer indulgeo, ut in totaterraao
fratres eorum nullum omnino thehneum, nullum pedagiam, bsI-
lam consuetadinem exsolvant; ad nundinas meas libère siœai-
qua exactione emant et vendant que usibus suis necessarUeniBi,
nec a ministris aut oiBcialibub meis molestiam antgramaai»
injuriam aliquam patiantur, sed homines mei in omnibos kcis ^
teneant pacem.
Ut igitur intégra eis et illibata permaneant que ob sal^
anime mee illis concedo, nec istud beneficium meum aliqna f^
oblivione deleri, presentem cartam ad munimen eoramd^ ^
trum conscribi et sigilii mei impressione insigniri et mctorit^
precepi. Decerno etiam et indissolubili concessione coofinnoS
bec pia donatio mea nulle in posteruro tempore a successoribas^
heredibus meis, nec a quoquam bominum occasione qualibetiB&ii^
gatur.
Hujus rei testes snnt : Hilduinus de Yendopera, Waltefvs^
Bernun, Drogo de Pruvino.
Actum anno ab Incarnatione Domini Ho C<> L® IIII^ r^D^
Ludovico juniore, Francorum regechristianissimo; Godcfredolifi*
gonensi episcopo. Tradita Barri per manum Willelminotarii.
Blbliot. nation., fonds franc., 5995, fol 70 r*. -
Cartul. Clairvenuc, Cêinit. *^n^Minit VI.
CHARTES DE l'aBBATB DE MOUS. 51
1155.
6. — Ego Godefridus Lingonensis episcopos notum esse volo
qnod Wido^ abbas Molismensis laude et assensu monachorum
suonim, Willenci prioris^ Walterii camerarii, et Hugonis cellerarii
et Haimonis sacriste et Raingerii de Larreio et aliorum, gaerpivit
per manum meam et quietam clamavit fratribus de Moris decimam
terrarom illarum quas tune temporis possidebant et incolebant in
finagio Villenesse.
Actom anno Domini MCLV.
Bibl. nation., fonds ttMç,, 5995, fol. 60 r*.
1158.
6. — Ego Henricus Dei gratia Trecensis episcopus notum facio
quod Agnes domina de Chacennaio, laudantibus filiis suis Thoma
et Ayrardo, concessit ecclesie de Ripatorio Guerpiyit preterea
predictis fratribus terras et prata que ecclesia de Moris eis contuUt
in finagio de Lusigne... Hujus rei testes sunt : Johannes capellanus
Sancte Marie Trecensis, Daymbertus presbyter, Bencelinus de
Malaio, Hugo de Fonteto.
Aotum ab Incarnatione Domini MCLVIII.
Archh. Aube, origin, Larr¥xnur, — CmrtuL
Larrivow, fol. 3 v*.
H63-1165.
7. — Ego Galterus Dei gratia Lingonensis episcopus notum
esse Yolo presenlibus et futuris quod Raxo et Hugo frater ejus de
Yillenesse dederunt Deo et domui de Moris quidquid babebant in
parrocbiatu de Villenebse et in finagio de Moris in quibus emolu-
mentis sine alla retentione, et in bosco et in piano, in terris cultis
et incultis^ et in pratis et in aquis et in censibus sub juramento
promittentes fideliter de bis si qua forte oriretur calumnia suam
pro posse se poiUire garentiam. Facta est autem bec donatio per
manum domini Godefridi venerabilis quondam nostri predecesso-
ris (1). Testes sunt idem dominus Godefridus, et Manasses tune
comes Barri, et Hugo proesbyter de Villenesse.
Laudaverunt hoc donum Agano de Calma^ et Hugo decanus, et
(1) Cette donation se place en 1163 an plut tard, année de l'abdication de
Geofllroi.
52 CHABTBS DE l'aBBATE DE MORES.
Droco et Aymo fliii ejos, et LebalJos frater Aganonis et Frtji-
cetus et Lebaldas frater ejas de Danceneto, concedentes et in dê^
mosinam rémittentes omnem querimoniam qaam super his dooi-
tionibus adversas prefatam domum de Moris moyebant. Tesies
sunt : Raduiphud abbas Longivadi, et Willielmus abbas de hM
Ripa,.RaiDaldascellerariQ3 Clarevallensis. Hoc et totom laudire-
runt Abelina, uxor predicti Aganonis et Sibilia uxor Droooois «t
Hugo filius ejus de Sibilia, et Adelinda neptis ejas^-et Passa oxv
Aymonis, et Freherius filias ejus, et Aymo Caygne, et Rispamor
ejus, et Gilla, et Agano Glius ejus. T^^stes fuerunt qui sopri et
Rainerius de Mare^co et Willencus de Castelio, et HiJdieros à
Galidofurno, milites.
Actom anno Domini MCLXY.
Bibl. nation., fonds franc., ^996, fbL 63 r.
1164.
8. — Ego Milo Dei gratia Molismensis abbas oum totios capmiE
nostri assensu, paci presentium et futuromm providentes, littm
presentibus, omnibus notiCcamus et testificamur quod ooocessiBB
ecclesie de Moris quidquid babebamus in parrochia in decimis tf
omnibus ad jus ecclesie pertinentibus^ et quidquid etiam de Dokè
tenebant homines nostri in parrochiis de Villenesse et de Morb» et
quidquid nos tenebamus in censu vel quolibet reditu vel in pliao
et bosco, in pascuis, in pratis, in aquis et in omnibus omniu
emolumentis, in ipso territorio de Villenesse et de Moris, et nsqne
infra parrocbialem terminum de Villenesse sub annup oensu cee-
tum solidorum quem persolvent nobis annuatim statatis doobas
terminis, videlicet in' die feslo S^^ Joannis quinquaginta soliéos
aut in crastmo, et crastiuo beati Remigii, yel in festo, alios quin-
quaginta solidos, et hoc in capitule nostro. Si vero aut ne^ectt
aut ignorantia contigit prefatam ecclesiam non solrere oeosna
prefatum terminis detinitis, reddent pro lege census qninqne sot
dorum si nos voluerimus accipere. Ad hoc vero laudandom el
conlirmandum dedit nobis prefata ecclesia ducentas iibras. Nos
autem et nostre utilitatis sueque solliciti, litteris assigoari et cap*
tuli nostri sigillé nostro muniri decernimus, ut nulU inter nos et
ipsos super bec facta controversia oriatur.
Actum est et datum est anno Domini M« O* LXIIIl^.
Bibl. nation., fonds franc., 59d5, fol. 64 f.
CHARTI8 DE l'aBBATB DE MORES. 53
1165.
9. — Ego Manasses, cornes Barri saper Sequanum, notum esse
Tolo presentibas et futuris quod, laudante Theobaldo, fratre meo,
dedi et concessi Deo et fratribus deservientibas apud monasterium
de MorîSy in Hainardi ejusJem monastifii abbatis manu quidquid
habebam et alii de me tenebant in villa de Villenesse et infra par-
rochiatum ejasdem ville in omnibus emolumentis et in bosco et in
planOy in terris cultis et incultis^ in pratis, et in aquis, secundum
divisionem ipsius finagii que a parte Landiville facta est me
présente et precipiente coram militibus et ministerialibus meis.
Laudo preterea antiquam communitatem de pasturis consuetam
inter prefatam Villenesse et Landivillam^ que videlicet talis est
quod libère absque damno faciendo pasturam habebunt, ita dum-
taxât ut si forte ab animalibus vel pecoribus eorum illatum fuerit
damnum, et cui factum fuerit ad notitiam capellani et duorum le-
galium hominum de Landivilla capitale re^t tuetur. Hujus autem
nostre donationis testes sunt : venerabilis do minus GodefriduH epis-
copus quondam Llngonensis, frater RainarduscellerariusClarevaU
lensis, Christophorus le Roches, Hugo de Villenesse, capeliani ;
Milo de Avaloura, WiarJus Soltanus, milites; Petru^ et Joannes,
tune prepositi de Barro. Porro de laudatione fratris mei ibeobaldi
testes sunt : Hugo de Fonteta, et Wiardus Soltanus, et Agnes do-
mina de Cbacenaici. Actum anno ab Incarnatione Domini mille-
simo centesimo sexagcsinio quinto.
(Avec le scel des armes du susdit conte, qui est un aigle
ayant son regard en hault et les aisles esparpillées, à l'en-
tour duquel scel sont gravés ces mots : Manasses cornes
Barri super sequanam.)
Dibl. nition., fonds franc.» 5995, fol. 65 r.
1165.
10. — Ego Henricus Trecensis cornes palatinus présent! scripte
notifîco omnibus presentibas et futuris, cum nostri autboritate si-
gilli, quod Manasses comes Barri super Sequanam in presentia
mea donavit Deo et monasterio de Moris et concessit sine ulla re-
tentione quicquid babebat in omnibus emolumentis in villa de
Villenesse et infra parrochiatum ejusdem ville in nemoribus et in
terris cultis et incultis et in aquis. Ut autem bec comitis donatio
firma prefato monasterio permeneat, testificor quod prefatus comes
54 CHABTBS DE l'aBBATB DE MOUS.
me posuit responsalem in garentiam qnam fidelîter conctis fith
portabit; quod si contigit etiam alium esse comitem quam 'fm
Manassem in comitatu Barrensi, lune de sua donatione promis pv
manum meam se garentiam portare, aat si talis yenim conn
qaem eam portare non po«set, ego som po^itos ab eo lideja^tf,
et responsalis quod pro gravaminibus suis idem MaoasBKfiete
monasterio M. solidos Trecensis numete resûtn^
Acuim est anno M^ C^ LXV^
Bibl. nation., fonds franc., 5995, M. 66 r.
Sans date, yers 1165.
11. — Ego Manasses dictns cornes de Barre tam pKsotile
qùam futuris paci prospiciens, voie omnibaspresentbscriptiattfr
tatiône sciri quod frater meus Theobaldus remisit et miiBsà
dbmui de Moris querelam quam habebat adversos eamdâfl k-
mum; preterea Terramfrancam que adjacet grangie de loris a
Montemedio site laudavimus, ego Hanasses et idem fnter im
Concessimus eamdem Terramfrancam predicte domoi jarep^
tuo possidendam in eleemosynam pro anima patris mei cmà
Milonis. Hanc etiam eleemosjrnam ego et sepe dictas frater m
fecimus per manum venerabilis patris domini Gaodefridi, Ui^
nensis quondam episcopi. Hujus rei testes snnt : idem Godefriàs,
et Milo de Araloura, et Maugerius senriens meus et alii ^^
qfui hoc audierunt et viderunt.
Bibl. nition., fonds franc., 5995, fol. 66 r.
1168.
12. -* Ego Henricus Trecensium palatinus cornes notmabs
quod Hugo de Puteolo comes Barri totam querelam quam de ^
lenessa et de omnibus illis que ad Villenessam pertinent adTersBi
domum de Moris habebat, in presentia mea quietam omniooc^
marit propterea quod ipse de charitate ejusdem donnas miDe^
lidos habuit, et ego utori ejus XL dedi quia hoc laadavitdoBni'
AnnoMoCoLXoVIIK
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol 67 r.
Sans date. 1168.
13. — Galtems Dei gratia Lingonensis episcopns notao«^
tolo Ipresentibus et futuris quod Hugo de Puteolo cornes b^
super SequàOâiÉi, laudante Petronillâ, oonjuge sua, de c^nsa^f^
CHA1TE8 DE l'aBBATE DE MOBES. 55
res erat, concessit Deo et domui de Horis quidquid ad ipsum per-
tinebat, de quo conventionem tam ad fratres de Moris, tam ad mo-
nachos Molismenses quam ad diverses fecerat, scilicet quidquid
tenet eadem domus in finagio de Villenesse et de Moris. De conces-
sione vero ejusdem, que facta est in presentia comitis Henrici,
testes sunt : Roricus, Meldensis archidiaconus, Aicius de Planée,
Ansellus de Triagnello, Droco de Pruvino. Porro de laudatione
Petronille, uxoris Hugonis, testes sunt : Haymode Brier, Wiardus
Soltanus, Hugo capellanus de Ostricurt , frater Galcherius, frater
Joannes de Possessa, monachi Clarevallis.
Bibl. Dation., fonds franc., 5995, fol. 67 v*.
Mention dans VArt de vérifier les dates 1 1. XI, p. 294.
1168.
14. — Noverint tam présentes quam futur! quod ego Rainaldus,
Dei gratia Pultariensis abbas^ conce^si Deo et Béate Marie de Moris,
consilio et assensu totius capituli nostri, quidquid babebamus in
valle Arelianensi (1), sicut mete ad hoc posite déterminant et di-
vidunt, que vallis sita est in parrocbia de Landrivilia : est enim
prier meta posita in colle que est inter duas vallulas, alia ad ra-
dicem col lis, tertia vero in média val le, quarta subtus viam que
ducit ad Villenesse usque ad fines Sellarum. Insuper concedimus
eidem ecclesie quidquid babebamus et quidquid alii de nostro teoe-
bant infra parrochiales termines de Villenesse, sine ulla retentione,
excepta parle nostra prati de Botula^ pro quibus omnibus ecclesia
de Moris annuo censu dat nobis quinque sextarios annone, me-
dictas cujus est frumenti, altéra grossioris annone. Qui videlicet
census ad festum Sancti Remigii redditur priori de Landrivilia re-
quirenti apud Moras. Testes sunt : Guido prier, Nivardus cellera-
rius, Evrardus sacrista> Gaufredus cantor, monachi nostri; Guido
capellanus de Villa super Arciam, Wiardus Soltanus, Petrus de
Poliseto, Hainardus abbas de Moris, Joslenus celelarius, Petrus
hospitalis, Renerius villicus noster de Landrivilia.
Actum est anno ab Incarnatione Domini M® Cfi LXVIII^, Indic-
tione 1% régnante Ludovico Ludovici régis filio.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 68 r*.
(1) Valoricnt et taloUens.
56 GHARTI8 m l'aBBàTB de M0BX8.
1169.
15. — Ego Nicolaas decanus Vendopere notmn ficio fBi
domina Arnica de Villa super Ârciam, pro anima fitii soi Tboae
dédit domui de Moris quatuor falcatas prati quas Hugo de Locb
et frater suus ad medietatem faciebant, et juxta praiam doo jor-
nalia terre et alia duo jornalia terre de Cray jaxta moleiidiBra
de Sellis. Hoc laudaverunt filii ejus Guatheriis et Ha^o, ^ fii
Helysabeth et Dammeta.
Actom est anno Domlni H" & LXIX^'.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, foL 69 r*.
1170.
16. — Le comte Henri donne à Tabbaye de Mores une maisn
sise à Troyes au faubourg Croncels.
(Rouget, Recherches historiques sur la ville et le cowUé U
Bar-sur-Seine, mentionne cette donation p. Ii8.)
1172.
17. — Ego Galterus, Dei gratia Lingonensis episcopns, notas
esse volo quod Laurentius et OJo de Vendopera^ fratres, oonee»-
runt in eleemosinam domui de Moris qui Ji{uid ipsi tenebant infri
parrochiales terminos de Blaingneio^ Cherrero et Lochis. Besè
casamentis predictorum fratrum Laurentii et Odoois et coDoeasb-
nem Odonis laudavit uxor ejus Bietrix.
Actum anno Domini Mo G® LXX® n<».
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 70 f*.
1174.
18. — c Manger, prevost de Bar-snr-Seine, bailla à l'abbé àt
Mores quelques héritages qu'il avait au village de Yillenesse doss
forent passées lettres en présence de Gaultier, évasque de Langres. t
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 73 r*.
1174. Avril.
19. •— Notum sit quod ego Hugo de Puteolo comes Barri concedo
et in pace dimitto querelas quas habeo adversus ecclesiam de Moris
de acqu'isitione Yillenesse et de translatione pablice vie qae erat ii
CHAITB8 DB l'aBBATE DB MOBBS. 57
pomerio Morensi» et de yinea que est inter Faiolam et Tallem
Hildieri, et de Terrafranca grangie Montismedii in territorio de
Ghierrevii, et ceteras omnes querelas quascamqae hactenus haboi
ad versus prefatam ecclesiam^ bas, inquam, omnes dimitto propter
Deam et propter venerabilem dominum Eskilum Lundensis ecclesie
arcbiepiscopum et Sedis Apostolice in Dacia legatum, qni me i^de
rogare dignatus est (1). Concedo etiam prefate ecclesie usariam
piscationis in flumine Uxe a ponte Sellarum nsque ad pontem Yille-
nove, et ne super bis aliqua contraversia oriatur, laudo et confirmo
omnia ad jus meum pertinentia dequibus bodie investi ta esteadem
ecclesia : quodne aliquando possit infringi, sigilli mei impressione
Yolo communiri. Hujus ergo donationis mee testes sunt : venerabilis
arcbiepiscopus supra nominatus, domJDus Manasses Lingonensis
ecclesie decanus, Cbristophorus quoque capellanus de Locliis, Hugo
Gortardus et Jeremias de Werpillcriis, milites. Hec omnia laudavit
Petroiiilla uior mea, cum liberis meis Milone, Helvide et Margarita.
Porro de laudatione comitisse uxoris mee, et Helvidis Qlie mee
testes existunt : predictus capellanus de Barri, Haimo d'Ostricourt,
Hulricus frater vicecomitis Barri, Balduerius de Buxo, milites;
Nicolaus quoque prepositus Barri. De laudatione vero Milonis filii
mei et Margarite filie mee testes sunt isti : supradictus dominus ar-
cbiepiscopus; Petrus capellanus de Baleood; Hugo de Buxi, cano-
nicusTreceasis; Ricbardus de Barro, Milo de Aisy, milites; Nicolaus
prepositus Barri.
Factum est boc^ anno ab incarnatione Domini M9 O* LXXIHI^
mense aprilis.
(Scellé d'un grand sceel de cire blancbe auquel est empreint
on bomme armé estant à cbeval.)
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 73 y*.
1174.
20. — In nomine Patris et Filii et Spiritas Sancti. Ego Hugo, Dei
gratia, Suessionensis episcopus, notum fiefi volumus quod Rogerius,
miles de Tbou, et duo filii ejus Bemardus et Rogerius, venientes in
presentia mea, dimiserunt domui de Moris omnem querelam quam
babebant adversus eam de vinericiis, pratis et terris apud Yalbon-
net et apud Yillenessam, et cuncta omnino ad jus suum pertinen-
tia, de quibus investita est ecclesia de Moris, concesserunt ei in elee-
(1) Sur EikUe cfr. Migne. Op. S. Bemardi, t. IV, col. 1555, G.
58 CHARTES DB l'aBBATB DE MORES.
mosynam, et eam idoneis testibas axor predicti Rogeni,BNAfc
nomine^ et Manasses, filins eorum, predictameleemosjiumioiR-
sentia mea laudaverunt et concesserunt.
Actom est anno Domini M^* C^' LXXini^.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 74 r.
1175.
21. — Wiardas de Landis laadante filio sao Hogoneet
saa dédit in eleemosynam domui de Moris alodium saumdeBoS'
riis, scilicet mansas et censas quos in eadem villa habebat, etiff-
ragium cnm decimis pasturisque.
Actnm anno Domini M® C® LXK9 V®.
Bibl. nation., fonda franc., 5995, fol. 75 1*.
1175.
22. — Ego Galterins, Dei gratia Lingonensis episcopns, »•
tnm esse volo presentibus et futuris quod Peiros MalenutritE
quietum clamavit et dimisit in eleemosynam domni de Moris offin
meteonum frumenli, qui ei annuatim debebatur, et illam parts
quam habebat in prato Hagonis de Baxeolo quod est jaxufoi®
More, et omnem querelam quam habebat adrersus eanutasi^
mum.
Actum est anno Domini M© C^ LXX® \^.
Bibl. nation., fonds (ranç., 5995, fol. 75 v.
1176.
23. — Ludovicus, Dei gratia Rex Francorum. NoverintoBiiis
présentes et futuri Nos , pietatis intuitu , monasterio Saicte fc«
de Moris liberaliter concessisse que necessdria sunt calcianieaû^
indumentis, viclualibus, volentes ut a propriis pedagiisnoslrêp
tolam terram nostram liberi et immunes exstant. Qaod ut perpî^
stabilitatis sortiatur fulciraentum, presentis scripti pairocinkx^s-
gilli nostri authoritate precepimus communiri.
Artum est Clare?alli anno ab Incarnatione Domini I''^
LXXVP.
(Avec un grand sceel de cire jaulne.)
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol 76. i*-
CHARTES DB l'aBBATB DB H0RB8. 59
Avant 1180.
24. — Ego Galtenis, Dei gratia Lingonensis episcopns, notam
esse volo qnod Wiardus Soltanus, laudante Qxore sua Margareta,
et filiis Guidone et Werrico^ et genero suo Wiardo de Capis, dédit
Deo et domui de Moris quicquid habebat in finagio de Yillenesse,
sine alla retentione, et quidquid ab eo homines sui tenebant ibidem.
Promisit etiam idem Wiardus Soltanus quia si quando de bis contro-
yersia oriatur, ipse donatiouem banc cum pace fideliter manu tene-
ret et tueretur. Hujus rei testes sunt : Fromundus et Renaldus,
monacbi Clarevallis; Hugo et Petrus de Fonteto. De laude Marga-
rete uxoris et Werrici filii Wiardi soltani, testes sunt : Girbertus
et Gaufridus, capellani; Milo de Avaloura^ et Ulricus de Lineriis.
De laudatione Widonis filii et Wiardi generi Wiardi Soltani, testes
sunt : Everardus servus.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 82 v*.
1180.
25. — Ego Manasses, Dei gratia Lingonensis episcopus notum
fieri yolo tam futuris quam presentibus quod Haimo, fllius Gaufredi
de Noers, dédit Deo et Béate Marie de Moris, et omnibus ibidem Deo
seryientibus, quidquid babebat in finagio de Landririlla, in de-
cimis, in censu, in terris, in pratis, in vineis et in omnibus, absque
ulla retentione, emolumenlis. Hoc donum concessit Petrus frater
ejus. Testes sunt : Nicolaus decanus de Yendopera^ Christopborus
capellanus de Lochis, Gaufridus capellanus de Merri, Hugo de
Pateolo comes Barri, et Adam yicecomes Barri, et Tebaudus de
Fresnoy. Hoc totum laudavit Hermengardis uxor predicti Pétri, et
filii sui : Guido, et Gaufridus, et Hugo, et filia e]us Gersens, et
Adelais, et Ysabcl. De laudatione Guidonis testes sunt : predictus
Nicolaus, Cbristophorus de Lochis^ et Airardus dominus Chacen-
naii. De laudatione vero Henomengardis et Gaufredi filii sui, et filia-
rom ejus, testes sunt : idem Nicolaus, et Chnstophorus de Locbis,
et Andréas prier de Yiveriis.
Actum est hoc, anno ab Incamatione Domini M^* C^ LXXXo.
Bibl. nation,, fonds franc., 5995, fol. 78 r*.
1182.
26. — Ego Manasses Dei gratia Lingonensis episcopus notum
yolo fieri quod Maugerius prepositus Barri, in mea presentia cons-
60 GHAKTBS DB L ABBATB OB MOI».
titutos, abrenanciayit per manam meam omnibus qnerelisqoasii-
yersos domain de Moris habebat, et qaicquam in fînagiodeXorèfli
de Yillenesse, sive in alo'lio, sive in feodo, sive in ceDSii,Tdiiin-
dimonio aat alio quovis modo possidebat, seu jure aliquoRcb-
mabat, libère et quiète predicte domui in pace dimisit,exeep(oeo
quod tenebat Odo de Moroch, de tenemento Stephani qoondafflBvii
prepositi, patris sui. Promisit insuper in manu mea quai in pn-
dictis finagiis nihil ultra conquiretur^ neque in vadimonio, Wfâ
proprietatis jure, seu alio quolibet modo possidendum; et ebei»-
synam quam Stephanus prepositus et Emeniardis oxor ejos et-
clesie de Moris fecerant, in omnibus de quibus iny6stita^e^
clesia de Moris in alodio Sellarum, a yiayallis Saleis asqaead|Ktt-
tem Sellarum et usque ad montem Orgel, laudayit predictoslaa-
gerius, et eidem ecclisie confirmayit. Hoc et laudayit Stephaons,
filius predicti Maugerii, et Sybilla, uxor ejus. ItemPetronill:^aiûr
Hugonis Goriardi, et Joannes, filius ipsius, dederunt Dec et»*
clesie de Moris landam unam que est subtus Cherreyi, joitaba-
dam de Moris, et eleemosynam quam predictus Hugo proaniBUsa
eidem domui fecerat, laudayerunt. Usuarium yidelicettotiaston
sue de yilla super Arciam et de Maignant in pascuis oamioni ait-
malium et duodecim denarios censuales condonayit, qooseiai-
nuatim debebat eadem ecclesia de turris existentibu3 apiidgraii{iai
Montismedii. Hoc laudayerunt filie eorum Lucia, Aaiis, Agad.
Adelina.
Actum est anno Domini M® G® LXXX^ H^.
Bibl. nttioo., fonds fitoç., 5995, fol, 80 r*.
1182.
27. — Ego Erardus, dominus Chacennaii, notum ficio fvi
laudante Mathilde uxore mea, dedi in eleemosynam et cotm
domui de Moris, et duabus ejus grangiis de Fraxino et deSpu
omne usuarium in pasturis omnium animalinm in tota tem dki,
et omne usuarium in aquis et in silyis, absque donare etyeodere,
et excorticare quercum stantem. Lau.layi etiam et concessi atpn-
fata domus de Moris de casamentls meis acqnirat quantam pot^
et libère ab iis qui casamenta tenent, quod acquisierit reeipbt-
Laudayi etiam eleemosynam patris mei, quam fecit ecclesie eiis
de terra de Cherreyi, que dicitur Francaterra.
Actum anno Domini M» C^ LXXX® 11^.
Bibl. OiUou., fonds ftranç., 5995* fol. 81 r*.
CHARTES DE l'aBBATE DE MORES. 61
1186.
28. — Notum sit quod ego Ansericus, dominas Montis Regalis,
concedente uxore moa domina Sibilla, et filiis meis Anserico et
Joanne, pro remedio anime mee, et jam dicte uxoris mee, et ante-
cessorum nostrorum^ concessi in eleemosynam, et remisi domui de
Moris pedagium Divionis, quantum fratres ejusdem domus apud
Divionem de rébus suis persolvebant. Dedi etiam prefate domui in
eodem pedagio annuatim quadraginta solidos Divionensis monete,
vigilia Exaltationis Sancte Crucis, in eadem villa, persolvendos.
Testes sunt : dominus Joannes de Arceis, Guido Befor, Guido
Fardel, Robertus juvenis, Renaudus notarius meus, Petrus prepo-
situs, Joannes de Autisiodoro.
Actum est hoc anno Domini M^ O LXXXVI<».
Bibl. nation., fonds franc., 5935. fol. 85 r*.
1183.
29. — Ego Hanasses, Dei gratia Lingonensis episcopus, notum
facio presentibus et futuris quod Garinus de Landririlla, yeniens
ad religionem, dédit in eleemosyiiam domui de Moris quoddam pra-
tum subtus yiam que est antedomum leprosorumde Landrivilla, et
terram qnamdam juita eamdem domum, et duas vineas quarum
nna est in valle Castin, altéra in Longines. Hujus rei testes sunt :
Nicolaas, decanus tune Vendopere; Christopborus, capellanus de
Lochis; Maugerius, prepositos Barri; qui récognition! ejusdem
eleemosyne affuerunt; magister Maubertus et idem Cliristophorus.
Actum anno Domini Mo Qo LXXX» Illo.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 83 r*.
1184.
•
30. — Ego Manasses, Dei gratia Lingonensis episcopus, notum
fieri Yolo quod Haimo de Ostricourt ecclesie de Moris dedit in elee-
mosynam, et libère concessit possidendum censura, quem sibi an-
nuatim debebat eadem ecclesia VI sext. frumenti. Hanc donationem
landaverunl uxor ejus, comitissa^ et filii ejus Hugo scilicet et
Guillelmus. Census vero iste Aimoni de Ostricourt ab ecclesia de
Moris debebatur, pro pratis que habebat in finagio de Landrivilla.
Hujus donationis testes sunt : Christopborus, capellanus de Lochis,
Hugo, capellanus de Ostricourt, Hugo, monachus Glareyallis et
62 CHARTES DE l'aBBATE DE MOUS.
medicus; Joannes, filius Hugonis Goriardi, fratw JosleniUi noir
chus de Horis.
Adam est hoc anno Domini M» C<» LXXXo IIII*.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, tslUf.
1186.
31. — Ego Manasses, Dei gratia Lingonensis episcopoSjiHtu
facio presentibas et futuris quod Herbertns, abbas Faim
censis (1), lande et assensu capital! soi, dédit in preseotia ifl
monasterio de Horis, in omnibus emolumentis^ quidqoid hakto
monasterium Faverniacense in finagiis de Bnrre, deBbii»,
de Cherrereio, de Buxeriis, de Villa super Arciam, delAfc
Landrivilla, et quidquid alii tenebant in prenominatis fioajiHa
monarterio Faverniacense. Huic donationi abbatis preseetes fo-
rant de suis : Morellus, sacrista Fayerniacensb ; Willelmas, b(^
nachus ejus; Joannes, capellanus ejus; magister Hago; Widoiie
Bruyre, qui testes sunt quod supradictam donationem iti ah»!^
fecit, quod in determinatis finagiis nihil retinuit. Si auternoo^
terio de Moris aliquoties nata fuerit calumnia, legitimam pia*
tiam ubique monasterio de Moris Faverniacensis abbas portée
sane quandiu abbas Faverniacensis erit in terra illa pro piott
ferenda, propriis expensis fratres de Moris procurabont. Sdeita
vero quod XXX solides primum reddet monasterinm de Moris s*
nuatim pro recompensatione monasterio Favemiacensi, ia ^
Sancti Mammetis apud Lingonas, vel infra octavaseJQsdeDki&.
sine occasione. Testes sunt : Lambertus, archidiaconus; Eanar-
dus, prepoftitus Sanctorum Geminorum ; Petrus , decanas Bvn;
magister Tbeobaldus et magister Gi^ardus de Vangionirivo.
Actum anno ab Incamatlone Mo O^ LXXX<> VI^.
Bibl. nation., fonds fnnç., 5995. fol. 85 f.
Sans date. 1186.
32. — Manasses Dei gratia Trecensis episcopus... NoTeriti^
versitas vestra controversiam fuisse inter ccclesiam Celkosea^
ecclesiam de Moris super nemore de Juviniaco etquodamf^
Trecensi qui dicitur de Moris, que discretis viris medianiitei
abbate scilicet de Longovado, abbate Beaii Lupi Trecensis, i^^
Milone de Sancto Fidolo milite, Roberto de Insulls preposâû, i
(1) Fifernay, diocèM de Besanfim.
1
CHART£S DE l' ABBAYE DB MORES. 63
banc moduin sopita quievit : concessum est ecclesie de Moris qnod
in pretaxato nemore omnimodum prêter extirpalionem haberet
asuarium, predicto furno absque omni calumpnia ecclesie Cellensi
in perpetuum rémanente. Unde et ab eadem Cellensi ecclesia rece-
pit ecclesia de Moris VII libras. Nos vero eidem ecclesie de Moris
LX solid. pro bono pacis persolvimns.
Archiv. Aube. Origin. Montier-la-Celle. — Jeugny, n. i.
Invent,, t. 1, fol. 72, n. 34 et fol. 174 r«, n. 1.
1186.
33. — Ego Hugo, abbas de Moris...
(Il acquiesce à la sentence de Manassès, évoque de Troyes,
rendue en présence de Raoul, abbé de Longuay, Guitère, abbé de
Saint-Loup de Troyes, Milon, seigneur de Saint-Phal, au sujet du
bois de Jeugny et du four de Mores à Troyes.)
Actum anno Domini Mo Co LXXX» VIo.
Archiv Aube. Origin, Montier la Celle. — Jeugny, n. 2.
Invent., 1. 1, fol. 174 1-, n. 2.
H89.
34. — Ego Dominions, Dei gratia decanus Tornodorensis, no-
tum facio cognitum fuisse in curia Tomodoria Comitisse, Odonem
injuste querelam exercuisse adversus domum de Moris pro qui-
busdam possessionibus quas dicebat sui juris fuisse in finagio de
Yillenesse et de Moris. Fratres vero predicte domus de Moris, pa-
cem ipsius babere cupientes, licet eos injuste vexaret, tamen XX so-
lides ei ex charitaie dederunt, et omnem querelam quam adversus
eos injuste exercuerat, in bona pace guerpivit, tam ipse quam uxor
ejus nomine Emelina. Hoc totum laudavit Agnes, Glia eorum, et
sponsus ejus Hugo, et Colinus, filius Odonis, et filie ejus Ruhuleia
scilic^t et Dameruns, datis eis pro laudatione quinque solidis.
Testes : Mauricus, sacerdos de Parecio; Radulphus, sacerdos de
Mariaco; Gaufridus, sacerdos de Die; Droco, cellerarius de Quin-
oeio; Gaufridus, miles de Pascuo; Colonus, prepositus; Hachardus
de Castellione; Gosduinus textor.
Actum anno Domini Mo Qo LXXXo IXo.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 87 f.
H90.
35. — Ego Manasses, Dei gratia Lingonensis episcopus....
... Item Albericus miles de Essoya par manum meam dédit in
1
64 CHARTES DE l' ABBAYE DE HOBIS.
eleemosynam domui de Moris^ partem snam pastare de laipai
Laudavit hoc Saracena, uxor prefati Alberici, et filii ipsonusSip
et Jobertus, et filie.
Actam anno Domini W^ & XC<>.
Bibl. nation., fonds Crasç.. 5995, fol. 89 ret9Ûr.
1190.
36. — Ego GarnerÎQS, episcopos Lingonensis, notam luiù^
Radulphus, frater domini Hildieri de Barreio, itorus Jerost^M
dédit ia eleemosynam Deo et ecclesie de Moris quarum pm
brossarum secus Coriol que sua erat.
Actam anno Domini M9 C^ XC<*.
Bibl. nttion., fonds Ihmç., 5995, fol SOr.
1194.
37. — Notum sit presentibus et fntoris quod ego WiDietaï
Vienne^ Matisconensis cornes, dedi et concessi ecclesie CbrenË
et de Moris pedagia per totam terram meam, pro remédie vm
patris et matris mee, et antecessorum meoram, pacifiée etn^
liter possidenda.
Actam anno Domini M» €<> LXXXXIIIIo.
Bibl. naUon., fonds franc., 5995, fol. 90 r.
1194.
38. — Ego Clarembandas, dominos de Capis, notnm fit»*
dédisse in eleemosynam, et acquitasse domui de Moris, (p^
tenebat et investita erat eadem e* clesia de Moris, de cas»»*
meis a Chierreve et in fînag'o ejasdem ville, et in omnibus eBwî-
mentis, excepte casamento domine Ysabiaus cognomenio On»
scilicet in quantum ipsa de eodem casamento tenebat, ea dk^
bec facta sunt, si quis vero adversus banc eleemosynam ali^
calamniam movcre voluerit, ego in omnibus gareotiam portai*
acquitabo ut justum fuerit. Laudavit bec omnia uxor meaooi^
Helisendis, et pueri mei Clarembaudus et Garnenus, et ^
Elisabet.
Actam anno Domini M^" G» XC IIII».
Bibl. naUon., fonds franc., 5995, fol 90 v.
CHARTES DE l' ABBAYE DE MORES. 65
1194.
39. — Ego Garnerius , Dei gratia Lingonensis episcopus , no-
tam facio quod dominus Jeremias de Buxeriis dédit in eleemosynam
Deo et ecclesie béate Marie de Horis quidquid habebat in decimis
de Buxeriis, scilicet tertiam partem tertie partis, laudante et con-
cedente nepte sua, de qua in casamento prefatam decimam tene-
bat, nomine Dama. Hoc donum laudavit uxor prefati Jeremie, no-
mine Achiba, et filius ejus Gunthenis. Idem quoque Jeremias et
Guntherus, filius ejus, laudaverunt eleemosynam de terra quam
dominus Hilduinus dédit in eleemosynam prefate domui de Moris.
Actum anno Domini Mo Ù> XC« IIII*.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 91 r*.
1195.
40. — Werricus, filius domini Wiardi Soltani de Barro, dédit
in eleemosynam Deo et ecclesie Béate Marie de Moris quidquid ha-
bebat apud Loches et in finagio ejusdem ville.
Actum anno domini M'^ Co XC» Y®.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 91 y*.
1195.
41. — Ego Garnerius, Dei gratia Lingonensis episcopus, no-
tum facio quod Stephanus de Chasnay, et uxor ejus Osanna, de
CQJus capite hoc donum movebat, delaude filiorum ipsorum Yterii,
Willielmi, et filie, nomine Margarete, dederunt in eleemosynam Deo
et ecclesie Béate Marie de Moris quidquid eorum juris erat in décima
a via Salaria, que vadit usque ad vadum de Selis, usque ad Moras;
et extinctis omnibus querelis, quas adversus prefatam domum ba-
bnerunt. . .
Actum anno Domini M<» G* XG» Y<».
Bibl. nation., fonds firanç., 5995, fol. 92 r*.
1197.
42. — Notum sit presentibus et futuris quod ego Milo, comes
Barri super Secanam , dedi in eleemosinam Deo et Béate Marie
de Moris usuarium in pasturis mois omnibus et que juris mei
sunt in finagiis Barri, et Yillenove, et Merre, et in fînagiis Yille.
super Arciam, et de Chierrevi , et de Landririlla , et de Locbis,
et de Essoye, et de Gurterun, et ubicumque fuerint ultra Se-
T. UXTII. 5
66 CHASTES DE L* ABBAYE DE HOBBI.
canam versus orientalem plagam ; et osuariom piscatknis i
flumen Usse, ab aqua de Moris osqae ad pontem YilleDOfe.Itf
in eleemosynam Deo et domui de Moris quicquam etiaiD lo^
sierunt fratres de Moris a monasterio de Molismo, in £b^
de Selis et de Merri, in omnibus utilitatibus.et osibus; etQt»>
lendinum faciant inter cachamentum suum et TadamdeSeLl»
davi et concessi. Decimam quoque et casamentum dedmedeSel,!!!
lîceat eb acquirere si possint concessi. Omnem temmquabbe
bam inter vallem Yielen et montem Orbel et inter terram iftn
de MoUsmo, et vineas, dedi in eleemosynam jam dicte eeâese
de Moris. Promisi quoque divisiones et metas finium et nem
que sunt inter Yiienessam et Moras et Bussel proat a lepite
juris determinati et divisi sunt tenere... ita ut de ceterojasson
et boscum suum ecclesia de Moris in pace possideat. Fonstti
Brouart que ipsorum propria est, ut omnibus modisqnibosTo!»»
rint, excolant, et mansionem quam voluerint, faciant inea,laBÎ
et ooncedo. Novalia que in predicta foresta sunt sine couses
ipsorum vel de cetero fient a meis bominibos, eis âne diliiia»
reddi faciam ita ut de cetero ea in pace possideant. Siveroiiâer
Buxerias et Cbirrevium habiiare voluerint, ut babitatioDeap
libitusuo ibi faciant, laudo et concedo. In ut vineamsufl
quam plantare ceperunt, usque ad summum vetens vinee ipsocm
et fossas perficiant, laudo et concedo. Eam vero pariem qnasl»^
minus de Juilly tenet in omnibus bisque dicta sunt, nt libm *'
quirant concedo. Igitur ut ne de cetero aliqua dissensio, coeâs
prenominatorum, inter me et fratres de Moris (quod ab9t)oritfir.
omnia que eis ab antecessoribus meis bactenus in eleeoiosiss
data sunt, et omnia que bodie possident in bosco et piano, teni}
cultis et incultisy aquis, et pratis, et censu, et pascais, et iB ^
nibus aliis emolumentis, laudavi et concessi ; et omnes ealnneBi
quas bactenus adversus babui, bénigne remitto et quietas ^
pro sainte anime mee et antecessorum meorum. Promitio «ns
Deo, et omnibus commilitonibus et ministerialibus meis res ffà-
sie et fratrum de Moris, ut meas res proprias, per omnia U^
in omnibus locis protegere et custodire, et de hominibos ib^ ^
de aliis, pro posse meo, pacem eis tenere. Hec omnia landari(E8^
sendis comitissa, uxor mea, et filii mei, Hugo et Galteros. Hor^
omnium, scilicet donationis mee et laudationis dicte moris ^
et filiorum meorum amborum, testes sunt : Joannes de Po^
cellararius Clarevallis ; Maubertus, decanus Vendopere; Ou^
pborus, presbyter de Locbis; Milo, presbyter Barri; Hago,or
lanus meus; Stepbanus miles de Cbannay; Hugo, Slm Ai^
CBABTES DE l'aBBATB DB MOBES. 67
de Essoya; Joannes, cognomento Lorneis; Turpinus Hudierius,
bospes meus, de Trecis; Robertus Gibeti, prepositos meus; Itéras
et Wilielmus, filii domini de Channay; Hugo de Trecis.
Actum anno Domini millésime centesimo nonagesimo septimo.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 95 r*.
1197.
43. — - Ego Guide, dominus de Juilly, notum facio presentibus
et futuris me dédisse in eleemosinam Deo et ecclesie Béate Marie
de Moris usuarium in pasturis meis et que mei juris sunt vel erant
ex parte mea, vel uxoris mee, in finagiis subscriptis, scilicet Barri,
Villenove, Merri , et Ville super Arciam, Chierrevi, et ubicum-
qne sint ultra Sequanam, versus orientalem plagam ; et usuarium
piscationis in flumen Usse ab aqua de Moris usque ad pontem
Yillenove. Dedi in eleemosynam Deo et ecclesie de Moris quid-
qaid acquisivit eadem ecclesia a monachis de Molismo. in finagio
de Selis et Merri, in omnibus emolumentis; utmolendinum faciant
inter cacbamentum suum et vadum de Sel laudavi et concessi.
Omnem quoque terram quam habebam inter yallem Yielen et
montem Orgeoil et inter terram S^ Marie de Molismo, et vineas,
dedi in eleemosinam jam dicte ecclesie de Moris. Forestam Brouart
que ipsoram propria est, ut modis omnibus quibus voluerint
excolant, et mansionem quam voluerunt, faciant in ea, laudavi
et concessi. Novalia que in predicta foresta sine consensu ipsorum
facta sunt, vel de cetero fient, a meis hominihus, sine dilatione
reddi fanam ita ut de cetoro ea in pace possideant. Si vero inter
Buxerium et Chierrevium habitare voluerint. ut habitationem pro
libita 8U0 ibi faciant, lau>lavi et conces.<ti. In F ut vineam
suam quam plantare ceperunt, usque ad summum veteris vinee
ipsorum, et fessas, perficiant laudavi et concessi eis; et bénigne
laadavi omnia que ab antecessoribus meis et uxoris mee Petro-
nille hactenus in eleemosinam data sunt; et omnia que hodie pos-
sident in bosco et piano, terris cultis et incultis, aiuis, et pratis,
et censu, et pascuis; et omnes calumnias quas hactenus habui
ad versus eos, remisi et quietas clamavi; et quecumque eis ab ante-
cessoribus meis et dicte uxoris mee Petronille, sicut dictum est, in
eleemosinam sunt collatain omnibus emolumentis, hec omn a laur
daverunt et in eleemosynam dederunt predicte ecclesie de Moris,
Petronilla uxor mea, de cujus hereditate predicta isia movebant,
et margareta, mater ipsius, et Agnes, filia ejusdem. De laude ista-
roia lestes sont : Christophorus de Locbis, et Theobaldus de Polisi,
68 CHA1TE8 DE l' ABBAYE Dl MOUS.
presbyteriy.et Wiardos Jarrons, et Wiardas de Fraxero. wM
Hec eadem laudavitet in eleemosinam dédit TheobaldQs,deBn-
chegenoille dominas. De lande ipsios sont testes : Tboous,ts
cellararins Clarevallis, et Joannes, cognomento Lorneis,etOioè
Yillemanro. Item dedi in eleemosinam Deo et ecclesie de lorè
nsnarium in omnibus pasturLs meis, et que jnris mei soat, a
parte mea et ex parte uxoris mee, in finagiis de LandriviUaâi
Lochis, ad usas omnium animalium et peoorum soonnn, et i
omnibus utilitatibus. Hoc etiam donum laudavit et in deenoi-
nam dédit Petronilla^ uxor mea, et Agnes, filia domine Hupm
Actum anno Domini W O XO YIIo.
(Ayec un sceel de cire rouge auquel est emprdit «
croix).
Bibl. Dation., fonds frtnç., S99S, M.96r
U97.
44. — Ego Guido, dominus de Juilly, notum facio preieotto
et fuluris quod calumniabar tenementum Stepbani, qnôndap
positi Barri, quod habebat in finagio de Horis et de TilteMsse;^
per ecclesiasticam censuram attestatum est quod idem Step^
hoc tenementum dédit in eleemosjmam domui deMorissineiUiR'
tentione, scilicet quidquam habebat in predicto finagio de Vorê^
de Villenesse, in pratis, in terris, et vineis, et censn, et on»hs
aliis emolumentis. Ermengardis, uxor ej us, que hoc ipsoo tw*
mentum in dote habebat, ecclesiam de Horis investivit in îiu^
De dono Stepbani testes sunt : Bartholomeus, sororios aji»^
Stephani ; Theobaldus, quondam prepositus Barri. De donoEnB»
gardis testes sunt : Christophorus, presbiter de Lochis; Gialrïi&
presbyter de Merri; Everardus. tune prior de Moris; &>B^
Gilbert us et frater David, monachi de Moris. Ego yero, qniin*^
justiciam ire nolebam, banc eleemosynam landavi, etqôietaot^
mayi, et ubique garantiam jure portabo. Testes sont : àom^
Joannes de Possessa; Christophorus, presbyter de Loehis;et^
minus Clarembaudus, frater meus; Bartholomeus, dooinQ^^
Ceris ; Durannus de Chacenniaco. Hanc eleemosynam luda^
Petronilla, uxor mea, de cujus capite hoc tenementum more^
Testes sunt : Christophorus, capellanus de Lochis; Galfridos^pf^
byter de Herri; Wiardus larrons; frater David et fratâ'G^
rius, monachi de Moris. Hanc eleemosynam Galfridos Aofii^
aerviens meus, laudavit et quietam clamavit domni de m^
i
CHARTES DB l'aBBATB DE «ORES. 69
Testes : Christophorus, presbyter de Lochis ; Galfridos presbyter
de Henri; Wiardus Jarrons; dominas Joannes de Possessa.
Actam anao Incarnationis M<> (> XC<* yil<*. *
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 93 f.
1198.
45. — Ego Garnerius, Dei gratia Lingonensis episcopas, notnm
facio quod dominos Odo de Yendopera dédit domui et ecclesie Béate
Marie de Moris in eleemosynam imum sextariam frumenti in dé-
cima de Longoprato annuatim. Hoc laudavit Beatrix, uxor ejosdem
Odonis, et Oda, filia ipsorum.
Item dominas Hugo de Yendopera dédit in eleemosynam eidem
ecclesie sextariam anam framenti in grangia de Belleforia. Hoc
laadavit filia ejas Ermensidis.
Actam anno Domini M« C«» XC» YH!».
' Bibl. nation., fonds fhinç., 5995, fol. 98 t*.
H99.
46. ~ Ego Gaillielmas, decanns Castellionis, notnm facio qnod
Bartholomeus de Champigni, qni fait filius domini Joannis de
Grance, dédit in eleemosynam domai de Moris, et quietam clamayit,
partem saam décime de Landrivilla, et quidqaid habebat in eadem
villa, et qaidqaid babebat ad Boxeriam et ad Seles, et in omnibns
emolamentis. Hanc eleemosynam laudavit Emelina, uxor prefati
Bartbolomei de cujus capite boc donum movebat, et Joannes, filins
ipsorum.
Actum anno Domini MoC^'XC^IX^*. Testes : Humbertos, capel-
lanas deMassingi; Constancios de Mussi; Radalphus, armiger do-
mini Hngonis de Ostricourt.
Bibl. nation., fonds fhmç., 5995, fol. 99 v*.
1199 (v. st.) Février.
47. -* Theobaldus, Trecensis comes palatinns, omiûbas prepo-
sitis sais, majoribas et ballivis. Mando vobis et precipio quod sicat
res nostras diligitis, res fratrum de Moris et omnia que ad jus ip-
sorum pertinent, ubicumque fuerint in potestate vestra, tanquam
mea custodiatis, et manu teneatis, et ab omni injaria et gravamino
defendatis. Si quis autem eis injuriam inferre, vel ad res ipsorum
absque causa rationali, vel antequam causas mihi ostendat, ma-
70 CHARTB8 Bl l'aIBATE M MOUB.
num extendere presumpserit, de rébus ipsius unnun
quas res dictorum fratram reddat intégras, et ipsîs frabike pn
emendatione*C. solides solvat. Qaod nisi feceritis, sciatis qood Ûb
solides C. de yestro proprio persol vêtis.
Actum anno Domini M^ O XC^ IX, mense Febroario.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, foL 99 r.
1200.
48. — Ego Blancha, comitissa Campanie palatiaa, nocomfi»
presentibus et futuris qaod Simon dominas Ciaromontis^ErB»
gans axer ejas laude et assensu Qliorum saoram Simonis et Odws
quittaveraot fratribasde Moris qaerelam qoam habebant idfosa
eos super Querca et Yillefaere cum omnibas appendiUis et «i
concesserunt libère et quiète possidenda in perpetanm in hw
modum : fratres de Horis habent pasturas in to|a terra Yeaàof&t
tam in nemoribus quam in plauis ad omne genus animaliam et pe-
corum, exceptis porcis quorum pastura excluditar in bis foresà,
scilicet : in foresta de Beurreio, in Demot, in Epoisse, ia h
Reclaye, in Craymenart et in Crusilles (per qaam t^m^i furesM
de Crusilles possunt porci eorum libère transire moram soi b-
ciendo). In foresta vero que dicitur Honsmartin et ia mmm
quod dicitur Suliene et in Dert et in la Becassiere a tU qat lA
a Yandopera usque ad Yilleium versos Briel qoousqoe pastoi
Yaadopere extenditur, habent dicti fratres plenariam osnariiaiii
porcos, tam ad glandes quam ad aliud genus pastare, exœploii
pratis; et insuper ad omne gênas animaliam et pecorom alkm
a porcis, b'abent pasturam in pratis et bosco et piano ; in fereâi
vero Hontismartini babent dicti fratres usuarium ad bec qnataor
tantum scilicet : ad salices, ad vuibs, ad hambles, ad eraU« tf
etiam ad omne genus jacens. In Suliene vero et Dert et ta Becas-
siere habent dicti fratres plenarium usuarium ad omnes nsis $ais
tam in vivo nemore quam mortuo; sed in foresta de Bnrreb a
Demot, in Epoisse, in Reclaye, in Craymenart et in Crasilles iMd>
lum babent usuarium nec in vivo nec in mortao prêter qoam s
pasturis. Sciendum preterea est quod si fratres de Moris vel eom
servientes vel eorum animalia vel pecora vel porci damntun abcù
intulerint, damnum emenda restituent. Preterea si fratres «kHorb
vel eorum servientes in tota terra Yandopere besanas vel gitsB
invenerint infra septem dies servientibas dominorum vel ipsisd»-
minis nuntiabant et exinde babebant fratres unam medietatt»,
GHARTB8 DB l'aBBATE DE MORES. 71
domiai yel eonim servientes alteram; et si forte yenationem captam
vel moriaam fratres vel eorum servientes invenerint fratres habe-
bant unam medietatem, dominivel eoram servientesr alteram; in
petiariis vero que modo sunt et in tota terra Yendopere vel de ce-
tero invenientur, habent dicti fratres plenarium usuariom, de vo-
luntate tamen bominis illius in cujus terra invenientur. Habent
preterea plenarium usuarium in aqua que dicitur Bassa qaando-
cumque non erit in banno, a ponte vero ubi remus que dicitur
Foret cadit in Bassam, quousque clausara de Quercu que modo est
protenditar, tota aqna est fratrum de Moris in qna nuilus poterit
piscari prêter qnam dominas ad cnjus partem Bassa deveniet. Fra-
tres de Moris tenentur in perpetuum facere très pontes, scilicet :
pontem ad Quercum, pontem a la Corre, et pontem ad Gbapon.
Fratres de Moris poterunt extirpare omnes frulices pratoram suo-
mm, sed in nulle nemorum vel forestarum extirpare poterunt nisi
de voluntate dicti Simonis, vel heredum suorum. De bis autem que
ad ipsos vel ad feodos et bomines ipsorum, sive milites, sive bur-
genses, sive villanos spectant, in castellaria Yendopere, scili-
cet : terris, pratis, vineis et aliis hereditatibus de quibas modo
investiti sunt emptione, vel eleemosyna, vel gageria, vel ullo alio
modo aliquid acquircre poterunt dicti fratres nisi de voluntate
dicti Simonis vel beredum suorum; possant tamen accipere omnes
res mobiles que non sunt de bereditate ab bominibus dicti Simonis
vel beredum suorum, si eis date fuerint in eleemosynam, quantum
de jure dare potest in eleemosynam ecclesie. Domos autem nulle
modo poterunt accipere in gageria quod pertineat ad bereditatem
in castellaria Yandopere. Possunt autem dicti fratres acquirere
terras que sunt a via de Longprey que vadit versus Yillefuere
scindendo viam que vadit de Beurreio ad Barrum super albam
usijue ad Valittlam de Suliene; et si acquisierint eas libère, in per-
petuum possidebunt. De bis autem omnibus tenentur dicti Simon
et Ërmensans uxor ejus ot heredes ipsorum quantum ad partes ip-
sorum pertinet. Ëgo contra omnes perturbatores legitimam garan-
tiam portare... ut autem bec omnia rata et inconcussa permaneant
presens scriptum sigillilnei impressione roboravi.
Actum anno gratie millésime ducentesimo.
Et scellé a double queue de soye rouge et verte auquel scel la fi-
gure d'une dame, en cire verte. — Copie autent. collation, sur
l'original, le 12 nov. 1776 à Yendeuvre.
72 CHARTES DB l'aBBAYK DE MOUS.
1202 (?. st.) sa Janvier.
49. — Hilo, archidiaoonas, episcopaliam procnralor, et
Odo> Trecensis carie ofBcialis, omnibos notam faciinas qiiod
titatas in nostra presentia Willielmas de Villamediana miles, do-
nayit domai de Horis in perpetuam eleemosinam sex solîdos eti-
midiam annoi censas apad... qaos Adam d*Anci-la-YiUe» Sophâ
et Adam de Hesio Roberti, de pratis, terris et moris in festo Sadi
Remigii reddere tenebantar. Hanc vero donationem laadaveroii
Oda, uior saa, Willielmas et Symon, filii ejos, Alix, filia sua, el
Emeniardis, uxor prefati Symonis.
Actam anno Domini H® CG^ 11^, tertio kalendas Febrojurii.
Bibl. nation., fonds franc., &995, UL 101 r.
1203.
80. — Ego Robertas, Dei gratia Lingonensis episcoims, ootiB
facio qaod qaerela qae yersabatar inter fratres Militie TempG A
fratres de Moris, in presentia nostra, in banc modum teminataâ
et pacificata : omnia qae acqaisierant fratres de Horis et f ratr^ Tes-
pli in villa de Baxeriis et in Gnagio ejas, sibi ad invicem commaaka-
yerant; similiter qaidquid habebant in finagiode Sœriis, «spir
omnia commane factam est, exceptis terris qaas habebaot atriqv
fratres inter viam qae vadit de Baxeriis ad Chireveiam, et Tianipi
dicitarde Chastel, sicut mete posite demonstrant; qae terre tmet
nebant singalis fratribas sicat eas ante compositionem factam pesé-
debant. Ita vero de omnibas atilitatibas, tam in jasticiaqaam iads-
minio, et hominibas, et décima, et farno, et molendino» et boseo,eK
piano, et pastaris, et omnibas aliis pertinentibas, fratres de M«
medietatem habebant ; similiter et aliam medietatem T^nplaii.
Qaidqaid vero predicti fratres in prenominatis finagiis de cetero a^
qaisierint, per eleemosynam, vel per emptionem, vel aliis wùSk
compatatis expensis eqaaliter, eis commania erant; omiMs nn
redditas qai debentar pro omnibas bis predictis, fratres de Morê
et fratres Templi eqaaiiter solvent. Si qnis vero de iis que otriq»
fratres acqaisierint, vellet inferre calamnias, atriqae fratres sUiâ
invicem, secandum jasticiam, garentiam portabant.
Actam et datam anno Domini Mo CC<^ III^'.
Bibl. nation., fbnds franc., 5995, fol. 101 r.
CHARTES DE l' ABBAYE DE MORES. 73
*1204.
SI. — Ego Robertas, Dei gratia Lingonensis episcopus, notum
facio Girardum de Chereve et Hilonem, fratrem ejas, et Noche-
rium filiam Ëyrardi Grossi, et Milonem de Clareio, milites, et Josle-
nam, filiam predicti Grossi esse homines ecclesie Sancte Marie de
Moris de casamento Sancte Marie de Favemiaco. Sciendam qao-
que Nocheriam de Simenroare, maritam domine Faceie qaamdiu
yixit fuisse hominem ecclesie Béate Marie de Moris de predicto ca-
samento Sancte Marie de Favemiaco et post ejos mortem predic-
tam Faceiam oxorem ejos, hominium de eodem casamento de Fa-
yemiaco jam dicte ecclesie de Moris recognovisse et fecisse. Sunt
autem de casamento ea que omnes illi quos saperias nominavimos
habent, et habebont apud Loches, apad Boxeriam, apad Yillam
super Arciam et apud Blaingny in finagiis earumdem villarum.
Actum anno Domini M» CG» IIII«.
Bibl. nation., fonds fhmc., 5995, fol. 102 r*.
1204.
BS. — Ego Robertus, Dei gratia Lingonensis episcopus, notum
fado quod Stephanus de Barro super Secanam, filins Maugerii pre-
poeiti, laudavit totam eleemosynam qnam dictas Maugerius fecerat
domui de Moris. Preterea quietum clamavit domui de Moris totam
tenementum Stephani prepo^iti de TiUanoya. Hec omnia facta sunt
laude et assensu uxoris sue Sibille et filiorum suoram, Pétri cle-
rici, Maugerii, Hngonis Bartholomei, et filie Margarete.
Actum anno Domini M» CC* IIIIo.
. Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 102 ?*.
1205.
83. — Ego Erardus, dominus Chacennei, filius domini Erardi,
notnm facio me dédisse in perpetuam eleemosynam et bénigne
concessisse domui de Moris ob l'emedium anime mee et antecesso-
mm meorum ut grangiam ediBcent inter Buxerium et Cherre-
YÎam inter duos caminos; concède etiam eidem domui et confirme
omnes donationes et eleemosinas quas antecessores mei de Chacen-
neo fecerunt predicte domui, Ansericus, et Jacobus, filius ejus, et
Erardus pater meus, yidelicet plenarium usuarium in omni terra
74 CHARTES DE l'aBBATE INB MOMES.
mea tafi in bosco qoam in piano, in aqnis et in stlvis, etiape-
cuis, ad opos omnium animalium et p^coram libère, possidenJoB;
qnidqaid fratres acquisierunt vel acquirere potenint de cA^misià
meis ab iîs qai ea tenent, at libère ac(]uirant et perpetao qoieiepe-
sideant, laudo, conGrmoet approbo. Concessi etiametbeaiemela-
davi jam dicte domai quicqaam habueront antecessor<» iDeia&-
nagio de Moris et in Terrafranca de Cherreveio. Hec omniitaià-
vit Emeliana axor mea.
Actom anno Domini M<>CC^Yo.
Bibl. Dation., fonds franc., 599â, Col. 104 1*.
1205.
5i. — Bartholomens abbas de Mooris... contrat d*échan^eitR
Tabbaye de Mores et l'abbaye de Montieramey. L'abbaye de Ions
cède ce qu'elle possède à Vivariis (ViWers) et sur lo territoire i?
ce village, en hommes, cens, terres... les terres ■ inTallcErari
et in valle do Curbevia. » Montiéram^v cède sur le même imm
c landam S. Victoris, terram de Cumaiellis, > etplcbiear»F
celles de terre t in valle de Vannis. >
Arcb. Aube. Origin. Monttéramii
1206.
55. — EgoRobertns. Lingonensis episcopos, notnmfado^
Renaudus, vicecomes Barri laudavit eleemosinam de Grosséi^
quam fecerunt avunculi ejus domui de Moris, scilieet Aocte
Savericus et Willeimus, milites^ et si quid jaris in ea babebtti^
in aliquo, de quo domus d(' Moris investita erat, illod acqaictaTit
Anno Domini M*» CC*> VIo.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 104 1"
1206.
56. — Ego Milo, comes Barri super Seqaanam, notnni b/^
Joannem de Maignans recognovisse in preseniia mea se acqnicus,
antequam Robertus miles de Fontetis ejus fîliam despoosis«^
omnes querelas quas habebat adversus domum de Moris. Terrtf
Theobaldi villici de Villa super Arciam et terram de Jbf^
et vineam de Chastel et censum ejusdem vinee et pratam paun*
et terras de Buxeriis que fuerunt domine Mabaolt et oovaf
ad eum vel ad homines suos quoque modo pertinebant, da <|0^
CHARTB8 »l l'aBBATB DE MORES. 75
eadero domus de Moris investiu erat, laudavit. Recognovit etiam et
laudavit omnes eleemosinas qaas pater ejus nom'me Hago Goriab
et mater ejas nomine Petronilla fecerat jam dicte domai de Moris,
scilicet : landam anam que est subtas Cherreveium jaxta landam
de lions, et XII denarios censaales quos eadem domas eis annua-
tim debebat de terris existentibus apud grangiam Montismedii, et
plenarium asaariam in ornai terra sua de Villa super Arciam et de
Maignans in pastoris ad opos omniam animalium et pecorum. Hoc
omnia laudavit in presentia mea Hugo filius predicti Jûannis.
Actum aimo Domioi Ho CC® YI<>.
Bibl. nation., fonds frinç., 599S, fol. 105 r* .
Sans date. 1206 au plus tard (1).
57. -^ Ego Bartholomeas dictas abbas et humilis conyentus de
Moris notum fieri Yolumus quod nos bénigne coricessimus domine
Blanche illustri comitisse Campanie et filio ejus ut faciant piscari
pro se quotienscumque Yoluerint in nostro stangno de Montchevrel
quod dicta comitissa nobis dédit, ita quod illud non rumpant.
Bibliot Troyet, mt. 22, p. 158. — Cotai, det acttt dm
Comtes de Champagne, n. 816.
1207.
68. — Ego Maubertus^ decanus Yendopere, notum veto fieri do-
minum Thomam de Buxeriis laude et assensu uxoris sue Damme
acquictasse dominum Jeremiam de Buxeriis et Josbelet de Essoia
ab hominio quo erant illi obligati et posuisse illa duo hominia in
manu Templariorum et in manu mouachorum de Moris equaliter ;
et prenominatus Thomas et uxor ejus Damnu promiserunt etiam
se observaturos in perpetuum erga domum de Moris easdem conven-
tiones in omnibus quas fecerant erga fratres Militie Templi. Lau-
daverunt etiam domui de Moris eleemosinam quam dictus Jeremias
fecerat eidem domui.
Actum anno Domini V? CO YII».
Bibl nation., fonds franc., 5995, fol. 105 ?*.
(1) Sar la fin de 1206, G. (Galo) est abbé de Mores.
76 CHARTES DE L* ABBAYE DE MOtBS.
Sans date. 1207.
59. — Ego Maabertas , decanas Yendopere, notnm faôo qvi
dominas Jeremias de Buxeriis, miles, dédit in eleemosinaiDikaiii
de Moris et fratribus Militie Templi tertiam partem onmiamboaû'
ram que habebat apud Baieriam, in omnibns emolameotis, r^
qnasdoas partes invadiavit eis pro centam libnsTreeeasisnneetK.
Predicli vero fratres concesserant do.nino Jeremie et mori ejosii
yita eorum octo sextarios bladi annuatim, medietatem [romeatiâ
medietatem hordei et sex modios vini, tali conditione, qaodqiuftl&
alter illoram obierit, medietas istios redditus cadet, mrisqneTen
defnnctis, totus redditus cadet, nec alter pro eis de cetero penel-
velur.
BM, nation., fonds frtnç.. 5995, fol. tOSi*.
1208. Semaine de Pâques (Pâques 6 ayril).
60. — « Jacques de Darnay, seignear dudict lien, dameApo.
sa femme, Gérard et Hagues, leurs enfants, et dame Margaerite,
femme dudict Gérard, donnèrent aux religieux et abbé de Mons,
tout le droit de pasturage qu'ils avoient en la ville et finage k
Mores, tant es bois qu'aux prairies, à toutes bestes, et arec ce.
leur accorda qu'ils possédassent librement tout ce qaHs v^
acquis audict Loches jusques au jour de Pasques en la présente aî-
née; mesmes il rendit aaxdicts religieux ce qu'il avait aqais ai-
dict Loches de Nocher, fils d'Euvrard-ltî-Gros, seignear de Clur-
revey. Desquelles donations lesdicts reli-çieux obtindreni lettre
patentes de dame Blanche, comtesse de Troyes Palatine. »
(Pris du thrésor do l'abbaye de Mores.)
Bibl. nation., fonds franc., 5995, foL 1061".
1208.
61. — Gui, seigneur de Vitry, fils de Mons' Rocelin, d(»M *
l'abbé et religieux de Mores son droict de pasturage qail arni**
village de Longprey, du consentement de dame Riais, sa feB»^-
et de Godefroy et Rocelin, ses enfants.
(Pris du thrésor de l'abbaye de Mores.)
BU>1. naUon., fonds franc., 59%, fol. 107 f-
CHARTES DE l'aBBATE DE MOEES. 77
1208.
62. — Ego Manbertus, decanus Vendoperc, notom Yolam fieri
quod Ursas, miles de Villa saper Arciam, traxit in causam fratres
de Moris in presentia mea saper pastura do Villa saper Arciam et
de finagio ejasdem ville, et postea in mea presentia recopnovîl se
injaste iraxisse qaia pater ejas, anteqaam idem Ursus uxorem
duxisset, dédit eamdem pastaram predicte domai in eleemosinam,
ipso Urso, et fratribas sais laadantibas, et si qaid jaris babebat
idem Ursas in predicta pastara, illad ex toto qaictavit domai de
Moris, insaper et omnia de quibus fratres de Moris investiti erant
eos acqaictayit,
Anno domini Mo CCo VII^.
Bibl. nation., fonds tnnç., 5995, fol. 106 t*.
1208. Octobre.
63. — Transaction entre les religieux de Mores et les habi-
tants de Celles.
... Fratres aatem de Moris recognoverunt dictos homines de
Sellis habere asagiam vanarum pasturarum per totam residuum
dictoram fmagiorum usqae ad finagiam Landriville et hi iidem
dictis hominibas babere in perpetaam pacifiée concesserant Hoc
salvo qaod fratres de Moris facient regaina in pratis sais proat vo-
luerint singulis annis in perpetaam et tenentar levare omni anno
intra festum Nativitatis B. M. V. tanc istis sablatis vel non sublatis
animalia de Sellis intrare et pasci poterant.
ArchiY. Aube. — Imprimé dans un procès qui eut lieu en 1778.
1209.
64. — Ego Milo, cornes Barri saper Seqaanam, notam facio me
ob remediam anime mee et antecessoram meoram, dédisse in per-
petaam eleemosinam Deo et ecclesie Béate Marie de Moris pastaras
de Corteron^ anteqaam dedissem domino Ciarembaado de Cbapis
in casamento hoc quod in eadem villa babebam. Item omnibas
notam facio et testificor Ursum militem de Villa super Arciam
recognovisse in presentia mea se injaste traxisse in caasam fratres
de Moris super pasturam de Villa super Arciam et etiam omnino
TS CHARIVS DE l'aUATB DB MOUS.
qaictasse predictis fratribus si qaid joris erat sibi in eiden pi-
tura.
Ratam aano Domini H<>CC*IXo.
Kbl. MtioD., HmmU DraBç., 5895, U. 109 1*.
1210.
65. — Ego Odo^ dominns de Aspromonte et filins neoiGil-
lelmas nolam facimus nos bénigne conoesûsse et in perpeu
eleemosinam dédisse domai de Moris pastaras LandrifiDe, #
cnmqne foerint in bosco et in piano ad opns omnium snifflibi
et pecorara libère possidendas, et si damnum feeerint sneneaii
restitaenf capitale; preterea qaerelas de nemore de Corest Hè
pascùis de Villenesse et Landrivilla et omnes alias qoerdai »*
licet quîbus eos vexabamos bénigne acquictaTÎmos; eoooesaBBS
etiam dictis fratribas ut quiète possideant omnia que acquinri^
de qaibus investit! sunt, que ad jus nostrum aliquo modo pefineti
in omnibus utilitatibus. Rec omnia concessit et in eleôbosiBii
dédit uxor mea Margarita et filia ejus, Elisabeth, oxorfiliiBei
Guillelmi, de quarum capite bec omnia movebant. Landinmi
etiam bec omnia Odo et Hugo filii mei.
Actum anno Domini Mo CC<^ X«.
Bîbl. Dation., fonds frtnç., 5995, fol. 113 1*.
1210.
66. — Philippes, seigneur de Plancy, donna en aranosne a Jà
baye de Mores le droict de pasturage qu'il avoil à Loches poff
toutes bestes et quicta tous les procès qu'il avoit avec ladicte ûkf
pour les pasturages de Landreviile et de Villenesse, da cofiaes»*
ment de dame Agnes, sa femme, et par le consentement io0p
Milo, son filz.
(Pris du tbrésor des tiltres de l'abbaye de Mores.)
Bîbl. aalioo., fonds trn^, 5995, UL 112 1*.
1210.
67. — • Ego Milo, cornes Barri super Sequanam, notom beio«>
laude et assensu uxoris mee Elissendis, et filii mei Ganclierii,^
disse in perpetnam eleemosinam domui de Moris plenariom ^
rium in omnibus petrariis que modo sont» Tel de eetero np^
J
GHARTBS DE l' ABBAYE DE MORES. 79
erunt, in tota terra mea et in omni dominio meo. Yolo etiam et
precipio prepositis et custodibus terre mee at quadrigas et vecturas
fratrum de Morts eundo et redeundo custodientet conducant. Qaod
si damnum alicui fecerint, yolo et precipio ut non cogantur red-
dere amplins quam quod damnum faerit estimatnm.
Actum anno Domini Ho CC<» X».
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 112 r*.
1210.
•
68. — Ego Willelmus, Dei gratia Lingonensis episcopos, notom
facio Arnnlphum, vices magistri domus Dei de Mormento agente^
et Martinam sacristam et Hartinum priorem corn universo ecclesie
sue capitalo, per manum meam, dédisse ecclesie Béate Marie de
Mûris domam Dei de Quercn et grangiam de Billefuerre cum omni-
bus appendiciis, et usuariis et utilitatibus tam mobilibusquam im-
mobilibus, absque ulla retentione, in perpetuum tenenda snb tali
conditione quod domus de Moris domui de Mormento annuatim
débet quinque modios bladi receptibilis^ medietatem frumenli et
medietatem avene, ad mensuram cursalem Barri super Sequanam
persolvendos in domo sua apud Barrum super Albam usque ad Na-
tivitatem Domini; et si forte die constituto dictum bladum solutum
non fuit, penam centum solidorum pruvinensium domus de Moris
incurret, et ad valorem illius diei quo soivi debuit, bladum reddet.
Si huic vero donationi contraire voluerint fratres ecclesie de Mor-
mento tam clerici quam laici, ecclesie de Moris legitimam garen-
tiam portabunt in liunc niodum... et quandocumque necesse fue-
rit dictam testificabunt, et quotiescumi|ue et ubicumque necesse
fuerit testimonium dicte donationis perhibende ad sumptus ecciesia
de Mori'' tenebiiur. Ne autem domus de Moris a facto isto resilire
posait, me Guillelmus episcopus, et meos successores hujus facti
fidejussores domui de Moris constitue.
Actum anno Domini M*» CC*»X®.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 113 ?*.
1212.
69. — Ego Milo, comes Barri super Sequanam, notum facio
quod Guillelmus miles, filius domini Stephani de Villa nova dédit
in eleemosinam domui de Moris quidquid juris sui erat in pasturis
que sunt in finagio de Villa super Arciam tam in bosco quam in
piano ad opus omnium animalium et pecorum; libère laudavit
80 CHARTES DB L* ABBAYE DE IfOBBS.
etiam eleemosinam quam pater ejos et mater fecenmt ecdesieè
HoriSy scilicet quidqaid eorom jaris erat in décima a ria Sab»
que yadit osqae ad Yadum de Selis, de terris quas dcxniisdelkrii
incoluerit.
Actam et datam anno Domini HoCC<>XII<>.
Bibl. nation., fondi franc., 5995, fia. llSr.
1212.
70. — Ego Willelmus, divina miseratione Lingonoisb efètt-
pus, notum volo fieri quod Hago, miles, filins domini Hogoûà
Yergeio laude et assensa Gile ma tris sue, domine de Antre, el&a-
tris sai Willelmi milites de Yergeio dédit in pertoam el
domui de Moris quidquid sui juris erat in décima terramni,
mm seu aliorum que excolebant fratres de Moris in TalUxBKL
Actum anno Domini H* CC<> Xn<>.
Bbl. nation., foods frane., 5995, fol.^llS r.
1214. Avril.
71. — * Ego frater Conradus, dictus abbasClarerailis, notumbda
quod querela que inter abbatem et conventum de Moris ex nna fani
et dominura Jacobum de Duruaio et Girardum filinm ejos
batur ex altéra, super Quercum et Billefeurre cnm omnibus
diciis pacificata est in hune modum : assensu jam snpradkci Jace-
bus et Girardus concesserunt fratribus de Moris, Quercom et B3^
feurre cum omnibus appendiciis salvo redditu suo libère et qiM
in perpetuum possidenda, sicut continetur in charta dicti Jacaki
quam habent dicti fratres, sigilli sui munimine roboratam ; pioa
tamen de bis que in ea charta continentur in bac dnximns ad se-
tanda : fratres de Moris tenentur in perpetuum très pontes beat,
scilicet pontem ad Quercum, pontem a la Chorre, et poùVem ai
Hautpont. Fratres de Moris poterunt extirpare omnes fmtices pra-
torum suorum, sed in nulle nemorum yel forestarumexstirparep
terunt, nisi de voluntate dictorum Jacobi et Girardi, yel ad nxons
eorum scilicet Agnetem et Margaretam, yel ad feodos et homiBes
eorum, siye milites, sive burgenses, sive yillanos spectant in cas-
tellania Yendopere, scilicet pratis, terris, vineis, et aliis heredîta-
tibus, de quibus modo sunt investiti emptione yel eleemosina, ut
ullo modo acquirere poterunt, nisi de voluntate dictorum Jacobi vd
Girardi, vel heredum suorum. Possunt tamen. omnes res luàSm
CHARTES DE l'aBBATB DE MORES. 81
que non sunt de hereditate, exceptis domibas et exceptis denariis
super gageriam accipere ab hominibus dictonun Jacobi et Girardii
SI eis data fuerint in eleemosinam.
Actum anno Domini HoCC^XIVo, mensc aprili.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 119 f*.
1214.
72. — Notom Yolo fîeri quod Oliverins de Riceio, laade et as-
sensa Aalis, oxoris sue, et filii sui Guidonis et filiarum suarnm
Marie, Agnetis, Nicole, Mahault et alie dédit in perpetuam eleemo-
sinam domui de Moris plénum usuarium in petraria de Riceio,
quantum pertinet ad partem suam. Fratres vero de Moris pro
âadem petraria predicto Oliverio et heredi suo vel eorum servien*
tibus sex denarios censuales annuatim in perpetuum persolveut.
Actum anno Domini H^ Œfi Xl\^.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 120 r*.
1215. JuiUet.
73. — Ego Hugo, dominus Brecarum, notum facio me,
laude et assensu Ode, uxoris mee, et filiorum meorum Hugonis,
Odonis, Simonb et Gaucherii et fîlie Margarete, quitasse fratribus
de Moris, salvo redditu bladi quod debent mibi, querelam quam ha-
bebam adversus eos super Quercu et Billefeure, cum omnibus ap«
pendiciis... Item quidquid acquirere poterunt in castellania Yen-
dopere...
Actum anno Domini 1â9 CC^XV», mense juIio.
(Extrait du cartulaire de Tabbaye de Mores : — > Ducbesne,
Preuves de la Maison de Broyés, p. 25. — Jongelin,
NotUia abbatiarum, p. 68.)
1216.
74. — Ego Erardus, dominus Cbacennaii, notum facio quod
com fratres de Moris ex una parte et Milo filius domini Hildieri,
militis de Burrey ex altéra parte, coram me litigarent si per casa-
mento de Burrey : jam dicti fratres, per cbartam Maubd. ti, decani
Yendopere, et Odonis, domini de Yendopera, et Joffredi, marescalli
Campanie, in'foro meo probaverunt quod omnia que Hildierus
supra dictus possidebat apud Beurrey, tam in bosco quam in piano,
?• sixfii. 6
82 CHARTES DB l'aBBATB DB IfOESS.
et redditibas et omnibus aliis rebos primo faenint de
Sanete Marie de Faverniaco, et modo sunt de casamento de
Sciendum preterea quod Milo, filius dicti Hildieri^ in preâ^itÛBtt
constitutos, recognovit se fuisse hominem ecclesie Beaue Marie k
Moris et coram mullis aliis fecit homÎDium Radulpho^ abfaati k
Moris. Itaque omnia que possidebat apud Beurrey, in boseo H m
piano, in redditibus et omnibus aliis rébus idem 11 ilo cepit de »-
clesia Béate Marie de Moris.
Actum et datnm anno gratie V9 CC^ Xyi<>.
Bibl. nation., fonds frtnc.^ 5995, fol. W r.
1217.
7S. ^ EgoErardus, dominusChacennaii, notnmfacioqnode^
laudo fratribus de Moris eleemosinam quam Johannes de Aguîlkâ
miles fecit eisdem fratribus de Moris de décima sua de Cbuionr,
que erat de feodo meo.
Actum anno Domini M*» CCo XVlIo.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 123 r.
1217. Mars.
78. — Universis présentes litteras inspecturis H. cantor Tre-
censis salutem in vero saluti. Noveritis quod Amulphos Carao-
tensis et Fenise uxor ejus et Isabel filia eorum in nostra pres»tii
constituti quitaverunt abbati et conventui de Moris deciman deBM*
corporali ab eis prestito juramento quod neque per se, neqne fs
alium super predicta décima prefatam ecclesiam molestareat fd
facerent molestari. In cujus rei testimonium présentes litteras à-
gilli nostri fecimus impressione signari.
Actum anno Domini M^ CC' XYIIo, mense martii.
Bibl. nation., fonds tnnç,, 59%. fol. 124 r.
1218 (v. st.) Février.
77. — Ego Milo, cornes Barri super Seqnanam, et ifs
Elissendis comitissa, et ego Galcherius, filius eormn, nocom beî-
mus quod nos dedimus in perpetuum domui de Moris quatuor sa*
taria trumenti in minagio nostro Barri super Sequanam, ita ^
quicumque receperit dictum minagium reddet fratribus de So»
CHARTES DB l'aBBATB DB MORBS. 83
bladum illad asque ad festum Omnium Sanctorum, Tel osque ad
festam Sancti Martini annuatim. Qaod si usqne ad festum Sancti
Martini bladum illud in integrum redditum non fuerit dictis fra-
tribus, illequi tenebit minagium, pro pena, nobis vel heredibus
nostris decem solidos reddere tenebitur. Et ex tune dicti fratres
castram Barri cum burgo et villa per decanum vel episcopum sup-
ponere poterunt interdicto. Et sciendum quod in recomponsationem
hujus donationis dicti fratres concesserunt nobis et heredibus nos*
tris in perpetuum quidquid juris quod habebant in foresta Broart^
retento tantummodo sibi usuario omnis generispasturarum et foagio
de mortuo nemore pro pastoribus; glandem etiam poterunt come-
dere porci de Moris in eadem foresta; sed de foresta non poterunt
glandem extrahere dieti fratres. Hec omnia laudavit Ysabel (1) uxor
Galcheri.
Actum anno Domini Mo CÙ> XYin^, mense februario.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 123 r.
1218 (y. st.) Mars.
78. — Ego Milo, cornes Barri super Sequanam, notum facio quod
Milo de Burreio miles, profecturus Jerosolimam, in presentia mea
constitutus, dédit in perpetuam eleemosinam domui de Moris, si in
via decesserit, quidquid habet apud Burreium vel in fînagio, in de-
cimis, in terragiis, in censibus, et omnibus aliis rébus sine uUa re-
tentione.
Actum et datum anno Domini M® CC® XVIII*, mense martio.
Bibl. nation., fonds fHmç., 5995, fol. 128 r* .
1218 (v. st.) Mars.
79. — Ego Milo, comes Barri super Sequanam, ego Elissendis
comitissa, et ego Galcherius fîlius eorum, notum facimus tam pre-
sentibus quam futuris quod nos dedimus in perpetuam eleemosinam
ecclesie Béate Marie de Moris, pro abbatibus yenientibus adcapitu-
lam générale, piscaturam, duobus diebus in anno, in aquis nostris
et molendino de Bezaciis usque ad Barrum ubicumque yoluerint;
itaque infra quindenam Natiyitatis Béate Marie, yel infra quin-
(i) D'après du Tillet, dans ses recherches sur la branche de Gonrtenay, Isa-
bMIe ftat mariée en secondes noces à Eudes, sieur de Montaigu, en Bourgogne.
84 CHARTES DE l'aBBATE DE MORES.
denam post festum Sancte Crucis piscabuntur in iisdem ufk
Preterea laudamus et confirmamus dicte ecclesie eleemosinain qoffl
Itéras de Brocia miles, fecit, videlicet totam decimam eham^
sui de Riceio. Et ut bec rata permaneant, presentem charUiDsifil'
lorum nostrorum munimine voluimas roborari.
Actum anno gratie M^CC^XYIII^, mense martii.
(Avec trois sceaax pendants : au premier est empreint e
lyon rampant; au second l'eflSgie d'une femme; et a
troisième un bomme armé à cbeyal, répéenueeoDUfi;
et d'autre costé un lyon rampant).
Bibl. nation., fonds frtnç., 599S, fiiL 128 f.
Vers 1223-
80. — Tbibaut IV, comte de Champagne, donne à l'âUttjei
Mores et à la grange de Montchevreuil dépendant de cette abbys,
droit d'usage dans les bois de Jeugny, droit de pasnage etdepà&H
rage dans le finage de Cbaource et dans plusieurs finagesiii'
sins, etc. Il réserve que les moines ne pourront vendre nidoo^
la tuile de Hontcbevreuil et qu'il aura droit de pêche dans ob^
leurs étangs du même lieu.
CataL des actes des Comtes de Champ., i* tOi
1223 (v. st.) Mars.
81. — Universis, A. officialis curie Lingonensis, saloteii>
Domino. Notum facimus quod in mea presentia propter bocp^
naliter constitutus Guillelmus dictus Escorches, de YillasnperAr-
cia armiger, recognovit se dédisse perpetuo in eleemosinam to^
de Horis septem solidos Turonenses cum dimidio, qoos siop^
annis in festoSancti Remigii consuevit percipere, utdicimTfioces*
siva sive abonnamento, domini de Chacennaio, de mana osj^
ipsius qui apud Cherreveium commoratur; volens et cooceJ*
dictus Guillelmus ut dicta domus de Moris dictos septem soli^
cum dimidio apud Cherreveium percipiat, singulis annis in p0f^
tuum et quiète, promittens per 6dem suam in mann nostra oofp
raliter prestitam, quod contra predictam donationem perse,Decp^
alium veniet in futurum; sed portabit legitimam garentiaoïfli^ I
omnes, se et beredes ipsius, quantum ad premissa, obligandûF* 1
nitus et expresse.
Actum anno Domini M* ÇJCfi XX^ III<^, mense martii.
Bibliot. nation., fonds fhmç., 5995, fol> l^i''
CHARTES DE l'aBBATE DE MORES. 85
1223.
82. — Ego, frater Michael, abbas de Moris, notam yolo fieri
osiversis présentes litteras inspecturis qaod frater Hilo de Cher-
reye, novitias de Moris, et ejus heredes quictaverunt prioratum de
BretignoUes ab omni debito quo eis tenebatur.
Actum annoDomini HoCCo XX<>Illo.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 141 r*.
1224.
83. — Ego Gaido, Laticensis archidiaconas, notam facio qaod
Gunthenis de Villa saper Ârciam miles, laude et assensa filiorum
SQomm Mjcarii et Hagonis, et filiaram Dame et Gilette, dédit in
perpetaam eleemosinam domui de Moris quidquid habebat in
foresta de Buxeriis, videlicet sextam décime partem; et quidquid
habebat in prato de Bruet^ quod situm est apud Loches, inter mo*
lendinum Charbonnet et molendinum Girardi. Item dictas Maca-
rias filius Guntherii, laude et assensu fratris sui Hugonis, et so-
rorum saarum Dame et Gilette, dédit in perpetuam eleemosinam
domui de Moris tertiam partem omnium que habebat apud Buxe-
rium et in flnagio ejusdem ville in hominibus, terris, pratis^
censu, nemoribus, et in omnibus aliis rébus absque ulla retentione.
Relique vero due partes omnium istarum rerum vendidit fratribus
predicte domus pro viginti duabus libris Pruvinensibus, antequam
pater ejus religionis habitum assumpsisset.
Anno Domini M«> CC^ XXo IV^
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 142 r*.
1224.
Si. — Ego Simon, dominus de Claromonte, notum facio uni-
versis tam presentibus quam futuris, quod Herm<^nsans, uior mea,
dédit oh remedium anime sue ecclesie Béate Marie de Moris in
puram et perpetuam eleemosinam duo sextaria bladi, nnum fru-
menti et alterum avene, quod bladum reddent fratribus de Moris,
infra festum Omnium Sanctorum, iili qui hal»ebunt terragia mea de
Yendopera. Hanc eleemosinam laudaverunt filii mei Simon et Odo.
Et ut hoc ratum et firmum in perpetuum permaneat, présentes lit-
teras sigilli mei munimine volui roborari.
Anno Domini Mo CC« XXo lyo.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 144 r*.
86 CHARTES DB l'aBBATB DB MOUS.
1224 (v. st.) Mars.
85. — Agnes priorissa, IGchael prior Foissiacieteo&Teott.»
Echange de biens : le prieuré de Foissy, près deTroyes^aoeaAî
Tabbaye de Clairvaux la moitié des terrages qu'il possMe a
Champignola et Handivilla (Champignolles et Honderille, Aohj;
Clainrauz accorde au prieuré de Foissy XXX sextarii imiifà
Hontem Suzannum (Montsuzain, Aube). Ces trente setiersd'sfàs
qui avaient été donnés à Clairvaux en 1217 par Enrd, sripsr
de Chacenay seront payés tous les ans par l'abbaye de Mores.
Arch. Aube. Origin. FfÂSPf.
86. ^ Ego f rater Radulfus, abbas Clarevallis... DntiSeraft
précédent.
Archir. Aube. OrigiM. fUssy.
87. — Ego frater Hichael, abbas de Moris... H ratifie Faâe
précédent.
Arehhr. Anbe. Origin. sMé. JMiif .
1225. Avril.
88. — Ego Hugo de Gyeio, decanus^ notum (acioimiTenis|R-
sentibus et futuris quod dominus Robertus miles de Tilla saper if*
ciam in mea presentia constitutus recognovit qaoA cnm dk»r&
esset inter ipsum ex una parte et monasterium de Moris ex û^
fratribus dicti monasterii dicentibus quod dictus Robertus qoas-
dam partem nemoris quod dicitur et est foresta de Moris
eisdem^ in illa parte foreste que est contigua nemori dicti
item eisdem fratribus asserentibus quod quidam homines dicti oil^'*
tis quibus ipse miles fassiam risparum suarum tradiderateuittf*
dam, de dicta foresta exartaverunt quandam partem; et^
exartaverant quamdam partem risparum dicti monasterii que ^
super campum qui dicitur campus Charvet et de eodem ^
plantaverunt quandam partem : tandem mediante domino \^
de Chaceneto, de consensu dicti Roberti militis, nomiiuti f^
boni viri très pro parte militis et pro parte predictoram fr^tros
duo, qui super sanctajuraverunt quod bona 6de metaspoœf^
in omnibus terminis supradictis, que determinarent in perp^
jus ac possessiones tam dicti militis quam monasterii sopra^
CHARTES DE l'aBBATB DE MORES. 87
el qnidqnid ab eis determinatam esset gratum haberet ntraqne
pars et acceptum. Qaod totom, présente dicto Itero et dicto Roberto
et domino Milone Espingalem, militibus, et Gnillelmo de Lochis
ballivo domino Girardi de Damai, présente etiam fratre M. ab-
bâte, ac multis monachis et converbis presentibus et aliis personis
pluribus secularibus, factum fait, confitente dicto Roberto et maltis
aliis assistentibus et aadientibus, cognoscente se nichil habere al-
tra metas supradictas, precipue recognovit se nichil juris unqaam
habaisse in illa parte foreste qae intra metas modo positas remanet
monasterio supradicto. Quictavit etiam eidem monasterio rispam
que est saper campum Chervet, confitens quod in eadem rispa ni-
chil anquam jaris habuerat vel habebat. In cujas rei testimonium
ego ad petitionem dieti Roberti présentes letteras sigilli mei mani-
mine roboraW. Actam anno Domini MoCC^XX^ V^, menseaprili.
Archiv. Aube. OHgin.
1225. Octobre.
89. — Michel, abbé, et les religieux de Mores reconnaissent
devoir à l'abbaye de Boalancourt, 6 sous de sens annuel pour la
grange de Bellefleur.
CartuL Boulaneovrt, n. 239.
1228.
90. — Ego Erardus, dominus de Chacennaio, notum facio
quod, laude et assensu Emeline uxoris mee, pro salute anime mee
et anime ipsius et antecessorum nostrorum, dedi in eleemosinam
Deo et domui de Horis usuagium perpetuum ad opus sue grangie
que vocatar Molendinum Garnerii quantum duo equi in una qua-
driga poterunt ducere ad comburendum , et ad ipsam quadrigam
faciendam in nemoribus meis in illis que erunt assignata meis ho-
minibus de Victreio et de Aculeio ad utendum. Dedi etiam eidem
ecclesie unnm modium avene, singulis annis recipiendum in perpe-
taum, in costumis nemoris de Mousterolo^ juxta monasterium Âr-
remarense, pro quo ipsa ecclesia de Moris tenetur solvere singulis
annis in perpetuum domine Arembors, relicte Josseleni militis de
Cherreyi et heredibus ejus post ipsam, tria sextaria frumenti et
tria sextaria avene ad mensaram Ghacenaii.
Concède autem fratribus de Moris ut possint acquirere de illa
88 CBAKTES DB l'aBBATB DB MOUS.
domina Tel de heredîbos ejos bladam illam quod est de boèù
Hec onmia Uadaverant filii mei Erardus et Uago.
Actam anao Domini M» CC« XX<> V1II\
Bibl. BaUon., fonds frtnç., 5995, fol. 148 r-.
«228.
01. — Ego Hago, decanns Yendopere, notam faeio qnod GmOd-
mus de Riceio, filius domini Thome de Laignes, et Margareta, nxor
ejos, dederunt in poram et perpetaam eleemosinam domnî k
Moris totam censom quod debebat eis annoatim dfcta ecclesia pn
petraria de Riceio» excepte quod de dicto censa reddel eis Âû
ecclesia anam solum denariam annoatim, intra Paacha floridoB
et magnam Pascha, sine menda.
Actom anno Domini M» CO XX» YIIIo.
Bibl. nation.» fondi franc., 599S, fol. 14B f*.
1229.
02. — Ego Clarembaadas, dominas Cappamm» notom boê
qaod dominas Odo de Gieio filins domini Thome de Laigne, hxàt
et assensu oxoris sue Jacque, et Regnaudi filii sai armigeri, défit
domui de Moris quidqoid habebat vel habere debebat in axime Ta-
lini de Boxeuil, nomine Elviz, et in omnibas filiis et filiabos qns-
dem, nec non et in omni bereditate eomm, tam mobili quam ia-
mobili, sine alla retentione; et pro ipsias donationîs recomposa-
tione, recepit dictas Odo a fratribas de Moris decem libras Pni?i-
nensium fortiam, ita qaod tenetar portare garentiam l^timam tf
perpetaam de omnibas supradictis.
Anno Domini M» CCo XXo IX».
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol, 149 r*.
1229.
93. — Ego Hngo, decanas Yendopere, notam facio quod Bo-
gnaadas, yicecomes Ligninaram in mea presentia coostitntBk
lande et assensa Gille axoris sae, pro salate anime sue ei anieoei-
soram saoram, bénigne laadavit et concessit ecclesie B^ Marie Ai
Moris eleemosinam quam fecernnt eidem ecclesie domina SibSa
nobilis malier de Boargaignons, et filins ejas, cognomine BnMliiis,
et filie ejusdem Sibille, Dameron et Aaliz, sicat contînetor in tki»-
ris qaas babent fratres de Moris saper dicta décima, sigillatb à-
CHARTES DB l'aBBATB DB V0RB8. S9
gillo meo et sigillo domini Guidonis archidiaconi Latiscensis, que
décima movebat de feodo supradicti Regnaudi yicecomitis.
Actom anno Domini W^ CC* XX® IX®, mense maio.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 149 r*,
1230. 4 octobre.
94. — Le comte Thibaut lY donne à Tabbaye de Mores une
rente de 4 setiers de froment sur le minage de Bar*sar-Seine ; il
reçoit en échange les droits des moines sur la forêt Béroard. Les
moines se rôserrent droit de pâturage dans cette forêt.
Cotai, des actes des Comtes de Champ., n. 2067.
1230, 4 octobre.
95. — Charte de Nicolas, abbé, et du couvent de Mores con-
cernant le même objet que la précédente.
Jbid., n. 2068.
1233. Mai.
96. — Hugo, decanusYendopere, et migister Johannes Caponis
de Busseio, notum facimus quod dominus Thomas de Busseio
miles, in nostra et multorum presentia, ob remedium anime sue et
antecessorum suorum, dédit deo et domui de Moris in puram et
perpetuam eleemosynam, yineam quandam in Valeriis sitam, que
fait, ut dicUur, yinea Channet ; laude et assensu Emmeniardis,
oxorîs, et Sibille, sororis ejusdem Thome. Ut antepredicta donatio
debitum sortiretur effectum, dictus miles fratres memorate Ec-
clesie in nostra presentia de dicta yinea corporaliter investivit.
Actum anno Domini U^GÙ* XXX^ IIIo, mensid majo.
Bibl. nation., fonda franc., 5995, fol. 153 r*,
1233.
97. — Ego Hugo de Gieio decanus, notum facio... quod do-
minus Odo de Vendopera, filius domini Hugonis de Brecis, in mea
presentia constitutus quittavit et bénigne remisit ecclesie de Moris
quidquid habebat adversus eam de escheta Adeline de Vendopera,
um tempore Dierri quam tempore Wiardi maritorum predicte
Adeline in omnibus emolumentis. Quittavit etiam et remisit pre-
90 CHAITB8 DB L*ABBATE DB 1I01B8.
fate ecclesie totam terram , quam dominos Hugo fnter ej« fcb
aut yendidit eidem ecclesie.
Anno Ho CC® XXX» IIIo, mense aagnsti.
(Extrait do cartulaire de Tabbaye de Mores. — DuteB,
Preuves de la Maison de Broyés, p. 28. Jongdin, Mk
abbatiarum, p. 68.)
1235.
98. — Ego Symon, filins domini Symonis, domini QuiBeiâ!,
notnm facio qnod cnm ego et fratres mei^ yidelicetOdoetJoum
haberemns querelam contra ecclesiam de Moris, occasione m-
qnod nobis debebant de qnadam pecia terre, qne est aotep*
giam snam de Quercn, et de qnadam terra, qne fait Wiardi, pr&
byteri; tandem intuitn pacis, querelam illam eidem ecclesie qiit-
tavimns, et insnper dedimns ei dictam terram liberam deniq»^
omni terragio et costnma; terraginm etiam qnod nobis de abtan
debebat predicta ecclesia, et proqno erat querela snpradi€U,eièc
qnictavimns in perpetunm.
Actnm anno Domini M^CCo XXX<* Vo. Signnm domini Hi^
de Gieio, decani.
Bibl. nalioQ., fonds franc., 5995. M. 159 r.
1238.
99. — Ego Hugo de Gieio, decanos Yendopere, notom ix^
quod in nostra presentia constitntus, Thomas domicellos^filios^
mine Margarete, relicte domini Gnillelmi de Buxeuil, militb,tiB-
davit et approbavit divisionem sive partitionem illam qaaniie-
nus Thomas, avuDculus ejus, et fratres de Horis, ad bv^
jampridem fecerant super nemore quod est mediom interMors^
Buxeuil. Item sciendum quod si quid juris in illa parte quesi^
dictis fratribus pro parte sua devenit, habebat, vel haberepow^
totum quictavit supradictis fratribus, et in eleemosynaïadfc^
tulit, et etiam ipsos investivit.
Actum anno Domini MoCCoXXXoVIIIo.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 161 ^•
1238. Avril.
100. — Ego Hugo de Gieio, decanns Yendopere, «otoi *
fieri quod dominus Everardus de Cherreveio miles, filias ^
CHARTES DE l'aBBATB DE MORES. 91
Milonis^ qnondam monachi de Moris, querelam qnam habebat ad-
Torsos ecclesîam saper petrariam de Riceio quictayit eidem ec-
clesie. Goncessit eidem ecclesie in predicta petraria habere plena-
rium usnarinm in perpetonm sicut hactenns noscitnr haboisse. Hoc
laudavit uxor saa Elmengardis.
Datum anno Domini M« CC<>XXX« VHI», mense aprili.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 1G2 x*
1238. Octobre.
101. — Ego Ysembertns, abbas Molismensis, notam voie fieri
omnibus presentibus et futuris qaod querela qae ex una parte ver-
tebatur in ter abbatem et conventum de Horis, et homines nostros
de Sellis ex altéra, sopita est inter ipsos in hune modum, videlicet :
quod cum dicti homines, per commmunitatem quam ipsi homines
dicebant esse inter ipsos et ecclesiam de Moris in pasturis tam fi-
nagii de Selis quam finagii de Moris que vane vulgaliter appel-
lantur, peterent usuarium pabturarum per totum finagium de Moris
et de Villenesse, tandem pro bono pacis, dicti homines renunciave-
ront pasturis si quas habebant in pratis et locis aliis que sunt a
magna porta de Moris usque ad vadum de Praellis, sicut vadit cal-
ciata de Moris usque ad dictum yadum et a dicto vado usque ad
fossatum bergerie de Moris, que omnia includit magnus alveus
Usse, ita quod si dictos homines vel ipsorum animalia in pratis
seu locis supradictis intrare contigerit, dictis fratribus de Moris se*
cundum usum terre et consuetudinem satisfacient de dampnis ac
etiam de emenda. Fratres autem de Moris recognoverunt dictos ho-
mines de Selis habere usuagium vanarum pasturam per totum re-
sidnum dictorum Gnagiorum usque ad finagium Landriville et hoc
idem dictis hominibus habere in perpetuum pacifîce concesserunt ,
hoc salvo, quod fratres de Moris facient regaina iu suis pratis prout
Yoluerint singulis annis in perpetuum et ea tenentur levare omui
anno infra festum Nativitatis Béate Marie Virginis, post autem fes-
tum, regainis sublatis vel non sublatis, animalia de Selis intrare
poterunt. Si vero sepe dicti fratres in dictis pratis regaina non fece-
rint vel fecerint, dum tamen animalia sua ad pascendum in iisdem
miserint, dicti homines similiter animalia sua mittent al pascen-
dum et fratres de Moris non poterunt obstruere eis vada; si vero
contingat quod prelibati fratres non possent aut non retint sua le-
vare regaina, animalia de Selis cum animalibus prefatorum fra-
tram et etiam sine eis, prout dictis hominibus yidebitur expedire.
92 GHA1TE8 DB l'aBBATB DB MOKBS.
intrabant dicta prau ad pascendum. Et sciendnm qnod si «pfÉ
fratres vendiderint vel sciderint nemora soi Tel partun aorvBtpi
sant infra finagia sapradicta» animalia de Seiis abstineboBt ilbii-
gressa nerooram inscisorom secondam usam et eonseetiiMi
terre, aliter de dampnis et emenda satisfacient frauîbos seeaèm
nsoin et consnetadinera hajus terre, in cajus rei testimoiiiiiHL..
Actum anno Incamationis Dominice M* CC» XXX» Vlll*, nos
octobri.
ArcbÎT. Aobe. Origbn.
1239.
102. — Ego RobertQS, Dei gratia Lingonensis episoopos, joâ-
yersitati yestre notam fieri voiamos quod constitatns in sctti
presentia dominas P. de Janicuria, recognoyit se landaTÎs^et
etiam coram nobis laudavit venditionem iUam qoam Ganfriis
de Villa nova miles, fecerat erga abbatem et conyentnni de Ifarà
sup^r parte illa qoam prefatus Gaafridus babebat in dedm à
Bourguignons, tam grossa quam minuta, que décima de feodo p-
fati P. movebat, sicut predicti P. et 6. milites, asserebant
Actum anno Domini H» CCo XXX» IX«.
Bibl. nation., fonds fnnç., 5995, fol. 163 v*.
1242.
103. — Ego Dominicus, incuratus de Yendopera, omnibos. ]b>
yerint universi quod Petrus dictus Taciers, parrochianos meQ5, ii
presentia mea constitutus, ob remedium anime sue et anteeess^
rum suorum, laude et assensu uxoris sue Emeniardis, et libenm
suorum Jobannis et Jacobi, dédit in eleemosynam domui de Heôs
duas falcatas prati quas equaliter percipient cum Odino de Ont-
monte, et Regnaudo de Pougeio, domicellis, que site sont in non-
libus de Briel, et banc eleemosjrnam tenebit ecclesia per spada
yiginti annorum. Post vero spacium istud concedit duos soUk
censuales quos reddet quicumque tenebit falcatas snpradicUs, K
quocumque modo teneat, sive jure bereditario, sive emp&0De.i^
tum anno Domini M» CCo XL« II»
Bibl. nation., fonds ftvnç., 5995, fèl. 166 v*.
1242 (v. 8t.) Février,
104. — Ego Nicolaus, Dei gratia abbas Be1Iik>d, Uâ^
•jusdém loci conventus, Premonstratensis ordiais, Trecensis dix»-
CHABTB8 DB l'aBBATB M V0RB8. 93
sis, notum facimas presentibos et futnris, qnod coin discordia
esset inter nos ex ana parte, et viros religiosos abbatem et oon-
ventum de Horis ex altéra, et diu esset inter partes litigatum in
caria nobilis domini Girardi, domini de Dumaio, saper eo qaod
ab ipsis petebamus anum sextarium framenti ad Croie, qaod sex-
tarium dicebamus nos habere et diu percipiebamus in grangia ip-
sorom de Billefeurre, Horensibas e contrario respondentibas et di-
centibas qaod nos injuste investiti eramus de dicto sextario ^ cum
pec ab ipsis Morensibus, nec a quoquam, monumentum ad hoc
nos babuissemus, tandem bonorum virorum utentes consilio,
eisdem Horensibus in pace dimisimus, et sine aliqua reclamatione,
libère et absolute quictavimus sextarium antedictum, ita quod
ipsi Horenses dederunt nobis et ecclesie nostre, in recompensatio-
nem sepe dicti sextarii, IX libras et X solidos in pecunia numerata.
Nos vero sepe dictis Horensibus dictum sextarium quictavimus et
quictamus in perpetuum, ut ipsi habeant et ipsum possideant paci-
fice et quiète. Actum anno Domini H<> CC® XL* II®, mense fe-
bruario.
Bîbl. nation., fonds franc., 5995, fol. 166. r*.
1246. Mai.
105. — Uniyersis, Itberus, miles de YiHanova, salutem in
Domino. — Noyerint universi quod ego, compos mentis mee, ec-
clesie Béate Marie de Horis, legayi quinque sextaria ayene, ad
mensuram Barri super Sequanam, quam yolo ut fratres dicte ec-
clesie, post obitum meum, singulis annis in crastino festivitatis
Omnium Sanctorum, percipiant, apud Villam super Arciam, in
costumis meis quas ibidem habeo. Statue itaque ut heredes mei de
dictis costumis amodo nihil accipiant, donec dicte ecclesie fratres
de costumis ipsis intègre perceperint annis singulis hoc legatum.
Actum anno Domini Ho CC® XL^^YI», mense maii.
BU)I. nation., fonds franc.. 5995, fol. 169 r*.
1246. JuiUet.
106. — Ego Galtherus Coiches, major communie, et ego Pon-
cius. prepositus Barri super Secanam, notum facimus quod Petrus,
miles de Villa super Arciam , filius domini Roberti de Fontetis, in
nostra presentia constitutus, recognoyit quod ipse nihil juris ha-
bebat, nec heredes sui, nisi tantum usum et justitiam in quadem
Tinea sua, sita in yalle de Val Adelin, quam tenait ab eoclesia do
94 CHABTB8 DB l'aBIATB DB MOUS.
Horis cantor Trecensis ad yitam snam, de qna fait eoBteutton
dictum Petram ex una parte, et fratres de Moris^ ei iltea
Actam anno ii? CC® XL© VI<^, mense julio.
Bibl. nation., fonds franc., 599S, foLieBi*.
1246 (v. st.) Janvier.
107. — Omnibus, Thomas, decanus Vendopere, aluteoi
domino. Noveritis quod, in nostra presentia constitatos, i»^
vir Odo de Claromonte miles, recognovit Ermansam, dominia
quondam Clarimontis, matrem suam, olim dédisse in perp^aai
eleemosynam domui de Moris duo sextaria bladi, nnom de h-
mento, et unum de avena, ad mensaram Yendopere. Qium êor
mosynam dictas Odocoram nobis laadavit, yolens et concedejis,^
fratres de Moris ab bis qai terragiam ejasdem 0 !onis, quod bâte
apad Yillam novam jaxta Qaercam^ habebant^ ibidem dictmsliii-
dam de eodem terragio infra festom Omniam Sanctonun reeifiefi
annaatim.
Actam anno Domini Mo CG^ XL» YI^, mense janaario.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol 1681*.
1247. Juin.
108. — Ego Thomas, decanus Yendopere, notam facio qœi
Petras de Lochis miles , cognomento Carbonnellus, recognofii a
in param et perpetaam eleemosynam dédisse Deo, et dow
Theobaldo, abbati, et conventui de Moris présent! et faturo, Cs»-
ciensis ordinis, ob remediam anime sue, née non et oxoris ^
Teceline nomine, totam suam partem landarum, qac faemt
prata antecessorum et su'nt subtus pontem de Lochis, Pampiloii
que partiuntur cum domino de Pampiluno. Qaictavit etiam é^
Petras dicto monasterio quidquid idem monasterium tenebat, |^-
tinens ad jus suam vel hereditatem suam, videlicet dicd Pétri >
pontibus de Lochis usque ad pontes de Landrivilla, qocqnoDols
illud teneret.
Actum anno Domini M<>CC<>XL<>YIK mense junio.
Bibl. nation., fonds franc., 599S, fol 169 t*.
1248. Mai.
109. — Ego G., decanus Tomodori, notum facioqnodifii»»
presentia constitutus, Galterus miles de Argentonay, filiosdos^
Gaillelmi de Mogne, recognovit se vendidisse frattibas de Moi»
CHARTES DB l'aBBATB DB VOBBS. 95
qnecamque habebat apud Landrivillam, et apud Loches, et in fi-
nagio earumdem villarum, scilicet in hominibus, pratis, vineis,
terris, censibus, et costumis, et in omnibas aliis modis et corn-
modis pro qaindecim libris monete tanc correntis^ de qua pecunie
summa se tenait pro pagato coram nobis. Hanc autem eleemosy-
nam confessas est esse factam, cum adhnc armiger esset^ et nec-
dam erat oxori obligatus. Et notandum quod omaia qne in snpra-
dictis locis habebat, a nulle homine tenebat, et nulli senritiam red-
debat, sed erant de alodio suo.
Actam anno Domini H®CC<^XL<* VIII<», mense maio.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 170 r.
1248 (y. St.) Mars.
110. — Universis, etc. frater H. abbas Bullencurtis et Re-
gnandos, miles de Granceio dominas Larreii, salatem in domino.
Noveritis qnod Josberlas et Jeremias fratres , de Yerpilleriis mi-
lites, traherent in caasam abbatem et fratres de Moris pro blado
qnod ipsi emerant a domino Manassero milite de Asmantia, quod
bladom ad ipsos milites spectabat jare hereditario, ut dicebant;
yerum predicti abbas et fratres de Horis, et predicti milites com-
promiserunt in nos, fide sua ûorporaliter prestita, promittentesquod
super promissis, ordinationi nostre starent, et quod a dicto nostro
in aliquo nullatenus resil iront. Nos yero^ bonorum communicato
consilio, prefatum bladum fratribus et ecclesie de Moris arbi-
trando adjudicavimus tenendum in perpetuum et habendum; pre-
dictis militibus et eorum heredibus quantum ad hoc silentium per-
petQum imponentes, ita quod de cetero, nec per se, nec per alium
contra presens yenirent instrumentum.
Actum anno Domini HoCCoXLoVIIIo, mense martio.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 171 r*.
1249. Avril.
111. — Uniyersis, etc. frater Nicolaas, prier Belliregis, de
ordine Yallis Scholarium,etRobertusde Moustiers, miles, salatem
in Domino. Noyerrtis quod cum abbas et conyentus de Moris
conquesti fuissent diu de nobili quondam domina Emelina bone
memorie, matre nobilis viri Erardi, domini Chacennai, super hoc
qnod ipsa abstulerat quandam partem décime de Bergeriis, ut di-
cebant, et justitiam a nobis exigèrent eo quod dictas Erardus,
ulira mare profeotorosy nos OMistitaU emendatores interpre-
96 CHARTES DB l'aBBATE DB MORBI.
siarum suarnm, nos yolnimos, decrevimos et eonsolnns^etè
assensu nobiiis yiri Renaldi de Granceio militis, dominiLim,
consenratoris terre sapradicti Erardi, mandayimusquoddimb-
eima dictis abbati et conventui reddetar in perpetaom posi^aà
Actom anno Domini U^ CC^XL^ IX<>, mense aprilis.
Bibl. nation., fonds franc., ^995, IbL 184 f
1249. Mai.
112. — Ego magister Herbertos^ decanns et eonsosBirri
snper Seqnanam, notnm facio qnod in mea presentia oomÉots,
Soltanus domicellos , filins domini Thome de Gieyo militb, (p
tavit et remisit domni de Horis qnereias qoas habebal admses
eam, occasione terragii et nemoris de Grosseforest, et occsék
vinee que fuit quondam patrb sni^ site in Yallis, quam (piimiir
neam contulerat in eleemosynam domni de Moris preibtt
Thomas, pater snus. Quictavit etiam sponte omnes alias qtunbi,
si quas habuerat, vel habere poterat, adversus predictam (koa
qnoquo modo, promittens fide sua corponditer prestita qaod ui-
quam per se, vel per alinm yeniet contra prefatnm instroffleatsa.
Actnm et datnm anno Domini Mo (X> XL® IX<>, mense nuio.
Bibl. nation., fonda franc., 5995, fol 1S4 r*.
1249. Juillet.
113. — Nos MargaretA, domina de Dumaû, et Johannes,^
filins, notum facimas quod nos yiris religiosis fratribus de lÈm
quictarimus omnes qaerelas quas habebamus vel habere p^
ramus erga eos, super terris acquisitis ab iisdem fratribus ap^
Quercum et apud BtUefeurre, de quibus modo investiti soot. Iw
super amotione porte et molendini de Quercu et valli interposa
Item super auctatione chemini.
Actum anno Domini M^ CG^ XLo 1X9, mense jalio.
Bibl. nation., fonda franc., 5995, fol. 184 V.
1249.
114. — Ego JobannesdominusdeDumaio, notum faeioto^
ego, lande et assensu carissime matris mee Hargarete, et Jvp^
fratris mei, et Guillelme, uxoris mee, dedi et concessi lhtribo5v
Moris, ob remedium aniinanun nostranun, illam partemqiuiDps'
CHARTES DE l'aBBATE DE VOBES. 97
eipiebat in décima bladi de Locbis Airardus, miles de Cherreve,
qnam partem ab ipso comparavi.
Actum anno Domini M» CCo XL» IXo.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 184 r.
1250. Mai.
118. ^- Nos magister Herbertus, curatDS Barri super Sequa-
nam et decanus , notum facimus quod nobilis domina Emelina,
relicta domini Roberii, quondam militis de Villa super Arciam, et
ejusdem filii Petrus et Milo, milites, et Guyotus, armiger, in
nostra presentia constituti, recognoverunt quod cum ipsi querelam
haberent adversus monasterium de Moris^ ex eoquod duo juvenes,
Odo et Tbeobaldus dicte Emeline hcmines de capite, absque li-
centia ipsius, in dicto monasterio religionis babitum assumpsis-
sent : tandem, divina gratia inspirante, sepe dicta domina et ejus
filii supradicti querelam illam, et quidquid juris in dictis juye-
nibus habere poterant, dicto monasterio quictaverunt, et dictos ju-
venes in puram eleemosinam dicto monasterio reddiderunt et con*
cessenmt.
Actum anno M^ CC^ L^, mense maio.
B ibl. nation., fonda tnnç., 5995, fol. 184 r.
1253. Décembre.
116. — Je Jehanne de Chocille, qui fus fcirme nrrsrignor
Odon de Clermont, clievalier, fais a scavoir a toz ces qui verront
ces lettres que Tain o^m que li diz Cdrs di Cl< inu nt flst a resgri>e
de Mores, d'un stxtier de frument, et Taumosne que la mère ce dit
Odon fist à colle dicte esglised'unsdtier defiun.entetd'unsextier
d'aveine, je ay loe, et loe, et la promez a payer par moy, et par
mes oirs, en tos endroits que les lettres devisent, qui de ces au-
mosnes furent faittes et scellées dou scel messire Hébert lou doion
et curez de Bar-5or-Sfipne, et de scel Jacques d'Aresles, qui fût
prevoz de ce mesmes cl.as^tel, que ores est maicrs dou dict B: r. Et
por ce que je neu satl, j'ay fait mettre a ces présent* s lou scael
dou dit Jacques, et lou scael monseignor Odon, lou curez d'Asmance.
A Tan Nostre Seignor M<> CCo LUIo, ou mois de décembre.
Bibl. nation., fonda franc., 5995, fol. 185 r.
? • xzxvn. 7
98 aURTtS DE l'aBBAYB de VOftBS.
1254 (v. st.) Janvier.
117. — Nos Herberlus, curatus de Barro super Seqnaaancl
decanus ejusdem loci. et Jacobus dictus de Aresles, major am-
munie dicti Barri, notum facimus quod in nostra presentia coasb-
tutus Johannes, filius Radulphi de Essoya, jam defuncti, rmH
gnoyit se dcbere fratribus de Moris très soiidos censuales, a
torculari sito in yico qui dicitur vicus S** Pétri apud Essoyam.
Aotom anno Domini Mo CÙ* LIIlIs mense januario.
Bibl. Dation., fondi frtoc, 5995, fol. 185 v*.
1254 (v. st.) Janvier.
118. — Herbertus, curatus de Barro super Seqnaoam et de-
canus ejusdem loci^ notum facio quod, me personalit^ coostitsi»
apud Moras, Petrus dictus Charbonnellus de Locbis miles, H Tb-
celina, uxor sua, in presentia mea constituti, dederant et codû»-
serunt in puram et perpetuam eleemosynam fratribus de Hm
quidquid habebant, smi habere poterant apud Buxerium, YiUaa
super Arciam, etCherreve, feodi, juris etjustitie : apud ChefTPfc,
in molendino, censibus, terragiis, in bosco et in piano, îb boai-
nibus; apud Buxerium, in hominibus, terris et aliis redditibas;
apud Villam super Arciam, in hominibus, viJelicet Miione Novtf
et beredibus suis, et omnibus aliis rébus seu redditibus, censtte
et costumis. De quibus omnibus prenotatis, predicti Petrus miles
ei Tecelina, uiur sua, investierunt abbau m et fratres domm à
Moris; que omnia movebant, ut dicebant dicti Petrus et Tente,
uxor sua, de feodo Béate Marie de Morts.
Actum anno Dommi M<^CC<>LIIlIo, mense februario.
Bibl. nation., fonds frtnç., 5995, fol. 186 r*.
1255. Mai.
119. — Nos magister Herbertus, curatus de Barro snperSp-
quanam et decanus notum facimus quod in nostra presentia eoas-
tituti dominus Robertus de Cherreve, miles, et domina IsabAr
uxor ejus, attendentes honores et bénéficia quos et que fratres li
Moris multoties prebuerant eis, recognoverunt se dédisse et beaipt
concessis^, tam pro recompensatione dictorum benefioionifli ffom
pro salute animarum suarum, supradictis fratribus de Moris, ii
CHA1TB8 DE l'aBBATB DB V0BB8. > 99
perpetuam eleemo^ynam, quod habebant in molendino de Cher-
reye, videlicet partem qaartam ejmdem molendini; et quamdam
landam saam sitam joita yadum Rabbe; et qnictasse eisAem fratri-
bus supradictis tria sextaria bladi que percipiebant et percipere de-
bebant, singulis annis, toto tempore vite sue, apud Buxerium in
terragiis dlctorum fratrum de Moris. Que omnia movebant de ca-
pite supradicte domine Isabellis, et de Beata Maria de Moris.
Âctum anno Domini HoCC<^ LYo, mense maio.
Bibl. nation.! fonds franc., 5995, fol. 186 r.
1256. Juin.
ISO. — Nos Herbertus, decanns christianitatis Barri super Se-
qnanam et curatus ejusdem loci , et nos Nicolaus , minuter de
Gloria Dei, notum facimus quod in nostra presentia constituti
Johannes de Gieyo, armiger, et Isabel, uxor ejus, recognoreront
se dédisse domui de Moris in perpetuam eleemosynam, ob reme-
dium anime sue, quidquid habebant, vel habere debebant, in dé-
cima Grosseforest^ quod reddebatur eis a dictis fratribus annis
singulis in grangia de Fraxino. Promiserunt etiam coram nobis,
dicti Johannes et uxor ejus, fide super hoc prestita corporali, quod
nec per se, nec per alium contra predictam donationem venient in
futurum, sed erga eos qui se exposuerint, portabunt in perpetuum
legitimam garantiaro. Hanc autem donationem laudavit dominus
Guillelmus de Gieio, frater dicti Jobannis, miles^ de cujus feodo
res erat, ut dicebat.
ActLm anno Domini V^ CC^ LYI°, mense junio.
Blbl. nation., fonds franc., 599j, fol. 187 y*.
#
1256. Mai.
121. — Nos Herbertus, decanus christianitatis B^irri super
Sequanam, et Jacobus, prepositus ejusdem ville, dictus deLingeio,
et Jacobus, major communie ejusdem ville, notum facimus quod
in nostra presentia constitutus Johannes, dominus de Villa nova,
miles, laudavit, confirmavit et gratum habuit qnandam eleemo-
synam quam dominus Itherus pater suus, miles, dodi: et concessit
fratribus ecclesie Béate Marie de Moris, de dimidio modio avene ad
mensnram Barri super Secanam, quam summam avene voluit et
concessit coram nobis, pro se et heredibus suis, percipi et recipi a
fratribus jam dictis, annuatim et itf perpetuum, sine aliqua contra-
100 CHARTES DB l'aBBATK BB VOBBS.
dictione, in crastino Omniam Sanctonim, in redditibnsetexitib
qnos habet apud Yiilam super Arciam, et in finagioeiQsdflBTilk.
Que omnia sapradicta ad manam suam, ratione e^casun donn
Itheri, patris sui, devenerunt, et que omnia supradicutesetaa
libero allodio, sicut in presentia mea recognovit.
Actum anno Domini HoCC^LYl^, mense maio.
Bibl. nation., fonds franc., &9dS, M. 187 1*.
1259.
122. — Ego Items de Brocia miles, notom fado qQode|D,ck
remedium anime mee et antecessoram meoram, et AaUdis^uorit
mee, dedi, lande etassensu ipsins, etconcessi virisrefigiûfisito
et conyentui de Moris illam partem piati qnam babeoinpnlDSi
in clauso pratorom de Moris, cum domino Ganfrido, aTnncoleiBtt.
de Poliseio milite, in perpetuam et puram eleemosynamlilMritf
qoiete a predictis fratribos possidendam.
Anno Domini M9 C0> LIX^
Bibl. nation., fonda franc., 5995, fol. Ittf.
1256. Novembre*
123. — Arnnlphus humilis abbas de Moris. . . différend entre Fi^
baye de Mores et celle de Montiéramey et Robert son abbéaofljd
des terres nonvellement acquises par Tabbaye de Mores sorbp-
roisse de Chervey. L'abbaye de Mores reconnait qu'elle doit ptf^
à Tabbaye de Montiéramey les dîmes sur le finage de Qemj.
mais elle refuse de les payer pour les terres noa?ellemest^
quises. L'affaire est mise en arbitrage et les parties s'enp^
sous peine de 100 1. tournois d*amende, de s'en tenir a ladéQ^A
des arbitres qui sont : Guillaume, cellerier de Clainraox, MTéceb
prieur de Spargis (Pargues).
ArchiT. Aube. Copie eoUai. MonHérmn-
1257. Juin.
124. — Guillelmus cellerarius Clarevallensis et Tettb*
prier de Spargis... sentence arbitrale relative aux biens Dooni^
ment acquis sur le finage de Chervey par l'abbaye de Mores- 1^
religieux de Mores ne sont pas tenus de payer à Robert, aUé'
CHABTB8 DB l'aBBATI DB VOR». lOt
Monliéramey et à son abbaye les dîmes sar les biens nonyello*
ment acquis à Chenrey; mais ik donneront tons len ans à Chenrey,
dans l'octare de la Saint-Remy, six setiers de grain de motson, me-
sure de Cbacenay.
Arch. Aube. Orlgln. Montlérame^.
1257. Juin.
125. — Amulphushnmilisabbasde Moris...
Ratification de l'accord précédent.
Il s'agissait de ce qu'on appelait alors les dîmes noyales. Ce
procès fut renouvelé en 1542 et ce fut le 31 mai lili seulement,
qu'un arrêt du Parlement trancha définitivement la question en
faveur de la cure de Gherrey qui appartenait à l'abbaye de Mon*
tiéramey.
Areh. Aube. Copie collât, Moniiéramêif .
1259. Blai.
126. — Nos magister Johannes de Tavellis, archidiaconus Lati-
oensiSy notum facio quod dominus Droco, miles, dictus de Julleio
Castro, dominus de Besaces, in nostra presentia constitutus, dédit
el concessit, et recognovit se dédisse et concessisse domui de Moris,
pro remedio anime Aalis defuncte, quondam uxoris sue, et anime
sue, et animarum heredum suorum, in perpetuam eleemosynam
quinque solides Pruvinensium fortium persolvendos fratribus dicte
domus a dicto Drocone et suis heredibus et successoribus, annua-
tim accipiendos in censibus dictorum Droconis et heredum suo-
mm, qui debentur eis apud Polisetum , quolibet anno, in perpe-
tuum, in festo S'' Remigii in capite octobris. Acium anno Domini
Mo ce» LIX% mense maii.
Bibl. nation., fonds franc., ^995, fol. 188 y*.
1260.
127. — Nos Yiardus, decanus Barri super Sequanam et cura-
tus ejusdem loci, et ego Radulfus, major communie predicti loci
de Barro super Sequanam, notum facimus quod in nostra presen-
tia constitutus, nobilis vir Gaufridus de Poliseyo, miles, recognovit
se vendidisse et quictasse viris religiosis abbati et conventui de
Moris quod sic nominatur, pratum quod fuit domini Itheri, militis.
dieti de Brocia, pro yigmti qninque libris PrnrneBsinii Ma,
de cojas pecanie somma dictas Gaafridos se teiiet id phmpi
pagato in peconia namerata, renancians in hoc (kto mafia
non nomerate pecanie et non tradite ; de cajasmodi pntD Att
Gaafridas recognovit se derestivisse et prefatos Morens» inoth
Tisse. Hanc aatem yenditionem liberi prèdicti Gaofridi, TiUott
Gaafridas miles^ Itéras clericas, Bartholomeas et TbediaUossi-
tiferi, laudaveront et concessernnt, in nostra presentiiproplerk
personnaiiter coQstitati. Promiserant aatem prefatos GmHBe
prenominati liberi ejasdem prenominat^ abbati et coQToto^
Moris, de dicto prato ad versas omnes legitimam garantumportin
ad asus et coasaetadines patrie, et contra predictamteodÀm,
nec per se, nec per aliaro, sea per alios, contra veoire. Heciovs
sapradicta et singuia, prefatus Gaafridas et liberi qosden, fà
corporaii in roana nostra prestita, promiserant se teoere eiff-
Tare, volentes at si per eos vel per eor^m aliqoem adnrsosliBC
actam procaratam vel attentatum faerit, in personamvdpenoitf
ejas vel eoram, qai adversas bec vel venerint vel rmmi, perv
decanam excommanicationis, et in terram vel bomioes^ioleriiit
sentdntia proferator. Actum anno Doaiiai Mo GO» LX*.
Bibl. nation., fonds tnnc., S99S,ftI. 189 1*.
1262.
128. — Universis. etc. Tiardas, decanos Barri soper Seem
salatem in Domino. Noveritis qaod in presentia nostra an^
Haimo de S^ Ogesio miles, et Maria, axor ejas, recognoTerui i
dédisse et qaictasse in perpetaam ecclesie et fratribos (b ta
qaataor denarios censaaies, qaos dicti fratres de Moris iéAii
eisdem annaatim pro pratis sois de Bl^y, sicat dicebant^ffi-
mittentes per fîdes saas in mana nostra corporaliter {trestiusfBi'
contra dictam qaitationem sea donationem de cetero per se ni
per aliam non veaient nec venire facient in fatarum. AetoflUB»
Domini M* CC<» LXII*, mense martio.
BibU nation., fonds (hmc., 5995, M. 190r*.
1263.
129. — Yiardos, decanos Barri saper Seqoanam, at JoceStf'
de Yireio, prevot de Bar-sar-Seine. . .
Pierre dit Baras, chevalier de Ville-sor-Arce et dame ip^ "
OIAITBS DB l'aBBATB BB 1I0BB8. 103
femme, s'accordèrent cette année de quelques différents qu'ils
avaient avec Tabbé et les religieux de Mores.
Kbl. Ditioa., fonds franc., S995, fol. 190 t*.
1266. Mai.
130. — Je Jehan sires d'Arcies fait assavoir a tos cez qui
verront et orront ces présentes lettres que je doias et octroy le don
ou la vendue que Pierre, dit Mauvais, de Montsuzain, et Ysabes,
sa femme, ont fet a Tabbe, et ou covent, et as frères de Mores,
do lor partie et de tel chozes comme ils avaient ou molin, qui est
appelé le Molins Huon, li quez molin est assis devers la granche
de Mores, a Montsuzain ; et ce don, ou celle dite vendue loe, et
octroy a tenir loier et enparer. Et por ce que ce soit ferme choze
et estable, je ay seelles ces lettres de mon seel. Ce fut fet en l'an
de grâce mil deux cens sexante-six, ou mois de may.
Bibl. ojtioa., fonds firan^, 599j, fol. 191 r*.
1267.
131. -* NosRenaulus, dominas Larreii, et Johannes, curatus
de Lochis, notum facimas quod Wiardos dinus Marhot de Lochis»
etEm3ngardis,ejus uxor, se tradidisse in purum et perpctuum es-
cbambium, viris religiosis abbati et conventui de Moris, qoartam
partem terre quam habebant inter ortum Yallisbonnet ex una
parte^ et vineam religiosorum ex altéra, liberam ab omni servi-
tute, pro una pecia dictorum religiosorum, in loco qui dicitur
Grossaforesta, inter terram filii Pineti de LanJrivilla et terram
conversorum de Fraxino. Datum anno Domini M* CC^ LXVII^,
mense aprilis.
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 194 r*.
1269.
132. — Nos Tbeobildus, Dei gratia rex Navarre, Campante et
Brie comes palatinus, notam facimus universis présentes litteras
inspectnris, quod cum religiosi viri abbas et conventus de Moris
aliqua in nostris feudis, retrofeudis, censivis et allodiis, ab homi-
nibus nostris acqnisierint, nos ob remedium anime nostre, et ante-
cessorum nostroram, omniaet singula ab ipsis relicta in fendis^ etc.
▼olumus, laudamus et confirmamus eisdem, volentes et concedentes
J
104 CHARTES DE l'aBBATB DB MOIES.
qaod ea teneant et possideaat ex nanc et in perpetanm, in ■»
mortaa, paciGce et quiète; gardam et ja«ttitiain nobis et smmy
ribos Qostris, ia predictis acquisitis nihilominos retineiues.b
cuJQS rei testimaniam et maaimaa perpetaam, sigiilam nostroâ
preseatibus litteris diiximas apponeadum. Ditum per nos a^
Barram super Sequaaum« aaao Domiai M> CO LXIX^
februario, die lune post octabas Purificationis B. Marie Virgim
Bibl. nation., fonds franc*, 5995, fol. 192 r*.
1270-
133. — Nos Theobaldus Dei gratia rex Navarre Campaoie et
Brie cornes palatinas... coaflrme la donation de deoi booae
mainmortables de Beurrey, que Guillaume de Clémont (en Bas^j,
dit de Yendeuvre, fit à l*abbé et au couvent de Mores.
Bibl. nation., fonds fhinç., 5995, fol. 192 r*.
1272. Décembre.
13i. — Universis présentes litteras inspectaris. frater Johasas
monaT^terii Moreusis abbis bumilis, totus que ejuslem locicoaift*
tus, salutem in Domino. Noverint universi qaod cum qaedam doffiK
sita apud Cherrivei que fuit Thiegerii de Cberrevei hominis «r
clesie monasterii Arremarensis, scilicet domus lapidea cod pv-
prisio, sita juxta Galterum, filium Martini de la Roelle nm
parte et juiia Petrum ex altéra, teneretur ecclesie nostre is trùm
denariis censualibus annuatim, nos ad preces et requisitioneraTS^^
rabilium religiosorum abbatis et monasterii Arremareasis, dictas
domum dictis religiosis quitavimus et quitamas et totaliterliben*
vimus et liberamus a tribus dictis denariis consualibos et a fo^'
cumque serritute dicta domis ecclesie nostre tenebatar : Tolate
et concedentes (|uod dicti religiosi, dictam domum cum porprisiot
beram et a nobis ab omni conditione servili qua nobis sea eodes^
nostre tenebatur liberatam teaeant et possideant in perpetnao pa-
cifiée et quête; tali tamon conditione quod dictus Thiegerias trei
dictoi denarios censuales, in quibus dicta domus nobis sea ecdesie
nostre tenebatur, nobis assignavit super quamlam peciimfioK
quam peciam vinee dictus Thiegerius liberam tenebat et que t<>^
liter libéra erat, que dicta pecia vinee sita est apud GberriTeitt
loco qui dicitur Yaus savoir juxta vineam domini Roberti lÀi^
ex ona parte, et juxta vineam Aveline de Grâce ex altéra; p'
X
CHARTES BB l'aBBATB DB 1I0BB8. 105
missentes bona fide quod nos contra hajasmodi qnitationem et
liberationem per nos vel per aliam nunquam yeniemos in fatoram.
In cnjos rei testimoniom et manimen sigillum presentibas Utteris
doximiis apponendum.
Actnm anno Domini M? CC^LXX® secundo, mense decembri.
Arch. Aube. Origin, Montiéramejf.
1279-
135. — Unirersis, etc., frater Milo totnsqne conventns Palta-
riensis, salaiem. Noveritis quod abbas et conventus de Moris perci-
pient, singulis annis apud Landrivillam, très modios et quartam
partem unius modii vini puri et boni, quos nos tenemar eis sol-
Tere tèmpore vindemiarum^ mustiles de annno redditu post vin-
demias percipiendos ab elsdetn vel eorum mandato, in domo nostra
de Landrivilla, obligantos nos et successores nostros. Aclum anno
Domini Mo CC<» LXXIX.
Bibl. Dation., fonds firtnç., 5995, fol. 195 r*.
1344.
136. — Pierre de Monstiereni^r, lieutenant du gouyerneur du
bailliage de Chaumont, tenant Tan 13i4 les assises à Bar-sur-Seine,
adjuge aux religieux de Mores la moyenne et basse justice en la
maison et grange du Fraigne, tous les champs, bois et vignes ad-
joignant à Ten/iron, tout le finige de Vilenesse, ensemble les lieux
que Ton dit Grosse-Foresl et Valoliens, entre les finages de Celles
et de Landreville, à commencer dez Montorguell et du bois de
Busseul, etc. (extrait des archives de Mores).
Bibl. nation., fonds franc., 5995, fol. 204 r*.
1391 (v. st.). 5 AvrU.
137. — Blanche, par la grâce de Dieu reine de France, à tous
ceux qui ces lettres verront, salut. Comme nous avons de nostrs
conquest une maison assise à Neufville soubsGiey, qui futMarioite
de Ligne, tenant d'une part aux hoirs de Jebannette, jadis femme
de Petit-Jehan Richart, et d'autre part à Guillaume Thévenin, et
aux hoirs de Jehan Favier, scavoir faisons que pour la dévotion
que nous avons à Tesglise de Notre-Dame de Mores, de l'ordre de
Cistcaux, au diocèse de Lengres, pour estre accompagnée et parti-
/
106 CHAITBS DE l'aBBATB »B VOUS.
eipant es prières et oraisons que par les religieai aUé et eontt
d'icelay lieu y seront faicts nuict et joar, doos» pour Wimmi
rérérence de Diea, et à Taumentatioa du divin se^ a fi
nous soyons accompagnées en leurs prières et oniaoBi, fifs
autres causes qui à ce nous ont meues, donnons, baiOoot, tns-
portons et délaissons du tout, à héritage et perpetaellaBeitiini
abbé et couvent, et à leurs sccesseurs, en pare et perpétadi u-
mosne, et de grâce espéciai nostre m liso.i et jardin, aiisi (mm
tout le lieu se comporte en long et en lé, saas y rien excepter, ré-
clamer ou retenir, ne que nous et nos hoirs ou ayant caoxjpob-
sions aucune choses demander, ores, ne pour le temps ï m;,
réservé la souveraineté que nous y avions avant le dict cqq]iisl
Parmy ce que lesdits religieux, et leurs successeurs sont et M
tenus de dire pour nous, chacun an, une messe solempelkàai^
du St-Esprit, en leur dicte es^lise, lesecond joird'apmlqa^H»
fusmes née, et après nostre trepassement diront et eH&nm ^
dicte ihesse des morts, à tel jour comme il plaira àDleaqoeii
trépassons de ceste mortelle vie ; et de nous associer et vm^
gner à tousiours en leurs dictes prières et oraisons ; et poorpsTe
tuelle mémoire sera escrit notre nom et la dicte messe la ^
reloge de la dicte esglise^ et au messels on on dict U grand es
de cette esglise. En tesmoin de ce nous avons faict mettre it&i
seel à ces présentes. Donné à Neufville, le Y jour d'aprril, fs i
grâce MCCCLXXXXI, avant Pasques.
Bibl. naUoa., fonds franc., 599S, M. îlO f-
1546.
138. — Accord entre Antoinette d'Amboise damedeTeolaint
et du Champ-au-Roi et messire Jean de Mesgrigny wigneor'^ii
Yilleneuve-au-Chône. La dame de Yendeuvre cède à Jean de fc*
grigny trois mines de froment qu'elle avait droit depresdnBBi
les ans sur le moulin du Chône près de la Beccacière, appirteifl^
aux religieux de Mores.
(Gbes M. Alexis Soctrd, Ubnire à TrtjtL)
139. — On trouve aux Archives de l'Aube qnelqnes à*
ments modernes se rapportant à Tabbaye de Hores :
28 mai 1694, bail de la métairie du moulina papier 9a\^
ai41TES PB l'aBBATB DB II0BB8. 107
consistant en an bâtiment logeable, grange, écurie... 24 arpents
par saison^ de terres labourables; prés et bois.
25 novembre 1712, l'abbaye de Mores vend aox Ursulines de
Troyes ane maison sise à Troyes rue da Dauphin, oh pend l'en-
seigne des Trois JUaures^ 8,000 livres. (Les trois maures étaient
les armes de l'abbaye.)
18 mars 1717, bail de la métairie dite de La Fontaine (sur le
cours de la More, près de la route actuelle).
29 décembre 1721 , bail du gagnage appelé La Batioerî^, au finage
de Mores.
9 avril 1 744, bail de la ferme appelée Ferme de Mores, dont les
bâtiments sont près du moulin.
8 mai 1761, bail de la ferme iu Moulin, comprenant 30 joumels
de terre par chaque saison.
Arcb. Avbe. — Mores.
MÉMOIRE
L'HYMNE HOMÉRIQUE A MERCURE
»AB
CHARLES DES GUERROIS
Missiximfl,
A la suite de Tlliade et de TOdyssée d'Homère, nous
lisons une série d'HymneSi les uns d'une étendue considé-
rable, les autres fort courts, qui portent, comme ces grands
poèmes, le nom d'Homère. Quoique ces hymnes aient,
quelques-uns du moins, l'Hymne à Apollon, THymne à
Bacchus, THymne à Gérés retrouvé il y a moins d'un siècle,
ou du moins publié (1) par l'illustre érudit Ruhnkenius
(David Ruhnken), quoiqu'ils aient, dis-je, une grande
beauté, et qu'ils soient fort'anciens, ces hymnes ne sont pas
d'Homère. Ce fait aujourd'hui est généralement admis par
(1) L'Hymne à Déméter fut retrouvé en 1777 dans une écurie de
Moscou par Christian Frédéric Mathœi, et publié en 1780 par Ruhn-
ken; mais ces érudits, dans la joie eni^e de leur bonne fortune,
avaient mis tant d'empressement à communiquer leur découverte
au monde savant qu'ils avaient sauté 21 vers dans leur copie. Ils
retirèrent l'édition incomplète et réparèrent leur erreur dans l'édi-
tbn de 1782, qu'on tient pour l'édition princeps.
110 HTMIfE HOMiElQDB A MERCUU.
la critique ; ils sont Tœuyre de ces chaoteurs, de ces rh^
sodés, que du nom de leur maître on a appelé honérUa,
ces poèteSf ces rhapsodes qui s*en allaient de ville envie,
de pays en pays, d'Ile en tle, composant et rédtâot km
épopées, leurs fragments du cycle épique dont Homère est
le centre et qui se continue de siècle en siècle sans s'ichm
jamai&; leurs hymnes aussi, ceux du moins qui s'éU
pas destinés aux mystères et réservés par conséqoeDt us
seuls initiés, pouvaient être chantés devant un aoditotre po-
pulaire, auditoires grecs, ioniens ou éoliens, c^esU-Ae
auditoires faciles à l'émotion, enthousiastes de poésie, k
poésie narrative surtout. — Tous les hymnes hofnériqoesori
le caractère épique, la louange religieuse y prend iafonv
du récit; il faudrait remonter plus haut, vers les âges pri-
mitifs, pour retrouver l'hymne purement et sévèrement rei-
gieux. Tels sont les hymnes orphiques. Je sais bien qne ces
hymnes, tels qu'ils nous sont parvenus et sous leur fonoe
actuelle, ne remontent pas à cette haute antiquité; nais
encore qu'ils aient dû être retouchés pour le langage pv
une main habile, il me paraît visible que le fond subsiste.
Les hymnes épiques dont je parlais tout-à-rheore, fi
n*ont pas la prétention d'entrer dans les sanctuaires, destina
cependant à céljbrer les dieux en charmant les foultskD^
niques, ont naturellement une couleur religieuse. L1)JQ^
en effet, suivant l'origintlle acception du mot, ûp», est
une louange en Thonneur de la divinité. L'h^nonei^ta
chant qui s'élève de l'âme de Thomme vers les dieux p^ok^
teurs ou menaçants, bienfaisants ou terribles.
Les hymnes les plus anciens, les plus religieux aass, -
ces deux choses vont naturellement ensemble^ — sont to
ceux qui porient le nom d'Orphée, mjis qui, touteneoo^
vaut le fond des idées sur lesquelles ils S4* sont édifiés dans oo^
antiquité très rvculée^ auraient été lefaits, pense-t-on, pv
Onomacrite. Cet Ohomacrite, poète et devin du O's^
avant notre ère, fut chassé d'Athènes par Pisisirate jxff
BTURE HOMÉRIQCE A MBRCUBB. 111
aToir interpolé des vers de sa façon parmi ceux de TancieD
poète Musée que le tyran Tavait chargé de recueillir. Les
aèdes^ poètes et chanteurs qui ont devancé, annoncé et pré-
paré Homère, comme les rhapsodes Font suivi et continué,
avaient composé des hymnes qui ont entièrement péri. A
une époque plus rapprochée de nous, au temps même de
la haute prospi'rité poétique de la Grèce, Pindare avait
composé des Hymnes (on cite notamment un hynme à Pan);
tous ces poèmes, où nous pourrions, s'Ds nous étaient par-
Tenus, connaître et étudier, dans le plus haut exemplaire^
la poésie religieuse des Grecs, ont malheureusement péri et
il n'en subsiste rien. Cependant, à défaut de ces hymnes,
nous avons encore les odes du grand |K)ète Théhain, ces
magnifiques odes Olympiques, Néméennes et Pythiques,
qui souvent sont de vrais hymnes, d'un ton si élevé, si admi-
rablement religieux. A l'époque du grand art appartiennent
aussi les chœurs des tragédies, dont quelques-uns peuvent
être considérés comme de véritables hymnes ; car les tra-
giques y célèbrent dans une admirable poésie les plus gran-
des pensées qui puissent jaillir de Tintelligence humaine,
la volonté souveraine des dieux, la fsdblesse des hommes
qui passent, la puissance du destin qui commande aux dieux
mêmes, la force irrésisfible et capricieuse de la Fortune
qtii brise les uns pour élever les autres, qui fait tomber des
fronts les couronnes et disperse, comme des feuilles mortes,
les bonheurs des mortels. C'est dans les odes de Pindare,
c'est dans les chœurs tragiques d'Eschjle, de Sophocle et
d'Euripide, que résonnent à travers les siècles et que reten-
tissent encore dans les âmes dignes de les comprendre, les
plus hauts accents qu'ait jamais eus la poésie lyrique.
Plus tard, à l'époque Alexandrine, belle encore, mais
d'une beauté secondaire et subordonnée, nous trouvons,
outre rilymne aux Dioscurcs de Théocrite, les Hymnes de
Callimaque. Parmi ces hymnes du poète érudit, il en est un
aa moins qui n'est pas indigne d'être rapproché des hymnes
m HYMNE HOMÉRIQUE A MEBCUEI.
homériques : c'est le bel Hymne à Délos^ traduit assez t
blement en vers par M. Alfred de Wailly, traduit assez âé-
gamment en prose p ir La Porte du Theil. Ceux quirefasal
à Calliroaqiie « Ténergie m du talent ne se sont pas soovaœ
apparemment de l'admirable passage où le poète alexadik
nous montre Ares, le dieu de la guerre, déracioaatlesinQiÊ
et menaçant d*engloutir le fleuve Pénée sous leurs rob».
parce que ct lui-ci (chaque fleuve est un diai] a Took
accueillir l'errante Latone, proscrite, toute déesse qoeBe
est, par l'animosité jilouse d^Héré. Neptune aussi, sapaÉ
les montagnes et les faisant rouler avec firacas dans ks ^
de la mer, nous offre un grandiose tableau (même hp».
vers 30 et suiv.). Il ne faut point oublier encore TObl
s'agitant sous les tourments que subit Typhon accaUésw
le poids de la montagne (v. 141 et suiv.). DausuaiÉe
Hymne encore (l'Hymne à Déméter) et dans un autre onk
d'idées, l'épisode d'Erésichton, l'impie destructeur da \k
sacré de la déesse des moissons^ condamné, en expbtidii
son crime, aux tourments d'une faim implacable (v. 251li|
a de grandes beautés : récit qu'a imité, sans le surpasser, k
poète des Métamorphoses, A lôlé de ces tableaux pa-
dioses ou saisissants, Callimaque en a de gracieux : Tel e^
celui où il met sous nos yeux la faiessagère Iris assise as
pieds de Jiinoii, Tœil toujours fixé sur la détssc, etcompsr^
à un fidèle chien de chasse, dont le regard ne quitte p^î^
maître {Hymne à DéloSy v. 228 et suiv.).
L'hynme religieux, si cultivé, si floiissant sur le sol b^
léniqne^ est un genre presque inconnu à Rome, etTcfi
pourrait s^en étonner, en se rappelant quelle pkce la ni'
gion occupe dans les destinées de ce peuple. C'est f^
effet c'est la superstition, plutôt que la religion (Lucrèce k
savait bien), qui s'impose aux esprits de ces TieuironeB^
dont le regard ne peut se détacher du vol des oiseaux, i»
mangeoire des poulets sacrés, des noirs caractères impn^
par la foudre sur les monuments de leurs collines ou ^
' HYMNE HOMÉRIQUE A MERCURE. 113
statues de leurs places publiques. Ib n'appartiennent pas à
la poésie, ces hymnes, ces cantiques plutôt, que chantaient
dans les cérémonies sacrées leurs prêtres saliens, et dont
quelques vers à peine d'ailleurs nous sont parvenus. Quel-
ques compositions de Catulle et d'Horace (je les désignerai
plus particulièrement tout à l'heure) peuvent seules donner
ridée des hymnes religieux de la Grèce antique. Le senti-
ment religieux^ au temps du voluptueux, et, je le crois, un
peu sceptique Horace, après l'époque de Cicéron et les
livres de la Divination et de la Nature des Dieux^ est bien
affaibli : cette antique religion ou superstition, alors même
qu^elle demeurait dans sa force , écrasant Tesprit sous le
poids de la peur, n'est guère propre à l'élever vers les ré-
gions sereines où fleurit la poésie. Ce peuple romain d'ail-
leurs est trop positif, trop politique, trop législateur, trop
imbu du géoie administratif, pour être fort enthousiaste.
Ouvrez-lui la carrière de l'histoire, de la poésie épique, qui
se rattache à ses instincts guerriers, de la jurisprudence
surtout, il s'y élancera avec ardeur, il y fera des pas im-
menses; mais ne lui demandez pas d'entrer dans la carrière
de Pindare et de Callimaque, il restera toujours sur le seuil.
On peut citer pourtant quelques odes et épodes d'Horace,
qui sont des hymnes véritalDles, ad Mercurivm (Liv. i,
ode x), ad Forivnum^ ad Populvm JRomanvm; surtout le
Carmen Secu/are. On peut citer aussi quelques hynmes de
Catulle {Hymne à Diane, xxxrv du recueil), le Chant
nvptial qui est un hymne en l'honneur de l'hymen, et où se
trouvent ces vers qui sont dans toutes les mémoires, ces vers,
les plus déUcieux peut-être qu'ait produits toute la poésie
latine :
Ut flos in septis (Lxn du recueil),
enfin, le charmant Pervigilium Veneris^ d'un suteur in-
connu, qui est un hymne en l'honneur de Vénus et de TA-
mour. Je pourrais ajouter peut-être, de Catulle encore, une
page du poème à^Atys^ poème que Joseph Warton (dans
T. XXIfll. 8
114 HYMNE HOMÉRIQUE A MSBCUIE.
son Essai sur Pope) loue beaucoup, car il le place, m
un peu d exagération, à la tête de la poésie latine,
page, à laquelle j'ai fait allusion, est celle où noos
rendues les premières paroles qui s'échappent de la M
d'Atys mutilé : Agi/e, ite ad alla; ces paroles ne si
autre chose qu'un hymne, ouest célébrée Cybèle, la te
phrygienne (civ du recueil).
Après Catulle, après Horace, Papinîus Slatins. Stw.
qui a remporté trois fois, aux jeux albains, le prii («A
pour les poètes, parDomitien (cet empereur avait de pa-
tentions littéraires), est un poète lyrique bien incompk
encore que parmi les SylveSj il y ait des pièces deHcien»,
entre autres cette prière, cet hymne mélancolique A(fi^
num^ au sommeil qui, pendant de longues nuits, h^
ses paupières fatiguées
Plus tard, le christianisme étant venu, et cette soors
d'inspiraûon étant ouverte, la parole sacrée éclaterai
les hymnes de Synésius, dans les odes de saint Grcgoini
Nazianze, dans les belles et lyriques compositions d'Aonfe
Prudentius. Pour faire contraste, Terapereur Juliai,f
éta t païen avec amour, — car être païen alors c'était èis
de l'opposition, — a composé un hymne à Cybele^ip^ï
rempli d'allégories assez péniblement déduites. Çethyna^
à Cybèle est la fin du Discours sur la mère des Ifetf '
est en prose comme tout le discours.
En plein quinzième siècle, un grec, MièKel Marik.
chassé de Conslantinople par la prise de cette ville, p^
attardé, ou plutôt panthéiste en avance, adorateur ^ »
Nature, du grand Tout, écrivait en liitin des hyiwKSS
Soleil, à Jupiter, à Pan, à la Terre, Pourquoi nous ea®-
nerions-nous des coippositions païennes ou panthéiswp
d'un Marulle ou d'unFlaminius, quand nous voyons Bi»'
un cardinal, composer, — mais chez lui c'est pure fanti*!
la pensée philosophique est absente, — des Hymnes pa^
Je n'ai parlé jusqu'ici que des hymnes relï^eux; î*
HYMNE HOMÉRIQUE A MERCURE. 115
si d'autres qui ont un caractère plus spécialement philoso-
hîque : l'hymne à Jupiter, du stoïcien Cléanihe, remar-
iiable par l'élévation des pensées, sans nulle grâce ni dou-
eur de style (1); — le bel hymne à la Vertu, d'Arislote (2),
— bien des pages du Phèdre et du Banquet, de Platon,
lu Banquet surtout, sont des hymnes, de vrais hymnes,
lans la plus belle prose qui, jamais, eoit sortie du génie de
'homme; l'eflusion lyrique, qui termine le discours d'A-
^athon, est un hymne à l'Amour : ovro; idriv o noiwv %i^im^
L€v év àvôpwTTotç, « C'est lui (l'Amour) qui crée la paix parmi
es hommes, le calme sur la mer, qui apaise les vents,
[ui donne le repos ei mêle le sommeil aux soucis. » (3) —
es sept hymnes de Proclus, difficiles à entendre , et, en
domine, d'une lecture peu plaisante, à l'exception de l'hymne
\ Aphrodite, qui est charmant, un vrai chef-d'œuvre en
15 Ters, auquel je joindrais volontiers, mais en lui donnant
^ulement le second rang, l'hymne aux Muses, de la même
longueur à peu près (17 vers). H serait peu juste d'oublier
l'hymne à Jupiter, en prose poétique, du sophiste Arislide
(P. Stephanus, 1604, in-8% T. II, p. 1-16). Aristide, en
ses huit pages de prose, n'a guère fait qu'étendre et délayer
les 39 vers du stoïcien Cléanthe. Je veux citer encore un
passage d'Oppien en son poème de la Pêche : les vingt pre-
miers vers, d'un accont superbe, sont comme un hymne à
la puissance de Thumanité divinisée. On citerait bien peu
de pages plus belles que celle-là dans toute la poésie grec-
que, et certes on ne s'aviserait pas d'aller chercher cette
grande chose dans un poème sur la pêche.
(i) Tottarum Grxcorum Sylloge, edid. Boissonade, T. VIII;
CaUîm., Cleanthus, Proclus.
(^) Dans les Ânalecta de Bninck, T. I, p. 176.
(3) Ed. Bipont,T. X, p. 218. — Oh ! que Shelley a merveilleuse-
ment traduit cela! (Ed. Moxon, p. 80, Essays Letters and Trans-
lations), On retrouve véritablement chez l'écrivain angles le divin
Platon qu*on cherche souvent en vain chez les autres traducteurs.
116 HYMNE HOMÉRIQUE A MBRCimE.
Tous les hymnes que j'ai indiqués, depuis les plas m-
ciens, ceux de la collection homérique et ceux qui ^oM
le nom d'Orphée, jusqu'à ceux qu'a dictés le stokisoRGi
qui sont dus à Finspiraiion néoplatonicienne, ont uoearv-
tere commun, celui d'être sérieusement religieux oa sém-
sement moraux; nulle pensée, nulle rorme de railbies
s^y mêle ; partout la gravité, quelquefois la haute m^
de la pensée, jusque dans la grâce même, soit que no^ i-
sions les grands hymnes homériques à Apollon, à Démêler,
ou les hymnes de Callimaque, ou l'hymne d'Arislolt ï k
Verlu, rhymne de Cléanlhe, les hymnes de Prodos rab
hymnes orphiques, soit que nous descendions Lvec JBàm
Aristide à la prose de l'hymne à Jupiter, soit que noosff^
nions dans les tragiques grecs à ces admirables cbffsi
hymnes éloquents sur les grands thèmes de la destine, k
la puissance des dieux, de la faiblesse des hommes, jj^
de rOlympe et de la Fortune.
Un seul hymne entre tous fait exception, et ofEre!a&
ractère tout particulier qui en fait une composition m^
c'est l'hymne homérique d Mercure. Je l'ai lu et reio li-
tentivement, cet hymne singulier, et, après un pras?
soupçon qui, m'ayant frappé, mais pour être écarté \id
d'abord, s'imposa à moi sous une forme plus déd^F
suis arrivé à la pleine conyiction que cet hymne préki^
est plutôt un jeu d"espril, un très-gracieux et très-«pK-
uel jeu d'esprit. On hésite fort à se prononce sta* ces
choses de l'antiquité, ou l'on a si peu d'indices potf^
guider^ si peu de témoignages pour s'éclairer; mais 3^
semble que V Hymne à Hermès a tous les caractères (k :t
que, dans notre langage moderne, nous appelons uœ/^
rodie.
Ce qui manque souvent à la critique, c'est Tin^ii^
c'est une certaine hardiesse dans les idées, VvwerJim ^
un mot, car la hardiesse sur les syllabes, la hardie^e pk-
lologique, elle ne manque pas d'ordinaire, et arri^ ^
HTMTCB HOHiRIQUE A MERCURE. 117
qnefoisà la {émérité la plus eniporti^e» comme chez l'illustre
critique anglais Richard Bentley, le commentateur ou re-
dresseur d'Horace, qui souvent, après avoir passé par ces
mains audacieuses, ne se reconnaît plus du tout.
J'avoue qu'en émettant la pensée que je vous apporte,
j'ai osé; ce n'est pourtant pas, je l'affirme, par une vaine
recherche de l'extraordinaire, en tordant les faits et les
textes, queje suis arrivé à l'opii'i'n que je développe dans
le présent travail; j'y ai résisté plutôt, je ne m*, suis pas
livré, je me suis rendu à ce qui m'a paru être l'évidence
même; rien n'est plus éloigné de mes hahiiudes d'esprit
que le paradoxe. Je m'efforcerai de vo*is amener à partager
mon opinion, en vous exposant ce que j'appellerai, non pas
des preuves, mais plus modestement, tout au moins des pro-
babilités assez concluantes.
Un point fort à remarquer tout d'abord, c'est que cet
hymne^ attribué à Homère par un seul témoignage de fort
peu de poids, celui d'Antigone de Caryste (1), pourrait ne
pas remonter à une antiquité fort reculée, il pourrait fort
bien être postérieur à Pisistrate et se rapprocher du siècle
de Périclès.
Mais ce qui vous paraîtra plus décisif sans doute, c'est
l'analyse même de la pièce en question. De cette analyse
même résultera, je crois, une forte présomption en faveur
de l'idée que j'ai hasardée sur la date relativement peu an-
cienne de l'hymne soi-disant homérique.
Le poète, quel qu'il soit, nous reporte à la naissance
même du dieu. Il vient au monde dans l'antre qui sert de
demeure à Maîa, sa mère. Aussitôt né il commence ses
industries et ses exploits; vous devinez de quelle nature se-
(1) Dans son ouvrage intitulé : Historiarum mirabilium Collée^
tanea, Thucydide, qui regarde l'hymne à Apollon comme Touvrage
d'Homère, se garde bien d'affirmer rien de semblable de l'hymne à
Hermès.
118 HYMNE HOMÉRIQUE A MERCUU.
ront ces exploits. II commence bien pourtant, car, ay
trouvé une tortue, il lui arrache la vie, non sans ko i!®
adressé un discours flatteur, et il en prend l'écailIe qd k
sert à fabriquer une lyre. Les poètes, du moins, loi dÛTë
de la reconnaissance pour cette invention. Toataosâioti
chante des vers sur cet instrument de nouveUe créatiofi.
Hermès ne s'en tient pas longtemps à cette occnpiib
pacifiqtie ; il dépose la lyre sur son berceau, d,
goûter la chair, il médite une ruse profonde; il se
Si je volais les vaches de mon frère Apollon ? Vmh
Suit aussitôt l'idée. Hermès est déjà sur les moDiagoei
la Piérie, où les bœufs divins ont leurs étables et paisi!
de riants herbages. Le (ils de Maîa se hâte dechobiré-
quante génisses et de les tirer à l'écart, en les S^
comme Cacus dans Virgile (iEn. Lib. VIII, v. 210), t
marcher à rebours; lui-même, comme les génisses, maréf
à reculons, après s'être fabriqué des sandales de feoiitf
Il rencontre en son chemin un vieillard qui trafailki^
haie; il lui recommande le silence : N'aie point Tii,b
dit-il, ce que tu as vu, n'aie point ouï ce que tu aseoteà
tu t'en trouveras bien. Hermès enfin, toujours tirant ts
génisses, arrive à une grande prairie. Là, après leor i^
fait manger le lotos, il immole deux des vaches qail a^
tournées, les dépouille, en rôtit les chairs, diq)Ose ses^
frandes sur un plat, et en fait douze parts. II respire i^
délices l'agréable parfum des chah*s, il n'y touche pis «"
pendant, il dresse un bûcher, et le feu a bientôt Jé^
toutes ces chairs savamment préparées. Il éteint les eb-
bons, fait disparaître la cendre, jette ses sandales dam T^
phée, et reprend son chemin vers les montagnes du Cyfe
Il rentre dans sa demeure par la serrure, « semblakk» ^
le poète, à une brise d'automne. » Il se glisse dans son p^
ceau et s'enveloppe de ses langes. Sa mère, qui n est f*
dupe de ce manège, l'interroge, et le jdune dieu rèfcdf
des paroles astucieuses.
HTMNB HOMARIQUB A HERCURB. 119
Apollon cependant qui apparemment s'est aperçu du lar-
jn, car le poète ne Texpliqùe pas, part pour se mettre en
[uête; il rencontre justement le vieillard qui précédcm-
nent a aperçu Mercure et qui continue son travail. Le
ricillard qui ne se souvient pas des injonctions d'Hermès^
lit ce qu'il a vu. Apollon s'élance, parvient au Cyllène, et
>énètre dansla grotte qui abrite le dieu, son voleur. HiTmès
eint de dormir. Le fils de Latone Tinterroge avec sévérité,
ivec menaces. Mercure, qui n'est jamais en peine de trouver
les paroles de ruse et de tromperie, lui répond avec finesse,
ivec esprit, dans l'intention de le dérouter. Apollon le saisit
lans ses bras et l'emporte. Ici se place quelque chose de
bien extraordinaire. Je n'ofiensfrai pas vos oreilles en vous
lisant, même en latin, eu grec peut-être, mais tout bas
[xaTOTTip^w exprime cttte action peu séaite) Y augure singu-
lier que Mercure envoie au fils de Latone (vers 294-96) :
j'ai dû cependant y fa re allusion, parc»" que la parodie rail-
leuse digne de Lucien, digne de Rabelais, s'accuse mieux
dans ce passage que dans nul autre. Sur cet'e impertinence
du dieu voleur, Apollon le jette à terre. Mercure alors
propose d'avoir recours à l'arbitrage de Jupiter. Jupiter
interroge Apollon, qui expose raffaire et produit son accu-
sation. Mercure se défend vaillamment, nie, sans ménager
les serments ni les menaces. Jupiter rit aux éclats. Cepen-
dant il ordonne à Mercure de se dénoncer lui-même, et de
conduire Apollon sur les lieux, de proJuire le corps du délit.
Mercure, se voyant pris, ramène à la lumière les têtes des
génisses qu'il a immolées. Apollon alors lui adresse un
compliment railleur sur ses exploits précoces. Mercure jette
autour de lui d'obliques regards, cherchant un lieu où se
cacher. Soudain une idée le frappe, il se souvient que s'il
est le dieu du vol, il est aussi l'inventeur et le dieu de la
lyre. Il veut adoucir le dieu irrité, son frère; il saisit sa
tortue façonnée en lyre, et tire de l'instrument des sons mélo-
dieux, en chantant de sa plus haute voix. Etonnement d'A-
120 HYMNE HOMÉBIQUB A ITEBCUEB.
pollon, qui sent naître en son cœur un ^if désir. Esl-cetoi,
lui dit-il, habile ouvrier, qui a inventé cet instromeat?
Certes, il vaut bien cinquante bœufs. — Et sans le dire qui
mots couverts, il témoigne le désir de posséder la \m é
le talent d'en tirer ces sons qui viennent de le charmer.
Mercure lui fait présent de la lyre, accompagnant ce dos
de paroles flatteuses, éloquemment et jolinient fUtteoses :
a Chante, lui dit-il, chante et fais parler la lyre (vers 473
et suiv.}; demande- lui des plaisirs que tu auras reçue
ma main; en revanche, aussi, donne-moi de la gioire;
chante harmonieusement, tenant dans tes mains cette com-
pagne aux accents mélodieux, sachant dire élégamment. Va.
dès à présent assuré, porter la joie dans les festins, Ymm^
ble danse, le glorieux plaisir, joie de la nuit, joie aussi èi
jour. A qui interroge la lyre avec sagesse, elle répond,
enseignant à lesprit mille choses agréables, (aciiemoâ
complaisante au jeu plein de mollesse, fuyant le travail é
Feffort laborieux » .
Apollon avec joie accepte la lyre, y essaie ses d<Hgb
divins, et en tire, lui aussi, comme il couYient à un (fia.
des sons pleins de beauté, qu'il accompagne de sa voix.
Les deux frères divins échangent des présents, Apdk»
met sous la garde de Mercure les génisses que celui-d i
voulu lui dérober, et Thymne se termine, à la satisfsictkm de
Jupiter, sur cette réconciliation cimentée par des àom
mutuels, de mutuelles promesses. (t)ç et xc iJtac^ùôy^tffi Tséiss
oluvoZaiv, V. 543-46).
n y a là, si je ne me trompe, et peut-être tous wam
reconnu avec moi, messieurs, tous les signes de la paro&^
La parodie implique une certaine raillerie oblique s'adres-
sant, non pas tant aux objets, aux personnages, aux dkm
et aux héros par exemple, qui y figurent, qu'aux poèlef,
aux orateurs, aux philosophes, aux écrivains en général —
mais aux poètes plus particulièrement — qui ont pri$ trop
au sérieux et célébré trop emphatiquement et sur le loo de
HTMTIB HOHiRIQUI A MBRCURB. 121
Tadmintion , ces objets et ces personnages. Pour prendre
un exemple, Lucien, quand il parodie les historiens de la
g* terre des Parthes, — et on sait qu'il le fait bien spirituel-
lement dans son trailé sur la manière d'écrire Thistoire, —
ne prétend déverser aucun ridicule sur les généraux et les
soldats qui ont figuré dans cette guerre. Examiné à ce point
de vue, je crois que THymne à Hermès fait supposer l'exis-
tence de quelque ode admirative à l'excès, dont le poète
aura voulu se moquer en présentant par le côté ridicule et
comique les dieux qu'il a pris pour ses personnages. L'ex-
pression triviale, dans un sujet grave, est encore un caractère
es^sentiel de la parodie, et nous le trouvons ici dans maint
passage. Fantaisie et bouffonnerie, avec de Tesprit quand
elle peut : voilà en somme les caractères de notre parodie
moderne. Si je ne me trompe, il me semble que je les
retrouve bien marqués dans l'hymne homérique à Mercure.
La parodie ne se propose généralement que d'amuser, elle
ne se propose pas de détruire. Cet hymne considéré ainsi
serait d'autant plus précieux, qu'il est à peu près la seule
véritable parodie qui nous soit arrivée du fond de l'anti-
quité. Aristophane a souvent parodié Euripide, dans les
Achamiens par exemple; il a parodié Socrale dans les
Nuées ; mais la parodie tourne chez lui à la satire ; ce n'est
point la parodii! que j'appt lierais désintéressée, la parodie
comme nous l'entendons chez nous, c'est*à-dire simple-
ment amusante et sans arrière-pensée ; et cela est si vrai
que le grand comique athénien se propose une thèse;
rintérêt des mœurs et de TEtat qu'il a grandement à cœur
est en jeu chez lui ; il travaille, lui aussi, a rétablir « l'ordre
moral » . L'ironie chez Aristophane, qui raille si volontiers
les poètes ses confrères et les sophistes surtout, qu'il lui a
plu, sans l'atteindre lui-même, de représenter sous le nom
du plus respecté des philosophes, a le trait acéré, ensan-
glanté, cruellement blessant et mordant, souvent mêlé d'ad-
mirables effusions lyriques. La parodie n'est pas si mé-
cbwtq.... ni si roorak. ^\\^ nfi fven^ ri^n d' Archiloçie, ^
si eUe emprunte quelqii/ç chose d'A^rislophane, eUenaceepte
pas, bien s'en iaut, tout ce qu'il lui oiïre.
La parodie esl un produit des époques tardires Je k
civilisatioii, alors que les esprits, ayant parcouru beancoop
dWdres d'idées et de sentiments, soi;it arrivés i s'en joœr.
Or, qup iroyons-nous dans Thymne à Hermès? Noosj
voyons, -«- chose singulière, si on n'admet pas le caradèrc
qqe je crois y découvrir, — Apollon , le dieu des crades, im
le discours final et amical qu^il tient à Mercure, deTcrsaotb
raillerie sur la divination qui se pratique par rinterprétali(i&
du vol des oiseaux. Les âges primitifs, épris de leurs supers
titions grossières, n'ont pas de ces aperçus philosophiques,
produit d une réflexion plus mûre, d'une sagesse phslir-
dive. A ç^tte cop^dération de l'ordre moral j'en joindnis
une autre tirée de l'ordre philologique : on trouve dau
VHyme à Mercure un certain nombre de mots qui nesool
pas de la langue d'Homère et qui paraissent apparleoiri
une langup moins ancienne. Pour ne pas abuser de Tobe
attention, je ne citerai que quelques-uns de ces TocaUes
QOMveaq^ : f«Ai»Tik, f^lnr^^ xoroy^oioç, AuTot^nç (eo parW
4'Apollon), motç qu'Homère n'a jamais employés.
I^s critiques se sont fort exercés sur l'hymne homén({iir
à Mercure. La critique, chose biep savante quelquefois,
est parfois aussi chose bien impatientante. Rlle mlmp»-
tieiïte surtout, je dirais presque qu'elle me lâche, ^
elle se donne des licences sur les textes anciens, qtiaiHl
pour les accoQunoder à quelque système préconçu, doqsI^
voyons arranger, rogner, ajouter, amplificT, refaire enfin an
gré de sa fantu^-ie l'œuvre qui lui a été léguée pir l'afl'^
quité. Ce qui prouve bien du reste Tordi nuire vanité ^^
travail, c'^st que tous ces critiques ne hont ps d'accord-
là où Tun veut ajouter, l'autre a la prétt niion de relrtn-
cher; celui-ci déclare charmant ce que celui-là rejette aw
mépris et éliminerait de son autorité^ si ces œuvres, toaies
mmifB HOMÉRIQUE A MKRCURI. 12^
corrompues qu'elles ont pu nous arriver, n'avaient en elles
une vitalité n'sis^ante que rien ne peut entamer. Où en
serions-nous, si le sentiment public avait adopté les retran-
chements de fantaisie que tels critiques allemands ou an-
glais, en vertu de conjectures souvent plausibles, je le
déclare, ont vo!ilu faire subir à Tlliade? De ses vingt-quatre
livres, le grand poème en aurait à peine D^nservé quelques-
uns qui sont incontestables; le reste serait demeuré sous les
ciseaux peu cléments de ces Procustes d'outre-Manche et
d'outre-Rhin.
I..es critiques allemands n'ont pas ménagé notre Hymne
à Mercure, et plus d'un morceau de cette p'èce célèbre de
la collection homérique, sous prétexte d'interpolation, de
peu d accord avec le reste^ leur a paru devoir être re-
tranché.
Pour moi, qui n'ai pas de système préconçu, et qui
professe le respect presque absolu des textes anciens, textes
qu'il faut 5e borner à améliorer, quand on le peut, et tou-
jours discrètement, je me garde bien de rien retrancher à
notre Hymne à Hermès : peut-être ofifre-t-il quelques
lacunes, mais bien hardi qui essaierait de les combler. Je
l'accepte comme un tout, parodie d'un texte ou de divers
textes qui ne nous sont pas parvenus. Il semble pourtant
que la dernière partie de l'hymne aille contre l'opinion
que j'ai hasardé de vous soumettre : il semble en effet que
ce soit chose sérieuse, chose héroïque que cette scène où
les deux dieux^ Apollon et Mercure, s'interrogent et se
répondent. Mercure enseignant à Apollon l'art de jouer de
la lyre, Apollon lui répondant sur les oracles et sur les
points obscurs de la religion mythologique — je fais allu-
sion au passage où il est question des Thries (la critique, la
bonne^ la vraie, a substitué le mot eplxi au mot Moîpoi dans
le vers 549), — les Thries, qui, rassasiées de miel nouveau,
entrent dans une fureur prophétique et c nsentent à révéler
l'avenir du fond des antres du Parnasse, leur demeure.
124 HTIINC HOHiRIQUI A MERCUBl.
Hais le comique qui n'est pas dans les mots est dam k
situation, dans l'intention même. Apollon, dieu de U lyn,
apprenant son art de Mercure, le j«'Uiie dieu ué drpas
vingt-quatre heures et qui porte encore ses laoges ser
l'épaule, y a-t-il rien au monde de plus étrangemeul iro-
nique que cela?
Ils se sont réconciliés ces dieux, sous les aas^picfs it
Jupiter, qui agit là comme un bon père de famille, ami de II
paix. Gela est très digne de la poésie héroïque, direz-foœ.
Mais attendez, et tous allez entendre un dialogue qii oe
laisse pas d'être singulier, entre des interlocuteurs de cet
ordre. Fils de Mal^, dit Apollon qui a ses raisons pour ère
défiant, fils de Maia, je crains que tu ne me yoles ma Ijn
et mon arc : jure que tu ne me les déroberas |»as. El k
serment exigé est prononcé. Et le poète de s'amuser taot
bas de la naïveté du dieu de la poésie qui croit aux sermeoU
du dieu des voleurs.
Autre raison encore : qui ne sait que TexcelleDce, k
piquant de la parodie consiste a donner au comique m
couleur sérieuse, aussi bien qu'à revêtir d'une apparence
comique ce q*ii est très-sérieux au fond. Il faudrait alkr
jusqu'au 2* s'èclc, jusqu^à Lucien, pour trouver un autre
exemple de pareilles libertés prises avec l'Olympe. Et encore
il resterait toujours cette différence que Lucien se moqie
parfaitement des dieux, tandis que le poète de YHj/mnti
Mercure — qui nous laisse en somme sur une impression
sérieuse à leur égard — n'a, selon moi, voulu parodier qœ
quelque poète trop épris de la solennité de son sajet.
Vous comprendrez, Messieurs, que ce n'est pas par un
jeu d'imagination que j'attribue le caractère de parodie a
l'hymne homérique, si vous voulez bien le comparer awc
un autre hymne homérique à Mercure^ le xvu% très coort
celui-là, et purement religieux; a Je chante Mercure k
cyllénien, le meurtrier d'Argus, qui règne dans Cjilèoeel
HYMNE HOMÉRIQUE A MERCORE. 125
dans i*Arcadie abondante en brebis, très-utile messager
des dieux.... Salut, Mercure, Mercure messager, toi qui
donnes les biens et les grâces » ; comparez notre hymne
que j^appellerai aristophanique avec \ Hymne à Mercure
d'Orphée (ou du pseudo-Orphée, hymne 27, édition de
Leipzig, 1764, in-S"") : «Entends-moi, Hermès, messager
de Jupiter, fils de Maïa, au cœur puissant, qui présides aux
humains, dieu bienveillant, aux multiples pensées, meur-
trier d'Argus, dieu aux pieds ailés, ami des hommes à qui
tu portes la parole, ami des ruses et des tromperies, dieu
muni de trophées, interprète de tous, toi qui donnes les
gains et ôtes les soucis ; qui portes dans tes mains le sceptre
irréprochable de la paix ; ô dieu heureux, aux paroles astu-
cieuses, dieu utile, secourable aux travaux, ami des mortels
dans leurs nécessités, arme redoutable de la langue^ véné-
rable aux honunes, écoute ma prière, accorde à ma vie
une fin heureuse, donne-moi les œuvres, les grâces du
langage et le souvenir des honmies » .
Horace (Lâv. I, ode X) a composé aussi un hymne à
Mercure; lui, le poète railleur, il n'a pas raillé cependant :
« Eloquent Mercure, petit-fils d'Atlas, dieu prudent qui as
appris à la jeunesse des hommes aux premiers âges des
mœurs moins sauvages, je te chanterai, ô père de la lyre. »
Michel Marulle enfin, ce grec réfugié, a fait un hymne à
Mercure. Cet hymne, qui commence par un étonnement
du poète de se voir, lui, Tenfant de la Grèce, transporté
sur les rives de l'Arno, et par un remerciement à Mercure,
le dieu éloquent qui lui a donné, à lui, l'exilé, Tusage de la
lyre lutine, est une composition non sans beauté {Hymnes^
Uv. 2, Paris, J. Dupuis, 1561, f 72).
Tenons-nous en à Thymne orphique : voilà rhynme sé-
rieux, l'hymne religieux, qui a pu, qui a dû peut-être se
chanter dans les mystères ; l'autre, l'hymne homérique,
objet du présent travail, est une fantaisie de l'esprit, fan-
126 HmifB HOMÉRIQUE A MBRCCmE.
taîsie charmante parfois, mais qui n'a absolument rien de
religieux. Nous avons encore un autre hyoïne d'Orphée i
Mercure (le 56*), moins beau que le 27*, mais également
religieux, également propre à faire ressortir, par le con-
traste, le caractère fantaisiste de la composition à laqœOe
j'ai consacré les réflexions qui précèdent.
Peut-être tous associerez-vous, Messieurs^ à ma manièR
de voir, et consentirez-vous à considérer avec moi rbymne
homérique comme un jeu d'esprit extrêmement agnéabk
et faisant pressentir nos modernes parodies — heureux, di-
rai-je, si nous avions des parodies de cet ordre ! — Dans
tous les cas, vous avouerez que c'est un hymne étrange, on
hymne à étonner , à scandaliser Callimaque et Prochis :
Mercure^ ces sandales de feuillage qu'il s'attache aux pi^
pour aller plus vite, cette inunolation et préparation des
gt^nisses^ ces préparatifs culinaires si soignés, et qui, enfin
de compte, aboutissent à ne faire passer aucun morcen
des vaches qu'il a volées par son gosier sacré ; ce dieu qii
rentre dans sa demeure par le trou de la serrure; ApA-
Ion, le dieu qui sait tout et qui rend des oracles dans ks
temples où les hommes viennent l'interroger, et qui inter-
roge les passants pour savoir ce que sont devenues ses
vaches, de quel nom faut-il appeler ces inventions, si céâ
de parodie ne leur convient pas 7
Shelley, qui a écrit plusieurs hynmes, Y Hymne de Pm^
V Hymne et Apollon^ V Hymne à la Beauté inleiiectudli
(il est très-beau, cet hymne), et qui, de plus, entre autres
hymnes homériques, a traduit V Hymne à Hermès^ me
parait avoir entrevu le caractère parodique de cette pièce
singuhère. Je remarque, en effet, qu'il n'a nullement cbov
ché, lui, le poète des hautes aspirations lyriques, rauteor
à'Alastor et de Proméihée délivré^ à esquiver les expres-
sions triviales qui sont la marque distinctive de cet hjmoe
entre tous les hynmes de la collection homérique, d ^os
HYMNE HOMÉRIQUE A MERCURE. 127
généralement entre tous les hymnes que Tantiquité nous a
laissés (1).
En terminant cet essai, je ne puis me défendre de faire
un retour sur une page tragique de notre histoire littéraire,
qui est en même temps une page sombre de notre histoire
politique.
Et nous aussi, dirai-je, nous aurions eu notre hymne à
Mercure, mais sous une lorme bien différente de celle de
rhymne homérique. C'est André Chénier qui nous Taurait
donné, s'il n'eût été intercepté par la main du bourreau. Je
yeux parler du poème à Hermès^ dont il ne nous est resté
que des fragments, admirables fragments qui font regretter
le grand ensemble resté sous la Toûte de ce front que le
poète frappait à l'heure suprême en disant : Il y avait quel-
que chose là ! Retour attristé, retour désolé, parce qu'il
mêle aux regrets sur le passé les inquiétudes de l'avenir.
Mais je veux avoir confiance dans les destinées de notre
France qui a traversé bien des orages sans sombrer, et j'é-
carte les pressentiments douloureux qui m'obsèdent trop
souvent, je les écarte surtout, quand je me trouve au
milieu de tous, mes collègues, mes compatriotes, j'oserais
dire, si vous me le permettiez, mes amis.
Troyes, le 20 juin 1873.
(1) Shelley a seulement remplacé par des points les vers 294-296,
d'une trivialité trop offensante pour être mis sous les yeux des lec*
teurs anglais.
ROMANI A
!•' VOLUME, 1872
RAPPORT SUR CE RECUEIL
Par m. âSSOLLANT
If emlm rétidAnt.
Messieuhs,
Notre S ociété a reçu du Ministère de rinstruction publique
le premier volume d'un recueil périodique, qui s'ist placé
tout d'abord à un rang très-honorable parmi les publications
consacrées aux études philologiques soit en France soit à
l'étranger. Son titre, Romania^ vous indique son objet et
le rapproche de la Revue des langues romanes que publie
une société fondée en 1869, à Montpellier, pour l'étude de
ces langues, revue qui naturellement montre pour la langue
d'oc une certaine préférence. V Annuaire pour la littéra-'
tare romane et anglaise^ publié en Allemagne depuis
1861, a au contraire un champ de recherches plus étendu
que la Romania^ mais sans donner par année un volume
plus considérable que celui dont je vais vous rendre un
compte succinct. En Italie, à Bologne, un recueil, qui date
de cmq ans, est exclusivement voué à la langue et à la lit-
térature itaUennes : il a pour titre Le Défenseur {Il Pro-
T. XXXTII, 9
130 ROMANU.
pugnatoré)^ comme si cette liltérature et cette langue âaint
en butte à beaucoup d'attaques injustes et qu'il s*agitdeks
en venger.
Les directeurs de la Romania^ MM. Paul Meyer et Gasta
Paris, ont une attitude plus pacifique et s'occuperont sas
exception de toutes les langues romanes : français et pn»-
vençali espagnol et portugais, itaben et yalaque, aoKpds
il f lut ajouter le romanche, qui se parle dans quelqaes
vallées des Alpes, particuUèrement chez les Grisons, et Ion
les dialectes ou patois qui partout offrent au philologue tait
d'indices précieux à recueillir. Les noms seuls de M. P.
Meyer^ profesi^eur à l'Ecole des chartes, de M. G. Paris,
professeur au Collège de France et à l'École des Hautes-
Etudes, présentaient dès l'abord au public des garait
d'une érudition aussi étendue que solide, fondée sur ine
sérieuse connaissance des faits et une interprétation de m
faits à laquelle Timagination n'aurait pas plus de part que
la raison. Les promesses dont ces noms étaient le gage oit
été tenues, j*ose le dire, sans crainte d'être démenti par des
juges de plus d'autorité que moi. J'ai lu, àtr^ peu decbcse
près, les 500 pages de leur 1*' volume, et, inslnut m
même temps qu'intéressé par cette lecture, j'ai regrefié
qu'une telle lumière vienne pour moi quarante ans tnf
tard ; car il n'y a pas moins de quarante ans que je siivas
les leçons de Fauriel sur la littérature provençale, dana»-
dant aux Essais de l'abbé De La Rue sur les Trouvères
Anglo-normands, h une thèse de M. Monin sur la ChaiBao
de Roncevaux, à quelques opuscules de M. P Wolf alors i
ses débuts, tout ce qu'ils pouvaient m'apprendre sur bu
poèmes du Moyen-âge.
Aujourd'hui, grâce aux immenses progrès qu'a £ûts b
science du langage, et spécialement aux travaux de IL
Fr. Diez sur les idiomes romans, l'œuvre que Raynooari
a eu l'honneur de commencer en France dès 1821, Oie
faut pas l'oublier, est bien près d'ôtre accomplie. Ces te»-
ROMANI A. 131
vaux ont eu pour résultat une véritable science; car la
philologie romane s'appuie sur un ensemble de lois qui
forment un système où tout se tient. La quantité des faits
recueillis, des comparaisons ayant pour base l'analyse ri-
goureuse des éléments constitutifs de chaque mot et des
modifications qu'ils ont subies d'âge en fige, \oilà ce qui
a donné à la méthode historique, pratiquée de nos jours
avec des succès si éclatants, une énorme supériorité sur la
méthode trop étroite et trop abstraite qu'on avait suivie
d'abord, par une sorte de nécessité, et de laquelle on n'a
pu s'affranchir que graduellement, à mesure que s'élargis-
sait le cercle des connaissances linguistiques. Ainsi l'étude
de notre vieille langue a cessé d'être en quelque façon une
curiosité Hltéraire pour devenir une partie importante, non
pas seulement de Thistoire de France, mais de l'histoire de
l'esprit humain.
Quelques mots peuvent résumer les résultats désormais
incontestable^ de tous ces travaux. Quand, par la décadence
et l'oubli du latin classique, le latin populaire fut devenu
le seul langage de tout l'empire d'Occident^ les idiomts
néo-latins s'en dégagèrent spontanément, en vertu de lois
générales qui ont présidé à leur naissance et à leur déve-
loppement pendant toute la période de leur formation. Le
irieux français, sans parler des autres, tant qu'il resta sous
l'empire de ses lois organiques, les lettrés n'y intervenant
^uère, a été régulier, conséquent, logique ; le hasard et le
:aprice n'y avaient que peu de part. Des phénomènes pho-
niques, lexicologiques, grammaticaux qui le caractérisent,
1 n'en est pas un seul peut-être qui ne reçoive historique-
ment son expUcation d'après des règles exactement déter-
minées, où la méthode nouvelle n'admet d'exceptions que
bien et dûment constatées. Un fait des plus importants et
[]ue présentent les autres langues romanes, c'est l'étonnante
persistance avec laquelle notre langue a conservé l'accent
Ionique de tous les mots qu'elle a pris à la langue-mère,
132 ROMANIA.
cVst-à-dire moins au latin classique qu'au latin populaire d
au bas latin des siècles de décadence.
Pour revei ir à la Jtomania^ chacun de ses N" IrimO'
triels se partage en trois sections. La première est Ibnixe
de ce qu'on peut appeler articles de fond : textes ioéft
publiés avec commentaires, dissertations sur quelque poêit
de philologie ou de littérature romanes, notices surdesoQ-
\rages curieux et plus ou moins inconnus.
Des articles du même genre, mais beaucoup ploscourb
composent une seconde section sous le titre géoéral k
Mélanges.
Les comptes- rendus d'ouvrages en diverses langues, d
surtout en allemand, pouvant intéresser les romaoisles,
remplissent la troisième section, à laquelle s'ajoute coin»
appendice un sommaire très-bref des publications périi-
diques qui traitent habituellement ou accidentelloneot iks
sujets qui en quelque point touchent aux études romaoes.
Quiconque débute dans ces études, ceux-là même (^
en ayant une certaine connaissance, veulent traiter ok
question qui s'y rattache, trouveront dans ces compter
rendus nets et précis, d'une franchise parfois sérère, (b
renseignements précieux et sûrs.
Co n'est pas à dire que dans cette section, aussi bien f^^
dans les deux premières, il n'y ait pas place pour Terref ,
ou bien pour des vues trop absolues quoique vraies aa M
et en général ; car ici il ne s'agit pas de lois wSeàki
comme celles de la mécanique, mais de lois dont les 9^
sont des êtres libres et par suite « ondoyants et divers. >
Mais les savants rédacteurs de la Romania ne sont pas, <*
en trouverait chez eux-mêmes plus d'une preuve, de «s
esprits opiniâtres qui se refusent à avouer qu'ils se soie'
trompés et n^admettent pas volontiers qu'on doute dek^
assertions ou bien qu*on les contredise.
Vous signaler, seulement dans la l'* section de cbctf
des quatre fascicules de 1872, les morceaux dignes (f^
ROMANI A. 133
remarqués, pourrait me mener bien loin. Je me bornerai
jonc à vous indiquer ce (fui me parait avoir, au point de vue
littéraire, un intérêt général, ou bien pour notre Société
icadêmique un intérêt particulier.
Les 22 premières pages du volume ont pour objet d'ex-
pliquer le titre donné au recueil, en étudiant Thistoire, le
sens primitif, les applications successives, les formes di-
rerst'S du mot roman et des mots qui s'y rattachent, parti-
culièrement les mots latins Romani^ Bomania, lingua
romana et romancium. Ce travail de M. G. Paris doit être
terminé dans le volume de 1873, celui de 1872 n'en con-
tenant que la première moite.
L*histoire pleine dlntérét des mots Romani et Romania
est ainsi résumée p r l'auteur lui-même : « le mot Roma-
» ma, fait pour embrasser sous un nom commun Tensem-
») ble des possessions des Romains, a servi particulièrement
0 à désigner l'empire d'Occident, quand il fut détaché de
x> celui de Constantinople (qui, de son côté^ s'attribua aussi
») le nom de Pu^iava). Depuis la destruction successive de
») tous les restes de la domination romaine, il a exprimé
» l'ensemble des pays habités par les Romani^ ainsi que le
0 groupe des hommes parlant encore la langue de Rome,
> et, par suite, la civilisation romaine elle-même. Dans ce
» sens étendu Romania est un mot bien choisi pour dire
» le domaine des langues et des littératures romanes. »
C'est dans ce sens que MM. P. Meyer et G. Paris en ont fait
[e titre de leur publication, comme le nom également signi-
ficatif de Germama a été donné en Allemagne à une revue
rimestrielle fondée il y a seize ans.
Je ne veux pas. Messieurs, vous dispenser par une
longue analyse de lire un excellent morceau d'histoire, où
l'érudition, loin de nuire à l'intérêt, le rend plus vif au
contraire, les faits positifs ayant une valeur supérieure à
celle des phrases les plus éloquentes. Je mentionnerai
cependant la distinction qu'on trouve dans le grec du vu*
134 ROMATIIA.
siècle entre le mot Pufioîoi s'appliquant aux Hellènes deroKE
romains, tandis que le motpw^âvoc désignait les peuples roott-
nisés, sur les bords du Danube et en Afrique comme àos
les Gaules et TEspagne. Ce dernier nom n'a complétenoi
disparu que vers le ix" siècle, et les Roumains del^Eorope
orientale sont un témoignage encore vivant du seos qsl
avait quand la Romanie avait remplacé T Empire ronoia.
Ce que dit M. G. Paris du nom par lequel les trUm
germaniques désignaient les Romani : Walaheriy ptarid
de l'adjectif Walah^ qui se retrouve moins altéré daœk
nom des Valaques que dans celui des Wallons et des Wel-
ches est également curieux. Quel que soit le sens fort cos-
troversé du mot Walaherty il avait la même nuanœméjHi-
santé qu'a conservée celui des Welches, et \e&Romm^
l'acceptaient pas. Les hommes que de leur côté ils i^
laient Barbarie sans aucune distinction de nationalité, ataiesl
d'eux-mêmes, en qualité de vainqueurs, une haute o^Hokfi
et se regardaient comme supérieurs à ces Welches, seé
dépositaires pourtant de la civilisation occidentale. QoelqiKs
preuves frappantes nous sont restées de la naïve persoaài
où ils étaient encore au vin* siècle, et où ils semblait rere-
venus plus que jamais, d'une part de la sagesse^ de b
loyauté, de la pureté de mœurs des Allemands, d'autre part
de la sottise, du manque d'honneur, de la corruption o^
raie des Welches en général et en particulier des Welcte
gaulois.
A ce propos j'ajouterai, d'après M. G. Paris, queqofi^
on parle de races latines^ comme nos voisins d'outre-Ito
affectent de le faire, <i on emploie une expression qui w^
» que absolument de justesse : il n'y a pas de races latioes.
» La langue et la civilisation romaines ont été adoptas
» plus ou moins volontairement par les races les p
» diverses, Ligures, Ibères, Celtes, Illyriens, elc...C^
» donc sur le sacrifice de leur nationalité propre et orif
» nelle que repose l'unité des peuples romans; elle a p^
ROMANIA. 135
» base un principe tout différent de celui qui constitue
» Funité germanique ou slave. Le développement particu-
» lier de ces peuples leur a rendu, il est vrai, une person-
x> nalité nationale bien marquée, mais ce développement
» lui-même a pour point de départ, non la nationalité
D ancienne, mais la culture du monde gréco-romain. Les
x> invasions germaniques ont presque détruit cette culture ;
D mais, grâce à la conversion des envahisseurs à la religion
» des Romani^ elles qe l'ont pas complètement anéantie,
)> et le monde moderne a pu renouer la tradition inter-
x> rompue. » Chez les Germiins et les Slaves la nationalité
est le produit du sang; la Romania^ au contraire, est un
produit tout historique, «t Son rôle parait donc être, en face
)> dcs sociétés qui ne sont que des tribus agrandies, de
» représenter la fusion des races par la civilisation. »
Treize pages du même auteur, sur un vers du poème
intitulé Coronemeni de Loys^ le carolingien Louis d'O jtre-
Mer, éclaircit heureusement un point, qui n'est pas sans
valeur, de l'histoire si obscure du x* siècle.
Un travail d'une tout a itre importance, aussi de M. G.
Paris, a pour objet la Vie de 5* Léger y publiée pour la
première fuis avec une traduction, par M. ChampoUion-
Figetc, en 1848. Malheureusement ce premier éditeur,
malgré sa science paléographique, a fait preuve, au juge-
ment de Diez, « d'une complète ignorance Je la langue de
» son pays. >» L'arrêt est sévère; celui que les hommes
compétents porteront sur la publication de M. G. Paris
sera tout différent, je n'en doute pas. L'article 1, où il déter-
mine le dialecte du S" Léger par un minutieux examen du
texte et spécialement des assonances toutes masculines qui
tiennent lieu de rimes dans les 120 paires de vers octo-
syllabes rangées par sixains, dont le poème se compose, me
parait un modèle de critique philologique. L'article II,
Restitution de la langue du poème ^ par une étude scrupu-
i36 BOMANIA.
leuse de chacune des formes de déclinaisoo ou de coojfi-
gaison qui y figurent, n'a pas moins de valeur à mQD pi
Le manuscrit qui nous a conservé le S^ Léger date de b
fin du X* siècle ou des premières années du xi*. Qrki
scribes qui les premiers essayèrent de noter les laogoâ
vulgaires, y trouvant plusieurs sons nouveaux, hésitais
à adopter une manière de les rendre. Habitués aa hbo d
faisant ces essais chacun dans sa province, ils ne poimicot
éviter de fréquentes divergences d'orthographe, et toutes
celles qu'on remarque dans les manuscrits du moyen-ige
n'ont rien qui doive étonner. Le dernier copiste du S^ L^
ou bien son prédécesseur y ont glissé beaucoup de formes
étrangères au français, et provençales ou purement b*
tives.
Je me contenterai de mentionner l'article III, Yem^
tion du poème ; Tarticle IV, Sources du poème ; Fartiè
V, Conclusion; après quoi l'auteur offre le résultat de si
patiente étude : d'un côté le texte rigoureosement cob-
tionné de Tunique manuscrit qui existe du S^ Léger ^ vt IN
de la Bibliothèque de Clermont-Ferrand ; de l'autre tfk
la restitution du texte, tel à peu près qu'il a dû être dans si
forme primitive. Les deux textes en regard sur deux co-
lonnes, disposition excellente, des variantes et des nte
facilitent singulièrement la lecture de ce curieux mooaineit
de notre langue. Ce récit strophique de la vie de S^ Léger,
évéque d'Autun, martyr politique bien platôt que reK^eox,
victime de la cruauté du maire de Neustrie, Ebroin, eo678,
a été probablement composé vers le nulie'u du x* siède ei
langue d oil, par quelque clerc peu savant du dk)cèse
d'Autun, pour être chanté aux fidèles. Sa valeur poétiqv
est nulle, dit M. G. Paris ; il « a une certaine importance
ù pour I histoire littéraire, en ce qu'il nous niontre U ver*
Y> sification française constituée au x* siècle et atteste Tos^
» de chanter en français devant le peuple; mais le gnaJ
)> intérêt de ce texte est philologique. Tant pour le 100*
BOMAïaA. 1 37
B bulaire que pour les formes de la syntaxe, il apporte à
» rhistoire de la langue les faits les plus précieux. »
Une étude de M. Paulin Paris sur L'origine et le déve-
loppement des romans de la table ronde, chapitre d'his-
toire littéraire aussi facile qu'agréable à lire, exigerait une
longue analyse. La légende du Saint Graal, son origine, ses
remaniements, Toilà un sujet qui, pour avoir été traité sou-
vent, n'était pas encore épuisé; des documents nouvi?aux
semblent pleinement justifier les conclusions de l'auteur, à
savoir que ceux à qui l'on doit les romans de la table ronde
n'ont pas songé à élever l'Eglise sur les ruines de la Cheva-
lerie ou à élever la Chevalerie sur les ruines de l'Eglise. Ni
les Templiers, ni les Albigeois n'ont rien à faire avec le Saint
Graal, libre développement d'une légende monastique, que
le roi d'Angleterre Henri II avait cru devoir favoriser dans
un intérêt politique^ lors de ses différends avec le Pape.
Donner une origine asiatique et rapporter directement à
Joseph d'Arimatlne la première prédication évangélique
dans la Grande-Bretagne, c'était affaiblir en ce pays l'auto-
rité de la cour de Rome. Tel est le point le plus important
que M. P. Paris s'est attaché à établir.
Ce qu'il dit (p, 468 et suivantes) de la séparation où les
hommes de science, hommes de clergie, vivaient des
hommes du monde dans le Moyen-âge primordial, c'est-à-
dire diu*ant le x* siècle, le xi* et la première moitié du xn%
doit être vrai, sauf certaines exceptions inévitables. Les
premiers lisaient, écrivaient et le plus souvent parlaient en
latin; les seconds savaient rarement lire et ne prenaient
grand intérêt qu'aux Dits, chants et récits des Trouvères,
Ménétriers et Jongleurs. Le siècle avait aussi sa littérature,
et le sentiment poétique dans les classes populaires trou-
vait alors de nombreuses occasions de se développer, que
ces choses n'ont plus de nos jours. Depuis longtemps le
paysan de nos campagnes, Tartisan de nos villes n'ont plus
138 ROMANI A.
à la portée de leur imagination les mêmes ressoarces intd-
lectuelles qu'au temps où les champs héroïques, les m^
tères, les moralités, les pastorales, le long récit des tounde
Mallre Renart, les contes satiriques et plaisants, étaient des
divertissements populaires. Peu à peu ces divertisseiDeDb
et ces jeux d'esprit ont aBecté le huis-clos ; on n'y a put
que moyennant finance, et les pauvres en sont exclus.
Quoi qu'on doive penser de ce tableau que j'ai fart
abrégé, il est assez piquant pour mériter d'être cité.
Il y aurait extrême inj istice à ne rien dire des trawn
que M. Paul Meyer a publiés dans h Romanîa, cartoosy
trouverez autant d'articles signés de son nom ou de ses im-
tiales, qu'il y en a de son actif collaborateur, M. G: Par».
Sans m'arrêter à six pièces inédites en langue d'oc, de
fort médiocre valeur littéraire, quoique ne manquant pas
d'intérêt au point de vue philologique, je passe à un Bes-
tiaire en langue d'oïl, de 1280 vers octosyllabes, impriiaé
pour la première fois d'après un manuscrit du Musée Bri-
tannique. Son auteur est un certain Ger\oise, norausd
sans doute, probablement clerc, vivant au conimenceoKflt
du xui* siècle. Il met^ comme le font du reste plusieurs bes-
tiaires en latin, sur le compte de S. Jean-Chrysos»tome les
détails merveilleux et bizarres qu'il donne, peut-être mèf»
les moralités qu'il en tire, trouvant dans chaque animal dflflt
il parle matière à pieuses allégories.
Le chevalier, la dame et le clerc ^ fabliau anglo-normasd,
publié d'après un manuscrit du milieu du xui* siècle, ^
Cor puS'Christi' Collège à Cambridge, est au fond rhisloîrc
bien connue dont La Fontaine a fait son conte du Msii
battu et content. Mais l'auteur du vieux récit en 584 tot
que je veux vous signaler, s'est bien gardé d'adopter le toe
d'un libertinage railleur. Ses personnages n'ont rien de
grossier ni de vulgiire. La dame finit bien par en arriver a
faire tort à son mari, mais si peu ! Elle est si naîvem^
ROMAlflA. 139
compatissante et pieuse, si sincèrement attachée à son
îpoux qu'elle ne trompe qu'une fois, et ensuite si pénitente!
^e poète inconnu auquel on doit ce gracieux récit l'écrivait
certainement en Angleterre. Les fautes de langage, de ver-
lification même, qui sont de lui et non du copiste seulement,
mggèrent à M. P. Meyer des remarques philologiques fort
nstructives.
Je terminerai. Messieurs, par quelques mots sur trois ar-
ides ayant pour nous, comme je vous l'ai dit, un intérêt
)articulier. C'est d'abord un savant travail de M. Arsène
îarmesteter sur les Glosses et glossaires hébreux-français
tu moyen-âge. Les glosses sont des mots français trans-
crits en caractères hobreux dans des écrits rabbiniques dont
Is font partie intégrante, étant destinés à expliquer un texte
le l'Ecriture à Taide de la langue populaire. Or, le plus ce-
èbre des rabbins du moyen-âge, et de ceux qui recoururent
I ce moyen d'instruction pour leurs coreligionnaires, était
aé àTroyes en 1040, et ses ouvrages se trouvent en grand
[lombre dins la bibliothèque de la ville. Le nom de Raschi,
Ibrmé selon un usage juif des initiales des trois mots : Ra^
bbi iScA-elomo /-çaki (Maître Salomon fils d'Isiac), ne vous
3St pas inconnu et figure dans plus d'un Mémoire de notre
Société.
Je n'ai pas besoin d'insister sur la valeur des renseigne-
ments qu^ofirent les ouvrages de Raschi et de ses confrères
pour la phonétique et la terminologie du vieux français.
M. Darmesteter s'occupe d'abord des glosses que l'on compte
par milliers dans les ouvrages des rabbins et quMIs appe-
laient Loazim, ensuite des glossaires de la Bible, recueils
o\i ils présentaient traluits en français les mots difficiles du
texte sacré. Les six principaux de ces glossaires, les seuls qui
existent peut-être, sont examinés successivement par le
savant critique; il estime que la somme de cent mille mots,
qu'on trouve là ou dans les glosses, pourrait être réduite ,
1 40 BOHAKIA.
en défalquant ceux qui sont plusieurs fois répétés, i m
index de vingt à vingt-cinq mille. M. Dannesteter, q<iiest
répétiteur de la conférence des langues romanes à TEcoie
pratique des bautes-études, et qui a voulu sans doute reoére
facile la lecture de son Mémoire aux romanistes, parmi les-
quels il y a peu d*hébraisants, ne s'est pas servi nue seale
fois de caractères hébraïques.
Six mots français seulement : auberge, héderger, arb^n,
arrière-ban^ frais, Geo-froi, tous d origine germanicp»,
ont fourni à notre laborieux collègue, M. d' Arboi^ de hr
bainville, l'occasion de montrer une érudition q'ie les études
les plus arides n'effraient pas. 11 se croit sufiBsamoKâl
récompensé de sa peine, si quelques faits vrais sout coqs-
tatés par ses patientes recherches. Dans cette étude qm a t
pas moins de dix-sept pages, et où figurent on gnd
nombre de noms propres et de mots tudesques latinisés, â
montre d'abord que la langue franque du ix* siècle o'est
pas le vieux haut-allemand ; que phonétiquement dk s'cs
distingue aussi bien que du gothique ; qu'enfin c'est pirks
caractères et par l'histoire du dialecte francique qu'3 fA
possible de se rendre compte des formes sous lesquelles h
plupart des mots français d'origine germanique se sont im-
plantés dans notre langue.
On trouve dans ce travail la même connaissance h
sujet, la même sûreté de jugement que dans divers artides
donnés par notre collègue aux Mémoires de la Sociiêè à
linguistique de Paris : l'un sur le mot franc Hramne «
Chramne^ dont il reste encore une trace dans je ne ais
lequel de nos patois ; un autre sur Marcelhis de Bordema
et l'erreur commise par J. Grimm à son égard; enfioaiK
note sur les mots fagne, faigne (en bas-latin fatua) doat les
habitants des Ardennes et des Vosges se servent encore
pour désigner une clairière marécageuse dans les bois,
origine probable Je notre mot fange.
ROMAlflA. 141
Un travail plus étendu est une comparaison de la langue
du S^ Alexis, d'après la nouvelle édition que M. G. Paris a
donnée de ce poème du xi* siècle, avec ]a langue des diplô-
mes mérovingiens originaux publiés par M. Tardif, com-
paraison purement phonétique, où les voyelles tiennent une
place beaucoup plus grande que les consonnes. Laphoné^
tique latine de t époque mérovingienne et la phonétique
française au xi* siècle^ tel est le titre sous lequel ceux
d^eutre vous, Messieurs, qui s'intéressent aux recherches
propres à éclaircir les origines de notre langue trouveront
dans la Romania ces pages aussi curieuses que savantes.
Troyes, le 21 fémer 1873.
RAPPORT SUR UN MÉMOIRE
SUR LA
TOPOGRAPHIE MEDICALE DE TROYES & DE SES ENVIRONS
PAR M. PICARD
(7 mars 1786)
Par le Dr ARSÈNE VAUTHIER
Membre rétidint
Inter frandgenu orbt praetUntitriiiui gentes
Clan tito Iseto Teterea dixere Tiicaisini.
(TmiCB, poem. 1631.)
Ces deux vers, extraits d'un poëme que je voudrais bien
connaître, servent d'épigraphe au travail de M. Picard. Le
poète a, conune on le voit, une hante idée de l'importance
de sa \ille qu'il appelle « prœstantissima » et dont le site
lui parait si agréable « situ Iseto. » Le mémoire n'infirme
point cette bonne opinion, bien qu'il indique pas mal d'om-
bres à ce tableau enchanteur. Je vais en donner l'ana-
lyse et chercher à l'apprécier à sa valeur qui me parait
réelle.
L'auteur commence par des généralités sur l'origine de
Troyes, et pour ne pas s'embarrasser, il se hâte d'affirmer
qu^elle se perd dans la nuit des temps. Notre honorable
collègue M. Boutiot, dans son histoire si intéressante et si
pleine de faits, actuellement en cours de publication, s'en
144 TOPOGBAPHIE MÉDICALB DB TROTIS.
tire avec un peu plus de travail, et il remonte assez tfi
dans les chroniques (xvi* siècle avant notre ère) poardooK
des notions importantes de nature à satisfaire cen fi
savent qu'il faut se contenter d'approcher quand il sa^
des origines. Le paragraphe relatif à la situation deTn^
n'est qu'un court résumé de ce qu^on trouve plus aBijik-
ment dans Grosley, Courtalon, etc. M. Boutiota^^
complet que ses prédécesseurs. Le résumé de H. Picards
continue par la description de la plaine, des ooteai]i,fa
cours d'eau, des marais, des forêts. Quant à la minéral^
(ou la géologie), elle est ce qu'elle pouvait être eoiiSi
On remarque surtout la description des pierres qui sena:
soit à bâtir, soit à faire le blanc de Troyes. La tombe je^
ainsi dé6nie : « Ce n'est autre chose qu'une houille peffa-
tionnée par la putréfaction des roseaux et autres végte
qui y ont déposé leurs esprits volatiles et sulphureoi. >
Les eaux de puits et de rivières paraissent afoir élé m
étudiées, et on trouve là des renseignements qui soQt<i^
d'être conservés. L'auteur s'applique surtout i détenîff
par l'analyse leur mode de composition, et si cette ami!'
n'est pas aussi précise et aussi scientifique que pooni^
l'être celle que l'on ferait aujourd'hui à l'aide de me^
d'investigation plus parfaits, elle a cependant dehiakv
et constate l'essentiel. Un tableau indique le poids sp
fique de l'eau de plus de quarante puits, et descooisisi
qui traversent la ville. L'eau de la Vienne serait la p
pure et la moins chargée de sels, si elle ne traversait ps^
côté de Montier Ja-Celle des marais qui l'altèrent. Conti**
rement à l'idée qu'on pourrait s'en faire, l'eau des pai^»^
quartier haut est la plus insalubre de toutes. Celle despi^
du quartier bas est moins impure. Une des causes ii*
viciation de l'eau des puits est la fiitration des eaux i^
sauces à travers leurs parois. L'auteur propose, poor «^
boire de Teau pure aux habitants, de canaliser Teanv'^
fontaine de Nagot, et d'ériger des fontaines pubiM]^
TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE TROYES. 145
irâce à la générosité de M. Jaillant-Deschainets, ce tœu a
ité rempli de nos jours d'une autre manière, et la ville a
ité dotée des fontaines que Thonnéte médecin désirait si
irdemment.
Vient ensuite une peinture exacte des causes dUncom-
Qodité et d'insalubrité qui diminuent beaucoup la valeur
lu situ lœto de l'épigraphe. Ce sont les marais qui envi-
onnent Troyes, et d'où partent des exhalaisons malsaines,
— l'usage de curer les latrines en plein jour, — le dépôt des
idanges dans des trous à Tair libre, — les inconvénients
lu fier mais peu propre usage des tisserands de la rue du
lois, — la mauvaise tenue des rues et des places, etc. (nous
vous encore connu tout cela). Ici une petite théorie de
auteur qui parait discutable, a II est constant, dit-il, que
humidité est un des agents essentiels de la fermentation,
lais aussi il est d'observation que souvent elle en arrête
is mouvements ». M. Picard pourrait dire que des lavages à
rande eau entraînent mécaniquement les n)atières fermen-
3scibles, et que dès lors la fermentation est plus difficile,
irrivant à la boucherie, il constate que les mouches n'y
ntrent pas même pendant l'été, et voici la singulière raison
u'il en donne : « C'est que les mouches ne se soutiennent
as entre deux courants d'air » . Autant vaut dire que la
oucherie est douée d'une vertu préservative contre les
louches, dont l'effet est que celles-ci n'y entrent pas.
Suit un tableau météorologique très-soigné pour les an-
ées 1779, 1780, 1781, 1782, 1783, 1784.
Les productions du sol sont passées en revue ; l'auteur
isiste surtout sur les vignes, et il indique une nouvelle
léthode pour faire le vin, au moyen de la cuisson d'une
ortion de la vendange. Ce qui, selon lui* remédie à l'acidité
u vin de gauet. U indique la production générale vinicole,
t le nombre de muids qu'ont rapporté trois arpents d'une
ssez bonne vigne pendant sept ans. U conclut cependant
u'il serait avantageux « de rendre au labour le terrain que
T. XZXTU. 10
146 TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE TROTES.
nos vignes occupent dans la plaine, qui ne tarderaïpasà
être recouverte de riches moissons ». Depuis déjà UDcertii
nombre d'années ce vœu est en voie de réalisation ibs
plusieurs localités de nos environs.
L'auteur trace un portrait riant du paysage ddaba-
lieue; — nous revenons au situ lœtOj — et assoronerii
est dans le vrai; les bords de la Seine en amont et eo an!
de Troyes sont en effet fort agréables; mais ils ne k
paraissent pas pouvoir entrer en comparaison avec teAm
points des bords du même fleuve, entre Paris etRoncspr
exemple.
Les plantes médicinales sont au nombre de quatre à cbq
cents dont les principales sont indiquées, ainsi quW ^
du gibier et du poisson, fort appétissante. Parmi les lianfc
de boucherie, on trouve noté que « le mouton est cicdlfi
et le cochon succulent et très délicat » . Comment s'élowier
alors du goût pour les plaisirs de la table que M. M
reconnaît appartenir aux habitants de Troyes!
La description de la ville est présentée en un taUcanW
remarquable qui offre d'autant plus d'intérêt, que la php
nomie de la cité a complètement changé depub 1786.6
tableau est vraiment à conserver. On trouve surleshojpias
de Troyes et sur THôtel-Dieu des détails fort inléresa*
Ici encore M. Picard devance son temps. Pour dunino^
l'encombrement : « il avait proposé, dit-il, un mofen]»'
dispendieux de secourir chez eux une partie des indjga*
dans leurs maladies. Leur nombre diminuerait à I BW'
Dieu; il deviendrait possible de les coucher seuls (ib»»-
chaient deux et même trois dans le même lit); lessecwff
qui les y attirent ne seraient plus un appât trofflpeïir»
funeste. Il ignore quelles sont les raisons qui onternpk»
l'administration d'adopter ce plan de réforme qni « *
goûté de la saine partie des citoyens. » Il faut contenir f
nos pères avaient de bonnes idées, et que très somenti»^
n'avons eu que le mérite de les mettre en pratique.
TOPOGRAPHIB VÉDICAUS DB TROTKS. 147
La population de Troyes, en 1784, est de 34,182 habi-
tants. Un tableau des naissances, morts et mariages de 1778
à 1783 inclusivement, donne des renseignements fort cu-
rieux qui méritent être publiés. On y voit notamment qu'en
1779 la petite vérole fit de tels ravages, que la moyenne
des décès étant annuellement de 1168, elle s'élève pour
cette année à 1681 . Un fait à noter, c'est que de nos jours,
la population étant presque égale quant au chiffre à ci lie
de 1784, la moyenne des décès est aussi à ])eu près la
même. — Les renseignements relatifs à cet objet sont ap-
puyés sur d'autres plus étendus, relatifs aux principales
villes de France. Toute cette partie du travail offre un vif
intérêt. On remarque encore un tableau d^où il résulte qu'en
1450 la population de Troyes était de 60,000 habitants;
— en 1650, de 42,000; — en 1706, de 22,000; — en
1733, de 30,000; — en 1762, de 23,000, — et enfin
en 1784 d'environ 34,000.
Voici maintenant le portrait du vrai troyen ; il est h lire.
Il se rapproche beaucoup de celui de Descliamps, tracé au
xv' siècle et que l'on trouve dans le livre de M. Boutiot. Le
peuple buvait déjà pas mal d'eau-de-vie en ce temps-là, et il
eût été plus laborieux <« si le prix modique du vin ne l'eût
retenu les trois quarts de la semaine dans les cabarets d.
Quant aux riches a ils digèrent autour d'une table de jeu,
et passent le reste du jour dans une molle indolence » . -^
De notre temps on parlerait du billard ou du Whist^ ac-
compagnés du cigare ou de la pipe. — Malgré ces défauts,
l'auteur semble conclure que ceux qui di^ent du mal dea
Troyens sont des envieux et de mauvaises langues. Espéron»-
le. — Il est probable que la consommation du tabac sous
toutes les formes était insensible, car si Tabus que nous
voyons aujourd'hui aviût existé, l'auteur n'eût pas manqué
d'en parler pour le blâmer.
Les femmes sans être belles sont d'une figure agréable;
mais 0 si beaucoup sont contrefaites, on doit s'en prendre
148 TOPOGRAPHIE MÉDICiLE DB TBOTES.
à Tiisage où sont encore ici les mères de presser ks m»
bres tendres et dt*licats de leurs enfants dans des conebè
baleine ». Très bien! confrère, mais en dépit de vosiai-
thèmes et des nôtres, le corset règne toujours. Cestmeda
raisons qui font, — comme il est dit pluss loin, ^ <^ki
femmes « cette portion si intéressante de la société, co
êtres formés pour le bonheur de l'homme, et qui, mà^
leur faiblesse, n'ont en partage que les incomnoodités elks
douleurs, en échange des plaisirs qu'elles nous font goâler,
semblent être sujettes ici encore plus qa^aiUeurs à toab
les in6nnités attachées à leur sexe » . C'est le styk à
temps que J.-J. Rousseau avait mis à la mode, et qui flét-
rit sous la Convention, le Directoire, et le premier Empire.
On en voit çà et là plusieurs échantillons dans le né-
moire.
Arrivant à examiner la série des maladies observées coo-
munément à Troyes, M. Picard fait un tableau très-coiii|ikt
et très-précis de leurs causes locales, donne une descriptin
de leurs formes, et indique les remèdes employés an
que ceux qu'il conseille. Il y a bien là de l'huinorae
exagéré, mais les observations n'en sont pas moins serieiH
ses. Ce tableau n'est pas susceptible d'analyse; il inérik
d'être lu en entier. On peut regretter que la syphilis, àBà
les ravages étaient à ce moment si terribles, ne soit pas
Tobjet d'une description plus détaillée. L'auteur attaque
ce qu'il appelle le préjugé du peuple qui ne veut adiaettt
que des cordiaux dans le traitement de la variole. Aojocr-
d^hui» nous pensons généralement que ce prétendu préjog^
n'en est pas un, et que le peuple de ce temps-là poomt
bien avoir raison. On ne saurait trop louer l'énergie avec
laquelle se trouve stygmatisé « l'éloignement naturel que le
Troyen a pour toute innovation, et qui Tempèche de cher-
cher dans l'inoculation un préservatif avoué par b raim
confirmé par l'expérience, permis et autorisé par la rei-
gion » . Assurément, le médecin qui parle ainsi n'eut p*
TOPOGRAPHIS MÉDICALB DB TROTES. 149
•
manqué dix ans plus tard d'être un ardent apôtre de la
vacciDation bien supérieure à Tinoculation.
Le travail se termine d'une manière assez inattendue et
sans transition, par i'énumération des bestiaux et par des
considérations sur leur nourriture ainsi que sur leurs mala-
dies. On peut regretter que l'auteur n'ait pas jugé à propos
de donner un court résumé, qui rappelle les principaux
points traité? et serve comme table des matières. C'est d'ail-
leurs une lacune d'importance secondaire.
En somme, le mémoire sur la topographie médicale de
Troyes et de ses environs est très travaillé ; il indique un
bon esprit, le style en est clair et non dépourvu d'une cer-
taine élégance autant que le comporte le sujet; on y trouve
des recherches patientes et consciencieuses, et des idées
dont quelques-unes sont en ayance sur le temps où il a été
écrit. Il peut servir de modèle à des travaux du même
genre, et on peut désirer que la Société en reçoive de sem-
blables. Il a été récompensé par un prix de cent li\res
donné où et par qui? c'est ce que j'ignore. Le prix était
mérité. J'exprime le vœu qu'il soit publié par les soins de
la Société Académique dans ses Mémoires.
Troyes, le 21 fétrier 1873.
MÉMOIRE
SUR LÀ
TOPOGRAPHIE MÉDICALE
DE TROYES ET DE SES ENVIRONS
En 1786
Par m. picard
Doctesr en Hédedne* CoDseUler-Médecin ordinaire da M9 k Troyes.
hUer frandgena» w^ prautatUinima gtnte»
Clara situ lœto veteres dixere TricoBsim,
Treca, pœm. 1681.
Sur la ligne qui sépare la vraie Bourgogne de la Cham-
pagne la plus aride, est une vaste plaine arrosée par un
grand fleuve, ornée de belles prairies, environnée de co-
teaux fertiles. C*est an centre de ce magnifique bassin
qu'est située la ville de Troyes, capitale de la Champagne. •
On ne peut guère fixer Tépoque de sa fondation. Quelques
écri\ains ont avancé que des Phrygiens la bâtirent pour se
rappeler leur ancienne patrie détruite par 1(!S Grecs. De
telles conjectures étant dénuées de preuves et d'autorités
suffisantes, ne vaut-il pas mie>ix convenir que son origine
se perd dans la nuit des temps? Elle fut pendant cinq cents
ans sous la puissance des Romains. Auguste lui *lonna son
nom, Auffiisto^ona, comme la marque (i*une distinction
qu'il n'accordait qu'aux villes de premier ordre. En 486,
152 TOPOGtAPHIB HtDICAU DB TIOTIS.
Clovis enlera Troyes aux maîtres de raoivers. Elle fit {vliB
des états des rois de France jusqu'à ces temps milheiuni
où la maison de Charlemagne tomba dans l^aoéantissaïKÉ
et le royaume dans une espèce d'anarchie. A la breor è
troubles qui régnaient alors, la Champagne (ut usarpée p«
des seigneurs qui se firent appeler Comtes de Troyes, titre
que le mauvais état des affaires et des raisons de poiitM|K
forcèrent nos rois à leur confirmer. C'est à ces noanifl
maîtres que la capitale de la Champagne est redenblefe
avantages dont elle jouit, entr'autres de la distriboliN
de la Seine, dans les différents quartiers, en faveur des m*
hufactures. Ils établirent des foires qui furent très-câèbres,
et rendirent le commerce florissant. Après avoir étéafiés^
delà couronne pendant 250 ans, la Champagne y (ut r»
nie à l'avènement au trftne de France de Philippe4e-
Bel, le dernier de nos comtes.
Troyes est à 48 degrés 18 minutes 21 secondes de ht^
tude septentrionale, et à 21* degré 44 minutes 55 seconJe
de longitude, en supposant Paris au 20* degré tout josle;
mais, prenant la longitude de Paris, 19 degrés 53mioot0
45 secondes, au premier méridien de TIsle-de-Fer, Trof
sera au 21* degré 38 minutes 40 secondes, et i uo de^R
44 minutes 55 secondes de longitude depuis laméridiefl»
de rObservatoire. Cette tille est à 34 lieues sud-est it
Paris, à 12 lieues est-nord-est de Sens, à 18 «id-ouesli
Châlons et à 28 sud de Reims. Son élévation au-dessus ib
niveau de l'océan est à peu près de 380 pieds.
La plaine, au milieu de laquelle s'élève Trojcs, est w^
née à l'ouest par une chaîne de coteaux, dans la directo
du sud au nord et dans une étendue de quatre à cmi
lieues. Leur distance de la ville est de trois à quatre Beaes
pour le plus et d'une lieue et demie pour le moins. Ils ^
revêtus de vignobles d'un côté et de bois pour la ph|»^*
leurs sommets. Leur revers à l'ouest forme une j^^^
sensible. L'élévation de ces collines au-dessus du oiteiB^
j
T0?06RAP?n VÉDICAUE DB TR0TB8. 153
I*océan est de 60 à 70 toises. Au nord-est le terrain « s'éle-
vant assez rapidement en plusieurs endroits, présente des
tertres de vingt-cinq à trente toises d'élévation; mais, à
bien prendre, ce n'est que le commencement d'une seconde
plaine qui domine la prairie.
La Seine qui prend sa source en Bourgogne, à 24 lieues
de Troyes, après avoir promené ses eaux dans la partie
méridionale de la plaine, se divise en plusieurs bras à
1,500 toises environ au-dessus de nos murs, pour le ser-
vice des moulins, des blanchisseries et des papeteries. Elle
pénètre ensuite dans la ville, y abreuve un grand nombre
de canaux distribués, dans différents quartiers, pour la
commodité des teinturiers et des tanneurs, et n'en sort que
pour aller porter la fécondité dans les prairies qui sont au
nord. Cette distribution, si avantageuse pour le commerce,
n'est pas sans inconvénients pour la salubrité de l'air comme
on le verra. Il parait, par l'appréciation des différentes
chutes d'eau et de la vitesse des courants,, que le niveau de
la Seine à Troyes est au-dessus du niveau de la même ri-
vière à Paris d'environ 35 à 40 toises. Au sud-est, la
Barse» toujours trouble, est reçue dans un bras de la Seine à
trois quarts de lieue au-dessous de la ville. Du côté de l'est,
à peu près à la même distance, coule un autre ruisseau
fourni en partie par des étangs ; il va se perdre dans le ma-
rais d'Argentolles. A l'ouest-sud-ouest, la Vienne, formée de
deux sources qui sortent des montagnes voisines, baigne
nos murs dans la direction du sud au nord et se jette ensuite
dans la Seine.
Troyes est dominée par plusieurs marais, surtout au sud-
ouest ; mais depuis quelques années on s'occupe de leurs
dessèchements. Celui dit de Montier-^la^Celley par sa posi-
tion, sous les murs de la ville et à l'ouest, d'où les vents
soufflent fréquemment, influait le plus siu* la salubrité de
l'air. Le soleil, dans les plus beaux jours de l'année, était
obscurci par les vapeurs qui s'en élevaient. Le projet de le
154 .TDP06RArai£ mcdicaus.de trous,
dessécher avait été formé nombre de fois depuis piom
siècles et toujours abandonné; mais enCn par le de è
M. Berthelin, maire de cette ville, les eaux qui croufmBi
dans ce marais ont changé leurs cours; sept à boit ccA
arpents de terre sont rendus à Tagriculture; FabDoifiiiR
ne sera plus infectée par des exhalaisons délétères, Mstt
d'une myriade de maux, et des milliers de citoyens ntni
conservés à la patrie. C'est par de tels senîces raèsi
l'humanité qu'on acquiert des droits à l'inunortalité.
Les forêts qui se trouvent dans notre cantoo sont Icats
éloignées au moins de quatre lieues de la ville. Lesiorl
d'Aumont et les autres au sud sont sèches et fookm.
CeUes de Montmorency et d'Orient, à l'est, sont ocofê
dans leurs centres par de vastes étangs ; elles sont \m^
et marécageuses. Les arbres qui y croissent sont priocifa-
lemenl le chéne^ le hêtre et le charme.
Le fonds du terrain des environs de Troyes estengôsi
formé d'argile, de craie et de pierre Uanche caldoalà
comme il le parait par les excellentes obserYations de 1
Ludot, consignées dans les mémoires de l'Acadéinie fe
sciences. La craie est le seul moellon et presqi^b^^
pierre qu'on emploe dans les bâtiments. Quand od^
bâtir en pierre dure, on se sert de cailloux, de pierreàU
qu'on trouve dans les vignobles, ou d^une pierre ^^
nommée ici roche et qui est bonne aussi à faire de laduts^
Elle renferme des huîtres, des palourdes et autres cnf
marins pétrifiés qui prouvent que la plaine où est bi^
Troyes a été autrefois le séjour de la mer. Il faulalkrckf
cher cette pierre, ainsi que la chaux, au village de Fo^
chères, à cinq lieues d'ici au moins, en remontant la Sei^^
même au delà. On emploie aussi une sorte de pierre de !>*
blanchâtre et qui est sujette aux effets de la j^lêe, ^ f
vient du Tonnerrois, à onze lieues d'ici au moins ou eeflf®
de distance ; ou enfin on se sert, mais rarement, de f^
de Savonnières qui est fort bonne et qui vient encoredcr
T0F06RAP8IB KfanCALB DB TR0TI8. 155
ohi. Tout le pays qui est à l'ouest, au nord et jusqu'au
lord-est, est crayeux et graveleux. Ces graviers sont ari)o-
îsés, gercés et mêlés de différents corps qui souvent se
rouvent réunis ensemble, et qui avec les graviers forment
les espèces de poudingues. Les fentes irréguliëres sont très-
communes dans les massifs de craie, et si multipliées qu'en
juelques lieux elle ne peut même pas servir de moellon.
)n trouve de la craie dans tous les villages circonvoisins,
nais celle que l'on préfère à toutes les autres pour le blanc
le Troyesse tire de Vireloup, distant de quatre lieues de la
rille du côté du couchant. Le procédé suivi à Troyes pour
a préparation du blanc qu'on tire de cette ville, et que quel-
[u'uns nomment abusivement Blanc dt Espagne, est très-
ngénieux. La description de cette manipulation se trouve
lans différents ouvrages. Nos environs nous offrent encore
plusieurs mines de tourbes à l'exploitation desquelles on
ravaille depuis peu, ressource d'autant plus avantageuse
(u'eUe diminuera la consommation du bois de chauffage
léjà trop rare. Cette tourbe n'est autre chose qu'une houiUe
perfectionnée par la putréfaction des roseaux et autres végé-
aux qui y ont déposé leurs esprits volatils et sulfureux,
elle chauffe bien; l'odeur qu'elle exhale en brûlant est
upportable et ne peut nuire à la santé. Les cendres four-
lissent un excellent engrais pour les terres.
L'eau dont on fait usage ici est de deux sortes, celle de
»uits et celle de rivière. Les puits sont multipliés dans tous
es quartiers et dans les maisons. L'eau de ceux du Quar^
ier-Haut sourde en partie des latrines voisines, filtre à
ravers un fonds de craie sur lequel se trouve une couche
le terre jaune. L'eau des puits du Quartier-Bas vient de la
leine qui arrose cette partie de la ville, et filtre à travers
m banc de terre argileuse. La majeure et la plus précieuse
partie des citoyens, le peuple, boit de l'eau de puits. Les
;ens aisés font usage de l'eau de Seine prise avant sa distri-
bution dans la ville. Les canaux où on la puise sont larges et
156 TOPOGBAPBIS VilUCAtl OB TBOTlf.
profonds, mais bordés par les blanchi^eries dont ib
vent, en tous temps, les cendres des lessiTes rt ks lolra
immondices. En hiver, les dégels, la fonte des ndge&,ki
eaux des marais avec lesquelles elle se marie, le limon «ja'dk
charrie; en été, les pluies d'orage, les chanvres qm roôi-
sent dans son lit, la vase sur laquelle elle roule, conon-
rent à la dénaturer.
Les eaux de tous nos puits, au nombre de plus de <|bi-
rante, et celles de toutes nos rivières, prises en diffiéneflb
endroits, ont été soumises à mes expériences. Pour ks
peser, je me suis siTvi d'un aréomètre à peu près semUdUc
à celui dont M. Deparcieux donne la description dans 9«
mémoire sur les eaux d'Yvette, inséré dans le tome seeoad
des mémoires de l'Académie des Sciences, année 1766. \k
cylindre de fer blanc de douze pouces de long et de éen
pouces de diamètre, armé, à sa partie supérieure, d^oo I
d'archal long de trente pouces et gradué, est lesté de gnia
de plomb en quantité indéterminée qu'on y introduit pv ane
ouverture fermée hermétiquement avec une vis d*étaio. Lt
vaisseau dans lequel on plonge Taéromètre est un cylioès
aussi de fer-blanc de trois pieds de haut et de trois jMooes
de diamètre, et rempli d'eau jusqu'à la hauteur de fmk
pouces. Le fil de laiton, divisé en pouces et lignes, indî(|ae
le degré d'enfoncement de l'aréomètre dans Feau. B ùà
avoir attention à ce que l'instrument n'éprouve aucune n-
riation dans son poids, soit par la rouille, soit par Teaa ^
pourrait s'y introduire, et que les eaux destinées à être p^
sées soient au même d^ré de température.
L'eau de la fontaine Nagot, qui sort des montagnes vd-
sines, à travers un fonds de caiîloutage et de sable, et dod
la légèreté et la pureté m'étaient connues, m'a serti è
terme de comparaison.
TOPOGRAPHIE MÉDIGAtE DE TROTES. 157
'ablb qui indique les divers degrés de pesanteur des eaux
de puits et de rivières de Troyes.
Puits dn Qnartier-Hant.
i
Pouces. Lignes.
kins Teau du puits de la rue du Bourg-Neur,
la tige de Faréomètre sortait de 27 »
)ans leau du puits du carrefour dit les Quatre^
Vents 26 6
(ans Teau du puits de la place dite YEtape^
aU'Yin 26 6
)ans Teau du puits dit des Trovi-Têtes 26 6
)ans Teau du puits du marché aux herbes ... 26 6
^ans l'eau du puits de la rue du Chaperon. . . 26 5
)aas Teau du puits de la rue des Filles 26 4
(ans l'eau des trois puits de la rue de la Cor-
terie 26 3
)ans l'eau du puits de la rue de la Clef-de-Bois . 26 1
)ans l'eau du puits de la rue des Lorgnes. • • • 26 »
)ans l'eau du puits de la rue Neuve-des-Ursu*
Unes 26 »
)ans l'eau du puits de la rue des Quinze-Vingts. 25 »
)ans l'eau du puits du bas de la rue du Bois. 25 »
)ans l'eau du puits de la rue du Cheval-Rouge . 25 »
)ans l'eau du puits de la rue du Dauphin ... 24 »
>an8 Teau du puits du marché au blé 23 8
>ans l'eau du puits de la porte de Belfroi. ... 22 7
>ans l'eau du puits du haut de la rue du Bois. 22 »
>ans l'eau du puits de Sainte-Jule 22 »
)ans l'eau du puits du bas de la rue de la Pierre. 21 3
)an8 l'eau du puits de la rue du Temple, près
la Montée-des-Changes 21 2
)an8 Teau du puits du haut de la rue du
Temple 21 »
158 TOPOGRAPHIB MÉBICALB DE TB0TIS.
Dans Tean du puits du haut de la rue de la
Pierre 20 H
Dans Teau du puits de la maison du S -Esprit. 20 i
Dans l'eau du puits de la rue de la Fannerie . . 20 (
Dans Teau du puits de la Belle-Croix 20 i
Puits du Quartier-Bas.
Dans Teau du puits de la rue de Saint-Loap. . 20 •
Dans l'eau du puits de Saint-Martln-ès- Aires. . 20 •
Dans l'eau du puits de la rue de Rome 20 •
Dans l'eau du piûts de la rue de la Cité 19 10
Dans l'eau du puits du Palais 19 9
Dans l'eau du puits du Marché-aux-Trnpans. . 19 4
Dans l'eau du puits devant le grand cimetière
de Saint-Nizier 19 4
Dans l'eau du puits de la même rue, au coin
de celle du Faucheur 19 3
Dans l'eau du puits de !a rue du Breucher ... 19 1
Dans l'eau du puits de la rue de PArche-de-Noé. 1 9 1
Dans l'eau du puits près la porte Saint- Jacques. 18 9
Rivières.
Dans l'eau de la Vienne 18 9
Dans l'eau de la fontaine Saint-Martin 18 >
Dans l'eau de la Seine avant sa distribution dans
la ville 18 »
Dans l'eau de la Seine au-dessus de Sancey—
Saint-Julien 17 6
Dans l'eau de la Seine dans le canal vis-à-vis
Thôtel de l'Arquebuse 17 6
Dans l'eau de la fontaine Nagot, à la source. . 17 •
L'eau de nos puits a un goût fade et nauséabond, sortiÉi
après avoir été gardée. Les vaisseaux qui la çontienDeot si
TOPOGRAPHIE IfÉDlCALK DB TROTES. 159
rouvent couverts, à leur surface, d'une pellicule jaunâtre,
^t leur fond est imprégné d'une crasse noire et adhérente.
Le savon s'y précipite en grumeaux ; elle durci les légumes
m leu de les cuire. Elle est pesante sur l'estomac, occasionne
le fréquents maux de dents, gerce la peau de ceux qui s'en
avent les mains. Celle de rivière est sans saveur, moins
mpure et moins dure; mais elle donne, ainsi que Tcau des
puits, une couleur verte au sirop violât, se trouble par l'ad-
dition de Talcali fixe. Ces expériences étant insuffisantes
pour connaître la nature de nos eaux, et l'évaporation étant
le seul moyen de rapprocher les parties contenues dans l'eau
qu'on veut soumettre à l'analyse, j'ai fait évaporer une cer-
Uiine quantité de chacune de nos eaux dans une cucurbite
de verre placée dans un bain-marie.
' Grot. Grains.
Dix livres d'eau prises dans un des puits du
Quartier-Haut, et distillées au bain-marie,
m'ont donné de résidu sec 1 28
Douze livres d'eau prises dans un des puits
du Quartier-Bas, et distillées de même,
m'ont donne de résidu sec 1 9
Six livres d'eau puisées dans' la Seine, et dis-
tillées de même, m'out donné de produit
sec » 30 1/2
Six livres d'eau de la fontaine de Nagot m'ont
donné de produit sec » 5 1/4
Après avoir trouvé la quantité du produit que fournis-
saient ces eaux par la distillation, j'ai cherché à connaître
la nature des résidus. Diaprés les résultats que m'ont
offert mes recherches, je peux conclure :
l"" Que l'eau des puits du Quartier-Haut est la plus in-
salubre de toutes. Elle contient, par livre d^eau, dix grains
de résidu sec composé d'une terre absorbante de nature
calcaire, dcsélénite \itrifîable et de sel marin à base ter-
reuse.
160 TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE TROTIS.
2* Que Teau des puits du Quartier-Bas est moâis m-
pure; elle ne contient, par livre d*eau, que six graiostas
quarts de résidu composé aussi d*une terre absorbaole it
nature calcaire, de sélénite vitrifiable et de sel marin.
3* Que Peau de h Seine, qui passe pour la nmiDeire
eau des environs de Troyes, est cependant très-infoe.
Elle contient cinq grains de résidu sec par livre d'eaa èmH
la plus grande partie est de la sélénite, du sel marin et os
assez forte proportion de matière extractive T^étale.
i"" Enûn, je peux conclure que Teau de la fontaine Ib-
got est la boisson la plus légère et la plus pure doi^ nm
pouvons faire usage. Elle ne contient guère, par livre d'en,
qu'un grain de résidu sec dont la plus grande partie ^ à
sel de Glauber. A peine y ai-je découvert quelques puti-
eûtes de sélénite et encore moins de matière calcaire. Ma
cette source est éloignée d'environ 3,000 toises de la vile,
et elle traverse pour y arriver un terrain noir et maréc^ea
où elle s'infecte. Pourboire à Troyes cette eau dans Me
sa pureté, il faudrait qu'aux canaux qui nous ramèneol a
substituât des aqueducs. La pente du terrain rendrait si
distribution facile dans tous les quartiers, des fontaines sik-
taires embelliraient la ville , offriraient un seconrs ph>
prompt dans les incendies et entretiendraient la propiclê
des rues, si essentielle pour la pureté de Tair. U ne resîeré
plus de prétexte aux boulangers qui font le pain avec Tea
de certains puits infectés par toutes sortes d'immonbxs.
En attendant que cet utile projet puisse avoir lieu, il est à
propos qu'une police sage et mieux entendue veiUe à ce que
les porteurs d'eau soient plus attentifs dans le choix qu'3s
font des vaisseaux dans lesquels ils charrient Tean et as
endroits où ils la puisent. Celle qui coule dans le gras^
canal, vis-à-vis l'hôtel de l'Arquebuse, est moins imjm
que toute autre. Croyant se mettre à Tabn de tous mcea-
vénients, plusieurs personnes se sont procurées des p^
fontaines de cuivre, où l'eau filtre à travers plosiesD
TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE TROYES. 161
couches de sable tamisé; ressource dangereuse! L'eau se
charge à la longue des parties métalliques qu'elle détache
du cuÎTre et devient un poison d'autant plus perfide que ses
effets sont plus lents et plus sourds.
Placée, comme nous Tavons dit, au centre d'une vaste
plaine, de tous côtés arrosée par un grand fleuve, on
croirait que Troyes jouit d'un air pur et serein ; mais qu'il
s'en faut ! A l'ouest, dominée par plusieurs marais; à l'est,
flottante, pour ainsi dire, au milieu des eaux ; inondée pen-
dant l'hiver; infectée pendant l'été par les vapeurs qui
s'élèvent du limon que la rivière dépose, de la vase qu'elle
laisse à découvert, des végétaux et des substances animales
qui pourrissent sur ses bords; exposée presque toute
l'année à l'influence des vents occidentaux, l'air, ainsi
modifié, ne doit-il pas avoir perdu beaucoup de son élasti-
cité et être pesant et humide? Une expérience journalière
en est la preuve ; passons-nous de la ville à la campagne,
ou des dehors pénétrons-nous dans la ville, les effets subits
et différents, qui s'oi)èrent sur nos corps, nous porteraient
à croire que nous changeons de climat. Outre cela, plu-
sieurs autres causes particulières concourent à altérer l'at-
mosphère par les exhalaisons les plus délétères :
1* L'usage de curer les latrines en plein jour dans
toutes les saisons.
2* Le dépôt des matières fécales. On les charrie à l'ouest
à une très-petite distance de h ville. On les dépose dans
des trous peu profonds où elles subissent une fermentation
à l'aide de laquelle elles répandent des miasmes alcalino-
fétides, capables de porter dans les environs le germe des
maladies les plus graves.
3"" Les tanneries. Elles occupent au sud un quartier de
la ville. Dans les chaleurs de l'été, surtout, Todeur qu'elles
exhalent se répand dans tous les environs et n'est pas sup-
portable.
V La malpropreté des rues et des places où sont éta-
T. lIXTU. 11
162 TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE TROTES.
blis les marchés. Jamais lavées, rarement babyées, db
n'offrent qu'un cloaque de fange et d'immondices. L'es
des laviers, Vvdu qui a srrvi à dessaler les morues ellesb-
rengs crouj il dans les ru sseanx. Les débris desT^àai
pourris exalenl «les vapeurs méphitiques auiquella, po»
êlre mortelles, il ne mancpie que la concentration.
Toutes ces causes de corruption agiraient encore awc
plus d'énergie sur Vaiv que nous respirons, sansThonnAe
dont il est sans cesse imprégné. Il est constant que Hid-
midité est un des agents essentiels de la fermentation, m
aussi il est d'observation que souvent elle en arrête les loo^
vements. Est-il un moyen plus efficace que Teaupoort-
sinfecter les lieux envenimés de corpuscules malins et cofr
tagieux ? Nos prédécesseurs ont constamment remaïf»
que, dans les années de chaleur et de sécheresse, les ma-
dies putrides étaient plus fréquentes et plus dangercuss,
et que la pluie la plus légère, ou le retour même d.sbrod-
lards, suffisait pour en diminuer le nombre et Fintensité.
La tuerie, la boucherie, qui partout ailleurs contriboa^
à l'insalubrité de l'air, ne peuvent ici l'altérer en aucffl»
manière. La tuerie est placée à Test sur le bord d'un (te
bras de la Seine qui en reçoit les immondices. La boa-
chérie est dans le centre de la ville, mais dans ce vaste èé-
fice très-bas, il y règne toujours un courant d'air qui bbib*
tient la fraîcheur, conserve les viandes et empêdie b
mouches d'y entrer même pendant l'été. Elles s'arrêtent»
les tripes et les fruits qu'on vend à la porte. Les moodiô
ne se soutiennent pas entre deux courants d'air.
L'usage révoltant d'amonceier les cadavres an fflfei
des vivants étant enfin aboH par toute la France, w» o-
metières sont maintenant placés dehors la ville et doc*
du nord. Leurs exhalaisons ne peuvent nuire à la «abw*
de l'air. Un seul est situé au sud-ouest, position d'»**
plus désavantageuse que les vents «ouflSent souvent dec^^t
TOPOORAPHIB MÉmCALB I^K TR0TE8. 163
région, mais il n'est destiné qu'à une des paroisses les moins
nombreuses.
Pour donner une idée exacte du climat de Troyes, je
joins ici des tableaux qui indiquent les résultats de chaque
saison de six années et de Tannée moyenne, conclus dos
observations météorologiques, faites par M. Bouthiiier, de
rOratoire, associé correspondant de ta Société royale de
Médecine.
TABLEAUX
Qui indiquent les résultats conclus des observations
météorologiques faites à Troyes pendant
six années, de 1770 à 1784.
164
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TOPOGlUrBIB lfÊMC4U BK TBOTBB-.
MOIS
TEMPÉRATURE
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Janvier .
Février ,
Mars .
Avril. .
Mai . ,
Juin .
Juillet
Août.
SeptemI
Octobre
Novemb
Décemh
>r(
>re
re
5
*
Douce et humide.
Très-froide.
Froide et pluvieuse.
Sèche et froide.
Sèche et chaude.
Belle, sèche et chaude.
Idem.
Idem.
Assez douce.
Belle, sèche et froide.
. Froide et humide.
Idem.
Année
moyenne
Froide et humide.
T0P06RAPHIB MÉDICAU VB nOTBS.
169
QUANTITÉ
ANNÉE
DE
PLUIE
pouces lignes
1779
22 0 À
1780
22 0 A
1781
18 3 iV
1782
25 8 A
1783
15 8 A
1784
19 4 Â
année
moyenne
20 6 «
i76 TOrOGHAPIIIB MÉMCliE Ml TaOTBS.
Les vents qui soufflent le plus fréquemment sont, em
on le Yoit par cette table, ceux de l'ouest, du suikootct
du nord-K)uest. Les vents de la région du nord règmit k
pins communément pendant les mois de jantier, kmsi
mars: Pendant Tété, du soir au matin, ratmosphcK si
humide, froide et nébuleuse. Le serein rend nos ym-
nades perfides. L'air est entretenu dans cette coostitotn
malfaisante par les vents de l'ouest et du sad-ooest ^
dans celte saison, sont les dominants. En sorte que, si pff
fois nous avons de beaux jours, nous en sommes redenUes
à l'action du nord et de l'est, action salutaire ma» fei
répétée, peu durable. L'automne nous ramène, aiec le
vents du nord-ouest, les brouillards et les frimats.
Le sol des environs de Troyes, du levant d'été ao cob^
chant d'hiver, est gras et propre au froment. Les campapfi
y sont riches en moissons, tout y abonde; il n'en est pe
ainsi du terrain qui est au nord. Il n'offre qu'une oorà
de terre végétile, très-maigre, peu profonde, et (foi p«^
à p^nna du^seîgie. Certains cantons même passent poor k
pa^ mériter le labour. Il est cependant un moyen facile, pn
coûleux, de fertiliser ce territoire en y formant des prairifi
artilicielles qui réussiraient parfaitement dans ai tenà
sec, pierreux, sableux, tel que l'est celui de cette partie i
la Champagne. On peut y semer indifféremment luwv.
sainfoin ou trèfle de Hollande. La graine de ce dernier «e
sème après deux labours, avec les orges ou les vm»- H
lève la première année et fournit un bon fourrage ite
la paille. L'année suivante, qui est celle du sonibre,dB't
fauche deux fois. Quelques jours après la seconde cooff
on laboure la terre pour la préparer à recevoir le fronafl*^
Les feuilles qui ont repoussé , celles qui se sont ^
chées en fanant et les racines forment un exceUeot a-
grais qui épargne le fumier. Le froment qu'on recsev
est très-beau, supérieur à tous les autres du fioageengriGS
et en paille. Les prairies artificielles en sainfoin réosÂv^
TOPOQRAPHIB MiDIGUB DB TROTBft. 171
lussi tris8*bien sans être plus dispendieuses que les précé-*
[entes; elles durent huit à dix ans. Celles en luzerne sont
Lussi fort peu coûteuses; sa graine se sème comme les pré-
cédentes. Elle produit un fourrage très-abondant et se coupe
|uatre fois par an. Ainsi le cultivateur, après avoir retiré
in profit considérable de la vente du produit de ces prai-
ries, trouverait encore, l'année suivante, ses champs cou-
verts de belles moissons et le revenu d'un terrain immense,
)resqu mculfe aujourd'hui, rentrerait dans la Société.
Dans ces cantons ingrats, où la nature ne peut rien sans
*art, la partie côtoyée par la Seine nous offre cependant
juetques belles prairies d'un très-grand produit. Elles doi-
irent leur fécondité au limon que ce fleuve, tous les hivers,
lé|>ose dans ses déborilements sur leur surface. Le four-
rage qu'elles produisent est d'une excellente qualité. Nos
pâturages ne sont pas moins bons ; nul pays peut-être n^en
Dffre d'aussi gras.
La plupart des coteaux qui terminent le bassin de Troyes
sont couverts de vignes. Elles s'étendent même très-avant
dans la plaine et y occupent la majeure partie du terrain.
Les différentes espèces de raisin qu'on recueille sout la
Gouet, le Pineau, ie Gamet et uu raisin blanc appelé
Plant de Paris. La vendange en pineau se fait dès la fin de
septembre, au plus tard dans les premiers jours d'octobre.
Ou ne coupe le Gouet que vers la fin de ce dernier mois.
Les gelées, qui commencent dès ce temps, forcent à la ré-
colte, quoique le fruit ne soit pas eu pleine maturité. On le
foule légèrement, sans Tégrapper, dans* des tonneaux où
on laisse fermenter le Gouet deux ou trois mois. On le jette
alors sous le pressoir, et on en retire un vin haut en cou-
leur, acerbe, tartareux et gazeux, qui agace la poitrine,
ronge le velouté de Testomac, porte sur les nerfs et rend la
voix voilée. On laisse cuver le vin de Pineau moins long-
temps, mais encore trop. Il est moins insalubre que le vin
de Gouet. Celui que fournissent les coteaux de LameHfux^
m TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE TROTES.
Bois^ Bouilly et autres dans la même direction, est léger,
liquoreux et assez agréable ; mais il se conseire rareaal
plus de deux ans. On fait aussi du \in blanc aTec da Onh
selas^ du Pineau ou le Plant de Paris en écrasant le ra»
sous le pressoir dès qu'il est coupé. Ce vin est clair, 1^,
tenu, mais très-plat et demande à être bu surJe-cbaf.
Dans les mauvaises années le peuple, aprt^le presiff^
jette sur le marc de Teau qu'il laisse fermenter tpàsft
temps. Il en retire une liqueur vineuse, aigrelette, db^
quette^ qui lui seii de boisson pendant Thiver.
Si le troyen. esclave de ses usages, voulait adopter m
autre manière de faire le vin, il le boirait infiniment isri-
leur. Puisqu'il est d'observation que dans dix années le
raisin mûrit à peine une fois parfaitement, la m^odeà
travailler le vin, proposée par M. Maupin, pour lespap^
gnobles tardifs, convient sans doute au nôtre. Elle coossb
à jeter des chaudronnées de raisins bouillants dans la om
qui, sans cette opération, ne se met que très-diflkileiDeA
en mouvement, soit à cause de la verdeur du raisin, scÂt
cause du froid. Le vin, dans ces deux cas, n'ayant d^ f»
trop d'âpreté, on se donne bien garde de l'augmaiterei
laissant la grappe. Il est encore essentiel de bien écraser k
raisin avant de le jeter dans la cuve. On Tj ^rsc p^
un entonnoir de fer-blanc dont la douille, large de tnè
pouces de diamètre, doit être, à cinq ou six pouces près,
de la longueur de la cuve. La proportion des chaadmn^
avec la vendange varie suivant le degré de Terdeor. Et
général un dixième de raisin bouillant doit suffire dans les
plus grands froids et la plus grande verdeur. Pour bxSks
encore davantage la fermentation qui peut seule enlever «
vin sa verdeur, il faut couvrir la cuve avec un fonds faitdt
planches de bois de chêne de six lignes ou environ d^éps^
seur, détachées et séparées les unes des autres, de maiân
qu'elles suivent le mouvement du marc sur lequel dlesp
sent immédiatement et qu'elles baissent et montent avec hi.
T0P0GRAPH1£ MEDICALB DE TROYES.
173
Quand le moult a perdu sa douceur et sa saveur sucrée,
on le tire et on a du vin fait et parfait en huit jours. Le vin
de pressurage est exactement mis à part pour ne pas aug*
menter la verdeur de l'autre. Tel est Tunique moyen d'amé-
liorer nos vins en les rendant moins insalubres et plus
agréables.
La table suivante indique la quantité de vendange que
depuis sept années ont rapporté trois arpents d'une assez
bonne vigne plantée en pineau et le nombre de muids de
vin qu'on en a tetiré. Ces résultats fixent le produit moyen
des \ignes de notre canton. L'arpent est de cent cordes;
20 pieds carrés font une corde. La bottée pèse environ
soixante et douze livres. Le muid est de vingt-cinq septiers ;
le septier équivaut à douze pintes, mesure de Paris.
ANNÉES
HOTTÉES
de
YE^inANGE
LIVRES
de
HAism
HUIDS
de
▼m
LIVRES
»B IUIgl!<
par muid
MUIDS
par
AKKirr
1778
1779
1780
1781
1782
1783
1784
216
180
252
432
252
216
72
15,552
12,960
18,144
31,104
18,144
15,552
5,184
20
18
19
36
18
17
6
777
720
955
864
1.008
915
864
7
6
6f
12
6
1'
Année
moyenne
232
16,663
19
872
«f
En général le produit de notre vignoble est considérable.
Dans les mois de septembre et d'octobre 1 781 , il est entré
dans la ville 39,000 muids de vendange; si on y ajoute ce
que les habitants des faubourgs et des villages circonvoisins
ont recueilli, ce produit se trouvera doublé. La récolte de
1785 a été d'un tiers plus abondante. Malgré cette fertilité,
il serait encore plus avantageux de rendre au labour le ter-
rain que nos vignes occupent dans la plaine qui ne tarderait
174 TOPOGRAPHIE MiDlCALS DS TROTES.
pas d'être courerte de riches moissons. Nos coteamtoni
raient encore assez de vin pour la consommation do |ms.d
Ton verrait bienlôt baisser le prix du blé, denrée betscoe;
plus importante.
Nulle ville peut-être n'offre des dehors aossi besu p
la nôtre. A une lieue à la ronde, le terrain est oco^ p
des vergers, des potagers, des peupliers, des phnbà
saules et d*annellcs, des chenevières, des oseraies, desbi-
quets agréables, des jardins ornés de couverts et fm^
tous arrosés par de petits ruisseaux. Les arbres y réiosbEd
très-bien, et si le contraire arrive quelquefois, on(btâ
chercher la cause dans Tusage où on est de les pbÉrt
une trop grande proximité les uns des autres. On peu! te
rétendue de la plantation des noyers, à 30 pieds; desp
miers et poiriers en verger, à 20 pieds; des onnes ^ 4
leuls, à 15; des peupliers, saules et aunelles, àSpioè.
Les fruits que nous recueillons sont beaux, saTooreu
et variés suivant la saison. Les herbes potagères, leslé^
sont succulents.
Sur les bords de la Seiae et de nos ruisseaux, ar fa
collines et dans nos bois, on rencontre différentes espèce»
plantes médicinales ; leur nombre peut monter eoTirtci
4 à 500. Celles qui croissent le plus comraunéinenl ^t
Centauriom minus; Ranunculus apii folio; Campai
pratensis; Alchimilla montana minima; PapaverRte
Sisymbrium palustre repens nasturtii folio; Chenopoto
ambrosioïdes folio sinuato ; Atriplcx hortenâs alla, s«
pallide virens; Menyanthes palustre; Filago n»*'*
capite folioso; Cyanus segetum; Gramen spicatnmfe»
aspero; Serpillum vulgare; Juncus foliis articula» J^
ribus umbellatis; Urtica iners sive Galeopsis; CodîoHp
minor^ arvensis flore roseo; Hedera repens; Acercafflf*
tre et minus; Latyrus sylvestris luteus foliis tids;!^
latifolius; Potamogeton ramosum angustifoliura; P*^
geton perfoliatum ; Potamogeton foliis angustis spleo»»'
TOPOGRAPHIE UÉDICALB DE TROTES. 175
3us; Potamogeton folio rotundo; Potamogeton foliis crisprs
ûve lactuca ranarum ; Nasturtium sihestre capsulis crisiatis;
VIeniha aquatica ; Ranunculus aqualîcus ; Hepatica rupea ;
Fagiis; Auricula mûris; Vaccaria; Caryophyllata vulgaris ;
[{ ha phanus major; Emca latifolia alba; Lithospermum ;
Lapalhiim an^uf^io folio; Lapathum sanguineum; Lapa-
Jium fulio rotimdo; Ptarmica Tulgaris folio oblongo ser-
*ato, flore albo; Lysimachia humifusa, folio rotundiore,
loreluteo; Crocus hortcnsis; Ërucago segetum ; Valeriana
irvcnsis, prœcox humiiis semine compresso; Consolida
Tiajor flore albo ; Heliotropium majus; Cynoglossum majus
mlgare; Hyoscyamus niger; Cruciata hirsuta; Carduus to-
Tienlosus, acanthi folio vulgaris; Sclarea pratensis^ foliis
^erratis, floribus cœruleis; Bursa pastoris; Hieracium foliis
:ichorii sylvcstris ; Caltha arvensis ; Thalictnun majus; Dau*
:us sylvestris; Sonchus laciniatus laevis ; Urtica urens,
icmine in globulis, ceu lini; Chenopodium folio (riangulo;
dhenopodium folio oblongo; Juncus laevis panicula sparsft;
Heliotropium vulgare; Clematiiis erecta flore cœruleo; Ar-
;entina; Agrimonia; Scorsonnera palustris; Virga aurea;
Eupatorium cannabinum ; Bardana minor; Bardana major;
Hieracium murorum; Gramen avenaceum, locustis rariori-
bus ; Lotus ceu melilotus capsulis reni similibus in capitu-
um congesiis ; Veronica pratensis ; Litospermum palustre
îiinus; Erica; Damasonium stellatum; Ranunculus palus-
Iris minor echinatus; Genista spartium longioribus et bre^
^ioribus aculeis minutis ; Cauda equina palustris longions
bns setis, etc., etc.
Nos environs fournissent en abondance de quoi faire
une chair très-délicate. Les villages voi^ns nous envoient
beaucoup de belles volaille». Le gibier est très-commun et
savoureux ; la bécasse, la bécassine, la perdrix, la caille^
l'alouette, les canards sauvages, les lièvres, le chevreuil,
abondent. Les nourritures en maigre ne sont ni moibd
bonnes, ni eu moindre quantité : rien n'approche de la
176 TOPOGRAPHIE MÉDICALE BE nOYBS.
blancheur, de la finesse et de la douceur des laiiaga it
Barberey et d'autres villages. 1^ Seine semble s'accorfe
avec les petites rivières voisines pour fournir nos narcks
des poissons les meilleurs, tels que le brochet, la carpe, b
tanche, la perche, Tanguille, le barbeau ; il est à ]mpi
de faire délimoner ceux que les étangs nous fournisse. Le
aliments de première nécessité ne manquent pas noo |k
ici. On y a facilement de la viande de bouchme. Cefet-
dant, on substitue le plus eouvent au bœuf de la vadie, fs
la facilité avec laquelle on se la procure. En revanche, k
mouton est excellent ; le cochon, succulent et tr^-délkaL
Troyes fut très-souvent le théâtre des guerres ks ^
sanglantes. Cette ville était bien fortifiée et regirdée
comme une place très-importante; mais depuis qoel^
années, se trouvant presque au centre du Ropurae, se
fortiûcalions ont été négligées. Les quatre principales portes
qui subsistent encore sont des monuments de l'aiide^e
architecture mih taire. Ses fossés sont en tout temps v-
rosés : à Test, par un bras de la Seine assez considmlè.
dans la direction du sud au nord ; et à Touest par ]e& tm
de la Vienne qui, tantôt d'un cours rapide, entrauieat M
ce qui pourrait s'y ramasser, et tantôt sont retenues parfe
écluses dans des réservoirs bordés de tilleuls, de {JataKS
ou de peupliers. Des avenues bien plantées et multipliais
tous côtés, des boulingrins, des bosquets agréables, eSrtâ
autour des murs des promenades délicieuses. L^indioabaB
du terrain où est bâtie la ville Ta fait diviser en Quailiff*
Haut et en Quartier-Bas. Son grand diamètre est de Y&sà
à Test, et le petit du nord au sud. La plupart des rues «i
trop peu de pentes ; toutes sont irrégulières. Nos aîem pré-
féraient à l'agrément du coup*d'œil la direction qui pvé-
sait la plus propre à rompre les rayons du soleil et risof-
tuosité des vents, à faire reQuer Tair dans les mes ^
traverse, et surtout à arrêter l'ennemi, lorsqu'il avait tft
pénétrer dans leurs foyers. La direction des rues de Tr9^
TOPOGRAPHIE HiDICALB BB TROTBS. 177
considérée sous cet aspect, ofiFre le résultat d'un plan uni-
forme et d'une combinaison raisonnée. L'éloignement des
carrières de pierre force presque tous les habitants à bâtir
leur maison en bois. Celte construction les rend si per-
méables à Tair que ce sont des glacières en hiver et des
étuves en été, malgré les précautions d'un luxe raffiné. Une
grande partie de la ville est occupée par des jardins parti-
cuh'ers, de vastes monastères et quelques Chapitres. Il n'y
a point de places publiques. Dans différents quartiers, le
terrain, qui était occupé par les cimetières qu'on vient de
supprimer, pourra être agrandi et changé en places qui em-
belliront la ville, faciliteront la circulation de Tair et le
rendront plus salubre. Dans les unes, on pourra établir les
marchés, qui se tiennent dans des rues trop resserrées; dans
les autres, planter des arbres, qui offriraient aux habitants
des promenades agréables près de leurs demeures. Mais ce
projet ne pourra être mis en exécution que dans un temps
très-éloigné. Il est de la plus grande importance que le
Gouvernement ne permette Texhumation des cadavres en-
tassés dans les anciens cimetières, qu'après un laps de temps
assez considérable pour en avoir opéré la destruction totale.
Un demi-siècle suffit quelquefois à peine pour consommer
les corps morts. Lorsqu'on veut tenter plus tôt de les exhu-
mer, que de précautions ne doit-on pas prendre pour préve-
nir les effets pernicieux qui peuvent résulter de ces exhalai-
sons délétères ! L'explosion réitérée de la poudre à canon
entassée dans des boites, des mortiers ou autres machines de
ce genre ; la détonation de la poudre fulminante ; des tran-
chées faites dans les cimetières, et dans lesquelles on ré-
pand de la chaux vive^ sont, comme tout le monde sait, les
moyens les plus sûrs d'empêcher les poisons subtils, répan-
dus dans l'atmosphère pendant les exhumations, de pénétrer
dans la substance intime des organes tendres et délicats des
corps animés, où ils porteraient infailliblement des prin-
cipes de destruction toujours dangereux et souvent mortels.
T. XXXTU. 12
178 TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE TROUS.
Sur le bord d'une des divisions de la Seine, à Test de k
Tille, dans un quartier qui n'est occupé que pardesjarii,
et où l'air de la campagne domine^ on a conslniit di^é
quelques années des bains qui ne pouTaieDlétresitoêspli
avantageusement. Une maison agréable, iMen disinboee,
ornée d'un beau jardin, réunit tout ce que peufeot jésk
les baigneurs qui s'y rendent pour leur santé ou leurs ;ii-
sirs. Les chambres sont distribuées de manière que b bu-
gnoire, située dans un petit cabinet, est entièrement tcB-
fermée et garantie de toutes parts de l'air edérieur. Dm
robinets aboutissent à chaque baignoire. L'unfouniitlea
chaude et l'autre la froide, pour tempérer le bain à h ^i-
lonté de celui qui en use. Une alcôve, pratiquée à côtédefi
cabinet, offre un lit à ceux qui, sortit de l'eau, cra^
d'être saisis par le grand air. Il y a une chambre parte-
lière pour la douche, et une autre destinée pour Id m
secs et les bains de vapeur. Jamais le même baio ne sst
plus d'une fois; et même, la personne baignée peulcbnjff
son eau plusieurs fois, sans sortir de la baignoire. Une t«-
ture commode est continuellement employée à aller diOTiff
les baigneurs et à les reconduire chez eux. Lepriimodip
de ces bains les met à la portée de toutes les classes des o-
toyens. Par ce nouvel établissement, la médecine a tu wf
la plus grande satisfaction multiplier ses moyens de guénr
Il y a plusieurs hôpitaux à Troyes : une Renfement^
les pauvres valides et invalides de l'un et de Taulrc «wi
plusieurs maisons pour les enfants orphelins, où les gir^
sont occupés à la fabrique des bas au métier, et lesnlr'
la filature de coton; enfin un hôpital destiné à receroir»
pauvres pendant leurs maladies, et connu sous le ^
d'Hôtel- Dieu-le-Comte. C'est celui-ci qui doit piinciinl^
ment nous occuper:
On place sa fondation par Henri le Large, con* *
Champagne, vers l'an H49. Au commenceracDl dç *
siècle, les bâtiments menaçant ruine, les directeurs fn^
J
TOPOGRAPHIE MiDIGALB DB TROYBS. 179
la résolution de les faire reconstruire ; mais on n'y mit la
main qu'en 1733, et ils ne furent achetés que plus de
vingt ans après. Cet hôpilal est un des plus beaux qu'on
puisse voir en France, si l'on n'a égard qu'à l'architecture et
la décoration de l'édifice. 11 est situé à peu près au centre
de la ville, entre deux rues assez spacieuses. Sa principale
façade et ses portes d'entrée sont au nord. Au sud, il est
masqué par le palais, où résidaient les comtes de Cham-
pagne, et par une église coUégiale dont ils sont aussi les fon-
dateurs; mais ces édifices sont séparés de THôtel-Dieu par
une place assez grande pour qu'aucun obstacle n'empêche
la circulation de l'air. A l'ouest, ses murs sont baignés par
un bras de la Seine qui coule rapidement dans la direction
du sud au nord. A l'est, il est contigu aux maisons adja-
centes. On entre dans cet hôpital par une vaste cour carrée
qui sépare les deux ailes de l'édifice, et qui est fermée du
côté de la rue par une grille du plus beau travail, de
104 pieds de longueur sur 37 de hauteur. A droite, on
trouve Téglise composée de deux chapelles : l'une, infé-
rieure, où on expose les morts et qui sert au public; Tau-
tre, supérieure, où se fait l'office divin pour les religieuses.
La pharmacie avec un petit jardin botanique, la buanderie,
la boucherie et autres offices donnent tous d'un côté sur
une petite cour particulière, et de l'autre sur la rivière. La
pharmacie est remarquable, tant par sa grandeur, sa pro-
preté, que par les aisances et sa situation avantageuse. A
gauche, sont différents appartements destinés aux reli-
gieuses. Au fond de la cour, dans le bâtiment qui est en
face, on trouve les cuisines, le logement des incurables,
l'appartement de l'économe, et une salle pour les taillés. A
chacun des angles qui unit ce corps-de-logis aux ailes, est
un escalier qui conduit aux salles des malades : celle des
hommes occupe tout le premier étage du bâtiment qui est
en face, et se prolonge de l'ouest à Test. On y entre par
deux portes placées à chacune des extrémités, et du côté du
180 TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE TBOTES.
8ud. Elle est éclairée par douze croisées placées eo oppoi
lion : les unes du côté du nord sur la cour, les antres k
côté du midi sur le jardin. Elle a enTÎron cent TÎiigtpeè
de longueur sur trente de largeur et dix-huit de lûote;
on y a placé cinquante lits. A Tune des extrémités de ceik
salle sont un autel entouré d*une balustrade et une »entit
A Vautre extrémité qui regarde roccident, est un TesAà
qui sert à déposer le bouillon et la tisane ; enfin, un cm^,
où sont placées les latrines. On a pris quelques précantÎH
pour empêcher leurs exhalaisons de pénéir^ dan b
salles; on pourrait perfectionner ces moyens quisont^
suffisants, en fermant hermétiquement les lunettes i k b»-
nière anglaise. Dans Tangle de la salle, à cette mèroeeilri
mité, est une chambre qui communique arec la gnai
salle, et qui était autrefois destinée à receyoir ceux ^
payaient vingt sols par jour, ou des ecclésastiques, &
autres personnes honnêtes. Depuis quelques années, A
sert à déposer les bardes des pauvres qui entrent à Yïtàl^
Dieu; Todetir qui s'exhale de ce lieu pénètre dans la sA
des malades, et contribue à en altérer Tair. La saDe es
femmes occupe le premier étage de Taile gauche et se pro-
longe du sud au nord. On y entre par une seule porte <p
regarde le nord. Elle a environ soixante et dix pieds (k lo^^
vingt de large et dix-huit de haut. Elle est éclairée par aft
croisé s, dont cinq s'ouvrent sur la grande cour, do c^
de Fouest, et les deux autres à son extrémité du côté à
nord. Cette salle contient quarante lits. Elle est édiadKe
en hiver par un poêle, ainsi que la salle des honunes, c^ s
pareillement à une de ses extrémités un autel entooré d'os
balustrade. Elle communique du côté du nord à une peât
salle où il y a six lits, qui étaient autrefois consacrés «a
femmes prêtes d'accoucher ; mais, depuis quelque toifs.
elles n'y sont plus reçues qu'après leurs couches. EBe e^
éclairée par deux fenêtres ouvertes sur la rue, du ci^^
nord, et est échauffée par une cheminée. Auboot deedk
TOPOGRAPHIE MÉDICALB DB TROYBS. 181
seconde salle sont les fosses d'aisances pour les femmes : elles
regardent Test et offrent les mêmes inconvénients que celles
des hommes. A certaine distance de chacune des deux
grandes salles que nous avons décrites, il y a de petites
chambres où Ton place ceux qui paient trois livres douze
sols par jour, et où, dans certaines circonstances, on pourrait
isoler ceux qui seraient attaqués de maladies contagieuses.
Mais on n'a point donné à ces salles toute la salubrité dont
elles auraient besoin. Les convalescents trouvent une pro-
menade agréable et un abri commode sur une terrasse
élevée de vingt pieds du rez-de-chaussée, du côté du midi,
et plantée d'arbres.
Les lits ont trois pieds et demi de large et sont séparés
les uns des autres par un intervalle de deux pieds ; ils sont
garnis d'une paillasse, d'un matebs et de deux couvertures.
Les rideaux sont de serge pour l'hiver et de toile blanche
pour l'été. Les malades sont en tout temps couchés deux
ensemble, souvent trois, et même quelquefois on est
obligé d'en placer sur des hts de sangle au milieu des
salles. Le désir de secourir un plus gnmd nombre de mal-
heureux les lait ainsi presser les uns à côte des autres; mais
de l'entassement d'une telle multitude de malades, dans un
espace resserré, il résulte nécessairement les effets le? plus
pernicieux. L'air est tellement corrompu que les maladies
putrides-malignes semblent être devenues endémiques dans
cette maison. On a tenté de le purifier, des ventouses ont
été placées dans chaque salle pour le rendre plus actif; mais
ces moyens sont insuffisants, le mal ne cessera que quand
on aura construit une nouvelle salle au-dessus de celle des
hommes, où les convalescents trouveront le prompt réta*-
blissement de leur santé chancelante, et qui sera une res-
source précieuse pour les maladies qui ne peuvent que'
s'aigrir et devenir incurables dan§ un air chargé des exha-
laisons les plus délétères. Comme ce projet entraînera des
dépenses qui paraissent devoir en retarder encore longtemps
182 TOPOGRâPHIB MftDICALB DE TftOTIS.
l'exécution, et seront peut-être même an obstacle in-
montable, j'ayais proposé un moyen pea dispeD&Dit
secourir chez eux une partie des indigents dans korsiA*
dies; leur nombre diminuerait à THôteUDieu, 3 dmk
possible de les coucher seuls ; les secours qui les y aHirs
ne seraient plus un appât trompeur et funeste, fip
* quelles sont les raisons qui ont empêché Tadmiiiisiala
d'adopter ce plan de réforme, qui a étégoàtédeha
partie des citoyens.
Les malades sont tenus assez proprement; tooskslis
heures on distribue du bouillon à ceux qui sontàlaifa^;
sur les dix heures du matin, les convdescents ool k i
soupe, du pain, du vin et de la viande; àdeoibeomtc
leur donne pour collation des pruneaux ou qudquesiÉe
fruits cuits; à cinq heures, ils soupent de riz ou à fi^
ques viandes bouillies. Il existe dans cette distrikiiofii
abus qu'on ne peut trop se hâter de réformer. La rI-
gieuse chargée de cet office décide elle-même delà qiiS'
tité d'aliments que doit manger chaque malade et conii
souvent des erreurs funestes; il serait à désirer qoeki»
decin fixât lui-même le régime de chaque malade, coiii
cela se pratique ailleurs, et qu'on exécutât scropuleowDtf
ses ordonnances. L'eau dont on fait usage vient d'uo p^
de la maison qui est sur un banc de terre argileuse; eie«s
de la même qualité que celle des puits du quartier bas, û^
nous avons donné l'analyse. Il y a pour officiers de ssfe
deux médecins qui exercent tour à tour leurs fondions p
dantsix mois consécutifs, un chirurgien en chef et on «*
cond chirurgien. Le médecin fait deux visites p» P
l'apothicaire réside à l'hôpital; le service de la maK«i'^
confié à douze religieuses de l'ordre de Saint-Aog*
L'administration est composée de vingt-trois direct
dont l'évêque, le vicaire du grand-aumônier; lelienteD^
général du baiUiage, celui de police, le procureur * «^
sont perpétuels; les autres, qui cRangent tous les ans f«f
T0P06RAPBIB MftDI€AlJ5 DE TR0TB8. 183
moitié, au vingt-cinq mars, sont deux du clergé, deux
du bailliage et présidial, deux de l'élection, un avocat, un
procureur, dix des principaux notables bourgeois et un
trésorier qu'on nomme de deux en deux ans. Ils s'assem-
blent deux fois la semaine.
On ne reçoit à cet hôpital que les malades qui demeu-
rent dans l'enceinte de la ville ; les enfants avant l'âge de
sept ans en sont exclus ; les soldats qui vont en semestre ou
qui rejoignent leurs régiments y sont admis. Parmi ceux
qui ont droit à cet hôpital^ toutes sortes de malades, ex-
cepté les galeux et les vénériens, y ont accès; il y a outre
cela quatre places de fondées pour des pauvres attaqués de
maladies incurables et non contagieuses; ils doivent être
choisis dans la ville et sont nommés par l'évèque, le doyen
et le théologal.
Eq tous temps, à toutes les heures du jour et de la nuit,
sans question, sans formalité, on reçoit tous les enfimts
nouveau-nés qu'on présente à cet hôpital. Il était autrefois
d'usage de les envoyer à Paris, au dépôt général ; mais
depuis qu'on a reconnu les inconvénients qui résultaient
de ce transport et le nombre des victimes qu'il occasion-
nait, on les met en nourrice dans les villages des environs,
et radmini>tration pourvoit à leur entretien.
Troyes, pour la population, peut se diviser en :
Enfants au-dessous de douze ans 10,500
Célibataires au-dessus de douze ans 8,500
Gens mariés 12,700
Hommes veufs 894
Femmes veuves 1 ,588
34,182
«
iB4
TdfMKÀPifc KéttirÊÂih M'itfotM.
itAt Htm KÉîiBàmséu, Itart», Martages -des Parciamai
lA Ttlle «t Faubourg* de noyés, dépote l^^rs Jnqa'a
1-988' InùIuMrement.
b3
2
<
1779
1780
1781
1782
1783
Total .
Année
DU>;eqai
NAISSANCES
6AII(0N1
590
629
723
677
598
,590
3,807
634
nv
riLLES
653
667
641
622
617
591
3,791
632
TOTAL
1,243
1,296
1,364
1,299
1,215
1,181
7,598
1,266
«s
319
320
290
249
232
214
1,624
270
MORTS
■OHHBS
505
836
540
508
517
552
3,458
576
453
845
559
630
592
573
1^
3,552 7,010
S92
I
1 .
\
Il résulte de ce tableau qu'en 1 778 et 1 779 il est né ceot
Iles de^ p}us que cb'jgf rçons, ^ que les quatre années m-
antes ont donné un excédant de il 7 garçons ^ excéto
qûî rapproché n'atteint pas la "pfopôfSon générale, laqudp
e9( €;i;^,^rwciQ4#fil&,garcx^nfi,jsur ii$, Cites. Cette taUepié-
semte enpo^e i|n^,iporltalité e^ctra^rifinaûre em 1779, causée
par la petite-vérole qui cette année enLsva sept à huit ceûb
personnes. On voit aussi que le nombre des naissances est
assez con^taïQmcnt lie même. Son rapport avec la popuUtioc
étant dans les villes du 2*"* et 3"' ordre de 1 à 27 et à 28,
c'est-à-dire le nombre des habitants étant 27 fois plus gnoJ
que celui des naissances, nous pouvons, d'après le releié
moyen des baptêmes de chaque paroisse, calculer aussi leor
population respective.
TOPOGBAPfllK VtmCALB DE IHOTIS.
185
BXUSVt des Naissanoes des différentes Pareisses de la
Ville dont on a ftdt une année moyenne de 1778 h 1788
inclusivement, et auquel on a ajouté proportionnelle-
ment les 98 naissances de rELôtel-Dieu.
PAROISSES
Sainte-Madeleine
Saint-Nizier
Saint-Jacques . .
Saint-Nicolas —
Saint-Pantaléon
Saint-Jean
Saint-Denis
Saint-Frobert —
Saint-Remi ....
Saint-Âventin . . .
Saint-Sauveur. . .
Sainte-Savine . . .
Saint-Giires
Saint-Martin . . . .
Total
MARIAGES
20
41
17
14
18
63
11
6
36
11
3
12
5
13
270
NAISSANCES
86
2SS
98
62
87
296
43
23
131
73
4
29
15
62
1.266
PAROISSIENS
2,322
6,885
2,646
1,674
2,349
7,99i
1,161
621
3,537
2,025
108
783
405
1,674
34,182
Si l'on calcule la population par les mariages dont le
*apport est en France de 1 à 126, on aura pour les 270
nariages 34,020 habitants.
Ces difiërents résultats, appliqués aux principales villes du
'oyaume, donnent à Troyes la 1 7* place par ordre de popu-
ation, comme on le voit par la table suivante :
136
TQffMMNW JiiMCAUl JUMnonS;
TABLEAU des Naissances dans les principales viBâ é
chaçue généralité, dont on a formé une
jna^ennejpn 1776j..
2
3
4
5
6
7
8
9
10
4i
42
43
44
45
tu-
47
4g
49
20
24
22
23
24
25
26
27
28
29
30
84
32
Paris
LyoD
Marseille
Bordeaux
Rouea
Lille
Nantes
Meu
Toulouse
Nîmes
Strasbourg
Amiens
Orléans
Versailles
Rennes
■Nancy
Troyes
Gaen
Reims
Angers
Clermont
Aix
Toulon
Montpellier
Saint-Etienne
Besançon
Dunkerque
Brest
Bourges
Limoges
Grenoble
Tours
PR0TINCI8
Kttss&iCB unoB
[le-de-France
«yonoais
Provence
Guyenoe
Normandie
Flandre
Bretagne
Lorraine
Languedoc
Languedoc
Alsace
Picardie
Orléanais
Ile-de-France
Bretagne
Lorrame
Cbampa^Dp
Nortnianaiè
Champagne
Anjou
Auvergne
Provence
Provence
Languedoc
Forêt
FntBche^Ionté
Flandre
Bretagne
Berry
Limousin
Dauphiné
Touraine
MPOfiRJiraïk'lIÊOtCAlJl "DB «ROVBS.
•187
OEDBB
•
1 1-1
de
TILLIS
PBOYINCKS
NAISSANCKS
HAUTDITS
nnuTun
35
Valencieoaes
Flandre
. , 754
., 193S8
36
DijOQ
Bourgogne
743
49251
37
Dieppe
Normandie
697
.48799
39
Abbeville
Picardie
678
48309
42
Sedan
Champagne
637
47499
43
Le Hâvre-de-Grâce
Normandie
625
J687!
44
Saint-Màlo
Bretagne
• * '625
4687Î
45
Lunéville
Lorraine
62^
,46821
49
La Rochelle
Aunis
583
45744
50
Lorient
Bretagne
568
4533d
59
Âlençon
Normandie
542
43824
62
Thiers
Auvergne
, 494
432511
42744
64
Laval
Le Maine
472
69
Gh&lona
Champagne
Picardie
439
.44853
4460q
74
Beauvais
430
75
St-Germain-eo-Laye
Ile-de-Prancc
447
44579
76
Verdun
Lorraine
404
,4434é
80
Bar-lc-Duc
Lorraine
388
4047(
84
Auxerre
Bourgogne
380
4026(
95
Sens
Champagne
337
. .9999
402
Langres
Champagne
K 307
828d
, 1
^^ *y.
Etat de la population sous les trois derniers siècles.
Aonèet Habittnts
En 4450 60000
4540 55000
4594 45000
4650 42000
4706 22000
4733 30000
4762 23000
Dans les 23 années suivantes, la population a augmenté d'un
tiers, ce qui la porte en
4785, à environ 34000
188 TOPOGRAPHIE MÉDICALE DB TROTBS.
«'''I - i in,i .}i| M \,/ i 'w * -
On remarque que depuis 1700 elle a soÎTi à peoprs
la tnème gradation que dans tout le reste du royaume* So«
le règne de Louis XTV, on contait 18,000,000 dliabitaBls
dans le royaume. Aujourd'hui on 1 évalue, d'après les nou-
velles recherches, à 23,000,000.
Les différentes tables fondées pour connaître les is»-
tions et les rapports de la population de Troyes nous jm%-
sentent les résultats suivants : , ' .
1*' RÉSULTAT. — * La population se soutient, J'^^is les
résultats, à Troyes par le secours des étrangers qm s'y éb-
biissent, et dont le nombre Remporte sur celui 4|oe les émî-
gratloQS et les enrôlements nous enlèvent. Car, aux 1,1M
morts, année commime, ajoutez ^26 poi^r le quart des en-
fants qui meurent en nourrice, vousfiurèz i»393, nond^e
qui 'et<^ède de beaucopp celt^j des naissances. L'insalabrité
de Tair, la misère du peuple parmi lequel il pént f>eaoooi9
d'enfants, entretiennent cette mortalité, tandis ôue Siak
adtre côté le goût du' luxiè et la cherté des' denrées qv
de jouj* en jour ront redouter le ménage et reodeirt
très-ùombreuse ta classe 4è^ célibataires. '
'2"** RÉSULTAT. — l)èux marîages à Troyes donnent ncqf
enfants. Si on éompare les baptéiiîes de la naroisse de k
Madeieme avec ceux de Saint-Jacqn^s et d^ Samt-Niae',
on aura encore une preuve bien frappante de TîniDoence èa
luxe sur la population. Dans la première de ces paroisses,
qui est composée de gens aisés, mais à qui le goût du hue
fait craindre une nombreuse famille, un mariage ne donne
que quatre enfants ; dans les deux autres, peuplées de pain
vres, il en donne cinq.
3"* RÉSULTAT. — La paroisse Sainte-Savine (qui n'est
pas riche) est celle qui, malgré sa position dans un t^rak
sec et élevé, donne le moins d'enfants, eu égard au nomke
des mariages, et où le nombre des morts excède beaoooif
celui des naissances. Le résultat de cette paroisse semble
d'abord contredire les assertions précédentes ; mais Imo ^
TOPOGKAPHIE MÉDICALE Dl 1R0TES. 189
es délrnire, elle. servira pluliCtt à çn prouver Ja justesse, sj
'on observe qqe cette paroUse est àa^^/:eliii i|es.Taubot)rgf
lù on n)et le plus d'eni^pts à n9i^'ce,'ce qui augmente 1^
lombre des morts et dîminiie ^el^i d^; naissances, L'Iaté^êt
it la natifre s' opposant, comme on le ^s^if , à la çopceptjon
:bez tes nourrices qui allaitent ordii^iremcnl tro^ enfant;
le suite.
4"' BÈsiiLTAT. — La populalioQ à Trpyes a suivi sensible-
nent depuis plusieurs siècles Véiaf. au comiperce ^\ des
lilîérentes fabriques sans lesquelles cette ville, perdrait l^s
leui tiers àe ses habitants; presqu aucun des grands pro-
iriélaires des tQrres qui l'avoisinent ne résidant à Trçyes,
es revenus Considérables des duchés, comtés, seigneuries,
lomaincs, abbayes et Torél? qui l'entoureat ^ cini] et six
ieues, vont se coosommer à Paps, d'où ils ne, r^vienpeD|t
jue par le cpiiimerce,. ,
5** RÈSDLTAT. — ^t'es ^nanufac^u
ment «icore lès Iroi^ yuart^ du n(^i
suivant lin r&le fait au mojs de mar
b fabrique de toiles de coton, futaii
deux mlDe deux cent quaraate, no
bonneterie qjiî vont à plus ^e, iroi^ ci
évaluer à huit U nombre d^ouvrjers i
d'un métier', c'est donc 18 à'^o'.O^b
la fabrique, ûr, ce nombre compose
de la saine population dons laquell
compris les vieillards et les enfants au-dessous de buit ans.
6" liSDLTAT. — Par une suite nécessaire des deux ré-
sultats précédents, le peuple souffre plus, lorsque le .com-
merce languit iiue quand le pain hausse de prix; et une
diminulion subite de vingt sols par livre dans h filature de
colon, ou dans la main-d'œuvre du fabricant, influera. plus
sur la classe nombreuse et indigente du peuple, .qu'une
augmentation de trente sols par boisseau de blé. Dans, lee
temps de révolution, où la fabrique est interrompue et la
190' TOPOGVAPHHI' lÉBIMCALt 0B ttOTK^.
filature presque nulle, on voit sensiblement doubler le
nombre des malades à l'Hôtel-Dieu, et des familles entières
passer dans les provinces voisines.
7"* BÉsuETAT. -^-^ Le terme moyen de la vie à Troyes est
de 26 ans ; on peut espérer cependant que ce terme sera
plus long, désormais, le dessèchement du marais de Mon-
Her-^la- Celle rendant Fair plus salubre.
8^* R&scLTAT. — Les mois de novembre, décembre et
janvier sont les plus favorables à la conception; les mois
d^août, septembre et octoibre donnant année conmiune un
quart plus de naissance qpe les autres.
O"* RtscLTAT. — Les mois de janvier, avril, mars et
décembre sont les plus mortels, et les mois de juillet, sep-
teiid)re et août les plus salubres.
10^' RÉSULTAT. ^^ Le nombre des habitants pour une
Ueue carrée étant de 872, à 5 arpents 3/8 par habitants, il
faudra. environ 190,000 arpents pour les différentes con-
sommations de Troyes et de ses faubourgs.
11*^ iiifc8iH.TAT. — Le nombre des habitants par maison,
évalué à Paris à 25, à Lyon 20, et 5 dans tout le royaume,
est à Troyes de 8 dans la ville et de 5 à 6 dans les fau-
bourgs. .
1 2"' RÉSULTAT. — Le rapport des ecclésiastiques à la po-
pulation ^iii en France est de 1 à 121, n*est à Troyes que
de 1 à 160.
13"" RÉSULTAT. — Le rapport de Troyes à Paris est pour
les naissances de 1 à 1 5 et demi; celui des mariages de 1 à
1 7 et demi ; des morts de 1 à 1 8 ; celui des consommations
de 1 à 20 ou 22. 11 se consomme ici, année commune,
2,464 bœufs, 9,205 veaux, 26,211 moutons.
14"^' BT DERNIER RÉSULTAT. — - Troycs enfin fait la 18*
partie de Paris, la 658* partie du royaume, la 6,000' partie
de l'Europe et la 37,000* partie du globe.
Le vrai troyen est firanc, peu souple, arrêté dans ses sen-
T0P06IUPHW HiBICALK DB TROTEflb 191
timents. Son e^rit, plus ingénu que délie, moins brillant
que solide, est capaUe de tout ce qui demande une certaine
application. Sa principale occupation est le commerce, et il
le fait bien. Ceux qui s'adonnent aux arts et aux sciences s^y
distinguent. Troyes a donné le jour à un grand nombre
d'hoiTunes illustres. Parmi ceux dont les talents et le mérite
ont brillé avec plus d'éclat., il suffit de nommer Urbain IV,
qui de la naissance la plus infime s'est élevé au souiverain
pontificat; les illustres frères Pithou, Boucherat, Mignard^
Girardon, etc. Sans avoir besoin de l'appui de ces grands
noms pour prouver Pinjualice du proverbe que des mé^
ch{mts, ou des gens jaloux de nos succès ont appliqué à
notre natioi^,, notre pompnerce florissant, nos arts en vl«
gueiir, nos progrès dans toutes les sciences suffisent pont
confondre nos détrictcura, et faire rejaillir sur ^eux le ridi^
cule dpnt 11$ voudraient nous couvrir. -
Des mœurs douces, des passions peu vives et bien téglées
sont une preuve de l'an^our da troyen pour la tvie tranquille.
Les plaisirs de la table sont ceux auxquels il se livre te
plus volontiers ; ils sont ici très-vifs et très-^reoberchés.
Le peig)le est bon, mais grossier; il seiraît peut-être. plus-
laborieux, si le prix modique du vin ne le retenait les farois
qua^ de la semaine dans les cabarets..
Les Troyens sont d'une taille médiocre ; ils ont la fibre
molle et lâche, aussi sont-ils plus gras que maigres, beau-
coup même sont d'un embonpoint excessif; leur teint est
assez coloré ; il ne se fait en eux, par l'organe de la peau,
qu'une excrétion peu abondante; ils ont le ventre plutôt trop
libre que serré. Les urines sont peu hautes en couleur; ils
paraissent être généralement d'un tempérament sanguin-
pituiteux que l'flge et le régime modifient de diverses ma-
nières.
Les femmes, sans être belles, sont en général d'une
figure agréable ; elles ont le teint blanc; la couleur de leurs
cheveux est noire ; si beaucoup sont contrefaites , on doit
192 TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE TROTBS.
s'en prendre à Tusage où sont encore ici les înères de presser
les membres tendres et délicats de leurs enfants dsois des
corsets de baleine ; elles sont très-sédentaires et se livrent
peu aux plaisirs de la danse et aux autres divertissements.
11 existe une grande différence dans la manière de vivre
des différentes classes de citoyens relativement à leur état
et à leur fortune; les riches ici, comme partout ailleurs,
couvrent leurs tables des mets les plus recherchés et des
vins que fournissent les autres provinces et les pays étran-
gers; ils digèrent autour d'une table de jeu et passent le
reste du jour dans une molle indolence : les gens aisés se
contentent de ce qu'on appelle l'ordinaire bourgeois, qui
consiste en bœuf bouiUi, en légumes cuits au beurre, eu
avec diverses sortes de viandes, en ragoûts ou rôtis. Asseï
souvent on y ajoute de la cochonaille qui est excellente à
Troyes. Ik boivent de ce vin de pineau dont j'ai parlé,
qu'ils recueillent et font eux-mêmes. Il n'en est pas ainsi
de la partie la plus nombreuse des citoyens, d'autant plus
malheureuse que les denrées sont très-chères ; du pain
bis, rarement de pur froment, le plus souvent mêlé de
seigle, ou d'orge, quelque fois trempé dans de l'eau, à la-
quelle ils ajoutent quelque peu d'une mauvaise huile, des
légumes, tels que les choux, les navets, les haricots, les pois
secs, cuits tout simplement à l'eau, sont la nourriture du
peuple ; il boit de l'eau des puits et de ce gros vin de gouet
dont il fait un usage plus immodéré que réglé bien en-
tendu. Les gens de la campagne vivent moins mal ; ils trou-
vent autour de leurs chaumières des ressources dont man-
quent les pauvres artisans de nos villes. On ne boit point
régulièrement ici de cidre, ni de bière, mais tous les ou-
vriers prennent de l'eau-de-vie avant que de commencer
leur journée ; plusieurs meurent de bonne heure, victimes
de l'abus qu'ils font de cette liqlieur, dont les effets perni-
cieux seraient encore plus communs sans la constitution
humide de notre atmosphère.
TOPOGRAPHIE MÊDICAIE DE TROYE$. 198
Ce détail des lieux, des eaux, de Tair, du ierop<^rament
et des mœurs des habitants de Troyes doit sufGre à tout
médecin judicieux, pénétré des principes d'Hypocrate, pour
dccouTrir quelles sont leurs maladies dominantes. Un air
humide, froid, altéré par des miasmes putrides; des eaux
dures, pesantes, impures qui passent difficilement par les
premières \oies; une fibre molle et lâche; des aliments pris
avec excès et altérés par Fassaisonnement comme chez les
riches; des nourritures grossières et malfaisantes, telles que
sont celles du peuple, doivent nécessairement déterminer h
dépravation putride des humeurs et la suppression de trans^
piration ; aussi est-ce à l'action de ces deux causes combi-^
nées, ou séparées, que nous attribuons les maladies qui
régnent ordinairement dans celte ville et ses environs. Un
diversité des caractères qu'elles prennent, des symptômes
qui les accompagnent, dépend des saisons où ellea se déclai-
rent, des variations qu'éprouve latmosphèreii des vents
qui dominent.
Lorsque l'hiver est humide et pluvieux, oonune il arrive
le plus souvent, les maladies ont un caractère catarrbal ; on
voit régner alors les rhumes, les fluxions sur les dents, les
rhumatismes chroniques, les douleurs de goutte. Il faut
rappeler la transpiration par l'usage des boissons délayantes
prises en grande quantité, et surtout aider à la nature dans
les évacuations qu'elle sollicite par les selles.
Si le froid est vif et sec, on observe des péripneumonies,
des pleurésies, des hépatities, des inflammations de tout
genre, qui ne sont cependant pas toujours essentielles; rare-
ment est-il nécessaire de faire plus de deux ou trois saignées.
L'émétique, dès le comixiencement, est absolument indis-
pensable ; les nausées, le vomissement l'indiquent assez. On
entretient le ventre libre en aiguisant les boissons d'un grain
d'émétique,en donnant des la\ements légèrement laxatifs, et
en appliquant des herbes émollientes sur le bas-ventre. Ce
traitement a coutume de rappeler le calme dans l'économie
T. XXXTU. 13
i94 TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE TROYES.
animale. La diminution de la fiè\Te, la cessation de la dou-
leur amènent la résolution. C'est alors que, dans les maladies
de poitrine, il faut le plus souvent solliciter Texpectoration
par des bechiques un peu actifs, tels que le kermès minéral,
Toximel scillitiqno. Lorsqu'on ne peut obtenir Texcrétion
de la matière morbifique, engorgée dans les poumons, on se
hâte d'appliquer aux deux jambes des emplâtres-yésicatoi-
res ; ils procurent ordinairement une révulsion prompte et
avantageuse ; j'ai obtenu les plus grands succès dans les
(luxions de poitrine qui ont régné pendant les hivers de
1784 et 1785 d'un large emplâtre- vésicatoire appliqué de
bonne heure sur le côté souffrant.
L'apoplexie, assez commune en tout temps, fait ses plus
grands ravages pendant l'hiver. Très-souvent elle emporte
le malade avant qu'il ait pu être secouru. Si on a le temps
de lui administrer les remèdes que les circonstances exigent,
il échappe à la mort, mais rarement à la paralysie. Dans ce
cas, les eaux de Bourbonne, pendant trois ou quatre saisons,
sont toujours suivies de succès. Chez les riches, les plaisirs
de la table, l'abus des vins étrangers, des liqueurs, et Yoi-
siveté ; chez le peuple, les aliments grossiers, la mauvaise
qualité de ce vin tartareux qu'il boit; l'excès immodéré qu'il
en fait ; chez tous, une fibre molle, lâche, souvent lîn em-
bonpoint excessif, sont les causes qui rendent l'apoplexie
si fréquente.
Le printemps, qui ordinairement est froid et rigoureux,
ne fait point disparaître ces maladies; elles ne font guère
moins de ravages pendant les mois de mars et d'avril qu'ai
décembre et janvier. Si cependant, par hasard, cette saison
est douce, les alternatives de froid et de chaud, qu'il ne peut
manquer d'y avoir, ramènent les maladies catarrhales. Pen-
dant les mois de mai et de juin, les fièvres cohtiniies, les
érysipèles, les angines, sont les maladies dominantes. Quel-
quefois elles se déclarent par des symptômes d'inflammatioo
que font promptement disparaître les saignées et Kusage des
TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE TROYES. 195
i
antiphlogistiques ; mais bientôt Tamertume de la bouche,
la langue chargée, les déjections bilieuses dénotent le vrai
caractère delà maladie. On donne l'émétique, on met le
malade à l'usage des boissons tempérantes outrées, et on
termine la cure par quelques purgatifs.
L'été est ordinairement le temps le plus salubre de toute
Tannée. Les maladies semblent en juillet faire une trêve
qui se prolonge jusqu'à la fin de septembre. Mais si ces
mois sont très-chauds, el si surtout la sécheresse est grande,
il en arrive autrement. Les humeurs, épaissies par la dissi-
pation de leurs parties les plus fluides, s'altèrent. La bile
s'exalte, devient acrimonieuse ; les solides sont desséchés.
On voit paraître alors les synoques biheuses, les fièvres ar-
dentes, les fièvres malignes, les dyssenteries. Toutes ces ma-
ladies sont putrides ; leur intensité, leur fréquence sont en
raison de la sécheresse. Le pouls est plein, la peau est aride,
la fièvre ardente, les urines sont rouges, enflammées, tout
semble indiquer la saignée ; mais ces symptômes sont trom-
peurs ; elle ne tarderait pas à être suivie de la prostration
des forces, de l'affaissement du pouls et de tous les signes
avant-coureurs de la mort. Il faut, dès le commencement
de la maladie, se hâter de débarrasser l'estomac des matières
bilieuses qui le surchargent, ensuite tempérer la chaleur du
sang et combattre la putridité par des boissons nitrées, aci-
dulées, humectantes, desjuleps, des émulsions tempérantes.
Malgré ce traitement méthodique, en vain attendrait-on de
la nature quelques crises favorables ; point d'expectorations,
point de sueurs^ point de cours de ventre. Les urines res-
tent constamment ou crues ou enflammées, et ne présentent
aucun signe de coction. La nature languissante fait des efforts
impuissants pour se débarrasser de la matière morbifique
qui l'opprime. C'est à l'art à y suppléer par des secours
bien administrés ; ce n'est qu'après avoir, par un long
usage des délayants, des humectants, détendu les solides,
facilité la coction qu'on peuir passer aux évacuants. Tels
196 TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE TBOYES.
sont les seuls moyens capables d'arracher à la iliort ceux
qui sont alteints de ces maladies toujours très-dangereuses.
On voit quelquefois, dès ce temps, les fièvres intermittentes
commencer à paraître ; mais la saison où elles dominent est
l'automne. Les tierces sont les plus fréquentes. Les quartes
sont aussi assez communes : il y en a peu où Ton soit obligé
de recourir à la saignée ; toutes exigent qu'on fasse vomir.
Quelques-unes cèdent à Tipécacuanha ; mais il est nécessaire
de le répéter plusieurs Jois, lorsque les forces et la constitu-
tion du malade le permettent. D'autres, et c'est le plus
grand nombre, ne disparaissent qu'après un long usage des
purgatifs et des apéritifs amers et satins. Le quinquina ne
réussit que très-rarement et seulement uni aux purgatifs.
Le plus souvent il détermine les obstructions des viscères,
les stases, les engorgements lymphatiques, les bydropisies,
maladies très-communes ici ; toutes les affections morbî-
fiques qui reconnaissent pour cause la faiblesse et la laxité
des solides ne doivent-elles pas, en effet, être endémiques
dans un climat humide, et chez des sujets dont la fibre est
molle et sans ressort? Lorsqu'il n'y a point de squirrhositës
et qu'elles ne sont point invétérées, ou qu'elles n'attaquent
que des tempéraments jeunes et robustes, ces maladies
cèdent aux délayants, aux apéritifs, aux fondants, aux mino-
ratifs, aux eaux de Pion. bières, en un mot à tous les re-
mèdes qui peuvent, selon les circonstances, rétablir la trans-
piration ou dépurer la masse des humeurs ; ce qui prouve
que les deux causes que nous avons invoquées, la suppres-
sion de transpiration et la dépravation putride des humeurs,
n'agissent pas avec moins d'énergie dans les maladies chro-
niques que dans les aiguës.
Les maladies nerveuses, ailleurs, n'affligent guère que
les riches; mais ici, où les affections de l'âme ont moins
d'influence dans cette maladie que la constitution de l'at-
mosphère, elles attaquent indistinctement tous les .ordres
des citoyens. Nos corps étant investis de brouillards, il sem-
TOPOGRAPHIE MEDICALE DE TROYES. 197
blerait au promier coup-d'œil que le relâchement des so-
lides, la dégénération des humeurs devraient être la cause
principale des maladies nerveuses. L'expérience nous ap-
prend le contraire. Malgré les impressions d*un air toujours
hiunide, les nerfs se portent à un degré de tension, de rigi-
dité, de spasme des plus violents. Serait-ce que les vapeurs
hétérogènes putrides, dont notre atmosphère est infecté,
agaçant le système nerveux, auraient plus d'action sur lui
que rhumidité, medicis hœc sagacioribus discutiendal
Quoi qu'il en soit, Tâcreté des humeurs^ la sécheresse de la
fibre, l'inflammation de la bile, sont les symptômes qui ac-
compagnent nos maladies hypocondriaques, hystériques et
convulsives. On ne guérit qu'en relâchant. Les meilleurs,
ou plutôt les seuls bons remèdes, sont L*s bains tièdes,
froids, multipliés, des quantités presque effrayantes de bois-
sons purement aqueuses. Toutes celles qui ne sont pas in-
sipides nuisent. La méthode de Pomme, en un mot,
triomphe ici.
Il est un grand nombre de familles, surtout parmi le
peuple, infectées du virus scrofuleux. Chez les enfants, il se
manifeste . par des engorgements aux glandes du col, des
ophtalmies, des aegilops, des fistules lacrymales et autres
maladies des yeux ; le racbitis, le spinavetitosa en empor-
tent beaucoup au berceau. Chez les adultes^ les uns
ressentent des douleurs vagues et aiguës dans toutes les
articulations, d'autres sont couverts de dartres vives, ron-
geantes. Lorsq le ces maladies ne sont dues qu'à la suppres-
sion de transpiration, à l'usage de nos mauvaises eaux de
puits, aux nourritures grossières, les apéritifs, les incisifs,
les sudorifiques en triomphent aisément. Mais, lorsqu'elles
sont combinées avec la dépravation putride des humeurs,
notamment avec celle qui résulte du virus syphilitique, alors
ces maladies sont des plus rebelles. On ne vient à bout de
guérir ou de soulager ceux qui en sont atteints, qu'en admi.
'nistrant avec précaution les mercuriaux. Ces affections, au-
198 TOPOGRAPHIE MÉDIGALB DE TROTES.
trefois rares, se sont encore maltipliées depuis que le mal
vénérien s^est plus répandu. Nos prédécesseurs ont obserré,
ainsi que nous, que les maladies étaient beaucoup plus
conmuines dans les années où il y avait abondance de vin.
Elles ont presque toutes alors un caractère d'inflammation,
et il est nécessaire d'insister sur les saignées et plus que
dans d'autres temps.
La rougeole et la petite-vérole ne sont ici guère moins
contagieuses et moins meurtrières qu'ailleurs, malgré l'hu-
midité de notre atmosphère qui semblerait devoir nous en
préserver ; mais c'est surtout dans les années de chaleur et
de sécheresse qu'elles causent leurs plus grands ravages. Ces
maladies se propageraient moins, si ceux qui en sont atteints
étaient exclus de la société jusqu'à leur parfaite guérison.
Rien n'est plus commun, dans les temps où la petite-vé-
role règne 9 que de rencontrer dans les rues et les lieux pu-
blics des enfants couverts de croûtes varioliques, ou quel-
quefob même de pustules à peine en suppuration. De sages
règlements, à Tinstar de plusieurs autres grandes villes de
France, pourraient réformer cet abus. Que ne peut-on
aussi facilement détruire le préjugé du peuple qui ne veut
admettre que des cordiaux, dans le traitement de ces ma-
ladies ! Une prévention mal fondée et l'éloigné ment naturel
que le troyen a pour toute innovation, l'empêche de cher-
cher dans l'inoculation un préservatif avoué par la ndson,
confirmé par l'expérience, permis et autorisé même par la
religion.
On ne connaît guère ici les maladies pestilentielles. De-
puis 1632, le pays n'a point été en proie à ce fléau.
Cette portion si intéressante de la société, ces êtres for-
més pour le bonheur de l'honrune et qui, malgré leur fai-
blesse, n'ont en partage que les incommodités et les dou-
leurs, en échange des plaisirs qu'ils nous font goûter^ les
fenmies semblent être sujettes ici, encore plus qu'ailleurs,
à toutes les infirmités attachées à leur sexe. La constitution
T0P0GH4PH1E MÉDICALE DE TB0YE8. 199
dç Tatmo^phère, le tempérament, le genre de vie qu'elles
mènent, un sang épais, trop de lenteur dans les fluides,
trop de faiblesse dans les solides, semblent se réunir chez
elles pour retarder et rendre difficile l'éruption du flux pé-
riodique. Devenues nubiles après mille accidents, de fré-
quentes suppressions entretiennent les maux de tète, les
embarras de poitrine, les afiections hystériques, le chlorosis,
la cachexie. On parvient à donner au sang plus de fluidité, à
le pousser avec plus de force contre les couloirs, en adminis-
trant les atténuants et les apéritifs. Il est cependant prudent
de commencer le traitement par Tusage des délayants, des
humectants; Teau de poulet, de veau, le petit lait chalybé,
les bains tièdes, les demi-bains. On passe enëuite aux
martiaux, tels que le tartre soluble, le safran, Tœthiops.
On peut employer sans danger les gommes emménagogues,
le galbauum, le sagapenum, la gomme ammoniac ; les
eaux thermales de Balaruc, de Bourbonne conviennent
quand il ne s'agit plus que de fortifier Testomac et de réta-
bUr les digestions. Les plaisirs, les divertissements, les
exercices du corps, les fréquentes promenades à cheval, en
voiture, doivent être conseillés préférablement à tout autre
remède, lorsque les circonstances le permettent. Le mariage
guérit encore plus sûrement; il est ordinairement suivi
d*une heureuse fécondité. Il y aurait rarement des couches
fâcheuses, sans Timpéritie des matrones. C'est vers Tâge de
42 à 45 ans que commence à s'éteindre l'aptitude à conce-
voir. Peu de femmes voient arriver ce terme sans avoir à
redouter les maladies les plus graves, parmi lesquelles les
pertes de sang, les cancers, sont les plus fréquentes.
Il est encore une affection morbifîque presque univer-
selle, ce sont les fleurs blanches. Il n'est pas rare de trouver
des jeunes fiUes chez lesquelles cet écoulement précède de
plusieurs années l'éruption du flux périodique. Cliez les
unes le virus scrofuleux ; chez d'autres, les nourritures
grossières, les fréquentes suppressions ; chez la plus grande
200 TOPOCMlAPHffi WkDIQMJI DB TROfiBSt.
partie^ la coastitution de Tatmoephere, aimt les causes tox-
quellet oa doit rapporter cette maladie. Elle dégénère quoi-*
quefois en ulcère de la matrice, en pertes conttottelles» el
c'est seulement alors que les tristes victimes de ces infir«-
mités se soumettent à un traitement.
Telles sont les maladies généralement observée^ à Troyes,
qui dépendent de la situation du sol» des eaux de cette
ville, de l'air qu'on y respire, et auxquelles sont exposées
tontes les classes des citoyens, soumises aux mêmes agents
physiqqes. Nous observons parmi les ouvriers employés à la
fabrique des toiles et des bas au métier, qui forment la
partie la plus nombreuse du peuple, d'autres maladies aux-
quelles donnent naissance les métiers qu'ils exercent.
Les tisserands passent leur vie dans des caves qui leur
servent d'atoliers; la nuit ils se retirent dans des chambres
malpropres, peu aérées où toute une famille mange, dort ;
l'air extérieur qui y pénètre est chargé d'exhalaisons délé-
tères. Depuis un temps immémorial, ces artisans, qui
habitent tous le même quartier, sont en possession du droit
de déposer leurs excréments devant leurs portes, sans
qu'ai^cuoe ordonnance de police ait encore pu le leur
enlever. La difficulté de creuser des lieux privés dans leurs
maisons, sous lesquelles s'étendent leurs ateliers, contribuent
autant que lear malpropreté et l'exemple de leurs aïeux,
qui est pour eux de la plus grande force, à entretenir cet
abus. Ils ont tous le teint livide, plombé. Leurs maladies
les plus conununes senties fièvres putrides, les rhumatismes
chroniques, les tumeurs froides, le scorbut, les fièvres in-
termittentes qui se terminent par des obstructions de vis-
cères, l'hydropisie et la mort. En renouvelant souvent
l'air de leurs ateliers, en entretenant une plus grande pro-
preté dans leurs maisons et leur quartier, en changeant leur
manière de se vétir^ qui ne les défend pas assez contre l'hu-
midité de leurs caves, ces artisans se mettraient à Tabri de
bien des maux. Leurs femmes et une infinité d'autres,
TOFOGRAPHnS MÉDtOALB DE TlOfTBg. 201
occupées à la filature du coton, sont exposées à tontes les
maladies qu'entraînent après eux les arts sédentaires. Outre
cela, les nourritures grossières et malfaisantes, et Tnsage
des mauvaises eaux de puits, rendent parmi elles le goitre
très-commun. Dans son commencement, il peut se guérir;
invétéré, il acquiert une grosseur énorme et devient incu-
rable. Les mouvements violents et réitérés par lesquels les
bonnetiers font jouer leurs métiers, portent le trouble dans
les fonctions de la poitrine, y causent de Tembarras dans la
circulation du sang. De là, les maux de côté, les oppres-
sions, les crachements de sang et les autres maladies de
poitrine qui enlèvent la plupart de ces artisans à la fleur
de Tâge. Heureux ceux qui n'ont qu'à se plaindre de fré-
quentes lassitudes dans les bras et les jambes, douleurs
occasionnées par Teffort des solides ! Pour éviter une mort
prématurée ou des inGrmités encore plus à redouter, ces
ouvriers ne devraient travailler que cinq ou six heures par
jour, faire usage de temps en temps de tisane de lin ou
de guimauve, et surtout éviter les liqueurs et les débauches
qui leur sont extrêmement funestes.
Ce sont principalement ces différents artisans qui peu-
plent THôtel-Dieu, etsur qui lesmaladies putrides-malignes, si
communes dans cette maison, exercent leurs ravages. Une
simple indisposition les force-t-elle de suspendre leurs tra-
vaux? privés de tout secours, ils sont contraints de se retirer
à rhôpital. A peine ont-ils respiré Fair qui y règne que,
par une suite inévit^ible de la contagion, la maladie la plus
simple dans ses principes y acquiert des complications
graves. Le pouls devient dur, le visage enflammé, les yeux
abattus, larmoyants, la peau très-aride, la langue se charge
d'un limon blanchâtre, le ventre sans être tendu est un peu
douloureux, les évacuations par les selles sont extrêmement
rares, la prostration des forces et Tasiioupissement sont con-
sidérables, la déglutition se fiit difficilement, la respiration
est très- gênée; la maladie fait des progrès rapides. Vers le
20& W^MOAIWE. MâlMGUB ^B TRONES.
quatpfse, te pouls devient irrégulier, mauvais, déprimé ; les
mowreiDeiits convulfifs sout trèsr sensibles; et bientôt la
iQorl frapper sa victime. Chez ces malades, la tendance des
kupieuTB à Itgiputiddité, k genre d^ vie qu'ils ont coatmne
de meigierf proscrivent la saignée. L*émétique en ktvaga, et
même répété plusieurs fois^ est absolument nécessaire* D
&ut combattre' la putridité ei solliciter les éviacuations par
les boisstns acidulées, les lavements, l'eau rougie émétisée.
Ce dernier remède convient surtout à ces sortes de malades,
dont. If^ constitution est presque toujours épuisée, Leavési-
oatoire& doivent être appliqués de bonne heure aux jamb^
ci mémo aux cuisses.
Quelques cheyaux, des ânes ou mulets, des bœufs, des
des. vaches, de nombreux troupeaux de moutons, beaucoup
de cochons : tels sont nos bestiaux. La plupart des bétes à
cornes sont employées au labourage et à traîner les chariots
qpiinous apportent les denrées de la campagne à la ^le;
ces travaux lei occupent la majeure partie du jour. C'est ici
surtout que les propriétaires des bestiaux retiraient de granfls
avaptages de la cuHuve plus générais des pommes de terre
et df s .navels, ou turneps. Beau/çoup de cantons n'ofirent
$fa*\x\i terrain maigre, léger, peu propre à d'autres produc-
tions, mais dans lequel ces différentes espèces de plantes à
racine pivotante réussiraient à merveille. L'avoine pourrait
encore être remplacée par la paille hachée, comme on le
pratique en Allemagne et dans beaucoup de provinces de
France; les chevaux s'en nourriraient volontiers, et leur
rareté, entretenue par la seule cherté des fourrages, n'ai^
rait plus lieu. L'usage une fois adopté de former des prairies
artificielles ou luzernes, etc., comme nous l'avons dit plus
haut, contribuerait encore à ramener l'abondance.
On ne fait point parquer les moutons. Cette manière éco-
nomique d'engraisser les terres, et d'ajouter un degré à la
beauté de la laine^ n'est cependant point à négligi^r dans oo
fÔPOÛRAPrilE IfiDtCALB DE TÉÔTfc^. 203
pays couvert de nombreux troupeaux, qui fout Une de ses
richesses, et où la terre, en plusieurs endroits, ne rapporte
qu'à force d*engraîs Irès-Coûteùx. '
Les bestiaux, en général, sont rarement miiadeé. Les
bétes à cornes o^t quelquefois des suppressiotis'dé tràtispi^
ration, appelée vulgairement refroidissure. On leur fait
prendre une forte décoction de sabine d^ms du gros tin, on
les couvre avec soin; elles suent, et sont guéries. EUes sont
encore sujettes à de petites tuiileurs sur le dos, élître les
épaules et les hanches. La manière dont on les traite me
porte à croire qu'elles ne sont que l'effet de la piqûre de
quelques insectes qui déposent leurs œufs sur le dos dé ces
animaux. Lorque en palpant leur cuir, ceux qui les soignent
sentent quelques corps étrangers, ils font urie inidisioi^ qui
donne issue à des grains glanduleux et à quelques gouttes de
sang. Le sel est le seul topique qu'on applique après Topé-
ration. Il survient encore quelquefois aux bêtes à cornes des
bubons, que le paysan appelle antra. Il faut se hâter de sda-
rifier et de faire suppurer ces tumeurs qui font pérîi* l'ani-
mal dans vingt-quatre heures, lorsqu^îl n'est pas secouru à
temps. Les moutons, qui séjournent dans les lieux bas ètinlEi-
récageux de la plaine , sont quelquefois sujets aux tuber-
cules du poumon et à la phthisie ; mais, en général, des
animaux jouissent d'une santé constante.
Troyes, 7 mars 4786.
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L'ASSEMBLÉE D'ÉLECTION
BAR-SUR-AUBE
PAR M. ALBERT BABEAU
Itaiibr» rétidaat.
L'étude des assemblées administratives établies en France
à la suite de TAsseniblée des notables de 1787 présente un
double intérêt; elle nous fait assister à la transition du
régime ancien au régime nouveau inauguré par la Révolu-
tion ; elle nous fait connaître sur la situation des provinces
et des localités des détails qui sont restés inédits, ou dont
la tradition tend à s'effacer tous les jours. Aussi croyons-
nous qu*il n'est pas sans utilité d'étudier, à côté des actes et
des travaux de l'Assemblée d'élection de Troyes, dont nous
avons précédemment parlé, les actes et les travaux de
l'Assemblée d'élection et du Bureau intermédiaire de Bar-
sur-Aube ; on y trouvera le même amour du bien public, le
même dévouement aux intérêts généraux, et à défaut d'une
assiduité égale aux travaux purement administratifs, un
souci plus vif des réformes et des améliorations néces-
saires.
L'élection, dont Bar-sur-Aube était le chef-lieu^ et à
206 l'issembléb d'êiection pe bar-slr-aubi.
laquelle on donna en 1 788 le titre de département, n'était
pas une des moins importantes de la généralité de Cham-
pagœ^ Elle contenait cent quatre-tingt^inq Tillefi,* bourgs,
yillages et hameaux, et 63,000 habitants environ. En i 787,
elle fiit divisée en six arrondissements : Bar-sur-Aube,
Brienne, Vendeuvre, La Perte, Soulaines et Gyé. Les pro-
ductions de leurs territoires (1) étaient différentes comme
les moeurs, raisaoce et TinteUigence des habitants. La cul-
ture de la vigne dominait dans l'arrondissement de Bar-
sur-Aube et dans une partie de celui de Gyé. Ceux qui s'y
livraient étaient actifs et laborieux; mais ils étaient pauvres.
« Aux environs de Bar^uiv-Aid»e^ disent les procureurs-
syndics de Télection, le voisinage de la ville avait introduit
dans les paroisses un genre de luxe inconnu dans les pa>
roisses plus éloignées, et l'usage trop facile du vin, en
excluant la sobriété, privait les habitants des campagnes du
moyen le plus sûr de faire naître Taisance au sein de leur
vie domestique (2).» Dans les vallées delà Seine et deTOurce
les vignerons, plus sobres et plus énergiques, étaient acca-
blés pair les impôts*
Les cultivateurs de l'élection de Bar-sur-Aube parais-
saient plus heureux. Ghaource et les villages environnants,
qui faisaieqt partie de Tarrondissement de Gyé, renfer-
maient les. habitants les plus forts et les plus laJborieux du
départemetit, i C'est là qu'on retrouve encore avec plaisir,
disent les procureurs-syndics, des mœurs *|et un costume
antiques, et que l'homme des champs paraît moins dissipé
de sa simple et précieuse destination. » Cette partie du
(4) Le9 procureurs-syndics évaluent en 1788 les ^iffér^ts genres
de culture de Télection, ainsi qu'il suit : jardins et chenneTÎères,
2,292 arpents; terres, 195,441; vignes, 15,5i3; prés, 14,977; boit,
91,300.
(2). Rapport des procureurs-syndics. Procès-verbal des séances de
rassemblée du département de Bar-sur- Aube tenues au mois d'oc-
tobre 1788. Ardi. de l'Aube G. 2319.
l'assemblée d'élection de BAB-SVII-'AIIBÉ. 807
déparleihebt mai^quait absolument de routes et de débdli-
chés, et Cependant les impôts s'y payaient avec facilité. Il
n'en était pas de même dans Tarrondissemeiit de Vendeuvre,
malgré l'importance de ses exploitations agricoles et le
nombre de ses voies de communication. L'arrondissement
le plus pauvre était celui de La Ferté ; il était en grande
partie couvert de bois, et quoiqu'il renfermât quatre forges
en pleine activité, le commerce y était nul. Les impôts'plus
que partout ailleurs pesaient sur les habitants.
Les procureurs-syndics que nous avons pris pour guides
font un triste tableau de la situation de cet arrondissement.
H Mais à travers les ronces de l'administration, disent-ils
dans ce style imagé qu'on rencontre fréquemment dans les
écrits officiels de Tépoque, à travers les ronces de l'admi-
nistration^ on trouve aussi quelques sentiers fleuris, et c'en
est un qui nous reste à parcourir en pariant de Farrondis*
sèment de Soulaines. La terre y est riche, et y produit ces
blés de Bar-sur-Aube, toujours^ plus chers que ceux des
autres pays. L'habitant y est plus aisé; son éducation est
plus soignée qu'ailleurs, et il se répand jusqu'à son atté^
rieur des nuances de politesse qui le font distinguer. » Il
n'y avait qu'une ombre au tableau; c'était l'état* du chef-
lieu. Les habitants s'y livraient à des genres de commerce
où ils réussissaient rarement, et consacraient à Texercice
d^un droit de chasse, qui leur était depuis longtemps con-
cédé, un temps qu'ils auraient employé plus utilement aux
travaux de l'agriculture. A côté de cet arrcmdissement on
pouvait placer celui de Brienne, sous le- rapport de la
fertilité du territoire et de l'aisance des cultivateiu*s.
C'était dans la petite ville de Brienne que s'élevait le
château du plus puissant personnage de l'élection : Louis-
Marie- Athanase de Lomenie, comte de Brienne, frère de
Farchevèque de Toulouse, était lieu tenant-général des^'ar-
mée^'du roi et gouverneur de Guienne; il allait être appelé
au ministère de la guerre. Aussi, lorsqu'il fut question
208 l'assbmblée d'élection de bar-scr-acbe.
d'instituer, conformément au règlement du 23 juin 1787,
une assemblée d'élection à Bar-sur-Aube, fut-il désigné pour
en être le président. Ce choix fut accueilli avec une vive
satisfaction ; car il mettait à la tête de la nouvelle adminis-
tration un homme dont Tinfluence était considérable, et
qui en avait fait le plus libéral usage en faveur de ses con-
citoyens.
Mais les occupations de son gouvernement de Guienne, et
bientôt après sa nomination au ministère de la guerre, ne
lui permirent pas de remplir les fonctions de président aux-
quelles le roi Tavait appelé. Après avoir été suppléé dans
la première session de TAssemblée d'élection de Bar-sur-
Aube par l'abbé de Beaulieu, il fut remplacé définitivement,
le 6 octobre, parle comte de Mesgrigny-Villebertain, grand-
bailli d'épée du bailliage de Troyes, qui avait été maire
de cette dernière ville, et qu'entouraient Testime et le res-
pect universels (1). Son âge et ses vertus inspiraient une
sorte d'attendrissement que le langage officiel traduisait
parfois en termes singulièrement fleuris. « Sa vie a dû être
belle, disaient les procureurs-syndics, puisque la rosée du
sentiment répand encore son éclat sur les jours de son
hiver. Ce n'est qu'au sein de ses foyers que vous avec
reconnu son âge, et à quels signes encore; en voyant se
presser autour de lui une postérité, qui vous a présenté le
tableau de toutes les vertus, soutenu par la main d'une
grâce. » Cette grâce était la belle-fille du comte, la mar-
quise de Mesgrigny, femme du futur député de la noblesse
de Troyes aux Etats-généraux.
Ce fut Tabbé de Beaulieu, Charles-François-Philippe de
Villefrey, qui réunit, le 13 septembre, dans une salle d'un
(i) Mesgrigny transmit le 7 novembre la lettre da baron de Bre-
teuil, qui « Thonorait de la faveur de présider parmi ses égaux; ■ 0
marquait en même temps c sa sensibilité » de ne pouvoir se rendre
aux séances de cette session. Arcb. de TAiibe G. 2318.
l'assbubléb d'élection de bar-suh-aubb. 209
hôtel dépendant de la maison du roi , situé rue S -Michel , à Bar-
sur-Aube, les membres de l'Assemblée d'élection nommés
par l'Assemblée provinciale de Champagne dans sa séance
du 7 août. L'absence du comte de Brienne avait retardé
cette réunion qui avait été précédemment fixée au 27 août,
comme pour toutes les autres assemblées de la province. Les
membres choisis pour représenter le clergé étaient outre
Tabbé de Beaulieu, Philippe- Auguste de Rouault, abbé
commendataire de la Chapelle-aux-Planches, et Tabbé de
Belloc, doyen du chapitre de Saint-Etienne, tous deux
vicaires généraux du diocèse de Troyes. La noblesse avait
pour représentants le comte de Brienne, le comte de Mes-
grigny, et le baron d'AUonville, vaillant colonel de cava-
lerie qui s'était distingué à la bataille de Rosbach. A la tête
du Tiers-Etat, se trouvait Beugnot, jeune avocat de talent,
plein d'esprit et d'activité, qui préludait dans sa ville natale
à la brillante carrière administrative qui devait le conduire
plus tard à un ministère. A côté de lui se trouvaient dés
hommes plus modestes, mais animés d'intentions sages :
Le Seurre, procureur ès-sièges royaux de Bar-sur-Aube (1),
Vannier, avocat et lieutenant au bailliage de Vendeuvre ;
Navarre, avocat à Brienne ; Estienne, avocat à Miissy, et
Gallée, prévôt de La Ferté et membre de l'Assemblée pro-
vinciale de Champagne. Comme on le voit, les choix s'é-
taient exclusivement portés sur des hommes de loi. Il fut
(i) Le Seurre et Beugnot faisaient partie du conseil des notables de
Bar-sur-Aube. La municipalité royale de cette ville était ainsi compo-
sée en 1788 : Maire : de Brienne, maréchal de camp des armées du
roi; Echevins : Georges, Millière, avocats; Procureur-syndic : Pouni,
notaire ; Notables : Rétaux, président en Télection, Poncet, chanoine
et syndic de la collégiale de Saint-Maclou, Geoffroy de CoilTy, écuyer,
chevalier de Saint-Louis, Masson, ancien maréchal des logis des
gardes du corps, Trippier, conseiller en la prévôté, Rivière, conseil-
ler en l'élection, Beugnot, Le Seurre, Girârdon et Forgeot, négo-
ciants, Thiellement, fabricant.
T. xxxvii. 14
210 l'assemblée D'ÉLECriOIf DE BAR-scm-Aun.
décidé entre eux qu'ils siégeraient d'après Timportance des
coniributions des villes qu'ils habitaient (1).
Après avoir entendu une messe du Saint-Esprit dans
l'église de Saint-Maclou, l'assemblée préliminaire se com-
pléta par Télection des douze membres qui restaient à
nommer. Elle choisit pour le clergé : Evers, doyen du
chapitre de Saint-Maclou de Bar-sur-Aube ; Régley, curé
de Balnot et Vau<lron ; Elloy, procureur général de Tabbaye
de Clairvaux; pour la noblesse : le comte de Nogent, sei-
gneur d'Eclance; le marquis de Pcns-Praslin, seigneur de
Chaource; le comie de Saint-Belin; pour le Tiers-Etat:
Vouillemont, avocat à Arsonval^ que Tacadémie de Châlons
allait bientôt couronner pour un mémoire mis au concours
sur la culture du chanvre; Nicolas, procureur Gscal de
Rosnay; Duval, avocat à Gyé; Babouot et Breton, proprié-
taires de biens à Bayel et à Maisons; Liégeois, marchand de
boisa Soulaines (2).
Le haut clergé, composé de bénéficiers, dominait dans
l'Assemblée. On pouvait s'étonner de n'y point voir l'abbé de
Clairvaux. C'est *que ce personnage important, que l'oo
traitait de Monseigneur et qui disposait de 300,000 1. de
revenus, avait été nommé président de l'Assemblée de Chau-
(1) Procès-verhal de Vassemhlét d'élection tenue en la trille de
Bar-'Sur^Auhe en exécution du règlement fait par le roi le vingts
trois juin il81, — Troyes, V« Gobelet, in-4^ de 12 p.
(2) Ils furent ainsi répartis par arrondissement :
Ba^-eur-Aube. — L'abbé Evers, le comte de Nogent, Beognot,
Le Seurre.
Fendeuvre, — L*abbé de Belloc, le comte de Mesgrigny, Yannier,
Vouillemont.
Soulainee, ^ L*abbé de Rouault, le baron d*AllonviUe, Liégeois,
Breton.
Brienne. — L*abbé de Beaulieu, le comte de Brienne, Navarre,
Nicolas.
La Ferlé. — Elloy, le comte de Saint-Belin, Gallée, Babouot.
Gyé. — Régley, le marquis de Praslin, Estieime, Duvml.
l' ASSEMBLÉE D'ÉLECTION DE BAR-SUR-ALBE. 211
mont, n devait ce titre à son rang plus qu'à son mérite; car,
à en croire Beugnot^ s'il était regardé comme le plus beau
moine de France, il ne passait pas pour en être le plus in-
telligent (1).
L'Assemblée de Bar-sur-Aube se compléta en choisissant
pour greffier ou secrétaire Louis-François Tassin, procureur
ès-sièges royaux de la ville. L'expérience, qu'il avait acquise
dans ses fonctions de secrétaire du subdélégué de l'inten-
dant, l'avait mis à même de traiter les questions adminis-
tratives avec compétence et distinction; il en donna des
preuves dans les mémoires spéciaux qu'il soumit à l'as-
semblée.
Après avoir divisé l'élection en six arrondissements,
l'Assemblée élut comme membres du Bureau intermédiaire
Tabbé Ever8,le comte de Mesgrigny-Villebertain,LeSeurre
et Navarre. Le comte de Nogent et Beugnot furent chargés
des fonctions plus importantes et plus actives de procureur-
syndic. Ces premiers choix furent en partie modifiés, par la
nomination de Mesgrigny à la présidence et par la démission
de Nogent, motivée sur des raisons de santé. Celui-ci con-
sentit cependant à remplacer Mesgrigny dans le Bureau
intermédiaire ; on lui donna pour successeur Le Bloy, sei-
gneur de Lévigny, bien qu'il ne fut pas membre de l'as-
semblée.
D'autres élections durent être faites par suite de la dé-
mission du comte de Brienne et de la nomination de Beugnot
comme procureur-syndic. Elles appelèrent à les remplacer
Henri Picot, comte de Dampierre, et Maizière, propriétaire
à Proverville. Une autre modification eut lieu l'année sui-
vante. Raverat, curé de Chesley, fut nommé par les élec-
teurs de l'arrondissement de Gyé, en remplacement du curé
de Balnut. Dampierre était un jeune officier d'un esprit vif
et enthousiaste. « Il développait, disaient les procureurs-
(1) Mémoires du comte Beugnot^ 1. 1, p. 79.
212 l'assemblée d'élection de bar-sur-acbe.
syndics, avec un caractère brillant et ferme tout à la fois de
Tamour, ou ce qui vaut mieux, du respect pour rhumanité.
Les noms de corvée, de servitude, de contrainte, n'ont
jamais été prononcés devant lui impunément, et sans cesse
il vous a rappelé que le peuple était aussi quelque chose. »
Cet éloge mérité pouvait s'adresser à d'autres membres de
l'assemblée, notamment au comte de Mesgrigny, qui, lors-
qu'il fut incarcéré en 1 794 conune père d'émigré, rappelait
qu'il avait gémi en 1788 sur les abus de sa classe et qu'il
en avait demandé la réforme. Il semblait à cette époque, et
la vie et la mort de Dampierre en sont un exemple frappant,
qu'en politique comme à la guerre, une partie de la noblesse
française mit son honneur à marcher en avant.
II.
Outre la session préliminaire, l'Assemblée de Bar-sur-
Aube se réunit en 1787, le 22 octobre. Le maire de la
ville, le maréchal de camp de Brienne, s'empressa de
mettre des logements à la disposition de ses membres, et
lui donna une garde bourgeoise (1). La session d'octobre,
qui dura trois jours, fut présidée comme la première par
l'abbé de Beaulieu (2). Un des vœux qui y furent émis con*
cernait l'établissement à Bar--sur-Aube d'un bailliage et
(1) Cette garde était sans nul doute tirée de la compagnie de
Farquebuse et de celle de la milice bourgeoise dont parle M. Gheva-
lier dans son Histoire de Bar^sur^AubCy p. 19 et suivantes.
(i) Procès-verbal de rassemblée complète d*électîon. Arch. de
TAube, C. 2318. En voici le sommaire : Ir» séance, 12 octobre. Pro-
testations du clergé séculier contre la préséance donnée au clergé
régulier. — Notification de la nomination aux fonctions de président
du comte de Mesgrigny, qui s'excuse de ne pouvoir assister aux
séances. — Elections d*un syndic, d'un membre de bureau et de
deux membres de TAssemblée. — Relevé des impositions.
2« séance, 23 octobre, à 7 heures du matin. Mémoire de Beugnot
l'assemblée d'élection de bar-sur-aube. 213
d*uii présidial^ déjà réclamés par la municipalité. Beugnot
l'appuya vivement auprès de la Commission intermédiaire.
« Cette demande, écrivit-il, est portée à l'assemblée provin-
ciale par le cri public et par un cri pressant. » L'intérêt
personnel, il est permis de le supposer, n'y était pas étran-
ger; car, lorsque l'année suivante Lamoignon établit à Bar-
sur-Âube un présidial, qui ne devait durer que peu de
temps, Beugnot s'empressa de demander à l'intendant la
charge de lieutenant-général, et réussit à l'obtenir.
La session la plus importante de TAssemblée de Bar-sur-
Aube fut celle de 1788, qui s'ouvrit le 20 octobre, sbus la
présidence du comte de Mesgrigny-Villebertain. Elle se tint
dan^ une grande salle voûtée du couvent des Cordeliers, dans
laquelle s'était installé le Bureau intermédiaire. Cette salle,
qui servait précédemment de bûcher, avait été louée aux
religieux moyennant cent livres par an, et appropriée pour
les séances de l'administration. Elle donnait sur un jardin,
et le Bureau intermédiaire l'avait décorée d'un Christ de six
sur le recouvrement des impôts. ^- Lecture de deux mémoires de
Tassin. — Constestation entre le domaine et les habitants de Bar-
8ur-Aube, sur la jouissance des jardins situés dans les fossés de la
ville. L'assemblée se prononce pour les habitants.
3* séance, 23 octobre, 5 heures. Mémoire de Beugnot sur Tincon-
vénient de rétablissement des huissiers-priseurs dans les commu-
nautés rurales. — Demande de rétablissement d*un bailliage et siège
présidial à Bar-sur-Aube.
4« séance, 24 octobre, 9 heures. Rapport de Tabbé de Rouault sur
le mémoire de Beugnot. — Rapport sur les mémoires de Tassin. •—
Ces mémoires, saut certaines modiûcations et réserves, seront en-
voyés à rassemblée provinciale. — Proposition de l'abbé de Rouault
sur la réforme des droits d'aides. — Députation envoyée au maire.
5« séance, 24 octobre, 3 heures du soir. Division de l'assemblée en
quatre bureaux ; présidents : de Mesgrigny, de Rouault, de Saint-
Belin, de Belloc. — Fixation du traitement à iOOO 1. pour les procu-
reurs-syndics et les membres dû bureau, et à 800 1. pour le secré-
taire-grefûer. — Division de l'élection en 12 arrondissements pour le
port des paquets administratifs, qui sera fait par adjudication au ra«
bais. Clôture.
214 L* ASSEMBLÉE d'ÉLEGTION DE BÀR-SCB-AUBE.
pieds de haut, et du portrait « du monarque bienfaisant qui
avait accordé à la France les assemblées provinciales (1). »
Les procureurs-syndics avaient été chargés, le 1 4 sep-
tembre 1 787, de former le dénombrement exact de la popu-
lation, de dresser le tableau des impôts, de recueillir tous
les renseignements nécessaires à la confection d*une statis-
tique des productions et des marchés (2). Ces notions si
utiles, consignées dans le rapport remarquable qu'ils pré-
sentèrent à l'assemblée (3), permit à ses membres de déci-
der en connaissance de cause sur toutes les questions qui
leur étaient soumises. Us se partagèrent en trois commis-
sions pour mieux les examiner. La première avait dans ses
attributions le commerce et le bien public ; la seconde, les
travaux et les éJifices publics; la troisième, les impositions.
Le commerce consistait surtout dans la vente des produits
du sol. L'élection de Bar-sur-Aube exportait tous les ans
une quantité considérable de grains^ que Ton embarquait à
Gray, sur la Saône, pour l'approvisionnement du midi; elle
expédiait dans les régions du nord environ 20,000 muids
de vin sur les 30,000 que produisait son territoire. « Le
(1) Devis des travaux. La dépense monta i 1,851 1.10 s., dans les-
quels rachat du christ et du portrait du roi figure pour 144 1.
(2) Voir plus loin le tableau de la statistique du département de
Bar-sur-Aube en 1788.
(3) Le rapport des procureurs-syndics, sur les opérations du bureau
intermédiaire, fut présenté dans la première séance de la session, le
20 octobre. On nomma les commissions dans cette même séance^ Les
autres jours delà session furent ainsi employés : 21, réunion des
bureaux. 22, rapport de la commission des Etats-généraux et de ht
commission du règlement. i3, réunion des bureaux. 24, rapports sur
les travaux publics, sur la nomination du syndic de Montier-en-FIsle,
sur les impositions, sur le commerce. 25, i6 et 27, rapports sur les
impositions, les routes, le bien public (suppression des haras, biens
communaux, soldats provinciaux, incendies, cimetières pour les pro-
testants, abus des colombiers, cours d*accouchement, mendicité).
28, dernière séance, discours des procureurs-syndics et du prési-
dent.
l' ASSEMBLÉE d'ÉLEGTION DE BAR-8UB-AUBE. 215
TÎn de Bar-sur-Âube, disent les procureurs-syndics, a de
la réputation, et lorsqu'il est choisi, il la mérite encore
aujourd'hui. » Le vin de Gyé paraissait aussi digne d'être
distingué. Mais quant au reste du département on ne pou-
vait que gémir d'y voir croître des vins dans des plaines où
il aiœait pu naître d'abondantes moissons. Aussi émit-on le
vœu de voir remeHre en vigueur l'arrêt de 1731 qui int- r-
disait toute nouvelle plantation de vignes dans la province ( 1 ) .
L'abondance successive des récoltes avait amené une sorte
de ralentissement dans le commerce des vins, que les ri-
gueurs de la perception des droits d'aide contribuaient éga-
lement à rendre moins prospère.
Les tanneries, autrefois florissantes, avaient dépéri depuis
vingt ans. L*introduction des cuirs étrangers en avait con-
sommé la ruine, commencée par l'établissement d'un droit
sur les cuirs. La fdature et la bonneterie avaient entière-
ment disparu de Télection de Bar -sur-Aube, où elles avaient
prospéré autrefois.
Il y avait dans l'élection six forges (2) et trois verre-
(i) Nous retrouvons cette opinion dans un livre intitulé Le Citoyen
français (Londres, 1785), rempli d'idées intéressantes et originales,
ot qui, en signalant Tabus de la plantation des vignes, en tire les plus
étranges conclusions pour les habitants de Troyes. « Dans une infi-
nité de pays, dit le Citoyen français y on fait produire au sol les
choses qui lui sont les moins propres; par exemple à Troyes, où les
terres sont parfaites pour le blé, les habitants ont la manie d'y plan-
ter des vignes qui produii^ent en général un vin qui est non-s» ule-
ment désagréable au goût, qui a une prompte tendance à Taigreur,
mais même est nuisible à la santé, parce qu'il est âpre, acéteux,
mordicant, et que, par conséquent, il mine insensiblement les parois
et ronge le velouté de Testomac, ce qui fait que la plupart de ses
habitants sont frêles, pâles, livides, humoristes, sombres, mornes,
un peu misanthropes, qu'ils ont presque tous la voix voilée, et que
très-peu d'entre eux et des femmes même peuvent chanter, (p. 60.) »
L*auteur de ce livre anonyme est, selon Barbier, Legras, conseiller
au châtelet, né à Dijon en 1752, mort en 1824.
(2) Glairvaux, La Ferté, Lanty, Maranville, Ormoy et Grancey. Les
quatre dernières fabriquaient seulement de la télé.
216 l'assemblée d'élection de bar-sur-aubb.
ries (1). Le débit des fers, qui étaient excellents, se faisait
dans les meilleures conditions; cependant les procureurs-
syndics croyaient qu'il fallait interdire l'établissement de
nouTelles usines, parce qu'elles absorbaient trop de bois et
de charbon. Les pauvres, ne pouvant s'en procurer à un
prix accessible, allaient marauder dans les bois des sei-
gneurs. L'assemblée ne s^associa point à ce vœu singulier,
qui n'était conforme ni à l'intérêt de l'industrie, ni à celui
des propriétaires de bois.
Le commerce des laines était assez étendu. Pour le rendre
plus profitable, on voulait améliorer la race des montons^
qu'on n'élevait trop souvent que pour Tengrais qu'ils pro-
duisaient, et l'on reconnaissait la nécessité d'acheter des
béliers. On demandait aussi, sans vouloir a l'excès de la
liberté^ » que la Commission provinciale pût accorder aux
cultivateurs la faculté de faire conduire leurs troupeaux par
d'autres que par le berger commun de la paroisse.
La race des chevaux laissait aussi à désirer. La suppres-
sion des haras est vivement réclamée. « Rien n'est plus
important^ dit-on, que de ne plus laisser à l'administra-
tion la remonte des étalons. » Il paraissait plus avantageux
et plus économique de donner des primes d'encouragement
et des gratifications aux cultivateurs qui achèteraient de
beaux chevaux et de belles juments.
Sur tous les sujets qui regardent le commerce et Tagri-
culture, l'Assemblée ne pouvait que formuler des vœux trop
souvent difficiles à réaliser. 11 en était de même à l'égard du
bien public. Les intentions étaient excellentes, les moyens
souvent insuffisants.
Quel que soit le point de vue où l'on se place pour juger
les doctrines de la fin du dix-huitième siècle, on ne saurait
nier qu'elles s'étaient assignées le noble but de soulager les
souffrances de l'humanité. Les écrivains, et même les fonc-
(1) Bayel^ Bligny et Dienville.
l'aSSBMBLÉB d'élection DB BAR-SCm-AUBB. 217
tionnaires les exagéraient volontiers , pour montrer la né-
cessité d^y remédier. Les procureurs-syndics de Bar-sur-
Aube cëdeiit un peu à ce sentiment, qu'on retrouve dans un
grand nombre de discours officiels du temps, en s'écriant :
« Dans la France, dans ce royaume si vanté, quinze millions
d'hommes naissent entre des bornes, des hôpitaux et des
échafauds, vérité cruelle, mais vérité profonde, qu'heureu-
sement ne méditera jamais la masse d'hommes qu'elle in-
téresse. » 11 ne suffisait pas de signaler le mal dans des ter-
mes aussi vifs ; il fallait chercher les moyens de le faire dis-
paraître. De là venait un exposé de tout un système d'assis-
tance publique, où dominait le principe de la centralisa-
tion de la charité entre les mains de l'administration.
Ce système divisait les mendiants en deux classes, les
infirmes et les valides. Tous étaient forcés de rester dans
leur paroisse. Dans chaque paroisse il y aurait eu une caisse
des pauvres où toutes les aumônes auraient été versées.
Chaque année, le seigneur, le curé et le syndic auraient fait
une quête. Une partie des fonds provenant -de ces quêtes
aurait été destinée à une caisse générale de l'élection, à
laquelle on aurait attribué les revenus de toutes les confré-
ries et de quelques bénéfices simples qui d'après l'édit de
1768 pouvaient être supprimés. L'Assemblée ne se prononça
pas sur cette grave question ; chacun de ses membres fut
chargé de faire à ce sujet des recherches dans son arrondis-
sement, et l'on renvoya à la session de 1789, qui n'eut pas
lieu, l'étude de ce projet, ainsi que de mémoires relatifs
aux hôpitaux, et à la classe de la société qui fournissait le
plus de malheureux.
L'Assemblée s'occupa, dans la session de 1788, des cours
d'accouchement que l'intendant avait établi à Bar-sur -
Aube (1), et que le Bureau intermédiaire s'était efforcé
d'encourager et d'améliorer. Elle prit aussi des mesures
(i) Ghevaubr. — Histoire de Bar-sur-Aube, 1851, p. 237.
218 l'assembiAe d*élection di bar -scr-aubb.
pour prévenir les incendies et y remédier; elle demanda an
règlement pour faire cesser les inconvénients qui résultaient
pour ragricullure de l'extension de certains colombiers.
Pour soulager les ouvriers sans ouvrage, Tabbé Terray
avait institué en 1 770 les ateliers de charité. Us étaient trop
souvent détournés de leur destination; on en avait accordé
à certains grands seigneurs, qui employaient les fonds de la
province à faire percer de superbes et d'inutiles avenues
autour de leurs parcs et de leurs châteaux. Le comte de
Brienne était du nombre. L'arrondissement de Brienne re-
cevait 3,237 1. sur les 6,470 qui étaient mis à la disposition
de l'élection. Malgré Tinfluence du comte, les procureurs-
syndics s'élevèrent contre cet abus, o H s'agit de défendre
le patrimoine de l'infortune, dirent-ils, et de grands noms
ne nous inspireront jamais que la hardiesse de grands ef-
forts. » C'était aux chemins vicinaux des communes qpe les
fonds des ateliers de charité devaient être affectés, et le
bureau intermédiaire employa tous ses soins à leur donner
désormais cette destination .
La Commission du bien public se préoccupe vivement des
intérêts des populations. La levée des soldats provinciaux
lui parait entraîner de nombreux abus. L'élection en four-
nissait 35, et chacun lui coûtait 1,400 1., plus la cocarde,
et l'indemnité appelée convention, qui était destinée à con-
soler le soldat des rigueurs du sort. En outre, le retour du
milicien, lorsqu^étant libéré, il se livrait à une joie effrénée,
donnait souvent lieu à des désordres. La Commission ne
demande point cependant la suppression de la milice; elle
ne demande même pas que Ton mette une contribution sur
tous les jeunes gens sujets au sort pour payer Tenrôlem^it
volontaire des soldats, que chaque commune doit fournir;
elle veut (c des soldats citoyens comme à Rome, des soldats
ayant vraiment une patrie, une famille et des foyers...» et le
rapporteur, allant chercher des exemples imprévus, propose
pour modèle aux soldats citoyens les Turcs qui venaient de
l'aSSBMBLÉB D^ÉLECnOIf DE BAR-SUt-AUBE. 219
mettre en déroute, sur les bords du Danube, «les troupes si
bien réglées et si disciplinées » de rempereur Joseph IL
L' Assemblée se contenta de demander que le recrutement fut
rendu plus facile et moins onéreux pour les populations en
multipHant les centres où les tirages an sort auraient lieu et
en faisant présider ceux-ci par les membres de T Assemblée
appartenant à Tordre de la noblesse.
Le Bureau intermédiaire était chargé de la surveillance
et de la réception des travaux des routes. Il nomma, dans sa
séance du 23 janvier 1 788, des commissaires chargés de ce
soin. Il fit faire séparément Tadjudication des matériaux et
celle de la main-d'œuvre, et eut à ce sujet des difficultés
avec le subdélégué de Tintendant. Le Bureau, qui entra en
fonctions le 1 3 octobre 1 787 , parait s*étre moins occupé de
ses attributions administratives que celui de Troyes (!)• II
ne fait la visite et la réception des travaux publics que lors-
que ce dernier lui en a donné l'exemple. Les séances du
Bureau de Bar-sur- Aube sont aussi moins fréquentes et
moins régulières; elles ont lieu d'abord tous les quinze
jours, et ce n'est qu'à partir du mois de novembre 1788
qu'elles deviennent hebdomadaires. C'est que, si les mem-
bres du bureau de Bar-sur-Aube ont les qualités de T épo-
que, ils en ont aussi quelques-uns des défauts. Animés par
Beugnot, qu une ambition plus haute dirige, ils se préoccu-
pent plus de la théorie q le des réalités, des améliorations
que de l'application des règles existantes, de la politique que
des affaires, tandis que leurs collègues de Troyes, plus
modérés dans leur ambition, plus prudents dans leurs
désirs de réforme, plus consciencieux peut-être, emploient
tous leurs efforts à consolider et à améliorer l'administration
des assemblées sans chercher à la modifier par des réformes
plus complètes.
(i) Procès-verbaux du Boreaa intermédiaire. — Arch. de l'Abe.
G. 2318.
220 l'assemblée d'élection de bar-sdr-adbe.
III.
Les administrateurs de Bar-sur- Aube rencontrèreat moins
de difficultés que ceux de Troyes pour Tét iblissement du
régime municipal nouveau. La plus grande partie des com-
munautés de l'élection avait été pfmrvue par Tintendant, en
1777 et 1 778, de conseils des notables et de syndics (l).La
réforme qui avait eu lieu à cette époque avait substitué, au
système absolument démocratique des assemblées générales
des habitants de la paroisse^ le système représentatif d'une
sorte de conseil municipal; elle avait aussi substitué au juge
seigneurial, qui dirigeait les délibérations, le syndic parois-
sial dépendant de l'administration royale. Le subdélégué de
Bar-sur- Aube , Alexandre -Etienne Gehier, applaudissait
vivement à cette réforme, qui selon lui devait faire cesser le
tumulte et le désordre des assemblées générales auxquelles
tous les habitants étaient forcés de se rendre, sous peine
d'amende. Souvent la confusion était telle qu'il était impos-
sible de délibérer; souvent les délibérations que l'on prenait
n'étaient pas suffisamment éclairées (2). Les conseils de
notables, institués par les soins du subdélégué, étaient pour
la plupart composés d^hommes capables d*administrer les
affaires communales. Aussi les syndics de l'élection n'eu-
rent-ils qu'à se féliciter du concours que leur apportèrent
les municipalités, notamment pour la confection des statis-
tiques qui leur furent demandées, a A peine initiées à leurs
fonctions, et ayant peu de secours à leur portée, disent-ils,
(1) Le subdélégaé en établit 83 en 1777, 66 en 1778. Inv. des
Arch. de l'Aube, G. 301.
(2) Lettre da sobdélégué Gehier, du 30 janvier 1777. Arch. de
TAube, G. 301.
l'aSSKMBLÉB d'élection de BAR-SUR'AUBE. 221
la plupart d'entre elles ont aidé à nos travaux, non-seule-
ment avec le zèle que nous attendions, mais avec une intel-
ligence qui nous a surpris. »
Il y avait cependant des exceptions. Dans quelques com-
munautés, des irrégularités furent commises an moment
des élections. A Briel, le syndic mit dans l'urne autant de
billets à son nom qu'il se trouvait d'électeurs présents ne
sachant pas écrire. Sa nomination fut annulée. Dans le plus
grand nombre des paroisses, les fonctions municipales
furent disputées avec acbamement; dans d'autres, au con-
traire, les syndics se plaignaient de ne pouvoir recevoir
aucun secours des membres des municipalités; ils ne pou-
vaient même pas obtenir d'eux l'assistance aux assemblées.
A Montier-en-Isle, le syndic élu était tellement incapable
que l'on dut exiger sa démission. Mais, en général, rétablis-
sement des administrations communales est regardé comme
un progrès. On constate qu'il a réveillé les campagnes de
l'engourdissement où elles se trouvaient, et qu'il a fait
« percer de tout côté ou les lumières ou le besoin d'en ac-
quérir. »
Les syndics de paroisse, supprimés par les nouvelles lois,
devaient être remplacés par les syndics municipaux. Le
subdélégué résista aux ordres de rintendant qui prescrivait
la cessation de leurs fonctions. Il se refusa à leur écrire,
sous prétexte qu'il lui fallait dans chaque'paroisse un officier
subordonné, et qu'il ne connsiissait pas les ofSciers muni-
cipaux. Il ajoutait que le maintien des syndics paroissiaux
était d'autant pins nécessaire que « les municipalités n'étaient
point du tout formées ou l'étaient mal. » Le Bureau inter-
médiaire s'éleva vivement contre les motifs allégués par le
subdélégué, qui avait en quelque sorte présidé à l'élection
des syndics municipaux. « Les municipalités, disait le
Bureau, sont dans le meilleur état d'organisation possible,
mais elles n'agiront avec efficacité que lorsqu'elles ne seront
222 l'assemblée d'élection de bab-sub-aube.
plus contrariées (1). » Aussi la Commission proTinciale
s*as80cie-t-elle vivement aux réclamations des adrainistm-
leurs de Bar-sur-Aube pour obtenir des attributions mieux
définies, et pour faire cesser avec l'intendant et ses agents
des conflits toujours nuisibles (2). Elle représente au conseil
combien la marche que Ton est forcé de suivre devient rui-
neuse par les entraves qu elle donne, et Timpossibilité où
son! les municipalités de pourvoir à Tentretien de leurs biens
et de leurs bâtiments. « Combien d'ailleurs, ajoute la Com-
mission, il serait juste de nous accorder à tous une confiance
que notre zèle peut mériter, et dont le Gouvernement ne
peut craindre aucun abus (3). »
Le Bureau de Bar-sur-Aube insistait pour que les adjudi-
cations fussent faites désormais par les municipalités, lors-
qu'elles seraieut au-dessous de 1 50 1., et par le Bureau hii-
méme, lorsque l'adjudication dépasserait cette somme. On
voulait aussi qu'elles fussent chargées de l'audition des
comptes des syndics,, jusque-là réservée aux intendants. La
surveillance de ces derniers paraissait inutile pour Tadmi-
nistralion des biens communaux; comme telle, on la regar-
dait comme bien près d'être nuisible, et l'on demandait
qu'elle fût attribuée aux Bureaux, qui pourraient mieux ap-
précier la situation financière des communes entre lesquelles
ils devaient répartir les impositions.
Par une singulière contradiction, tandis qu'on contestait
(i) LeUre à la Commission provinciale du 19 mars 1788. Arch. de
TAube, G. 301* Le bureau envoya, le 9 avril, une circulaire aux mu-
nicipalités pour les instruire des iormes qu'elles auraient à suivre et
les mettre au courant de leurs fonctions. Cette circulaire a été im-
primée chet Bouchaid, à Chaumont.
(i) U y avait non-se ilement des conflits avec le subdélégné, no-
tamment pour TaciyudicaUon du droit de gourmetage, mais aussi avec
les Eauxet lor^ts pour les adjudications de reconstruction des édifices
communaux, lorsque les dépenses devaient en être payées par le prix
des ventes de bois.
(% MOre dn 7 joii^ 1788.
L ASSEMBLÉE d'ÉLEGTION DE BAR-SUR- AUBE. 223
aux communes la capaciié nécessaire pour administrer leurs
biens, on leur rendait la répartition des impôts fonciers,
qu'elles n'étaient pas toujours en mesure de faire avec les
lumières et Timpartialité suffisantes. Dans la première session
de l'Assemblée de Bar-sur-Aube, Tassin lui présenta un
mémoire sur le danger de leur confier cette répartition. La
question des impôts est de la part des procureurs-syndics
l'objet d'une étude approfondie. Rien n'est plus intéressant,
rien n'est plus lumineux que les détails donnés dans leur
rapport sur les origines et les applications de la taille. Ils
font une description très-précise des diverses espèces de
taille, notamment de la taille tarifée établie en Champagne.
Ils signalent les abus et les privilèges auxquels donnait lieu
ce genre d^imposition, notamment celui qui permettait aux
ecclésiastiques de faire valoir en exemption de taille un la-
bourage de quatre charrues, et ils concluent avec beaucoup
de force qu^il résulte du principe que te souverain ne peut
lever d'impôts sans le consentement de la nation^ qu'il ne
peut pas davantage faire une exception en faveur de telle ou
telle classe, parce qu'exempter les uns, c'est nécessairement
surcharger les autres.
L'Assemblée ne se contenta pas d'ordonner le relevé des
lûens et des facultés des contribuables sujets à la taille, afin
d'arriver à un marc commun; elle s'associa en partie aux
propositions des procureurs-syndics, qui prévoyaient l'avenir
en disant que « le temps n'était pas éloigné où les deux
ordres privilégiés offriraient comme le Tiers-£tat de contri-
buer au paiement des impôts. » Ceux-ci reconnaissaient l'ini-
quité de la répartition de certains d'entre eux. La capitation
des nobles était fixée par im membre de leur ordre, et il en
résultait que le gentilhonune le plus riche du déparlement
était imposé à une somme inférieure à celle que payait un
simple officier d'élection (1}. Quant à la contribution repré-
(1) Il fût arrête que la répartition de la contribution des |jentUi-
224 L^SSEMBLÉE d'ÉLECTION DE BAR-SUR-AUBB.
sentatiye de la corvée, elle ne portait que sur les habitants
de la campagne ; elle était perçue a entre les sanglots de
Tindigence, » et mécontentait à la fois les voyageurs et les
entrepreneurs de routes. «Lies grandes routes sont d*une uti-
lité universelle, dit le Bureau des impositions, pourquoi la
classe la moins fortunée, celle qui profite à peine des routes,
serait-elle donc seule surchargée de leur construction et de
leur entretien? » Aussi, les commissaires du bureau^ le
baron d'Allonville et le comte de Dampierre déclarent-ils
que la capitation, les vingtièmes et la contribution représen-
tative de la corvée doivent être supportés par les ordres
privilégiés; Ils ne font d'exception que pour la taille, qui,
suivant eux, était le rachat du service militaire que le rotu-
rier devait au souverain. C'est en vain que les procureurs-
syndics avaient pressenti Tobjection, en faisant remarquer
que, si le noble rendait personnellement le service militaire,
il recevait des appointements. Ces appointements, d'ailleurs
modiques, n'étaient, de l'avis des officiers, que la compen-
sation des indenmités qui leur étaient autrefois fournies en
nature. Avec la restriction, qui portait sur la taille, les
principes formulés par les commissaires furent adoptés
unanimement par l'Assemblée.
Le clergé fit peut-être moins de réserves sur la grande
question de l'égalité des impôts. L'abbé de Beaulieu pro-
nonça en quelque sorte « Tabnégation de ses privilèges
pécuniaires en invoquant lui-même le jour si désiré où le
consentement de son ordre lui en imposerait la loi. » Le
procureur de ClairvauxEUoy demanda la réforme des cham*
bres ardentes, commissions instituées pour réprimer la
contrebande du sel et du tabac, a Son mémoire unissait, dit
hommes serait faite désormais par le Bureau intermédiaire. La capi-
tation des employés donnait lieu à d'autres abus; elle avait pour base
leurs appointements. Ainsi un directeur des fermes, dont le re?enn
réel était de 15 à 20,000 1., était imposé, à raison de ses appointements,
de 1,500 h
l'assemblée d'élection de bab-sur-acbe. 225
le procès-yerbal. à une sensibilité réfléchie la connaissance
des inconvénients cruels qui dérivaient de la constitution de
ces cours souveraines (1). » L'abbé de Rouault, dans la
session de 1787, avait pris l'initiative de la suppression ou
du moins de la conversion des droits d'aides, impôt, selon
lui, cent fois plus désastreux que la gabelle, qui répandait la
consternation dans les campagnes. Il croyait opportun d'en
étudier la réforme a dans un moment où la bienfaisance sur
le trône semble s'être entourée de ministres que cette vertu
sublime anime, » disait-il en parlant de Loménie de Brienne
et de son frère. Aussi demandait-il que l'on recueillit dans
l'élection tous les renseignements nécessaires pour opérer la
conversion des droits d*aides. Cette proposition fut reçue
avec acclamation. « Les voix se sont élevées de toutes parts,
dit le procàs^verbal, pour annoncer qu^il n'était pas besoin
de recueillir les suffrages, et qu'ils se réunissaient tous pour
formuler les mêmes vœux. »
La suppression de ces droits fut de nouveau mise à Té*
tude dans la session de 1788. Le rapport en signala avec
plus de vigueur que jamais les abus, notamment pour la
perception du Gros-manquant qui soumettait le proprié-
taire de vins à un contrôle vexatoire, et taxait tous ses pro-
duits au delà d'une certaine quantité qui lui était accordée
pour sa consommation personnelle. 11 conclut au remplace-
ment de cette contribution par un impôt fixe de 12 1. par
arpent (2). L'assemblée ne se rallia pas entièrement à ces
conclusions. Elle formula, dans un langage ferme, des vœux
animés par cet esprit d'équité et d'unité qui bientôt allait se
manifester de toutes parts dans les cahiers de 1789, et.
(1) Il y en avait deux dans le ressort du Parlement de Paris^ l'un
à Reims, l'autre à Saumur. Denisart. Collection de décisions^ 1786,
t. rv, p. 404.
(2) Il y avait 13,750 arpents de vignes dans Télection de Bar-sur-
Aube» et le montant des droits d'aides était de 168,552 1.
T. ixxvn. 15
226 l'assbubléb d'élection de bar-scr-aubb.
après avoir déclaré qne la province était surchargée dW
pots, elle conclut en ces termes, que nous reproduisons,
parce qu'ils portent l'empreinte des sentiments et des ten-
dances de répoqne :
a L'Assemblée a considéré qu'il n'y a pas de proportion
entre ses impôts et ceux des provinces voisines ;
Qu'un seul impôt est désiré par les vrais patriotes ;
Qu'un Français doit respirer le même air dans toute la
France ;
Que partout il est également sujet, et que son sort ne doit
pas être plus dur dans une province que dans une autre;
Qu'il aime à ne reconnaître qu*un Dieu, qu'un roi, et
qu'il désire n^avoir qu'une loi et qu'un impôt à répartir sur
chaque individu sous les nuances qui lui sont propres.
Tels sont les vœux de l'Assemblée. Elle ne peut pri^
avec de trop vives instances Messieurs de la Commission
intermédiaire de les faire passer aux Etats-généraux, qoi
promettent à la nation une régénération également salu-
taire pour le roi et pour ses peuples. »
IV
A l'époque où se réunit pour la dernière fois l'Assemblée
d'Election de Bar-sur-Aube, en octobre 1788, l'approche
des Etats-généraux exaltait tous les esprits. Cette préoccu-
pation se retrouve dans les discours des procureurs-syndics.
« Ce grand événement, disent-ils en parlant de la convo-
cation des Etats, vous inspire de nouveaux devoirs... c'est
maintenant qu'il vous faut recueillir de tous côtés les lu-
mières de la théorie, les notions non moins précieuses de
Texpérience, exposer les besoins de votre département, en
indiquer les ressources, parcourir toutes les parties àd
l'administration où il se trouve un bien à faire, un abus à
l'as emblée d'élection de bar-scr-aube. 227
réformer, enfin fournir votre part au faisceau des lumières
qui vont environner la nation. »
Les procureurs-syndics comprenaient cependant qu'il ne
fallait pas tout détruire pour donner aux institutions la
perfection dont elles étaient susceptibles. Ils ne voulaient pas
« prêcher, comme la foule des novateurs inconsidérés, une
égalité qui ne se trouve nulle part, pas même dans Tétat de
nature. 11 faut respecter l'état de choses établi, disaient-ils,
par cela seul qu'il a été établi, et n'y toucher qu*avec une
grande réserve. La distinction des rangs, l'inégalité indivi-
duelle tiennent à la constitution de la monarchie, et le chef
d'un peuple soumis à une égalité absolue serait nécessaire-
ment un despote. Les privilèges sont le rempart à l'abri
duquel la liberté nationale a reposé pendant un temps sans
avoir pu être anéantie. » Mais il ne fallait pas, suivant eux,
écarter les principes de réformes commandés par les cir-
constances, et l'égalité devant les impôts, comme nous
Pavons vu, était du nombre.
L'Assemblée de Bar-sur-Aube avait été consultée, comme
toutes les autres, sur les formes à suivre pour les élections
prochaines aux Etats-généraux'. Elle nomma, pour examiner
cette question, une commission composée du comte de
Saint-Belin, président, de Raverat, curé de Chesley,
d'Elloy, du comte de Nogent, du baron d'Allonville, de
Navarre, de Duval, de Liégeois, de Vouillemont et de
Breton. La Commission, dans im rapport sommaire, se
prononça pour le maintien des formes suivies en 1614, en
déclarant^que, si l'intérêt public paraissait exiger qu'il y fut
dérogé, c'était aux seules Assemblées des villes et des pa-
roisses de campagne qu'il appartenait d'en juger et de voter
pour une forme nouvelle. C'était reconnaître à ces assemblées
une capacité législative, qu'elles n'étaient sans doute pas en
mesure d'exercer avec les lumières suffisantes.
L'Assemblée se prononça d'une manière plus nette et plus
détaillée sur les réformes administratives auxquelles elle de-
228 l'assemblée d'élection de bar-sur-acbe.
yait son origine. <c Le régime des Assemblées proTinciales,
disent les procureurs-syndics, n*a point encore été établi sur
des règles fixes et immuables. Ces établissements si chers à
la nation ont souffert eux-mêmes de la succession rapide
des événements imprévus qui signaleront Tannée 1 788 dans
les fastes de l'esprit humain, et nous avons cru qu'il (allait
attendre pour proposer aux municipalités un code sommaire
d'instruction que l'autorité légale ait définitivement statué
sur tous les détails confiés aux Assemblées provinciales et à
celles qui leur sont subordonnées. » Le rappel de Necker,
qui avait appliqué le premier le principe de ces Assemblées,
était salué comme le gage du bonheur et du salut de la
France. « Espérons, ajoutaient les syndics, que le conseil
du roi sentira de quels secours il s'est privé jusqu'alors en
ramenant à Versailles tous les fils de l'administration, et en
comprimant les ressorts si puissants du patriotisme et de la
Uberté. Qu'il aperçoive la différence du travail d'honorables
citoyens avec celui de quelques commis souvent infidèles et
toujours intéressés, et que le Sully de nos jours s'applau-
disse de son ouvrage. »
Quelques mois après, les procureurs-syndics ne se conten-
taient plus des réformes administratives, dont ils demandaient
en octobre 1 788 une application plus complète, a La nation,
disaient-ils dans un mémoire présenté, le 18 février 1 789, an
Bureau intermédiaire, la nation refuserait aujourd'hui avec
dédain ce qu'en 1787 elle accueillait avec transport, d
Aussi les procureurs-syndics réclamaient avec instance l'éta-
blissement en Champagne d'Etats provinciaux. Ces états
auraient eu pour but de continuer et d'assurer l'œuvre des
Etats généraux après leur séparation et pendant l'intervalle
de leurs sessions. « Sans le concours des Etats particuliers,
disait-on, les décrets des prochains Etats-généraux reste-
raient sans exécution comme les décrets de ceux qui les ont
précédés... ainsi la nation serait représentée sans cesse, et
pourrait veiller nuit et jour sur le trésor sacré de sa li-
l'assemblée d'élection de BAR*8UR-AI7BE. 229
berté. » On croyait que les Etats particuliers seraient surtout
utiles à la Champagne. « Celte province dans sa grande
étendue, disent les syndics, ne présente qu'un trop grand
nombre de plaines infertiles qui ne peuvent être vivifiées
que par l'esprit public... Cette vaste tâche sera toujours au-
dessus des efforts d'un seul ; il faut que les propriétaires ,
que les colons eux-mêmes y soient érigés en administrateurs,
afin que sur la surface entière de la province l'intérêt pu-
blic s'alimente de l'énergie de l'intérêt particulier. »
Le mémoire des syndics contient le plan qu'ils proposaient
pour le recrutement des Etats. 11 est intéressant de le résu-
mer rapidement, parce qu'il indique quelles étaient alors les
idées dominantes sur la question de l'élection des députés.
Il semblait aux syndics, qu'on n'aurait du admettre d'autre
mesure que celle de la population pour la distribution des
députés entre les ordres^ mais « nous n'en sommes pas en-
core là, disent-ils, et ce serait se vouer au ridicule que de
soutenir aujourd'hui la justesse d'une pareille opération. »
On reconnaît bien là la politique ordinaire de Beugnot, qui
dans une partie de sa carrière s'associa au mouvement sans
le devancer, et qui savait que s'il est parfois utile de se
laisser entraîner par le courant, il est souvent contraire à
l'intérêt personnel de chercher à le diriger.
Beugnot faisait d'autres restrictions sur le droit de suf-
frage. « Il serait à désirer, dit le mémoire^ que chaque
habitant put l'exercer. Mais que l'on ne perde pas de vue
que s'il y a un million d'individus dans le Tiers-Etat qui
soupire après une Constitution libre, il y en a vingt millions
qui n'attachent aucun sens au mot constitution. )) Aussi de-
mande-t-il le droit de vote seulement pour ceux qui paient
50 livres d'impositions royales, et qui âgés de 25 ans, sont
domiciliés dans la paroisse. Mais il veut que tous les élec-
teurs soient éligibles ; il repousse avec raison l'opinion de
l'Assemblée de Romans qui voulait exclure de l'éligibilité tous
les employés de l'intendance et des finances, a Pour toutes
230 l'assemblés d'élection de bar-sdr-acbe.
les classes, dit-il, « il faut laisser préyaloir le système de
la liberté, d L'élection à deux degrés pour le Tiers-Etat ne
séduit point les syndics. « Nous ne verrions adopter ce der-
nier parti qu'avec regret, disent-il, tant nous serions jaloux
de voir chaque citoyen choisir directement son représen-
tant. »
D'après eux, il y aurait eu un représentant par 5,000 habi-
tants, et conmie la Champagne en contenait environ 900,000,
le nombre des députés aux Etats aurait été de 192, dont
moitié pour le Tiers. Chacun des douze départements en
aurait fourni seize. Nous n'entrerons pas dans les détails re-
latifs à Tordre des élections, à la police intérieure des Etats,
ainsi qu'à leurs attributions ; mais nous devons mentionner le
vœu d'après lequel les syndics demandent la suppression
des Assemblées d'élection ou de département. Les Bureaux
intermédiaires étaient, à leur avis, la cause de fortes dé-
penses, la province n^ayant pas accepté les ofiTres du Bureau
de Bar-sur-Aube de la servir gratuitement. Le secrétaire du
député de chaque arrondissement aurait été chargé de la
transmission aux municipalités de la correspondance admi-
nistrative. On voyait dans cette réforme moins de complica-
tions et plus d'écono^nie.
Le Bureau intermédiaire s'associa entièrement aux con-
clusions du mémoire qui lui était présenté par les syndics,
tout en déclarant que si les Etats provinciaux étaient insti-
tués par la nation assemblée, la province s'abandonnait en-
tièrement à la sagesse de ses décrets. Le mémoire, qu'ils
approuvaient, porte l'empreinte du style facile et brillant de
Beugnot, qui avait été chargé de le rédiger. Il débute par un
tableau, souvent déclamatoire, mais non sans intérêt, de la
situation. 11 dépeint, avec l'exagération habituelle de
l'époque, la condition du Français a ne présentant plus
qa'uii individu dégénéré et isolé, traînant une existence in-
diflërente, jusqu'à ce que la mort eut consonuné Toubli
dans lequel il avait vécu, i Le rétablissement des Etats-gé-
l'assbvbléb d'élection de bar-sur-aube. 231
néraux, s'écrie Tauteur du mémoire, nous a réveillés de cet
engourdissement. Les troubles intérieurs ont rendu la vie à
nos âmes; on a vu se déployer des mâles courages, et Paris
a parlé le langage de Sparte, » et dans un langage qui n^a
rien de laconique, Tauteur salue Tavénement de o Tordre
du peuple, qui déploie ses titres aux pieds du trône, et qui
revendique ses droits d'un ton qui annonce le sentiment in-
time de ses propres forces. »
Le mémoire relatif aux Etats de Champagne était la ma-
nifestation locale d'un mouvement d'opinion, qui s'était
étendu rapidement dans toute la province, et qui avait
trouvé surtout dans les municipalités des villes , telles que
Troyes et Langres, des appuis convaincus. Ce mouvement
devait être éphémère, et si la réforme qu'il avait pour but
d'obtenir avait été réalisée, elle aurait rencontré bientôt au-
tant de dédain que celui qu'inspiraient les institutions
de 1 787 . Pour établir un régime nouveau, on recourait aux
précédents, et l'on invoquait les Etats de Champagne
de 1358 comme on avait invoqué les Etats- généraux
de 1614. Ce fut un des caractères de cette époque de s'ap-
puyer sur les traditions pour renverser les institutions exis-
tantes, et de se lasser des institutions nouvelles avant même
qu'elles aient pu porter leurs fruits.
La dernière séance de l'Assemblée de Bar-sur- Aube eut
lieu le 28 octobre 1788. Elle se termina par les discours
de congratulation d'usage, dans lesquels on disait que les
députés avaient répandu sur tous leurs travaux le <c coloris
du talent. » Le procès-verbal de leurs délibérations est en
effet rempli d'intérêt; il témoigne en faveur de l'activité, de
l'initiative, de l'intelligence de ceux dont il contient les opi-
232 l'assemblée d'élection de bar sdr-aubb.
nions, et Ton conçoit que les membres de l'Assemblée aient
eu le désir de le faire imprimer. Comme les instructions
ministérielles en interdisaient l'impression aux frais de la
province, les députés offraient de la faire faire à leurs frais.
« J'ose croire, écrivit le président Mesgrigny à la Commis-
sion provinciale , que vous ne trouverez pas mauvais que
l'Assemblée d'Election donne à ses opérations une publicité
légale qui ne peut qu'exciter Témulation et accroître la
confiance (1). » La Commission s'abrita derrière le règle-
ment du 4 septembre 1787 pour refuser l'autorisation qui
lui était demandée ; elle promit d'en référer au Directeur
général des finances. Le Bureau intermédiaire et les syndics
insistèrent; n'ayant pas de réponse du ministre, ils mena-
cèrent de passer outre. « La liberté de la presse étant solli-
citée par le Parlement et consentie tacitement par le
Conseil, nous ne pouvons pas supposer, écrivirent-ils, qu'on
nous fasse un reproche d'avoir usé de cette liberté pour
faire part à nos concitoyens du résultat de nos travaux,
lorsqu'on n'y trouve rien que d'utile et de patriotique. »
La Commission persista dans ses fins de non-recevoir, et
cita, à l'appui de son opinion, la censure à laquelle il lui
avait fallu, en 1787, soumettre le procès-verbal de l'As-
semblée provinciale, et les corrections que le ministre
y avait fait apporter par le Conseil (2).
L'émotion causée par les élections de 1789 fît sans doute
renoncer à leurs projets d'impression les procureurs-syndics
et les membres du Bureau. Ceux-ci espéraient peut-être
se faire davantage apprécier des électeurs, en les mettant à
même de connaître leurs travaux. Il est certain que Beugnot
avait l'ambition, très-justifiée d'ailleurs par ses talents, de
(1) Lettre du 31 octobre 1788. Ârch. de TAube, G. 2318.
(2) Lettres du Bureau du 3t décembre 1788, de la Commission dn
8 janvier 1789.
l'assemblée d'élection de bar-sur-aubb. 233
représenter ses concitoyens aux Etats-généraux. Il nous a
laissé dans ses Mémoires, le spirituel récit des incidents qui
signalèrent les séances de l'Assemblée du balliage de Chau-
monty auquel appartenait une partie de l'élection de Bar-
sur-Âube. L'inintelligence des uns^ les intrigues des autres
lui firent préférer un médiocre avocat de Brienne, contre le-
quel il dirige tous les traits de sa verve moqueuse. Cet avocat,
nommé Jeanny, était syndic de Brienne, et le Bureaul ui
avait écrit l'année précédente une lettre pleine de considé-
ration pour l'engager à remplir ces fonctions municipales
dont il voulait se démettre (1).
De retour à Bar-sur-Aube, Beugnot consacra son acti-
vité, Ipendant les premiers temps de la Révolution, aux tra-
vaux modestes de l'administration. Le Bureau se réunissait
plus souvent que par le passé, soit pour expédier les affaires
courantes, soit pour transmettre les décrets de l'Assemblée
nationale. Quelquefois il croyait inopportun de leur donner
la publicité exigée ; c'est ainsi qu'il jugeait, le 18 août, que
la tranquillité publique n'étant pas en danger dans le dépar*
tement, il était inutile d'envoyer aux communes un décret
relatif à la sécurité des citoyens. Il pensait qu'il était suffi-
sant de le déposer aux archives pour y avoir recours au be-
soin. Quelques jours pins tard, la situation s'est singulière-
ment aggravée. » Un désordre, jusqu'alors inconnu, règne
dans les municipalités. Les droits imposés sur les vins, la
vente exclusive du sel et du tabac y sont publiquement élu-
dés; les contribuables les plus aisés affectent à l'égard du
paiement de la taille et des vingtièmes une négligence qui
dégénère en refus. Les propriétés ne- sont pas respectées.
Nous voyons avec douleur, ajoutent les procureurs-syndics,
que dans beaucoup d'endroits le peuple égaré substitue le
droit du plus fort aux principes de la justice, et ses propres
(i) Lettre dn 2 jain 1788. Ârch. de P Aube, G. 301 .
234 l'assemblée d'élection de bar-sur-aube.
emportements à Tordre établi. La libre circulation des grains
dans l'intérieur des provinces, si formellement ordonnée
par le décret de l'Assemblée nationale, reste toujours inter^
ceptée. «Afin de remédier à ces désordres, le Bureau rendit
un arrêté pour ordonner aux milices de saisir les factieux pris
en flagrant délit, de les livrer à la prévôté, de prêter main
forte aux collecteurs d'impôts et à la libre circulation des
grains (1). La rareté des grains causait en efiet une vive ef-
fervescence et le maire de Wassy, étant venu en acheter à
Bar-sur-Aube, ne réussit à se soustraire à la fureur du
peuple que par la fuite la plus prompte, et par Tabandon
de ses chevaux et de sa voiture , qui restèrent entre les
mains des habitants (2).
On ne trouve aucune indication dans les procès-verbaux
du Bureau intermédiaire des conflits qui éclatèrent à cette
époque entre la municipalité de Bar-sur-Aube et un comité
formé dans cette ville par la garde nationale, ni des efforts
que firent les administrateurs pour les calmer et en empê-
cher les résultats funestes (3). Les délibérations du Bureau
portent peu de traces des graves préoccupations politiques
du moment ; il sent que ses pouvoirs touchent à leur terme,
qu'il est dans l'impuissance de provoquer le bien, et il se
renferme dans le cercle étroit de ses atbîbutions. Cependant,
à l'occasion de la répartition de la contribution des anciens
privilégiés, il s'élève contre la décision par laquelle les dé-
clarations devaient se faire au seul domicile du contribuable,
et non dans la conunune où étaient situées les propriétés.
(( On verra renaître ainsi, dit-il, les abus de l'ancien régime ;
le riche échappera à Timpôt, et l'on n'aura établi que la
(1) Séance du 2 septembre 1789.
(2) Décret du 3 octobre 1789, séance du soir. CoUeetian générale
des décrets^ L I. p. 101.
(3) Mémoire du comte Beugnot^ t L p. 147.
L^ASSBMBLÉB d'ÉLEGTIOII DB BAR-SUR-AUBB. 235
plus misérable des aristocraties, celle des propriétaires, i» et
le Bureau montre d'une manière bien nette les sentiments
que Paris inspire alors à certaines villes de province, en
disant que la décision dont il demande la modification
0 parait aux yeux du public avoir pour but, ou de sous-
traire les grands propriétaires à l'imposition, ou de re-
porter cette imposition dans la capitale au détriment des
provinces, qui ne sont déjà que trop affectées des faveurs en
tout genre que Paris conquiert à main armée (1). »
L'Assemblée nationale fît droit aux réclamations de la
province, en décidant que l'impôt des ci-devant privilégiés
et des anciens tailiables serait perçu dans les lieux où leurs
biens étaient situés (2).
Le Bureau intermédiaire se réimit pour la dernière fois le
5 juillet 1790. L'abbé Evers etTassin furent chargés d'en re-
mettre les archives à l'administration du district, qui entrait
en fonctions sous la présidence de Pavée de Vendeuvre, con-
seiller à la cour des aides (3). Beugnot depuis quelque temps
n'avait point pris part aux travaux du Bureau ; nommé com-
missaire du roi pour la formation du département de l'Aube,
auquel il avait contribué à faire incorporer l'élection de Bar-
sur-Aube, il fit apprécier ses rares qualités par les membres
de l'Assemblée électorale du nouveau département, qui lui
(1) Séance du 4 novembre 1789. Beugnot dut faire partie de ras-
semblée consultative convoquée à Gbâlons par la commission pro-
vinciale pour établir une uniformité de principes dans la répartition
des impôts.
(3) Décret du 18 décembre. Lettre de Beugnot du 19.
(3) L'Assemblée du district fut ainsi composée : de Vendeuvre,
président; Baudin, maire de Spoix; Richard, notaire à Dienville;
Gérard^ notaire à Rosnay;Millière, lieutenant-général du bailliage
de Jaucourt; Royer, maire deLignol; Blampoiz, curé de Vendeuvre;
Girardon, avocat à Bar-sur- Aube ; Gamier, avocat à Maisons; Le-
seurre; Poulot, propriétaire à Bossanconrt; Pierret, avocat à Valen-
tigny : procureur-syndic ; Georges, avocat à Bar-sur-Aube.
236 l'assemblée d'élection de bar-sur-aube.
confièrent les importantes fonctions de procureur-général-
syndic.
Dampierre et VouiUemont avaient été en même temps ap-
pelés à siéger à l'Assemblée du département. On sait que le
premier en fut élu président. Le Seurre fit partie de l'admi-
nistration du district de Bar-sur- Aube. D'autres membres
furent honorés plus tard des suffrages de leurs concitoyens.
Duval, de Gyé, fut nommé en 1792 député à la Conven-
tion ; il s'y distingua par la fermeté avec laquelle il motiva
son vote contre la condamnation à mort de Louis XVI.
Raverat, curé de Ghesley, fut à plusieurs reprises président
de l'administration du département de l'Aube, à partir
de i 792. Mais ce furent surtout Dampierre et Beugnot, qui
déployèrent dans les fonctions qui leur furent confiées les
qualités dont ils avaient fait preuve dans une sphère plus res-
treinte. Tous deux remplirent un rôle remarqué en servant
leur patrie d'une manière différente, mais également bril-
lante, Tun à la tête d'une des armées de la République,
l'autre dans les postes les plus élevés d'une administration^
que la Révolution semblait n'avoir uu instant ébranlée que
pour en accroître la force et le prestige.
Ce qui donne à l'Assemblée de Bar-sur-Aube un relief
particulier, c'est non-seulement la part qu'elle prend au
mouvement de l'époque ; c'est le mérite de quelques-uns de
ses membres. Si les aspirations vers la liberté sont plus vives
à Bar-sur-Aube qu'à Troyes, c'est à leur esprit actif et gé-
néreux qu'on le doit, plutôt qu'aux influences du sol et du
climat, auxquelles Montesquieu attache tant d'importance.
Non-seulement les membres les plus distingués de l'Assem-
blée de Bar-sur-Aube ont TintelÛgence de l'administration ;
ils en saisissent avec facilité les questions et les exposent avec
clarté; ils ont aussi la passion de la liberté et de la justice,
et le désir de les faire triompher sans porter atteinte aux ins-
titutions fondamentales de la monarchie française. Souvent
même 9 en prenant pour guides des principes supérieurs, ib
L*A88E]IBLiB d'ÉLEGTION DB BAR-SUR-AUBB. 237
se laissent entraîner par des mirages séduisants; ils ne me-
surent pas suffisamment la portée de leurs paroles et de
leurs vœux ; ils cèdent plus qu'il ne faudrait à la tendance
trop fréquente des Assemblées administratives de s'écarter
de leurs attributions pour exprimer leur avis sur les affaires
de l'Etat; mais s'ils se sont parfois trompés, slls ont été ira-
prudents, qui de nous cependant n'envierait leurs espérances
désintéressées? qui de nous, s'il eut vécu à cette époque,
aurait pu se défendre de penser et d'agir comme eux?
Troyes, le 16 mai 1873.
238 l'assbbbléb d'élection dé bar-^cr-aviie.
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RAPPORT
SUR LES FOUILLES
DE LA TOMBELLE D'AULNAY
PAR
M. JULIEN GUtÉAXJ
Membre résidant (4)-
I.
Le plateau de Langres, occupé aux premiers temps de
notre histoire par les Gaulois Lingons, sans avoir l'aspect
d'une montagne escarpée et d'un fort relief, est le point
le plus élevé de la France occidentale. C'est le véritable père
des eaux de tonte cette contrée; car de ses vastes entrailles,
comme d'un réservoir inépuisable, s'écoulent de nombreux
cours d^eaux qui répandent partout la fertilité, l'abondance
et la vie. C'est là que trouvent leur origine la Saône qui
se dirige vers la Méditerranée, d'un cours si lent, qu'elle
(i) Ce rapport a été présenté au nom d'une Commission composée
de MM. A. Gayot, Boutiot, Goffinet, Quilliard et Gréaa.
Ce trayail n'est que la reproduction écrite et nu peu développée
de la communication déjà faite verbalement à la Société le i5 juin Î866
et dont la rédaction avait été empêchée par des circonstance» impé-
rieuses et des deuils de famille qui ont frappé le rapporteur.
240 FOUILLES DE LA TOMBELLB d'aULNAT.
semble regretter les vallons qui Tont tu naître, et dans une
direction opposée, la Meuse qui coule vers la mer du Nord,
puis TAisne et la Marne ; l'Aube qui a servi à nommer notre
département, et la Seine qui, de concert avec elle, arrose
nos paisibles vallées, — et qui toutes portent le tribut de
leurs eaux vers les côtes de TOuest.
De temps immémorial, la situation culminante de ce
plateau a fixé Tattention des hommes, et depuis les Gaulois
Lingotis, il a été le théâtre de bien des événements; il a été
surtout le point de mire des grandes armées qui à différentes
époques ont occupé les Gaules, et les étrangers, lorsqu'ils
passaient le Rhin pour envahir la France en 1814, s'étaient
donné rendez-vous sur son sommet, afin de se répandre
aux alentours, comme les eaux qui en découlent.
Les passages nombreux et successifs de populations pai-
sibles ou guerrières, ont laissé sur le sol du plateau plu-
sieurs traces, que la grifie du temps et la main plus destruc-
tive des hommes n'ont pas complètement effacées.
Vous connaissez tous, je n'en doute pas, le plus ancien de
ces témoins du passé. C'est un menhir monolithe, de huit
mètres de hauteur qui est situé à Fontaine-sur-Mame, arron-
dissement de Vassy, sur les dernières pentes du plateau. Il
nous a sans doute été légué par cette mystérieuse population
qui avait élevé autour de Nogent tous ces dolmens dont vous
avez naguère exploré les derniers débris.
L'énergique grandeur de cette simple pierre n'a pas été
remarquée seulement de nos jours et il y a longtemps qu'un
Germain romanisé, dans Torgueilleuse pensée de perpétuer
sa mémoire, a cru bien faire de l'associer à la durée de ce
monument primitif. 11 a réussi, et la Haute-Borne nous a
transmis, gravé sur une de ses faces, ce nom que l'histoire
n'aurait pas conservé, et elle le montrera à bien d'autres
générations, jusqu'au jour où elle sera réclamée par le cou-
peret du carrier.
Nous trouvons ensuite la ville de Langres elle-même, où
FOUILLES DE LA TOMBBLLB d'aULNAY. 241
les Romains, mieui reçus que dans d'autres parties des
Gaules, s'étaient fortement retranchés, pour surveiller plus
facilement les contrées voisines , indociles à leur domina-
tion : de nombreux vestiges, des monuments entiers, attes-
tent leur long séjour dans cette région, où la colline du
Châtelet renferme dans ses flancs une ville toute entière,
dont les débris, contemporains de cet âge reculé, sont
exhumés chaque jour par de patients et laborieux explora-
teurs. Après les Romains, tous les autres envahisseurs de
la Gaule ont campé sur ce plateau, et souvent un hasard
heureux ramène à la lumière quelque témoignage intéres-
sant du passage des Francks, des Vandales ou des Bour-
guignons.
Mais ces souvenirs appartiennent surtout à l'histoire gé-
nérale de notre Champagne et à une partie de notre vieux
territoire un peu éloignée de notre ville. En y insistant, je
sortirais de la limite que vous avez assignée aux explora-
tions dont j'ai à vous rendre compte aujourd'hui ; je dois
me borner à vous entretenir des faits particuliers à une lo*-
calité plus rapprochée, située dans le périmètre de notre
département, et que des liens historiques ont probablement
unie autrefois au massif central du pays Lingon, comme
des liens physiques l'y rattachent encore aujourd'hui.
II.
Le plateau de Langres, en effet, par les rameaux qu'il
projette au loin entre les divers cours d'eau qu^il alimente,
s'étend jusqu'aux confins de notre contrée. Ses derniers
contreforts viennent baigner leurs bases dans les eaux claires
de l'Aube, vers Brienne et Coclois; ils ressemblent à de
vieilles tours démantelées par la gelée, la mine et le canon ;
et la blancheur de leurs sommets arrondis et dénudés,
T. xxxni. 16
242 POCIUES DE LA TOHBBLLE d'aULNAT.
forme un contraste étrange avec la puissante verdure et la
végétation luxuriante de la vallée.
Sur la plus élevée de ces croupes, limitée par les ruis-
seaux du Meldançon et du Ravet, s'élevait encore, il y a
quelques mois, une éminence inculte, entourée de quelques
broussailles, et sur le flanc de laquelle végétait un orme
adopté pour signal dans les opérations géodésiques de
Tétat-major.
Des opinions diverses se sont produites à différentes épo-
ques sur la destination de cette butte, dont rétablissement
factice n'était pas douteux : Grosley, et après lui Courtalon,
en ont parlé brièvement, et avec beaucoup de réserve;
Grosley, toutefois, incline pour Topinion qui veut y voir
une limite de territoire, sur le sommet de laquelle on aurait
pu quelquefois établir des signaux par le feu. Dans toute
la contrée, l'opinion la plus répandue, la plus accréditée
était qu'elle avait été formée pour une sépulture à laquelle
la voix populaire attribuait une haute antiquité. Aussi les
populations voisines l'appellent la Tombelle d'Aulnay, ou
simplement la Tombelle, noms adoptés par tous les géo-
graphes qui l'ont signalée. C'est sous le seul nom de la
Tombelle que l'état-major de France l'a fait figurer dans
son grand travail topographique.
Ainsi donc, le mouvement d'attention dont la Tombelle a
été l'objet dans ces derniers temps, n'est pas un fait qui vient
de se produire pour la première fois, et si l'intérêt qu'elle
a excité a été général, s'il a conduit à un examen sérieux et
complet, c'est que la curiosité avait été surexcitée par un
fait récemment arrivé et qui était assez piquant. Un jour,
un berger des environs conduisait ses moutons sur la butte,
près des broussailles que j'ai signalées au début de ce récit,
et qui, par parenthèse, étaient habitées par de nombreux
lapins. Le métier de berger laisse beaucoup de loisir, cha-
cun le sait; à quoi pouvait penser le nôtre dans un pays où
la siurveillance de ses bêtes exigeait peu d'attention 7 Pour
trouvé* àU TombcUe d'AULNAY
cl ponatrvép au Mueéc df TROYES
FOUILLES DE LA T0M6BLLB d'aULNAT. 243
s'occuper agréablement le corps et l'esprit, il se mit à exa-
miner les terriers des lapins , autom* desquels, quoique la
chronique n'en dise rien, il avait peut-être tendu quelques
collets, $pe prœdœ^ pour augmenter son ordinaire toujours
un peu frugal.
L'entrée d'un de ces réduits souterrains aTaît été nou-
Tellement et fortement bouleversée ; un renard, sans doute,
pour atteindre quelque lapin dans ses derniers refuges, en
avait, la nuit précédente, retiré un amas de terre meuble.
Les regards du berger furent attirés par un petit objet mé-
tallique gisant à l'entiée du terrier, théâtre de ce siège ré-
cent ; il eut la bonne pensée de le ramasser et de le porter
à son patron, M. le comte des Réaulx, de Goclois, qui en a
fait hommage à la Société pour son musée.
Cet objet de métal était c^tte tête d'animal, bœuf ou tau-
reau, en bronze antique que vous avez envoyée à l'Exposi-
tion universelle de 1867, à Paris, section de l'histoire du
travail, où elle a figuré sous le n* 715. — Elle avait déjà
été remarquée a l'Exposition locale que vous aviez organi-
sée à Troyes en 1864, car les têtes de cette nature sont fort
rares; celle-ci, dont la physionomie est expressive et vi-
vante , et qui est-être un ea: voto, mesure neuf centimètres
de longueur, du sommet du front au bout des naseaux, et
cinq centimètres de largeur à la partie frontale la plus dé-
veloppée. Les cornes sont très-longues; chacune d'elles est
tamponnée à son extrémité par une boule également en
bronze.
Les yeux sont ouverts, le globe de l'œil est en argent, oxidé
maintenant, et les prunelles sont figurées par deux pierres
translucides, scintillantes, de couleur brun jaunâtre, tail-
lées à facettes, dont la transparence, Téclat et le poli n'ont
pas été altérés par le long séjour qu'elles ont fait en terre.
Une patine d'un beau brun, rehaussée de quelques points
rouges, recouvre toute la télé ; l'épiderme n'a été attaquée
qu'en quelques parties peu étendues par l'oxidation, qui a
244 FOUILLES DB LA TOMBBLLB d'aULNAT.
laissé si rarement intacts la plupart des objets retirés du sol
ou des eaux après un long enfouissement.
Quelle pouvait être la destination de ce monticule arti-
ficiel qui venait de restituer à la lumière le curieux bronze
que je viens de signaler? Avait-il porté un autel sur lequel
aurait été consacrée la tête cornue si singulièrement re-
trouvée? Cet amas de terre cachaiUil les débris écroulés d'une
vigie ou d'une station militaire, qui avaient choisi ce point
élevé pour faire des signaux à Taide du feu? Servait-il de li-
mite à un territoire? ou abri tait- il un tombeau? soit qu'au-
dessous il y eût encore un dolmen complet comme on en a
trouvé quelques-uns en Bretagne ; soit que le corps eût été
inhumé au centre du tumulus comme il y en a des exemples
en Bourgogne, en Alsace et dans beaucoup d'autres lieux.
C'est ce que vous désiriez savoir depuis longtemps ; et
l'opinion publique y voyait une sorte d'énigme à la solution
de laquelle elle s'intéressait.
Le moyen qui vous parut le meilleur pour y parvenir fut
d'interroger le sol de la Tombelle, dans l'espoir qu'il vous
répondrait, et qu'il rendrait au jour quelque monument
nouveau.
La fouille était décidée, et celui qui vous parle en ce mo-
ment avait eu la bonne chance et l'heureuse fortune d'ob-
tenir de la Société des Antiquaires de France, par l'inter-
médiaire de son président, M. le général Greuly, un subside
de deux cents cinquante francs pour l'ajouter aux trop mi-
nimes ressources dont vous pouviez disposer. H restait à
s'occuper néanmoins de quelques formalités préliminaires,
indispensables ; il fallait obtenir l'autorisation préalable du
Maire et du Conseil municipal de Jasseines ; il fallait fixer
une indenmité pour le locataire de la chasse sur la surface
de la Tombelle ; enfin , et c'était le point délicat, il fallait
régler Tattribution à faire des trouvailles en cas de fouilles
heureuses.
Votre Bureau, avec le concours empressé de notre Prési-
FOUILLES DB LA TOMBELLB D^AULNAY. 245
dent d'honneur M. le Préfet, eut bientôt réuni des conclu-
sions satisfaisantes sur tous ces points, et on put songer à
commencer les travaux.
A cet effet, notre Président annuel, M. Gayot, accompagné
de plusieurs membres de notre Société, se rendit à la Tom-
belle afin d^aviser à la direction à donner aux fouilles. Hs
furent reçus et conduits sur le terrain par M. le Maire de
Jasseines et tous vos collègues n'eurent qii'à se féliciter de
son accueil pendant tout le séjour qu'ils y firent, soit en-
semble, soit isolément (1).
m.
Avant de continuer, je crois qu'il serait opportun d'en-
trer dans quelques détails circonstanciés sur la situation de la
Tombelle, sur sa forme et même sur la contrée voisine.
La Tombelle étant indiquée sur la carte de l'Etat-Major,
il est facile de se rendre compte de sa situation par rapport à
Troyes et à quelques autres localités des alentours; cette
carte reproduisant en même temps les mouvements des ter-
rains et donnant également la cote des principales altitudes
de la contrée qui nous intéresse. Pour compléter ces indi-
cations, je déposé seulement sur voire bureau : 1*" le plan
de la Tombelle au moment de notre visite ; 2"" les plans,
coupes et nivellements des travaux exécutés sous la direc-
tion de la Société. (PI. II, n~ 1, 2, 3, 4.)
Nous devons le tableau de ces documents aussi détaillés
que précis à M. Lasnier, agent-voyer en chef de l'arrondis-
sement d'Arcis, qui l'a dressé par ordre de notre collègue
M. Quilliard, d'après les notes relevées sur le terrain par
M. Tallot, agent-voyer cantonnai de Jasseines. Je pense
(1) M. Dormont, ancien notaire.
246 FOUILLES DE LA TOMBELLE d'aULHAT.
être votre juste interprète en adressant ici tos remerdments
à ces bienveillants collaborateurs.
La Torabelle est située sur le territoire de la conunune de
Jasseines, au point d'intersection du sol de cette commune
avec les territoires de Brillecourt et d'Aulnay. Elle faisait
autrefois partie de la commune d'Aulnay, dont un redres*
sèment de limites Ta détachée pour Tannexer à celle de Jas-
seines ; mais, malgré ce démembrement, l'ancien nom est
resté, et on ne l'appelle dans le pays que la Tombelle d'Aul-
nay, désignation que nous avons respectée, et que nous
avons cru devoir conserver.
On s'y rend maintenant de Troyes par la grande route de
Brienne jusqu'au-delà du Pont-Hubert, où s'embranche
bientôt un chemin d'intérêt commun, passant par Créney,
dont on laisse à gauche la vieille et intéressante église;
puis par Luyères, dont les coteaux arides commencent à être
ombragés par une plantation étendue de pins, auxquels im
bel avenir parait réservé. Bientôt on aperçoit Coclois avec
son beau parc, vers lequel la route descend par une pente
rapide , bordée de beaux ormes, et où la rivière de l'Au-
zon, grossie par les sources de Longsols, vient se perdre
dans l'Aube, la rivière aux eaux hmpides {Aiba)j dans les-
quelles, au moment de notre visite, on lavait de nombreux
moutons.
On s'arrête nécessairement quelques minutes à Coclois ,
pour visiter dans l'église le tombeau historique et monu-
mental de plusieurs membres de la famille des Réaulx ; on
franchit l'Aube sur un pont de bois, on traverse le hameau
de Sainte-Thuise, situé au milieu d'épais ombrages et qui
doit son nom à un couvent de femmes, et après avoir re-
monté pendant quelques centaines de mètres, la rive escarpée
de l'Aube, en côtoyant le ruisseau de Meldançon qui y ter-
mine son cours poissonneux entre une bordure de peupliers,
on arrive à Jasseines , d'où on aperçoit en même temps la
Tombelle sur sa droite.
FOUILLES DE LA TOHBELLE d'aULNAT. 247
On peut encore quitter le chemin précédent un peu après
LuyëreS) passer à Longsols, dont on visite les fontaines
transparentes qui sortent d'un parc agréablement planté ;
puis traverser la jolie bourgade de Pougy, où une motte
artificielle qu'on ne peut s'empêcher d'apercevoir, servait
autrefois de base à un château-fort, dont il ne reste plus ves-
tige : là, on franchit l'Auzon à Magnicourt, on passe sur
rÀube, on arrive à Aubay, et sur le sommet d'une pente
allongée qui commence près des dernières maisons de ce
bourg, on aperçoit la Tombelle, à laquelle on parvient par
le côté opposé à Jasseines. Autrefois on s'y rendait de Troy es
par une autre voie plus directe, mais plus accidentée, située
entre les deux précédentes, et qu'on peut reconnaître et
suivre sur beaucoup de points plus ou moins voisins des
routes que nous venons d'indiquer. Ce chemin très-large,
traversant l'Aube à Brillecourt , sur un pont dont on voit
encore des débris au moment des basses eaux, passe au pied
même de la Tombelle, d'où il continue à se diriger dans la
direction de Vitry. Il est généralement admis qu'il recouvre
une ancienne voie romaine.
L'altitude de la Tombelle au-dessus de la mer est de 17 1""
seulement. Cette élévation est minime relativement à celle de
beaucoup d^autres points notoirement connus par Fétendue
des paysages qui les entourent; cependant les horizons sont
très-vastes autour de la Tombelle : l'œil ne plonge pas dans
de profondes vallées remplies d'ombre et de mystère, les
regards ne surplombent pas sur d'étroits ravins ou sur des
rochers à pic ; ils n'embrassent pas davantage des plaines im-
menses arrosées par un grand fleuve sur les rives duquel se
déploient des villes populeuses ; mais on sent, on voit qu'on
est sur un plateau où rien ne gêne la circulation de l'air, où
le vent a beaucoup de prise, parce qu'on est loin de toute
espèce de pic, ou de tout point dominant qui lui puisse
faire obstacle. La vue la plus perçante n'en saurait découvrir
aucun, puisque les sommets les plus rapprochés sont dans
248 FOUILLES DB LA TOMBBLLB d'aULNAT.
TAuTergne , dans les Vosges ou derrière les Ardennes, sar
les bords du Rhin. Les regards vont donc de presqne tous
les côtés se perdre dans la courbe azurée du ciel ou dans les
nuages qui flottent à Thorizon, excepté du côté de l'Est, où
la vue est limitée aussi loin que les yeux peuvent atteindre,
par les lignes ondoyantes et entrelacées du plateau central,
derrière lesquelles se cache Tantique ville des Lingons.
Les lieux qui nous environnent ont été le théâtre de plu-
sieurs des actes du grand drame de 1 8 1 4 ; c'est d'abord la
masse blanche du château de Brienne-Napoléon, encore
tout criblé des balles russes; puis du côté opposé, le châ-
teau de Dampierre , où l'empereur de Russie a passé une
nuit en février 1814; puis enfin, mais un peu en arrière
du côté culminant, le village qui passe pour avoir été le
lieu où les souverains étrangers, en 1814, ont conclu la
résolution définitive de marcher sur Paris.
Rappelons en même temps Rosnay, pour son antique
église souterraine ; Sompsois , pour les beaux bijoux bour-
guignons et mérovingiens qui ont été soumis à votre admi-
ration au Congrès de 1864, et qui avaient été retirés du sol
de cette locabté; Goclois et BriUecourt, qui a donné son
nom à la Marguerite, épouse de Jean de Gréney, dont nous
avons retrouvé la double tombe dans l'église de ce nom,
aux portes de Troyes.
Entre ces divers groupes d'habitations, jaunissent des
champs de blé où le vent fait onduler de magnifiques récoltes
sur un sol qu'on croyait naguère impropre à toute culture, et
dont les riches damiers sont séparés les uns des autres par
les lignes de verdure qui bordent les ruisseaux du Mel-
dançon, du Ravet, du Puits, du Longsols, de l'Auzon et la
riante vallée de la Voire, qui sert de débouché à de nom-
breux étangs.
Aux pieds de la Tombelle même, les replis plus verts et
plus sinueux de l'Aube que l'œil peut suivre en remontant
son cours, depuis sa jonction avec la Seine, s'étendent jus-
Mémoim dt lai SocAcad de l'Avlbt
•7
Lasiuer,del.
f
/
PES
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I
FOUILLES DE LA TOKBBLLB D AULNAT.
249
r
t
côte de Sainte-Germaine, station celtique contre la-
S^adosse la ville gallo-romaine de Segessera et der-
iquelle se devinent dans la brume lointaine les re-
kauyages affectionnées de Saint-Bernard,
'ombelle, au moment où nous l'avons abordée, pré-
:1a forme d'un cône tronqué, dont la base était très-
relativement à sa hauteur; mais primitivement, le
j^vait avoir été beaucoup plus complet ; on ne saurait
*Jler en voyant un fort bourrelet de terre qui forme ac-
; ftent la circonférence de la partie supérieure de la
Mlle, tandis que la partie centrale du sommet forme la
^^ It évident qu3 la partie culminante de l'ancien sommet
brtement abaissée ; que de plus la partie centrale a été
ie, et que le bourrelet dont nous avons constaté la
Bce dans la partie supérieure de la Tombelle, provient
mouvements de terrain. Nous avons été conGrmés
eette opinion par les dires d'un vieillard presque cen-
re qui était venu assister à notre visite ; il nous a déclaré
ientendu dire par son père que de son vivant une fouille
ftante avait été opérée sur la partie supérieure de la
>elle, mais que néanmoins on n'était pas descendu jus-
la base et qu'on n'avait fait aucune découverte notable,
a été bien reconnu que toute la masse était composée
fe terre végétale sans analogue dans le voisinage. Il
|t s'éloigner à la distance de près d'un kilomètre pour
irouver de semblable; c'était évidemment un monticule
ice dont la composition étrangère au sol naturel du lieu
ipait les yeux les moins clairvoyants.
IjSette masse reposait elle-même sur une croupe calcaire
rement dénuée de terre arable. Le plan constate que les
res apportées recouvrent une superficie de 36 ares
vT" centiares. La hauteur au point culminant était un peu
térieure à trois mètres, sur une surface d'environ 1 8 ares,
'abaissait en pentes irrégulières jusqu'aux limites du tu-
i
tr(!
250 FOUILLES DB LA TOMBELLB d'aULNAT.
mulus, où en plusieurs points elle se confondait avec le sol
euTironnant, surtout dans la direction du Nord et de TOuest
au Sud-Est.
En admettant seulement une hauteur moyenne de deux
mètres pour ramener la masse entière à une dimension uni-
forme sur toute la surface des terrains artificiels, ce qui doit
être bien près de la vérité, on avait la démonstration qu'il
avait fallu rapporter environ sept mille mètres cubes de
terre pour former ce monticule (i ).
Que de temps il a fallu et que de peines pour constituer
un pareil amas, surtout si ce travail a eu lieu à une époque
où rhomme réduit à sa seule force musculaire était dé-
pourvu d'auxiliaires mécaniques!
La Conunission décida qu'on attaquerait la Tombelle si-
multanément sur quatre points opposés^ en ouvrant quatre
tranchées qui suivraient les mouvements du sol primitif,
pour se réunir au centre du tumulus. On devait ainsi, en
mettant à découvert sur une grande étendue toute l'épais-
seur des matériaux dont il était composé, en rendre l'examen
facile.
Pour faciliter l'exécution de Tentreprise, notre collègue
M. Quilliard, nous faisant profiter des ressources de l'admi-
nistration qu'il dirige dans notre département, avait mis i
notre disposition un cantonnier chef (2), et six canton-
niers ordinaires, tous ouvriers vigoureux et expérimentés,
sous la direction de l'agent-voyer cantoniial de Jasseines.
Une fois le premier coup de pioche donné, ils continuèrent
leurs travaux avec une ardeur qui ne se démentit pas jus-
qu'à la fin. Je suis heureux de pouvoir, au nom de la Com-
(i) Les calculs opérés dans les boréaux de M. Tlngénieur eu chef
d'après les cotes minutieuses relevées sur le terrain, avec des ins-
truments de précision, ont donné le chiffre de 6,968 mètres pour le
cube exact des remblais effectués pour la construction de la Tom-
belle.
(2) M. Lahalle, cantonnier chef à Ghavanges.
FOUILLES DE LA TOVBBLLB D*AULMAT. 251
mission, leur adresser un remercîment public pour le zèle
et l'intelligence avec laquelle ils se sont acquittés de la
tâche qui leur avait été confiée, sans un moment d'arrêt, et
sans aucun abri contre le soleil brûlant du mois de juillet.
A voir leur empressement et leur ardeur, on aurait dit
qu'ils exécutaient une recherche personnelle, et de laquelle
ils eussent dû retirer un grand prix ; on voyait qu'ils s'inté- '
ressaient vivement au succès de l'entreprise, et que pour y
parvenir, ils faisaient abnégation des fatigues qu'ils avaient
à supporter.
Quand les travaux furent en pleine activité, la plupart
des membres de la Commission revinrent à Troyes, laissant
MM. Boutiot et Gréau pour tenir note des incidents, et .
pourvoir à l'imprévu.
Chaque tranchée avait été ouverte sur un mètre environ
de largeur; la terre, comme on l'avait vu à la surface, était
homogène partout ; facile à défoncer, elle avait pris seule-
ment avec le temps assez de consistance poi;r qu'on pût la
tailler régulièrement, et n'ayant pas d'éboulements à crain-
dre, on n^eut pas à prendre de précautions de soutènement.
La terre remuée était transportée à la brouette à quelque
distance de la Tombelle, le Conseil municipal de Jasseines
ayant exprimé l'intention de vendre cette terre aux proprié-
taires riverains pour recharger leurs champs composés de
greluche ou craie délitée, et pour lesquels un peu de terre
végétale était une bonne fortune.
Les premiers coups de pioche avaient mis à découvert
quelques débris évidemment antiques ; c'étaient des frag-
ments de poteries de diverses formes et de couleurs diffé-
rentes. Quelques ossements d'animaux vinrent bientôt s'y
adjoindre ; trop détériorés pour reconnaître leur espèce avec
certitude, on voyait cependant qu'ils provenaient de grands
animaux, bœufs ou chevaux. C'est surtout à la partie infé-
rieure de la cuvette centrale, que nous avons recueilli le
plus grand nombre d'ossements et de débris, conmie si à
252 FOUILLES DE LA TOMBBLLB d'aULHAT.
cette place avait eu lieu quelque sacrifice, et qu'on eut brisé
tous les vases qui y avaient servi.
Après plusieurs jours de travail, nous n'avions encore re-
cueilli aucun objet saillant ; mais, comme on n'était jamais
longtemps sans faire quelque minime trouvaille, le courage
n'était pas éteint, et Ton travaillait toujours avec persévé-
rance.
On était arrivé à la partie centrale de la Tombelle, les
quatre galeries se rejoignaient après avoir coupé le massif
suivant deux de ses dimensions, et il ne restait plus que
quelques brouettées de terre à en retirer pour y mettre à nu
le sol primitif comme il l'était déjà dans les galeries ; je de-
visais avec M. Boutiot à quelques pas en dehors des boyaux
pour ne pas gêner la circulation des travailleurs dans ces
étroits passages, lorsque le cantonnier chef nous appela vi-
vement.
n venait de découvrir un tertre de craie soigneusement
rangé ; formé de morceaux de craie dure , il avait la forme
d'un amas de cailloux tel que les cantonniers les disposent
pour l'entretien des routes ; il en avait aussi la régularité,
quand on en eut déblayé le pourtour ; c'était évidemment un
travail humain.
Le déblaiement de ce petit monticule hit commencé im-
médiatement, fait avec les mains pour ne négliger aucune
précaution; plus d'un cœur battait, mais, 6 déception! le
dernier débris a été enlevé, le sol primitif est découvert, il
est intact, vierge de coups de pioche, vierge de tout débris
humain, de toute espèce de vestige.
Mais pourquoi cet amoncellement régulier de petits mor-
ceaux de craie, formant une masse d'environ un demi-
mètre cube, sous cette tombelle de cinq à six mètres de
hauteur? et surtout d'où venaient ces fragments encore aussi
bien conservés que si on venait de les sortir de la carrière ?
on voyait qu'ils n'avaient pas été froissés tant leurs arêtes
fragiles étaient peu émoussées; ils ne pouvaient avoir été
FOUILLES DE LA TOMBEUE d'aUUIAT. 253
apportés de loin (i}. Aussi nos braves ouvriers, désappoin-
tés, peut-être plus chagrins que nous-mêmes, de voir dé-
çue une espérance qui les avait comblés de joie, se mirent à
à sonder avec rage le sol environnant, et au bout dç quel-
ques minutes la tige de fer enfonça profondément, sans
trouver de résistance, dans une partie du terrain voisine de
la tranchée et encore chargée de plusieurs mètres de terre.
Je ne dirai pas qu'ils furent enlevés; ils disparurent en un
clin-d'œil, et on commença à déblayer l'endroit où le sol
friable avait évidemment été fouillé avant l'existence de la
Tombelle : nous étions sur une excavation pratiquée dans
la craie massive et solide de la montagne.
Bientôt les coups de hache se distinguèrent sur les parois,
aussi nets, aussi frais que le jour où ils venaient d'être exé-
cutés par l'ouvrier qui en avait été chargé, et dont nulle
humidité n'était venue altérer l'ouvrage. A mesure qu'on
descendait en profondeur, on allait avec plus de précaution.
On cessa bientôt d'user des outils de peur de quelqu 'acci-
dent : on ne voulait rien briser, rien endommager. On
creusait avec les mains, avec les ongles, et toujours on re-
tirait une terre semblable à celle du reste de la Tombelle.
Le trou avait une forme allongée; c'était un parallélo-
gramme étroit, mais trop court pour la sépulture d'un
adulte , trop large pour celle d'un enfant. Bientôt à l'une
des extrémités le sol résiste vers le fond , et la craie vive
apparaît; mais on peut fouiller encore sur les deux tiers en-
viron de la surface de l'ouverture ; on avance plus lentement,
on examine plus minutieusement les débris de l'extraction;
on en scrute les plus légères parcelles ; mais, hélas 1 on a
nettoyé le trou comme le jour où il a été creusé, et pas un
atome de cendre, pas un débris, si petit qu'il soit, n'a été
•
(1) Voici les dimensions de ce tertre de débris de craie pure :
Longueur 1» 05
Largeur Om 70
Hauteur 0» 25
254 FOUILLES DB LA TOMBBLLB d'aULNAT.
découvert. M. Boutiot y est descendu, j'ai voulu Fessayer
également : assis l'un ou l'autre, le corps légèrement appuyé
eu arrière , les jambes se plaçaient naturellement dans Tex-
cavation inférieure, et notre tète n'atteignait pas le niveau do
sol supérieur (i). Nous avions devant nous une fosse en
forme de siège : était-ce donc une sépulture assise que nous
venions d'exhumer? Un homme de forte stature pouvait
tenir à Taise assis dans ce réduit souterrain ; mais o\x était le
cadavre? (PI. II, n* 4.)
Si ce n'était pas une sépulture, pourquoi cette fouille dans
la pierre ? pourquoi ces débris amassés avec tant de précau-
tion sur le bord de Texcavation? pourquoi surtout cet amon-
cellement de milliers de mètres cubes de terre pour dissi-
muler aux regards un trou récemment fait, tout en fixant
l'attention sur la place où il a été creusé et à laquelle on
voulait assurément conserver une grande notoriété.
Les sépultures assises ne sont pas sans exemples, vous le
savez ; elles sont d'autant moins rares qu'on remonte plus
loin en arrière de nous (2).
J'ai raconté, Messieurs et chers collègues, je ne me per-
mets pas de rien affirmer, je vous fais part seulement de
quelques suppositions possibles qui m'ont traversé l'esprit.
(1) Sur le plan no 1, et sur les coupes nos 2 et 3, planche n, on
peut voir remplacement de la fosse par rapport aux autres parties
de la Tombelle.
Dans la même planche II , figure 4 , la fosse est reproduite en
profil, sur une plus grande écheUe que dans les n<» 1 et 2.
Nous répétons ici les dimensions de cette fosse qui sont inscrites
également aux figures no* 2, 3 et 4 :
Longueur en haut. . ir^ 30 Hauteur du dossier. • 0» 73
Longueur au fond. . 1 08 Epaisseur du siège . . 0 37
Largeur en haut. . . 0 72 Longueur du siège . . 0 50
Largeur au fond... 0 70 Profondeur totale... 1 10
(2) On en a trouvé beaucoup en Afrique, autour de Gonstantine,
dans toute l'Amérique centrale, mais surtout c'était un usage firé-
quent dans le nord de l'Europe. A Goldham, en Scandinavie, on a
trouvé en 1830, une galerie mortuaire située sous un monticuley de
FOUILLES DE LA TOVBELLE d'aULNAT. 255
J*en ajouterai une seulement avant de poursuivre mon
compte-rendu. C'est la cupidité commune à une trop
grande partie de Tespèce humaine qui vient me l'inspirer.
Ne serions-nous pas sur les traces d'une de ces grandes
supercheries qui ne sont pas sans exemple dans l'histoire.
Est -ce que notre Toinbelle n'aurait pas été destinée à
servir de sépulture à quelque personnage bien authentique,
revêtu d'une riche armure ornée de bijoux précieux? Est-
ce que les cérémonies funèbres ayant été accomplies en pré-
sence d'une foule nombreuse, répandue sur les flancs de la
montagne, le corps n'aurait pas été placé sur le point culmi-
nant, objectif de milliers de regards, et ensuite descendu
bien ostensiblement sur son dernier siège, et pour ne laisser
aucun soupçon, est-ce qu'on n'aurait pas immédiatement
comblé la fosse? Mais est-il impossible que la nuit suivante,
des amis Gdèles qui s'étaient adjugé la garde de la sépulture
pour la préserver d'une violation possible, n'aient subtile-
ment enlevé le cadavre, et n'aient laissé dans la fosse que la
terre dont nous l'avons trouvée rempUe? Selon eux, en effet,
n'était-ce pas pitié d'enfouir ainsi, avec uu mort, de belles
armes et de riches bijoux, qui peuvent être si utiles aux vi-
vants? et de nos jours n'y a-t-il pas bien des gens qui
pensent ainsi?
Le lendemain au jour naissant, le peuple retrouvait les
fidèles immobiles à leur poste ; la terre fraîchement remuée
ne pouvait laisser transpirer une violation, et la foule com-
mençait à accumuler patiemment les assises de la Tombelle
que nous venons d'éventrer avec de si pauvres résultats.
nombreux squelettes y étaient assis sur un bord peu élevé attenant an
mur. A Luttra et à Oxe^alla, en Suède, on a ouTei*t en 1805 deux
tumuli qui contenaient plusieurs centaines de squelettes renfermés
dans des chambres communes, tous dans une attitude repliée. (Divers^
Aucun cependant n*était dans une situation aussi commode que
celle offerte par le siège creusé sous notre tombelle.
256 FOUILLES DE LA TOMBELLE d'aULNAT.
Mais je sais que le champ des suppositions est sans li-
mites, et qu'on risque de s'y égarer. Je n'irai pas plus loin
de ce côté, et au surplus, j'ai encore quelques mots à ajouter
pour en finir avec la Tombelle, tout en répétant que sept
mille mètres cubes de terre n'ont pas été apportés dans cet
endroit au prix de grandes fatigues, uniquement pour ca-
cher une fosse vide.
Si la partie centrale ne nous avait pas donné le nœud de
l'énigme que nous avions entrepris de h're, nous avons voulu
interroger la circonférence. Dans ce but, les tranchées
furent prolongées vers Textérieur, en suivant minutieuse-
ment le sol terme et primitif.
Dans chaque direction attaquée, à quelques mètres du
massif de la Tombelle, on rencontra de nouveau du terrain
de remblai, qui fut enlevé aussitôt; et, dans chaque endroit
on mit à jour une section d'un fossé large et profond , tel que
les Romains avaient coutume d'en établir pour leurs ou*
vrages d'attaque et de défense. En le recherchant sur plu-
sieurs points espacés les uns des autres, nous l'avons re-
trouvé partout uniforme de dimensions, et nous avons pu
déterminer avec certitude le périmètre de l'espace qui était
circonscrit par cet obstacle. (PI. Il, n* 1.)
Nous avons dès le premier aspect reconnu la similitude
de ces fossés avec ceux retrouvés à Gergovia ; et, comme
point de comparaison, nous mettons sous vos yeux la gra-
vure d'un fossé photographié dans les attaques de César
autour de cet oppidum célèbre.
La terre qui remplissait le fisse de la Tombelle était
absolument la même que celle du massif central. Elle pro-
venait sans doute de la partie supérieure de la butte, la
seule qui eut été déformée. Nous avons rencontré dans ce
fossé un assez grand nombre de fragments de poterie ; mais,
chose particulière, ils gisaient tous à sa partie inférieure, où
ils avaient été abandonnés antérieurement au remblai, et
ils présentaient la plus grande ressemblance avec ceux re-
FOUILLES DB LA TOVBBLLE d'aULNAT. 257
cueillis dans la partie supérieure du moaticule. Nous y avons
même ramassé un fragment d un pied d'amphore, qui se
rajustait parfaitement avec un morceau trouvé à Tétage su-
périeur du tumulus : ils sont déposés au Musée.
Nous en étions là des travaux, lorsqu'eut lieu une de vos
réunions mensuelles (i)i à laquelle je pensai ne pouvoir me
dispenser d'assister et je revins en hâte à la dernière heure,
pensant que je ne devais pas tarder à vous adresser un pre-
mier compte-rendu oral et sommaire et je déposai alors sur
votre bureau tout ce que j'avais pu réunir d'ossements et de
fragments de poterie. Il restait encore quatre grandes masses
de terre inexplorées. Vous aviez décidé la continuation des
recherches, mais la moisson allait nous priver de nos ou-
vriers, et la poursuite des travaux fut ajournée. Plus tard, je
me rendis avec M. Laperouse, pour aviser à les reprendre.
Des pluies torrentielles s'y opposèrent. On n'eut pas à s'en
préoccuper depuis, le Conseil municipal de Jasseines ayant
réalisé la vente dont nous avons parlé précédemment. M. le
Maire de Jasseines, toujours présent sur les Ueux, s'était
chargé d'exercer une surveillance continuelle sur l'enlève-
ment des terres ; mais le défoncement de ce qui restait de la
Tombelle parait avoir été sans résultat : aucune trouvaille
nouvelle ne fut signalée à 1^ Société.
Ainsi, sans compter ce que les habitants de Jasseines ont
déplacé, la Société a fait remuer environ dix-huit cents mètres
cubes de terre, sans avoir vu entrer dans notre Musée aucun
objet digne de nous payer de nos peines.
Nous n'avions qu'un résultat négatif; puisqu'on résumé
nous avons découvert seulement :
Une certaine quantité de fragments de poteries pro-
venant d'un petit nombre de vases d'assez grandes dimen-
sions, quatre ou cinq au plus; car ces débris sont identiques
de pâte et de couleur et plusieurs ont pu se rajuster en-
(1) Le 16 juin 1866, voir le procès-verbal de la séance»
T. xxxvn. 17
258 FOUILLES DE LA TOVBELLB d'aULNAT.
semble. Il y a nolammeut des restes d'an amphore de la
forme usuelle et un fragment de poterie sur lequel on lit en
lettres capitales le mot lONI ou INOI, imprimé avant la
cuisson dans la terre molle, à l'aide d'une estampille :
De grands animaux , tous dans un état très-avancé de
destruction , mais parmi lesquek on reconnaît cependant
avec certitude quelques parties de squelettes de cheval , no-
tanuhent des dents :
Des fossés conformes à ceux que les Romains avaient
l'habitude de creuser à Tépoque où ils ont envahi les Gaules
et enfin l'excavation en forme de siège que vous savez :
Aucune trace de combustion et d'incinération dans l'in-
térieur du monticule et pas le moindre atome de métal.
Aussi, j'ai terminé ce que j'avais à vous dire de la Tom-
belle dont l'origine est plus mystérieuse que jamais.
IV.
Je ne veux pas clore cependant celte communication sans
vous parler de quelques objets antiques qui se rattachent
peut-être indirectement à notre sujet :
Pendant que j^étais à la Tombelle, on m'a montré un de-
nier romain en argent, trouvé dans son voisinage par un
habitant d^Aulnay qui tient à le conserver. Ce denier est à
l'effigie de l'empereur Trajan , au revers de Mars victor,
type bien connu ; il n'est pas assez rare pour le faire des-
siner. Nous le mentionnons malgré son peu d'importance,
pour ne rien négliger de ce qui se rapporte aux temps an-
tiques.
Le même jour, j'ai reçu communication de plusieurs
bracelets de bronze qui venaient d'être trouvés sur deux
squelettes placés dans une même fosse, sur le territoire de
la commune d'Yèvres ; je les ai demandés et obtenus pour
le Musée et je les dépose sur le bureau, de la part du do-
nateur, que j'ai déjà remercié en votre nom.
FOUILLES DB LA TOMBBLLE D^ACLNAT. 259
Ces bracelets, très-peu volumineux, appartiennent à
Tépoque celtique et ils ne sont pas ornementés : les corps
étaient juxtaposés, au dire de celui qui les avait exhumés ;
il m'a même assuré que les faces étaient tournées contre
terre ; ce qu'il ne m'a pas été possible de vérifier, les osse-
ments ayant été bouleversés et les fosses recomblées.
Déjà, longtemps avant que la Société se préoccupât du
projet des fouilles, un cultivateur de Lesmont avait apporté
à Troyes un petit objet qu^il avait recueilli en labourant un
de ses champs; j'en suis devenu possesseur et je viens vous
le signaler.
C'est un buste de femme en terre blanche de la même
nature que celle dont sont formées la plupart des statuettes
reconnues pour avoir une origine gauloise certaine, et dont
on a trouvé un grand nombre dans une fabrique antique
exhumée à Toulon-sur-AUier, près Moulins.
Cette tête est curieuse par l'ornementation de là coiffure;
comme vous pouvez le voir sur une reproduction photogra-
phique que je fais passer sous vos yeux et qui est exacte-
ment de la grandeur de Toriginal. (PI. III.)
Ce n'est pas un type nouveau cependant et j'en ai déjà vu
d'analogues dans d'autres collections; mais est-ce que par
hasard la coiffure de ce petit buste ne serait pas l'origine
d'une coiffure locale qui s'est perpétuée jusqu'à ces derniers
temps dans quelques communes voisines de Troyes, notam-
ment à Verrières et à Montaulin.
Je vous fais passer sous les yeux quelques spécimens de
ces coiffures, relevés sur nature vivante, il y a quelques
années, dans leur dernier moment d'éclat ; il serait peut-
être bon d'en conserver le souvenir, maintenant que le vul-
gaire bonnet parisien est venu les faire disparaître de nos
marchés et de nos fêtes rurales , pour les plonger dans un
oubli qui sera peut-être le silence de la mort.
Vers les mêmes temps aussi, les terrassiers qui faisaient
les déblais du chemin de fer de Troyes à Bar-sur-Aube,
260 FOUILLES DE LA TOMBBLLB d'aULNAT.
exhumaient la moitié d'un moule en terre cuite qui est venu
en ma possession.
C'est la partie antérieure de la Vénus Marine, si souvent
reproduite chez les anciens, et dont le type a été retrouTé
quelquefois dans d^autres parties de notre département. Ce
qui rend surtout intéressante la découverte de ce moule,
c'est le nom du potier entièrement inscrit à la pointe, sur
sa partie extérieure : Prisais.
Ce nom se retrouve souvent sur des poteries de l'époque
gallo-romaine; c'était, à n'en pas douter, celui d'un artiste
en renom. On a retrouvé surtout de nombreux ouvrages
portant sa signature dans le grand atelier de Toulon-sur-
Allier : de beaux spécimens sont entre les mains de M. Al-
fred Bertrand, de Moulins, qui, avec M. Tudot, a été un
des explorateurs heureux des fours de Toulon et de beau-
coup d'autres stations antiques.
Ce moule est en terre ferrugineuse très-dure et très-fine,
bien plus résistante que la terre tout-à-fait blanche très-
employée cependant en Gaule quoiqu'elle n'acquit pas à la
cuisson un degré de solidité aussi complet. Je vous fais
passer sous les yeux la photographie intérieure et extérieure
de ce moule. (PI. IV et V.)
C'est pour l'acquit de ma conscience et pour ne rien
omettre que je vous parlerai maintenant d'une petite tête
d'enfant en terre blanche trouvée également dans les mêmes
parages. C'est un débris peu important, mais cette figure
est si réjouissante , elle justifie si bien le nom de Ristis^
que je n'ai pu résister à la tentation de vous la mon-
trer. (PI. VI.) (1)
(i) Le Musée possède un buste complet et à peu près pareil de
ce type; il a été trouvé à la Villeneuve-au-Ghàtelot, près Pont-sur-
Seine.
Nos vitrines renferment également deux clés antiques en bronze,
bien conservées, dont Tune provient de Jasseines, et l'autre de Bril-
lecourt.
FOUILLES DE LA TOMBELLE d'aULNAT. 261
Voici encore quelques renseignements que je crois iné-*
dits et qui se rapportent aux alentours de la Tombelle ; ils
m'ont été transmis par le brave chef de nos cantonniers,
qui examine avec beaucoup d'attention tout ce que ses tra-
vaux, le mettent à même de rencontrer.
Près Lassicourt est ouverte une carrière située à cinq ki-»
lomètres de Brienne, sur la route départementale de cette
ville à Vitry, Elle fournit pour les routes et chemins du voi-
sinage des graviers, dans lesquels on a trouvé un fragment-^
fossile de la colonne vertébrale d'un animal , une corne de
chevreuil et six dents de squale.
Il y a sept ou huit ans on avait retiré de cette même car->
rière diflTérents vases de terre grossière, fragile et sans con*
sistance, dont quelques-uns pouvaient contenir jusqu'à
cinq décaUtres.
Ils ont tous été brisés. Ils renfermaient à l'intérieur des
traces de dépôts de diverses couleurs formant des couches
comme de la peinture, provenant du séjour prolongé de subs-
tances anciennes.
Près Chassericourt , dans un fossé qui borde le chemin
d'intérêt commun de Rosnay à Dronay, on a retrouvé de
nombreux débris de vases. Ces fragments étaient au fond
d'un trou ayant environ 1"" 30' de diamètre, 0" 75* à 1 mètre
de profondeur; la forme arrondie au fond. Ces débris
étaient mêlés à des os carbonisés luisants, à quelques par-
ties de charbon, et la terre environnante était toute noircie.
A Balignicourt, à Saint-Léger-sous-Margerie, il a été fait
également des trouvailles de débris anciens, placés dans des
conditions absolument pareilles à celles qui précèdent, sur
le versant de collines regardant le Midi et à proximité de
sources appelées Puisards dans la contrée.
Ajoutons encore que la Tombelle d'Aulnay n'est pas la
seule dans cette région du département.
Il y en a une dans la forêt de Lentilles, propriété de
262 rouiLLBS db la tohbblus d'auuiat.
M. Perriconrty de Piiiey : elle est fréquentée par des re-
nards.
n y en a deux antres entre Ghassericourt et la ferme dn
€liasteUier, Tieux chiteau-fort où il reste les anciens fos-
sés, et des cayeaux dans lesquels la légende prétend qu'il y
a encore des chaînes.
De ces deux tombelles, Tune est peu apparente ; Tautre
est plus saillante ; elles sont sur un terrain bas, entre deux
étangs desséchés; et on retrouve près de la principale, sous
la superficie du sol, un ancien chemin ferré.
Ici devrait s'arrêter cette communication qui contient tout
ce qui se rapporte à notre séjour à la Tombelle. Néanmoins,
M. l'abbé Coffinet ayaat été informé d'une découverte nou-
velle^ faite dans le voisinage de la Tombelle, je viens me
rendre à son juste désir en joignant ce fait à tous ceux qui
sont l'objet de ce rapport. Je ne puis mieux (aire que de
vous donner l'extrait des lettres de M. Guilliot, agent-voyer
d'arrondissement, auteur de la note adressée à son chef
pour vous être transmise .
Dans le courant de février 1868, dit-il, un habitant
d'Aulnay, le sieur Doré, a mis à découvert, non loin du vil-
lage, une tombe en pierre qui était enfoncée dans le sol à
quelques décimètres de profondeur, eu travers du chemin
qui va d'Aulnay à la Tombelle. Les roues des voitures en
avaient brisé le couvercle en plusieurs morceaux.
Cette tombe est en calcaire très-grossier ayant quelque
analogie avec la pierre dite de Savonnière. Elle contenait un
squelette humain à peu près complet et un petit vase de la
grosseur du poing, en terre noirâtre : le cadavre avait les
pieds dirigés vers l'Orient; le chemin allant du Nord au
Sud a dû dévier un peu et le tombeau devait primitivement
se trouver sur la rive, comme c'était l'usage aux époques an-
ciennes.
Le vase tout ébrêché est des plus communs; M. l'Agent-
FOUILLES Dl LA TOMBELLE d'aCJLNAT. 263
voyer de Jasseitaes Va remis à son chef qui le tient à la dis-
position du Musée.
Le sarcophage qui mesure l"" 85^ de long à l'extérieur, est
à dessus bombé, plus large aux épaules et à la tête qu'aux
pieds. La pierre est grossièrement taillée à la pointe et une
ciselure suit les arêtes, même dans les parties écornées. On
n'y remarque aucun signe, dessin ou caractère gra^é ou
sculpté : on a seulement, lors de la taille, ménagé dans le
sens longitudinal sur le dessus du couvercle, une bande de
O'' 17'' de largeur, sans relief, dressée au taillant au lieu
d'être piquée comme les parties voisines. La pierre paraît
venir des carrières de Bossancourt ou Arsonval.
En vous priant d'adresser des remerciments à Messieurs
les Agents-voyers pour cette communication et pour les dé-
marches qui l'ont précédée, je ferai remarquer que la dé-
couverte de cette tombe n'est pas un fait isolé dans la localité.
Le souvenir d'un sarcophage analogue trouvé tout près de
la Tombelle s'est conservé dans la contrée, et a été consigné
par notre collègue M. d'Arbois, dans son répertoire archéolo-
gique, où il rappelle qu'il en existe un à Lassicourt et un
autre à Gbavanges. Vous savez qu'on en a trouvé encore
sur d'autres points du département et plusieurs d'entre eux
sont conservés au Musée.
Des fouilles plus étendues autour de la Tombelle en fe-
raient sans doute apparaître encore plusieurs ; mais ce ré-
sultat n'apporterait aucune lumière sur la destination incer-
taine de la Tombelle; ces sarcophages de pierre passant
généralement pour appartenir à une époque bien moins
reculée que celle indiquée par les fragments des poteries
trouvées à la base et dans les flancs du tumulus.
n ressort de «ces renseignements divers que le dernier
mot des fouilles n'est pas encore dit autour de nous, et qu'il
y a bien des lieux, soit du côté de la Tombelle, soit ailleurs,
qu'il serait intéressant d'explorer. Malgré l'inssuccès de notre
dernière tentative, je désire ardemment que la Société ne se
264 FOUILLES DE LA TOMBELLE d'aULNAT.
décourage pas ; qu'elle entreprenne ses fouilles sur quelques
autres points, notamment à Saint-Loup-de-Buffigny on dans
les tombelles que je idens d'indiquer. La perséTérance un
jour ou un autre devra être couronnée par le succès, et
quant à moi^ je suis toujours et partout à la disposition de la
Société quand elle voudra user de mes services.
Troyes, 18 février 1870.
Mtni«niitakSK.Aiaa.âe1'Aube TtmtXXmi 1B7S
PL 3. BUSTE ANTIQUE DE FEMME
avec coirfure ornee.Tcrre culte, grandeur nal*'.'*
PL.4' MOULt ANTigUB DE VEIJUe- SiARINE
Terre cuite, arar.d nal'^'Pace evlen.e avec la sianji'.ure dt Pn»cus
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PL 6 TÈTE AHTIOUE DE RI3US
Terre cuite, grandeur- nalurelle
NOTE
81»
QUELQUES OBJETS
D'HISTOIRE NATURELLE
RAPPORTÉS DE LA NOUYEIXE-CAUÉDONIE
Et offerts à la S«cfété Académique de l'Aabe
PAR M. ARTHUR DE VILLEMEREUIL
Capitaine de Frégate, membre correspondant.
Messieurs,
Pour qui vient de faire deux fois le tour du monde, la
récolte que j'offre à la Société Académique de TAube, en y
comprenant l'envoi de 1872, peut paraître bien légère.
C'est que les voyages de circumnavigation ne sont plus ce
qu'ils étaient autrefois, et cela me remet en mémoire ce
mot d'un député, que Ton ne peut soupçonner d'être cour-
tisan ni solliciteur, puisqu'il appartient au radicalisme le
plus pur : « Comprenez-vous que mon fils, après avoir fait
a deux fois de suite le tour du monde, ne soit pas encore
» décoré!!! »
Il y a quelque cinquante ans et moins, on expédiait encore
des navires à la recherche de l'inconnu, et quand, ayant
exploré les mers pendant trois années et couru les hasards
de rencontres souvent terribles, on rapportait d'abondantes
266 QUELQUES OBJETS d'hISTOIBE NATUBBLLE.
collections, des travaux scientifiques, des documents pré-
cieux pour la marine et la géographie trop ignorées chez
nous; quand on avait ouvert au commerce des voies nou-
velleSf à la civilisation un horizon plus étendu, alors on
avait bien mérité de l'humanité, et le pays, qui recueillait la
gloire par vous acquise, vous récompensait. Aujourd'hui,
les services à rendre sont également sérieux, mais les diffi-
cultés à vaincre et les dangers à courir sont connus : ce n'est
donc plus qu'une question de prévoyance, quelquefois d'un
peu d'habileté; et le rôle du marin, aidé par la vapeur,
qui n'est du reste qu'un auxiliaire secondaire dans ces
longues navigations, est devenu plus prosaïque.
De même que pour aller régler ses affaires à Constanti-
nople on prend le packet à Marseille, on fait le tour de
l'Italie et de la Grèce, et l'on revient par la Hongrie pour
varier sa route et aller plus vite ; de même pour ses affaires
ou celles de l'Etat, par exemple pour piu^ger le sol de la
patrie des plaies morales et matérielles qui la troublent
ou la déshonorent, ou traverse l'Atlantique, on double le
cap de Bonne-Espérance, on va chercher les glaces et les
nuits longues dans les régions australes, on contourne la
terre de Van-Diémen par le Nord ou par le Sud ; et, lors-
que l'on a déposé son chargement sur la terre salubre de
Nouvelle-CalédoniCy on revient par le cap Hom, quoique la
distance soit plus grande et le climat plus rude« mais parce
que le vent est meilleur en suivant cette direction , et
l'on rentre chez soi après avoir coupé la ligne à peu près
au même point qu'à l'aller. On a donc fait beaucoup plus
que le tour du monde : environ 32,000 milles marins
(soit 60,000 kilomètres), tandis que le Globe n'en mesure
que 21,600 à réquateur.
En revanche, on a vu peu de choses; une ou deux courte
relâches, sans grandes ressources pour les besoins de la vie
ou les observations scientifiques : Dakar, établissement nab-
sant sur le sol aride du cap Vert ; Sainte-Hélène, qui n'a
QUELQUES OBJETS D^HISTOIBE NATURELLE. 267
que ses souvenirs historiques; les îles Malouines, perdues
dans les brumes polaires. La ide s'est donc passée pendant
sept à neuf mois, en définitive, à considérer les flots et à
étudier leur inconstance. De temps à autre il y a bien quel-
que mécompte, et Ton a vu certaines de ces campagnes se
prolonger au-delà d'un an : la fable d'Ulysse est de tous les
âgés, et rend encore plus exacte ma comparaison du tour du
monde au voyage du Levant.
En résumé, le chemin des grands caps n'est plus qu'une
grande route maritime que l'on s'efforce de parcourir le plus
rapidement possible en choisissant les points où doivent se
trouver les vents favorables. Là est tout l'intérêt du voyage
pour les officiers d^ vaisseau qui ont, je le reconnais, à faire
bonne provision de patience, et aussi d'un peu d'abnéga-
tion au point de vue du bien-être, car cette navigation n'est
pas tendre. Mais quand on réussit, la peine est bien vite
oubliée. Ainsi, le Rhin vient de parcourir en 28 jours la
distance qui sépare le premier méridien (coupé par 45*" sud)
du cap Otway (entrée du détroit de Bass qui conduit à Mel-
bourne dans le port Philipp) ; cette traversée est presque
unique. Je suis sûr qu'en voyant la terre, pas un de mes
officiers ne pensait encore aux douches malsaines quMl
avait reçues jusque dans son lit.
La vapeur et le progrès des constructions navales tendent
du reste à raccourcir encore les distances. 11 y a peu
d'années^ les clippers anglais mettaient de 80 à 90 jours
pour se rendre à Melbourne; aujourd'hui, il ne leur faut
plus que de 70 à 80 jours, et un navire mixte, construit
dans la colonie Australienne, vient de faire deux voyages :
l'un en 52, l'autre en 54 jours. Le bien-être et les intérêts
y gagnent, mais la poésie disparait complètement ; les dis-
tractions mêmes font défaut. A peine si de loin en loin on
aperçoit une lie perdue dans l'espace, sous le feu des tro-
piques ou dans les brumes glaciales des mers australes ; ce
sont des témoins oubliés des cataclysmes d^un âge reculé à
268 QUELQUES OBJETS d'hISTOIRE NATURELLE.
la découverte desquels se rattachent des noms français, tels
que : Bouvet, Marion, Crozet, de Kerquelen, de Kennadee,
d'Entrecasteaux, mais que le monde ignore, sauf les pécheurs
de phoques et les marins.
Il y a bien aussi la capture des oiseaux, de l'Albatros, ce
géant des airs. Mais la rapidité de la course exclut le succès
de cette chasse à la ligne, car il faut pour prendre ces
oiseaux affamés que les vents contraires et furieux arrêtent
la marche du navire. Donc, moins on en rapporte, plus on
a été favorisé.
Ceux que j'ai envoyés Tannée dernière ont été pris en
partie dans le sud de l' AustraUe où le Rhin a essuyé un
cyclone, en partie pendant un coup de vent d'Est près de la
Nouvelle-Zélande, non loin de laquelle je me trouTe en ce
moment, retardé de nouveau par les mêmes vents. Malgré
cette circonstance et d'autres aussi funestes, le retour de
Nouméa à Rochefort s^était effectué avec une rapidité excep-
tionnelle : 101 jours de mer et 4 jours passés à Sainte-
Hélène. De Toulon, nous avons fait le trajet deux fois en
91 jours de mer jusqu'à Nouméa; la première par le canal
de Suez, la deuxième par le cap de Bonne-Espérance. On
ne compte guère de plus belle traversée, si ce n'est celle que
vient d'effectuer la Garonne en 8 1 jours : les deux navires
sont mixtes; la Garonne est d'un type supérieur, et elle est
revenue à Brest en 89 jours, ce qui est merveilleux.
Ces traversées ne peuvent être absolument comparées à
celles des clippers anglais dont je parlais plus haut, parce
que, dans nos transports mixtes, les qualités de marche ont
été sacrifiés à d'autres considérations, tandis que, dans la
construction des premiers, tout a été subordonné à la rapi-
dité. Nos navires regagnent une partie de ce désavantage en
franchissant les calmes à la vapeur. D'un autre côté, le
point de départ des Anglais est la Manche, d'où l'on est en
meilleure position que de Toulon et de Rochefort pour pé-
nétrer dans rOcéan, et la distance du port Philipp à Nou-
QUELQUES OBJETS d'hISTOIRE NATURELLE. 269
méa ajoute de 8 à 28 jours à celle d'Europe à Melbourne.
La traversée de la Garonne peul donc figurer parmi les
bonnes du commerce anglais, et celle du Rhin également^
si l'on ne considère que le trajet du détroit de Gibraltar à
celui de Bass. UOme^ arrivée à Nouméa le même jour que
ce dernier, a 85 jours de mer de Brest à Melbourne ; le
Rhin^ de Gibraltar, en compte 76 ; la Garonne ^ de Brest,
72. Jusque-là, nos frégates à voiles mettaient en moyenne
116 jours, quelquefois 140, de Toulon à Nouméa. Le
retour est généralement plus long; le parcours du Pacifique
Sud présente plus de difficultés, et donne plus de misère
aux équipages que celui de l'Océan Indien.
Ces détails, Messieurs, sont d'un intérêt médiocre; j'ai
cru devoir pourtant saisir l'occasion de vous les exposer, par-
ce que, je le répète, la marine est peu connue chez nous
et que Ton ne saurait trop appeler l'attention sur elle dans
nos provinces de l'intérieur. Ce que j'aurais à dire de la
Nouvelle-Calédonie, connue lieu de transportation et de
déportation, serait écouté avec bien plus d'avidité. Je regrette
d'être obligé de garder le silence à cet égard, et l'on com-
prendra pourquoi. Ce que l'on a entrepris dans cette colonie
pénitentiaire est considérable ; les résultats obtenus déjà le
sont également, mais les difficultés sont grandes, les intérêts
compliqués, et je ne crois pas que l'on soit encore dans la
voie qui peut assurer le succès, c'est-à-dire faire concorder
les besoins des vrais colons avec l'avenir des transportés et
des déportés. Mais les efforts de tous et l'énergie du Gou-
verneur triompheront des difficultés, parmi lesquelles il faut
citer cette déplorable extension de la centralisation qui là,
comme toujours en France, plus encore à cause de la dis-
tance, puisqu'il faut consulter Versailles sur certames me-
sures à prendre, paralyse les meilleures intentions. Ce que
je puis dire, c'est que transportés et déportés sont traités
avec une grande humanité, même avec générosité, et que,
si les premiers sont loin de fournir la quantité de travail que
270 QUELQUES OBJETS d'hISTOIRE NATURELLE.
Ton en pourrait attendre, on leur doit cependant à peu près
tout ce qui existe ; ils servent partout comme ouvriers oo
domestiques. Quant aux déportés, ik produisent peu, et je
crains qu'ils ne soient une entrave à l'avenir de la coloni-
sation.
Tous les bras cependant trouveraient facilement un em-
ploi : les mines d'or n'ont pas encore dit leur dernier mot ;
l'invasion des eaux a arrêté les travaux, mais on a déjà réalisé
500,000 fr. Une mine de cuivre, récemment découverte,
donne des résultats inespérés; le fer est partout; on oroit
qu'il serait plus productif d'exporter le minerai, dont j'envoie
des échantillons^ que de Texploiter sur place ; il existe de la
houille, seulement les gisements ne sont pas encore re-
connus ; l'élève du bétail se développe sur une très-grande
échelle. La grande culture industrielle produit surtout du
sucre et du café ; ce dernier est excellent. Le rhum devien-
dra bon en vieillissant ; le sucre me parait avoir beaucoup
d'avenir. Si la Société le désirait, je pourrais mettre à sa dis-
position des échantillons de ces divers produits.
Mais jusqu'à présent ceux-ci n'ont pas été rémunéra-
teurs, d*abord parce que les sauterelles ont dévoré les
cannes, et que les inondations ont causé des ravages, et
qu'ensuite aux frais de premier établissement s'ajoute le
prix de la main-d'œuvre qui est énorme, le blanc consom-
mant beaucoup et produisant peu dans les pays chauds,
même sous le climat exceptionnellement sain de la Calé-
donie. Les Kanaks étant réfractaires au travail, il faudrait
que les colons pussent introduire des ouvriers Indiens on
Chinois; c'est là ce que l'on ne veut pas^ à cause des con-
damnés que l'on désire attacher au sol et qui s'emploient
mal. Voilà le nœud de toutes les difficultés.
On importe du bétail d'Australie; la production locale,
malgré le nombre toujours croissant et déjà considérable des
bêtes à cornes élevées en liberté dans le pays, n'est pas en-
core suffisante pour la consonmiation des 10,000 blancs
QUELQUES OBJETS d'hISTOIRB NATURELLE. 271
actuellement présents sur nos divers établissements. A Tex-
portatiôn du sucre, produit par six usines dont le nombre
va augmenter, on peut ajouter celle des noix du bancoulier
et du cocotier, qui produisent de Thuile, ainsi que du tré-
pany ou holoturie, dite biche de mer, qui entre dans la
consommation alimentaire des Chinois.
Une exploitation qui n'a pas encore donné tout ce que
Ton en peut attendre est celle des bois. On en a cependant
déjà expédié en France, et employé beaucoup aux travaux
de la colonie. Des forêts qui produisent des arbres de 20 à
25 mètres cubes de charpente/ dans lesquels les naturels
creusent leurs énormes pirogues, ne sont pas à dédaigner.
Un garde d'artillerie de marine dirige cette exploitation, et
dispose d'une cinquantaine de transportés et de quatre ca-
nonniers seulement.
L'établissement, muni d'une scierie à vapeur, est situé
dans la baie du Prony, à l'extrémité sud de l'île qui est
là comme ailleurs très-accidentée, mais ici de formation
volcanique. Dans cette partie, le fer mélangé au chrome
et à d'autres matières affleure partout. Le sol n'est qu'un
amas de roches ferrugineuses, dont les blocs affectent toutes
les formes et prennent toutes les dimensions. La terre
végétale n'apparaît presque nulle part, et cependant les
pentes abruptes, conune le fond des vallées, sont couvertes
de forêts splendidcs, riches par la variété des essences et la
dimension des arbres qui, outre des charpentes colossales,
fournissent des bois d'ébénisterie superbes.
« Tout s'y ressent de l'état agreste de la nature brute.
» L'on y rencontre à chaque pas, réunies aux beautés de la
» nature abandonnée à elle-même, des marques de sa dé-
I) crépitude ; des arbres d'une très-grande hauteur et d'un
» diamètre proportionné, sans branches le long de la tige,
» mais couronnés d'un feuillage toujours vert : quelques-
» uns paraissent aussi anciens que le monde ; entrelacés et
«> serrés, au point d'en être impénétrables, ils servent d'ap-
272 QUELQUES OBJETS D HISTOIRE NATURELLE.
» pui à d'autres arbres d'égale dimension, mais tombant de
i> vétusté et fécondant la terre de leurs débris réduits en
» pourriture. La nature dans toute sa vigueur, et tout à la
i> fois dans un état de dépérissement, offre, ce semble, à
» l'imagination quelque chose de plus imposant et de plus
i> pittoresque que la vue de cette même nature embellie
1) par l'industrie de l'homme civilisé; voulant n'en con-
» server que les beautés, il en a détruit le charme ; il lui a
» fait perdre ce caractère qui n'appartient qu'à elle, d'être
i> toujours ancienne et toujours nouvelle. »
Ces remarques de d'Entrecasteaux, exprimées avec tant
de simplicité, en présence des splendeurs végétales de la
Tasmanie, dont les havres et les canaux portent son nom ,
s'appliquent également aux forêts vierges de la Nouvelle-
Calédonie. Seulement ici , sous la haute futaie, s'étalent à
profusion les plantes exotiques à larges feuillages connues
de tout le monde aujourd'hui, mais qu'il est rare de voir
réunies dans un ensemble si harmonieux ; ce sont : les pal-
mistes , les lataniers , les dracénas , les fougères parasites
et d'autres arborescentes dont la tige, haute de plusieurs
mètres, porte le plus gracieux parasol de feuilles longues et
finement découpées, le gommier, ornement de nos salons,
le chou caraïbe, le pandanus, le bananier et l'oranger
sauvages , les orchidées et mille autres, sans parler des li-
chens, des mousses, des lycopodes, dont le nombre est in-
fini. Les lianes exubérantes de sève atteignent la cime des
plus grands arbres, et par la variété de leurs contours, de
leurs agencements et de leurs espèces, complètent un ta-
bleau auquel rien ne manque dans les détails, ni dans Ten-
semble, pas même l'eau qui, de tous côtés, tombant de
roche en roche, ici forme des cascades, là coule paisible-
ment et disparaît quelquefois sous les racines; ailleurs,
creuse des ravines profondes sur lesquelles des géants abat-
tus par le temps sont jetés comme les ponts de nos mon-
tagnes que la légende attribue à la puissance du Diable.
QUELQUES OBJETS d'hJSTOIRE NATURELLE. 273
Tous CCS torrents forment de petites rivières et, en grand
nombre, débouchent dans les replis de la baie du Prony,
ouverte au sud du côté de Tile des Pins. Celle-ci, à toute
vue, est reliée à la Grande-Terre par une double bande de
récifs formés des coraux dont la Calédonie entière est en-
veloppée, et qui se prolongent à 50 lieues dans le nord-
ouest. Leur présence n'est indiquée que par une légère
ligne blanche de brisants ; et c'est au milieu de pareils
dangers, alors qu'ils étaient complètement inconnus^ que
les premiers navigateurs sont allés nous frayer la voie.
Ces récifs sont à eux seuls des mondes, roches vivantes
qui tantôt meurent , tantôt croissent et multiplient ainsi les
dangers sous les pas du marm. De plus, les vastes bassins
qu'ils enserrent renferment des millions d'êtres dont beau-
coup sont comestibles. Les poissons sont représentés par
une infinité de genres aux couleurs et aux formes variées ,
depuis rinfinimcnt petit jusqu'aux géants destructeurs, le
requin et la bécune. Les mollusques fournissent de riches
moissons aux conchyliologues, des repas aux naturels, et
des jouissances aux gourmets ; car l'huître de roche est très-
savoureuse, et celle du palétuvier, arbuste qui de tous côtés
plonge dans la mer ses racines adventices, est très-cstimée.
Les bénitiers, dont vous pourrez voir un spécimen de taille
moyenne, atteignent des dimensions prodigieuses et entrent
dans l'alimentation des Néo-Calédoniens. Il existe aussi une
huître perlière (perna), qui abonde à la baie de Prony.
J'en ai recueilli beaucoup, de même que d'excellentes es-
pèces comestibles autour d'une source thermale qui mérite
une mention particulière.
Cette exubérance de vie au sein de la mer fait contraste
avec le silence des bois. Ici la nature semble avoir épuisé
ses forces dans la production végétale. Parfois on parcourt
de longs espaces sans entendre un cri d'oiseau; et cepen-
dant la faune de la Nouvelle-Calédonie compte plus de
cent espèces emplumées, dont quelques-unes lui sont toutes
T. XXXVII. 18
274 QUELQUES OBJETS D HISTOIRE NATUUBIXB.
spéciales, notamment le Cagou, genre vobin des cchasâers,
qui court mais ne vole pas, et auquel les chiens font une
guerre destructive. C'est encore un genre que l'on verra
disparaître du globe, car il n'existe nulle part ailleurs.
J'ai observé que les oiseaux fréquentent davantage les iieax
habités, ceux du moins que Ton ne chasse pas, et qa'ib
sont très-famiUers. Il m'est arrivé d'être accompagné pen-
dant longtemps par une espèce de roitelet qui semblait
jouer le rôle du chien devançant son maître sur une route.
Plusieurs espèces d'Europe ont des représentants aux anti-
podes. Je citerai le rossignol, moins habile, mais aussi
agréable chanteur que le nôtre ; l'hirondelle , le martin-
pècheur, etc.
Quant aux mammifères, on n'en a jamais connu d'indi-
gène autre que la Roussette, énorme chauve-souris, dontje
rapporte un sujet. De son poil les Kanaks tressent des cor-
dons et en agrémentent leurs armes ou leurs parures de co-
quilles.
Les exercices cynégétiques ont donc peu d'attraits; ils
exigent d'énormes déplacements et une longue patience
pour surprendre ou attendre quelque canard sur des îlots
détachés ou au bord de lacs situés à 2 et 300 mètres d'al-
titude, ou bien des pigeons très-difficiles à distinguer sur la
cime des arbres. Il y a plusieurs espèces de ces derniers;
d'abord le Notou, gros comme une belle poule; puis le
Pigeon vert^ d'un beau vert d'émeraude ; des Tourterelles
aux couleurs variées. Quelques Perruches sont dignes aussi
de figurer sur une table recherchée.
Tout ce dontje parle, je l'ai vu; mais il n'est pas pos-
sible, durant un séjour de trois ou quatre semaines^ même
deux fois répété, de se faire une opinion sur l'ensemble 9
l'on s*absorbe dans une étude spéciale et si l'on y consacre
le temps que vous laisse une position qui a aussi ses charges.
D'ailleurs il faut des mois pour savoir diriger ses recherches
utilement (les mines à collections s'épuisent), étant donné
QUELQUES OBJETS d'hISTOIRE NATURELLE. 275
même qu'on eût la science, ce dont je n'ai pas la ^éten^
tien.
Ce qae j'ai appris et recueilli je le dois donc en grande
partie à des personnes obligeantes dont je me plais à citer
les noms :
M. de Gasteljau, directeur de la ferme-modèle de Yahoué,
qui s'occupe d'acclimater tout ce qui peut être utile à la
colonie, m'a procuré quelques oiseaux et des flacons d'in-
sectes, de scorpions, d'araignées.
Je dois à M. Numa Joubert, le plus ancien et le plus en-
treprenant des colons, du café, du sucre, du rhum, du
tabac que je me propose de faire connaître en France.
M. Marie, sous-commissaire de la mariiie, un naturaliste
éminent qui, par un long séjour sur le sol calédonien, a pu
acquérir une connaissance exacte de sa faune et de sa flore,
a bien voulu m'éclairer de sa science, et me préparer quel*
ques oiseaux.
M"' G. de La Richerie, la femme du gouverneur actuel,
m'a procuré une collection de graines et de plantes dont
M"* de Villemereuil a fait une part aux horticulteurs du dé-
partement de l'Aube, et qui a été renouvelée cette année.
M. Alric, garde d'artiUerie de marine, chef de rétablis-
sement de la baie du Sud, m'a donné une collection des
bois des forêts qu'il exploite, et des graines des principales
essences. Il doit, de plus, se charger de recueillir des plants,
et de les mettre dans de bonnes conditions pour supporter
le voyage. Je chercherai, par l'intermédiaire de mon beau-
père, M. d'Houdouart, conservateur des forêts, un sylvicul-
teur qui, dans le sud-est de la France, puisse tenter d'ac-
climater quelques espèces.
C'est encore à M. Alric que je dois d'avoir pu étudier
dans tous ses détails la source thermale que j'ai mentionnée.
Au fond de la baie du Carénage, échancrure profonde de
celle du Prony, entre des coteaux déclives et boisés, au mi-
lieu d'une forêt de pandanus, deux torrents déversent leurs
276 QUELQUES OBJETS d'hISTOIBE NATURELLE.
eaux et forment un delta dont les plages de sable tranchent
sur le vert sombre des rivages. Au milieu de ce sable blanc
se détachent un arbre isolé et quatre têtes de roche en forme
de table, hautes de un mètre, oblongues, et larges de cinq
ou six mètres. La mer, quand elle est pleine, baigne ces
roches presque au niveau de leur surface et n'en découvre
pas complètement le pied dans les plus basses eaux. Les
huttres comestibles font corps avec elle ; les perlières y sont
suspendues en grappes. Ces roches sont autant de bouches
qui préservent Teau thermale du mélange de la mer. Une
arête à feuillures fait saiUie dans le sens de la longueur sur
chaque plateau, et par quelques ouvertures laisse percevoir
une sorte de canal. CTest là la conduite principale de la
source qui s'échappe quelquefois par le haut et le plus sou-
vent par des orifices latéraux sur les faces verticales du
massif. Elle sort à la température de 40 à 50% a le goût de
Teau de Barèges, et dépose sur les bords des exutoires une
matière pâteuse qui enduit tous les objets voisins et se durcit
à la longue. La roche entière est formée de ces dépôts et des
coquilles sont englobées par eux. Aujourd'hui rien de plus
simple que ce mode de formation ; mais dans le principe il
a fallu que sous les eaux de la mer celles de la source aient
chassé le sable, formé une pâte avec celui-ci, puis que les
dépôts se soient accumulés par dessus et se soient solidifiés
bien que lavés par les flots. Lorsque cette roche ainsi for-
mée eut dépassé le niveau de la haute-mer, l'agglomération
est devenue plus rapide. Cela explique et les parois verti-
cales de chacun des pâtés de matière dans lesquels les
sources se sont réservé un réseau de canaux, et l'arête feuil-
letée et en saillie qui les traverse.
La collection que j'offre à la Société, relativement à cette
source, est complète. Elle comprend une bouteille de son
eau, des fragments des dépôts pâteux, des échantillons de
la roche durcie, des huîtres comestibles [ostrea mordax),
dont l'une dans une gangue calcaire, des huîtres perliàies
QUELQCE8 OBJETS d'hISTOIRE NATUBEUE. 277
{pema striluta), l'une contenant sa perle. Il y a des perles
d'une très-belle eau, mais elles sont rares. Si vous le jugez
utile, vous avez parmi vous, Messieurs, des savants qui pour-
ront analyser ces éléments, et ne connaissant pas encore de
travail sur cet objet, je prendrais grand intérêt à lire le
leur.
J'ajoute une bouteille d'eau d'une autre source thermale,
située dans les mêmes parages, à plusieurs mètres au-dessus
du niveau de la mer, et un échantillon de celle qui coule par-
tout, et dont s'approvisionnent les navires, laquelle je crois
très-salutaire par suite de son contact continuel avec le
fer.
On verra encore, non sans intérêt, je pense, des morceaux
de la serpentine dont les anciens Kanaks fabriquaient leurs
haches^ instruments assez finis et assez résistants pour leur
permettre d'abattre des arbres de 6 à 8 mètres de tour.
Sur ce sujet on peut consulter avec fruit l'ouvrage de sir
John Lubbock, intitulé V Homme avant tHistoire^ avec
une description comparée des moeurs des sauvages mo-
dernes, pages 377, 488, 489, 448.
La salubrité de la Nouvelle-Calédonie deviendra certai-
nement proverbiale, si l'invasion européenne n'est pas
suivie des fléaux qu'elle traîne ordinairement derrière elle.
A quoi attribuer ce bienfait, lorsque l'on voit des pays très-
voisins d'autres, d'apparence très-semblable, privés de cette
immunité ? Chacun cherche la solution dans la sphère des
phénomènes que ses études l'amènent à observer. Des offi-
ciers et les ingénieurs qui ont travaillé et travaillent encore
à l'hydrographie l'attribuent à l'existence d'un sous-sol de
coraux vivants. Voici ce que dit M. Chambeyron, capitaine
de frégate, dans les Instructions nautiques sur la Nouvelle-
Calédonie, 1869 :
<' La salubrité du climat de la Nouvelle-Calédonie est
désormais incontestable ; les travaux de force qui y ont été
278 QUELQUES OBJETS d'hISTOIEE IfATDRELLB.
exécutés dans les conditions les plus pénibles n'y ont pas
encore occasionné de maladies, et la naortalité y est no-
tamment moindre qu'en France. La températare, graee
anx fraiches brises qui régnent presque toute FanDée, n'y
atteint jamais des limites très->élevées. Dans la saison dlû-
Yernage, en janvier, février et mars, elle atteint rarement
+ 30"" et ne descend guère au-dessous de +15* pendant
la nuit en juillet et en août. Elle n'est pas exposée à des
changements brusques comme à Taîti .
» Lorsqu'on entreprit à Nouméa, et plus tard à Kanaia,
les premiers travaux de terrassement dans des terrains bas
et fangeux, on craignit de voir se déclarer des fièvres pa-
ludéennes. Il n'en fut heureusement rien, parce que ces
terrains ne sont rien moins que des marécages. On n'y trouve
point les plantes qui remplissent ordinairement les marais,
et quoique les eaux y paraissent stagnantes, et semblent
privées de tout écoulement, nous sommes convaincu qu'elles
se renouvellent constamment par les crevasses du sous-sd,
qui est partout de corail à une plus ou moins grande pro-
fondeur. Dans les plaines du littoral d'Yate et d'Uoia, où
lesalluvions ont bien moins d'épaisseur que sur la côte ouest,
ce sous-sol perce par places en maints endroits, et Ton voit,
loin de la mer, surgir des têtes de corail au milieu de ma-
rais dans lesquels les indigènes cultivent le taro avec
succès r
» L'écoulement souterrain des eaux est très-actif en
Nouvelle-Calédonie ; nous avons parlé tout à l'heure de la
disparition de la Tontouta de son lit pendant plus de mi
quart de lieue ; nous mentionnerons ici le plus remarquable
cours d'eau de ce genre qui, dans les environs de Yenghen,
passe sous une île située à 500 mètres du rivage, l'alimente
d'eau douce et va se perdre ensuite à la mer à une distance
inconnue.
D Ces divers faits nous ont amené à des remarques qui,
_ J
QUELQUES OBJETS D*HIST01RE NATURELLE. 279
selon nous, mériteraient une étude spéciale de la part des
hommes compétents. Dans les lies intertropicales oii les co-
raux sont TÎvantsv telles que la Nouvelle-Calédonie, Taïti,
la majeure partie de la Polynésie, les Seychelles, nous avons
reinarqué Tabsence ou l'innocuité des fièvres et 'autres
maladies ordinaires dans ces climats, tandis que dans les
pannes entourés dé coraux morts, tels que la Vera-Cruz,
les AntiRes et les Nouvelles-Hébrides, près de la Nouvelle-
Calédonie, ces maladies présentaient an contraire un carac-
tère très-grave. N'y aurait-il pas dans le premier cas un
mouvement et un écoulement permanent des eaux, qui s'op-
poserait à la tormation des marais proprement dits, écoule-
ment qui ne trouverait plus d'issue dans le second cas ? Nous
ne résoudrons la question dans aucun sens, et nous nous
contenterons de la présenter aux hommes spéciaux. »
M. B. Balansa, botaniste {Bulletin de la Société de Géo-
graphie de février 1873. — M. Balansa est revenu en
France en 1872 sur le Rhin) y prétend que le Niaouli joue
en Nouvelle-Calédonie le même rôle que l'Eucalyptus
en Australie : ce serait un chasse-fièvre. Il croit que cet
arbre n'existe pas aux Nouvelles-Hébrydes qu'il cite comme
mioilsaines. Le Niaouli est une myrtacée très-répandue dans
lés terrains sédimentaires ou métamorphisés, mais qui dis-
parait complètement des terrains cruptifs. Ainsi elle n'existe
pas dans les forêts du Sud. C'est un arbre précieux, qui
rend les défrichements difficiles, mais dont toutes les parties
sont utilisables. Le bois donne une très-belle charpente, la
feuille rerifiplace le laurier-sauce, et Fécorce, qui recèle de
nombreux scorpions, fournit des toitures, des abris impro-
visés pour lés campements de nuit, et de l'amadou. J'essaye
d'en rapporter un fhigment. Mon père vous a présenté
Tannée dernière une branche de cette myrtacée portant
feuilles, fleurs et graines.
Deux conifères remarquables appartiennent aussi en
280 QUELQUES OBJETS D HISTOIRE NATURELLE.
propre à la NouYelle-GalédoDie ; le Kaori, dont le tronc ad-
mirablement droit atteint 20 et 30 mètres sans branches, et
en mesure quelquefois trois de largeur à la base, rappdk
notre platane par son galbe et son écorce. Il existe aussi à
la Nouyelle-Zélande, où sa gomme produit 5 milions de
francs à Texportation (1 ]. Ce pourrait être encore une source
de revenu à laquelle on songe à Nouméa. Le Pin colonnaire,
qu'il ne faut pas confondre avec celui de la petite tle voi-
sine de Norfolk, est un joli arbre d'ornement lorsqu'il est
jeune ; vieux, il est ébraoché par le vent et prend Tapparence
d'où il tire son nom, de même que Tile des Pins a pris le
sien des forêts de colonnaires qui bordent ses rivages du
sud*est. Il est assez singulier que ce conifère recherche non-
seulement le bord de la mer, mais encore l'exposition aux
vents alizés qui sont humides et souvent violents. De là ré-
sulte que les côtes s'offrent aux navigateurs sous des aspects
très-différents, selon le point par lequel on les aborde : au
sud-est, des sites alpestres; vers le nord, la belle végétation
tropicale, où le cocotier produit des effets si jolis et si riches ;
à l'ouest, des mamelons couverts d'une herbe uniforme et
triste à la vue, près de Nouméa surtout.
Aussi, lorsqu'on arrive de la mer, on est loin d'être séduit
comme on l'est en découvrant les riantes plages de Taîti.
C'est dans les détails et en la parcourant que l'on peut ap-
précier les richesses de la Nouvelle-Calédonie ; l'avenir
dira si ces richesses peuvent un jour nous indemniser de
nos dépenses. Pour obtenir ce résultat il faut du temps, de
la sagesse et de la constance : espérons que ces quaUtés ne
nous feront pas défaut .
A ces notes, peut-être un peu longues, je joins la liste^
celle-ci trop courte des objets qui vous sont adressés, et
vous prie de croire, Messieurs, au plaisir que j'aurai tou-
(1) Voir le Bulletin de février 1873 de la Société de Géographie.
QUELQUES OBJETS d'hISTOIRB NATURELLE. 281
jours à me mettre en relation avec vous, et à la satisfaction
que j'éprouverais à vous être utile dans la limite de mes
forces.
A la mer, près de la Nouvelle-Zélande, à bord du Rhin^
le 9 juin 1873.
P.-5. — Dans notre retour par T Atlantique nord, au
nord-est de la mer de Sargasse, nous avons traversé une
troupe de cachalots composée de 200 animaux au moins,
qui, pendant une heure, ont pris leurs ébats autour du Bhin^
sautant quelquefois de toute leur longueur, dans la verticale,
au-dessus de Teau et retombant avec fracas. Il est rare
d'assister à un. spectacle pareil ; c'est d'ailleurs une diversion
intéressante aux ennuis du navigateur.
DERNIERE NOTE
SUR
CLOTILDE DE SURVILLE
PAR
M. CHARLES DES GUERROIS
Membr» résidant.
M; le Président, avec sa bien?eillance ordinaire, a appelé,
lors de notre dernière séance, mon attention sur un Tolume
des Actes de F Académie de Bordeaux (3* série, 34** année,
1^72-73, Paris, Dentu. — Articlc de M. Anatole Loquin).
L'auteur de ce travail tres-développé, — il occupe 240
pages in-S**, de la page 5 à la page 244, — arrive, par une
suite de considérations bien déduites, en ce qui concerne
l'authenticité des poésies de Clotilde de Surville^ à une con-
clusion pareille à celle que j'ai tiré moi-même de l'examen
de ce pastiche célèbre dans un travail que j'ai eu Phonneur
de lire devant vous dans votre séance du 15 mars 1872.
C'est aujourd'hui une question épuisée et qui tombe désor-
mais dans le domaine du lieu commun ou du paradoxe,
une question qui n'en est plus une que pour les gens qui ont
du temps à perdre — ce sont les naïfs qui croient à Clotilde
de Surville — et aux gens qui aiment à faire perdre du
temps aux autres «-> ce sont les amis du paradoxe. Je n'ana-
284 GLOTILDB DE SURVILLE.
lyserai donc pas plus amplement le travail, si bien fait qu'il
soit, que nous apportent les Actes de F Académie de Bor-
deaux. Je n'ajouterai ici qu'un mot.
Plusieurs critiques refusent d'admettre que le marquis
de Surville soit l'auteur du pastiche ; ils se fondent sur la
loyauté bien connue du gentilhomme royaUste et sur sa
persistance à nier jusqu'à la fin, à plaider non cotqnxble.
Cet argument me parait de peu de valeur. La loyauté de
M. de Surville est incontestable et n'est point en question
à mon avis; il m'est impossible d'admettre qu'elle puisse
recevoir la moindre atteinte du fait qui semble bien avoir été
le sien; quel crime, quelle simple faute morale y a-t-il à
attribuer à une personne morte depuis quatre siècles des
poésies dont on est l'auteur, surtout quand elles prouvent
du talent ? Donner ne sera jamais la même chose que
prendre. Qui a jamais songé à faire un crime à sir Walter
Scott d'attribuer ks Contes de mon Hôte à Jedediah Cleis-
botham? simple forme de la création littéraire.
Je reviens au travail de M. Loquin. La partie la plus in-
téressante de ce (1 Procès littéraire » (c'est le titre que l'au-
teur a adopté), est celle où il rend compte d'un article d'un
ingénieux critique, M. Levallois, inséré dans le Correspon--
dantàu 10 août 1872. Ce travail, comme on devait s'y
attendre de la part d'un esprit aussi distingué, ne se com-
pose pas de simples redites; il contient une idée nouvelle,
présente une manière nouvelle, mais rentrant dans le para-
doxe, d'envisager le sujet. Jusqu'ici il n'y avait guère eu que
deux façons de le considérer : Les uns disaient : Clotilde a
existé et fait les poésies publiées sous son nom ; les autres af-
firmaient que : soit que Clotilde de Sur ville eût existé ou non,
elle n'était pas l'auteur des poésies, ouvrage, soit du mar-
quis de Surville, soit de Vanderbourg, le premier éditeur.
M. Levallois prend les choses d'un autre biais; il sacrifie
résolument le marquis de Surville, et dit : Les poésies
de Clotilde sont vraiment de Clotilde, appartiennent vrai-
CLOTILDB DE SIRVILLE. 285
ment au quinzième siècle ; M. de Sunrille n'a pas eu assez
d'esprit pour les créer, mais il a eu assez de présomption
pour y mettre la main et les gâter. Retrouvant — dans quel-
que vieux cofifre apparemment, comme Chatterton — les
poésies de son aïeule, il les a prises comme texte à élucu-
brations soi-disant poétiques; il y a ajouté, non pas son ta-
lent, mais son savoir-faire malheureux de versiGcateur.
Surville aurait été ainsi une sorte de Letourneur pour son
aïeule, s'il est permis de comparer de très-petites choses à
de très-grandes, s'il est permis de nommer Shakspeare à
propos de ces aimables riens de Clotilde de Surville.
Bonne fortune singulière, qui faisait retrouver fort à point
au marquis de Surville des poésies dont personne pendant
trois siècle n'avait vu un fragment, dont personne n'avait dit
un mot, dont personne enfin n'avait entendu parler. Bonne
fortune d'autant plus singulière que ces poésies écloses en
plein Vivarais, en pays de langue d'Oc, étaient écrites dans
la langue du nord de la France. Le système du spirituel
cniiquedyi Correspondant repose sur une simple, hypothèse,
à savoir qu'il y a eu un texte retrouvé sur lequel Surville
a travaillé à loisir, comme sur son bien, modifiant, ampli-
fiant et défigurant. Il est très-facile de transformer une
simple hypothèse en affirmation, et même, le talent aidant,
de faire illusion aux esprits peu doués de critique qui veu-
lent bien se laisser entraîner ; il est infiniment plus difficile
d'appuyer cette hypothèse sur une preuve ou une vraisem-
blance quelconque. M. Jules Levallois a fait un jeu d')esprit,
un ingénieux paradoxe, il a rajeuni la question ; il ne lui a
pas donné, il n'a pas pu lui donner une solution positive et
suivant le vrai.
Reste à savoir s'il y a eu du moins une Clotilde de Sur-
ville, une Marguerite-Clotilde-Eléonore de Vallon el Chalys,
femme de Bérenger de Surville. On a aujourd'hui réponse à
cette question ; une réponse positive et comme notre siècle
les aime avec toute raison. Non^ Messieurs, il n'y a pas eu
286 CLOTILDK DE SURVILLE.
de personne de ce nom, mais il y a eu une Margnmte
Cbalys, fenmie en effet de ce Bérenger de Surville ; Tade
de mariage a été retrouvé dans ces dernières années par
M. Henri d'Âudigier^ écrivain natif du Vivarais, dans les
minutes, dans le ManucUe Notarum de If Antoine de Brion,
Notaire à Privas en 1427. La fenune de Bérenger de Sur-
ville (celle-là même à laquelle on prétend attribuer les
poésies) est designée sous le nom de Margarita ChaUm,
Bérenger de Surville se maria en 1428 à Marguerite Cbalys,
fille de feu M"" Pierre Cbalys, licencié ès-lois à Privas. Mar-
guerite Cbalys, qualifiée dans Pacte de M* de Brion hane^
mulier (nous dirions aujourd*bui « bonorable fenune » )
avait été mariée en premières noces à Raymond du Bosco ou
du Bois, de Barrés. Marguerite Cbalys, béritière de sa tante
Florence Cbalys, avait, parait-il, une fortune considérable.
L'acte porte la date du 4 janvier 1428.
C'est ce que nous lisons dans un él^ant petit volume
publié tout récenunent par M. Â. Mazon, autre écrivain,
autre fidèle du Vivarais. La question tient fort au coBur des
cbercbeurs du pays. M. Mazon donne tout au long les
actes du Marmale Notarvm d'Antoine de Brion. Et voiUi,
dirai -je, comment la vérité Httàraîre peut sortir de la pou-
dre des études de notaire.
Un nom et un nom défiguré, un nom qu'il a arrangé
à sa guise pour lui donner une figure plus poétique, voilà
tout ce qui reste de l'invention du marquis de SurviUe.
Et ainsi se termine ce que j'appellerai, non pas « un grand
problème d'bistoire bttéraire » {Journal Officiel do 22
janvier 1873), mais une petite question d'amusement phi-
lologique.
Troyes, 15 octobre 1873.
FRAGMENT INÉDIT DE GROSLEY
UN MOT ESNGORE
m us
MEMOIRES DE rAGADEHIE DE TROYES
>iR
U. LÉON PI6E0TTE
Le recueil de pièces intitulé llfémoires de r Académie de
Troyes e^t trop connu non-seulement des érudits mais même
du public, pour qu'il soit besoin de parler ayec déyeloppe-
ment de ces facéties où abonde le sel gaulois assaisonnant
de nombreuses citations d'une érudition bien remarquable
pour nos générations actuelles. Quel en est Tauteur ou quels
en sont les auteurs? Question, au moment de l'apparition
de ce piquant recueil, pleine d'intérêt, mais alors difficile
à résoudre. En effet, les deux premières éditions, celles
de 1744 , non-seulement ne portaient le nom d'aucun au^-
teur , mais le lieu de leur publication était éridemment dis-
fdmulé ; l'indication de la ^ille de Liège était une fausse ru-*
brique. La curiosité publique, justement éreillée par le vif
attrait que les œuvres de ce genre présentaient aux esprits
de cette époque si différente de la nôtre, se mit avec ardeur
288 FRAGMENT INÉDIT DB GROSLET.
à en rechercher la paternité. Le nom de noire spirituel et
savant compatriote Grosley fut prononcé le premier ; conmie
le succès autorisait Taveu , notre malicieux écrivain laissa
dire, et à bon droit, car les Mémoires de F Académie de
Troyes sont bien son oeuvre^ mais pour partie seulement.
La vérité est que la confection des diverses pièces qui les
composent appartient également à André Le Fèvre, avocat
à Troyes, cousin de Grosley, et à David, fils du directeur des
aides à Chàlons, alors résidant à Troyes.
Puisqu'il en est ainsi , pourquoi les noms de ces deux
derniers collaborateurs ne sont-ils plus aujourd'hui associés
à celui de Grosley? Pourquoi la postérité attribue-t-die
Toeuvre commune à ce dernier seul? La raison s'en trouve,
selon nous, d'abord dans le secret dont les auteurs se sont
enveloppés au moment de la publication des premières édi-
tions : les Mémoires^ il faut le reconnaître, sont de ces
productions que Ton ne désavoue pas quand elles réus-
sissent, mais qu'avant le succès on n'oserait publiquement
signer de son nom. De l'incertitude, que ce secret devait faire
naître, à l'oubli la transition est facile à comprendre. Puis il
est arrivé pour ce recueil ce qui s'est souvent reproduit
lorsque, pour un ouvrage fait en commun, l'un des auteurs
a acquis par d'autres travaux une réelle et soUde célébrité,
et que l'autre n'a attaché son nom qu'à des œuvres de peu
d'importance : la postérité gardienne des nonjs qui ont bien
mérité, laisse tomber dans 1 oubU celui de l'obscur collabo-
rateur que rien de saillant n'avait d'autre part reconunandé,
pour attribuer le mérite tout entier du travail commun à
celui dont elle a conservé la mémoire. Â un certain point de
vue , c'est une injustice , mais contre laquelle les protesta-
tions sont presqu'impuissantes , car elle est la conséquence
obligée du sort des choses de ce monde où la succession de
faits toujours nouveaux amène l'oubli du passé. Des trois
auteurs des Mémoires^ deux noms sont aujourd'hui près-
qu'inconnus, un seul nous a été transmis et c'est celui,
FRAGMENT INÉDIT DB GROSLEY. 289
comme il deyait arriver, de Tauieur qui par ses autres tra-
vaux avait mérité d'être conservé à la postérité.
Cependant , quelles qu'en soient les causes, nous le re-
connaissons hautement, c'est une erreur et la justice nous
impose le devoir de la signaler. Ce fut dans la même pensée
de justice que M. Emile Socard, aujourd'hui conservateur
de la BibUotlièque de la ville de Troyes, publia, en 1853,
un travail portant ce titre : Quelques mots sur un ouvrage
intitulé : Mémoires de l^ Académie de Troyes (1).
Ce travail contient des détails d'un vif intérêt sur l'origine
de ces Mémoires^ les personnes qui les composèrent, les
circonstances diverses dans lesquelles leur composition,
comme leur publication, eurent lieu (2). L'intention évi-
dente de l'auteur est de rétablir la vérité, de démontrer que
la postérité commettait une injustice en attribuant à Grosley
seul la confection des Mémoires; et que si notre spirituel
historien avait une certaine part dans ce travail, une part
considérable revenait à ses collaborateurs André Le Fèvre et
David (ils. A l'appui , il publiait in extenso deux documents
importants, savoir :
i\ Une lettre d'André Le Fèvre du 13 février 1765,
dans laquelle, tout en reconnaissant à Grosley quelque part
(4) Mémoires de la Société d* Agriculture^ des Sciences, Arts et
Belles Lettres du département de l'Aube, Année 1854. Tome Y,
deuxième série, pages 245-287.
(2) M. Emile Socard donne en outre aux bibliophiles de précieux
renseignements sur les éditions qui en furent faites; il indique :
1* Celle de 1744, Liège, in-S», 72 pages; 2» celle de la même année
1744, à Liège, in-8'* deux vol., le premier de 56 pages et le deuxième
de 16 pages; S» celle de 1756, Troyes, 2 vol. in-12; Ap celle de 1768,
Troyes, 1 vol. in-12, en faisant observer que cette édition est la même
que celle portant au titre le nom de lieu : Londres, la date de Tan x
et contenant, sous une pagination spéciale, Téloge de Grosley par
M. Herluison. Cependant cette énumération est incomplète, M. So-
card a omis de comprendre Tédition publiée par le Comte de Caylus,
dans son 12^ vol., 1787, in-8**; eUe présente quelques variantes dans
les titres.
T. XXXVII. 19
290 FBAGMBIIT INÉDIT DE GROSLET.
de collaboration, il lui reprochait avec amertume Tusurpa-
tion de son droit à h. paternité des Mémoires dont la com-
position aurait été presqu^entièrement son œuvre person-
nelle.
2"*. Et une lettre de Grosley, en date du 2 mai 1768,
adressée à M. Desmarets, inspecteur des manufactures de
Lyon. Dans cette lettre, Grosley avouait sa coopération aax
Mémoires de t Académie de , Troyes ; mais avec cette dis-
tinction : qu'il reconnaissait la paternité exclusive d'André
Le Fèvre pour certaines pièces du recueil et seulement la
participation de ce dernier pour d'autres pièces ; il repous-
sait le reproche que lui adressait son collaborateur de s'at-
tribuer à lui seul la composition des diverses pièces com-
prises dans cet ouvrage.
En lisant avec attention ces deux lettres, et en tenant
compte de certaines exagérations dans des prétentions réci-
proques, ainsi que de certaines susceptibihtés si ordinaires
aux gens de lettres, nous ne trouvons pas, pour notre part,
que Grosley ait dans cette circonstance porté une atteinte
grave aux devoirs imposés par l'amitié et la probité littéraire
et que l'erreur de la postérité puisse lui être reprochée
comme le résultat d'un fait d'improbité personnel et volon-
taire.
On a relevé à la charge de Grosley cette circonstance que
la lettre écrite par lui , datait de trois années après celle
d'André Le Fèvre, que ce retard était probablement volon-
taire, car le silence n'avait été rompu qu'après la mort de
ce dernier, alors qu'une réponse devenait impossible. Eo
effet. Le Fèvre était mort quand la lettre du 2 mai 1768 fut
écrite, mais nous ne saurions induire de ce fait une charge
contre son collaborateur; cette mort, au contraire, laissait
le champ libre à toutes les affirmations, et dans ce moment
Grosley pouvait, sans craindre un démenti^ dénier à l'auteur
ses droits à la paternité du recueil en entier et s'attribuer ex-
clusivement cette paternité. Loin de là cependant, dans a
FRAGMENT INÉDIT DB 6R0SLEY. 291
lettre, il reconnaît à Le Fèvre, en termes formels, une
large part de travail dans la collaboration h tout TouTrage.
L'étude de ces deux lettres fait connaître, en effet,
quelles sont celles des pièces comprises dans le recueil qui
appartiennent exclusivement à André Le Fèvre, à David (ils,
et celles qui sont l'œuvre cqmmune de Grosley et de
Le Fèvre. Dans les pièces composées en commun, quelle
est rétendue de la collaboration de chacun des auteurs?
Question dont l'importance se comprend facilement, puisque
de la réponse ressortira la légitimité des réclamations et des
protestations de chacun des deux coopérateurs.
Pour une de ces pièces, la plus considérable du recueil,
La Dissertation sur les Ecreignes; nous avons la bonne
fortune de posséder un document dont l'autorité ne peut être
contestée et qui répondra, nous l'espérons, à la question qui
vient d'être posée.
Mais avant de le faire connaître, nous croyons utile de
rappeler que Grosley, dans sa lettre du 2 mai 1 768, disait,
relativement aux Dissertations : sur un Ancien Usage; sur
un Proverbe, sur les Ecreignes; « J'avais imaginé le pre-
» mier et le troisième de ces Sujets que je mis en grande
» partie dans l'état où ils ont paru. M. D. . • s'attacha au se-
» cond et le mit dans le même état (1). »
André Le Fèvre, dans sa lettre du ^ 3 février 1765, écri-
vait ce qui suit :
(( Il avait été question de disserter sur les Ecreignes.
j> M. Grosley, qui était toujours mon esprit tentateur, m'ap-
» porta un mémoire beaucoup plus long que le précédent,
D contenant la note des diverses assemblées chez les anciens
» et chez les modernes qu'on pouvait ramener à ce sujet;
» mais le tout sans ordre , sans style , sans plaisanteries qui
» pussent du moins se soutenir sur le papier. J'arrangeai
(1) Page 264 du travail de M. Socard.
292 FRAGMENT INÉDIT DE GROSLBY.
» mes idées, je divisai ma dissertation eu quatre sections,
» je récnyis, et de même que dans la précédente, j'y em-
» ployai la première phrase du Mémoire de M. Grosley,
» et celles des citations qui me convenaient, dont je dis-
» persai une partie dans la troisième section, rejetant le
» reste dans une grande note que depuis j'ai suppri-
» mée (1). »
On le voit relativement à la Dissertation sur les
Ecreignes^ rien de bien déterminé n'a été écrit par chacun
des auteurs; il faut le reconnaître, le champ laissé aux ap-
préciations, aux interprétations diverses est bien étendu.
Nous espérons, en signalant l'existence du document dont
nous allons parler, fournir aux érudits les moyens de se pro-
noncer sur la question encore indécise : quel est le prin-
cipal auteur de la Dissertation sur les Ecreignes î
11 y a quelque temps, en travaillant au classement et au
catalogue des ouvrages, pièces et documents conceniant la
ville de Troyes — des Troyenneries , suivant l'expression
vulgaire — dépendant du cabinet de mon beau -père,
M. F. Carleron, médecin à Troyes, le vieux bibliophile dont
la passion pour les livres n'a pas besoin d^étre rappelée (2),
nous avions avisé dans une liasse de pièces diverses manus-
crites, non classées, un cahier, petit in-4*' de 13 pages,
écrit sur un papier blanc jauni par le temps, portant en tête
la date de 1743 et ce titre : Dissertation sur les E craignes j
lue à V Académie des Sciences, Belles^Lettres et Beaus-
Arts de Troyes par M...^ l'un des sept de cette Académie.
A la lecture de ce titre et à Tinspection première du
texte, notre attention fut éveillée; xme copie, avec cette date
antérieure à la première édition, nous parut étrange; nous
(i) Page 252 du travail de M. Socard.
(2) Ces documents, pièces et ouvrages sont classés et catalogués
pour être prochainement donnés à la Bibliothèque de la ville de
Troyes.
FRAGMENT INÉDIT DE GR08LET. 293
fûmes bien autrement frappés quand nous crûmes recon-
naître que récriture était celle de Grosley. Notre apprécia-
tion pouvait être erronée, nous avons soumis ce manuscrit
à Texamen de plusieurs de nos érudits, notamment au
conservateur de notre Bibliothèque, M. Emile Socard, à
qui récriture de notre savant compatriote devait être bien
plus familière ; ils n*ont nullement hésité à reconnaître un
véritable autographe de Grosley.
Voilà pour la partie graphique. Si à d'autres points de
vue on examine avec attention le manuscrit, on remarque de
nombreuses ratures, des surcharges, des interiignes qui
peuvent parfaitement s'expliquer pour une œuvre originale,
mais qui sont sans motifs plausibles pour une simple copie,
surtout pour la copie d'un livre imprimé. Bien plus, si l'on
compare le texte de ce manuscrit avec le texte imprimé, tous
les doutes tombent. On remarquera, relativement au texte
imprimé de la Dissertation , que dans les deux éditions de
1744 il est identique, mais qu'entre celui de ces deux
premières éditions et celui de Tédition de 1756, des diffé-
rences notables existent dans la division du travail comme
dans la composition elle-même. D'autres modiCcations
moins importantes se trouvent dans l'édition de 1 768 ;
même dans Tédition donnée en 1787 par M. le Comte de
Caylus on rencontre des variantes dans renonciation des
titres des chapitres. Nous n'avons point à expliquer les
raisons de ces changements ; une pareille étude dont les ré-
sultats seraient peut-être très-incertains nous entraînerait
trop loin. Ce que nous devons dire, après examen de l'auto-
graphe de Grosley, c'est que nous avons constaté que si la
Dissertation n'y est pas suivie jusqu'à la fin , si elle n'y est
pas terminée, il ne peut être contesté que la plus notable
partie du texte des éditions imprimées n'y soit comprise. Il
existe, il est vrai, de notables différences dans les divisions
de ce travail et dans la rédaction, mais on remarquera
que le plus grand nombre des citations d'érudition, la partie
294 PRAGMBirr iiiédit de groslbt.
savante, suivant nous la partie capitale^ s*y retrouve pres-
qu'entièrement reproduite ; aussi il nous semble difficile de
ne pas reconnaître que la pensée créatrice et originale de
la Dissertation sur les Ecraignes n'appartienne princi-
palement à Grosley, et que Le Fèvre, dans le passage de sa
lettre que nous venons de citer^ a réduit à de trop faibles
proportions la participation de son collaborateur.
D'ailleurs, qui pourrait affirmer aujourd'hui que la rédac-
tion définitive du texte imprimé est due à Le Fèvre seul? Cette
rédaction et les différences qui se trouvent dans la 3* édi-
tion ne sont-elles point Tœuvre collective de Grosley et de
Le Fèvre? Rien ne démontre le contraire. Mais nous n'avons
nullement la prétention de résoudre ces questions ; notre
but est de signaler l'existence de l'autographe conserré
dans notre collection à ceux de nos érudits qui, soucieux
de la réputation de Grosley, voudraient connaître toute la
vérité sur la réelle paternité des Mémoires de f Académie de
Troyes. Par l'étude de ce nouveau document et de ceux
déjà connus, ils pourront dissiper l'obscurité qui enve-
loppe encore cette question, déterminer ainsi la part réelle
de coopération des deux auteurs et attribuer à bon droit,
à chacun d'eux, la part de mérite qui lui revient.
Notre intention, en faisant connaître l'existence de l'au-
tographe de Grosley, n'est point de contredire à la pensée de
justice qui a inspiré M. Emile Socard dans l'intéressant tra-
vail dont nous avons parlé, nous nous associons au contraire
de tout cœur à cette pensée, et nous la confirmons toute
entière; seulement, nous ne voudrions pas que pour être
juste à l'égard d'André Le Fèvre, on cédât avec trop de fa-
cilité à Tenlraînement dont souvent les généreuses convic-
tions sont la suite, et qu'on allât, vis-à-vis de Grosley, au-
delà de la vérité !
Grosley est une de nos célébrités dont, à juste titre,
quelque fondées que puissent être certaines critiques, nous
devons être fiers. En présence de nos jeunes générations si
FRAGMENT INÉDIT DB GIOSLBT. 295
oublieuses du passée sachons garder avec un religieux res-
pect les yéritables et les réelles gloires de notre cité ! Nous
savons que c'était presque un culte qu'avaient pour Grosley
ceux de nos anciens qui ont acquis dans les Lettres une ré-
putation bien méritée, conune les Simon, les Herluison, les
Patris-Debreuil , notre si regretté et vénéré Président,
Gorrard de Breban et tant d'autres. C'est un devoir de pa-
triotisme, presque de piété filiale de veiller sur la mémoire
de ceux que nos pères ont tant aimé, tant admiré; et,
avec le respect de la vérité, laisser intactes et entières des ré-
putations qu'ils ont traitées avec tant d'honneur et qui sont
encore aujourd'hui notre gloire.
Quelque chère que nous soit la réputation de Grosley^ et
quelqu 'intérêt que nous ayons à la défendre des reproches
que l'on soulève à l'occasion de l'attribution exclusive que
la postérité semble lui faire de la paternité des Mémoires
de F Académie de Troyes^ nous le répétons, nous croyons
devoir nous abstenir et ne point donner dans cette question,
réellement déHcate, notre opinion personnelle. Ce genre de
productions, si goûté encore dans le xviii' siècle, n'est
plus de nos jours. L'étude de ces jeux d'esprit inventés
pour faire montre de son érudition, de cette Uttérature, vé-
ritable réminiscence de celle que nous ont léguée Rabelais,
Villon et tous nos conteurs du xvi" siècle, ne nous est guère
familière ; aussi nous avouons, sans hésitation, notre incom-
pétence. Mais comme pour les érudits, pour les amateurs
de cette ancienne littérature, la solution présente un intérêt
réel, nous donnons in extenso le manuscrit de Grosley ; ils
pourront comparer et juger par eux-mêmes.
Les lignes qui précèdent, nous avons pensé nécessaire de
les écrire pour faire connaître l'étendue des prétentions ré-
ciproques des auteurs des Mémoires de F Académie^ et dé-
terminer aussi clairement que possible l'état de la question,
par suite faire mieux comprendre quelle est Timportance
du document que nous publions.
MANUSCRIT DE GROSLEY
1743
DISSERTATION SUR LES ÉCRAIGNES
Lue à TAcadémie des Sciences^ Belles-Lettres et Beaux-Arts de Troyes,
par M l'un des sept de cette Académie (1).
quoB agor in êpecus»
Velox mente nova f
Hos4T., od. S5 da m* liv.
CesX le Babil, Messieurs, dit Cicéron, qui a formé la société, et
c'est le babil qui la soutient. Societatis vinculum oratio (2). Le
babil, après avoir lié la société en général, a formé les assenîbléfô
particulières dans lesquelles les hommes et les femmes, sacrifiant à
l'envie de parler leur haine, leurs mépris, leurs rivalités et leur
indifférence mutuelles , s'entretiennent avec une cordialité passa-
gère de tout ce qui peut regarder les intérêts et la réputation du
prochain. Telles sont. Messieurs, les assemblées de nouvelistes^
les caffés, les petits conseils^ certaines académies subalternes; et,
pour tout dire, en un mot, les Écraignes, qui sont le sujet de cette
dissertation que je partage en quatre paragraphes.
Dans le premier, je donnerai la définition et Tétimologie du mot
Êcraigne;
Dans le deuxième, je présenterai à vos yeux nos écraignes avec
toutes leurs dépendances;
Dans le troisième, je rassemblerai les écraignes de l'antiquité;
Dans le quatrième, enfin, je ferai voir que toute assemblée est
êcraigne plus ou moins.
(1) En donnant le texte du manuscrit de Grosley, on t respecté aussi reli-
gieusement que possible l'orthographe employée par l'auteur; il y a une trop
grande différence dans Torthographe avec laquelle un grand nomibre de mots
sont écrits et celle de nos jours, pour ne pas en faire l'obserTation.
(2) Cic, de Offic, lib. i, n» 16.
FRAGMENT INÉDIT DE 6R0SLBT. 297
I.
Définition ft itimolo^e des ioraignes.
On entend en général, par Ëcraignes, des assemblées souter-
raines nocturnes de femmes. Furetière, lett. ESCR, dit que les
Ecrennes (i) sont des maisons creusées sous terre et couvertes de
fumier, où les filles vont faire la veillée. Le sieur Des Accords, dans
la savante préface qu'il a mise à la tôte de son excellent traité sur
les Ecraignes dijonoises définit les écraignes en général : Ruches
à vesser. Définition qui réunit en un seul point de vue la forme du
bâtiment d'une écraigne et l'assemblée qu'il renferme.
Autant le sieur Des Accords a réussi dans cette définition, au-
tant il s'est trompé lorsqu'il a entrepris de fixer l'étimologie du
mot Ecraigne. . c II vient par aventure, » dit-il d'abord, « du mot
escrin, qui signifie un petit coffret. > Ensuite, sentant combien les
deux choses sont peu analogiques, il la veut tirer — nequicquam
reluctantem — du mot servum, c parce que, » dit-il, t il se trouve
> dans les assemblées une infinité de varlots et amoureux ,
> appelés autrement des voueurs, qui y vont pour découvrir le
> secret de leurs pensées à leurs amoureuses. > Il suffit^ Messieurs,
de proposer une semblable étimologie pour la couvrir de tout le
ridicule qu'elle mérite; monstrare destrtiere est, dit Tertulien,
Abandonnons donc le sieur Des Accords et tâcbons, av^ le secours
du savant Génie qui préside à cette Académie, de fixer l'étimolo-
gie que nous cherchons d*une manière satisfaisante pour tous les
savants présens et à venir.
Lucien s'est très-souvent (servi) du mot ÉxpiviÇo (2), qu'aucun
auteur grec n'a employé avant lui. Or, £xptv^(o signifie, dans le sens
de Lucien, se moquer, tourner en ridicule, Baguenauder, etc. Par
conséquent, il ne faut point chercher ailleurs la racine du mot
écraigne. Quelques gens malins la pourroient encore tirer du mot
grec xpavcla qui signifie en françois comier, parce que les filles et
femmes que les écraignes rassemblent s'y entretiennent de leurs
intrigues amoureuses, et y admettent souvent leurs galans; mais
(t) Cette manière d'écrire escraignes (sic) est nouvelle, et comme elle tient
on peu du précieux, j'ai cru que l'ancienne ortograpbe seroit plus du goût de
TAcadémie. (Note de Grosley.)
(2) Lises Expiv^o» [Edit].
298 FRAGMBIIT INÉDIT DE GR08LET.
ce serait une allasion badine plutôt qu'une étimologie yériuble,
c'est-à-dire tirée ex visceribns rei.
IL
Description des Bcralgnes.
Le sieur Des Accords, dans l'ouvrage cité ci-dessus, nous a
donné le plan des Ecraignes dijonoises. Ce plan est de main de
maître :
c Une Ecraigne est un taudis ou bâtiment» composé de plnsienn
t perches fichées en terre en forme ronde, repliées par le dessos
> et à la sommité , en telle sorte qu'elles représentent la têtière
> d'un chapeau, lequel après on recouvre de force moles et famier
• si bien liez ensemble, que l'eau n'y puisse pénétrer. Entre deux
» perches du côté du bon vent, on laisse une ouverture de la lar-
> geur d'un pied par avanture et hauteur de deux pour servir d'ra*
• trée, et tout à l'entour en dedans sont des sièges de motes pour
• asseoir la compagnie. Là se rassemblent les filles et feoimes do
• voisinage qui y travaillent jusqu'à minuit à la faveur d'one pe-
• tite lampe pour les éclairer et d'une petite trape de feu pour les
• chauffer Quand l'écraigne est pleine^ on y dit plein debo&s
• mots et contes gracieux ainsi que j'en ai été témoin >
Cette description étendue des Ecraignes dijonoises du 16* sièele
sert à expliquer celle que Tacite nous a donnée en peu de mots des
ecraignes des Anciens Germains. Soient Gertnani, dit cet auteur, suk-
terraneos specus aperire eosque mtUto insuper fimo pnerani, etc. (1).
Elle supplée ainsi à ce que Virgile ne nous dit qu'en passant des
Ecraignes des paisannes d'Italie :
Nec noctumd quidem carpentes pensa puellm
Nescivére hyemem, testa cum ardente vidèrent
Scintillare oleum, et putres conerescre fitngos (2).
Soit que les Champenois aient de tout temps plus recherché
leurs commodités que les Bourguignons^ soit que le luxe ait infecté
toutes les ecraignes champenoises et bourguignonnes depuis le
16^ siècle, il s'est glissé dans nos ecraignes des changements et dfê
innovations qui nous prouvent combien nos mœurs ont changé.
jEtas parentum pejor avis tulit
Nos nequiores (3).
(1) Tacite, de moribus Germ, [16, Eoit.]
(2) Virgil., Georg., lib, l. [vers 390-393, Edit.]
(3) Horat. [Odes, III, 6, y. 46, Eoit.]
FBAGMEnT INÉDIT DE GR08LET. 299
Oui, Messieurs, nos écraignes autrefois hermétiquement fermées
ont à présent au chapeau, ou à la sommité, une ouverture on
tuyau pour faciliter Tévaporation des exhalaisons de l'assemblée.
L'air extérieur introduit par cette ouverture se mêlant avec Tair
intérieur, le rafraîchit à la vérité, mais ce qu'on gagne d'un côté on
le pert de l'autre, et l'impression des exhalaisons est moins forte,
j'en conviens, mais de quel danger n'est pas cette impression im-
médiate de l'air extérieur sur toutes les tôtes de l'assemblée? Vous
savez. Messieurs, combien est dangereux l'air d'une cheminée pour
ceux qui se trouvent placés perpendiculairement sous le tuyau.
Outre le danger pour la santé, le tuyau des écraignes a entraîné
la perte de la liberté dans la conversation, et il est de très-dange-
reuse conséquence pour les mœurs.
Les garçons du village ne pouvoient autrefois, lorsque l'é-
craigne était fermée, ni entendre ce qui s'y disoit, ni s'y faire en-
tendre; et lorsqu'ils n'y avoient point leurs entrées ils étoient ré-
duits à attendre leurs belles à la porte. Mais aujourd'hui, couchés
comme des veaux sur l'écraigne, ils voyent tout ce qui s'y fait,
ils ne perdent pas un mot de ce qui s'y dit. Toute liberté est par
là détruite, la conversation languit, on est occupé que de la crainte
que l'écraigne surchargée par tous ces badauts n'envelope toute
l'assemblée sous ses ruines ; enfin, on est obligé d'essuyer tous les
mauvais quolibets de ces jeunes libertins, sans compter les signes
et gestes indécens de leurs mains qui se glissent par le tuyau, et
dès qu'un serpent, dit Tertulien, a trouvé par où glisser la tète, le
corps le suit bientôt (i).
La gourmandise et la bombance ont aussi pénétré dans nos
écraignes par le fatal tuyau. La petite trappe de feu ne pouvant,
depuis l'invention du tuyau, échaufer un volume d'air pareil à
celui qui entre continuellement, il fallut augmenter le feu : on
sentit. Messieurs, la nécessité des couvets. Le couvet introduit
dans l'écraigne n'y servit d'abord que comme couvet, mus l'amour
de la bonne chère fit bientôt faire réflexion que le feu ne sert pas
moins pour cuire que pour échaufer. On porte donc mille bonnes
petites choses qui furent depuis comme les agrets inséparables du
couvet : des châtaignes^ des oignons, des raves ou rêves, des topi-
nambours. Ma commère^ disait l'une, voulez-vous des châtaignes?
Non, ma commère, j'ai des navets. Hé bien I ma commère, donnez-
moi un navet, je vous donnerai deux châtaignes. Pendant tous ces
(1) TertoU, de Pailio.
300 FBAGMBIIT INÉDIT DE 6R0SLIY.
dialogues, le tems s'écoule, l'oayrage est en l'air, le fosean ne sert
qa'à remuer ce qui cuit dans ce couvet : non hos iwoentus in
usu$ t II brûle, le feu gagne le fil et souvent la quenouille; la con-
versation , autrefois délicate et spirituelle , n'est plus que de man-
geaille. Tuyau t Tuyau 1 tu as gâté toutes nos éaraignes et tu sub-
sistes encore f
Le tems, Messieurs, loin d'affoiblir certains vices, tels que la
gourmandise, ne fait que les augmenter; il ne faut donc point s'é-
tonner si les navets, les topinambours, etc., ont disparu pour fsdre
place à des mets plus délicats. Oui , Messieurs, nos couvets d'é-
craignes sont insensiblement devenus des autels sur lesquels on ne
voit plus que les mets dont les anciens Dieux du paganisme étoient
si friands : des tourteaux, des tartelettes, des petits pâtés, du bou-
din, des crêpes. Oui, Messieurs^ des crêpes et du boudin! et je
crains que bientôt chaque couvet n'ait sa fraise de veau toute en-
tière.
Avant de passer aux écraignes de l'antiquité, il faut observer
que nous avons dans la Champagne quelques écraignes remarqua-
bles par leur structure, à laquelle l'art n'a point eu de part et qui
sont en entier l'ouvrage de la nature. Telle est celle du village de
Pâlis, à six lieues de Troyes. Semblable à ces antres célèbres de
l'antiquité, elle a près d'un quart de lieue de profondeur; on y
compte jusqu'à huit ou dix sales distinguées chacune par une voûte
en ogive. L'écraigne s'établit chaque soir dans une sale plus on
moins enfoncée selon le degré de froid, et on ne l'a jamais vue dans
la dernière qui dans les plus grands froids est comme une étuve dont
la chaleur n'est pas suportable. Cette écraigne, dira-t-on , et celles
qui lui ressemblent n'ont point de tuyau : il est vrai , mais eHes
n'ont point de porte, elles sont remplies de faux fuyans et d'allées
perdues; d'ailleurs la gourmandise y a introduit vers le commen-
cement de ce siècle les couvets dont on s'étoit passé jusqu'alors.
III.
Ecraignes de Tantiqaité.
L'antiquité nous offre une quantité aussi variée qu'intéressante
d'écraignes : pour les parcourir avec ordre je les partage en quatre
clasces. Comme j'ai l'honneur de parler devant une Académie, la
première cla^^ce renfermera les écraignes savantes, la seconde les
écraignes fabuleuses et diaboliques; la troisième les écraignes re-
FRAGMENT INÉDIT DE 6R0SLEY. 301
ligieuses, la quatrième enfin les écraignes souveraines et despo-
tiques.
PHBMIÈR£ CLASGE.
Le chœur des Neuf Muses est assurément la plus célèbre écraigne
que Tamour des sciences ait jamais formée (1). Ces savantes filles
occupées pendant tout le jour^ selon Pitagore, à tirer de leurs ins-
trumens la quintescence de la céleste harmonie, et à chanter les
grandes actions des héros, se retiroient lorsque le serain commen-
çait à tomber, dans des cavernes ou plutôt dans des palais sou-
terrains. Là, dépouillées de Tatirail gênant de la divinité et ren-
dues à elles mêmes, elles passoient la nuit à babiller sur les bals,
sur les festins, sur les mariages, sur les amours des hommes; et
c'était dans ces moments de gaité qu'elles inspiroient les Anacréons,
les Saphos et les Callimaques : c'est ce que nous apprend le divin
Orph^ dans son hymne des Muses :
où^f Ti "ki^yovxou, fAOvafuv BpoTOc . ai r liseo'c
xocpovot cutTi ftiioiXi x^poç Oot^tac t fpaOtivat
Oc Tf yéciAOi xoc dàp^trtÇf xou KvTrpc^oç ipya. (2)
Si Ton me demande dans quel auteur j'ai appris que les Muses
avoient des apartements pour la nuit^ je répondrai qu'il n'est pas
vraisemblable que des personnes d'un sexe délicat fussent éternel-
lement en faction sur la croupe d'une montagne, outre l'indécence
d'une pareille faction continuée pendant la nuit. D'ailleurs je me
rapelle un vers de Martial par lequel nous aprenons que sous le
Pimplé, coteau limitrophe entre la Trace et la Macédoine il y avoit
une caverne consacrée aux Muses, et cette caverne est une des
écraignes que nous cherchons :
Ct^jus Pimpleo lyra clarior exit ab antro (3).
Parmi les écraignes savantes on peut compter cette assemblée
des Nymphes qu'Horace vit un jour dans un antre écarté où elles
prenoient les leçons de Baccus.
Bacchum in remotis carmina rupibus
Vidi docentetn, crédite posteri,
Nymphasque discentes (4).
(1) Strab., lib, 10; Plat. Tract, de miisica,
(2) Orph., Hym, ad Musas,
(3) Mart., Epigr. [xi] lib. 12.
(4) Horat, Od. 19 du 2« Hy.
302 nAGMBirr inédit db groslbt.
Qœ l'on aille pas s'imaginer que par les leçons de Baccns, Ho-
race entende on repas où le vin n'étoit pas épargné : on pareil
soupçon ne pourait tomber qu'en des esprits ou pansans mal
des Nimphes ou ignorans que Tancienne Mitologie partageoit la
direction du Parnasse entre Apollon et Baccus; et que ce dernier
avoit été nourri par les Muses dans les heureuses campagnes de
l'Arabie (1).
Aux écraignes savantes je puis joindre Técraigne all^rique
dans laquelle Platon a placé la Nécescité , les Parques et les Si-
rènes. Lk, dit le Philosophe , la Nécescité tient entre ses mains un
grand fuseau de diamsmt et à Tentour d'elle sont les Parques, les
filles qui en tournant le fatal fuseau chantent sur différens tons le
passé, le présent et l'avenir; et les sirènes qui sont les esprits har-
moniques des sphères font la basse (2).
Longtemps avant Platon^ Orphée avoit imaginé pour les Parques
une écraigne dans un antre de marbre sur les bords du lac de
Nichée :
oupaviac, cva Xtvj^ov v^wp v^j^uoi vnMpfmÇ
pijyyr/ÇaCy ffvotapô) Xiiropâ ftu;^ tù'kix& Smpùà
vacovorocy etc. (3).
SECONDE GLASGE.
Ecralflmes falbnleasea et dtabollqwe*.
Les forêts et les cavernes furent les premiers temples de l'ido-
lâtrie. Ensuite on les regarda comme des écraignes consacrées par
la présence des Nimphes, dos Driades, des Amadriades et de toutes
les autres divinités inférieures qui , selon les anciens Egiptiens,
formoient la chaîne mistérieuse d'Osiris qui embrassoit toute U
terre.
Les Rabins sur ces paroles du 32« chapitre du Deutéronome :
ils ont sacrifié atix Sckédim, interprètent le mot Schédim par celui
de Nimphes dont le culte étoit dès lors établi (4).
Il étoit difficile de faire un pas dans la Grèce sans trouver quel-
que écraigne de Nimphas. Le rocher sur le quel l'Acropole d'A-
(1) Gartan, Imag, des Dieux, Art. de Bachus.
(2) Plat., de Leg„ lib. 12; idem, de Hep., lia. 10.
(3) Orph., Frag,
(4*) Nie. de Lyra, in Deutero,
FRAGMENT INÉDIT DE GROSLET. 303
thènes fat bâti était célèbre par une écraigne de Nimphes dans la
quelle Apollon s'était humanisé avec une fille de Céeropa (1).
Les Nimphes Sp|b]ragitides avoient une écraigne dans une ca-
verne creusée par la nature sous la croupe occidentale du mont
Citéron (2).
Les lois de Minos et de Numas leur furent dictées par des Nim-
phes dans les écraignes des quelles ces princes politiques faisoient
croire qu'ils avoient leurs entrées (3).
Outre les cavernes naturelles, les Nimphes tenoient écraigne
dans plusieurs petites chapelles bâties dans la campagne en leur
honneur par gens affectionnés à leur culte. De cette espèce est Fé-
craigne de la quelle les Nimphes aperçurent le berger Ménalque
dans une attitude deshonôte et dont elles rirent à gorge déployée,
tant elles étoient bonnes déesses.
Faciles Nimphœ risére sacello (4).
Sans m'étendre sur Tantre fameux de Tropbonius, ni sur les
écraignes des Sybilles — Virg, Eneid, lib, 6 — ni sur les souter-
rains habités par les Muscs de Sicile Sicilides musœ ; souterrains
qui existent encore, passons à Técraigne dont Virgile nous donne
une description si galante dans l'épisode de son 4« livre des Géor-
giques.
La mère d'Aristée environnée de 16 nimphes aussi jeunes, aussi
tendres, aussi aimables les unes que les autres, ne leur tient point
des propos de prude. Elle leur raconte la jalousie noire de Yul-
cain, les stratagèmes de Mars pour réaliser l'objet de cette jalon «•
sie, enfin les intrigues amoureuses des Dieux depuis la naissance
du monde (5). A ces récits faits par une déesse qui avoit sçu cap-
tiver le cœur d'Apollon , je crois qu'aucune nimpbe ne dormit et
qu'Aristée entrant dans l'écraigne au milieu d'une telle conversa-
tion n'y dut point paraître indifférent. L'empressement de la vive
et blonde Arétuse à voler au devant de lui et à l'introduire justi-
fie mes soupçons; je pense même, en galant Académicien, qu'A-*
rétuse ne fut pas la dernière à consoler Aristée de ses mouches.
(1) Pausanias, in Atticis.
(2) Plutarq., in Aristid. [19, Edit.]
(3) Lact., de Fols. Relig,, lib. 1, cap. 22; TU. Liv., lib. i.
(4) Virg., 3- Eglog, [v.9, Edit.]
(5) Vffg., Géorg, 4- livre.
304 FRAGMENT INÉDIT DE 6R0SUET. '
L'écraigne à la quelle présidait la mère d'Aristée n'était point
une écraigne oisive :
Milesia vellera Nimphœ,
dit Virgile,
Carpebant hiali scUuro fueata colore
Et plus bas:
fusis mollïa pensa
Devolvunt
Cela, Messieurs, pour apprendre aux femmes qu'elles ne sont
pas moins nées pour travailler que pour babiller et que l'un ne
doit point dispenser de l'autre (i).
Aux Nimphes succédèrent les fées qui jouent dans nos vieux ro-
mans les rôles remplis par les Nimphes chez les poètes Grecs et
Latins. Ne croyez pas, Messieurs, que j'aille vous parler des fées sur
l'autorité de nos féeries modernes, féeries dont les auteurs n'ont
jamais vu ni les fées ni leurs palais. Une savante Académie n'est
point faite pour être bercée par de telles autorités. Je ne vous par-
lerai des écraignes des fées que d'après des témoms occulaires. Les
écraignes des Nimphes dans lesquelles je vous ai promené depuis le
commencement de cette dissertation ne sont que des écraignes de
village en comparaison de celle qui va paraître à vos yeux.
Il y avoit une fois dans les montagnes de Norchia, au duché de
Spolette, une fée dont la cour nombreuse quittoit souvent les mon-
tagnes pour faire peur et peut-être pour faire du bien aux paisans
des villages voisins, fortunatos sua si hona norintf Dans les siècles
les plus barbares et les plus ignorants il s'est toujours trouvé quel-
qu'esprit supérieur qui s'élevant au dessus des préjugés vulgaires
ne se rend qu'à un examen sérieux et réfléchi ; tel était. Messieurs,
l'auteur de l'ancienne histoire intitulée : La Salade (î). Il part de
France pour rendre visite à la fée au nom seul de laquelle trem-
bloit toute l'Italie. Arrivé dans les endroits que Ton regardoit
comme les avenues de son palais , il grimpe sur une montagne dont
la cime, partagée en deux têtes qui menacent le ciel, ne se conmin-
nique que par une langue de rocher, longue de 40 pas, large an
plus de 4 pieds et environnée de part et d'autre de précipices dans
(t) Voyez l*écraigiie des Minéides; Ovid., Met. liv. 4'. [v, 32 et suiv. Edtt.]
(2) La Salade, ancien ouvrage frauçois du xi* siècle au plus lard. L*aoteor
de cet ouvrage y donne la relation de son voyage chez les fées de Spolete.
Guar. Mesquino, ancien romancier italien, s'est fait honneur des naêmea aven-
tures ; mais la critique éclairée n'est pas la dupe de ces sortes de larcins (note
de Grosley).
FRAGMENT INÉDIT DE GROSLET. 305
les quels Toeil s'égare et se perd. L'intrépide voyageur franchit ce
l^' obstacle, il passe ensuite dans une isle qui ne communique à la
terre ferme que par un petit banc de sable mouvant et enfoncé de
trois pieds dans une mer sans fond. Il sort de cette isle par un
chemin semblable. Arrivé en terre ferme il trouve une caverne
remplie de ténèbres palpables; quarante degrés taillés dans le roc et
usés de vieillesse le conduisent à une petite chambre de quatre
toises en quarré. Il découvre dans un coin de cette chambre un es-
calier sombre et étroit au fond duquel on entend un mugissement
semblable à celui de la mer en fureur : n'importe il enfile cet
escalier, il descend plus de cent degrés, il trouve le torrent dont les
vagues agitées faisaient le bruit qu'il avoit entendu en entrant dans
l'escalier et qui ne perdoit rien à être entendu de près. Il le tra-
verse : sur quel pont t Sur un espèce de grand sac de laine flottant
et mal assuré sous le pied. Frappé de la nouveauté d'un tel pont, il
l'examine de près. — N'ayez pas peur, Messieurs, c'était la queue
affreuse d'un serpent monstrueux, lequel parle à notre voyageur et
lui dit qu'il s'appelle Mascho et qu'il a été ainsi transformé pour
avoir vcmlu entrer trop avant dans les secrets de la fée. L'intrépide
voyageur dit au serpent : Dieu vous bénisse; et il continue sa route
jusqu'à une grande porte cochère. G'étoit la porte du palais de la
fée^ où le voilà donc enfin arrivé.
Je m'aperçois que le merveilleux d'un tel voyage vous a tous mis
en sueur. Essuyez vous, Messieurs, et en vous essuyant, comparez
les travaux que notre voyageur mit à fin pour trouver le palais de
la fée, à ce que vous avez à souSnr pour courir après la science
à travers tous les brocards d'une ville ignorante et sans goût.
Le voyageur introduit chez la fée se trouve au milieu de nou-
veaux dangers^ plus redoutables que ceux qu'il venoit d'essuyer.
Parties de chasse, soupers galans, bals, tout fut employé par
l'amoureuse fée pour gagner le cœur et entamer la vertu du pèlerin
qui s'éloit par bonheur pourvu des conseils d'un saint hermite qui
logeoit assez près du palais de la fée; et en un mot, Messieurs, le
nouvel Ulisse sortit bagues sauves de l'écraigne de la Callipso de
Norchie. Dieu donne pareille issue à ceux qui tentront par la suite
d'aussi hazardeuses entreprises 1
L'Allemagne était remplie de fées avant le schisme de Luther;
elles y étoient connues sous le nom de Nimphes Blanches ou
Sybilles Blanches. Toutes les nuits on les voyoit dans les cavernes
coudre, filer, danser; et même si l'on en croit les graves auteurs
T. xxxTn. 20
306 FBAGMENT INÉDIT DB GROSLEY.
qui nous ont conservé ces faits, elles n'étoient point insensibles anx
cajoleries des hommes (1).
Après les fées vient naturellemont le sabath. Cette écraigne dia-
bolique dans laquelle, selon la supputation des auteurs que je viens
de citer, le nombre des femmes est à celui des hommes comme 15 l\î
est à un; soit que Tinclination des femmes pour le sabath ait son
principe dans leur curiosité, soit qu'il Tait dans la vivacité de leur
imagination ainsi que le pense le P. Malbranche. J'ai appris de
plusieurs témoins oculaires que les femmes qui hantent le sabath
n'y paroissent qu'en y dansant masquées (2); et c'est par cette
raison que le code Lombard appelle les sorcières Mascas : celles qui
n'ont point de masques dansent dos à dos comme les camards des
marionettes.
THOISIÈMB GLASGB.
(3)
QUATRIÈME CLASGE.
irellléc* ■oaTendMS et deapotlqnes.
Les instituteurs de l'idolâtrie avoient, comme nous Tenons de k
voir, appelé les femmes aux plus augustes fonctions du sacerdoce,
et l'ambition des femmes satisfaite de cette prérogative n'cmvîoit
point aux hommes» les places importantes de L'Etat. Maitresses en
partie de la religion mais subordonnées en même temps aux loii^
politiques; c'est ainsi qu'elles figurent dans l'histoire ancienne
jusqu'aux premiers empereurs romains.
Rome après avoir presque vu le cheval de Calignla décoré du
laticlave et placé sur la chaise currule, vit, sans étonnement,
s'élever sur le mont Quirinal un petit conseil composé de comères
(1) Caron, en son Antéchrist, m. s.; Remig. lib., I, c. 17. Agric de Âni-'
malibus terrestr.; Wier, Traité des Diables, liv. I, chap. t6.
(2) Grillan., de Sortileg., c. 4, n. 3.
(3) Sous ce titre Ecraignes religieuses, Grosley Ikit allasion aux fêtes noc-
turnes que les femmes du paganisme célébraient sous les noms de mystères de
la Bonne Déesse, de Cérès, de Flore. Les éditeurs de la Dissertation sur les
Ecraignes n'ont fkit qu'indiquer cette allusion; nous croyons devoir imiter
leur réserve et reuToyer au manuscrit lui-même» le lecteur qui voudrait eonaattra
le luxe d'érudition que notre savant compatriote a déployé sur cette questioi,
(Note de l'éditeur).
FRAGMENT INÉDIT DE GROSLEY. 307
de qualité qui s'assemblaient les jours solennels et lorsque quelque
femme patricienne se marioit. Les empereurs avoient réglé la
séance des femmes à ce petit conseil, suivant Tancienneté des fa-
milles d'où elles sortoient, sans aucun égard à la qualité de leurs
maris, ne quœ maritos innobilitatos habeant innobilitatœ remane'
rent. Cette écraigne se soutint selon le plan de son institution sans
aucune révolution qui ait mérité l'attention des historiens. Il étoit
réservé au fameux Héliogabale de la tirer de son obscurité : il lui
donna de nouveaux règlements , il y appela toutes les femmes un
peu distinguées, enfin il la décora du titre auguste de Sénat (1).
Soè'mie, mère de l'empereur fut placée à la tête de cette écraigne
avec le nom, les honneurs et toute l'autorité des anciens» dictateurs.
Le nouveau sénat exerçoit la juridiction contentieuse sur toutes les
comères de l'Empire romain. Il rendit une foule de sénatus consultes
ou arrêts, tsmtôt sur le rang, le pas entre les femmes^ tantôt sur la
couleur, sur l'étoffe, sur la façon de leurs habits. La dimension des
révérences fût fixée par plusieurs arrêts; d'autres réglèrent le droit
que les femmes avaient, selon la différence de»^conditions, de pa-
roitre dans les rues sur un âne^ sur un cheval, sur un bœuf, dans
une chaise à porteur ou dans un caresse. La distinction même des
caresses fut établie, en caresses d'auripeau pour les femmes des fi-
nanciers, caresses ouvragés d'yvoire pour les dames patriciennes et
caresses dorés pour la cour de l'Empereur. Tous les arrêts for-
mèrent un corps de jurisprudence qui fixa les modes autant irré-
vocablement que des arrêts de femmes peuvent être irrévocables.
Qnoiqu'aucun historien depuis Lampride n'ait parlé de C3tte
illustre écraigne on peut assurer, vu la sagesse d'un tel établisse-
ment qu'il subsista jusqu'à l'entière destruction du sénat de Rome.
La Dissertation sur les Ecreignes s'arrête en cet endroit
dans le manuscrit de Grosley, bien qu'elle soit continuée de
quelques pages dans les diverses éditions qui en ont été
données. En effet, le paragraphe 4* indiqué dans la division
du travail, au commencement de la dissertation, manque
dans le manuscrit.
(1) Ltmprid., in Heliogab. Matronarum senatulum.
308 FRAGMENT INÉDIT DE GROSLET.
Avant de livrer à rimpression le manuscrit de Grosley,
nous avons eu la pensée de soumettre le texte des citations
grecques à notre excellent ami M. D'Arbois de Jubain ville,
archiviste de l'Aube ; il crut reconnaître certaines ioexacti-
tqdes dans la manière dont plusieurs mots étaient écrits.
Alors nous recherchâmes avec lui à rétablir le texte de ces
citations; ce qui ne se fit pas sans quelque difficulté. Pour la
première, Grosley indique le passage comme tiré de Thymne
adressée aux Muses, indication confirmée dans les éditions
imprimées des Mémoires^ et cependant nous n'avons ren-
contré dans les hynrnes de ce poète rien de semblable. Nous
n'avons trouvé dans les SchoUes d'Appollonius, sur le
Poëme des Argonautes, Uvre 111. Muller, Fragmenta phi-
losophorum grœcorum I, p. 177, et Appollonii RhodH
Argonauticon libri IIII scholia vetusta, 1574, Henri
Esûenne, p. 125, que les deux vers qui suivent; dous les
copions sur l'édition de M. Muller :
Ou^f Tc XviOoyTac Movo'fojv B^toroc ai yctp loac
Koipovoi ouai /xspjXc x^poç OoXtac r Eporevai
Le dernier vers de la citation semble avoir été de Tinven-
lion de Grosley qui en a pu trouver la pensée dans la suite de
la Scholie d* Apollonius que nous avons citée , laquelle traite
des danses et des noces.
La seconde citation ne se trouve point aux Fragments
d^Orphée, quoiqu*on ait indiqué cette provenance dans les
Mémoires imprimés. En réalité, elle fait partie de l'invoca-
tion aux Parques, hymne 58% vers 2-5 ; elle est écrite delà
manière suivante dans Henri Estienne : Poetœ grœct prin-
cipes, 1566,11, 120.
Oupavcoç tva Xcvxov 0^fli>p v^jy^iai; utto Bipfmç
JhQyvuTac Èv(Txtip6» XiTropû p'X^ cuXiOû avrpû.
Noîouo'at.
Ces inexactitudes piquèrent notre curiosité et nous enga-
FRAGMENT INÉDIT DE GROSLET. 309
gèrent à soumettre à un même examen quelques-unes des
autres citations d'érudition. Nous disons^ seulement quel-
ques-unes de ces citations ; car nous étions obligés de nous
limiter; en effet, dans plusieurs, Tabsence de précision au-
rait rendu le travail d'investigation réellement trop étendu;
pour d'autres, nous n'avions point sous la main les ouvrages
indiqués par Tauteur, tels les Images des Dieux de Cartan,
La Salade, etc.
Nous avons reconnu que les citations tirées des poètes et
historiens latins, Virgile, Horace, Ovide, Tacite, Tite-Live,
sont exactes. Nous les avons notées; mais sur d'autres, nous
avons fait les remarques suivantes :
1*. Celle tirée de Cicéron (i) est inexactement indiquée
et incomplètement relevée. C'est au chapitre 16, n* 50,
de Officiis qu'elle se trouve, et le texte porte..., ejus [socie-
iatis] autem vinculum est ratio et oratio.
2*. Tertulien (2), dans son traité de Pallio^ chap. 3,
parle bien du serpent, mais dans des termes tout diffé-
rents.
3°. Dans le Traité de la Musique, de Plutarque (3), il
n'est nullement mention du chœur des Neuf Muses d'une
manière un peu précise.
4*. Le titre de Ânimalibus terrestribus, donné à un des
ouvrages d'Âgricola (4), ne se trouve point dans la nomen-
clature des œuvres de cet auteur.
5°. Celui : Iraité des Diables (5), pour l'ouvrage de
(i) Page 296.
(2) Page 299.
(3) Page 301.
(4) Page 306.
(5) Page 306.
310 FRAGMBIIT INÉDIT DE GROSLET.
Wier, n'est point le titre réel ; le Téritable se trouTe dans
Brunet, y* édition.
6*. Même remarque sur le titre de l'ouvrage de Grillan-
dus (1). Suivant Brunet, le véritable titre est : deHeretids
et sortileffibus.
V. Dans Lampridus (2), le texte porte, au chapitre 4
d'Héligobale : senaculum id est mulierum senatum, et
non pas senatulum.
Nous ajouterons que les éditeurs des Mémoires, par
des motifs que nous ne connaissons point et que nous ne
pouvons apprécier, ont supprimé dans les diverses éditions
successivement publiées, un certain nombre des citations
dont Grosley avait émaillé son travail ; mais comme ils
conservaient la pensée que donnaient ces citations, ils ont,
dans un grand nombre de cas, indiqué les auteurs et les
ouvrages d'où elles étaient tirées. En donnant ces indi-
cations, les éditeurs ont reproduit toutes les inexactitudes
que nous venons de relever. Ainsi, suivant Le Fèvre, le
concours de Grosley aurait été sans aucune importance,
et cependant on Fa suivi dans presque toutes ses fautes; la
remarque méritait bien d'en être faite.
On peut cependant juger, par le résultat de nos recher-
ches sur une partie des citations du texte inédit de Gros-
ley, avec quelle légèreté notre malicieux académicien trai-
tait, quelquefois, la question d'érudition. Si l'adage ab
uno disce est vrai, on comprend la réserve avec laquelle
il faut admettre l'exactitude de sa science. Les auteurs de
la Dissertation sur les Ecreignes nous semblent avoir eu
conscience de la faiblesse de leur œuvre à ce point de
vue, mais comme ils n'étaient point gens à s'embarrasser,
ils ont eu l'ingénieuse précaution d'insérer à la fin de la
(1) Page 306.
(2) Page 307.
FRAGMENT INÉDIT DE GROSLET. 3il
Dissertation^ dans la première édition de 1744, l'avertis-
sement qui suit :
AVERTISSEMENT DE L'ACADÉMIE.
(( L'Académie s'aperçoit avec douleur qu'il s'est glissé
» un nombre infini de fautes dans l'impression de son ou-
» vrage : elle demande en grâce au Public de ne lui en
» sçavoir point mauvais gré. Elle aurait pu mettre ici un
» Errata; mais elle a pensé que les sots ne s'apercevraient
» pas de ce qui est défectueux, et que les gens d'esprit
» scauraient y suppléer. »
Troyes, le 18 novembre 1873.
UN MOT DE SOUVENIR
SUR
M. CHARLES DE MONTAIGU
PAR
M. LE 6RUN-DALBANNE
Vice-Présidt&t.
■•♦*'
MbSSIBURS)
Nous ayons beaucoup connu, dans notre jeunesse,
M. Charles de Montaigu/ membre correspondant de notre
Société ; et puisqu'il s'était signalé par des trayauz histo-
riques d'une certaine étendue, qui ne manquaient pas de
distinction, permettez-nous de vous en dire quelques mots
de souvenir et aussi de regrets.
Charles-Joseph Bouillant, comte de Montaigu, était né
à Troyes, le 26 septembre 1808. Issu de l'une des plus
anciennes familles de Bretagne qui vint, au commencement
du XVI* siècle, s'établir à Poissy (Seine-et-Oise), il n'avait
pas pU| par des raisons de santé, embrasser la carrière des
armes, comme plusieurs de ses ancêtres. Au sortir du Col-
lège de Troyes, il s'était livré, dans le silence, à l'étude de
la littérature, de l'histoire, de Téconomie politique, et bien
314 K. GHARLBS Dl KOlfTAIGC.
jeune encore il avait fait paraître un livre intitulé : Cùup
dceil historiçue sur la monarchie française et la Kèerii
natioriale. 11 J définissait l'ancienne constitution de ht
France, et trouvait qu'elle lui avait donné un gouverne-
ment mixte, composé de monarchie, d'aristocratie et de
démocratie; il déclarait, comme M""* de Staël, qu'en France
la liberté était ancienne et le despotisme moderne ; poar
le démontrer, il passait en revue toute Thisloire des com-
munes et celle des états généraux.
En 1846, à Tàge de 38 ans, Charles de Montaigu quitta
sa ville natale et alla se fixer à Paris. Ses divers écrits lui
assurèrent de suite une place honorable dans le monde des
lettres. Elu membre de l'Institut historique en 1847, il fiit
nommé vice-président en 1849^ et concourut dans une
large mesure à ses travaux.
Au mois de novembre 1852, la Société Académique de
l'Aube se l'attacha en qualité de membre correspondant,
et, moins d'une année après, l'Académie belge d'histoire et
de philologie lui décernait le titre de membre honoraire.
De 1848 à 1864, de Montaigu s'occupa beaucoup de
politique et fut un des collaborateurs assidus du journal
f Union, tl'est dire qu'il combattit l'Empire en faveur de la
royauté légitime, à laquelle il demeura fidèle jusqu'à la
dernière heure de sa vie.
En 1849, il se présenta comme candidat à la députation
du département de l'Aube, pour l'Assemblée nationale.
Sa profession de foi, qui résume l'ardeur de ses convictions
politiques, ne fut pas couronnée de succès, et il ne fut pas
élu.
Il accepta alors les fonctions de secrétaire-général dans
une grande société industrielle, et les remplit exactement
jusqu'à sa mort.
Sa santé s'était altérée en 1 869 ; les douloureuses émo-
V. CHARLES DB VONTAIGU. 315
lions que lui aTaient causé les malheurs de la patrie aggra-
vèrent ses souffrances, et il s'éteignit subitement, le 1 5 mai
1872, à l'âge de soixante-quatre ans, sans avoir pu dire un
mot d'adieu à sa famille.
Son œuvre la plus importante est V Histoire constitution-'
nelle de la France, du cinquième au dix-neuvième siècle.
Elle a eu Thonneur de trois éditions et est divisée en quatre
livres. Dans le premier, de Montaigu étudie les droits poli-
tiques des Français, l'état des personnes et les diverses
sortes de biens, sous la première et la seconde race royales,
les causes et les conséquences de la féodalité. Dans le
second livre, il apprécie l'affranchissement des communes
et des serfs, les droits de la bourgeoisie et les franchises
résultant des coutumes. Le troisième livre traite des assem-
blées d'états, des droits et des privilèges des états-généraux,
et du mode d'élection à ces assemblées. Enfin, dans le qua-
trième et dernier livre, Tauteur développe ses idées sur
l'ancien régime de 1614 à 1789, les parlements, le tiers-
état, les impôts et l'ancienne constitution française.
En 1848, de Montaigu avait publié un ouvrage sur
V Organisation du travail et du commerce, dans lequel,
après avoir dépeint successivement les conditions des classes
ouvrières, les causes du malaise et de la décadence du com-
merce, et posé les bases de Torganisation du travail, il ter-
minait par ces paroles : a Autrefois, la loyauté du com-
» merce français était devenue proverbiale sur toutes les
D places de l'Europe. Le commerce actuel ne doit pas dé-
» générer; car il ne peut, sans se suicider, négliger une
}> vertu qu'il faudrait inventer si elle n'existait pas. » Enfin,
il pensait, avec tous les bons esprits, que le meilleur moyen
d'améliorer le sort des ouvriers était de les moraliser par la
religion, qui seule peut donner la résignation pour le pré-
sent, l'espérance pour l'avenir.
Tels sont. Messieurs, brièvement résumés, les titres de
316. V. CHARLES DE VONTAIGC«
M. de Montaigu à dos souvenirs. Ajoutons qu^à la fermeté
des principes, à la sagacité et à Tindépendance de Fesprit,
il joignait une franchise et une loyauté de caractère qui kd
avaient conquis l'amitié de tous ceux qui rapprochaient
et qui avaient été à même d'apprécier les qualités de son
cœur.
Troyes, le 24 mars 4873.
PROGRAMME
DES
PRIX MIS AU CONCOURS
PAR LA
800IBTB AOADÉMIQTJB DB L*AX7BB
Prix à décerner en 1874.
r. Une médaille d'or, de la valeur de 200 francs, sera
décernée à l'auteur de la meilleure Notice sur Philippe
Thomflssin, graveur troyen.
Cette étude avait déjà été mise au concours par la Société avec
une médaille de 100 francs. — En appelant de nouveau les concur-
rents, la Société a douUé la valeur du prix, et a décidé que la^ ré-
compense pourrait être également obtenue par l'auteur d'une Notice
sur un artiste qui aurait illustré la ville de Troyes.
L'auteur devra joindre aux détails biographiques une nomencla-
ture, aussi complète que possible, et ime appréciation critique des
œuvres de l'artiste qu'il aura choisi pour sijget de son travail.
2% Une médaille d'or, de la valeur de 100 francs, sera
décernée à l'auteur du meilleur Mémoire sur un sujet
agricole que l'auteur croira devoir choisir.
En proposant cette récompense, la Société croit fournir une occa-
sion aux hommes spéciaux de produire leurs travaux.
3*". Une médaiUe d'or, de la valeur de 100 francs, sera
décernée à l'auteur d'une Pièce de vers, dont le sujet est
laissé aux choix des concurrents.
La pièce ne devra pas excéder 200 vers.
Les concurrents, pour ces trois prix, devront faire re-
mettre leurs manuscrits, à Troyes, chez le Secrétaire de
la Société, rue Oaude-Huez, nM8, — au plus tard le
!•' mars 1874.
318 PROGRAMME DES PRIX.
Prix à décerner en 1875.
l"*. Une médaille d'or de 100 francs, et deux médailles
d'or de 50 francs chacune, seront décernées aux personnes
qui, dans le département de l'Aube, auront fait les plus
belles et les plus nombreuses Plantations de Mûriert
blancs, dans le but de faciliter et de propager la culture des
vers-à-soie dans notre pays.
V. Une médaille d'or de 100 francs sera décernée à
l'auteur de la meilleure Etude analytique et critique sur
r enquête agricole, faite par le gouvernement en 1866,
dans le département de l'Âube.
y. Une médaille d'or, de la valeur de 100 francs, sera
décernée à l'auteur du meilleur Travail d histoire ou d ar-
chéologie locale.
Le choix du sujet est laissé aux concurrents.
PRIX lUNNUEL BBLAPORTB.
H. Delaporte, membre honoraire, a légué à la Société une somme
qui a été placée en rentes sur l'Etat, et dont les arrérages seront
employés à fonder, — tous les deux ans, — un prix de £X) firancs,
qui sera décerné dans une séance publique.
Une médaille d'or, de la valeur de 300 francs, sera dé-
cernée à l'auteur de la meilleure Statistique de tua des
cantons du département de tAube.
La Société Invite les personnes qui voudront concourir pour ce
prix à consulter le l«r tnmestre de 1829 de ses Mémoires, où elle a
publié un projet de statistique et six grands tableaux présentant la
nomenclature détaillée des diverses questions que la Société désire
voir traiter dans un travail de ce genre. — La Statistique du canttm
des Riceys (2« semestre 1872 des Mémoires de la Société) pourra
être consultée avec fruit. — Les concurrents devront s'abstenir de
traiter la Statistique des cantons de Mardlly-le-Hayer, de Nogent-sur^
Seine, des Riceys, d* Aix-en-Othe, de Méry-sur-Seine et de Ramempt.
Ces six cantons ont déjà été le suj^t de travaux couronnés par la
Société.
Les concurrents, pour ces quatre prix, devront faire re-
mettre leurs manuscrits, ou faire leurs déclarations, à
TroyeSy chez le Secrétaire de la Société, rue Claude-Huez,
nM8, — au plus tard le 1" mars 1875.
Les concurrents pour les Plantations de Mûriers, donne-
ront leurs noms et leurs adresses»
PROGRAMME DES PRIX. 319
Prix à décerner en 1876.
r. Une médaille d'or de la valeur de 200 francs sera
décernée à Fauteur du meUleur Mémoire sur la précocité
chez les animaux domestiques^ dans les espèces bovine^
ovine et porcine.
Ce travail étudiera les conditions dans lesquelles la précocité peut
s'obtenir, et les avantages qu'elle présente au point de vue de Tagri-
culture et de Talimentation publique. En dehors de ces données
générales, les auteurs de mémoires pourront traiter la question en
lui donnant tous les développements qu'elle comporte.
2^ Une médaille d'or, de la valeur de 100 francs^ à
l'auteur de la meilleure Etude hydrographique d'une ou
de plusieurs régions géologiques du département de F Aube.
Les concurrents, pour cette question, pourront consulter l'ouvrage
de M. l'ingénieur Belgrand, qui comprend le bassin de la Seine, et
les documents recueillis par l'administration des ponts et chaussées
de l'Aube.
3*. Une médaille d'or, de la valeur de 100 francs,
sera décernée à Fauteur du meilleur Mémoire sur les rap^
ports nécessaires du Capital et du Travail, — c'est-à-dire
sur les conditions naturelles dans lesquelles le capital et le
travail doivent concourir à la production des richesses et
prendre part à leur distribution.
PRIX DELAPORTE.
Dans la séance du 15 juillet 1870, M. Delaporte, membre hono-
raire, a fait don à la Société de la somme de 300 francs pour un prix
qui sera mis au concours sur un programme préparé par la Section
des lettres, et approuvé par la Société pour être décerné dans ime
séance publique.
Une médaille d'or, de la valeur de 300 francs, sera dé-
cernée à l'auteur du meilleur mémoire sur Fénelon con-
sidéré comme écrivain politique.
Les concurrents, pour ces quatre prix, devront faire
remettre leurs manuscrits, à Troyes, chez le Secrétaire de
la Société, rue Glaude-Huez, n^ 18, — au plus tard le
!•' mars 1876.
320 PROGHUOIB DBS PRIX
Prix à décerner en 1877.
1^. Une médaille d'or, de la valeur de 200 francs, sera
décernée à Tauteur du meilleur mémoire traitant de V In-
fluence des arts sur les mœurs.
2^. Une médaille d'or, de la valeur de 100 francs,
sera décernée à Fauteur de la meilleure Notice biogror-
phique sur un savcvit du département de tAube.
y. Une médaille d'or, de la valeur de 100 firancs,
sera décernée à Fauteur de la meilleure Etude générale ou
partielle des hommes qui ont fait progresser f (agriculture
dans le département de tAube.
Les concurrents, pour ces deux derniers prix, devront s'âbstemr
de donner la biographie des personnes eidstantes.
PRIX BIAimUEL DEIAPORTB.
Un prix de 300 francs sera décerné à Tauteur de la
meilleure Etude sur la géographie médicale cbi départe-
ment de îAube^ ou recherches sur l'influence que peut
exercer la constitution géologique des terrains sur la pro-
duction et la propagation des maladies épidémiques.
Les concurrents, pour ces quatre prix, devront &ire
remettre leurs manuscrits, à Troyes, chez le Secrétaire de
la Société, rue Claude-Huez, n"" 18, — au plus tard le
T' mars 1877.
PROGEAIOIB DES PRIX. 321
Prix à décerner en 1878.
1^. Une médaille d'or, de la valeur de 200 francs,
sera décernée à Pauteur du meilleur mémoire sur la ques-
tion de savoir Si Fart architectural est en décadence^ et
quelles sont, dans tous les cas, ses tendances à notre
époque.
2^. Une médaille d'or, de la valeur de 100 francs,
sera décernée à l'auteur du travail le plus complet ayant
pour titre V Analyse chimique des eaux de la ville de
Troyes et de sa banlieue.
y. Une médaille d'or, de la valeur de 100 francs,
sera décernée à l'auteur de la meilleure étude sur un StJ^et
dhistêire naturelle ^ spécial au département de l'Aube.
Le choix du so^ti (zoolo|^e, botanique, paléontologie) est laissé
libre aux concurrents.
Les concurrents, pour ces trois prix, devront faire re-
mettre leurs manuscrits, à Troyes, chez le Secrétaire de
la Société, rue CHaude-Huez, n"" 18, ^- au plus tard, le
T'mars 1878.
Indépendamment des prix sus-énoncés, la Société Aca-
démique de l'Aube décerne, tous les ans, des prix, des
récompenses ou des encouragements dont le sujet n'est
pas annoncé, et pour lesquels elle désire conserver son
initiative.
T« ISXfll. 21
322 PROGRAMME DES PRIX.
CONDITIONS COMMUNES A CES CONCOURS
Les Manuscrits devront être inédits. — Ils porteront
chacun une épigraphe ou devise qui sera répétée dans et
sur le hillet cacheté joint à l'ouvrage, et contenant le nom
de Fauteur. Celui-ci ne devra pas se faire connallre, soos
peine d'être exclu du concours.
Les concurrents sont prévenus que la Société ne rendra
aucun des ouvrages qui auront été envoyés au concours. ^
Les auteurs auront la liberté d'en faire prendre des copies.
Le présent Programme est en distribution à Troyes,
chez M. Jules Ray, Archiviste de la Société Académique de
TAube, place de la Banque, 8.
Troyes, le 21 juiUet 1873.
4
Le Président de la Société,
LE BRDN-DALBANNÏ.
L'Archiviste,
JoLES RAY.
LISTE
Dit
DONS FAITS AD MUSÉE DE TROYES
AVEC LES NOMS DES DONATEURS
Pendant l'année 1873 CO
-•«-
Article 34 du règlement de la Société Académique de
l'Aube :
• Cbacan des Membres de la Société doit contribuer, autani
■ qu'il est en lui, a l'augmentation du Musée.
■ Les dons faits a la Société par ses Membres, ou par des per-
B sonnes étrangères, sont Inscrits sur un registre spécial, et
B publiés en outre dans les Journaux de Troyes et dans l'AmoAnui
B du Département, avec les noms des donateurs, b
HOPPENOT (Auguste), manufacturier, à Troyes : — Un grand mé-
daillon en pierre sculpté^, représentant TeiSgie d'un person-
nage qui porte le costume du règne de Louis XIII. Cette
sculpture provient du prieuré détruit de Saint-Jean- le-Châ-
tel, ou prieuré de Saint-Biaise, situé à Troyes. place de la
Tour; — l'original de l'Antéfixe romain, représentant un
masque de théâtre, découvert sur l'emplacement de l'an-
cien prieuré de Saint-Jean-le-Châtel, et dont la reproduc-
tion en plâtre a été déposée au Musée en 1872; — un
bas-relief en pierre sculptée du xiy« siècle, représentant
l'Annonciation ; — une pierre taillée en forme de modillon,
dont l'extrémité se termine par une tête d'homme sculptée,
(1) Pour les publications précédentes, voir les Mémoires de la
Société des amiées 1849 à 1872.
324 LISTE DES DONS FAITS AU MUSÉE DE TROTES.
dans le stylo du xii' siècle. Ces deux sculptures provieoneot
également de l'ancien prieuré de Saint-Biaise.
Les Administrateurs des Hospices de Troyes : — Un fragment
de verre gallo-romain, Irès-ornemenlé; — une brique an-
cienne portant une marque de fabrique; — deux carreaux
émaillés du xvi« siècle; — deux grands vases en terre
blanche; — trois fragments de vases en verre; — des
fragments de peintures murales. Ces dernier^ objets de l'é-
poque gallo-romaine, et découverts dans les fouilles prati-
quées à Tbospice de Troyes.
Letuierry, membre de la Société entomologique de France» à Lille :
— Une collection d'insectes hémiptères, comprenant 374
espèces parfaitement déterminées.
Vacheron, layetier, à Troyes : — Un vêtement en écorces, un tour
de tête aussi en écorces, provenant des Iles Marquises.
HuGUiER, pharmacien, à Troyes : — Un échantillon de blé des tom-
beaux d'Egypte, provenant du Musée égyptien de Cham-
pollion, à Turin.
Chantriot, négociant, à Troyes : — Des silex taillés à éclats de la
Villeneuve-lès-Charléville, canton de Hontmirail.
De Rouvray, employé du télégraphe, à Troyes ; — une mâchoire in-
férieure de bœuf fossile, provenant de la source delà Barse,
à Vendeuvre.
Pillot (Emile), employé chez M. Jules Ray, à Troyes : — Une pîwre
frappée par la foudre, le 26 juillet 1873, et tombée incan-
descente et vitrifiée, place de la Banque, à Troyes (poids,
35 grammes).
Quinquarlet (Félix), membre de la Société entomologique de France,
à Troyes : — Une petite météorite entière, avec sa croûte,
tombée près de Pultusk (Pologne), le 3U janvier 1868; —
un poisson fossile du terrain d'Aix-en-Provence ; — des
insectes de divers ordres recueillis dans le Rhône.
Gérost, membre associé de la Société, à Villenauxe : — Trois haches
en pierre polie ; — un fragment de silex taillé par éclats en
forme de lame; — six oursins fossiles. Tous ces objets
trouvés dans les environs de Villeoauxe»
LISTE DES DONS FAITS AD MUSÉE DE TROTES. 325
Blasson, directeur de TOctroi, à Troyes : — Bes échantillons de ro-
ches rapportées de Suisse.
Habert, ancien notaire, à Troyes : — Un oursin fossile du terrain ju-
rassique, remarquable par sa belle conservation.
Lennier, membre correspondant de la Société Académique de TAiibe,
au Havre : — Un crocodile d'Egypte préparé. Ce superbe
échantillon mesure i mètres 30 centimètres de longueur.
Thieblemont, cultivateur, à Villy-en-Trode : — Plusieurs petits silex
taillés à éclats, parmi lesquels un silex taillé en forme de
lance finement retouché, trouvés à Villy-en-Trode; — un
petit poids ancien en cuivre ; — un jeune poulet à quatre
pattes; — deux dents de poisson fossile.
M"* SiMONNOT, propriétaire, à Troyes : — Une perruche inséparable;
— un autre oiseau exotique, en chair.
Briaumont, voyageur de la Pharmacie Centrale, à Paris : — Trois
coléoptères buprestides de THimalaya.
PuTON, membre de la Société entomologique de France, à Rcmire-
mont : — Une suite d'insectes hémiptères de France, com-
prenant 112 espèces déterminées.
Fléchey, architecte à Troyes : — Des fragments de vases antiques, en
terre sigillée, trouvés dans des fouilles pratiquées à Troyes ;
— des œufs de la couleuvre à collier.
Baltet (Charles), pépiniériste, à Troyes : — Une hache antique en
jade; — - une clé ancienne en fer.
Payen-Finot, négociant, à Troyes : — Une monnaie romaine, moyen
bronze, trouvée dans le marais de Yillechétif.
Nicolas (Appolinaire). propriétaire, au Pont- Hubert : — Une clé an-
cienne en fer, trouvée au lieu dit le Moulinet,
Janet-Terrenoirb, propriétaire, à Chappes : — Une petite clé an-
tique en bronze, et une grande clé en fer, trouvées à Chap-
pes, lieu dit le Noblesse.
Meugy i^, Ingénieur des mines, à Paris : — Un carreau en terre
émaillée du xvi® siècle, représentant une fleur de lys.
Chauchat, négociant, à Troyes : — Une jambette de cheminée, en
forme de cariatide, en bois sculpté du xvi« siècle, prove-
nant d'une maison, rue Dominique, à Troyes.
326 LISTB DBS DONS FAITS AD VCSÉB DB TROTES.
Mm« Fallu, propriétaire, à Troyes : — Deux clés aocieooes en ter.
De Varennes, vérificateur des chemins de fer de l'Est, à Troyes : —
Uoe monnaie de Cbaries-Quiot, et une monnaie de Houi IV.
Ledarté f architecte, à Troyes : — Un vase ancien en pierre loma-
chelle, portant des anses et des rigolles.
WiNTESPiLL , à Troyes ; — Une clé ancienne en fer; — deui an-
ciennes monnaies trouvées à Troyes, lieu dit les PlanehoUes,
Vignes, directeur de la Succursale du Crédit agricole, à Troyes : —
Trois Bons de monnaie de 5, 10 et 20 francs, provenant de
rémission faite par la ville de Troyes et par la Chambre de
commerce, pendant la guerre de 1870, pour suppléer I
Tabsence de numéraire.
AuBRiOT^ brigadier forestier, à Lusigny : — Une clé en fer, ♦rouvée
à Lusigny, sur l'emplacement d'un ancien couvent, lieu dit
les Vieilleê Cours,
Berthélemot, propriétaire, à Troyes : — Une statue en pierre coloriée,
du XVI* siècle, de 90 centimètres de hauteur, représentant
saint Vinebaud, abbé de Saint-Loup de Troyes, en 583.
DÉ0U8T, à Troyes : — Un trousseau de neuf clés anciennes avec
agrafe et crochets en fer, trouvés dans les travaux exécutés
au moulin de Saint-Quentin, à Troyes.
Grimon, à Troyes : — Une petite clé ancienne en fer; — un petit
médaillon avec chaînettes en cuivre ; — un petit couteau du
XVII* siècle, avec incrustations. Le tout trouvé dans les
fouilles du moulin de Saint-Quentin, à Troyes.
CoLLOT (Eugène), élève du Grand-Séminaire, à Troyes : — Une mon-
naie romaine en bronze, trouvée à Droupt-Sainte-Marie.
Le comte Armand 0. ^, ministre plénipotentiaire de France, à Lis-
bonne : — 28 monnaies romaines en bronze, trouvées dans
le voisinage de Lisbonne, à l'endroit appelé Setubal, et que
l'on croit s'être appelé Troja, à l'époque romaine.
Vaillant (Robert), propriétaire, à Loches : — Une pièce de monnaie
en argent, du règne de Louis XV, 1742.
Jully, brasseur, à Troyes : — Un fragment de meule de moulin ro-
main, en granit, trouvé ^ans le faubourg Saint-Jacques.
J
LISTE DES DONS FAITS AC MUSÉE DE TROYES. 327
Thierry (Lucien), étudiant, à Troyes : — Un jeton en cuivre', daté
de 1630, avec cette légende, tandem arbiter orbis.
M"*« Godard, propriétaire, à Troyes : — Le portail, en pierres sculp-
tées du xiv« siècle, de la chapelle de l'ancien prieuré de
Saint-Qucnlin de Troyos; — plusieurs morceaux de sculp-
ture remontant à une époque plus ancienne.
GuiLLOT, conducteur des ponts et chaussées, à Ârcis-sur-Aube : —
Deux lames tranchantes et une agrafe en fer, datant de l'é-
poque gallo-romaine, trouvées à Champigny aux côtés de
deux squelettes.
Lheullier (Jules), tonnelier, à Troyes : — Un nid de frelons.
HÉROST (Léopold) : — Plusieurs échantillons de minéralogie.
Petit-Tisserand, à Lavallotte-Lavau : — Un insecte orthoplère (la
mante religieuse), trouvée à Rouilly-Sacey.
Pron, artiste peintre, à Troyes : — Un fragment d'os de mammouth,
trouvé à Breviande, dans une carrière de grèves des Hauts*
Niveaux, et dans laquelle on rencontre des silex taillés.
M™« Morniat, propriétaire, à Troyes : — Un crucifix ancien en
bronze, et une plaque métallique représentant des attrib'Us
militaires, trouvés dans un jardin du faubourg Saint-Jacques;
— une monnaie de Louis XIIL
De Taillasson, sous-inspecteur des forêts, à Troyes : — Un oiseau
de mer (le cormoran), tué sur un étang des environs de
Lusigny.
De ViLLEMEREUiL (Ârthur), 0. ^, capitaine de fi*égate , à Cher-
bourg : — Une suite fort intéressante d'objets d'histoire na-
turelle, rapportés de la Nouvelle-Calédonie , comprenant :
une roussette en peau ; — onze oiseaux de diverses es-
pèces en peaux ; — un reptile et un poisson dans l'alcool ;
— des coquilles (6ri/tmus, perna, ostrea) de la baie du Ca-
rénage ; — un flacon contenant des scorpions, et un autre
contenant plusieurs espèces d'aranéides recueillies dans la
forêt des Monts-Cogi ; — plusieurs espèces de mollusques
mous sans coquilles, des méduses et des crustacés, péchés
dans la mer de Sargasse, Océan atlantique ; — des tra-
vaux dephryganide, de termite et de taret; — un échantillon
328 LISTB DBS DONS FAITS AU MUSÉE DK TROTBS.
de 8er|>entine, dont les oéo-calédonieDS bbriquakot leos
bâches.
Le Baron Gabriel de YcndeuyrEi au cbâteaa de VendeufTMinw
Barse : — Une statue en plâtre représentaot Oreste râo^
à lautel de Minerve. Le marbre, exposé en 1840, a élé
acheté par TEtat, et donné au Musée de Rouen.
Hatot, artiste peintre, à Troyes ; — Un dessin représentant un des
vitraux peints de la Bibliothèque de Troyes.
Pour copie conforme au registre destimé à ûmm
tes Dont faitt au Mutée da Tfoyes,
Troyet, le Si déoembre 1878.
Jules RAY,
Uqh dot eonaerrtteon.
MERCURIALES
DU DÉPARTEMENT DE L'AUBE
Pendant l'année 1872
La Société Actdéiniqae de TAube publie, tons les ans, depuis rannée 1838»
les Mercuriales du département de TAubei dressées par M. le Préfet, confor-
mément aux circulaires ministérielles du 24 octobre 1824, et du 5 mai 1859.
Pour les Mercuriales de Tannée 18i8, qui n*ont pas paru dans le volume de
cette année-là, elles ont été imprimées séparément sur des feuillets qui doiTcnt
être ajoutés à la fin du Tolume de 1848. — Les personnes qui désirent se pro-
curer ces Mercuriales, peuvent les demander h TArchiviste de la Société.
MnCimULEB DO DÈPARTBHKNT DBLAUBE.
GRAINS VENDUS SUR LES MARCHÉS.
331
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SOMMAIRE
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SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ PENDANT L'ANNÉE \m
Séance du 47 Janvier 4873.
Présidence de M. MEUGY.
Lecture du procès-verbal de la séance réglementaire du 27
décembre -1872. — Discours de M. Meugy, président annuel.
— Mort de M. Pierre-Antoine Guillier, naturaliste, domicilié
au Havre, membre correspondant, natif de Troyes, l'un des
plus généreux donateurs du Musée de Troyes, décédé le U
janvier 4873, à T&ge de 74 ans. — Réunion des agriculteurs de
France annoncée pour le mois de février suivant. — Compte-
rendu de M. le président sur les ouvrages envoyés par les So-
ciétés correspondantes dans le courant du mois. — Dons faits
au Musée. — Dons faits à la bibliothèque particulière de la So-
ciété. — Décision prise d'une réunion des Sections tous les trois
mois. — Rapport verbal de M. Gréau, membre résidant, sur
la collection de médailles gauloises de M. de Saulcy, dont la
France vient de voter racquisition. — Compte- rendu, par
M. Le Brun-Dalbanne, membre résidant, de sa visite à la So-
ciété d'Émulation du Doubs, au banquet de laquelle un toast
particulier a été porté à la Société Académique de l'Aube. M. Le
Brun-Dalbanne y a répondu. — Rapport de M . Albert Babeau ,
membre résidant, sur le Questionnaire envoyé par l'Assemblée
nationale à la Société, relativement à l'assistance publique dans
les campagnes. — Lecture, par M. Le Brun-Dalbanne, d'un mé-
moire sur un ancien bas-relief de la rue du Grand-CloUre-
Saint-Pierre, représentant un berger abattant avec sa boulette
les glands d'un chêne, que dévorent avidement une laie et ses
petits. — Renvoi de ce travail à la Commission de VAnnuaire
de l'Aube,
340 SOMMAIRE DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ
Séance du ^4 Février 4873.
Prëtidence de IT. MEUGY.
Lecture et adoption du procès-verbal de la séance précédente.
— Nomination de M. Meugy à un poste supérieur à Paris, et
ses regrets de quitter la Société, à laquelle il promet de lire,
dans le cours de Tannée , un travail qu'il a fait sur la musique,
— Démission de M Harmand, membre résidant. -- Lettre de
M. le Ministre de Tlnstruction publique, annonçant à MM. Emile
Socard et Th Boutioj, membres résidants, que leur Dictionnaire
topographique de l'Aube^ couronné à la Sorbonne, par le Con-
cours de -1867 entre toutes les Sociétés savantes des départe-
ments, va être imprimé aux frais du Gouvernement. — Invitation
faite à la Société de se faire représenter au Concours régional
de Langres. M. Dosseur est désigné. — Demande à la Société
d'unir ses efforts à ceux des autres Sociétés d'agriculture pour
obtenir l'intervention de M. le Ministre des Travaux publics
auprès des administrations de chemins de fer, à l'effet d'assu-
rer d'une manière générale et réglementaire un délai de 48
heures au lieu de 24 pour le déchargement des marchandises
reçues par wagon complet , dont les destinataires sont assez
éloignés des gares pour ne point recevoir en temps utile l'avis
d'arrivée. — Dons faits au Musée. — Dons foits à la bibliothè-
que particulière de la Société. — Rapport, par M. le docteur
Vauthier, membre résidant, sur un manuscritenvoyé par M. le
docteur Chéreau, originaire de Bar-sur-Seine, médecin à Paris.
Ce manuscrit a pour titre : Mémoire sur la Topographie médi-
cale de Troyes et des environs ^ par M. Picard, docteur en méde-
cine, à Troyes (7 mars -1786). — Demande faite par M. Sourdat,
Conseiller à la Cour d'appel d'Amiens, de la rentrée en posses-
sion de quatre portraits de famille, achetés pour le Musée de
Troyes, après la démolition du chftteau de Longsols qui avait
appartenu pendant quelque temps à ses ancêtres. Trois portraits
sont cédés; le quatrième, celui de Claude Darc, maire à Troyes
de 4676 à -1680, pourra seulement être copié par M. Sourdat
— Rapport de M. Assollant, membre résidant, sur la Romania.
— Demande d'échange de Mémoires avec la Société historique
de Compiègne. — Renvoi à la Commission de publication :
40 du travail de M. le docteur Picard, sur la Topographie mi-
PENDANT l'année 1873. 341
dicale de Troyes et des environs; 2® du Rapport de M, Assoie
lanty sur la Romania.
Séance du 24 Mars 4873.
Présidence de M. LE BRUN-DALBANNE, Tice-Préaident.
Lecture et adoption du procès-verbal de la dernière séance.
— Annonce de ]a réunion des délégués des Sociétés savantes
des départements à la Sorbonne les 46, -17 et -18 avril suivant.
— Envoi par la Société centrale d'Apiculture et d'Entomologie
du programme de l'exposition des insectes utiles et nuisibles ,
qui aura lieu à Paris, au mois de septembre -1874. — Dons faits
au Musée. — Analyse par M. le Président des bulletins des So-
ciétés correspondantes envoyés dans le mois. — Notice nécro-
logique sur M. Charles de Montaigu, décédé le -15 mai -1872,
par M. Le Brun-Dalbanne. — Annonce du prix de 2,000 francs,
décerné par la Société des agriculteurs de France à M. de Cossi-
gny, membre correspondant, pour un travail remarquable sur
la question des irrigations. — Lecture, par M. l'abbé Cofflnet,
membre résidant, d'une lettre de M. Alexandre Bertrand,
membre du Comité des Sociétés savantes, demandant des ren-
seignements sur -15 disques qui ont été trouvés à Saint-Martin-
ès-Vignes. — Réponse que ces disques proviennent probable-
ment de Saint-Martin-de-Bossenay. — Rapport par M. Grcau,
membre résidant, sur un volume de la Société d'histoire et d'ar-
chéologie de Chalon-sur-Saône, qui se termine par une des-
cription alphabétique des monnaies mérovingiennes du Musée
de Chûlon. — Communication par M. de Villemereuil, membre
résidant, d'une lettre de son fils, M. Arthur de Villemereuil,
mnmbre correspondant, qui traite de plusieurs questions d'his-
toire naturelle étudiées dans ses voyages h bord des vaisseaux
de l'Etat. — Lecture, par M. Emile Socard, membre résidant,
d'un travail de M. l'abbé Lalore, professeur de théologie au
Grand Séminaire de Troyes, Y abbaye de Notre-Dame-aux-Non-
nains, — Mémoire par M. d'Arbois de Jubainville, membre ré-
sidant, intitulé : Recherches sur l'Histoire de Varticle dans le
Breton- Armoricain^ destiné à être envoyé au Ministre de l'Ins-
truction publique qui l'a demandé. — Invitation faite par M. le
Président aux membres de la section d'agriculture à suivre
342 SOMMAIRE DBS SÉANCES DE LA SOClili
l'expérience des iluages artificiels qui doit avoir lieu le di-
roancbe suivant, sous la direction de M. Barrai, pour en com-
muniquer les résultats à la Société. — Vote favorable du renvoi
à la Commission de publication : 4^ de la Notice de H. Le Bran-
Dalbanne, sur M. Charles de Montaigu; — 2^ du travail de
M. Tabbé Lalore, sur Vabbaye de Notre-Dame-aux-Nontutins.
Séance du 25 Avril 4873.
Prudence de M. LE BRUN-DALBAKHE.
Lecture et adoption du procès-verbal. — La Société est infor-
mée que M. Le Brun-Dalbanne, son vice-président, a lu, à la der-
nière réunion des Sociétés savantes à la Sorbonne , son travail
sur le bas-relief de l'ancien hôtel des Toumelles à Troyes, en-
tendu par la Société Académique de l'Aube dans sa séance du
-17 janvier 4873. — Remerciements votés à M. Jules Ray, ar-
chiviste de la Société, pour la réorganisation de la bibliothèque
et des archives dans le local ancien, restauré après l'incendie
de 4870. — Mort de M. de Caumont, membre correspondant,
fondateur des Congrès archéologiques en France, de la Société
française pour la conservation des Monuments et de plusieurs
autres institutions importantes. — Nomination de H. Leymerie,
membre honoraire, comme correspondant de l'Académie des
sciences de Paris. — Dons faits au Musée. — Dons faits à la
bibliothèque particulière de la Société. — Analyse, par M. le
Président, des bulletins des Sociétés correspondantes arrivés
dans le rilois. — Inacription au programme des prix de la sec-
tion d'Agriculture, de la question d'élevage et d'engraissage
des races dans les animaux précoces de boucherie. — La So-
ciété décide que l'apostille du Président et le cachet de la Société
seront mis sur les prix décernés au nom de la Société Acadé-
mique dans les Concours. — Réunion trimestrielle des quatre
sections de la Société, et lecture des Rapports qui la men-
tionnent. — Visite des églises et des édifices de Troyes par une
Commission de la section des Arts pour dresser ensuite le ca-
talogue des objets qu'ils renferment. — Compte-rendu par
M. Boutiot, membre résidant, des réunions des Sociétés savantes
à la Sorbonne, pendant la semaine de Pftques. — Don Ihit par
M. Boutiot, au nom du Conseil municipal de Troyes, d'un écban-
j
PENDANT l'année 1873. 343
tilloD des boDS de 50 francs émis pendant la guerre de 4870-
4874 , ainsi que d'échantillons des bons émis à Arcis, à Méry et
aux Riceys. — Don fait par le même membre du portrait gravé
de M. le baron de Yendeuvre; 250 exemplaires sont donnés
pour accompagner la Notice faite par M. Boutiotsur M. de Yen-
deuvre. — Promesse, par M. Gabriel de Yendeuvre, du moulage
à*Oreste aux autels de Pallas pour le Musée de Troycs. — No-
mination de M. l'abbé Lalore comme membre résidant (section
des Lettres). — Communication de M. l'abbé Coflinet à propos
des disques, au nombre de 24 au lieu de 45 dont il a été ques-
tion (séance du 24 mars dernier); 44 sont au Musée de Saint-
Germain; 4 chez M. Huot, ancien notaire, retiré à Troyes ; 4
chez M. le marquis de Ghambon; 4 chez M. Lenfant, à Romilly,
et 4 chez M. Morel, percepteur à Châlons-sur-Marne. Ils ont
été découverts à Saint-Martin-de-Bossenay, lieu dit les Vignes.
Séance du 46 Mai 4873.
Présidence de M. LE BRUN-DALBANNE.
Lecture et adoption du procès-verbal de la précédente séance.
— Mort de MM. Angenoust de Romaine et Lerouge-Gourtin,
membres associés. — MM. J. Ray et Em. Socard chargés de
suivre la vente de la bibliothèque Harmand, afin d'acquérir les
ouvrages qui pourraient intéresser la Société Académique. —
Invitation à la section d'agriculture d'examiner le Questionnaire
sur le monopole des tabacs, adressé par M. le Préfet de l'Aube.
— Dons faits au Musée. — Dons faits à la bibliothèque particu-
lière de la Société. — Analyse, par M. le Président, des travaux
des Sociétés correspondantes envoyés dans le mois. — Rapport
de M. Yignes, membre résidant, sur le Traité d* économie poli-
tique de M. Victor Deheurle, membre associé. — Proposition
développée par M. Yictor Deheurle sur la nécessité d'encourager
l'établissement de pisciculture de Bar-sur-Seine, même de l'a-
grandir. — Lecture, par M. Albert Babeau, d'un travail de sa
composition, intitulé : L'Assemblée d'Election de Bar-sur-Aube.
— Communication, par M. D'Arbois de Jubainville, sur une
étude renfermée dans le dernier volume de la Société des anti-
quaires de France à propos des Refuges de Suisse (enceintes for-
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tiflées sar les hauteurs). — Charte inédite de Thibaut V, eomte
de Champagne, publiée par H. Charavay, dans la i^ livraison de
la Revue des documents historiques, datée de 4257, et relative au
portage des foires de Saint-Remi de Troyes (redevance payable
aux portes de la ville). — Renvoi à la Commission de publica-
tion : 4* du Rapport de M. Vignes sur le livre de H. Debeurle,
et 2* de l'Etude historique de M. Albert Babeau.
Séance du SO Juin 4873.
Préaidenoe de M. LE BRUN-DALBANIIE.
Lecture et adoption du procès-verbal de la séance précédente.
— Lecture d'une lettre de M. Gérost, de Villenauxe, membre
associé, annonçant une découverte faite à Hontpothier, d'osse-
ments humains anciens et de deux pièces de monnaie. — An-
nonce de fouilles exécutées à Conflans dans les champs de l'an-
cien cimetière gallo-romain, par les soins de M. Morel, percep-
teur à Pleurs, membre correspondant. — Dons faits au Musée.
— Dons à la bibliothèque particulière de la Société. — Dépôt,
par M. Vignes, membre résidant, de trois bons de monnaie an-
nulés de 5, 40 et 20 francs provenant de l'émission faite par la
Chambre de Commerce, pendant la guerre 4870-4874, pour
suppléer à l'absence de numéraire. — Analyse des travaux des
sociétés correspondantes, par M. le Président. — Lecture du
procès-verbal de la réunion du bureau le 26 mai précédent, où
il a été décidé que, dans la séance publique, indépendamment
d'un rapport général très-sommaire fait par le secrétaire de la
Société, un membre désigné dans chaque section sera chargé de
rédiger le rapport sur les travaux de la compétence de sa sec-
tion, lus ou publiés depuis la dernière séance publique. — Pro-
position de réunir la collection d'autographes de la Société à
celle de la Bibliothèque publique de Troyes pour y être plus
facilement, consultée ; ajournée. — Nomination d'un secrétaire
de la Société indiquée pour la séance suivante. — Mémoire de
M. Charles Des Guerrois sur Y Hymne homérique à Mercure. —
Renvoi de ce mémoire à la Commission de publication.
pBifDAiiT l'ahiiéb 1873. 345
Séance du 4 8 Juillet 487 S.
PrMdeiM» de M. LE BRUll-DALBAIfllE.
Lecture et adoption du procès-verbal de la précédente séance.
— Envoi) par M. Choulller, natif de Troyes, greffier de paix à
Donnemarie, de divers extraits de titres concernant la terre et
seigneurie de Lhopitau, qui a appartenu à René de Breslay»
évèque de Troyes. — Dons faits au Musée. — Dons faits à la bi-
bliothèque particulière de la Société. — Analyse sommaire des
travaux des sociétés correspondantes, -par M. le Président. —
M. le docteur Bacquias nommé secrétaire de la Société. — Un
secrétaire-adjoint sera choisi dans la séance suivante. — Remise
de cette séance au 22» en raison de Toccurrence de la fête de
l-Assomption, se trouvant le troisième vendredi du mois d'août.
— Rapport de M. Tabbé Lalore, membre résidant, au nom de
la section des Lettres, sur un manuscrit intitulé : Bûcher biblio-
graphique^ qui sera déposé aux Archives. — Rapports des secré-
taires des quatre sections, présentant la liste des prix proposés
et qui seront échelonnés d'années en années. — Note de
M. GréuUy membre résidant, intitulée : Les beaux arbres s'en
vont ! — Vœu unanime émis par la Société pour la conservation
des vieux arbres. — Lettre de M. Gabriel de Vendeuvre annon-
çant le moulage et le prochain envoi au Musée de Troyes de
VOreste réfugié aux autels de Pallas^ par Simart. — Oiïre, en
retour, d'un buste de Simart par les conservateurs du Musée à
M. Gabriel de Vendeuvre. — Questionnaire relatif à l'achat des
tabacs renvoyé sans réponse par la section d'Agriculture à M. le
Préfet de l'Aube, le département n'exploitant pas les tabacs. —
Renouvellement du vœu émis en 4874 en faveur de la culture
et de la manipulation des tabacs dans le département de l'Aube,
où la réussite serait certaine.
Séance du 22 Août 4873.
Pi^idence de M. LE BRUIf-DALBAlfI«E.
Lecture et adoption du procès- verbal de la dernière séance.
— Envoi par M. le Ministre de l'Agriculture et du commerce
d'un Questionnaire sur l'exploitation du monopole des tabacs
346 somuiRB dbs siAiKXs de la sociétb
et des poudres ; la section d'Agriculture chargée de faire ud
rapport. — Communication d'une lettre de H. le Prtfet par la-
quelle ce magistrat demande Tavis de la Société sur la suppres-
sion, proposée par la Commission des monuments historiques,
de certains édifices du département de l'Aube ; la section des
Beaux-Arts est chargée de répondre à H. le Préfet. — Dons bits
au Musée. — Dons faits à la bibliothèque particulière de la So-
ciété. — Analyse sommaire, par M. le Président, des Mémoires
envoyés par les sociétés correspondantes depuis la dernière
séance. — M. Albert Babeau nommé secrétaire-adjoint en rem-
placement de M. le docteur Bacquias, nommé secrétaire. — Dor
mande faite au Conseil municipal de Troyes favorablement ac-
cueillie pour raroélioration de l'éclairage et de la ventilation
des salles destinées aux diverses collections. — M. Emile So-
card présente à la Société un travail intitulé : Histoire de Vabba^
de Saint' Martin^èS' Aires y par M. l'abbé Eugène Defer, curé de
Saint-Germain, près Troyes; son rapport conclut à l'impression
du travail dans les Mémoires, — Invitation faite par M. Truelle,
membre honoraire, à la Société Académique, d'appuyer, auprès
de l'autorité municipale, la demande d'une concession gratuite
de terrain pour une tombe à élever par souscription à la mé-
moire du regretté M. Schitz. — M. de Cossigny, membre corres-
pondant, devenu membre associé par suite de son retour dans
le département de l'Aube. — Renvoi à la Commission de pu-
blication du travail de M. l'abbé Defer sur l'abbaye de Saint-
Martin-ès-Aires.
Séance du i7 Octobre 4873.
Présidence de M. LE BRUN-DALBARIIE.
Lecture et adoption du procès-verbal de la séance précé-
dente. — Mort de M. Gustave Gayot, membre associé, et de
M. Vulfranc Gerdy, membre correspondant. — Communica-
tion de M. le Président annonçant à la Société que, pour assurer
au Musée de Troyes les bas-reliefs exécutés par Simart.à rH6-
tel-de-Ville de Paris, il s'est adressé au Préfet de la Seine; que
ces bas-reliefs, fortement endommagés par Tincendie allumé
par la Commune, ne pouvaient qu'être reproduits par le mou-
lage; décision prise de les faire mouler. — Demande d'un ta-
bleau ou d'une statue, adressée à M. le directeur des Beaux-
PENDANT l'aNNEB 1973. 347
Arts pour le Musée ; promesse que le Musée de Troyes sei*a
compris dans la répartition des objets d'art acquis par l'admi-
nistration. — Pièce de vers adressée pour le Concours. — Dons
faits au Musée. — Dons faits à la bibliothèque particulière de
la Société. — Analyse, par M. le Président, des travaux des So-
ciétés correspondantes envoyés dans le mois. — Rapport de
M. Albert Babeau, sur V Histoire de la ville et de la cMtellenie
de Pont'Sur-^eine , par M. Arsène Thévenot, membre asso-
cié. — Communication de M. Boutiot, signalant à la Société
l'existence d'un missel de la fin du xi?* siècle , ou du com-
mencement du xv«, ayant appartenu à la collégiale de Saint-
Etienne de Troyes , aujourd'hui en la possession de M. Bre-
tagne, ancien directeur des Contributions directes de la Meur-
the, demeurant à Nancy. — Promesse par M. Amédée Gayot
de lire à la prochaine séance publique une Notice sur M. De-
laporte. — Acquisition, par la Commission des Musées\ de
deux tableaux estimés, indiquant, d'»près MM. Pron et Vaudé,
aux jeunes artistes les procédés modernes de la peinture. —
Annonce à la Société que la section des Arts a terminé la
visite des églises Saint-Remi, Saint-Urbain, Saint- Jean, Sainte-
Madeleine et Saint-Pantaléon. — Don, par M. Charles Baltet,
d'un Plan de la ville de Troyes, qui daterait de la fin du xvii*
siècle. — Quelques explications données par M. Boutiot sur le
lieu de la défaite d'Attila, en réponse à la Dissertation de
M. d'Arbois de Jubainville. — Le même M. Boutiot informe la
Société des dispositions testamentaires de M. Vulfranc Gerdy,
qui intéressent la Société et le département de l'Aube : Buste en
marbre de Gerdy l'atné, pour le Musée ; 800 fr. de rente pour
les malades indigents du département auxquels un traitement
par les eaux minérales naturelles aurait été ordonné ; 4,500 fr.
de rente pour augmentation de traitement de l'instituteur et de
l'institutrice de Loches, et 50 fr. de rente pour l'entretien de la
chapelle sépulcrale dans laquelle repose la famille Gerdy. —
Proposition par M. Charies Baltet d'acquérir 4 tableaux de
M. Emile Vaudé, s'ils doivent être vendus par suite du décès de
M. Gustave Gayot, auquel ils appartenaient. — M.^Cabat,
membre de l'Institut, présenté en qualité de membre honoraire.
— M. le comte Armand, ministre plénipotentiaire de France en
Portugal , propriétaire du château d'Arcis, et M. René Petit de
Bantel, présentés en qualité de membres associés.
348 80M11AIM DBS SBAlfGBS DE LA SOCIÂTÉ
Séance du H Novembre 4873.
Pr^8id6iice de M. LE BEUN-DALBAIfllE.
Lecture et adoption du dernier procès-verbal. — Démîsakm
de M. Jully, membre résidant, appelé par ses fonctions à U
résidence de Versailles ; sa nomination comme membre hono-
raire. — Démission de M. Tabbé Cornet, membre résidant, em-
pêché par ses fonctions d'assister aux séances ; sa nomination
comme membre honoraire. — Dons faits au Musée. — Dons
faits à la bibliothèque particulière de la Société. — Compte-
rendu, par M. le Président, des publications des Sociétés cor-
respondantes envoyées dans le mois. — Nomination des rap-
porteurs élus par les quatre, sections de la Société pour préparer
le résumé des travaux destiné à être lu en séance publique :
M. Dosseur, section d'Agriculture; M. le docteur Vauthier, sec-
tion des Sciences; M. Albert Babeau, section des Arts; H. Lape-
rouse, section des Lettres. — Rapport de M. Jules Ray, membre
résidant, sur un manuscrit envoyé par M. Arthur de Viileme-
reuil, membre correspondant, et intitulé : Note sur un voyage
à la Nouvelle-Calédonie, suivie de la liste des objets qu'il a
donnés au Musée. — Communication de M. Gustave fiuot,
membre résidant, sur les trouvailles fréquentes de silex taillés
à éclats de l'époque anté-historique, faites dans les Grèves des
Hauts-Niveaux, autour de Troyes (carrières des Marots, à Saint-
Martin-ès-Vignes , de Rozîères, de Villepart, de Saint-Léger,
d'Isle-Aumont, etc.). — Quelques détails ajoutés par H. Boutiot
sur le même sujet. — Succès obtenus par des membres de la
Société Académique au Concours régional de Langre^, du 24
mai au 2 juin 4873, signalés par M. Charles Baltet. Lauréats :
MM. Gustave Huot, le comte de Launay, Drouot, le baron Wal-
kenaër, et Jules Dutailly, des Riceys. — Note de M. Charles
Des Guerrois, membre résidant, formant le complément de l'é-
tude qu'il a lue à la Société, dans la séance de mars 4872, sar
C lot ilde de Surville. — Envoi, par M. Léon Pigeotte, d'une
Dissertation sur un manuscrit de Grosley, connu sous le nom
A'Ecreignes champenoises. — Communication, par M. Sardin,
membre associé, d'une Étude sur un vers de Virgile. — Nomi-
nation de M. Louis Cabat, membre de l'Institut, en qualité de
membre honoraire de la Société Académique, après rapport de
PENDANT L ANNÉE 1873. 349
de M. le Vice-Président. — Nomination de MM. Armand et
Petit de Bantel comme membres associés. — Impression votée
des travaux de MM. Des Guerrois, Sardin, Pigeotte et Arthur de
Villemereuil.
Séance du é9 Décembre 4873,
Présidence de M. MEUGY.
Lecture et adoption du procès-verbal de la séance précédente.
— Démission de M. Blerzy, membre résidant. — Démission de
M. Assollant, membre résidant, nommé membre honoraire.
— Envoi, par M. Georges Berlhelin, membre correspondant,
d'une Notice sur un point particulier de la géologie de l'Aube,
— Dons faits au Musée. — Dons faits à la bibliothèque particu-
lière de la Société. — Compte-rendu des mémoires des Sociétés
correspondantes par M. Boutiot, sur l'invitation de M. le Pré-
sident. — Lecture, par M. Meugy, d'un travail de sa composi-
tion, sur la Musique. Première partie. — Fixation de la séance
réglementaire au mercredi 26 courant. — Déclaration de la va-
cance du fauteuil de M. l'abbé Cornet, nommé membre hono-
raire. Election de son successeur à la séance de janvier ^1874.
— Quelques mots de M. Meugy, en quittant le fauteuil de la
Présidence. — Regrets exprimés sur son départ par M. Boutiot,
au nom de la Société Académique.
Séance réglementaire du 26 Décembre 4873.
Présidence de M. LE BEUN-D'ALBANNE, Vice-Président.
Lecture et adoption du procès-verbal de la séance précé-
dente. — Nomination de M. Lasneret, membre résidant, en
qualité de membre honoraire. — Envoi à M. le Préfet de l'Aube
de trois bordereaux remplis par le compte-rendu des opéra-
tions de la Société Académique pendant Tannée 4873. — Dons
faits à la bibliothèque particulière de la Société. — Nomination
de M. Julien Gréau comme vice-président pour l'année ^1874.
— Renouvellement des bureaux des quatre sections pour 4874.
Agriculture : Président ^ M. Gustave Ruot; vice-président,
350 SOMMAIIE DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ.
M. Drouot; secrétaire, M. Charles Baltet. Sciences : H. Qui]-
liard; vice-président, M. Guichard; secrétaire, M. Gey. Arts:
Président, M. Gréau; vice-président, M. Tabbé Coffioet; 8^
crétaire, M. Albert Babeau. Belles-Lettres : Président, H. Des
Guerrois; vice*président, M. Laperouse; secrétaire, M. Emile
Socard. — Nomination des quatre membres de la Comimssioo
de publication : MM. Gustave Huot, Vaudé, Vauthier et Vignes.
— Apurement et approbaUon des comptes de M. Emile Socard,
trésorier, pour Tannée 4873. — Fixation du budget pour 4S74.
— M. Joséphin Soulary, nommé membre honoraire, sur le rap-
port de M. le Président. — Proposition faite par M. Cbailes
Baltet de foire placer au bas des tableaux et des sealptures do
Musée de Troyes des étiquettes portant le nom des auteurs et
l'indication des sujets représentés. — Seconde propositioa, par
le même membre, de faire placer dans la cour du Musée un
monument commémoratif en l'honneur des victimes de la der-
nière guerre, appartenant au département de l'Aube.
Poor extrait conforme :
Le Trésorier de la Société faisant id foncUoM
de Secrétaire,
KmIUB SOCAID.
TABLE DES MATIÈRES
COJCTEJÏCES
Dans le Tome XXXVII* de la collection des Mémoires
de la Société Académique de l'Aube.
ANNÉE 1873.
Pagti.
Chartes de Tabbaye de Mores (Aube), — par M. Tabbé
Charles Lalorr, professeur de théologie au Grand-Sémi-
naire deTroves 5
Mémoire sur THymne homérique à Mercure, — par M. Charles
Des Gubrrois, membre résidant 109
Remania, !«' volume 1873, — Rapport sur ce recueil, par
M. Assolant, membre résidant 129
Rapport sur un Mémoire sur la topographie médicale de
Troycs et de ses environs, par M. Picard (T^iars 1786),
— par le D' Arsène Vauthîbr, membre résidant 143
Mémoire sur la topographie médicale de Troyes et de ses
environs, en 1786, — par M. Picard, docteur en médecine,
conseiller-médecin ordinaire du roi, à Troyes 151
L'Assemblée d'Élection de Bar-sur-Aube, — par M. Albert
Babeau, membre résidant 205
Rapport sur les fouilles de la tombellc d'Aulnay, — par
M. Julien Gréau, membre résidant 239
Note sur quelques objets d'histoire naturelle rapportés de la
Nouvelle-Calédonie, et offerts à la Société Académique de
l'Aube, — par M. Arthur de Yillbmbrbuil, capitaine de
frégate, membre correspondant • • . , 266
352 TABLE.
Dernière note sur Clotilde de Sarville, — par H. Charles
Dbs GuEBBOiSy membre résidant 283
Fragment inédit de Grosley et Un mot encore sur les mé-
moires de l'Académie de Troyes, — parM. Léon Pigbotte. !i87
Un mot de souvenir sur H. Charles de Montaigu^ — par
M. Le Bbun-Dalbanne, yice-président 3i3
Programme des prix mis au concours par la Société Acadé-
mique de TAube 317
Liste des dons faits au Musée de Troyes, arec les noms des
donateurs, pendant Tannée 1873 323
Mercuriales du département de TAube pendant Tannée 1872 . 329
Quantités de grains vendus, et prix moyen par quin-
zaine 330-333
Comestibles divers, fourrages et combustibles 334
Etat des récoltes en grains et autres farineux, faites en
1872, dans le département de TAube 336
Sommaire des séances de la Société pendant Tannée 1873,
— par M. Emile Socard, trésorier de la Société 339
Table des matières du tome trente-sixième des Mémoires de
la Société 351
AVIS AU RELIEUR
Pour le placement des Planches dans le 31' volume des Mémoires
de la Société Académique de l'Aube.
Pages.
Plan de l'ancienne abbaye de Mores, — par M. l'abbé Lalore. 42
Tête d'animal en bronze trouvée à la lombelle d'Aulnay, —
par M. DardeU sculpteur 243
Plan, coupes et nivellements des fouilles exécutées à la tom-
belle d'Aulnay, — par M. Lasnier 248
Buste antique de femme, terre cuite, — par M. Picavet, d'a-
près une photograpbie 264
Moule antique de Vénus marine, terre cuite, face externe,
avec la signature de Priscus, — par M. Picavcl, d'après
une photographie 264
Moule antique de Vénus marine, terre cuite, face interne,
— par M. Picavet, d'après une photograpbie 264
Tête antique de Risus, terre cuite, — par M. Picavet, d'a-
près une photographie 264